IV. s. J.
y
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HISTOIRE
DE UACADËMIE ROYALE
DES INSCRIPTIONS
ET BELLES-LETTRES,
AVEC
les Mémoires de Littérature tirés des Regîfires de cette Académie,
depuis Cannée M. DCCLXXllI, jufquts èT compiis l'année
M. DCCLXXV, à" une partie de M. DCCLXXVI.
TOME Q,U \RAN^Tf; ME.
DE
A PARIS,
L'IMPRI MER lE ROYALE.
M. D C C L X X X.
fis
/tMX.-^l-^'
TABLE
POUR
L* H I S T O I R E.
Histoire de l'Académie Royale des Infcriptions
& Belles -Lettres, depuis l'année 1773, jufques &
compris l'année 1775 , & une partie de 1776. Page z
\^ HANCEM ENS arrivés dans la lifle des Académiciens,
depuis l'année lyy^, jufq'uà la fn de 177 j . . . Page 5
Li^e des Académiciens qui compofoient l'Académie à la fin de
l'année lyy $ G
Histoire des Ouvrages de l'Académie Royale
des Infcriptions &. Belles - Lettres.
Sur h goût du Merveilleux , reproché aux Hifloriens Grées
& Latins. .../ II
■Mémoire dans lequel on examine quelles ont été les idées
Religieiifes , Civiles & Politiques des anciens Peuples ,
relativement à la Chevelure & à la Barbe i j
Mémoire fur ce que l'on fait du Gouvernement politique des
Gaules , lorfque les Romains en firent la conquête ... \\
TABLE.
Mémoire fur la Vie & les Médailles d! Agrippa , Gendre
d'Augufte 37,
Ëc'ûircijfemeiis & Conjeâures fur quelques anciennes Loix
Romaines 6^
Article I. Sur les Leix Antoniemes ibid.
Article II. Sur la Loi Albutia, de Legibus 75
Article III. Sur la Lui Apuleia , Majeftatis 78
Article IV. Sut la Loi Aquilîa , de Damno 81
Article V. De la Loi Alliena , de Limitibus 88
Recherches fur la Ville de Lamia , fur les Maliens , & fut
quelques-unes de leurs Médailles 8(3
Éclairciffemens fur quelques Médailles de Lacédémone ,
d'Héraclée & de Mallus ; en réponfe au Mémoire de
M. l'Abbé le Blond p^
Recherches fur l' Art du Plongeur chei les Anciens ^6
Examen d'une opinion de Jacques Godefroi , fur les Affratt-
chijjémens des Efclaves, quije faifoient dans les Eglifes . i ip
Obferva'ions fur l' H i foire & les Monumens de Céfarée en
Cappadoce 1 24
Difc ours fur la pajfion du Jeu dans les différens fècles . . i4p
Infcription Latine fur une pierre appelée la Haute - borne ,
en Champagne 153
Qhfervations fur un Manufcrit de la Bibliothèque du Roi , qui
contient les Chanfons des Trouvères ou Troubadours de la
Souabe ou de l' Allemagne , depuisi la fn du XII.' ftècle
jufque vers l'an 1 J^o. Premier Mémoire 1^4
Notice d'une Pièce manufcrite , qui fournit quelques détails
TABLE.
hiforiijaes concernant Robert, Comte d'Artois. . . 170
Devifes , Infcriptions & Médailles faites par f Académie . 1 7 j
ELOGES
Des Académiciens morts depuis l'année m. dcclxxiii,
jufques &. compris M. DCCLXXV.
'Bloge de M. de Fontette 179
£loge de M. Bignon 187
Éloge de M. Duclos 198
£loge de M. l'Abbé de la Bléterie zo6
Éloge de Aiïlord Comte de Chejlerfield 217
Éloge de M. de la Nauiç 232
Éloge de M. Capperonier. ^43
*
••»•.
TABLE
POUR
LES MÉMOIRES.
TOME QUARANTIÈME.
J^IX-SEPTIÈM E Mémoire fur les Phéniciens. Suite du
gouvernement de la Phéniàe , & de fes différentes révolutions^
Par M. i'Abbé MiGNOT Page i'
Dïx-huitième Mémoire fur les Phéniciens. Des Loixde ce Peuple,
& des peines des Délits. Par M. l'Abbé Mignot . . 48
Dix-neuvième Mémoire fur les Phéniciens. De la Milice de ces
Peuples. Par M. lAbbé MiGNOT 68,
Vingtième Mémoire fur les Phéniciens. De leurs Villes, de leurs
Edifces & de leurs Meubles. Par M. l'Abbé MiGNOT . I 08,
Vingt-unième Mémoire fur les Phéniciens. Des Mariages Ù"-
. des Vétemens. Par M. TAbbé Mignot 135
Ohfervations fur quelques points concernant la Religion & la
Philofophie des Égyptiens & des Chinois. Par M. de
Guignes 163
Recherches hijloriques fur la Religion Indienne , & fur les
Livres fondamentaux de cette Religion, qui ont été traduits
de l'Indien en Chinois. Premier Mémoire. EtahliQ'emetit
TABLE.
'Je la Religion Indienne dans l'Inde , la Tarîarie , le Tliihet
& les JJles. Par M. de Guignes 187
'Recherches hifloriques fur la Religion Indienne. Second Mémoire.
Etabli ffement de la Religion Indienne dans la Chine, & (on
Hiftoire jufqu en j^ i de J. C. Par M. de G uignes . 247
'Recherches hifloriques fur la Religion Indienne. Troifième
Mémoire. Suite de la Religion Indienne à la Chine. Par
M. DE Guignes * ,q_
^Mémoire dans lequel on ejfaie de concilier les Auteurs
Grecs, & principalement Hérodote & Ctésias, fur le
commencement & la durée de l'Empire Assyrien , &
ces Écrivains avec les Perses, fur les règnes qui forment
ce que les Orientaux appellent la Dynastie des
Pesciidadiens. Par M. Anquetil du Perkon. . 3 5 5
^Mémoire fur l'Empire des Mèdes & celui des Perses
comparés avec la Dynaflie connue dans les Ouvrages des
Orientaux , fous le nom de Kéaniens. Par M. Anquetil
DU Perron .__
477
^Mémoire fur la Guerre , confidérée comme Science. Par M. Joly
DE MaIZEROY ç2^
FAUTES A CORRIGER.
Tome XXXVI, Hiftoire,
J AGE J-, ligne 4, avant la fin , le P. Paccidiidi, ///"q Pacciaudi.
Ibid. page 1 jy, coiiiu , ///if^ cours.
HISTOIRE
HISTOIRE
D E
L'ACADÉMIE ROYALE
DES INSCRIPTIONS
E T
BELLES-LETTRES.
la tcte de ces deux nouveaux Volumes , qui
cmbralieiit les annces 1775, 17741 1775 . &
iMie partie de iyy6, nous avons à infhuire le
Public de deux cvcuemens (jui intcrellènt la
Compagnie.
ï. Le premier cfl le changement de Secrctaire perpctutl.
M. le Beau, dès l'annce 1755, avoit remplace Al. de Bou-
niainville en celte partie; mais après en avoir rempli les
ondions avec une exaclitude , une afliduité ik un zèle c^ui
Hi/l. Tome XL. A
î
2 Histoire de l'Académie Royale
ont mérité ies éloges de la Compagnie ; après avoir cfonné
fes foins à la publication des Volumes imprimés depuis cette
époque jufqu'au trente-cinquième inclufivement, &; compofé
ies Eloges hiitoriques lus dans les Séances publiques depuis
la même année juiqu'à la fin de IJJZ, il éprouva dans fa
fanté , des altérations peu compatibles avec cette multitude
de travaux , qui l'avoient toujours occupé : il crut donc
devoir demander au Roi la permifîion de fè démettre du
Secrétariat, & s'adretîa , pour l'obtenir, à M. le duc de
la Vriliicre, qui lui ht la réponfe fui vante.
A Verfailles , le 2. i Décembre lyyz.
♦■ Je vous donne avis avec plaifir , Monfieiir , que le Roi
» ayant égard à vos julles reprélentations , a bien voulu vous
» permettre de vous démettre de la place de Secrétaire perpétuel
« de l'Académie des Infcriptions & Belles-Lettres, &. qu'il a
» fait choix , pour vous fuccéder , de M. Dupuy , Aflbcié de
» la même Académie. Sa Majefté defirant auhi vous donner
» des marques de û fatisfadion & de fon eftime, dehre que-
» vous conlerviez le titre d'ancien Secrétaire , & que vous.
« continuiez d'être chargé feul de fon Hiftoire métallique. Je
» vous prie d'être perfuadé qu'en remplilfant vos vues , j'ai été
» très-ahe de trouver une occafion de vous donner des marques.
Ati fentimens avec lefquels je fuis , Monfieur , &c. »
Signé LE Duc DE LA VrilliÈre.
Cette lettre étoit accompagnée d'une autre de même date^
adrelîée à M. Dupuy, & conçue en ces termes :
« M. le Beau , Monfieur , ayant demandé au Roi de fê
» démettre de la place de Secrétaire & Tréforier de l'Académie
» des Infcriptions & Belles-Lettres, je vous donne avis avec
» plaifir , que Sa Majellé vous a choih pour lui fuccéder. Je
» ne doute point que vous ne répondiez par votre afhduité &
" votre travail , dans cette place importante , à la marque de
confiance qu'Elle vous a donnée en cette occafion.
On ne peut vous être, Monfieur, plus parfaitement dévoué
<jue je le fuis.» Signé le Duc de la VrilliÈre,
DES Inscriptions et Belles -Lettres. ^
En conféquence M. Dupiiy commença, dès le i." Janvier
J773, d'exercer les fondions de Secrétaire perpétuel, &
M. le Beau lui remit , avec les formalités ordinaires , les
titres, mémoires Se auu-es papiers concernant les atiaires
de la Compagnie.
II. Le Roi Louis XVÏ, au commencement de Ton règne,
voulant donner une marque de bienveillance à l'Académie,
lui accorda , en 1774, la permifTion de prélenter à Sa Majellé
les Académiciens nouvellement reçus , chaque fois qu'elle lui
préfenteroit les volumes de les Mémoires , à mefure qu'ils
paroîtroient. En conféquence , l'Académie eut l'honneur ,
îur la fin de cette année , de prélenter à Sa Majelté, les
Académiciens reçus depuis 1771 , en lui faifant l'hommage
des volumes XXXVI & XXXVII.
L'année fui vante, Sa Majelfé, à la follicitation de M. le
prince de Tingry , de concert avec M. de Malesherbes ,
voulut qu'à l'avenir l'Académie des Belles - Lettres eût des
billets pour chaque fpeclacle qui fe donneroit à la Cour;
& pour conftater cette concefhon, Al. le Prince de Tingry
fit infcrire ces billets Iur les états des Ipeclacles , alin que
chaque fois ils fuffent remis à la Compagnie.
SUJETS DES PRIX
Pour les années ^//J , ^//■i-f ^77 S'
Le fujet du Prix que l'Académie devoit diftribuer à la
Séance publique de Pâques 1773, Ci)n(iftoit à déterminer:
Pourquoi les dcjceiultins Je Charlcuuig e , Princes iimbiticux
& guerriers ne purent Je maintenir tiujji long-temps fur le trône
des François, que les faibles fuaejjeurs de Clovis. Elle le
propofa de nouveau pour Pâques 1775, parce qu'il ne lui
paroilii)it pas allez approfondi dans les Mémoires qui lui
avoicnt été prélentési î^c alors elle l'adjugea à M. Dunioiit ,
Avocat au Parlement, Conleiller du Hoi , Honoraire de
l'Académie d'Amiens, Alfocic-F tranger de la Société royale
Je Nancy , & Penlionnaire du Roi.
Ai;
4 Histoire de l'Académie Royale
Pour le Prix de la S/ Martin de la iii^me aniice , ou
avoit propofé d'examiner : Qiiels furent les noms & les attri-
buts divers de ATmerve chei les dijférens Peuples de la Grèce
& de ï Italie ; quelles furent l'origine & les raifons de ces
attributs; quel a été fon Culte : Quels ont été les Statues,
les Tableaux célèbres de cette Divinité , & les Artifles qui fe
font illujlrés par ces Ouvrages ! Ce Prix fut remporté par
M. le Baron de Sainle-Croix, réfidant à Mourmoiron, dans
le Comtat Venaiffin.
En mcme-temps la Compagnie inflruifit le Public, par
le Programme dilhibuc dans cette Séance , qu'à caufe de la
diminution confidérablc de la rente de cinq cents livres,
fondée pour ce Prix par M. le Comte de Caylus , elle ne
le diftrjbueroit plus que de deux ans en deux ans , à
compter de ce jour; mais que la valeur en feroit toujours de
cinq cents livres.
Pour Je Prix de Pâques 1774, il s'agifloit d'examiner:
Quel étoit l'état de l'Agriculture chei les Romains , depuis le
commencement de la République jufqu'au fiècle de Jules-Céfar,
relativement au Gouvernement , aux Aiœurs , au Commerce,
Les Mémoires préfentés n'ayant pas paru embraffer la queftion
dans toute fon étendue, l'Académie la propofa de nouveau
pour Pâques 1776, en avertitîant que fi, dans fon Programme,
elle avoit exclu les détails des procédés de l'Art , elle n'avoit
point exclu les détails relatifs aux différentes branches , foit
de l'Agriculture, foit du Commerce, tant intérieur qu'exté-
rieur; qu'elle defiroit que le Commerce, qui ne devoit pas
être borné à celui des blés , fût conlîdéré , tant du côté de
l'importation & de l'exportation , que de la circulation inté-
rieure ; enfin , qu'elle invitoit de bien marquer l'influence
de l'Agriculture lur le Gouvernement , les Mœurs, le Commerce,
ôc réciproquement celle de ces trois objets fur l'Agriculture.
Elle avoit propofé pour le Prix de la S.' Martin 1 77 5 ,
'd'examiner : Quels furent ks tioms & les attributs divers d^
DES Inscriptions et Belles -Lettres. y
Venus , chei les différens Peuples de la Grèce & de T Italie :
tjuelles furent l'origine & les raifons de ces attributs : quel a
été fon Culte : quelles ont été les Statues , les Temples , les
Tableaux célèbres de cette Divinité , & les Artijles qui fe font
illujlréspar ces Ouvrages. Deux Mémoires lui parurent dignes
d'être couronnés ; mais n'ayant qu'un Prix , elle i'adju^rea à
celui de M. Larcher, de l'Académie des Sciences de Dijon,
& donna l'accejflt à celui de M. l'abbé Giraud de La Chau ,
bibliothécaire & Garde du cabinet des pierres gravées de
M. le Duc d'Orléans.
CHANGE MENS arrivés dans la L'ifle des
Académiciens, depuis Tannée lyy^ jufqu'à
la fn de lyj^*
En m. DCCLXXIII.
M. de la Nauze fut, après fa mort , remplacé par M. d'An-
ville, dans la clafîe des Penfionnaires , & dans celle des
Aflbciés, par M. Dufaulx.
La mor^ de Mylord Comte de Chefterfîeld fit vaquer
une place d'Aiïbcié - libre - Etranger , qui fut remplie par
M. Baitoli , Antiquaire du Roi de Sardaigne.
En m. DCCLXXV.
Une autre place d'Affocié- Libre- Étranger vaqua par la
mort de M. Askew , qui eut pour fuccefleur M. Dutens.
L'Académie ayant perdu M. Capperonnier , M. de Burigny
le remplaça dans la clafîë des Penfionnaires , &. M. Joly
de Maizeroy dans celle àsi Aflbciést
$ Histoire de l'Académie Royale
LISTE des Académiciens qui compofoïent l'Académie
à la fin de l'année ^ 77 ^-
Académiciens-Honoraires.
Afejfieurs,
JLiE Duc DE Saint-Aignan , Chevalier des Ordres du Roi;
de l'Académie Françoife.
Le Comte DE MaurepAS, Miniflre d'Etat, Commandeur des
Ordres du Roi.
J^e Duc DE NiVERNOiS, Chevalier des Ordres du Roi, Grand-
d'Efpagne; de l'Académie Françoife.
Le Marquis DE PaulmY d'ArgensoN, Miniflre d'Etat,
Commandeur des Ordres du Roi, Chancelier des Ordres de Saint-
Louis & de Saint-Lazare ; de l'Académie Françoife, & de celles de
Nanci & de Berlin.
Le Duc DELA Vr I l l I e r e , Miniflre & Secrétaire d'Etat,
Commandeur des Ordres du Roi.
De Lamoignon de Malesherbes, de l'Académie
■ Royale des Sciences.
D E t'Av e R D Y , Miniflre d'Etat,
Le Fèvre d'Ormesson de Noiseau, Préfidem à Mortier
du Parlement.
Le Cardinal DE Bernis, Miniflre du Roi à Rome, de
l'Académie Françoife.
^ERTIN , Miniflre & Secrétaire d'Etat,
Académiciens-Pensionnaires.
Aiejîeurs,
De Foncemagne, de l'Académie Françoife, ci-devant
Sous-Gouverneur de M. le duc de Chartres.
Pe la Curne de s." Palaye, de l'Académie Françoife; des
Académies de Nanci, de Dijon & ilclla Cru/ça-
L'Abbé Barthélémy, des Académies de Londres, de Madrid &
de Cortoae ; Garde des Médailles & Antiques du Cabinet du Roi,
DES Inscriptions et Belles -Lettres. 7
Le Beau, ancien Profefleur d'Eloquence en l'Univerfité de Paris,
Profefîeur au Collège Royal, Secrétaire ordinaire de M. le Duc
d'Orléans, & ancien Secrétaire perpétuel de l'Académie.
De Sigrais, Capitaine de Cavalerie, Chevalier de l'Ordre royal
& militaire de Saint-Louis.
De Guignes, Profefleur royal, de la Société Royale de Londres,
Interprète à la Bibliothèque du Roi pour les langues Orientales.
L'Abbé FOUCH E R.
L'Abbé B ATT EUX, Profefleur de Philofophie grecque & Luine
au Collège Royal.
D'A N V I L L E , Secrétaire de .M. le Duc d'Orléans.
De B u r 1 g n y.
Dupuy, de l'Académie de Gottingen, Bibliothécaire de Al. le Prince
de Soubile, Secrétaire perpétuel.
Académiciens-Associés.
AieJJieurs,
t)t. BrÉQUIGNY, de l'Académie Françoife.
De Chabanon.
Gaillard, de l'Académie Françoife.
L'Abbé G A R N I e R , Infpec^cur du Collège Royal, & Prof-fTeup
en Hirtoire.
B ÉJ o T, Garde de la Bibliothèque du Roi.
L'Abbé Arnauld, de l'Académie Françoife.
A N QU E T I L.
L'Abbé A M E I L H O N , Bibliothécaire & Hirtoriographe de la ville.
BouCHAUD, Dodcur- Régent de la Faculté des Droits.
Gautier de Sibert.
De Rochefort.
Le Roy, Hirtoriographe de l'Académie Royale d'Architedure»
& de i'Inflitut de Bologne.
o
De LA Porte du Thei.l, Sous -lieutenant aux Gardes -
Françoiles.
Desormeaux, Bibliothécaire de M. le Prince de Condé,
des Académies de Dijon & d'Auxerre.
D'Ansse de Villoison, des Académies de Berlin, Madrid, &c.
D AC 1 ER.
'8^ Histoire de l'Académie Royale
L'Abbe LE Blond, Sous-Biliotliecaire du Collège Mazarin,
Du S A U L X , ancien Comniinairc de la Gendarmerie , &c.
JOLY DE Maizeuoy, Chevalier de l'Ordre royal & niiliiaire
de Saint-Louis , Lieutenant-colonel du régiment de Sens.
Académiciens-Vétérans.
Mejfieurs,
L'Abbe' DE CaNAYE.
N I C O L A ï.
B E R T I N , Tréforicr des Parties cafuelles.
AcADÉMIClENS-LigRES.
MeJJîeurs,
Le Comte DE CiANTAR.
De Brosses, Préfidem à Mortier du Parlement de Dijon.
Le Baron DE ZuRLAUBEN, Capitaine au régiment des
Gardes -Suifles, Maréchal-de-camp.
L'Abbé DE GuASCO, Chanoine de Tournai, Comte de Clavière,
Membre de l'Académie de Berlin, de Lot^dres , & de celle de
Cortone.
Crosley, Avocatau Parlement; delà Société Royale de Londres.
Le Prince Jablonowski, Palatin de Novogrod, Chevalier des
Ordres du Roi.
De Pouilly, Lieutenant général de la ville de Reims.
Le P. Pacciaudi, Théatin, Hiftoriographe de l'Ordre de
Malte.
S ECU I ER.
Le Prince MassAlski, Evêque de Wilna,
B A rt o L I , Antiquaire du Roi de Sardaigne.
PUTENS,
HISTOIRE
HISTOIRE
DES
O U VR AG ES
D E
L'ACADÉMIE ROYALE
DES INSCRIPTIONS
E T
BELLES-LETTRES.
////?. Tome XL. B
fin
SUR LE GCÛT DU MERVEILLEUX,
reproché aux Hijlorïens Grecs dr Latins.
IL n'eft prefque point de Nation qui , clans l'hiftoire de
Ion origine , n'ait entre - mclé des tables plus ou moins
ridicules, qui (buvent fe font propagées & multipliées d'âge
en âge, parce que des Mailons anciennes & illultres avoicnt
intérêt de les accréditer. La plupart des familles un peu
diftinguées fe failbient gloire de figurer dans le fyilème
mythologique qui peuploit l'Univers de Divinités. Quoi,
en effet ,\le plus capable de flatter l'amour-propre , qu'une
relation de confanguinllé entre les Dieux & les Hommes !
N'étoit-ce pas, en nume -temps, un puilîant relîbrt pour
élever l'ame au-detilis d'elle-même , pour lui infpirer une
noble fierté, & pour développer en elle les premiers germes
des vertus palrioti(]ues ! Quand on n'cd pas abruti par la
corruption, on fe fait un honneur, un devoir , de fouienir
la dignité de fon origine. Cefl par cette confidéralion ,
fans doute, que les anciens Écrivains ont cru devoir rel-
pecler dans leurs ouvrages , les préjugés de leur Nation ,
tout bizarres qu'ils étoient , & ne pas s'élever contre une
crédulité fupcrllilieufe que fouvent ils ne partagcoient pas.
Aulfi n'eil-ce point non plus pour atibiblir leur autorité, ni
ia conliance qu'ils méritent, que M. de Burigny, dans deux 23NovcmI>
Mémoires, l'un lur la crédulité des hifloriens Grecs; l'autre,
fur celle des hilloriens Latins, a rallcmblé une partie des
traits auffi fabuleux que merveilleux, tlont (es leéhires lui
ont confervé le fouvenir. C'cll une lille qu'il abrège, 5c qu'il
B ij
'77?-
iS Juillet
lii Histoire de l'Académie Royale
auroit pu ctenJre davantage, fims celTer, dit- il, de regarder
. la plupart de ces Auteurs comme des modèles qui feront tou-
jours avoués par le bon goût; il fe plaît mcine à rappeler
ces paroles remarquables qui caracTtérifent l'efprit deTite-Live^
&. en général celui des anciens Ecrivains. «Je n'ignore pas,
» dit cet Hiftorien , que comme aujourd'hui on ne croit
» guère que les Dieux nous inllruiient de i'averiir , on veut
'fih.XLlll, „ mif]] bannir de la fociété civile & de l'hiltoire, les prodif/es,
» Mais lorlque je m occupe des evenemens anciens , mon ame
» prend , je ne lais coinment , une teinte d'antiquité ; & je me
» fais fcrupule de prolcrire , comme intlignes de mes annales,
» des choies que des Sages du plus grand mérite ont jugé
dignes de la vénération publique. »
Non juin nefcius , ah eaJein tiegligenîtâ , <jiiâ ni/iil Deos
j)ortendeie viilgo nunc credant , neque nundari admodiim alla
prodigia in piiùliciim, neque in annales refciri. Cateiwn Ô'^
viihi vetiiflds res fcrihcnti , ncfdo quo paélo antiquus fit animus :
& qiutdam religio tenet , qiiœ illi prudentijfimi viri puhîich
fiifcipienda cenjuerint, ea pro dignis habere qiuz in meos annales
rcferam.
Que de reproches n'auroit-on pas à faire aux anciens
Ecrivains li , plus ix'lervés , ils s'étoient impofé fdence fur
différens objets de la crédulité populaire, dont l'influence
étoit alors prelque générale ! Nous lerions aujourd'hui hors
d'état de bien connoître le génie, le caracière, les moeurs
Aqs Nations, de même que les vues, les reflburces, la poli-
tique de leurs chefs , & ablolument réduits à ignorer \es
véritables caules d'une multitude d'évènemens publics. L'hil^
toire de l'homme offriroit une lacune que rien ne leroit
capable de remplir ; & pour un leéleur philofophe , la perte
feroit irréparable. Souvent les Hiiloriens ont averti que les
faits merveilleux, \ç:S prodiges Imguliers quils coniignoient
dans leurs écrits, n'étoient fondés que lur des bruits popu-
laires ; fouvent auffi ils les ont rapportés lans cette précau-
tion, loit qu'ils fuffent eux-mêmes peuple à cet égard , ce
qu'il importe toujours de lavoir , loit qu'ils ne crullènt pas
DES Inscriptions et Belles - Lettres. ij
•devoir ébranler la croyance vulgaire ; bien convaincus que
derrière un préjuge repoloit quelquefois une vérité utile à
iaquelle ils auroient rougi de donner atteinte».
C'eft, de la part de ces derniers fur- tout , un trait de
fagefle bien digne d'être imité , & bien fenti aulfi par
M. de Biaigny ; aulîi ne regarde-t-il ce qu'il a oblervé en
ce genre, que comme de légères taches qui ne déparent pas
une beauté.
MEMOIRE
Dans lequel on examine quelles ont été les idées Reli-
gieufes. Civiles d/ Politiques des anciens Peuples,
relativement à la Chevelure iT" a la Barbe.
CE fujet paroît d'abord aïïez indifférent par lui -même;
cependant, fi l'on conficlère que les ufages de prefque
tous les peuples à cet égard, ont tenu aux niaurs, à la poli-
tique & au culte religieux, on reconnoitra qu'il entre dans
l'hifloire de l'Homme, &. que dès-lors il mérite l'attention
du Philofophe. Tel cfl le point de \\.\e fous lequel l'a envifagc
jVI. Gautier de i)iben; & en le traitant, il s'ell propoié de 3 Dv-ccmî).
faire des obfervations oubliées par ceux qui, avant lui, s'en '/73-
font occupés, de relever les erreurs qu'il a cru apercevoir,
enlin d'analyier, fans efprit de fylUmc , mais avec ordre,
avec précifion &. netteté , ce qu'il a trouvé confus &: épars
dans le grand nombre de volumes qu'il lui a fallu lire pour
ïic rien avancer au hafard.
En parcourant les fartes du monde, M. Gautier de Sibert
voit que la chevelure étoit en coniidération chez les Juifs,
les Aliyricns, les Grecs; chez les Perles, les Mèdes , les
Indiens; chez les Scythes, les Celtes, les Germains, les
Gaulois; chez les anciens habitaiis de l'Italie, de l'Elpagne,
de l'Aliiquc ; (^ en gênerai chez toutes les Nation^ de
'^14 Histoire de i/Académie Royale
l'Univers. Mais en mcme-temps il aperçoit que, û la plupart
(de ces mcmes peuples avoient des 'Jc'es Si. des pratiques
diffe'rentes relativement à la forme qu'on devoit donner à
la chevelure , il eft rare qu'ils n'aient pas été dirigés par
des motifs religieux ou politiques. Avant de le prouver ,
M. Gautier de Sibert obferve que , fuivant l'opinion la plus
commune des anciens peuples , la chevelure eft un prcieiit
que la Providence a fait à l'homme poia* couvrir ù tête,
&: pour l'orner ; & commençant par le peuple de Dieu , il
voit que les Juifs ne fe couvroient la tête que lorfqu'ils
C.XIV,},^, étoient dans l'aiflidion. On lit dans Jérémic, confufi fiitit &
ajjîidi & opemcnint ccipita fiui propter terra vajlitatcm. Or ,
dès que les Juifs fe couvroient la tête lorfqu'ils étoient dans
l'afïïiétion , il s'enfuit que, dans l'ufage ordinaire, ils ne la
couvroient pas. Cette conféquence eft confirmée par la loi du
Lévitique, qui permet aux lépreux d'avoir la tête découverte,
cûpiit nudum , comme le refle du peuple , mais leur ordoime de
couvrir le relie du corps depuis la tête jufqu'aux pieds ,
Lfv.c.XUl, operuerit omnem ciiîem a capite ufqiœ ad pcdcs. Quant aux
v._i2~^;. Pi-êtres, ils avoient leur rit particulier : ils fe couvroient la
tête, la loi le vouloit ; mais auffi elle les obligeoit à tenir
toujours leurs cheveux courts en les coupant fréquemment
avec des cifeaux. 11 eft donc évident que chez les Juifs ,
c'étoit une exception à la règle générale de fe couvrir la
Lcvn. c. X tête, Se qu'ordinairement ils latenoient découwçnQ iiicedebant
V, 6: c. XXL intcdi, fans doute parce qu'ils regardoient les cheveux comme
"É^'c.XLlv.i'^ couverture naturelle de la tête. Ils les confidéroient aufîr
^•■^<'' comme une parure & comme un accefioire de la beauté:
Rois, lit: II, ^^^jjg d'Abfalon confiftoit en partie dans fa chevelure , comme
'jofe/h. Amiq. l'Écriture fainîe le fait remarquer. Dans le Cantique des
^■/■^^''''^"'' Cantiques , la chevelure de l'Époufe & celle de l'Epoux font
^"^'' ^ '^' célébrées comme des traits de beauté.
La barbe n'étoit pas , chez ces peuples , moins en recom-
C.xiXfV.iy. mandation que la chevelure : on lit dans le Lévitique, qui!
leur étoit défendu de rafer leur barbe , iicc radetïs barba^n ;
ili étoient aufli exacTis à obferver ce précepte, que confus
DES Inscriptions et Belles -Lettres. 15
& irrités s'il arrivoit qu'on les contraignît de le violer , en
leur faifant rafer le menton. Rien ne le prouve mieux que
l'afîlont que reçurent de Hannon , roi des Ammonites, les ^o's,llj,e,r,
députés de David , & la vengeance qu'en tira le roi des ^_ x''ix'f' ' '
Juifs , comme le rapporte l'Ecrivain facré.
Les Chrétiens des premiers iiccles curent, fur la chevelure
& la barbe, à-peu-près les mêmes idées que les Juifs; un
coup d'œil rapide lur ce que les auteurs Eccléfiaftiques difeiit
à ce fujet , fu Ifit pour s'en convaincre.
Selon Laélance, les cheveux font la couverture &: l'orne- Lih. ^it Oi'if,
ment de la tète; &. les couper de manière qu'ils ne pui(fenî ^"•^•^^^'
être ni l'un ni l'autre, c'e(l taire une chofe égaiement con-
traire à la fanté & à l'ordre naturel. Les exprellions de
Saint Ambroile à ce fujct, lojit remarquables : Q_uàm fpcciofa Lu-. \i,
cafmes : ■ quàm revereiuia in fciiibus , qiiàm veneranda in ^^''""''' '• '^•■
faccrJotibiis , quàm terriùi/is in bcllatonbiis , quàm decom in
iidolcfccntibus , quàm du/cis in pucris , quàm compta in mulie-
ribus ! Mais le même Saint Ambroife ne vouloit pas que les
hommes miiîent dans l'arrangement de leurs ch.eveux tout Eyijl, ad Irent,
l'art qu'y mettolent les femmes , (Se tous les gens lenfés ,
même du Paganifine , ont penfé de même : Sint procul a
iiobis juvcnes , ut fivmiiia compti , s'écrioit un ancien Poëte.
Saint Clément d'Alexandrie avoit été, à l'éfiard de la ^"'''"''^•■^'k
coiffure des hommes, plus févère que Saint Ambroile; il
veut, dans fon Pédagogue Chrétien, qu'ils fe coupent les
cheveux tout près de la peau. D'un autre côté. Saint Jérôme
s'élève avec véhémence contre ceux qui portent une longue
chevelure : ce font des gens, dit- il, dont il faut fuir la E,'ij}, ad B,J}.
fociété , viros quoqiie fuge , quos videris cjje crinitos contra
Apofolum. Saint Épiphane défapprouvoit les Moines qui h txpnfn. f,;r,
lailioient croître leurs cheveux, llidore île Séville, l'oracle L.xix.o,;,',
de Ion temps, les rtgardoit comme des hjpocriies; cependant <:->'^'i''
les anciens Solitaires les lailioient croître de manière que
tout leur corps en étoil couvert, comme on le voit dans
la vie de Saint Onuphre &. dans celle de Saint Macaire.
Miiiun paroii avoir tu les mêmes idées , c;u- il donne à
'l6 Histoire de l'Académie Royale
Adam des cheveux courts , 8c à Eve une belle & fondue
chevelure ; mais il n'y a pas d'apparence que tel ait él6 ie
cortume du premier âge du monde. Quoi qu'il en foit, il
eft certain que vers le jv/ ficcle, on croyoit déjà parmi les
Chrétiens , que c'étoit pour les hommes un acheminement
à la perfedion évangélique de le couper les cheveux. Le
IJjmnit 12. pocte Prudence dit que Saint Cyprien étant encore Néophyte,
changea tout fon extérieur , qu'il fit même le facrilice de
la chevelure flottante, & fe réduifit à porter des cheveux
courts.
Dans les fiècles fi.iivans, l'ufàge de fe couper les cheveux
par elprit de religion , devint affez fi-équent , mdme dans
Lh'. VI. les Gaules. Grégoire de Tours rapporte, fous l'an 583 ,
r. xxyiii. ^^^^ j^ Référendaire Marcus ie fentant attaqué d'une maladie
mortelle, le fit rafer la tète, capiit totoudït aUjiie p^nitentiam
accipieiis , fpiritum exhalavit, Grégoire de Tours lui-même,
fit vœu, dans une maladie qu'il eut à la fleur de ion âge,
de fe couper les cheveux & de fe confacrer à Dieu , ce qu'il
'AfuàSurmm, exccuta dès qu'il fut convaleicent , iîa comam depofitit &
ly hovtmbr, ^ ,. , , i r ■■ ■ ■ r\ C • i
' .. ^ le divims 00 eainis ex toto maiicipavit. Un lait que long-temps
tie Cartilage, avant Grégoire de 1 ours , dinerens L^onciles avoient décide
^.T'^'iif^'^^' *1"^ cemi. qui voudroient être admis à la pénitence publique,
TiBifième Conc. ainfl que ceux qui défireroient entrer dans le Clergé ou
^' ^'ffrmuUde ^'^"^ "-"^ Monaftère , commenceroient par mettre bas leur
Marcuip. chevelure. Infenfiblement cette loi s'étendit, & dans la fuite
Saif.de Mm. voulut alfujettir même les laïcs à tenir leurs cheveux
(, XXV f. courts : on trouve plulieurs l^anons qui leur dcrendent, lous
/. v?".'"'' '' ' peine d'excommunication , de porter des cheveux longs ,
CcAc. de Rouen, tandis qu'au contraire un ancien Concile d'Alie , le Code
^r"»?. m;w». ^ Théodofien , & les Capitulaires de nos Rois déclarent
Lond.1102. anathème aux femmes & aux vierges qui ieront alfez témé-
Rf<'u ij° raires pour le couper les cheveux , jemuuz qiut crincm jmim
Code Théod. coiitra dlvinas humanafmie lestes ûhfcideriiit ah ecckficz
' Baïu-^'cayi'r. fciibus arceûiitur. Il eft m an i telle , d'après ces autorités, que
;.//,/'. /<r. j^ religion Chrétienne, ou plutôt fesMiniflres, profcri virent,
autant qu'ils purent, les cheveux longs dans ks hommes,
&
DES Inscriptions et Belles -Lettres. '17
& qu'en général on refufa long-temps de fe foumettre à cet
u(age.
11 faut cependant convenir que les paroles de Saint Paul ,
ttr auiJem fi conuim uutriat , ignominia cfl illi , donnèrent lieu
à cette loi de dilcipline eccléliaftique; mais fans vouloir en
faire le commentaire , M. Gautier de 5ibert i'e contente
d'obfèrver que l'Apôtre adrelfe la lettre aux Corinthiens.
Or , dès le fiècle de Tlièophraflc , trois cents ans avant Cjr,tâ.Thc*i>h,
Jéfus-Chrifl, les Grecs, qui julqu'alors s'ctoient fait gloire
de porter de longs cheveux , commençoient à les faire
couper très- louvent , & infenliblement le commun des
Grecs contrada cette habitude , qui lubh/loit encore du
temps de Plutarque , & par confèquent lorfque Saint Paul
écrivoit. L'Apôtre ne reproche donc pas aux Corinthiens
leur longue chevelure ; ils portoient alors leurs clieveux
courts, comme le refte àQs Grecs; il blâme ieulement ceux
d'entr'eux qui , dans une Ville célèbre par le luxe Se la
vie voluptueulè de les habitans , imitoient les femmes dans
l'art de fe coiffer : femblables à ce Cannénion , qui failbit
gloire du titre de Corinthien ; perlonne n^n doute , lui dit
Martial , l'élégance de votre chevelure le montre allez, L.X.rvlg.g;.
tu jiexii nititiiis coma vagaris ; mais celiez de me nommer "'' ^*''''^'
votre frcrc , autrement je vous appellerai \YiAfœur.
D'ailleurs, Saint l\iul auroil-il pu dire que l'homme
devoit rougir de porter de longs cheveux, puilque tel étoit
l'ulàge des Juifs, fuivi par Jélûs-Chrilt même î il favoit
qu'il n'étoit pas permis aux Nazaréens de fe ralèr, ni de fe
couper les cheveux ; que les Edéniens , qui fc piquoient de
tendre à la perleclion , les lailibient croître dans toute leur
longueur; que Moylè, laus ordoiuier aux hommes de tenir Lmt.xiX,
leurs cheveux courts , ni aux femmes de les conferver
longs, avoil Ieulement détendu, par une loi générale, de
les couper en rond. Le but de cette loi , liiltnt les Com-
mentateurs, éloil d'empccher les llraclites d'imiter les fupcr-
flilions des Payens (jui, par cette prali(]ue, croyoient honorer
leurs Divinités, i\Ans la perlualion que la ligure ronde,
J-lijl Tome XL. C
i8 Histoire de l'Académie Royale
r^roi i.in ^^^^^^^^ J^ P^"^'^ parfaite, étoit chérie des Dieux. On fait
joffj'h. coi:!, en ed'et, que tel ctoit l'iifîi(.;e des Arabes & des Phc-iiiciens;
Thêr. ^'"' ""' ^ Dieu menace par Ton Prophète , ceux qui l'adoploient ,
Jnm.XLlx ^^ '^'■''' ^Li'citer des ennemis , Se de Ls dilperfèr dans tous
/-!. \qs coins de ia terre.
La barbe n'a pas moins occafionnc de divifions parmi {es
Clux'tiens , que la chevehire. M, Gautier de Sibert pejile
que dans ia primitive Eghle, on luivoit i'ufagc du pays où
ion vivoit; mais que dans la luite , on crut devoir fixer
/« Peilng. des règles à cet égard. Saint Clément d'Alexandrie prétend
1.111. CXI. q^i'on doit laiiler croître fa barbe, & n'en couper que ia
^'A ///, partie qui peut nuire en mangeant : Saint Cyprien , ou fi
aJQm'r,'^' ^'^''' veut, i'Auteur des livres à Quirinus , décide qu'il ne
faut ni arracher la barbe , ni la déngurer , bûvbam non vel-
hndcim , nec corrumpciis efîiriem barha;. On lit dans ie
Sacramentaire de Saint Grégoire-le-Grand , & ailleurs, Aas
prières intitulées , Oratio ad tondendas barbas ; &. fi l'on
poufîe lès recherches dans les fiècles fuivans , on trouve que
le pape Grégoire YIII & enfuite le cardinal Baronius , ont
prétendu que , dès le commencement de i'Eglife , il fut
ordonné , pai"ticulièrement aux Eccléfiaftiques de le rafèr la
barbe. Ces difputes duroient encore dans le xvi.'' fiècle ;
c'efl alors que le (avant Gentien Hervet fit, iur la barbe,
trois petits traités; l'un, de alcndd Barba ; l'autre, de radeudâ
Barba ; le troifième , de vel radenda , vel alenda Barba,
Le leéleur peut les confuiter , & obferver que , fous la loi
de l'Évangile, la chevelure & la barbe ont occafionné àes
débats aulîi vifs , mais de beaucoup plus longue durée cjue
l'ancienne querelle des Cordeliers au lujet de ia forme de
ieur capuclion ; ce qui ne peut manquer de rappeler à
Sfïitq.drTranq. l'efpi-jt la réHexiou de Sénèque , nullum niaqniim im^enium
tn:m, cuv, ulum. ^'./i, .y..
Jine mixtura démentis jiiit.
M. Gautier de Sibert auroit d'autres obfervations à faire
fur ia barbe & la chevelure, chez les Juifs & les Chrétiens;
mais comme elles peuvent trouver leur place ailleurs , il le
hâte de revenir aux anciens peuples , & commence par la barbe.
DES Inscriptions et Belles- Lettres. i<>
Dans le premier âge du monde, connoifîbit-on les rafoirs!
II ell au moins certain qu'ils étoient inventés avant Moyfe;
c'eft ce que Tuppole la loi uu Lcvitique, dont on a parlé,
nec rudetis barbam, II y avoit donc alors des peuples qui
faifoient ufàge du raloir. Tels éloient les Egyptiens , qui
auront leur article à part.
\j&i peuples de la haute antiquité , croyoient que la barbe
étoit le figne apparent diftindif des deux lexes ; en conlc-
quence les hommes , dans la crainte de déguifer le leur ,
loin de le râler , lailfoient croître leur barbe. Lvlander "'' , ' 4)0 »"«
!• T->i ■ 1 I r 1 o r , ■ rr avaiiLj. C.
dit rlutarque, avoit une barbe tort longue & tort épaule, ru yU de Lyf.
à la façon des Anciens; c'eft ainfi que la portoit Lycurgue, 88oansavant
le légillateur de Sparte. Cependant, dans cette république, ^'^'
il n'ctoit pas permis à tous les citoyens de porter une longue
bai'be; c'éioit une prérogative des Sénateurs & des Magif-
trats : le I impie peuple de voit Te couper fréquemment la
barbe, & ne lailier que des mouftaches à la lèvre lupérieure.
On ne voit point cette loi parmi celles que lit Lycurgue : AihcWe , l. iv.
elle fut vraileinblablement promulguée du temps des Éphores : '• '" • l"'"'"'!'
ces Magiltrats ctoient li jaloux de 1 éxecution de cette
ordonnance cju'ils la renouveloient chaque année en com-
mençant l'exercice de leur charge ; ce qui prouve qu'ils
Tegardoient la barbe comme un avantage &. comme une
(orte de parure dont on devoit faire cas. Tous les Grecs
en avoient la même idée. Nous liions dans un fragment de ^ihcrtf imn],
Chry lippe, que le premier Athénien qui ofa le faire râler, ^"^^^•"'•''•-^''^/'
s'attira liui-ligiiation & le mépris de tous les concitoyens.
Au refte , on voit que bien d'auti'es peuples eurent une
grande vénération pour la barbe : les Pédaficns étoient de
ce nombre ; on prctend qu'il anivoit de temps en temps
chez eux , un prodige hngulier , qui n'en ell pas plus
croyable, pour avoir été rapporté par Hérodote, dans deux
endroits dillérens : « on dit , écrit cet Hilloritn , que les Wr.U.mCK»,
Pédaliens c|ui habitent les bords de la mer Méditerranée, au- " %\^f// '
dcftus d'Hahiarnalle, lont très -foigneux d'examiner la figure « /» Vrau.'
delà Pr^irelle de Minerve, p;ucc uuils ont expérimente*» f- '"<"*»'■'•
C i;
20 Histoire de l'Académie Royale
» piiifieurs fois , qiiefi eux , ou leurs voiiins, ou les Ampliiclîons,
» ctoicm menaces de c|uelqu'cvcneinent tâclieux, auH'i-tôt une
barbe longue & touflue couvroit le menton de la Prclrelie. »
Atheit.lIV, £n générai les Phiiofophes ont été les prott (fleurs de la
Siok' ''^" barbe , ils prétendoient qu'elle marquoit la différence des
ftxt's , que par conléquent il n'en falloit rien retrancher ;
aulTi aricélojent-ils de la porter iort longue , & lur-tout les
Cyniques : c'elt un Fhilolophe de cette Sede qui s'étoit
I«f/. Z)i;/. Apréienté à Caron pour palier la barque, lorfque Mercure
eimor's. j^_j jj^^ j^ |^ dépouiller de Ion orgueil, de ion effronterie
&c de ion arrogance, enfuite d'abattre cette barbe longue tSc
touffue , qui peioit plus de cinq mines.
Il paroît que Lucien , auteur de cette plaifinterie , n'étoit
point partifan de la barbe , 8c qu'il n'eût pas , comme
Chryj. clms CHryfippe, attaqué la mémoire d'Alexandre- le- Grand ,
'Atyiice.LXUl. pgj-^-g q^ie <-e Prince s'étoit fait rafer. Selon le phiiolophe
Stoïcien , c'efl ce conquérant qui , préférant le luxe & la
molledë des Perfes aux moeurs auftères des Macédoniens ,
rendit fa Nation efféminée , en introduilant l'uiage de fe
rafer. A la vérité , ce fut fous le règne d'Alexanure que les
Macédoniens celsèrent de porter une longue barbe; mais
Fhuvîe deTUj. Plutarque en allègue une railon bien différente de celle de
Chryfippe, c'efl que dans un combat, on donne facilement
par-là priie à Ion eJinemi : au refte , que le changemen-t
arrivé chez les Macédoniens à l'égard de la barbe , ait été
l'effet de la politique d'Alexandre ou de fon goût pour les
mœurs Afiatiques , il réfultera toujours du dilcours de
Chryfippe & de celui de f lutarque , que julqu'au temps
TragmJfChyj. ^ k\ç.\^n6xQ , les Macédoniens portèrent la barbe longue,
dans Athénée, ^ qu'au Contraire , il y avoit alors déjà long-temps que les
Perles & leurs voifins ie la faifoient rafer. Les Rhodiens
& les Byianlins adoptèrent aflez promplement cet uiage j
en vain ie gouvernement voulut s'y oppoier , ils aimèrent
mieux payer une amende que d'obéir à la loi qui leur
défendit de fe rafèr le menton. Ceux qui exerçoient l'auto-
rité à Rhodes & à Byzance , ne regardoient donc pas
DES Inscriptions et Belles -Lettres. 21
comme une chofe indifférente l'action de fe rafer ; ils
croyoient qu'elle cloit l'efiet d'un excès de propreté & de
dclicatellé qui donnoii atteinte à la pureté & à la fimplicité
des mœurs. Auffi remarque-ton que ceux des peuples de
l'antiquité qui ont \es premiers admis cliez eux les proteffions
de barbier, d'étu\ifte, &. d'autres gens de celte forte, nous
font reprefentés par les Hiftoriens & par les Poètes, comme
des -peuples voluptueux & d'une mollelîe qui leur rendoit
infupportables les plus légères incommodités. Sans pailer
des Alialiques, ne lail-on pas ce qu'on a dit des Tarentins,
des Sybarites & des autres habitans de la Sicile & de la
Calabre î 11 y a apparence que ces peuples avoient commencé
à le râler cinq à fix cents ans avant l'ère chrétienne : dès
le temps de Denys le tyran, c'étoit une choie ridicule dans Cicrr. h Of.
ces contrées de ne point ralèr la barbe ; ce Prince le failoit /.v,. V;ixDxd.
brûler la fienne par Tes liiles , parce qu'il n'ofoit confier là ^'c-
tête à perlonne. C'eft des Tarentins que Cléarque diloit, Clctrq.ayi.d
qu'ils étoient parvenus à un tel excès t'e luxe & de mollelfe, ^/j^^ " '
que non-lèulement ils le raloient le menton , mais encore
toutes les parties du corps; & qu'ainfi ils donnoientà toutes
ies Nations l'exemple d'une nudité contraire à la Nature.
Si on en croit le même Hiltorien, les Japygiens, c'ell-à-dire,
les habitans de la Pouiile &: de la Calabre, lont les premiers
qui lurent allez efléminés pour faire ufage de faux cheveux ,
afin de jouir de l'avantage d'une belle chevelure làns en
avoir les incommodités.
Quand Juvenal veut peindre \\x\ homme de bien, il
l'appelle :
(lïv^mim barba , dignum^ue capillis , Sai. xvi ,
Afdjorum. ^-S'i
pour marquer que le pcrlonnage dont il parle eft aufTt
veitueux que l'étoient les Romains dans ces liècles, où des
maurs luDpIcs &. aulUres ne leur permettoient pas de
conuoiire la protellion de barbier : les premiers qui vinrent
chez eux, vers l'an 454. de la fondation de Rome, lou> le
22 Histoire de l'Académie Royale
Plm, l.\ VU Confiilat de Q. Apuieiiis Paiifa & de M. Valeriiis Corviis,
'' ^'^' étoient Siciliens , acccpere tonforesftciilos ; avant cttle époque
ils porloient la barbe longue.
Quand on eut adopté l'ulage de fe rafer , chacun fe ra(a
plus ou moins louvent, fiiivant fon goût; mais qui croiroit,
fî on ne le liloit pas dans Pline , que le célèbre Scipioa
l'Africain, donna le preinier, l'exemple à (a nation de le iaire
faire la barbe tous les jours. Alors une longue barbe devint
\\\\ figne de triftedè qui annonçoit , ou des perlonnes eu
deuil , ou des gens accufcs de crimes. Les Hilbriens
Auh-Gell obfervent comme une choie extraoruinaire , que Scipion
VaUr'-Max.' Émilien & le vertueux Tutilius , n'aient pas celle de faire
faire leur barbe dans le temps oiî l'on formoit des accufations
contr'euK. Cette remarque prouve que, quoiqu'en pareille
circonfbnce, ce fût l'ulage de lailler croître (a barbe , on
étoit néanmoins libre de le fuivre ou de ne pas le fuivre ;
il n'en étoit pas de même de iâge où l'on pouvoit fe faire
'Macr.inSomn, Y-^ç^^ pour la première fois ; félon Pline & Macrobe , il
"''* falloit attendre l'âge de vingt-un ans pour faire ce qu'on
appeloit fa première barbe : depuis cet âge juiqu'à quarante-
neuf ans, il étoit permis de lé râler ou de ne pas fe ralèr ,
ce temps palié , on n'étoit plus admis à la cérémonie de la
première ' barbe. Scipion Emilien , dont nous venons de
parler , avoit quarante ans lorlqu'il le ht râler pour la pre-
Lil.V. inière fois. Aulu-Gelle, de qui nous tenons ce fait, dit
qu'il fut furpris lorlqu'il le lut , & que cela lui ayant donné
lieu de faire des recherches , il avoit trouvé que les hommes
d'une naiirancediltinguée, contemporains de Scipion, s'étoient
comme lui , fait râler, pour la première fois, à quarante ans,
ce qui eft confirmé, ajoute-t-ii , par la plupart des tableaux
&. des portraits que nous avons de ce même temps. Au
furplus, il eft certain, félon Dion, que Célar Odavien
avoit vingt -cinq ans lorlqu'il ht faire fa première barbe,
Dion 1 LXIX. Sc^I'-'^» ^^*o'^ Suétone, Caligula n'avoit pas vingt- un ans
6}>nri.'v.j-Ad. lorfqu'on le râla pour la première fois. Enfin, fous Adrien,
'EnZ'ufi '^'^ i" Romains reprirent l'ancien ufage des barbes longues , à
DES Inscriptions et Belles -Lettres. 23
l'imitation de cet Empereur, qui laiffa croître la fienne pour
cacher, dit Sparticn , quelques difformités qu'il avoit lur le
vifage , propter viilitera ; Saumaile prétend que ce fut parce
qu'il aftèdionnoit les Sciences & les mœurs des Grecs ;
mais comme Saumaife pe cite point d'autorités, nous devons
nous en tenir au témoignage de Spartien.
Les Romains, en ceîlant de fe rafèr, perdirent une fête
de famille; car ils ctoient dans l'ulage de faire de grandes
réjouidances la première fois qu'on les rafoit : le jour de
cette cérémonie, ils alFembloient leurs parens & leurs amis,
& en leur préfence on raioit au jeune homme la première
barbe, qu'on renlermoit dans une boîte plus ou moins
précieufe, fuivant les facultés; enliiite elle éîoit confàcrée à Dhn.
quelques divinités. Néron conlacra la fienne à Jupiter -^'"•'- ''''' '^*
<•- :, 1:. ht'ron.c.Xll,
i^apiioim.
Ceux des peuples de la Grèce chez qui l'ufage de fe
rafer i'étoit introduit , fôlenniloient avec le même appareil
ie jour auquel on coupoit la première barbe, qu'ils confa-
croient, de mcme que les Romains, à quelques divinités.
Il y a dans l'Anthologie grecque, pluileurs épigrammes qui
juflifient cette coutume, que pratiquoient aulfi les habit:uis
de l'île de Délos, comme nous le voyons dans Callimaque. Hymn.Diks,
A l'occalion de celle fête, on peut obferver que la '"'''' "^^
coutiur.e de ic rafèr, atloptce par les Romains pendant un
temps, ne changea rien, quant au fond, à leur manière de
penlér fur la barbe; certainement ils n'en auroient pas con-
làcré les prémices à leurs divinités , s'ils n'avoient pas
continué tie la regarder comme une prérogative honorable,
&: comme une partie d'eux-mêmes allez précieulè pour être
otitrle à leurs Dieux.
M, Gautier de Sibcrt examine enfuite quelle a été, fur
le nuMic objet , l'opinion de ces peuples que les Romains
appeloicnt jj.irbares , tels que les Celles &. le^ Germaius , Ta,.v..C,m.
où la niollede ^ la volupté n'avoiejit point palic en mode, '>'
&. chez qui les bonnes maurs avoient plus de pouvoir que
\ti bonnes loix n en ont pai--lout ailleurs.
24 Histoire de l'Académie Royale
II étoit naturel que des peuples belliqueux, 8c d'un carac-
tère indcpendant, eflimafîënt tout ce qui marquoit ia force ;
une barbe prccoce leur lembloit annoncer une coinplexioii
foibie; ils avoicnt meilleure opinion de ceux qui rcftoicnt
long-temps fans barbe ; ils préiendoient que leurs corp étant
plus long-temps à le former , tievenoient plus forts & plus
C^//, F/a. F. j.Q[3u(^g5 : A oc ali fdtiiram , ali vires, uervofque conjirmari
putant. Chez ces peuples, la liberté de le couper la barbe
pour la première fois , était une récompenfe accordée au
Taf.m.G^rm, courage : il lailoit avoir tué quelqu'un du parti contraire;
30. à- J^'/' ils crovoient que c'étoit un devoir de leur naifiance dont
/. iV, c, LXi, .,.■'..'■, jri/ •■ ./-
al jmporloit de s acquitter avant de le accouvnr le vilage
& d'être avoué de les parens & de fi patrie : c'eft par une
fuite des mêmes principes que ceux qu'on appeloit parmi
eux , les Braves , fiifoient Ibuvent vœu de lailfer croître
toute leur barbe , tant qu'ils n'auroient pas défait les enne-
mis qu'ils fe propoloient d'attaquer : cette coutume étoit
encore en vigueur au vii.'^ liècle. On lit dans Grégoire
Cr.T.l.V. ^^ Tours, que les Suèves ayant battu les Saxons, ceux-ci
c.xv. jurèrent de ne point couper leur barbe qu'ils n'en euifent
Dioa.Sic.l.V. tiré vencceance. Au refte , les habitans de la Germanie &
ies peuples qui en éîoient originaires , varioient dans ia
manière de porter leur barbe ; les uns rafoient les joues
& le menton , confervant feulement de longues & larges
mouftaches ; ies autres fe raloient les joues lans toucher au
menton ; plufieurs en'îin lailioient croître leur barbe éga-
lement par -tout; mais ils la portoient courte, ayant foin
de fe ia couper de temps en temps. Il faut , au furpius , que
la barbe fût très-relpeciée parmi eux , puilqu'en traitant des
affîiiresies plus importantes, ils juroient par leur barbe : on
fait que c'ell de cette manière que Clovis & Alaric jurèrent
'^'""'h;i'f' li^P^'x; Aiaric toucha , fuivant f ancien imge.Ji/xta morcni
i ni, y!\i anûquonan , ia barbe de Clovis, & les deux Princes fè
^ '7^- jurèrent une amitié éternelle. Aulfi étoit - ce , chez, ces
Ane. !oix allem. peuples, laire une injure atroce à un liomme de lui couper
'' '^ ''* la barbe , ia loi le défendoit fous peine d'amende. Les Francs ,
forlis
DES Inscriptions et Belles -Lettres. 15
forih des Germains, penfoient de même. Dagobeit I/*^, CepaDagoi.
mécontent des manières arrogantes de ion Lieutenant en '^j-jf/f^/., //
Aquitaine, ordonna qu'on lui coupât la barbe; ce qui ctoit/'. /^-f -/*!?•
alors un tiès-grand affront, dit l'auteur des Geftes de ce Roi.
Après avoir ainfi montré que les opinions Se [es coutumes
des anciens peuples , à l'égard de la barbe , tenoient à leurs
mœurs, à leur politique & au culte religieux, M. Gautier
de Sibert recherche de même quelles ont été les idées des
Anciens au lujet de la chevelure , en avertilîknt qu'il ne
faut pas en détacher ce qu'il a dit précédemment des Juifs
& des Chrétiens.
Dès les temps les plus reculés, la longue chevelure étoit
en honneur, puilque c'étoit celle qu'on attribuoit aux Dieux.
Rarement les Poètes parlent- ils de Jupiter , d'Apollon, de
Neptune, de Bacchus , de Mercure, de Vénus, d'Iris, des
]N)inphes, &c. (ans décrire la majedé ou les grâces de leur
chevelure : c'eft aufli la parure naturelle qu'après eux les
Hifforiens &: les Peintres s'attachèrent à taire remarquer
dans les héros , dans les perfonnages diflingués , & lur-touî
dans les femmes dont ils vouloient relever la beauté. Rien
de fi commun, en vers & en proie, que la longue chevelure
blonde & dorée, aitrei cr'ines , flavi capilli. C'étoit peut-être
pour ne rien perdre de l'agrément que pou\oit donner une
ample chevelure, qu'on failoit cas d'un front étroit. Horace ^i;,, /
relève par cet endroit \es charmes de lîi L^coris, infigncm '^''- xxxm,
lenui fronte Lycorida. Si l'on en croit Arnobe, qui vivoit fur ^' , ,
1 y I t /• y \ • /• • r- ■ r % n- • Arnot; ad»
la nn du m. iiccle, un pein Iront paroiuoitli ntceiianepour Cw.
une beauté régulière , que les femmes mettoient des bandeaux Ahnu i, il,
pour diminuer leur iVoiit. <' Les Mexicains , comme l'obferve "^"'
Montaigne, comptent entre \es beautés la petiteflè du front , „
& où elles le font le poil par-tout le refte du corps , elles „
le nourrident au Iront & peuplent par art. » Quand on voit -
ie cas que les Anciens l.iiloient de la chc\clure , on n'efl
pas étonné que des hommes même en aient pris un loin
allez recherché pour faire concevoir d'eux une idée peu
iavorable. Philippe , père d'Alexandre , i'étant aptr«,u
Ilijl. Time XL. D.
2.6 Histoire de l'Académie Royale
'SuiJas. qu'Antjpater , qu'il avoit ^ievé à une des premières magîf^
traturcs du Royaume , fe faifoit teindre la barbe &. les
cheveux , le deflitua fur le champ , en dilant qu'on Jie pouvoit
regarder comme luicère dans le maniement des affaires
publiques , un homme qui ne l'ctoit pas dans le foin de fa
yElîa». l'ar. clieveKire. Archidamus , roi de Sparte, allégua une railoii
hiji,Yii,2o. pai-eille pour faire échouer la négociation d'un député de
l'île de Céos; «comment, dit-il, fe lier aux difcours d'uu
» homme qui aimonce la faulièté de Ion ame par celle de iès
cheveux! » c'eft que ce député les failoit peindre pour paroître
moins âge. Martial fe moque d'un certain Lentinus qui ,
dans la même vue , peignoit les cheveux en noir.
i;i,^I]l Mentirîs jiiveiiem tiiiélis , Lentiiie, capillis ,
ipig. xLiii, Tarn fiibito corviis qui mcdo cygnus eras.
II feroit aifé de produire mille exemples de cet ufage chez
Capitol. les Romains : l'Empereur L. Vérus ne peignoit pas les
cheveux, mais il y faifoit jeter de la poudre d'or, pour les
rendre plus blonds encore que la Nature ne les avoit faits.
A la vue du foin efféminé que le premier des Célars prenoit
des cheveux qui lui relloient , Cicéron ne pouvoit le loup-
çoinier d'alpirer à la tyrannie. Sénèque étoit dans les mêmes
fentimens : « vous connoiîfez , diloit-il à fon ami Lucilius ,
»• des jeimes gens dont la barbe & la chevelure font artiffe-
♦' ment arrangées; n'en elpérez rieji de mâle ni de foiide ;
Epijl.cxv. fiiliil ab illis fperaveris forte , niliil folidum. « Sénèque étoit
Stoïcien , & les Philofophes de cette leéle vouloient qu'on
coupât ^as cheveux tout près de la peau , pour éviter la
perte de temps qu'entraînoit le foin de la chevelure. Les Phi-
lofophes delafeél:e Académique prétendoient, pour la même
raifon, qu'il filloit la lailîër croître fins s'en occuper. Avant
Plut. Bdvq. la naiffance des le<?les, Thaïes, le plus ancien des Sages de
(sj^nia^cs. 1^ Grèce, avoit applaudi aux foins que prenoit la jeune &
vertueufe Eumétis de la chevelure d'Anaçharlis , afin que
le plus doux des hommes n'effarouchât pas par un air trop
aultère.
DES Inscriptions et Belles-Lettres. 27
Si la chevelure éîoit regardée par les Anciens comme un
cîon précieux de la Nature, on conçoit qu'ils dévoient avoir
une idée toute oppofée de la Calvitie & de ce qui l'imitoit;
c'ctoit à leurs yeux un objet de mépris, une difformité,
fou vent un opprobre ; c'étoit même une punition dont
Dieu menaçoit , par les Prophètes , les Ifracliles & les
peuples voilms. Telle eft; la menace qu'Haïe failoit aux filles Ij'auirr.
de Sion , Se Jérémie aux orgueilleux enfans de Moab. ,gi^^y^/^'
On le rappelle les railleries inlullantes des enfans de Bcthel
ù l'égard du prophète Elilée.
Les Grecs , accoutumés à une longue chevelure , ne
pouvoient regiU"der la Colvitie qu'avec mépris : auffi Homère ^"'"^' ^- ^''
ne manque-t-il pas de la faire entrer dans la peinture de
fon Therhte : les Lyciens l'avoient en horreur. Mauiole , .-^"ft- '«
roi de Carie, à la follicitation des Publicains, leur ordonna ""''^'
de fe tondre ; pour fauver ce déshonneur , les Lyciens
payèrent une taxe confidérable. Agathocle, tyran de Sicile,
qui avoit perdu fes cheveux, croyoit dérober la connoilîancc
de cette difformité par une couronne de myrihe ; les Sici-
liens qui ne s'y méprenoient pas , retenus par la crainte du
Tyran , ne le permirent cependant aucune plaifanterie ,
comme le remarque ^Elien. 11 ieroil inutile de rappeler les
traits de raillerie lancés par Arillophane, & par d'autres, LH-Xl,.^
contre les tètes chauves; les mêmes idées lubliftoient chez
les Romains. Ovide compare une tête fans cheveux , à un
arbre dépouillé de les feuilles. Au milieu des honneurs
du triomphe , Célar fut en butte aux railleries de fes foldals :
Urbciiii jcrvate uxorcs , machum calvuni culduciiuiis , &. à celles -"'■''''•■'
de les ennemis ; il y fut lî fenlible, que devenu maître dans
Rome , il obtint du Sénat le droit de porter toujours une Dion, Suer,
couronne de laurier, les loins qu'il preiioit pour couvrir la
partie chauve de la tête avec le relie des cheveux ne réul-
filfuit pas à fon gré. D'autres ILmpereurs ne montrèrent pas ^^^^^y, "jp
moins de lenfbililé , tels que Tibère " <!s. Domitien ''; celui-ci c. un.
fur-tout, prenoii pour lui les plailanterits qui tomboient fur £)^,^,"'j^p;;*,
la tête chauve de quelcju'aulre.
D ij
'2& Histoire de l'Académie Royale
Les dames Romaines principalement étoient û aUacWcS
à leurs chevelures , qu'elles efîayoient d'en réparer la perte
Ovul. l. I. pjii- (Je5 cheveux empruntes. Ovide & Martial les confoient
•^mor. el, XIV, ' , ,,■ ■ •n • i r> • i
A'iart.hMv, en leur reprclentant que les viclou'es des Komajjis les met-
tpigr. XXVI, toient à portée de (e parer des beaux cheveux des Germains,
&: d'ufer de cette pommade du pays ài:s Cattes, qui donnoit
aux cheveux une couleur d'or. Les dames Chrétiennes du
lli.*^ & du iv."^ fiècle ne montroient pas moins de zèle pour
cette parure. Saint Paulin menace de la punition divine
celles qui grofhlfoient leur télé de cheveux étrangers, leur
prédifant qu'elles auroient la honte de fe voir enticremeitt
chauves :
£p!ih. TriJIe gèrent nudo vert'ice calvïùum.
Les hommes même imitèrent leur exemple, introduit par
les Siciliens ; car on regarde ces peuples comme les premiers
qui aient imaginé les fauffes chevelures.
Cependant , les fiècies anciens virent des peribnnes , àes
Princes même qui, s'élevant au-dellLis du préjugé commun,
furent les premiers à badiner fur leur calvitie. Sous le règne
'Dm,l,LVUl, ^Q Velpahen , une comète ayant paru, on publia qu'elle
annonçoit la mort d'un grand Prince: c<cepréiage, répondit
» l'Empereur, peut concerner le roi des Parthes qui eft chevelu;-
il ne me regarde pas, puilque Je fuis chauve. » Si la chevelure
eut un grand nombre de panégyriftes , la calvitie eut auffi
fes partilans ; car , fans parler de Saint Jérôme , pour qui
lui h-ont chauve étoit une marque deiageffe, Synéfius évêque
de Cyrène au v.'' liècle, en fit l'éloge en forme; exemple
qu'au ix.'' fiècIe le moine Hugdebal luivit, en dédiant, fur
le même fiijet, à Charles-le-Chauve , un petit Poëme dont
tous les mots commencent par un C. Dans la (uite , Hadrianus
Junius épuifa fon favoir & fon imagination pour la même
caufe; il ne tient pas à lui qu'on ne regarde les hommes
chevelus comme les fléaux du genre humain. Si Homère
donne fi fouvent aux Grecs une chevelure longue & fournie,
ç'eft j à Ion avis , pour caradérifer leur iiiluimanité^ lemblable
DES Inscriptions et Belles -Lettres. ip
à celle de ces barbares chevelus , qui depuis dévaftcrent
i'ernpire Romain. Pour faire envifager les cheveux comme
ia lie Se l'écume du corps , le ficge de la malpropreté , ii
cite Arillote , Galien , & l'expérience des Egyptiens , qui
étant dans l'uiage de raftr les hommes morts , avoient
obrervé que l'année fuivante, les cheveux & la barbe leur
avoient pouffé. Pour raiionner conféquemment, Junius auroit
dû envelopper dans la même prolcription , la barbe & la
chevelure; cependant, il ne met pas de différence entre fe
rafer & le faire eunuque; il confcille même aux Souverains
& aux Grands de conlèrver leur barbe intacte, à l'exemple
de Julien, qui ne ia coupoit jamais, comme donnant à ^^ifipi'gt
leur pcrfonne un air de niajeflé &. de dignité qui imprime
le reipeél.
Les Egyptiens , dont il parle , regardoient comme une
fuperfluilé impure , Iqs cheveux , la barbe , & en général
tout le poil du corps ; 5c en repréientant chauve leur dieu
Efculape , ils croyoient le caradérifer par un attribut de
fagefîè. Ils firent rafer Jofeph avant de le préfenter à
Pharaon , comme ils rafoient leurs enfans dès les plus
tendres années , comme ils fe rafoient fréquemment eux-
mêmes jufqu'aux fourcils , fur-tout lorlqu'ils le dilpofoient à
ofirir des lacrifices , ou qu'ils pleuroient ia mort de leur Apis :
ils ne celloient, en ce dernier cas, de fe rafer, que lorfqu'uii
nouvel Apis avoit paru. Quant à leurs Prêtres, ils dévoient
ctre rafés en tout temps , ufage que Saint Jérôme défend
aux Prêtres Chrétiens d'adopter , & que Al. Bolfuet croit
avoir été imaginé pour donner au corps plus de vigueur.
!M. Gautier de Sibcrt ne peut croire que tel ait été le vrai
motif, quoiqu'il n'ignore pas qu'à la faveur de cette pratique
les Égyptiens , au rapport d'Hérodote , avoient le crâne ^'^- ^''''
plus compacl qu'on ne l'a ordinairement, Se par-là , plus
capable de fupporier les intempéries de l'air. 11 efl plus
probable que les Egyptiens étoient dirigés par àts principes
religieux , & que fi Moyfc défendit aux Iliaclites de fè rafer
'30' Histoire de l'Académie Royale
ia barbe , il avoit pour but de les éloigner des pratiques
bizarres & fuperftitieufes de ces peuples.
Au refle, il y avoit, chez cette Nation, deux fortes de
deuil; celui de famille 8c celui de religion, public ou parti-
culier; dans les deuils de famille, ils lailToient croître leurs
cheveux & leur barbe , comme l'oblerve Hérodote ; ce
qu'ils pratiquoient aufli en voyage, foit pour imiter Ofiris,
qui n'avoit point coupé les cheveux pendant le cours de
fes expéditions , foit pour témoigner la douleur qu'ils reffen-
tpient d'ctre éloignés de leurs foyers , & d'une patrie qu'ils
regardoient comme le fejour des Dieux.
Dans les deuils religieux , ils fe rafoient la ttte & tout le
le relie du corps : cette pratique étoit générale quand ils
avoient perdu leur dieu Apis; mais elle étoit particulière
'Diod.Sk.lI, j^|-j5 une famille, lorfqu'un chien mouroit, animal qui dans
' ' i'Évrypte étoit en grande vénération. Ces peuples avoient du
mépris, de l'averfion mcme pour les hommes roux; on dit,
^'^ au rapport de Diodore , que les anciens rois d'Egypte facri-
fioient fur le tombeau d'Olîris , tous les hommes qui avoient
InTfJ. le poil roux ; Plutarque dit qu'on les brûloit vifs , & qu'on
jetoit leurs cendres au vent; c'efl que Typhon, meurtrier
d'Ofiris , étoit de cette couleur , peu commune chez les
Égyptiens , dont on voit que les idées fur le fujet traité
dans ce Mémoire , étoient en contradiélion avec celles à^s
autres peuples. Chez la plupart de ces derniers, des cheveux
coupés ou rafés étoient un ligne flétriffant ou avililîànt , ou
du moins une marque de triiteiïë & de deuil : c'efl ce que
M. Gautier de Sibert fe propofe de développer dans un
autre Mémoire , où il expHquera les raifons des variétés qui
fc remarquent dans les ulages de différentes Nations.
DES Inscriptions et Belles -Lettres. 31
MEMOIRE
Sur ce que l'on fait du Gouvernement politique des Gaules ,
lorfque les Romains en firent la conquête.
SI les connoifTances que nous avons en ce genre fe
réduKent à peu de chofe, &: font bornées à un petit
nombre de dt'tails lournis par Poiybe, Tite-Live , Cc/;ir ,
Tacite , & quelques autres , il efi; toujours utile de fe rendre
compte à loi-mùme de les pofTefllons , comme a fait M. de
Burigny dans ce Mcmoire, dut-on s'attirer l'application de
ia maxime : pauperis ejl tmmerarc peais. Ovld.miuXIU^
On fut que les habitans des Gaules ttoient diflribucs en ^^"f"-
trois clalfes ; les Druides, les Nobles que Ccfar nomme
Eqiûtcs , & le Peuple ; mais ce qui concerne ces trois
dalles, fur-tout celle des Druides , ayant été difcuté dans
dkTérentes parties de ce recueil , &. dans d'autres ouvrages ,
M. de Burigny ne s'y arrête pas.
On fait encore en général que la Gaule, alors diflribuée
en trois parties , la Celt'ujue , la Belgique & {'Aquitaine ,
<;toit habitée par un peuple immenle, & qu'on y diflinguoit
un grand nombre de Cités : Tacite en compte julquà Th-L'w.v.j^i
foixante- quatre. Ann. m.
De ces Cités, les unes étoient gouvernées par des Rois, "' '^^'
les autres, par un Sénat.
I. Les noms de quelques-uns de ces Rois iont par-
venus jufqu'à nous , <Sc c'ell prelcjue tout ce qui en rede,
Ambigatus régnoit dans la Celtique du temps du premier , T~>"-Liv. V,
Tarquin; Bourges en étoit alors la cité la plus conddérable. 'crj.i.i.n.i.
Dans le récit de l'expédition il'Annibal contre les Romains,
Poiybe nomme Concolitan &. Anéroefle, qui régnoient ^''''•//.r-"«"
dans la parlie méridionale des Gaules. Tite-Live parle de Ti'Lii.ÀA'l,
deux frères (jui , lur les bords du Rlione , le di(i)uloieiU le ■'''
thrône , &. nomme Bni/nus l'iiiné, pour qui le Générai
fja' Histoire de l'Académie Royale
Carthaginois fe déclara. Teutomate rcgnoit fur les Salviens,
peuple de Provence, lorfqLi'il fut vaincu par le proconlul
C. Sextius, & Bituitus fur les Auvergnats, lorlcpie le conful
Q. Fabius -Maximus lui tailla en pièces cent vingt mille
^ hommes , comme nous l'apprend l'abrégé du lxi.'' livre de
Tite-Live (a). Il paroît que ce dernier étoit redouté des
Romains, puifqu'étant arrêté à Rome, où il s'étoit rendu,
il fut envoyé dans la ville d'Albe, ôc gardé foigneufement,
tandis qu'on donna ordre de fe iaihr de Congentiacus
fon fils.
On trouve dans les Mémoires de Jules-Céfar, les noms
CoiJ. I, f. de plufieurs de ces rois Gaulois. Catamantalède avoit régné
plulieurs années fur les Séquaniens , & le Sénat lui avoit
M. IV, 12. déféré le titre d'<îwi des Romains, honneur qui avoit aufîl
VII. }i, été accordé à Pifon d'Aquitaine, dont Céfar célèbre la
valeur & la mort généreufe , de même qu'à Ollovicon ,
roi des Nitiobriges , c'elt-à-dire , du pays d'Agen & de
Condom , auquel fuccéda Theutomate Ion hls. Un des plus
puifians rois de la contrée étoit Divitiacus, qui, après avoir
régné fur les habitans du Soilfonnois , dont il laifla le gou-
vernement à Galba , fut roi de la Bretagne. Galba avoit
fous fa domination douze Cités, & pou voit mettre cinquante
r^/ l n, ^. mille hommes fur pied ; c'eft du moins à quoi il s'engagea
dans la confédération formée par les Beiges contre Célar ,
qui, après avoir vaincu les peuples de 1 Artois, leur donna
'U,lV,2i, un roi nommé Comius. Le Général Romain craignant fam-
bition de Dumnorix , qui jouilfoit d'un grand crédit dans
la cité d'Autun, qui s'étoit même vanté qu'il ne tenoit qu'à
lui de régner fur fes citoyens avec l'agrément de Célàr ,
U.V.^,6. ne trouva rien de plus expédient que de lui tendre des
embûches, & de le faire périr : il fe montra plus géneïeux
fidt ?;, envers Tafgéîius , qu'il rétablit dans la domination exercée
par fes ancêtres fur le pays Chartrain : honneur latal à
(a) Euti'opc (lïb. IV) parle de la défaite de EitultuS; mais ne s'accorde
pas avec l'Abbiéviateur de Tite-Live.
l'ami
DES Inscriptions et Belles -Lettres. 33
l'amî des Romains , puifqu'il le paya de la vie au bout de
trois ans de règne.
Cavarinus penla fubir le même iort : Ccfar l'avoit rétabli CaJ,ibid.j4,
dans la dignité de fes Ancêtres, qui avoient régné fur le
Sénonois. Ce peuple, qui n'avoit pas été confulté, condamna
le nouveau Roi à la mort , & le pouriuivit , comme il fe
làuvoit , julqu'aux limites du territoire , fans que Céfai- pût
rien obtenir des Sénateurs , qu'il avoit fait venir auprès de
lui : d'iâo ohedientes non fuerunt.
Telle étoit la maxime des Gaulois , de ne reconnoître Id. L Vii. ^.
pour Rois , que ceux qu'ils avoient é\us. Celtillus , un dii^
plus grands Seigneurs de l'Auvergne tut mis à mort par
l'ordre du Sénat , parce qu'il avoit fait des brigues pour
parvenir à la Royauté : ob eani caujam , qubd regnuni appe-
tehat, ah civïtate crat interfeélus. En pareil cas la peine étoit
le lupplice du feu , du moins chez Ïqs Helvétiens ; c'efl: Lih. I, 4,
celui qu'ils auroient fait fubir à Orgélorix, convaincu d'avoir
alpiré à la domination de la Gaule, fi la mort ne l'eût
foulLait à cette infamie. Elle n'empcchoit pas que les
Grands, affez riches pour avoir des U'oupes à leur lolde, Caf. Il, t.
ne s'emparadènt louvent de l'autorité.
Vercingetorix , iils de Celtillus, ayant été reconnu Roi
par ceux cju'il loulevoit contre les Romains, fut néaiunuins
acculé d'aimer mieux tenir Ion autorité de Célâr que des
Gaulois, & obligé de fe jultilk'r. On voit par-là que dans VIl.so^
les cités des Gaules, la domination n'étoit point jiérédi-
taire, & que fi elle pallbit du pcre au fils, c'éloit toujours
en vertu d'une nouvelle éleélion.
11. Les Cités qui n'étoient pas foumifes à des Rois ,
étoicnt gouvernées chacune par un Conleil cjue Céllu* nomme
Sâuit : c'ell le nom qu'il lui donne quand il parle des Likir. /-sS.
Hentois , des Ncrvicns , des Vénclcs , des Aulcncs , des Elm- lll.i6,ijs
roviccs & des Lexovii. Chez les Nerviens , ces Sénateurs
monioient juf(]u'au nombre de fix cents , & ils n'étoient
pas toujours les maîtres. Les Lexoviens firent main balfe
Ifir leur Sénat, parce qu'il i'oppoloil à la Li-iue coniic les
H'J/.Tome AL» E
34 Histoire de l'Académie Royale
NotjesCauks. Romains, propoft'e par Viriclovix , chef des Unelli , peiipfe
qu'on croit avoir ctc place dans le Cotentin. Lorfciue CcTar
arriva dans les Gaules , la cité <\es Aiduens , (jui compre-
noit \es diocèfes d'Autun , de Challon , de Mâcon ôc de
Nevers , y tenoit le premier rang. Le premier Magiftrat de
* S.* Julien cette cite s'appeloit Vergobrct * , nom que l'on croit lubfÏÏler
furccmotT' encorc en partie dans celui du Maire d'Autun. 11 avoit droit
Caj.libj.iû, de vie & de mort pendant une année que duroit fa Magis-
trature, fans qu'il lui fût permis de fortir des limites du
Jhid.l.vn,; ^. territoire. Deux perfonnes de la même famille ne pouvoient,
du vivant de l'une , être admiles à cette Magiftrature, ni même
dans l'ordre des Sénateurs. C'étoit aux Prêtres à déclai-er.
ceux dont la nomination étoit légitime.
'Lib.lll,^, Quelquefois les Cités, pour le lier plus étroitement, fê
réunilfoient fous les mêmes Magiftrats ; Céfar en donne
pour exemple, celles de Reims & de Soiffons, qui, malgré
cette union , prirent des partis difFérens , la première s'étant
fbumife aux Romains, la féconde étant entrée dans la ligue
formée conlr'eux. D'autres fois , les Cités le réuniffoient
dans une Affemblée générale. C'efl: ainfi qu'elles obtinrent
de Céfar la permiflion de s'aiïembler, parce qu'elles avoient
des demandes communes à lui faire, tous les députés s'étant
engagés par ferment entr'eux , de garder le fecret fur ce
LikVII.^S- qui ïeroit traité. Céfar parle de deux autres Aiïemblées
femblables , l'une à Bïhraâe , qu'on croit Autun , où Ver-
cingétorix fut reconnu Générai des Cités oppofées à ia domi-
nation Romaine; l'autre à Samarobrive , la principale ville
des Ambiûiii.
Il y avoit encore une autre efpèce d'Aiïèmblée qu'on peut
V. }C. appeler militaire, & que Céfar nomme armanm Concihum;
toute la jeunelîë étoit obligée de s'y rendre en armes , & le
dernier arrivé perdoit la vie dans toutes fortes de tourmens.
A cette occafion , M. de Burigny obferve que Vigenère
rapporte, après Pline Se Solin, que les cigognes s'afTemblent
dans un lieu de l'Afie, & mettent en pièces celle qui arrive
ia dernière; fait qu'Albert-ie-Grand & les Naturaliftes traitent
DES iNSCRIPtiONS ET BeLLES - LeTTRES. 35
de fabuleux ; mais il fait remarquer comme une. chofe plus
curieufe , le moyen employé par les Gaulois pour répandre
avec célérité la nouvelle d'un événement important. Ils
l'annoncent, dit Célàr, par des cris qui fe répètent de Caf.LVII, jj
proche en proche , de forte que ce qui s'étoit pafîe à Orléans
au lever du foleil, fut fu en Auvergne vers le commencement
de la nuit , à la diftance de cent loixante mille pas. Vigenère
prétend que cet ufage fubfilloit encore, il n'y a pas long-
temps, en Normandie, êc qu'on l'appeloit le grand & le
petit /laro. L'ordre & le fdence étoient bien obfervés dans Strat, l, IV,
ces Aflemblées, puifqu'au rapport de Strabon, un Huilfier
venoit avertir celui qui failoit du bruit, & après trois moni-
tions , lui coupoit une partie très - conlidérable de fou
vttement.
Les revenus publics des Cités confiftoient en droits de
Douane & autres impôts, qui ne font point détaillés dans
Céfar; on y voit feulement que des citoyens puiflàns afFer-
moient ces revenus à bon marché ; c'eit ainfi que dans la ■^•'■'. A '>?•
cité des /Cduens, Dumnorix les tenoit à ferme, parce que
perfonne n'oloit enchérir fur iui. Auffi étoit-il en état de
faire beaucoup de largelTes , & d'entretenir à les frais une
iiombrcule cavalerie. Cette efpèce de troupe avoit plus la
réputation de bravoure que l'infanterie , comme l'obferve
Strabon , dont le témoignage donne une idée de la popu- '^'^''*" ' ^^*
lation des Gaulois, puTlqu'it leur attribue la faculté d'avoir
julqu'à trois cents mille hommes armés. Céiar dit lui-mcme ■^''- ^'"- s 9
que la cité de Beauvais, dont il célèbre la bravoure, pouvoit ' ^'
mettre cent mille hommes fur pied, dont foixantc mille
d'élite.
Leurs armes étoient un large bouclier, une longue épée,
une lance, des traits, des arcs & des frondes; mais leurs
épécs , comme le remarque Polybe , ne frappoient que de
taille, & un (eul coup, après lequel elles s'émoulfoient &
fe ployoient d'un bout à l'autre , de manière que pour un
fécond coup , il lalloit les rcxlreliêr avec le pied. C'eft auHi
principalement i quoi les Romains durent leur fupérioriic
E il
^6 Histoire de l'Académie Royale
fur eux. Strabon nous apprend que quelques Gaulois raifolent
t«/././K j^. ufîige de chars à la guerre. Ccîar (jui nomme Ejjcdarii les
Gaulois qui combattoient fur ces chars , ne parle point des
""s'im/ ^' c\is.xs armes de faux : Frontin affure néanmoins que Céfar
en trouva i'ufîige reçu chez les Gaulois. Mêla dit , covinos
Jorn. c. II , pQcant <juorum falcûtis axïhiis iituiitiir. Jornandcs alfure que
'2^'. ' les Bretons fe fervent ciirribiis falcatis , quos effeda vacant.
d'Agrk.iz. Avant lui Tacite avoit dit que chez les Bretons, quelques
Nations combattoient fur des chars , quœdam Natioiics &.
TiuL.hX.iS. curru prœl'uintur, Tite-Live parle du char qui dans les Gaules
portoit le nom à'ejfeditm.
11 leroit curieux , fans doute , de connohre l'origine das
cités Gauioifes , de leurs gouvernemens , & l'hiftoire des
révolutions qu'elles ont éprouvées avant de paûer fous la
domination Romaine. Mais rien de tout cela n'a échappé
aux outrages du temps , & M. de Burigny s'en dédommage
,^. ri en jetant les veux fur la république de Marfeille, quoiqu'elle
Tac. Agric. ^. n eut aucuue liailon avec les tjaulois les vojuns ; il s arrête
Val' AUxfil ^^^'^ complaifance à l'éloge qu'en a fait Cicéron ^, & à ce
/, 7. Plant, qu'en ont dit Tacite, Pompoiiius - Mêla , Yalère - Maxime
DES Inscriptions et Belles -Lettres.
37
MÉMOIRE
SUR
LA VIE ET LES MÉDAILLES D'AGRIPPA,
Gendre dAiiguJIe.
AUGUSTE eut pour amis deux hommes d'un mérite
cgalement rare, & aulfi dignes de fa confiance l'un
que l'autre : tous deux rendirent des fervices imporlans au
Prince & à l'État. Agrippa, très-habile homme de guerre,
affermit le pouvoir de l'Empereur par des victoires multi-
plices : Mécène-, politique éclairé, lui concilia, par la fîigeiïë
de les confeils , l'amitié du peuple ; & il feroit difficile de
décider lequel des deux mérite lur l'autre la préférence.
Un Critique moderne n'a pas cru inutile île recueillir ce Meihm!!.
qui concerne la vie de l'un : M. l'abbé le Blond a jugé devoir ^/'f'"- i-vgd,
radèmbler de même les traits que peut fournir la vie de m'!^,» ^^^
l'autre; car , à l'exception de celle qu'avoit tracée Agrippa lui-
même, & qui ne nous efl point parvenue, il ne croit pas
qu'elle ait été écrite par aucun Hillorien , ni ancien ni
moderne.
Mais d'abord , la comparaifon de ces deux hommes rares,
offre une fltigularilé qui ne lui paroît pas avoir été affez
remarcpiée ; pour la faire mieux fentir, il rappelle l'ufage
des Romains au fujet de leurs monnoies : jamaii les Romains
n'y firent graver leurs têtes (a) ; les plus anciennes monnoies
qui nous refient de ce peuple, font celles qu'on nomme
Médailles de familles Romaines. On y voit , ou la tête de
(a) Les anciens rois Pci fcs faifoicnt
faliriquT dc9 Monnoies d'afToz mau-
vais goût , (jui le di'l'nguoient par
crruins types , comme les D.trujiies
par l'Arciier. La faliriqiic des mon-
noies s'ét.int perfciliijnia-c , les Kois
y firent graver d'uborj Jcuf} uoiiis^
cnfuitc leurs tètes ; c'efl ainfi qu'on
voit les rois de Sicile rcprcfeniés fur
les monnoies : celles des premiers rois
de A'acédi'iiie ne montrent pas tou-
MMirs leurs ittcs , & quoi(|ueiiu temps
d'Alexandre, l'art lût porte à un haut
déj^rv; de pcrlcdiuii , on a doute que
38 Histoire de l'Académie Royale
Rome cafquce , ou quelque Divinité : ordinairement le revers
montre une Vicloire.
Cependant , les Triumvirs monétaires y firent repréfenter
quelquefois les têtes des hommes ilkillres qu'ils comptoient
parmi leurs ancêtres : cet ufage iè perpétua jufqu'à la déca-
dence de la République, & julqu'à ce temps il ne fut permis
à perfonne de faire graver la tcte lur les monnoies. On croit
Ph. I. XLiy. ci^-ie Jules-Céfar fut le premier des Romains qui ait joui de
ce privilège, & dont on ait mis la tête, de fon vivant, fur
les Médailles. On a cru aufTi qu'il n'avoit point voulu ufcr
de la liberté qui lui en avoit été donnée ; niais qu'Augulle ,
pour honorer la mémoire de fon père adoptif, lui avoit
rendu cet hommage. On frappa enluite des monnoies à
Rome, au nom & avec la tête des Triumvirs Lépide, Antoine
& Augufte; ce dernier étant devenu Empereur, l'ulage s'en
établit , & l'on y vit fa tête gravée fur tous les métaux avec celle
d'A<yrippa fon gendre. Piufieurs pays foumis aux Romains
imitèrent en cela l'exemple de la capitale. On connoît en
effet des Médailles d' Agrippa frappées dans la Cyrénaïque ,
à Carthage, à Gades & à Nîmes ; &: cela, dans un tempj
où cet uiàge étoit à peine établi chez les Romains , & en
faveur d'un homme qui, par la nailfance, n'avoit aucun droit
à l'Empire. Cependant , le nom d'Agrippa eft beaucoup
moins célèbre que celui de Mécène , lequel eu encore aujour-
d'hui un titre d'honneur pour les Grands qui fà\/ïnt , comme
iui , protéger les gens de Lettres. Cela paroît d'autant plus
étonnant , que l'on ne connoît point de Médailles de Mécène,
tandis que l'or, l'argent, le bronze nous ont tranlinis le nom
d'Agrippa. On ne peut pas dire que fi celui de Mécène
eft parvenu avec tant d'éclat à la poftérité plutôt que celui
d'Agrippa, c'eft qu'il a fuivi le fort de ceux d'Horace & de
iVirgile , dont les écrits leront immortels; car Horace, à qui
la tête de ce Conquérant fût repré-
fentée fur les Médailles qui portent
fon nom. Les Antiquaires font encore
partagés fur ce point ; mais les Séieu-
çuies & les auttes rois de Syrie fuc-
ceffeurs d'Alexandre , firent graver
leurs têtes fur leurs Médailles, dont
les revers font ornés de diHérens types,
où les progrès de l'art fe font remar-
quer.
DES Inscriptions et Belles -Lettres. 3p
Mécène doit en partie Ta renommée , a célébré aiifli Agrippa :
la feule Ode qu'il a compolée en Ion honneur , contient plus Z/Z. 7,0/. rr. *•
de louanges qu'il n'en a jamais prodigué à Mécène. Smleris yarh.
D'où vient donc cette fupériorité de réputation de Mécène
fur Agrippa, qui , ainfi que lui , avoit eu l'avantage d'ëtie
célébré par Horace Se par Virgile, comme le défenfeur de
l'Empire ? C'efl , fans doute , que la familiarité de Mécène
avec les Poètes & les gens de Lettres du fiècle d'Auuulte
étoit plus grande que celle d'Agrippa ; qu'ils avoient avec
lui des rapports plus fréquens, & qu'ils ont eu plus fouvent
occafion de s'adrelfer à Mécène 8c de parler de lui ; cell
que Mécène étoit lui-même homme de Letti-es; c'efl qu'enfin
les gens de Lettres des fiècles poftérieurs ont rappelé avec
complaifance la protedion que Alécène accordoit aux Lettres,
exemple qui ne pouvoit que les honorer , & qu'il leur étoit
quelquefois avantageux de reproduire. Au contraire, Horace
& Virgile , après avoir payé à Agrippa le tribut de louanges
qui étoit dtj à fon mérite perfonnel autant qu'à la faveur
dont le Prince l'honoroit, croyoient avoir acquitté leur dette.
Le delTein de M. l'abbé le Blond n'ell point d'établir de
parallèle entre ces deux grands hommes , ni d'apprécier leur
mérite reipeélif, encore moins de fuppléer à l'éloge que
Varius devoit faire d'Agrippa : il le propofe feulejnent , à
loccalion des monumens qui nous enreiltnt, de raliembler
ce qui peut avoir rapport à cet illultre Romain , & de
déterminer, autant qu'il eft poflible, les cJrconllances dans
iefquelles fes Médailles ont été frappées.
Alarcus- Agrippa naquit l'an 6^i de Rome, 6^ avant
l'ère vulgaire. Salamille étoit peu confidérable , pour ne pas
dire oblcure : il lembloit fe reprocher à lui-même la ballelîè
de fon extradion, &. ce n'étoit ([u'avcc peine qu'il entendoit
prononcer le nom de fon père. Dans une caule où il dcfen- Sottcain^
doit un accufé, i'accufateur , apparemment pour mortilier ""'^'"'' ''^'^'
Agrippa , ht entendre malignement qu'entre le nom de
AJtinus ik celui d'Agrippa, il y en avoit un autre qu'il ne
jîronojivoit pas , celui de Viplanius , Vipjanii noitun .jitaji
c, XX m.
40 Histoire de l'Académie Royale
mgiimentum paterna hmnlitaîis fiiflulcnit , & M. Agnppa
diccliûtiir. Ciim defeiulcret reum , fait dcciifator qui diceret
M, Agrippam , & quod médium ejl , volebat Vipfanium intelligi.
Sa renfibilité à cet égard étoit extrcme , on poiirroit même
la traiter de foibleffe dans un homme qui , après Augufte ,
devint le premier des Romains , & qui , fans tirer aucun
éclat de Tes parens , illullra tellement la famille que les lils
VM. SueiDti. furent déclarés héritiers de l'Empire. Le préjugé de Caligula,
Caio, „yj tgnoit à déshonneur de de/cendre d' Agrippa, étoit encore
moins pardonnable, puiique cette origine auroit été un de
fes plus beaux titres, ii un Prince vicieux pouvoit effacer la
turpitude de fa vie par la gloire de ks ancêtres.
L'elprit & les talens d Agrippa, la douceur de Ion caraélcre
& les autres excellentes qualités dont la Nature l'avoit doué,
fuppléèrent abondamment à ce qui lui manquoit du coté de
la nailîànce ; à ces heureufes dilpofitions (ë joignirent des
ciixonflantes plus heureufes encore : il eut l'avantage d'être
Uicol. p^maf,. ^[^y^ ^yec Augufle , qui, dès l'âge le plus tendre, conçut
Mglél VaieJ. pour lui la plus haute eltime , & lui voua un attachement
f' ^7J^' qui dura autant que la vie.
En effet, lorfque Jules -Céfar, après avoir mis fin aux
guerres civiles , & fe diipofant à fon expédition contre les
Parthes , envoya Oélave , fon petit neveu , dans la ville
d'Apollonie, pour le former aux Sciences & aux Lettres, en
attendant qu'il fe l'aflociât , & qu'il lui apprit lui-même
i'art de la guerre, Oclave ne voulut point entreprendre le
voyage d'Apollonie fans avoir Agrippa pour compagnon
d'étude. Ce fut dans cette Ville célèbre que l'habitude de
vivre enfemb'e fortifia une amitié qui étoit déjà fondée fur
la convenance de leurs caraélères.
'Sttef. In Ai'g, Ce fut pendant ce féjour , au rapport de Suétone , que
^Kciv, pi^ij^ ^ l'autre, guidés par un motif de curiolité alfez naturel
aux jeunes gens , allèrent confulier le mathématicien Théo-
gènes, pour favoir quel devoit être le fort de chacun d'eux;
& le devin fit à Agrippa , qui avoit parlé le premier , des
prédirions très-ayantageufes. Soit que la réponfe de Théogène
ait
DES Inscriptions et Belles -Lettres. 41
ah été une de ces prédictions inventées à plaifir Se poftérieures
aox évènemens, foit que le Mathématicien, pir le caraélère
& les talens naifFans d'Agrippa, foupçonnât ce qu'il pouvoit
devenir un jour, il efl certain que la fuite de fa vie jultifîa
la prétendue prophétie.
A peine Odave & Agrippa eurent- ils pafTé fix mois dans
Apollonie , qu'on leur annonça la mort de Céfar. Cette
nouvelle jeta le trouble dans l'efprit du premier; & ignorant
les circonftances d'une aventure aufli funefle , il étoit fort
incertain du parti qu'il avoit à prendre ; mais Agrippa lui
perluada de le mettre à la tcte des légions liées à Céfar par
ferment, alors en quartier d'hiver en Macédoine. Oclave
flottoit entre la crainte &. l'elpérance lorfqu'il reçut des lettres
qui lui a])prirent le détail &. les motifs de la conipiration. Atia
ia mère &: Philippe Ion beau-père, lui marquoient que les
principaux d'entre les Sénateurs , à l'inftigation de Cicéron &
de Brutus, méditoient les moyens de rétablir la République;
que le leflament de Céfar n'avoit point encore été ouvert ;
qu'enlin les circonflances exigeoient de ia part plus de
prudeijce que de courage, &i que le meilleur parti qu'il eût
à prendre , étoit de revenir à Rome comme fimple parti-
culier. Ce confeil l'ayant déterminé , il partit pour Brindes
avec Agrippa & quelques-uns de fes amis. 11 y apprit qu'il
avoit été adopté par Ion oncle dans la iamille des Jules;
qu'il pouvoit porter le nom de Céiar, &. qu'il étoit héritier
d'une partie de fes biens : il vint enfuite à Naples , oij il
arriva le trente-cinquième jour après la mort de Célar, &
je lendemain il alla à Cumes , où Cicéron .s'étoit retiré.
L'Orateur (ait mention de celte circondance dans une de
{es lettres à Alticus. f,!û'xu"^'
Atia, mère d'Oc}a\e , Se Philippe fori beau-père, penfoicnt yiUtius, i.li,
qu il étoit dangereux pour lui de. détendre le parti de Célar;
mais Odave fe rendit à l'avis d'Agrippa, 6c s'étant allure
de l'attachement &. de la bonne volonté des vétérans qui
avaient été envoyés par Célar dans les différentes colonies
de la Campanie, il vengea Ion oncle en lailant mourir une
liijl. Tome XL. F
42 Histoire de l'Académie Royale
partie de Ces alîàflîns &. en chaflant l'autre de i'Italie ; après
quoi il partagea, avec Ltpide Se Antoine, l'Empire, dont
il relia depuis le feul maître , par la valeur d'Agrippa. Ce
fut à lui, en effet, qu'il confia ladminiflratioii de tout ce
qui concernoit la guerre, &: il le repoloil tellement fur lui,
^w'.w /f;/^. qu'Antoine reprochant à 0<5lave fon peu de courage, lui
'■ *'''' dit, qu'il ne paroiiîoit jamais en prcfence de l'ennemi, que
ia flotte n'en eût étc auparavant mile en fuite par Agrippa.
La guerre de Sicile, dans laquelle C'clave effliya plus
d'un revers, peut être regardée comme la première occafion
qu'Agrippa trouva de lui donner des marques fignalces de
fon zèle. La Hotte ctoit commandée par Ménodore, qu'Oélave
avoit donné pour Lieutenant à Calvifius, lequel étoit à la
tête de toute la marine. Ménécrate , qui conduifoit celle de
Pompée, fut tué dans la première action, où plufieurs vailîèaux
d'Odave furent brûlés , d'autres fubmergés. Quand on eut un
peu réparé les forces, de part Se d'autre, on en vint à une
féconde attaque, dans laquelle la flotte d'Oclave ayant efîiiyé
une violente tempête, l'avantage refta du côté de lompée.
C'efl vrailemblablement à cetle année que ion doit
rapporter la médaille d'Augufle , qui a pour légende ,
IMP. DIVI IVLl F. ITERVM illVIR R. P. C,
autour de la tête d'Augufte couronnée de laurier , & avi
revers, M. AGRIPPA COS DESIG. Cette médaille,
qui eu d'or, fe trouve au cabinet du Roi.
■jyio. L'année fuivante, Agrippa étant Conlul avec L. Caiiidius,
venoit d'appaifer des troubles élevés dans la Gaule; il étoit
le premier qui, depu.'s Jules-Célar, eut paffé le Rhin pour
[Appian^Cinl. ^^^^ expédition- militaire, & il avoit remporté une victoire
Vdi,il,y$. complète fur les Aquitains qu'il fournit. Cette année, 717^
7ac.Ann.l,Xl!, dc Rojiie , efl remarquable par la tranlmigration dts Ubiens,.
'd^^Èuï.'cnt. ^^ ' P^'-"^' trouver une protection contre les Suéves , dont
eap. xxvrii : ils étoient cruellement vexés , foUicitèrent , lur les terres de
^ „^/ ,^^^^ 1 Empn-e , une retraite, qu ils obtinrent comme une rccom-
di Saci:. 1. 1 ; penfc dile à leur fidélité. Placés par Agrippa dans le pays
"fTi^^', ' ' où tll actuellement l'éiedorat de Cologne , ils y bâtirent
DES Inscriptions et Belles -Lettres. 4j
une ville, dans laquelle Agrippine , fille de Gernianîcus &
petite-fille d'Agrippa prit naiilance. Cette PrincelTe, devenue
femme de l'empereur Claude , y fit établir une colonie de
Vétérans fous le nom de colonia Agrippinenfis ; Se quoique
ies Ubiens ne rougiliënt point d'être Germains , l'autre nom
les flattoit d'autant plus qu'il confervoit celui de l'Impératrice
leur compatriote , «Se rappeloit celui de Ion aïeul , premier
auteur de leur établiirement. Après cette expédition, Augufte
rappela près de fa perfonne Agrippa, Se lui ayant décerné
les honneurs du triomphe , il lui ordonna de travailler à la
conftruclion d'une Hotte Se d'exercer des rameurs. Mais
Agrippa, en homme prudent & en bon politique, crut que
devant toute fa grandeur 5c fa fortune à Octave , il ne lui
convenoit pas d'accepter les honneurs qui lui étoient ofiërts
dans la conjonélure facheufe où ce Prince fc trouvoit; c'eft Lu-, eflf.
pourquoi , perfiihint conllumment dans Ion refus , il donna -^l'i'"^- ^'^'•
iés (oins à la commilhon dont il étoit chargé , Si. fit conftruire
des vailfeaux fur toute la côte d'Italie. Comme cette côte
manquoit de ports, Se qu'il ne fe trouvoit point de lieu
propre à contenir une auîlî grande Hotte que celle que l'on
préparoit, Agrippa conçut le projet d'en former un : ^^ Cipjd.chrott
dilpofition du terrein fembloit favorifer celte entreprile. Aux
environs de Cumes , entre le promontoire de ^li^ène Se
Pouz/.oles , étoit un lieu creulé en forme d'anfe. Se près
duquel fe trouvoient deux lacs, l'un nommé Lucrin S: l'autre virg.Gtor^.Jl.
Averne ; la mer qu'Agrippa ht entrer dans ces deux lacs, '/'• ^ >^''^'
forma un port valte Se commode, auquel il donna le nom i„Aug.c.xvt:
de Portits JJïits , en l'honneur d'Oclave. A prélênt ce n'efl (-j'"'"-/'-'' f'-
plus qu'un marais, d ou il seit fait une éruption occafionnée aat.ll.g.
par des feux loutenains qui ont couvert de cendres les lieux
voifnis. Plulleurs Auteurs ont parlé allez confulément de
i'ouvrage dont il efi: (|ue(lion : voici ce que l'on en peut
conjecturer de plus vrailemblable d'après jtrabon , Diodore,
Dion Se Suétone. Le lac Lucrin éloit féparé de la mer par
un ancien monticule long d'environ huit (fades, Se dont la S:T.:hl.V^
largeur ne comporioit guère que le pafiàge d'un char; c'étoil '^^' "^^'
V ï)
'44 Histoire de i.'AcADiMiE Royale
D!o, h IV. une vieille tradition f]irHcrci)le l'avoit conflruit foifcju'if
conduifoit dans ce pays les troupeaux de Gcryon. Agrippa
fit pratiquer dans ce môle deux ouvertures par lelquelies les
vallFeaux pouvoient entrer ; il fît enluite creuler des canaux
au moyen defquels il ctablilîoit une communication entre le
'Siaion ^'^*^ Lucrin 6c celui d'Averne, & pour faciliter de tous côtés
un libre accès vers le port, il ordonna d'abattre de vaflcs
forêts qui étoient aux environs, ne balançant nullement de
facrifier, dans cette circonftance, à l'utilité publique, quelques
pratiques religieufes en ufage dans ces forêts; c'efl ce qui
donna peut-être lieu à certain bruit populaire , que la flalue
D'à. o' PhiUr. ^Q Calypfo ou de l'Averne , avoit paru iuer. Cette rumeur
fit une alTez grande lenfation, & quoique la nature du lieu
abondant en eaux chaudes pût fotirnir une interprétation
très-railonnable de ce fait , néanmoins les Pontifes jugèrent
à propos d'y faire des expiations ; ils paroilîoient d'autant
mieux fondés, qu'une tempête confidérable qui arriva vers
•Sue'. Velkius; ce temps , put faire foupconner du prodige ; mais Agrippa
ne s'occupant que de (on objet , acheva le port , le remplit
de vaiifeaux , 6l y exerça tout l'hiver àes rameurs qui lui
Suer.'mAug, furent fournis dans vingt mille elclaves qu'Augulte avoit
e, AT/.
a
ffranchis en les deflinant à cet emploi.
Il (e palfa plufieurs autres évènemens remarquables fous
ce premier conlulat d'Agrippa, enîr'autres la prile de Jéru-
falem par Hérodes & SoIjus , mais comme il n'y eut point
de part, il eft inutile de s'y iirrêter.
L'année fuivante , Oélave voyant fes forces navales aug-
mentées, recommença la guerre avec plus d'ardeur, <ur-tout
après avoir mis Agrippa à la tête de fa flotte , dont il ôta le
jhe'-Ui'lJqn!. commandement à Sabinus. On peut voir dans les Auteurs
YcUsius. Orof. les cérémonies pompeufes qu'on pratiqua pour la purihcaîion
de la nouvelle flotte , le détail de divers mouvemens & > e
différentes opérations , qui ne tournèrent pas toujours à
l'avantage d'Oélave ; la crainte que Pompée avoit de fe
mefurer avec Agrippa, juf qu'au moment où l'ennemi d'Oc-
tave fatigué des défertioiis iréquentes qu'il elTuyoit , &
DES Inscriptions et Belles -Lettres. 45
honteux d'être toujours réduit à la défenfive , fît demander
à Ochive s'il vouloit décider leur querelle par un combat
naval. On fait que la propolition ayant été acceptée, Pompée
ne put lauver de là Hotte que dix-lept vaiiîeaux, avec lelquels
il fe retira vers Meffuie; mais le voyant lans reflource, H
pafîà bientôt en Afie , où d'autres loins empêchèrent de le
pourfuivre. Si Oclave témoigna fa reconnoilîance aux loidats
dont il avoit éprouvé le zèle , il (avoit tout ce qu'il devoit
aux talens & à la prudence d' Agrippa ; il le décora d'une
couronne roHrale , Si. lui ht prélent d un étendard d'azur.
C'ell une queftion de lavoir lî , avant Agrippa, quelqu'un Hijf.pomJ./wff.
avoit reçu une Icmblable couronne; Veliéius Paîerculus Sc^-v-^xxx/.
Tite-Live dilènt que perlonne , avant lui , n'en avoit été e/,ii/.'cxx/x.
décoré; & félon Dion, qui que ce Toit, ni avant ni api'ès /),-,,,/_ ^^/ y.
Agrippa, n'a joui de cet honneur; Pline eft le leul auteur pi„, /„yj „^f
ancien qui allure cjue le grand Pompée avoit accordé celle '-^//.c.'xxx,
marque de diltinélion à Marcus Varon dans la guerre des "^'^ ''^'"'*
Pirates, & Jufte-Lipfe penle qu'il faut fuivre ce lentiment. Liij. tte imiif.
Mais cette quellion , qui e(l de pure curiolité , importe peu '■""•'^'^''"^' ^^'
à la gloire d'Agrippa. Quand \ aron auroit reçu une cou-
ronne roltrale, celle qu'Agrippa mérita n'en feroit pas moins
honorable , puiUjue ce n'auroit été que le lècond exemple
d'une dilliiiction de cette elpèce. Cette couronne, dont la
forme imiloit (\es proues de vailieaux jointes enlemble ,
orne la tcte d'Agrippa fur la plupart de les Médailles. Ovide ^,., ^,_,.^j^^,^
Y fait allufion, & Pline dit à ce luiet : deJit liane AueiifJits '■"'■^'- if--
•' A ■ r j ■ ■ i . ^. K P.in. i. XVI,
(oroiuim Ai^nppa: , Jcd civicam a gencre /luiiuuio aicepit ipje. c. iv.
Après avoir ainli terminé la guerre de Sicile, Octave
revint à Rome, où on lui éleva, dans le Forum, une llalue
dorée qui le reprélenloit en triomphateur; & les membres
du Sénat en lui détérant toutes lortes d'honneurs, delquels -^/T'"'" ^•''*''
il Mac(epta que le triomphe & l'établilitment de la fcle f.TlA-A'/rl*'
folennclle de la vicloire , iU"rétèrent en même-temps que,
dans toutes les cérémonies publiques où ceux i|Ui avoient
joui des honneurs du triomphe paroilibient avec une couronne
de laurier, Agrippa y paroiiroit avec une couronne rollrale.
îjf,^ Histoire de l'Académie Royale
H étoit moins touche de ces honneurs que de la gloire
d'Octave & de l'utilitc publique; ce lurent ces vues honnêtes
& défmtt'relîces dont il ctoit toujours animé qui l'engagèrent,
quoiqu'après avoir c'té Conful , à accepter l'Edilitc' , magiltra-
ture lionorable Tous certains rapports , puilque Tes fondions
conllfloient à veiller à la lûretc Se à la commodité dits
citoyens, mais qui, depuis quelque temps , étoit néanmoins
fort peu recherchée. Il crut que donner des jeux magni-
fîquçs & élever des édifices aulH utiles que fomptueux , ce
feroit un moyen de gagner les bonnes grâces du peuple &
de le rendre favorable à Augufte. En elîèt , il répara à les
dépens, tous les édifices publics & les grands chemins; il
Fromn, fit reconlbuire des canaux qui fervoient à conduire l'eau
'de Aquaduâ, j^j^^ j^^ yjjjg ^ ^ ^j^jj toiTiboient en ruines ; il y fit auffi venir
l'eau nommée virgo. C'eft peut-être de cet aqueduc que
Martial a voulu parler quand il dit :
LU:. IV, Qiia viciim pliât Vipfanis porta columms ,
Et madet ajfiduo lubricus imbre lapis,
Chiftîet a publié une agate (b) du cabinet d'Albert
Rubens , qui exprime , félon lui , le fujet dont nous parlons.
On connoît aufli une inlcription publiée par Ligorius ,
laquelle a rapport à ces travaux d'Agrippa ; mais outre
pluiieurs caractères de faulleté auxquels elle eft reconnoif-
fable , elle l'ell fur-tout au nom de Vipfaiiiiis , qui ne fe
trouve jamais fur les monumens d'Agrippa.
Il fit faire fept cents abreuvoirs , cent cinq fontaines ,
cent trente réfervoirs , ôc pkifieurs autres ouvrages de cette
efpèce en grand nombre & d'un très -bon goût; 3c il les
orna de trois cents ftatues , tant de marbre que de bronze ,
Se de quatre cents colonnes de marbre. 11 n'y avoit prefque
Sirak l, V, point de maifon dans Rome qui n'eût à fa diipolition une
^'^^^' quantité d'eau fuffifante pour l'ulàge ordinaire de la vie:
fb) Cette agate a appartenu depuis à M. le Marquis de Gouvernet,
Vo/. Mariette , cabin. du Roi , tome 1." j). j/o if ^y i.
DES Inscriptions et Belles -Lettres. 47
il fit entier dans le grand & folide égoût conftruh par Dwn. Snah.
Tarquin l'ancien, fept coiirans d'eau qui entraînoient toutes f^^'^^^"^^'''
lei immondices : il parvint tellement à le nétoyer , qu'en
naviguant Jous terre par cet égoût , on auroit pu gagner le
Tibre , où il iè rendoit.
Après avoir étendu fa vigilance fur Açs objets utiles , il -O.'m.
eut loin de pourvoir à ceux qui concernoient les plailirs.
II y avoit dans le cirque une grande quantité de bornes
qui pouvoient occafionner de la confufion tk faire prendre
quelquefois le change à ceux qui dilputoient le prix de là
courle; &. comme il le propoloit de donner A<is jeux dé
toute elpèce , il y fit placer les dauphins & les otufs de
pierre qui fervoient à compter les carrières. Selon le témoi-
gnage de Pline, Agrippa lui-même, en parlant de fon pune,
édilité , écrit que le nombre àç:s jours qu'il avoit employés
à donner des jeux publics , montoit à cinquante-neuf, &
que , dans le cours d'une année , il avoit procuré au peuple
cent loixante-dix bains gratuits.
Pour avoir occafion d'exercer àes libéralités , il fit jeter
dans le théâtre des marques de bois ou de métal , ufj'erœ ,
& ceux qui les rapportoient recevoient de 1 argent , des
habits ou d'autres dons; mais ce qui dut fur-tout lui gagner
l'amitié du peuple , c'eft qu'il lui livra une quantité protli-
gieu/e de denrées &. de différentes marchandiles , dont dçs
regrattiers Se des monopoleurs s'étoient emparés pour mettre
cnluite le peuple à contribution.
Son caraéltre de bonté & de bienfaifance ne lempcchoit
pas duler de févérilé quand il. le falloit : il chaffa de Rome
les Mathématiciens ; c'cit ainfi qu'on appeloit certains Aflro-
logues qui abuloient le public par de vaines prédiclions : il Ei>f.h. du^.
en châtia auffi les Magicien.^ , du nombre delquels étoit jj,';')/''''
Anaxdaiis de Larihe, de la lecle de Pythagore , non que ce
Philoi'ophe lut accule d'aucim malélice , mais j>arce que
s' étant lervi avec (iiccès de quelques remèiles, il avoit acquis
celte réputation parmi le vulgaire crédule &. ignorant.
'I aauis qu'Ocluve &i. Agrippa s'occupoieni à Rome, di>
^8 HisTQiRE DE l'Académie Royale
foin des affaires, le levain Je la rivalité & de la haine fer-
inentoit dans le cœur d'Antoine , cjiii , Icdiiit d'ailleurs par
i'artilice de Clcopâtre, déclara à Ion collègue cette guerre qui
fut terminée à l'avantage d'0<5lave par la bataille d'Aélium.
Après les préliminaires qui précèdent ordinairement l'infrac-
Phurj. Dion, tion des Traités, Ocflave fit à Antoine des propofit ions qu'il
favoit bien ne devoir point être acceptées , &. celui-ci répondit
au défi d'Oèlave en lui offrant un combat fmgulier , ou, s'il
aimoit mieux une bataille , de la donner dans la plaine de
Pharfale , afin de terminer leur difiérend dans le même lieu
que Célàr & Pompée avoient choifi.
Oétave , pour mettie à profit tous les inflans , partit
aulfi-tôt de Brindes &. aborda en Epire , où , ayant fait
débarquer fes troupes, il les fit camper dans l'île de Leucade,
& à la pointe du golfe d'Ambracie, fans qu'Antoine pût s'y
OroJ.vt, 1$. oppofer alfez tôt. Agrippa fut envoyé devant avec une pai'tie
de la flotte , & comme il vouloit profiter de l'occafion , il
s'empara d'une partie àç:s vailfeaux qui arri voient de l'Egypte,
de la Syrie & de l'Alie , pour apporter des vivres & des
armes à Antoine, & fit, dans diiîérens lieux, des defcentes,
par lefquelies il inquiétoit extr^ordinairement les troupes de
l'ennemi. Bientôt après , s'avançant vers le Péloponèfe ,
; ^//"'/"f ' ^' P"^' ^" pi'éfence de la flotte d'Antoine, Modon, ville
btoj. '^''^^^' confidérable de Melfénie , quoique très-bjen défendue, &: il
y fit moyrir Bogud , roi de Mauritanie, qui 5'y trouvoit
alors.
Plut. Veiieius, Odave avoit en tout deux cents cinquante vaiffeaux , qui
^Z'.Hort. étoient moins forts qu'agiles, &. plus de quatre-vingt mille
epod, l. hommes de pied , avec douze mille chevaux. Après avoir
Bn-.Dion. rangé fes troupes de terre &: de mer aux environs d'Adium,
où étojt la plus grande partie de la flotte d'Antoine , il
defiroit d'engager le combat, qu'il effaya plufieurs fois inu-
tilement : il envoya donc, pour faire diyerfion, une partie
de fes troupes eii Grèce & en Macédoine. Sur ces entre-
faites , Agrippa s'empara de Leucade , £<. d^s vaiffeaux qui
ij trouvoient; enfuite il fe rendit maître de Patras , après
avoir
DES Inscriptions et Belles -Lettres. 49
avoir vaincu Nafidius dans un combat naval ; Se peu de
temps après il prit Corinthe. Ces revers, Joints à la défaite
de la cavalerie d'Antoine, par M. Titius & par Statilius
Taurus , occâfionnèrent des dcfertions dans Ton armée , &
précipitèrent le moment fatal qui devoit décider du fort des
deux rivaux. Chacun fe difpofa de fon côté au combat ;
Augufle prit confeil d'Agrippa fur tout ce qu'il convenoit
de faire, & lui donna le commandement général de la flotte.
Ce feroit ici le lieu de faire mention de la Médaille
^'Agrippa citée par Mezzabarbe , & qui a pour légende :
PRAET. ORAE MARIT. ET CLASS. û elle uétoit
pas fufptcle, & même reconnue pour kuiVe.
On fait quel fut l'événement du combat : Agrippa , après
avoir fait des prodiges de valeur , gagna entin la bataille
vis-à-vis d'Aélium ; bataille qui eft une des plus fameufes dont
l'hifloire nous ait conlervé la mémoire. Virgile l'a célébrée
par ces vers qui feront, pour la gloire d'Agrippa, un monu-
ment bien plus durable que la couronne rollrale dont Oclave
récompenfa fes exploits :
Parte aliâ , venus & Dis Agrippa fecuudis -<£'> 'J- ' W.
A'ditus agmcn a gens , cui hclli infigne fiiperbum
Tempora navali fulgctit rojîrata coro/ia.
Mécène avoit été déjà envoyé pour gouverner Rome Se D:on,
l'Italie; mais Oclave craignant qu'on n'eût pas alîèz de rcfped;
pour lui , parce qu'il étoit relié dans Tordre des Chevaliers ,
envoya aulfi Agrippa en Italie, fous prétexte d'autres affaires:
il les ho, ora tous deux de là conhance & de fon ellime,
plus qu'aucun de ceux qui pallbient pour fcs amis ; ils
étoient les dépofitaires de tous (es fecrets , au point que de
deux pierres d'une alfez grande étendue qu'il avoit fait
graver avec l'image d'un fphinx , il en gardolt une pour lui Fl-i. XXXVir.
lervir de Iceau , & fulioit 1 autre a leur dilpolition , alm £,^^^ * ''
que, pendant fon abfcnce , ils pulluit l'employer en Ion
nom . félon que les tirconllances l'cxigeroient ; ainfi , ils -^TT'- .
ouvroicni les Iciircs (ju A adrelloit au ociiat , 6: , aprcs y
Hijl Tome XL. G
jo Histoire de l'Académie Royale
avoir changé ce qu'ils vouloicnt , ils y applicjuoient le Iccau
de l'Empereur.
Oi5l;ive ayant envoyé Agrippa dans l'Italie, & s'étant
repofé en quelque forte fur lui du foin de la gouverner,
Dhn. PU Suei, -pur courut différentes villes de la Grèce; mais ayant pafTé
Aug.zâ. çj^ Afie , il y reçut pluficurs lettres d' Agrippa, qui le rappe-
lèrent en Italie où il revint, quoique ce fut pciulanl l'hiver,
& au bruit de (on arrivée les troubles celïèrent.
Oélave , feul maître de l'Empire par la mort d'Antohie ,
entra dans Rome avec tout l'appareil de la vidoire ; il fit
Snn.Avg.2s des didributions au peuple, combla de prcfens (es Généraux,
OC témoigna d une manière particulière a Agrq^pa toute Ion
edime : on dit qu'il lui donna un étendard de couleur
d'azur ; cependant Suétone rapporte ce fait à la vidoire
remportée en Sicile fur Pompée. Il eft poffible néanmoins
Dioii.l.Ll. qu'il ait reçu deux fois cette récompenfe diflinguée. Dion
appelle cet étendard crn^7ov x/ja.voeiSii vcLvxç^nyJv , ce qui a
exercé la critique de quelques Écrivains; car on a voulu
favoir fi c'étoit en efîèt un étendard de foie , de laine , ou
de quelqu'autre matière (èmblable , ou bien fi c'étoit une
marque , une enieigne particulière , difrerente de ce que
nous appelons un étendard.
Si jamais Agrippa fit paroître fon défintcrcfrement , 'en
donnant à Oélave des preuves de fidélité Si. de zèle, ce fut
fur-tout lorfqu'appelé par lui avec Mécène, pour s'expliquer
chacun fur le fujet que cet Empereur avoit à leur propofer,
il parla le premier avec tant de franchife. Soit qu'OcT;ave
voulût connoître la façon de penfer de fes deux confidens ,
foit qu'il fe propofât réelieinent de fè décider par la force
prépondérante des raifons de l'un d'eux , il les confulta
fur le projet qu'il avoit, ou qu'il difoit avoir, d'abdiquer
l'Empire & de rétablir la République.
Quel vafte champ pour l'éloquence ! que de moyens à
faire valoir pour l'un & l'autre fêntiment ! Dion , qui nous
a confèrvé les difcours d'Agrippa &. de Mécène fur cette
queftion, n'a peut-être que trop profité de la beauté du fujet;
DES Inscriptions et Belles -Lettres. 51
i'on peut voir dans cet Auteur, les raifons de 1 mi & de
l'autre • ie Militaire cherchant moins à flatter Odave qu a
le fervir, lui confeiila d'abdiquer; l'avis de rhomnie de
LetU-es, qui ctoit bien fur de ne pas déplaire, fut diitcrent
& prévalut. Tous deux pouvoient avoir également en vue
la iloire d'Odave, ainfi que l'utilité publique. 6c lui ofliir
néanmoins des moyens oppofés. Quoi qu'il en foU . cet
Empereur, dont ce feroit alfez faire 1 cloge que de dire
qu'il eut pour amis Agrippa & Mécène . ht oublier pai" fa
bienfailance , fa douceur 5c fon équité, des cruautés que
de malheureufes conjonclures ou des précautions peut-être
nécelfaires . le forcèrent d'employer ; & malgré les reproches
qu'il mérita d'abord^, il a hni p^u: être mis au rang des
bons Princes. . r 1 j' -r
Acrrinpa fut alfez fmccre pour ne point ufer de degui ement
envers Augufte, èc Augufte affez grand pour ne pas blâmer
la f.ncérlté d'un ami f. hdèle, exerça, quelque temps après.
la cenfure avec lui; il le l'alîocia ménrie au conlulat de lorte %^^-7-
que le fécond conlulat d'Agrippa concourt avec le fixieme
d'Octave. En fuivant en cela, comme en plulieurs autres A.» ^i///,
points, les anciens ufages, il voulut bien partager les fanceaux
avec lui. En un mot, il le traitoit toujours en égal; quand E^'rofVJJ.f.
ils étoient cnftmble à farmée. ils n'avoient que la même
tente & ils donnoient des ordres en commun. Apres la
bataille de Philippcs, Agrippa étant retourné à Rome, avoit
époufé Pomponia , fiUe de Pomponius Auicus. 11 eut de ce
mariaue, Agrippine , mariée à Tibère : c eft elle que "Tacite
appelle l 'ipfanui ; mais Octave voulant relîerrer de plus en
plus les liens qui funilfoient à Agrippa, lui lit épouler
Marcella fa nièce . qui lui donna des enlans dont on ignore
le nom. /- r i r
Ce fut à-peu-prcs vers ce temps que les Lonluls hrent T^h.c^u^n.
le cens des citoyins ; & ce fécond confulat d'Agrippa fut -r-^ Z'^^^'-
remarquable par la folennité du luftre qui navoit pomt cte m-n. L^»
célébré depuis quarante -deux ans. Dans le dénombrement Ar.jr,
(lui s'y fit, on compta quatre millions loixante- trois mille
' G ij
52 Histoire de l'Académie Royale
citoyens. Ils prclldèrent auiïî aux jeux inftitués à l'occafion
de la vidoire d'Adium ; les jeunes Patriciens y reprcfen-
Dlot. lurent des combats à cheval. Ces jeux fe ccltbrèrent dans
la fuite , de cinq ans en cinq ans , & les quatre Collèges
de Prêtres, favoir , les Pontifes, les Augures, les Septem-
virs 6c les Quindecimvirs y prclidoient chacun à leur tour.
Le iroifième confuiat d'Agrippa, qui fe rencontroit avec
le feptième d'Augufte, fut encore pour Rome une époque
de profpérité. Ce troifième conlulat ell marqué fur les
Alédailles d'Agrippa, & c'efl-là qu'en efl borné le nombre;
car il ne fut point Conlul une quatrième fois , comme l'ont
cru quelques Auteurs : on en trouve une preuve fulhlante
dans Veliéius qui dit , en pariant de lui : ijue/ii nf/jue in
tertiimi conjiilatum , & mox Collegiiim Tribunitia potcflatis
amicitiû priiuipis erexerat.
Agrippa , pour faire des libéralités , n'avoit pas befoin
d'y êîre excité par les circonîtances , ni par les charges
qu'il exerçoit ; fa bienfaifance induflrieufe prévcnoit les
befoins publics , & s'étendoit aux choies d'agrément comme
à celles de nécefîlîé : il orna Rome de ces édifices magni-
fiques dont la defcription feule excite l'admiration ; outre
ceux dont Al. 1 abbé le Blond a déjà parlé , on en connoit
plufieurs autres : il embellit conlidérablement lenclos nommé
■ '/• Sepîa, qui, placé dans le champ de Mars, éîoit de'fliné aux
afîembJées du peuple; ce n'étoit d'abord qu'une enceinte en
■ M^'""' ^^^^ ' Lépide 1 avoit environnée de portiques ; Agrippa la
revttit de pierres , l'orna enfuite de tableaux & de ftatues li
PL XXXVI. j. précieufès, que ceux qui en avoient la garde ctoient obligés
de répondre de quelques-unes fur leur tcîe, & donna à
cette place le furnom de Septa Jidia. C'eft ainfi qu'il faiioit
tourner au profit & à la gloire de fon bienfaiteur, les grâces
qu'il en recevoit.
Strah. l V, Pendant l'intervalle de temps qu'il ne fut point chargé
Àvg. 2y. Dip. d'affaires , il ne s'occupa que de l'ornement de la Ville , y
employant une grande partie de Ion bien. Parmi ces ouvrages
Na'J. Rom, r ^ • ^ 1 .• '•! iZ I ^ • J
A,it. lomptueux , on remarque le portique qu li ht batir entre le
DES Inscriptions et Belles -Lettres. 53
champ de Mars Se la voie Flaminia , en mémoire des vic-
toires qu'il avoir remportées fur mer : il le dédia à Neptune ,
& il y fit peindre i'hifloire des Argonautes. li femble qu'il
ait voulu en cela , juflifier pai- le fait le fentiment qu'il
avoit avancé dans un dilcours fur l'avantage de rendre
publics les tableaux & les flatues ; Pline en parle en ces PSn.l'XXXv,
termes : exjlat cerîè ejus oratio magnifie a , & max'imo civium ^'
Aîgna de tahulis omnibus fignifque publicûiidis. Ce portique Dh. L LUI,
elt quelquefois appelé , pour cette railon , le portique des ' " '^'
Argonautes. Agrippa fit aufll bâtir dans ce portique , un
temple de Neptune que Xiphilin met au nombre des ouvrages Xi>h=l.mTua
brûlés fous Tite. C'eft à ces ouvrages , ou à queiqu'autre *^ '^''"*
élevé en l'honneur de Neptune, & biûlé fous Tite, qu'il
faut rapporter, avec M. le Beau, les Médailles de moyen
bronze d' Agrippa , rcftituées par Tite ^ Domitien ; fur la
première on voit , d'un côté , la tête ornée de la couronne y ,.^^
roftrale, & la légende M. AGRIPPA L. F. COS. III.
&: de l'autre, IMP. T. VESP. AVG. RE S T. Neptune
debout, tenant de la main droite un dauphin , de la gauche un
trident. La féconde Médaiiiç ne diffère de la première que
dans la légende du revers , 011 le nom de Domitien ell à
la place de celui de Tite. Ces Médailles, 6c d'autres pareilles
ions reflitution , prouvent qu'il s agit d'un ou de pluiieurs
monumens élevés en l'honneur de Neptune par Agrippa (c).
Dans le leptième quartier de la \'ille on voyoil le champ
d'Agrippa , ainfi nommé des édifices magnifiques dont il
l'avoit décoré; c'éloit-là que fe trouvoit l'enclos nommé
St-pta Jului , le Diribitonum &. le portique de /'oA/la lixur. Dic.lLV.
Aliiis le plus fameux de tous les monumens élevés par
Agrippa , celui que le temps a le plus épargné , celui enfin
qui nous rappelle avec le plus de plaiiir l.i mémoire de ce
(c) Aux environs du ponique des Argonautes étoit planté un bois de
lauritTS , r.ii t'ormoit dis promenades a^rcablts & ires-fréqucntées, la niaifon
de Mirtiil , qui en parJe , n'ctoit pas iort cloignco, comme il le tait entendre ^î'-Ww-j».
lui-mcoïc d^ns ce vers :
At in<a yirfanai fpti^ant Cdruculu /dures. Li.l.tfig. i tf.
54 Histoire de l'Académie Royale
grand homme, c'cft le temple de Jupiter vengeur. Pluficurs
Plln.hXXXVl, Auteurs , tant anciens que modernes , en ont fait des deftrip-
mJ.Llff. tiens exades & clirieules, ce qui difpenfe d'entrer dans ce
J\'ard.Rom.Mt. détail. On trouve auffi dans Pline & dans Dion , les diffc-
urlt Rom! ' rentes ctymologies du Jiom de Panthéon , fous lequel ce
Roiin , ùtitiq. temple célèbre eft connu. Le mot litrÎMaî dont Te fert
Rom, //, K. -TN . , T 7 • I /• * •
Dion en parlant de ce monument, a lait douter ii Agrippa
i'avoit élevé depuis les fondemens , ou s'il n'avoit fait feule-
ment que l'achever ; néanmoins il fe le rendit tellement
propre par les ornemens dont il le décora &; les dépenfes
qu'il y fit, qu'on put le regarder comme fon ouvrage : il
Dio.ULlU, voulut y placer la flatue d'Augufle, & le confacrer fous fou
nom; l'Empereur n'ayant pas voulu le permettre, il y mit
la ftatue de Céfar , &. dans le vedibule , celle d'Augufle
avec la fienne. On dit que cette ftatue d'Agrippa exiffe
encore, & qu'on la voit dans la maifon de Grimani à Venife.
Malgré les changemens que ce temple a éprouvés , le fron-
tifpice nous conlèrve le nom de fon iiiuftre fondateur : on y
ht, M. AGRIPPA L. F. COS. TERTIVM FECIT.
Le comte de Mezzabarbe a donné la defcriplion d'une
Médaille d'or, fur laquelle eflrepréfènté le Panthéon; quoique
Mtdiolarh. plufieurs Auteurs l'aient aufTi citée, M. l'abbé le Blond ne
ta Agripfa. qyq\i pas qu'elle puiffe être placée parmi its monumens au-
thentiques d Agrippa, parce qu'elle n'eft point affez connue,
&. que les Médailles d'or de ce Romain font très-rares.
Ces ouvrages fompîueux & dune grande magnificence ,
bien loin de donner ombrage à Augulte, & lui faire naître
des foupçons fur Agrippa, concilièrent l'ellime de l'Empereur
à fon favori plutôt qu'ils n'excitèrent fa jaloufie. On con-
noifîbit la pureté des intentions d'Agrippa, qui ne pouvoit
mieux fervir TEmpereur que par les ouvrages & les établil-
femens utiles qu'il faifoit dans la ville. Augufte avoit tant
StraLlV, jg 2,èle pour rembelliffement de Rome, & il y pourvut
tellement, foit par les moyens qu'il employa lui-même, foit
par les fecours qu'il trouva dans fes amis, qu'il pouvoit fe
glorifier à jufte titre , comme il le diloit , d'avoir changé
DES Inscriptions et Belles -Lettres. 55
en mai'bre une Ville qu'il avoit trouvé de briques. Ayant Suct.Aug.s^,
donc toujours une entière confiance dans Agrippa , il le
chargea de le repréfenter pendant fon abfence , pour la célé-
bration ài:s noces de Julie avec Marcelliis , parce que la
fanté ne lui permettoit pas d'aller à Rome ; & comme •^■''' '^«"<"'.
Augufte lui avoit donné, ainfi qu'à M. MeiFala , la maifon "' ■"'
d'Antoine fur le mont Palatin , cette maifon ayant été brûlée,
i'Empereur dédommagea en argent M. Melîala, &. lit loger
Af^rippa dans Ton Palais.
Les befoins de les concitoyens dévoient, fans doute, toucher
de plus près le cœur d'Agrippa ; mais il regardoit l'Empire
comme une grande famille, dont tous les membres dévoient
enraiement participer aux grâces de l'Empereur. AufTi la ville
de Rome ne fut pas la feule qui fe relîëntit de ks bienfaits;
\es Villes les plus éloignées , Se des Provinces entières ,
eurent encore à fe féliciter de (on zèle pour le bien public.
Pa;mi les ouvrages qui furent faits par ion ordre , on con- rhîlifkat. «
A I , ,» *• I j /— / • I' A .1 ' • Alix, Sophill.
noit un grand incatre dans le L-eramique d Atnejies , ({u^ i.u.&inrkU.
fervoit à plufieurs ufages : il fit ouvrir dans les Gaules , de
grands chemins qui , p;u-tnnt de Lyon comme d'un centre
commun, traverlbienl différentes Provinces; le premier Str.:k 1. 1\\
conduiloit, à travers les Cévennes, dans i'Aquilaiiie , Si.^'^" '
venoit jufqu'à Saintes; le fécond tendoit vers le Rhin; le BeTg.Hj}. d,,
troiiicme menoit jufqu'à l'Océan , en palfant par le Beau- fE^,i,'^"";f'
voifis & le pays d'Amiens, & le -quatrième tra\erfoit Ja />.-!!/>.
Gaule Narbomioife julqu'au rivage de Marfeille. On croit cl^L^NcrÙn,
qu'il fit bâtir le fiimeux pont du Gard; il paroit aufll que />• j'-î"*^.
c'cll par fes Ço\ns que turent conlhuils les bains publics de
Nîmes, qui ont été décou\erls de nos jours près de la ion-
taine de cette ville ; un fragment d'inlcription trouvé dans
les débris de ces bains, &. lur lequel on lit, AL AGRIPP.
donne lieu de le penfer.
11 efl vrailemblable que ce n'éloit pas là les feuls ouvrages
qui eullènt été faits pour l'avantnge d'une Colonie fondée
j)ar Augude , «Se peut-ctre par le conleil d'Agrippa; ainfi
on ne doit pas cire furpris que lu ville de JNimes ait fait
'^6 Histoire de l'Académie Royale
frapper, en reconnoifîlince de ces bienfaits, des McJailles ,
dont plufieurs exHtent encore : elles rcpréfentent , d'un
côte , |les têtes d'Augufle & d'Agrippa oppofees (capita
averfa) (d), avec la légende IMP. DÎVl FIL. PP. Au revers,
on voit un crocodile attaché à un palmier , avec la légende ,
COL. NE M. Si par le fecours de l'Hilloire on peut
connoîfre quels ont été les motifs qui ont engagé la ville
de Nîmes à frapper des Médailles en l'honneur d'Agrippa ,
il n'en eft pas ainfi de deux autres de fes Médailles publiées
Pivpl. & Vill. par M. Pellerin, & uniques jufqu'à préfent; la première fert
tomel. jg cul-de-lampe à l'explication qui efl à la tcte du premier
volume des Médailles de Peuples Se de Villes : d'un cûté on
y voit ia tête d'Augulle avec la légende I M P. C A E S. 1/ 1 V 1.
F. ce. \. P., de l'autre, celle d'Agrippa avec la légende,
M. AGRIP. La féconde Médaille fert de Heuron à l'avant-
propos du même volume ; elle préfente d'un côté les têtes
d'Augiiffe & d'Agrippa en regard ; au revers on lit au milieu
d'une couronne de laurier, S. CATO PROCOS. Ces
deux Médailles, dont l'une elt de quelque ville aux environs
de Carthage , & l'autre de la Cyrénaïque , font préfumer
qu'Agrippa étoit en vénération dans ces pays , fans doute
pour avoir rendu quelques fervices importans aux habitans ,
6c c'efl ce que fHilloire ne nous apprend point; ce ne peut
être aufTi que par eflime ou pai' reconnoiffance , que la ville
Cadix. de Gcides fit pareillement frapper des mojinoies fur lefquelles
elle lui donne le titre de Père & de Patron. Ces Médailles,
qui font précieufes , ont été publiées par Bary (e) & par le
P. Florez : elles font de grand bronze ; on y voit d'un
côté !a tête d'Agrippa , avec la couronne rofh'ale & fon
nom; au revers, ÏAcroJIo/iinii , avec la légende MUNICIP.
PARENS ou MUNICL GA. PATRON. Sur une de
/dj La première avec une couronne de laurier, la féconde avec fa
couronne roihale.
Il y a de ces MMailles où le titre de P P. Patn Patrij;, n'efl point marqué.
(e) Bary , Florez , A'Iedallas de las Colonias A'Iiinicipios y Pmblis
antiques de Efpana, Tabl. XX VI, in-^° Madrid, 1757.
ces
DES Inscriptions et Belles -Lettres. 57
ces Médailles paroît une tête d'Hercule couverte de la
peau de iion , Se au revers, ï Acrojlolium avec la légende,
M. AGRIPPA COS. III. AlUNICIPI PARENS. La
comparaifon que la ville de Gades lemble avoir établie, par
cette Médaille, entre Agrippa & Hercule, qu'elle regardoit
comme fon fondateur Se Ton Dieu tutélaire , fait voir com-
bien elle croyoit devoir à Agrippa. Si l'on ignore à quel titre
il avoit mérité cet honneur , on fait du moins que ion nom
étoit cher en Elpagne, comme on le voit par une infcription
de Montc-Mayor, rapportée par le P. Florez, &: qui porte le Fhrti.ibùl.
titre de Patronus. r-i-sS.
M. AG RIPPAE PATRONO.
Après cette digrefTion, qui n'ell point étrangère au fujet,
M. l'abbé le Blond reprend la fuite des évènemens.
La fanté d'Augulte dépérilîant de jour en jour, il fut ■^'''■^''^' '^'■
attaque d'une maladie fi dangereufe , qu'on défelpéroit de fa
vie : cet Empereur, croyant lui-même toucher à la dernière
heure, donna (on anneau à Agrippa, plutôt pour lui conher
i'adminiftration des aftaircs, que pour le nommer en effet
fon luccelîtur; car, par fon teftament, qu'il fit apporter au
Sénat après le rétabliiïêment de fa lanté , il ne s'en donnoit
point. Ce teftament étoit conçu de manière qu'il l.iilloit
aux Romains le pouvoir de recouvrer leur ancienne liberté ;
&. que, dans le cas où ils auroient voulu fe donner un Chef,
AuguHe délignoil fufîifamment Agrippa , cju'il favoit être cher
au peuple , dont il ne vouloit cependant point gêner le
choix par Ion propre fuffrage. On vit aufil , avec une fatis-
latflion générale , la préférence qu'il donna à Agrippa fur
Marccllus dans cette circonflance, quoi(ju'il eut comblé le
dernier d'hoiuieurs, qu'il lui eût déjà donné tant de marques
de bienveillance, & que de plus il lui lut uni par le double
lien d'oncle & de beau- père. Cette préférence occadonna
même, après la guérifon tle l'Empereur, de la jaloulie entre
MiU'cellus ik Agrippa. Pour en éviter les progrès fie les fuites,
Augulle, fous prétexte d'honorer Agrippa , lui donna le
Hijl Tome \ L. H
jS Histoire de l'Académie Royale
Dlo. gouvernement de la Syrie, ou pour mieux dire, il partarfea
Veli. 11, </}, 1 i^'Tipa-e avec lui; car Agrippa n avoit pas ieulement ia
Sucwnt. Tacii. Syrie dans Ton département , Ion pouvoir s'ctendoit encore
•5i • ^yj. j^^^i^ l'Orient : c'efl le (èns qu'il faut donner au mot
5w«/. «^'«^<^û;^5 dont le fert Josèphe , & non celui de fuccelîeur ,
comme l'ont penfc quelques interprètes.
L'Afie &. la Bilhynie formoient alors, avec l'île de Crète
& la Cyrénaïque, deux Provinces du peuple Romain, qui
nommoit deux Proconfuls pour les régir. Si donc Agrippa
eut ce département , c'eft qu'Augufle avoit obtenu l'agrément
du peuple à cet égard , ou que le peuple lui-même , préve-
nant les intentions de l'Empereur , choifit fon favori , eu
lui donnant pour adjoints deux Proconfuls , qui lui étoient
fubordonnés.
Dio. i Liv. Selon Dion , Agrippa envoya ks Lieutenans en Syrie ,
Plin, VU, ^;. pour gouverner cette Province , tandis qu il etoit relie a
Lefbos dans le département du conlul d'Aile , pour fe Ibuf-
Tac.Ann.Xlv. traire à la jaloiifie de Marcellus ff). Le roi Hérode , qui
avoit palk 1 hiver dans cette île , ayant bati depuis peu
Célarée, dans le même lieu où étoit auparavant la tour de
Straton , y avoit élevé un temple à la ville de Rome & à
l'empereur Augufte. C'étoit un titre pour être accueilli
d'Agrippa , dont l'amitié lui fut très-utile. Les Gadaréniens
lormoient des accufations contre lui ; on ne les écouta pas.
Hérode, de fon côté, voulut fignaler fa reconnoifTance, &,
après avoir rétabli Anthédon , ville de la Paleftine , il lui
ff) Ce dut être à l'occafion de fon féjour à Mytilène , tSc des bienfaits
qu'il avoit répandus fur fes habitans , que cette Ville lui érigea une ftatue.
11 ne nous en refie que l'infcription , qui , par les titres fallueux qu'elle
coniient, femblcroit avoir été ditfléc par la flatterie, mais qui, rapprochée du
caraélère de bienfaifance de ce Romain, ne paroîi plus que l'expreffion de la
reconnoiffance des Mytiléniens : il y reçoit les titres de Dieu fauveur^ de
bjenlaiteur & de fondateur de la Ville.
, O AAM02
Chifh.l Antin.
AJiut.y.if(. 0EON SfiTHPA TAS nOAIOS MAPKON
AFPinnAJ^ TON ETEPIETAN KAI KTI2TAN.
DES Inscriptions et Belles-Lettres. 59
donna le nom d'Agrippms. M. Pellerin en a publié une j^^^^ ^^ ;,
Médaille avec la légende ArPinnEHN. laxaiv/''
Ceoendant il s'étoit élevé dans Rome des troubles , pendant "
r , - ,- ■ A n I I f •! 1 Dio.uLlV.
un voyage qu avoit lait Augulte dans la oiciie , pour la
réduire en Province , & l'Empereur jugeant à propos d'établir
dans cette ville un Préfet pour la gouverner pendant fon
abfence, rappela en Italie Agrippa, qui lui paroilfoit le plus
digne de remplir cette place; & pour lui afiiirer encore plus
de crédit, il le choilit pour fon gendre, lui donnant Julie
fa fille, âgée de vingt-deux ans, après lui avoir tait répudier
Maixella. Si l'on en croit Dion , Mécène contribua beaucoup
à ce mariatre ; l'hillorien nous a même conlervé la réponle
de Mécène à l'Empereur , qui le confultoit à ce fujet :
TuAiy-V-mv ai^Tox 7r%7T0i>i-/j:.Î5 cù'Tc ri yci.fu.Ç>ç^v yivtcQuj , « cpoteu- Du. !. LIV.
ër^m (■'). D'autres difent que ce fut Odavie , mère de ^'J~{' ^
'■; . I r M ^ vr A • Fiu!,AntoB.pn.
Marcella, qui donna ce conleil a 1 Empereur. Agrippa ne Tr.di.Aim:iK
trompa pas les clpérances d'Augufle ; il appaila les troubles ^''•
de Rome , & fît de fages règlemens pour prévenir ceux qui ^'"^ '''''^
pourroient arriver de nbuxeau.
Outre les médailles oii l'on voit Agrippa décoré de la
couronne rolhale, on en connoît d'autres lur lelquellcs il
eft repréfenté avec une double couronne formée d'éperons
de vailîeaux &: de crénaux lie murailles : on ne peut guère ,
félon M. l'abbé le BlonJ , rapporter cette couronne murale Morrll. The.
qu'à la circondance des troubles civils appaifés dans Rome- {^"r.*^//"^"^
La première de ces Médailles , qui e(l d'argent, a pour légende, Haièrcairp. in
M. AGRIPPA COS. TER. cossvs L^^TYvys.f^'^g;;^-';
l'autre ell aulli d'argent , &: outre la légende précédente qui p-i^^ir^;!.
(g) C'cll peut-être cette n'ponfc
2ul a tj'it prendre le changea Thomas
lordoii dans un de (ts difcours llir
Tacite , tome I." p. ijç : il (Od.ivc)
chercha , dit-il , le moyen de le déi-iirc
d'Aprippa, ai fans un expédient que
Mécénas fiijjçéra à Odive , Agrippa
auroii péri iniàillliilenicni.
On ne voit nulle part qu 0(flavc aie
jamais cherché à fe défaire frAgrij^pa,
ce qui lui auroit fans doute été très-
facile. Pline qui, dans la dcfcription
des malheurs d'Agripna , fait crtrcr
l'efclavage dans lequel il vivoit aupr«
de fon beau-père, n'auroit pas omis
cette anecdote , li elle avoit quelque
fondement.
H ij
^o Histoire de l'Académie Royale
eft autour de la tête d'Agiippa, on lit encore celle-ci : IMP.
CAES. TRAIAN. AVG. GER. DAC. P. P. REST.
On ne peut rien ajouter à l'explication qui en a été donnée
par M. le Beau , dans un de les Mémoires fur les Médailles
Je Rejlitutioiu
^'"'' Quekpe temps après Ton mariage avec Julie , Agrippa
en eut un fils qui fut d'abord appelé Mardis du prénom de
Ion père, & qui reçut, trois ans après, celui de Caius , par
l'adoption d'Augufte : on ignore le jour précis de fa nalifance;
Diû.Ub.LUi, mais le Sénat ordonna qu'on en célébreroit l'anniverfaire par
p.} 26, u,^ facrifice.
Dio. Après avoir appaifé \qs troubles de Rome , Agrippa fut
envoyé dans les Gaules avec lès légions ; il chalîa les Ger-
mains , qui , ayant paffé le Rhin , dévaftoient les Provinces
de l'Empire , & les força de rentrer dans leurs forêts : de-là
il dirigea les pas vers l'Elpagne, & toujours accompagné de
la viétoire , ayant affoibli dans plufieurs combats , les Can-
Bellkofus Cwtr. tabres , nation beliiqueufe, qui, depuis long-temps inquiétoit
/^sra/. /. II, j^j Romains par des révoltes fréquentes , il parvint à les
fcumettre, & leur ôta l'elpérance de pouvoir fecouer le joug.
C'efl à cette vicTioire qu'ont rapport ces deux vers d'Horace :
OJ.Vin.hii!. Servit Hifpan^ vêtus hojlis ora
Caiitaber , fera domitus catenn.
En vain Augufte fit décerner au vainqueiu* les honneurs
du triomphe , Agrippa , toujours ferme dans fês principes ,
les refufa conframment : on peut dire que la modeflie faifoit
fbn caraèlcre diftindif ; il la fit éclater encore lorfque vers
ce même temps , après avoir conflruit, à {qs frais, des canaux
/Vw.XYAT,/, qui portoient dans la ville de l'eau , dont la fource étoit dans
^mn. laqua . ^^ ç\-^^^^ ^q Lucullus , il donua à cette eau le nom tX'AugiiJla,
comme pour en faire honneur à l'Empereur. Aufli Augufle
fut fi flatté de cette déférence , que, dans un moment où l-e
peuple murmuroit à caule de la dilette de vin , il répondit que
Ion gendre avoit fuffifamment pourvu à ce que le peuple ne
DES Inscriptions et Belles -Lettres. Ci
fbuffrît point la foif : fdtis provifum a genero fuo Agrippa , Si.et.Aug. ^2.
perducl'is pluiihus aquis ne hoimnes fiiiretit.
L'Empereur parut même vouloir faire partager en quelque
forte , ion pouvoir à fon gendre, iorfque s'etant prorogé
Empereur pour cinq ans, il lui conféra la puilTance Tribu- Tliejaur. Num.
nitienne pour le mt-me temps. Morel a publié une Médaille '""'•'■l'-'i-P''-
qui marque cette puiiïànce Tribunitienne d'Agrippa, &; qui
apour légende, M. AGRIPPA TRIB. POT. COS. lU.
Comme l'on ne connoît point de cabinets où elle fe trouve,
&: que Morel la rapporte d'après Goltzius , M. l'abbé le Blond
ne la cile que pour obferver que U elle n'elt pas fauffe, elle
doit être au moins fort fufpecte.
Peut-être qu'Augulte , dans les projets de réforme qu'il VrU.U.po.
avoit fur la République , craignant pour la vie, crut pourvoir Tac.Annaf.ili,
a la lurete , en montrant dans Agrippa un vengeur tout prêt
à févir contre (.\i:s téméraires. II s'occupa donc avec lui tit^s
moyens de réformer fans danger le Sénat , dont le nombre
<\es Membres lui paroiOoit trop grand, &. qui lui étoient aiilH
odieux par leur infamie, qu'à charge par la bauèlTë de leurs
flatteries. Ce projet devoit alarmer bien des efprits; on voulut
en effet attenter à la vie d'Augufte & à celle d'Atrrippa;
le dernier écarta le danger, Se lit punir de mort les conjurés.
Ce fut vers ce temps que Julie accoucha de Lucius ,
fécond fruit de Ion mariage avec Agrippa, fous le confulat
de C. f urnius 6c de C. Silanus. Augulle adopta les deux
enfans d'Agrippa fuivant les formes ufitées alors; moyen
qu'il employa peul-êlre autant pour la propre fiireté que par
amitié pour Ion gendre.
Sous le conlulat de L. Domitius &: de P. Scipion , Agrippa
fut envoyé , pour la féconde fois , en Syrie ; ce fécond
voyage confondu avec le premier, malgré l'intervalle de
temps qui les fépare , a induit (jutiques F.crivains en erreur,
comme l'a trcs-bien remarqué le cardinal Noris (h).
(h) Dion donne l'cjjoquc de ce
(ècond voyaj^c en Syrie : Agrippa ,
l'jriflu il l'entreprit, vcnoit de céltbrtr
les icux AcViaques cnqii.Tliti' de Quin-
(iicimvir. Ces jeux , inllitucs en mé-
moire de la viCloire d'Augulie vis-à-vis
Lii.XVl.c.iv
Ll.c.x.
61 Histoire de l'Académie Royale
Dion, en parlant d'Aiigufte , fous l'an de Rome 741, dit
que ce Prince , après le retour d'Agrippa de Syrie , lui
prorogea la puiflànce Tribuniticnne pour cinq autres années.
On lit aufîl dans Joscphe, qu'Agrippa revint en Italie après
avoir gouverne pendant dix ans la province d'Afie. Il alla
en Afie , pour la première fois, l'an 73 i ; ainfi , après en
avoir ctc Gouverneur pendant dix ans , il revint à Rome
l'an 74 I , ielon le calcul de Dion. Josèplie eft le feul qui
attribue la fouveraine puidance à Agrippa lorfqu'il ctoit dans
la province d'Afie. En effet, il dit que les Juifs d'Afie lui
portèrent des plaintes contre les Grecs qui habitoient les
villes d'Ionie, & ailleurs , il rapporte des lettres d'Agrippa
aux Magiflrats d'Ephèie , dont le commencement efl conçu
en ces termes : « Je veux que les Juifs aient la procure &
»» la garde de l'argent facré que l'on a coutume d'envoyer à
Jérulalem. » On trouve encore, dans le même Auteur, des
Voy.jojrph. lettres d'Agrippa au magiflrat de Cyrène. L'Ionie en Afie ,
&L Cyrène en Afi'ique , ctoient des provinces du peuple
Romain; c'efi: pourquoi, comme elles reievoient d'Agrippa,
on peut conclure que Ion pouvoir, en qualité de Proconful,
étoit plus étendu que celui des autres, qui avoient le dépar-
tement de ces deux Provinces dans le même temps. li
n'avoit cependant pas ce pouvoir en vertu de la puiffance
Tribunitieiuie.
Dlo. Caf._ Mais fuivons le fil de l'hiftoire : Afandre, roi du Bofphore
Cimmérien, étant mort, lailfa ^es Etats à fa femme Dynamis,
qui les lui avoit apportés en mariage; car elle étoit fille de
Pharnace, fils de Miîhridate. Scribonius, qui fe difoit aufîi
LLIV.p.sSS.
d'Aftium , fe célébroient tous les cinq
ans au mois de Septembre ; & le foin
de leur célébration , félon l'Hillorien ,
étoit confié tour à tour à quatre ordres
diftérens de Prêtres, fa voir, aux Pon-
tifes , aux Augures, aux Septemvirs &
aux Quindecemvirs : or, Dion place à
l'an de Rome 726 la première célé-
bration de ces jeux auxquels Agrippa,
ConfuI pour la féconde tbis , préfida en
qualité de Pontife avec fes collègues :
il ne partit donc pour la Syrie , qu'au
commencement de l'autoiimc, après
la quatrième célébration des mêmes
jeux auxquels il préfida comme Quirf
deciimir.
DES Inscriptions et Belles -Lettres. 6^
petit-fils du même Mithridate, & qui prétendoit avoir été Lucim.Macr.
mis par Auguûe en pofleflion de ce Royaume , après la
mort d'Alkndre, époufa la veuve & s'empara du pays. /|;,7/';'^"^^ '''
Agrippa en étant informé , envoya contre lui Polémon , roi P^Ho Lrg^t.
de Pont : pour lui, à la follicitation d'Hérode , qui étoit venu " '"''"''
Je trouver en Afie , il lit le voyage de Judée , vifiîa les
Villes qu'Hcrode avoit fait bâlir depuis peu , Si. fut reçu
avec toutes fortes d'honneurs; ayant même été à Jérulalem
au milieu des acclamations du peuple qui accouroit au-devant
de lui, il offrit à Dieu une hécatombe Si donna un grand
feftin. Peu de jours après il palTà de-là en lonie, tant parce
que les aiîitires de la Province le rappeloient, que pour éviter
de faire le trajet pendant l'hiver. 11 établit aulfi , à Beryte ,
une colonie qui fut nommée Aus:u(î(wa. Sur ces entrefaites, ,J:!'.H' '^r'^'"'
' \ 1 r> r I V m ôcaligtr.
Polémon, qui avoit conduit une armte dans le Bolpnore ,
ne trouva plus Scribonius; les habitans eux-mêmes ayant
découvert l'impofture, l'avoient fait mourir : ils ne voulurent
cependant pas le foumettre à Polémon , & quoique vaincus
par lui , ils refufoicnt encore de le reconiioitre pour Roi;
Agrippa qui en fut averti, rélolut d'aller leur faire la guerre. JoJ.antiq.x\'l.
Dès que le temps convenable pour la navigation fut revenu, "'''
il partit pour Sinope, d'où il palîa en Paphiagonie, répandit
la terreur parmi les habitans du Bofphorc , qui mirent bas
les armes, leur lit rendre les étendai-ds pris lur les Romains Jof.r.m:.:.xi'l,
pendant la guerre de Mithridate , 6c les força de reconnoître '^^/'i f ■'^- •^'''*
pour Koi rolcmon , auquel il donna Dynamis en mariage. Cr^y. r/, aa/.
Hérode , toujours attentif à fervir Agrippa , & à faire ce
qui pouvoit lui être agréable , gagna , dans cette occafion ,
plus que j.»nais les bonnes grâces ; il arriva à Sinope préci-
fémcnt dans le moment où Agrippa, qui ne l'avoit point
mandé, avoit le plus befoin de (on kcours. Ce fervice rendu
fi à propos, tourna au proht Ai:^ habitans d'ilium , auxquels Kicol Damjfi.
Acrippa remit \\w^ iomme décent mille drachmes à laquelle ''' *"'^ Pi '*
• 1 1 • • ,■ I -Il 11- f'frr/'. l\:trr,
il les avoit impolts , pour les punir du danger que Julie , p. ^if.
fa femme , avoit efTùyé chez eux. Kn paffant , de nuit , le
Scamandre pour aller à llium , le fleuve s'accrut tout d'un
^4 Histoire de l'Académie Royale
coup , & la Piincefîè rilqtia de périr. Le danger qu'elfe
courut dut lans doute cire imputé à la négligence des habitans,
car Agrippa étoit trop jullc pour vouloir iévir contr'eux s'ils
n'euilent pas été coupables. Les députés qu'ils envoyèrent
pour s'exculer & pour demander grâce , n'o(ant s'adrefler à
lui , prièrent Nicolas de Damas d'employer le crédit qu'il
avoil auprès d'Hérode pour que ce roi voulût bien le charger
de leur défenre : il le fit , & ayant préfenté cette affaire
comme un accident imprévu dont ils ne pouvoient être ref-
ponlàbles , il n'eut pas beaucoup de peine à fléchir Agrippa,
naturellement porté à la clémence , &c il obtint leur grâce
lorfqu'ils étcient déjà retournés dans leur pays fans elpérance.
Jofe^/i. Après avoir réglé les affaires du Bofphore, Agrippa revint
à Ephèfe par la Paphlagonie , la Cappadoce Se la grande
Phrvgie ; cnfuiîe il pafia dans l'île de Samos , étant accom-
pagué par Hérode : ce roi obtint de lui plufieurs grâces ,
& particulièrement le rétabli(fement des privilèges des Juifs.
'jof.amiq.Xll. Antiochus-le-Grand avoit établi en Phrygie, en Lytlie , &
dans les autres provinces voifines , deux mille familles de
Juifs, & ces fimiiles s'étoient confidérablement augmentées;
ils étoient opprimés par les différens habitans de l'Afie
mineure, qui nevouloient point leur laidèr la jouilfance des
immunités & des privilèges qu'ils tenoient d'abord des rois
de Syrie , & qui leur avoient été confirmés par les Romains.
Nicolas de Damas plaida leur caulè devant Agrippa , lequel
foiiicité par Hérode , écrivit aux Ephéfiens & aux autres
peuples ennemis des Juifs , pour leur défendre de les pour-
Joj.aml/j.xvi, îliivre à l'avenir, & il confirma ceux-ci dans leurs privilèges.
c.vi . if XII, i\ ç,-, £t autant par rapport aux Juifs de Cyrène, qui avoient
porté les mêmes plaintes.
Agrippa ayant été rappelé en Italie, Sextius Saturninus
&: T. Volumnius lui iuccédèrent dans le gouvernement de
la Syrie: de retour à Rome, il refufi encore les honneurs
du triomphe , exemple qui eut , en quelque forte , force de
loi pour ceux qui commandoient les troupes ; quelques
victoires qu'ils eulfent remportées, ils n'adrelî èrent plus de
lettres
DES Inscriptions et Belles -Lettres. 6^
lettres au Sénat ; ainfi , fans I exclufion formelle des particu-
liers, le triomphe devint un privilège des Empereurs. Augufte
voulant récompenfer à la fois & les fervices & fa modeftie
fînguiière , lui prorogea pour cinq autres années la puiflance
Tribunitienne dont il étoit déjà honoré ; mais il n'en jouit
pas long -temps; à peine étoit-il arrivé d'Orient en Italie,
qu'Augufte ayant appris la révolte de Pannonie , l'envoya ,
quoiqu'à l'entrée de l'hiver, (oumettre les rebelles. Agrippa
s'y rendit auffi-tôt, porta la guerre chez ces barbares, &
répandit tellement la terreur dans leurs efprits , qu'ils mirent
bas les armes , donnèrent des otages & rentrèrent dans le
devoir. Après cette heureufe & prompte expédition, Agrippa
s'empreiïbit de revenir à Rome , mais il fut obligé de
s'arrêter en Campanie, où il fut attaqué de la maladie dont
il mourut, à l'âge de cinquanîe-un ans. Cet événement, P/m./.yfl,
auffi funefle pour Augufte Si. pour Caïïis 8l Lucius , qu'il ^J^pinJrJ*'
le fut pour le peuple Romain lui-même, arriva l'an de
Rome 742 , fous le confulat de M. Valerius Mellàla Barbatus
& de p. Suipicius Quirinus , & caula un deuil général.
Nicolas de Damas, dans le livre qu'il a écrit fur l'éducation
d'Augulle , nous apprend qu'Agrippa étoit plus âgé que
cet Empereur , né l'an de Rome 6 p i , le p des calendes
d'Oclobre ; la difîérence n'étoit que de quelques mois.
Dion défigne allez celui de la mort d'Agrippa , lorfqu'en Die.l.Liy,
parlant d'un combat de gladiateurs qu'Augufte avoit donné
pour les Qjànquûtria au nom de^ Céfars Caïus & Lucius ,
il ajoute {|ue , kir ces entrefaites , l'Empereur ayant appris
la maladie d'Agrippa, (juiila Rome pour l'aller voir, &
que, malgré la diligence qu'il fit, il le trouva mort. Ces
fcles de Minerve conimençoient à fe célébrer le ip de Mars,
& conlinuoient les quatre jours fui vans. Ovide en parle
dans ie% faites. Ub, m.
AuguUe fit tranfporter à Rome le corps d'Agrippa, (Se, Dio.ULiy,
après 1 avoir fait expoltr dans le Forum , il prononça Ion
cluge funèbre. Dion remarque qu'il y avoit un voile tendu
entre l'Empereur &. le mort; malgré l'aveu qu'il fait de Ion
////?. Tome XL. I
66 H 1 s T o I R E D E l'A cadémie Royale
ignorance par rapport à l'origine de cette coutume , il
n'admet j)oint néanmoins la raifon qu'en apportent ceux
qui difent qu'il n't'toit pas permis au Grand-Prêtre de jeter
les yeux fur un cadavre ; mais Dion , qui étoit Grec , Se
qui a écrit Ion hiftoire à^uy. cents ans après les cvcne-
]nens qu'il rapporte , pouvoit bien ignorer d'anciomes
cérémonies Romaines qui n'étoient peut- être plus d'ulàge
Stii.adMarc, ({g f^j^ temps. Sénèque qui mérite, à cet écard , plus de
toi que Dion , dit que le voile tendu dans cette circonl-
tance n'avoit d'autre ufage que de louftraire à la vue du
Grand-prêtre ce Ipeélacle funèbre.
Quoiqu'Agrippa eût élevé dans le champ de Mars , le
tombeau qu'il le deftinoit , Augufte néanmoins fit placer
[es cendres dans le maufolée magnifique qu'il avoit fait
conltruire à grands frais pendant fon fixième conlulat, entre
la voie Flaminienne &c le rivage du Tibre. Pedo Albino-
vanus y fait allufion en parlant d'Augufte dans le Poëme
adrefle à Livie fur la mort de Drufus.
Dro. 1. Liv, Agrippa en mourant , légua au peuple des jardins & des
V'Ji^' Bains , pour l'entretien delquels il affigna des fonds , &
■qui pour cette raifon , furent appelés les bains d' Agrippa :
Augulte , conformément aux dernières volontés de fou
gendre, diftribua au peuple des lommes d'argent provenant
des biens dont il avoit hérité en grande partie , & particu-
lièrement de la Cherfonèfe de Thrace.
Comme le peuple eft affez porté à croire que les grands
malheurs font quelquefois annoncés par des prodiges , on
s'imagina que des évènemens extraordinaires qui arrivèrent
à la mort à' Agrippa , en étoient le prélage. Cette opinion ,
toute ridicule qu'elle eft , marque au moins la douleur du
peuple, qui mit cette mort au nombre des calamités publiques,
& honore la mémoire de celui dont on pleuroit la perte.
Les Ipeélacles furent interrompus , mais loin que cette
Dio.i'.;.f2. pi-ivation coûtât au peuple, (a douleur étoit fi réelle, que
ce ne fut qu'avec peine qu'il en reprit l'uiage. Le Sénat ,
pour honorer la mémoire d'Agrippa, <k lui donner une marque
DES Inscriptions tr Belles -Lettres. 6-/
publique de fon eftime, lui drelfa un autel dans le temple de
i'Honneur & de la Vertu , en ordonnant un lacrihce annuel
qui devoit y être cclcbré par les Pontifes ; c'elt ce que i'oH
doit inférer d'une à^s tables du monument d'Ancyre où ,
malgré quelques lacunes , on voit clairement qu'il s'agit de
circonftances relatives à la fin de la vie d' Agrippa.
Après la mort de fon mari, Julie accoucha d'un fils
<ju'Augulte ht nommer Marcus Agrippa , aulli ditfcrent de
fon père par l'elprit & par les mœurs , qu'il lui relfembloit
par le nom. Agrippa eut de fon mariage avec Julie , trois
fils , lavoir , Caïus & Lucius , adoptés dans la famille à^s
Jules, & Agrippa, pofihume : il en eut aulfi deux filles,
Julie , qui époula L. yî^milius Paulus, & Agrippine , femme
dé Germanicus. Quelques Ecrivains font mention d'un frère
d'Agrippa nommé Vipfumus, Nicolas de Damas dit que h nhll. dt
ce Vipjan'ius avoit fui\'i le parti de Pompée lors de la guerre i'^''^<^'< ■f^'-s-
civile; que dans celle d'Afrique il s'étoit attaché à Caton qui
i'aimoit beaucoup , Sv. qu'après la viéloire , ayant été amené
avec les autres prilonniers, Jules-Célar avoit accordé la grâce
à Oclave qui la lui avoit demandée en conlidération de Ion
amitié pour Agrippa. Dion parle aulfi de Vipjan'ui Pola , Dio.LLV.
(œur d'Agrippa; Julie n'avoit que vingt-lept ans quand
Agrippa mourut. Augufbe cherchant à prévenir des écarts
qui pouvoient porter atteinte à l'honneur de fa famille,
n'attendit pas qu'elle eût fini fon deuil; Tibère, à qui il la Suer. tnTiitr.
donna en mariage, fe vit, avec la plus grande répugnance, '^•^"'
forcé de répudier Agrippine qu'il aimoit, & d'époufer une
femme dont il connoilioit, par expérience, les mœurs déré-
glées. Du vivant même de fon premier mari, Julie avoit eu
plufieurs amans, parmi lelquels Tacite compte Sempronius , , ,
Gracchus. Augutte, quelle chagrmoit par la conduue, avoit <-. u//.
fouvent efiavé en vain de la ramener; cependant, s'il en faut
croire Macrobe, il le rtprochoil à lui-mcme île foupçonncr j^^//./.;/,
la vertu de fa fille, (juanJ il voyoit fês petits-fils rellêmblcr ^' *^''
il bien à fon gendre. On fait la réponle qu'elle failoit à
ceux qui étoient étonnés de cette relleinblancc. Pour Agrippa,
t, ly,
Cî Histoire de l'Académie Royale
PHn. l. VII, il ii'ignoroit certainement pas les inficlclit<5s de Julie ; Plîne
'^' ï'-' "»"'les compte au nombre des malheurs de fa vie; mais, Toit
mt'nagement pour la iille d Augulte , loit vue dintérct
perfoniiel , il garda le filcnce.
Ces traits rallèmblés par M. l'abbc le Blond , peignent
le caracflère de cet illuftre Romain qui , félon le témoignage
de Dion , fut , d'un aveu général , le plus homme de bien
de fon temps. Sa phyiionomie avoit quelque choie de dur
& de févère ; fes mœurs fe reffentoient aufîi de cette
L\h. XXXV, auftérité, fi l'on en croit Pline : M. Agrippa, dit -il, v'ir
rujlïcitcin (jiiàm tJeliciis propior. 11 n'aimoit pas le luxe comme
particulier , néanmoins il avoit beaucoup de goût pour les
arts , & quand il s'agifloit de les faire lèrvir aux ornemens
publics , il n'épargnoit rien ; il acheta même pour lui douze
mille feflerces, deux petits tableaux, dont l'un repréfentoit
JiU. Ajax Se l'autre une Vénus , venim i/Ia torvitas tabulas duas
Ajacis & Veneris mercata ejl a Cyiiceiiis, H S. XII. M.
On pourroit trouver de la conformité entre Agrippa &
Céfar , en ce que l'un & l'autre furent de grands Capitaines
& qu'ils écrivirent tous deux les Mémoires de leur vie.
Ceux de Céfar qui font fi précieux, doivent faire regretter
ceux d'Agrippa , qui ne font point parvenus Jufqu'à nous :
les derniers font cités par Philargyrius fur le lecond livre
des Georgiques. Agrippa e(t aufîi auteur d'une defcription
L'ii, III, c. J!i. tle la Terre dont Pline fait mention , & qu'il paroît avoii"
fouvent confultée.
DES Inscriptions et Belles -Lettres. ë^
ÉCLAIRCISSEMENS ET CONJECTURES
fur quelques anciennes Loix Romaines.
LE s Commentateurs qui ont écrit fur cette matière ,
n'en ayant pas toujours donné ^çs idées julles ,
Al. Bouchaud a cru devoir reprendre leur travail , &. y
porter plus d'exactitude.
Article premier.
Sur les Loix Antoniennes.
Durant fôn fécond confuiat , Antoine ayant propofl' Lu
différentes Loix, en fit palîër quelques-unes de force malgré ^°^'
les Aulpices ; d'autres , comme les ayant trouvées dans les
papiers de Jules - Céfai" , dont le Sénat avoit ratilié généra-
lement tous les aéles, après la mort de ce Dictateur. Avant
I d'en donner une notice exacle, M. Bouchaud examine à
quelle occafion fut faite la Loi Antonia de Didatum.
Antoine , avant de faire éclater la haine qu'il portoit à
Oclave , héritier de Jules-Céfar , voulut s'affurer un gouver-
nement de Province qui le mît en état de former &: de
fortifier fon parti. C'efl dans cette vue qu'il follicita le
commandement de fix légions qui étoient en Macédoine ;
il l'obtint fur le faux bruit que les Gètes , indignés du
meurtre du Dictateur, avoient fait une irruption dans celte
Province. Mais prévoyant d'avance la répugnance du Sénat
à le lui contier, parce qu'on le loupçonnoit de vouloir abuler
de l'autorité qu'il avoit déjà indépendamment de ce nouveau
gouvernement, il pourfuivit lui -même le décret de l'abo-
iition perpétuelle de la dictature, en y failant inférer la ' Lih. m.
peine de mort contre quiconque entreprendroit de rétablir ,'ss'o'".^
ou accepleroit cetie fupréme Magiflralure. On peut voir ce Tnim.
qu'ont écrit Appicn " &. Cicérou ^ fur ce fujet. L'.il)olitioji .^,, j^"^^' ''
70 Histoire de l'Acadi^mie Royale
de la DidalLire e(l de l'an 710 de Rome , fous ie fécond
conlulal: tl'Aiitoinc.
La Loi Antonia rlc Civitate Sicidorum , efl une de celles
qu'Antoine attribua faulfement à Jules-Cciar. On ne conçoit
pas qu'il ait eu l'impudence de fuppofcr que cette Loi , à
laquelle le Diclateur n'avoit jamais penfc , eût clc propofce
&: reçue dans les Comices. 11 efl vrai qu'Antoine ciifpofoit
à fon grc de Fabérius , Secrétaire de Cclar , &: cjue , par* ce
moyen , il lui étoit facile d'ajouter , de retrancher ou de
chanr'er ce qu'il jugeoit à propos dans les papiers du Dicta-
teur. D'ailleurs , Céfar ttoit le premier qui eût donné hors
des limites de l'Italie , le droit de Cité ; il s'étoit même
arrogé le pouvoir de l'accorder à fon gré, prérogative dont,
avant lui , le Sénat même ne jouifloit que de l'agrément du
peuple Romain. Mais quoique ie Diclateur eût accordé aux
Siciliens le droit Latin jus Latii , il ne leur déféra jamais
celui de Cité, dont Antoine, gagné par une fomme d'argent
»Cr. rt^^/^mc confidérable, aacput grandi pccuniâ ''' y les fit jouir comme
l.xiv. q>.iv. ^.^j^ bienfait de Céfar, Malgré cette conceffion, Spanheim'',
Vx-rcTcx'n'. fondé fur l'autorité de Pline, obferve que long-temps après,
Riii. /'/'. JJt,la. plupart des villes de Sicile ne jouirent que du Droit
'' ^'''' Latin , fms doute parce que le conful Vibius Panfa , comme
■^2//'. AXr/, l'attefte Dion Caffius'', abolit toutes les Loix & tous les
^''■^'■^' ades d'Antoine.
La Loi qu'Antoine publia pour le rappel des exilés, efl
auffi une de celles dont il attribua l'honneur à Céfar. A peine
trois ou quatre exilés furent omis dans l'amniflie , & Cicéron
avoit raifon de demander pourquoi ils ne partagèrent point
avec les autres ie prétendu bienfiut de Célar. Antoine fit
entrer dans le Sénat un grand nombre de ceux qui devinrent
Tes créatures &. fes partifans , en reconnoillance de la
faveur qu'ils en avoient reçue. Ces nouveaux Sénateurs, dit
M. Bouchaud , furent nommés C/hironita & Onitii , à
i'imitation des efclaves affranchis dans le teflament de leur
jnaître; plaifuiterie fondée fur ce que cet honneur leur étoit
déféré par les ordres d'un homme qui avoit déjà pafié le Styx.
DES Inscriptions et Belles -Lettres. 71
C'efl: en fon nom qu'Antoine publia la Loi judiciaire qui
étabiiffoit une ti-oifjème Dccurie de Juges. On fait que la
puiflance judiciaire appartint d'abord aux Sénateurs , qu'elle
fut eniuite transférée aux Chevaliers par la loi Sempronia ,
fur laquelle M. Gautier de Sibert a donné une favante Dilfer-
tation ; que par d'autres Loix elle fut partagée entre les
deux ordres, jufqu'à ce qu'Aurcliiis Cotta ajouta une troi-
fième Dccurie compofée des Tréloriers de l'Epai'gne , Trihiini
yErarii. Céfar, devenu Dic5tateur, fupprima cette Décurie,
voulant que les Sénateurs Se les Chevaliers , comme la portion
ja plus pure du peuple Romain , eufîent feuls le pouvoir de
juger. i>i la Loi d'Antoine aboliûbit celle de Célar , elle
n'établiffoit pas une nouveauté , en admettant les Centurions
à la fonclion déjuges, qui leur avoit déjà été accordée par
les Loix Aiirclid, Powpcin & Jiiha; mais par un abus intolé-
rable , non-leuiement elle anéantilioit le cens ou la quotité de
biens anciennement requife pour être reçu dans les Décuries
de Juges , elle y admeltoit encore les funpie/ Soldats & \qs
Alcmcitt (a) , c'eft-à-dire, ceux qui compoloicnt la cinquième
légion : Antoine ne rougit mùne pas de taire tomber ion choix
fur àts gens de la plus balle extraction, lur des joueurs, fur
des bannis, fur des Grecs, Icgit alcatoies , legit exjiiles , icgh
Crœcos , enfin fur des pcrlbnnes qui n'avoient pour tout Oc. FAïl, l^, S.
mérite , (jue celui d'clre tle la faclion. 1 uutc iunefte que
fut à la République cette Loi , Antoine y prenoit le plus vif
intérêt, &i contre l'ancien ulage, il la fit palfer au milieu des
éclairs, du tonnerre & des vents qui le dcchainoicnt à l'envi ;
un même des principaux articles, dont il chargea L. Pilon
& L. Phili['pus, députés par le Sénat, lut qu'on n'abrogeroit
point la Loi judiciaire.
Antoine aHedant toujours de fe rendre populaire, ordonna
Ca} C'ifl le nom gaulois que Ccfar donna à une Iii;ion levcc dans Fa
GauU" Tranlalpinc , parce (]uc , comme nn le croit , le ciniiirdu calqui- rclUm-
bloii à une alouette. Les Soldats de la cin(|iiit-n]e légion l'uni fouvcnt dtligncs
par <e ncm dans les inicription:.. I'c_;'. Criiur, p. ^oj, n,' I ; ^ p. }^^,
II.' V.
72 Histoire de l'Académie Royale
par fa Loi de Provoccitioiie , que tous ceux qui feroient con-
damnés pour violence & pour crime d'Etal, &: contre qui
les Loix Juliennes prononçoiejit l'interdiction du feu & de
l'eau, auroient la liberté d'en appeler au peuple. C'éloit à la
fois anéantir les zSies de Célar , &: mettre prelque dans l'im-
polTibilité de trouver jamais Aes coupables; car, comme le
Philipp, 1 . <> ■ remarque M. Bouchaud après Ciccron , qui Te (eroit expolé,
foit en acculant une perfonne de ces crimes , Toit en la con-
damnant , à la fureur d'une multitude de gens qu'elle tenoit
à fa folde î
La Loi Antonia Je Prov'aiàis admïnijlrandis , n'étoit pas
d'un moins dangereux exemple : celle de Julei-Céiar portoit,
qu'on ne pourroit garder qu'un an le gouvernement d'une
province Prétorienne , & deux ans celui d'une province
Philipi,,!, S, Confulaire ; dilpolition fage dont Cicéron fait l'éloge. Les
Tribuns du peuple , à finftigation d'Antoine, proposèrent
de proroger julqu'à deux ans le gouvernement des provinces
Prétoriennes , & jufqu'à fjx , celui àes Conlulaires. Cette
Loi reçut ion dernier fceau même avant d'avoir été rédigée
par écrit & promulguée, c'eft-à-dire , réciiée de vive voix
dans l'affemblée du peuple. Quoique Augure , Antoine
fit aulfi peu de cas des Aui}Mces en cette occalion , que
lorfqu'il donna fa Loi Judiciaire : il n'eut pas plu5 d'égard
aux Loix Ci^cilia Didia & Junia Licinia , lui vaut lelquelles
Ja promulgation d'une Loi devoit le faire durant trois jours
de marché.
Antoine ne borna pas là ^es violences; il s'empara àes fonds
de terre du peuple Romain , & chargea par une Loi de Agris
dividimdis, de certains Septemvirs, à la tête delquels étoit
L. Antonius fon frère, de faire le partage de prelque toute
Phi>.l,ni,;r.Y\[^\[ç, Cicéron s'élève en plufieurs endroits avec beaucoup
i'àil, VIU, IX, , ,, , , ^ X * * c ri j ■♦ 1
de véhémence contre cet attentat , <x oppole la conduite de
Céfar à celle d'Antoine. Mais M. Bouchaud obferve qu'il
ne faut pas confondre cette Loi avec une autre du même
Auteur , de Coloniis in agros deduccndis. Cette dernière
paroît à l'orateur Romain mériter fapprobation des gens de
bien ,
DES Inscriptions et Belles -Lettres. y^
bien, & s'il coiifeilie de la renouveler, c'efi; qu'on l'avoit PAu'.v, iv.
fait paflèr l'ans prendre les auipices.
Antoine prévoyant qu'il échoueroit dans le defîein de fe
rendre maître de la République s'il ne gagnoit Lépide, que
Céfar avoit nommé Général de la cavalerie , donna la h!le
en mariage au tils de cet Officier, &: prit des mefures pour
alTurer au père le louvei'ain Pontificat. Julqu'alors le louverain
Pontife avoit été créé dans les allemblées du peuple par
Tribus; Antoine, elpérant obtenir plus facilement du Col-
lège des Pontifes que du peuple ce qu'il defiroit, fit une
Loi d't' Poiuifîce maximo a Co/lcgio crearu/o , qui dépouilla
le peuple du droit d'éleclion. Comme Dion Calfius attelle Li^- -f/.
cxpreflément que tel fut le motif de Marc -Antoine ,'" "■*'■
M. Boucliaud relève deux erreurs échappées à François
Hotman; l'une, d'avoir attribué cette Loi à L. Antonius , ^l^''^"^"''
frère du ConfuI ; l'autre, d'a\oir dit qu'elle avoit pour
objet la cooptation des Prêtres , quoiqu'elle regardât le droit
d'élire le fouverain Pontife. Celui de choifir les Prêtres
éprouva bien des variations ; d'abord il appartint à leur
Collège , enfuite le Tribun Cn. Domilius le fit pader au
peuple; le diclaieur Sylla le rendit au collège des Prêtres;
enfin Labiénus 6c Célai- le tranlmirent, pour la féconde fois,
au peuple. La Loi Antonia ne ht aucun changement à cet
égard. Le cardinal Noris prouve par une inlcripjion , que Car.ci.pj,in,
Caïus Céfiu-, fils d'Agrippa & adopté par Augulle, ainfi ^'J^'"-^^/-''^"'
<]ue fon frère Lucius , fut élevé au Sacerdoce par le Sénat
& le peuple Romain dans lei Comices allemblés par Tribus,
fui vaut Tulage ancien. La forme d'éleèlion inlrotluiie par la
Loi Antonia, ne fubfifta pas long-temps, & le peuple rentra
dans fon droit île créer le fouverain Pontife; c'efl du moins
ce qu'un i)a(iiit:e d'Apnien donne à M. Bouchaud lieu de l-if'-^'.<ffJ"^tl
penlcr. Cet Hillorien raconte que le peuple ayant voulu ^'
transférer de Lépide à Augurte le fouverain Pontificat ,
dont perfonne n'avoit été dépouillé de Ion vivant, ce Prince
ne l'accepta point.
H ne rcfloil plus à Antoine, pour le fucccs de fes projets
J^.J}. Tome AL. K
74 Histoire de i/Académie Royale
ambitieux, que de fe faire donner le gouvernement d'ui;c
Province dont la pofition le mît à portée d'opprimer fa Patrie.
La ratification de tous les ades de Céfar , cjui ne permettoit
pas qu'on dépouillât ouvertement de leurs gouvernemens les
perfonnes à qui ces gouvernemens étoient deltinés du vivant
du Diclateur, rendoit la chofe difficile; n'olant demander
pour lui-même la Syrie , qui avoit été donnée à Caffius, un
des meurtriers de Céfar, Se qui étoit à fa bienféance , il la lit
Appian.l. Ilf, demander par ihn collègue Dolabella, qui l'obtint du peuple
(te Bel!, cil'. . \ , , ^ ,- . r ■. -i r r^ \ i
y.i^\^o-SS2. par une Loi portte a ce lujet; enluite il le ht donner par le
Epiiom. Liinuit. jj^.nat , la Macédoiiic ; mais réHéchilfant que la Gaule cité-
' "'^' rieure , où commandoit Décimus Brutus , lui convenoit
mieux, il follicita l'échange, & malgré le refus du Sénat ,
qui entrevoyoit fes delfeins , il fit palîèr , à force ouverte »
une Loi de permiitatione Provincianiin , par laquelle il obtint
la Province deiirée.
Tandis qu'Antoine outrageoit la mémoire de Jules- Célar
en annullant fes aéies , il alFec^loit de l'immortaliler par des
Lih.'XLiV. honneurs divins; nous apprenons de Dion Calfius, que ces
'''^■^^' honneurs lui furent déférés même de fon vivant, 5c qu'on
érigea un temple à fa clémence. Antoine fut créé Pontife de
Piiil.ll,.}], ce temple, & Cicéron lui fait à ce fujet les plus ianglans
reproches; mais Antoine n'oia , même après la mort de
Céfar , demander l'inauguration à ce Sacerdoce ; il exhorta
feulement le Sénat à rendre un décret qui ordonnât d'adrelfer
à Céfar des prières publiques. C'étoit mêler, félon l'expreffion
Fhil. I. c. VI. de Cicéron , pare/ituHa ciim fiipplicûtionibus , c'efl à-tiire , \qs
facrifices &. les offrandes qu'on f^iioit au tombeau de {e^
ancêtres , ou des perfonnages illuflres , avec les prières
publiques. Rendre des honneurs divins à un mort dont le
tombeau exifloit, c'étoit iniroduire dans le (ein de la Répu-
blique, Religiones inexpiabiles , c'efl-à-dire , dont on ne
pouvoit effacer les feuillures par aucune expiation.
On trouve encore une Loi Antonia qui n'efi: point de
Marc-Antoine, mais de Lucius fbn frère ; Hotman la nomme
Lex Antonia de fuffragiis , quoiqu'on new connoilfe pas
DES Inscriptions et Belles - Lettres. 75
précifément l'objet : on peut conjeélurer , d'après un pafTage
ue CicéiOii , qu'elle aiitoiiioit Ccliir , lorrqu'il étoit lur le Frit, vil, vi.
point de partir pour la guerre des Parthes , à nommer pour
deux ans au.v Magiftratures qui chaque année étoient défé-
rées par les iuffrages du peuple. Il pai-oît qu'alors L. Antonius
oôtint lapermifTion de diftribuer à ks amis une partie de ces
Marriilratures.
o
Article II.
Sur la Loi ALlnina, de Legibus.
Tel efl le titre que les uns donnent à cette Loi, tandis
que d'autres l'intitulent de Centumv'iris , ou de Lcgis aâio-
tiiùus Ce/itiimi'ini/iuft: cûufariim. Si l'on s'en tient à un
fragment d'une infcription de Rome , rapporté par Louis
Charro.i , Vivant juriiconlulte du Jeiziènie fiècle , Lucius ^^ v;,{ar.
ALhuûui, tribun du peuple, ht cette Loi pour abolir pkifieurs 'Z.ain catalog.
chefs de la Loi des douze Tables, ut XII Tah. cnpita, qua "
inutilia ejferit Re'ipuUna tollerentur , mais ce monument eft
fort fufpecL Aulu-Gelle parle de la Loi .^butia à l'occafion hWi. Ait.
du mot proletiiriits , qui le trouve dans la Loi des douze Tables '• '^' ■'' •*"'
&: dans Ennius. Un Jurilconfulte conlulté lur le lens de ce
mot répond , ego verb diccre atque ïnterpretnri hoc dehcrcm ,
fi jus Fdunorum & Ahoiiginuni didicijj'cni. Sed enim cum Prole-
tar'tï & Ajffidui , & Saiiatcs ,& Vodes & Suhvades , & vigi/iti
qiiinque eijfcs & taltoncs , furtorumquc qiuijlioues cum laïuc &
licio evannerint : ommfquc ilhi duodecim tabularum antiquitas ,
Tiifi in Legis aâioiiihus ceiitumviredium caufarum Lege ^ùutia
lata coiifopitd jit , jludïum fciciitiiinique ego potjhire dcbco
juris & L'gum vocuniquc carum quiims utiniui: Quoique ce
padàge ne lôit pas aulli clair que le fragment cité, M. Bouchaud
en tire, avec plulieurs lavans Jurilconlultcs , cette conjedure
que la Loi dont il s'agit abolilioit ditlércns chefs de la Loi
des douze Tables , ii nommément la pcnjuidtion du vol
<jui le failoit en prélence de témoins , cum tance & licio (l>).
M. Bouchaud conlume cette opinion par la réfutation iiçs
(b) On peut voir fur ces mots, Feflus & la note de Sraliccr.
K \]
7<J . Histoire de l'Académie Royale
divers Commentaires que différens Savans ont faits diipaHàge
d'AuIu-Gelle; l'urnèiie, un d'eux, a mcnie confondu la Loi
dont il eft queftion , avec une autre Loi /Ebutia , de cunttione
& potejlcitc numdandâ , qui ordonnoit que quiconque Teroit
une Loi pour créer une commilHon , ieroit exclu de cette
commiflïon , de même que Tes collègues , fc-s parens &. fes
DeLeg.Agr. ^\\\q<, • Ciccron en parie.
c!vni. " Pighiui fixe i'c'poque de la Loi yEbutia de Legibus , à
l'an 720 de Rome, temps auquel, dit- il, les Centumvirs
DtAniùj.jurr, furent crées, comme le démontre Sigonius , & oià il y eut
TxJiii/^' ^^"^ Tribuns du peuple delà famille 7Î!,butia. Siccama ,
célèbre jurilconiulte de Frife , dans une lavante 8c rare
De Judido Difîertation , halarde une autre conjeélure : « \j,i prêteur
cenmmvirdii,,, Peregrïnus , dit-il, ayant été créé l'an 510, & les étrangers
' « ayant été incorporés en 513, tlans les Tribus , il ell vrai-
« lemblabie que les Centumvirs furent inftitués à cette époque,
» & que , dans le même temps , yEbutius propola la Loi
LoUl, f.2p, ^^ Centumvitis. » 11 s'autorife d'usi pall'atie dans lequel le
Dig.de Origine ■ -r r i n • i i / • i #-^
Mis. jurilconlulte romponius plaçant la création des Centumvirs-
après celle du préteur Peregrimis , emploie le mot dcinde ,
qui marque à Ion avis, que l'intervalle fut peu confidérable,
& que peut-être ces deux créations font de la même année ;
fur quoi M. Bouchaud fait quelques obfèrvations.
i.° Siccama fe trompe (ur l'époque du luftre où l'on
incorpora les étrangers dans les Tribus. 11 eft prouvé par les
Voy. Pig/iius. faftes confulaires , que ce dénombrement du peuple fe fit
p'"^ ' """' l'an 512.. 2." C'eft mal-à-propos que ce Savant infifte fur
le terme dcinde , parce que Pomponius fe contente de dire
les choies en gros , fans diftinguer fcrupuleufement les temps ;
c'eft ainfi que dans le même endroit il dit que , le préteur
Peregrimis fut créé quelques années après le préteur Urbainis,
quoiqu'il y ait entre ces deux créations un intervalle de
cent vingt-trois ans. 3." On ne voit pas fur quoi Siccama-
peut conjeélurer que lès Centumvirs furent créés la même
année où l'on augmenta le nombre à^s Tribus , puifque , de
fbn aveu , les monumens de l'antiquité ne font mention des-
DES Inscriptions et Belles -Lettres. yy
jugemens àts Centumvirs , que peu de temps avant le fiècle
de Ciccron 5c d'Augude.
Cependant M. Eouchaud ne nie point que les jugemens
des Centumvirs n'aient donné occafion à la Loi yEbuîia ; ce
fut dans le trente-netivième lufire, l'an de Rome 612, qu'on
ajouta les tribus Vchiia &. Quiritui , aux trente- trois autres;
&. Pomponi us nous apprend que peu de temps après le Voy.Pighh;.
tribunal des Centumvirs fut érige. Ces Juges étoient tirés '' {f ' "^^^^
de toutes les Tribus, trois de chacune, & par conléquent
au nombre de cent cinq , ce qui n'empccha pas qu'oii ne
leur donnât le nom de Ceiitiauvirs , comme on continua de
faire après qu'Augulte en eut confidérablement augmenté
le nombre : ils prononçoient dans les caulès les plus impor-
tantes , fur lefquelics à la vérité , les Décemvirs avoitnt
flatué dans la Loi des douze Tables , mais alors leurs déci-
fions étoient prelque inconnues au peuple; les Jurifconfliltes
eux-mêmes oc les Juges n'en avoient fouvent que des notions
peu didinClcs : ces décifions étoient d'ailleurs embrouillées
d'une inimité de formules ridicules & de fubtilités futiles
imaginées par les Jurilconfultes , comme Cicéron l'oblerve FroMurmai^^
& le reproche à Servius Sulpitius. Ce fut donc dans le
dellèin de lupprimer ces détours infidieux qui plonoeoient
le peuple dans des procès interniinables, qu'.-^buiius propola
une Loi pour abroger les chels de la Loi di:s douze fables ,
devenus inutiles, ians toucher à l'ellënce de cette Loi, qui
n'en reçut aucune atteiiite.
On conçoit donc pourquoi le Jurilconfuite d'Aulu- Celle
prétendoii ([ue les ptrquilnions du vol , qui fe iailoitnt
cum lance & Ikio , avoient celle depuis la Loi yEbutia ; aulH
voit-on dans un paragraphe des Inltilutes , que cette perqui-
fition ne fe praliquoit phis luivant l'ancien ufage : il confiltoit
furiouldans ce qu'on appef it tn/ui olndgii/atio\ cdla-dne , TeHusaumot
que le propriétaire de la choie volée le traniportoit trois '";?'"'"'''■ ^«^
jours de marche a la porte de celui qu il croyoïl le receleur,
quoiqu'il n'en eût pas la preuve; &. redemaiuloit cette choie
avec clameur, cjinj.'io/iem citm coiiviàe . dit lelUis : il conlilloii
yS Histoire de i/Académie Royale
encore dans les formules folennelles dont on fe fervoit pour
revendiquer la chofe retrouvée; cctoit une fornialitc prépa-
ratoire du jugement , de forte que la triple proclamation
tenoit lieu de dépofitions de témoins. Une nouvelle manière
de procéder ayant été introduite par les Centumvirs , ies
vols qui anciennement fe nommoient fiirla per lancein &
luïum conccpta , furent nommés îimplement y///?*^ concepta.
M. Bouchaud reconnoît que cette interprétation du paffage
d'Aulu- Celle, toute naturelle qu'elle elt , lailîe des doutes
fur le véritable objet de la Loi .^Ebutia , dont on ne peut
fixer l'époque avec certitude.
ARTICLE III.
Sur la Loi Apuleia , Majeftatis.
Cette Loi eft-elle du Tribun du peuple L. Apuleius
Saturninus , qu'on fait avoir été l'Auteur de plufieurs autres
, ' ?.'/'""''' -^"^^ • ^'^^ ^® qu'ont affirmé Manuce ^ , Hotman ^ &
^ Amiq. Ro:>:. Gundlingius "^ , fans en donner des preuves fuffifantes. Auffi,
flj -^Z^^"' loin que le témoignage des Auteurs de l'antiquité les favorife,
il leur eft contraire , (e'on M. Bouchaud , qui penle que cette
Loi efl plus ancienne que Saturninus , dont toutes ies Loix
paroiffent avoir été abolies à la mort par un décret du
Li!'. II, de Sénat , comme un paflage de Cicéron donne lieu de ie
Leoih.c, vu croire, au lieu que la Loi Apuleia, A^ûjeflatis , futobfervée
du temps de la République. Elle lubfiftoit certainement
iorique le Tribun voulut faire pafler la Loi concernant \gs
blés , par laquelle il propofoit qu'on en fît pai" mois une
dilh'ibution gratuite au peuple. Caspion, qui pour lors étoit
Quefteur Urbanus , ayant repréfenté que ie tréior public ne
permettoit pas une fi grande libéralité , le Sénat rendit un
décret qui portoit que , li l'opiniâtre Tribun perfdloit dans
fon delîein , il leroit regardé comme un ennemi de la Répu-
blique. Ccepion voyant Saturninus déterminé à pouffer les
choies à l'extrémité, le jette, avec plufieurs perfonnes dont ii
étoit accompagné, dans ie lieu où le peuple ië tenoit allemblé,
DES Inscriptions et Belles - Lettres. jp
renverfe les petits ponts de communication & les petils paniers
deftincs à recevoir les bulletins, & par ce moyen , empêche
que la Loi ne paflè. En conléquence de ces voies de fait,
Cjepion fut accufé du crime de lèze-majefic; & alors, comme
on l'apprend de l'Auteur qui nous inltruit de ce détail, on MHn,,.
mit en queftion ce que fignifioit l'exprellion mhtuere Alajef- ^' ^' '' ^^''
tatem popiili Romani. Comme ces termes ctoient ceux de
Ja Loi Apuleia, Majejldtis , il eft clair, dit M. Bouchaud,
que cette Loi exifloit avant cet événement.
C'eft en vertu de cette Loi que le tribun du peuple,
C. Junius Norbanus, fut acculé du crime ci'État, ou de lèze-
majeflé ; la viéloire remportée par les Gaulois &: les Cimbres ,
en fournit le fujet. Les Gaulois ayant attaqué ie camp du
conful Manlius , & les Cimbres celui du proconful Q. Ser-
vilius Cx'pion , le défaflre fut fi complet qu'il n'échappa des
deux armées Romaines , que dix hommes , avec les deux
Généraux , pour porter à Rome cette terrible nouvelle ; le
fameux Sertorius en fut un. Le peuple conderné à la fois
& irrité contre Caepion , qu'il regardoit comme la caufe de
ce malheur, rendit un décret par lequel ce Général fut
dépolé , &. déclaré incapable d'occuper à l'avenir aucun
porte dans les ai-mées Romaines. Jamais Général n'avoit
éprouvé, à Rome, un pareil fort : le Sénat, la Noblelib ,
&. mtme deux Tribuns du peuple , s'élevèrent contre
cette nouveauté, &. excitèrent un 11 grand tumulte dans
les Comices, que C. Junius Norbanus fe crut autorifé à
chaffer les Patriciens de l'alftmblée, & rien ne s'oppofa
plus :i la dépolition de Capion (c). Cette violence donna
(c) Carillon, fuivant (jinlques Au-
teurs , fut invoyé en exil ; luivant
d'autres, il mourut en iirifoii : Il l'on
en croit Valtre- Maxime (liv. \J,
c. IX , II.' f), Ton corps, coupé ni
1)iéccs par le lÎDurrcau , fut exuofé .i
a vue !u pcuplo , A traîné .nfuif.' aux
fcaU' Geiiii nui- , clpècc ili- |uiitsi>ù l'on
dcfccndolt par un cfcalicr, iS: où l'on
précipitoit les caclivrcj des criminels ,
après les avoir iraîiics avec un croc,
iulqu'à cet endroit. Mais cet Auteur fe
contredit, car il afîurc ailleurs (l. I^,
c. yu, n.' j) que L. Kliesinus , tri-
bun du peuple & ami de Ca-pion , le
(" '^"■,'i''. de prifon , iSt l'accompagna
dans là fuite. Pour fauver cette con-
tradidion , Ileinclius propofc d'iofcrci
8o Histoire de l'Académie Royale
Jieii à l'accLifation du crime de lèze-majeflé contre Norbaniis :
l'affaire fut portée devant les chevaliers Romains , qui
Iiaïlîoient morteilement Cx'pion , parce qu'il les avoit
dépoiiilics, par une Loi , de la puiflance judiciaire, pour la
rendre au Sénat; après l'avoir recouvrée, ils s'emprefsèrent
d'abfoudre Norbanus , dont M. Antonius l'orateur , prit la
,, ^,>''>r/" défenfe.
Ae Oratore, Gravjna penle que la Loi Apuleia, Majeflcitis , fut faite
'"xLvin'.' P^"tôt pour punir ceux qui fe rendoient coupables d'attentat
xux.L.irc. contre la République, que pour établir un droit de Majejlé.
ivln.'c.v',' ^' Bouchaud avoue que cette idée peut être vraie jufqu'à
n." z, un certain point ; mais il croit que la Loi Apuleia eut une
formule particulière qui, dans la fuite, s'établit de plus en
MLc.xLix. pjy5 . jj j^,j paroît vraifemblable , d'après ce que ditCicéron,
que l'orateur Antoine raifonnoit de la manière fuivante !
« Si la majefté conlifte dans la grandeur & la dignité de
» l'Etat, c'eft être coupable de ce crime que de livrer aux
» ennemis l'armée Romaine; mais on ne l'ell pas en dénonçant
" le traître : or , c'eft par la faute de Caspion que l'armée
Romaine a été détruite , donc, &c. » L'Orateur ajoutoit que,
ce fi tou3 les Alagiftrats doivent être dans la dépendance du
« peuple Romain , on avoit tort d'accufer Norbanus qui , dans
» Ion Tribunal , n'avoit fait que fe conformer à la volonté du
» peuple ; que d'ailleurs toute fédition du peuple n'étoit pas
» injulle , & que jamais il n'avoit eu un plus légitime fujet
» de fe louiever que dans un moment où il s'agiffoit de
» punir un Général qui avoit expofé la patrie aux plus grands
dangers. »
le mot patris dans ce dernier texte , &
de lire qiiod iUius patris culpâ exercitiis
jiofter deli'îus. 11 lui auroit fallu prou-
ver avant tout, que le fils de Csepion
avoit été mis en prifon à caufe de la
faute de fon père, & qu'il en avoit
été tiré par Khéginus, Cicéron dit
poritivcment (pn Balho) que Caepion
banni de RoniCj fe retira dans la ville
deSniyrne. Selon M. Bouchaud, pour
concilier ce témoignage avec celui des
Auteurs qui font mourir Ca;pion en
prifon , il tàut fuppofer que ce Romain
rappelé de fon exil , fut enfuite con-
damné à mort par les Tribuns , qui
renouvelèrent contre lui l'ancienne
accufation.
On
DES Inscriptions et Belles -Lettres. 8i
On difoit , pour la dcfenfe de Caepion, que, fi tous ceux
qui veillent aux intérêts de la République, doivent lui ctre
chers , à plus forte raifon les Généraux d'armée qui , par leur
prudence, leurs talens & leur valeur, atFurent, aux dépens
de leur vie, le falut Se la dignité de l'Empire. Si l'on s'étonne
qu'on osât avancer une aiïerlion pareille en faveur de Cxpion,
dans une affaire où il s'agillbitde lavoir fi lui, ou Norbanus,
étoit coupable du crime de lèfe-majeflé , il faut confidérer
que Cacpion avoit été Conful ; que les honneurs d'un triomphe
lui avoient été déférés ; enfin qu'il avoit été revêtu de la
dignité de Grand -pontife 6c décoré du titre de Protecteur
du Sénat. Val.- Max.
M. Bouchaud conclud que la formule de la Loi Apuleia ^J/ ^j/' ''^'
pouvoit être conçue en ces termes : fi quis popuii Romani
Majeflatem minuifj'et , mit de eoruni potcjhite quibus populus
poteflatcm dédit, ahquid derogûjfet , capitale efl.
Article IV.
Sur la Loi Aquilia , de Damno.
La mailon Aquilia, une des plus anciennes de Ronîe , le
partagea en plulieurs branches , dont les unes furent Patri-
ciennes, les autres Plcbcïcnnes; tSc dans ce grand nombre
d'hommes qu'elle a fournis, & dont les noms Ibnt confcrvés ,
loit dans les faites conlulaircs, loit dans les inlcripticns , loit
fur les médailles, il e(t difficile de démêler le Tribun du
peuple «jui, ielon Ulpien, lut auteur du Piébilcite ou Loi
Aquilia de Damno. Gravina , qui avoit d'abord penché
pour le jurifconlulte C. Aquilius inventeur de la flipidatioii
Aquilicnne , a douté enfuite s'il ne lalloit pas jeter les yeux
lur un autre. Aulli ell-il certain que l'auteur de la llipulation
Aquiliennc ne fut jamais Tribun du peuple; d'ailleurs, il
ell plus moderne , puil(.]u'il e(l pollérieur aux jurilconliilles
Q. Mutins Scevola Sy. Brutus , qui avoient commenté la
Loi de Damn\.\ Pighius le décide pour L. Aquilius qui fut
Tribun lUi peuple l'an de Rome 571, &. Préleur de Sicile
////. Tome A L. L
82 Histoire de l'Académie Royale
l'an 577; &. cette opinion paroh à M. Bouchaud , la plus
vraifcinblable.
■ Le premier chef de cette Loi , portoit , que quiconque
auroit tue par Jîiauvaife intention , ou par fa faute, un efciave,
un quadrupède, ou tout autre animal qu'on peut nommer
bt'tnil , feroit oblige de payer au propriétaire le prix de
i'efclave , ou de l'animai , fur le pied de la plus grande
valeur qu'il auroit eue dans le cours de l'année en rétro-
gradant, à compter du moment de l'occifion.
Quelques Commentateurs ont clé fcandalifés de voir les
elclavcs & les quadrupèdes rangés dans la même ciafîe; mais,
félon la jurifprudence ancienne , cette efpèce d'hommes , à
raifon de i'elclavage , étoit regardée comme un objet com-
Efijl.xLvu. merçable, &, à cet égard , comparée à une bcte de fomine,
nec tanquam homhnhus ejiiidem , dit Sénèque , fcd tatiquam
jumentis ahuthnur. Auffi les efclaves font-ils fouvent nom.mcs
câfLûi^iCi. , ou Corpom , parce que leur corps appartenoit au
Maître en toute propriélé. Mais f[ l'on ne faifoit pas difficulté
de placer les efclaves dans la clatTe du bétail , on mettoit en
queflion s'il falloit y iiiicrcr les pourceaux , fed an fitcj
fccudum appellaîicne conùneantur . qimritur , & rcâè Lûhconi
Loi IL ç. Il, placct coiiîiiicri , dit Caïus. La raifon de douter ell , qu'à leur
Dt^.k.t, .j^j^ jçg pourceaux ne pailfent point l'herbe, mais fe nour-
riflént, pour l'ordinaire , de ghuid , d'orge & de grains de
toute efpèce; d'ailleurs, parmi les animaux domeftiques , ce
ionî les lèuls qui ne font d'aucune utilité pour l'agriculture :
aufli étoient-ils odieux à Cérès 6c-inunoiés à cette à<cÇ:*i\Q y
comme le prouvent une infinité de témoignages d'anciens
auteurs. Cependant , dit M. Bouchaud , le lentiment de
Labéon a prévalu, parce que ces animaux vont en troupeaux;
A /■;//'. & c'eft ainli que l'a décidé JuftJnien.
di Lrge Aqurl. ^^ j^^. ^çj^.jjjj^ punilfoit k mauvaifc intention ; fi , par
exemple , quelqu'un , pour faire périr \es abeilles , jetoit du
D(dam.Jll. poiloii fur les fieurs de fon Jardin. Quintilien en a fait le
L6.111.C.1, iujeî d'une déclamation, & Puffendorf traite cette queftion.
^•^- Cette Loi punUibit aulii les fmiples fautes; telle feroit celle
DES Inscriptions et Belles -Lettres. 83
d'un Médecin (& c'efl: i'exemple qu'allègue Juftinien ) qui
auroit mal faigné un efclave , ^u qui lui auioit donné un
médicament mai-à-propos. M. Bouchaud conciud de-là , en
pafîànt, que les Médecins failbient, à Rome, toutes les opé-
rations réfervées aujourd'hui aux Chirurgiens , & que , par
cette railbn , cette prolelHon ne fut exercée , pendant long-
temps, que par des elclaves & des affranchis; c'eft ce que
Cohgers Middleton lui paroît avoir bien prouvé contre
jCaHuibon , Spon & Méad , dans fa Differtation , Je Aledicorum,
apud veteres Romanos coiulitione.
Au relie , fi le Médecin donne fa mort avec mauvailè
intention , c'eft un aflaffm qui mérite d'être puni comme tel.
La Loi Aquilia a en vue ceux que l'impéritie, iiifchia debilis ,
(elon l'exprefFion de Perfe', met dans la claiïe du Médecin * Saiyr. v,
dont parle Phèdre'^', ou de ceux dont Pline'' dit, expérimenta "'^1,/,^ /
per mortes agunt. La Loi veut qu'en ce cas le Médecin loit Fai>. xiv.
puni à l'extraordinaire ^ , mais qu'il loit ablous s'il a Tuivi ^_ / '
les règles de fon art. "^ i-i". vr.
On trouve, loit dans les Loix , Ibit dans Sénèque'^, Ibit 'decfdàvrafd.
dans Ouintilien*^, beaucoup d'exemples de fautes commilès '^ ^'f'- l'i-
& lujettes a la penie prononcée par la Loi Aquiha. /?„/. ^.
Le fécond chef de cette Loi étoit tombé en défuctude * Otd. ;8^.
dès le temps d'UlpJen^, & M. Bouchaud déclare qu il ne '^LoiXXV'll.
nous en relie aucun veltige. Kien nelt donc plus cti'ange Lrc.Arul.
que la peine qu'ont priie plulieurs favans Commentateurs
pour filisfaire une vaine curiofité, & la dépenle d'érudition
qu'ils ont laite pour appuyer quelques foibles conjecluies.
Parmi ces Interprètes on dilliiigue Cujas '\ Cihilîlet ', Byn- ^liParawe.
kershook ^ & Marquard Frcher '. La conjecTiure de CQ hJciiiJ/" "
dernier paroît à M. J3ouchaud plus vrailemblable que celles ' Lil>.l.Hgi,ir.T.
des autres : le fécond chel de la Loi Aquilia avoit pour ^Lii.i.'oljcri'.
objet , le dommage caulé par un quadrupède , & nommé Tr/'/'p
paiiperies. jeu ydij:^ '
Le troifième chef de la Loi Aquilia portoit , dit M. Bouchaud, /' ^"'
«que quicontjue, par mauvaile intention, cm par la laute ,
auroit limplemtul blellé un eiclave, ou un animal tle l'clpèce "
L ij
84 Histoire î>e l'Académie Royale
M de ceux qu'on nomme bétail , ou qui auroil tue ou bleffé
» tout autre animal ; ou qui de quelque manière que ce fût ,
» auroit (Jttcrioré la chofe d'autrui , (oit en la brûlant , foit en
» ia brifant , fêroit obligé de payer au propriétaire le prix
» de la cliofe, en l'edimant fur le pied de la plus grande
» v;;leur qu'elle auroit eue dans l'elpace des trente jours
précédens. »
On ignore fi la Loi Aquilia contenoit plus de trois chefs:
ibiJ. Bynkershook a folidement réfuté Anien , l'interprète du
jurilcon'ulte Paul, qui lui en donnoit un quatrième; &: parmi
ies interprètes , ceux qui font les plus rélervés fe bornent à
dire en général , que vraiiemblablement elle en avoit un
plus grand nombre.
On trouve encore une Loi Aquilia ck' dolo malo , & une
Jjl.nr.AtnM, zxiXxe. de mulââ. Cicéron parlant de la première, qu'il
f //'/ '^J^0£- ''PP*^"^'^ everrïculum omnium viûlinanim , dit que l'auteur Caïus
xiv', Aquilius étoit fon collègue & ion ami ; & qu'interrogé fur
ce qu'il cntendoit par Aolus malus , il répondoit , ciim effet
ûliud funulatum , aJiud aélum; d'où Cicéron conclud , ex om/ii
vitd fimulatio diffimuJaîioque tollciida efl , itn nec , ut emat
vieillis , nec ut vendat , quicquam fiinidabit aitt dijfimulahit vir
bonus. Cette Loi , comme on voit , ell bien portérieure à la
Loi Aquilia , de damno. L'orateur Romain eft le leul qui
h Bnto, pai-je d'une autre Loi Aquilia en ces termes : eodem tempore
tïccujator de plèbe L. Cajulenus fuit , qiiem ego audivi jam
fcneiv , cùm ab L. Sabellio mulâam Lege Aquilia de jufitid
vetivijfer. Ce pafîàge ne donne point de lumières fuftlantes
iur 1 objet de cette Loi ; tout ce qu'on entrevoit , c'efl; , dit
M. Bouchaud , qu'elle prononçoit une amende corvtre celui
qui, fommé de comparoitre devant ie Juge, n'auroit point
comparu. Quelques Interprètes , confondant cette Loi avec
celle <^/^ damno , veulent corriger le texte de Cicéron, malgré
î'autorité de tous les manufcrits ; les autres, plus fages, aiment
nneux diflinguer deux Loix différentes.
CES lNSCRIPTIO>fS ET BeLLES- LETTRES. 8)
Article V.
De la Loi AUiena, de Limitibus.
Dans le recueil des auteurs Agraires de l'antiquité , on trouve
quelques fragmens des loix Agraires. On lit d'abord en titre:
Lex Alannha , Rofcia , Fcducïa , Aliieiia , Fahia : enkiite
paroiiîènt trois chefs de ces Loix; en tête du premier on lit,
K. L. 111 ; en tète du fécond , K. L. IIU ; en ttte du troilième,
K. L. V.Stlon quelques Savans, ces titres particuliers indiquent
le rang que tiennent dans le tiue général les Loix qui y font
énoncées; ainfi K. L. 111 lignifie Capiit Legis tcrtia , c'elVà-dire ,
Peducia, cette Loi étant la troilième dans le titre général , &c.
D'autres pcjilent, au contraire, que les trois iragniens appar-
tiennent à la ieule Loi Alamilia ; ainli K. L. 111 lignine, à leur
avis, Copiit Leg'is ( Mam'il'ia:) tertium, &c. Comme on connoît
avec certitude trois chefs de la Loi Mamilia, tous difiérens des
fragmens en qucftion, M. Bouchaud préfère la première exnii-
cation , &. rapporte ces fragmens aux autres Loix Agraires.
Suivant cette idée, le fragment qui a pour titre K. L. 1111 efl de
la Loi Alliena. Voici la traduèlion qu'en donne M. Bouchaud :
« Si, pour marquer les limites d'un tcrrein , dont on aura fait
le partage, on s'ell fervi de folîés conduits d'Orient en Occi- *
dent; fi, dans le partage du terrein on a mis cette condition , «
que qui cjue ce (oit ne poiirroit fermer de haies ces limites «
tirées d'Occident en Orient, ne pourroit y rien conftruire &. «
n'y rien mettre ; ne pourroit les labourer , ni combler ces «
foliés , ni les boucher de manière que l'eau ne puille avoir «
fon cours; fi , dans la luite , quelqu'un contrevient à ces «
claufes , il fera tenu de payer , pour chaque contravention , ««
quatre lelkrccs aux Colons municijts fur le terrein delquels «
l'inlracUon aura été commile. Le premier de ces Colons ou «
Municipes qui fe prélentera , j)ourra iormcr la demande de «
cette Ibmme. » Limites Jeumusni du texte, efl ici rendu par
limites tirées <l'Oricnt eu Orient. C'cll le nom que portoit
aiicienncment toute limite, quelle que lut la direclion; dans
au mot
Dfcumaitust
26 Histoire de l'Académie Royale
Vo/.Teaw, la fuite on diftingua /imites ileaimanos & cardims ; les pre-
" ' mières tendoient de l'Eft à l'Oueft , Se les lecondes , du
Midi au Pôle repteiiuioual. On dillinguoit auffi limes aâita-
riiis & limes linenrius ; l'une, parce qu'il étoit permis d'y faire
naffer ww chariot ou une bcte de fomme, ager^ )umentum aut
vehicuhm; l'autre, parce que cela n'ctoitpas permis, & qu'elle
jî'avoit même pas la largeur qu'il auroit fallu.
M. Bouchaud convient en finilfint , que , comme il n'a
rapporté ce fragment à laLoi Alliena, que (ur une conjecture
fort légère, on ne lait rien de pofitif, ni fur l'Auteur, ni lur
l'époque, ni fui" l'olijet de cette Loi,
RECHERCHES
Sur la Ville de Lamïa , fur les Maliens , f fur
quelques-unes de leurs Médailles,
LA MI A étoit une ville de Theflalie, fur les bords du
Spercliius , & fur une hauteur , d'oià elle dominoit tout
le canton. Quoiqu'elle ait donné fon nom à une guerre
fiimeufe, elle nous eft allez peu connue, parce que les Anciens
nous ont tranllnis auffi peu de détails à fon égard, qu'à
l'égard des peuples de la conti'ée où elle étoit fituée; ainfj,
& par elle-même , & par les habitans du pays , elle offroit
Lu un fujet digne de recherches : pour le traiter, M. le Blond
fc 14. Février ^ Yé\xYi\. aux lumières que donnent l'Hiftoire & la Géographie,
'''^*' celles que peuvent fournir les Médailles.
Uh.wm. II rappelle d'abord en peu de mots ce que Diodore de
K'JV^.^Ir'^' Sicile a écrit fur la guerre Lamiaque , terminée à l'avantage
d'Antipater , devenu poffelfeur de la Macédoine après la
mort d'Alexandre , qui lui en avoit donné le gouvernement.
La célébrité de cette guerre eft moins due à fa durée qu'à
iês fuites , & à l'importance des motifs qui l'avoient fait
^Entreprendre. Si d'ailleurs elle porte Je nom de Lamiaque ^
tdk, WecheL
DES INSCRlPTiONS ET BeLLES -I-ETTRES. 87
c'eft moins parce que les habitans de Lamia y eurent part,
que paixe qu'elle fut terminée fous les murs de cette ville ,
où Antipater s'étoit rcfugié, fans doute parce qu'il ia regardoit
comme une place de réliflance.
Quoique les Hiftoriens & les Géographes anciens aient
laiHe dans l'obicurité les peuples de cette contrée, par le peu
qu'ils en ont dit, il paroît par quelques traits épars dans
Paufanias, & par les Médailles qui nous relient, qu'ils ont
tenu une place diilinguée dans l'hiftoire de la Grèce. Ils
portoient le nom de Adalieiis ou Aîélieiis , MaiXit7i, MviA/e.î,
diveril:é qui naît de la différence des diaiecT:es Ionien &i
Dorien. Hérodote en parie; il dit même que la contrée qu'il /^'^^ '
nomme A'Ielidc , & dont le nom ne paroît point dans les
meilleures cartes de la Grèce , eft fituée lur un golle lujet
à un flux 0<. reîlux continuel. La plaine qui entoure ce golfe,
tantôt vafte & ipacieulè , tantôt plus étroite, ell bordée de
montagnes élevées & inaccelfibles dont toute la contrée
nommée A4cîïdc efè en\ ironnée, 7rée^x,Avi?( /îcffDtv 'ûnù MviA;a<5^
•ÇÂv. ' Strahon dit ^ qu'après la Macédoine, on trouve les * llid.i^S.
Thcïfaliens , cjiii s'étendent jufqu'aux Maliens, y^e^' MctX/Effi-, *■ ^'*- ^^^^'
& aux autres peuples (jui habitent au-delà &: en -deçà de
i'illhmc. Etienne de Byzance dit que les Maliens font des
peuples de la Thelîalie , MviA/Ss oi \v ©HTlotAiçc j Scylax les
place après les habitans de la Phocide ; Thucydide les partage /,/,, ///^
en trois, les Parnltcus , \cs> Hiéricns &. \ts Trochhùcns , MvAfê/s P- -> s- '•i>'-
01 ^vfj.Tntfxi; u<n [xiv TdJct /iép, Oa^^si, Tefio?, T^yinoi. Leur
contrée qu'Hérodote appelle MéliJe, M/A/s , elt nommée
par '^l'ile-Live, ager Aîûlienfis. ^ Paufanias ^ nous apprend 'Liv.XLll,
que lors de l'expédition des Gaulois en Grèce , les Maliens ''' ;fi\ .
hirent forcés par Brennus de jeter un pont lur le Heuve cxxi.xxiu.
Spcrchius , &. qu'on fit un fi gr;iml carnage des Gaulois,
après qu'ils curent repaffé te fleuve, qu'il ne i'tiii làuva pas un
feul. Long-temps auparavant Hercule , à la tète des Maliens ,
tua Phylas, roi des Dryopes , qu'il challa de leur pays pour
le donner aux Maliens : ce fait attelle par DioJore de Sicile, LiyJV.
ftroii remonter aux temps liibuleux l'origine de ces peuples.
88 Histoire de l'Académie Royale
Quelle ctoit leur ville capitale î c'efl fur quoi l'HiftoIre
nous lailïë dans l'incertiuide. M. l'abbc le Blond ne connoîl
qu'Etienne de Byzance qui parle d'une ville nommée Ma.\iivi,
laquelle auroit été la capitale des Maliens ; il aime mieux
Scj^LixC'jyjari.-/. s'en rapporter à Scylax , qui leur donne Lamia pour ville
principale, 'é^ Si MaAiei^cTiv « -Tr/xïTj) ttoA;; Aa^tiict,. Voilà,
Phndc. Cl . (ans doute, pourquoi Paiilanias donne le nom de Lamiaque
r-yfS,':'^"- ^^, golfe q^g les autres Écrivains nomment Maliaque , «rre?
TV Ka.ix,ia.yJ6 yjqXtc'i^. Amafa^us, tradudeur de Paufanias , &
après lui l'abbé Géd,oyn, ont cru que c'étoit une faute; mais
Attie.c.iv, en deux autres endroits Pauknias donne le mcme nom à ce
^ÀcUâ c.xv,go\ïe. Par une raifon pareille, Straboa appelle Alaliaque \z
V-ssS- célèbre guerre d'Antipater dont o\\ vient de parler, &. que
Ub.X.i'.^fg, les autres nomment Lamiaque , cV tç/ M*A(a.x,^ 'vnXi.u.u.
Cette confufion de noms qui m.pntre que les habiians de
Lamia ne doivent pas être diflingucs des Maliens , paroît
aufll fur deux Médailles publiées par M. Pellerin, & qu'on
voit ici , ti.°^ I & 2. La première prélenie une tète de
Bacchus couronnée de lierre ; au revers , \x\\ vafe à deux
anfes , furmonté d'une feuille de lierre, & à la droite, un
plus petit vafe à une anfe , avec la légende AAMIEflN.
La féconde Médaille efl fi femblable à la première, qu'on la
croiroit fortie du même coin, fi elle n'en différoit par la
légende MAAIE^N au lieu de AAMIE^N.
Après avoir ainfi établi l'id.entité des Lanùens 5c àts
Maliens , la différence dans la dénomination ne venant que
d'une tranfpofition de lettres dont on a plufjeurs autres
exemples daixs ôiQS noms propres , M. l'abbé le Blond rappelle
quelques médailles déjà connues, qui appartiennent à ce
peuple , avant de leur en rellituer d'autres qu'on a voulu
fui enlever.
Celle qui porte le v." j dans la planche, a été auffi
P«;;/'«^^ ''■''''• publiée par M. Pellerin. Les lettres AA qui paroiflent fur
U,yLjcxvn. ^^^^ ^A^^ ^^^^ j.^ ^^^^ ^g Vénus, pourroient la faire attribuer
aux Lacédémoniens , parce que leurs Médailles portent aulîi
les mêmes ietti'.es; mais le vafe du revers qu'on n.e voit
point
DES Inscriptions et Belles -Lettres. 8^
point fur les Médailles de Lacédémone , & qui efl à-peu-
près femblable à ceiui des deux Médailles précédentes , lait
penfer à M. l'abbé le Blond qu'elle efl de Lamia : il porte
le même jugement de la Médaille //." ^, qui eft dans le cabinet
du Roi.
M. Dutens (a) a publié un médaillon d'argent gravé dans
la planche ti." ^ : on y voit d'un côté la tête de Minerve
cafquée ; de l'autre , Hercule en repos , avec les deux lettres
initiales AA , qui , au jugement de ce Savant , délignent
Lacédémone. On ne peut plus écouter les Antiquaires, qui Mem.de rAti
ont avancé que les Lacédémoniens n'ont jamais fait frapper éTiyi.
des monnoies d'or ni d'argent , depuis que M. Pellerin a
donné trois Médailles d'argent de Lacédémone , choifies
parmi fept qu'il pofTédoit ; mais M. l'abbé le Blond trouve
trop belle la fabrique du médaillon de Al. Dutens , &: le
delfin trop parfait, pour pouvoir l'attribuer à une ville où
les arts ne tirent jamais de grands progrès , même depuis
que les loix de Lycurgue celsèrent d'y être rigoureulement
oblervées. Les loix de la critique lui paroilfent la revendiquer
pour Lamia , dont on a plulieurs Médailles , qui , par la
beauté de leur fabrique, atteftent l'opulejice & la célébrité
de cette Ville; il voit les Lamieiis ou A4aliens dans le
médaillon d'argent du //." 6, avec la légende MAAIHN; Prller. Pcapl,
on y remarque un point de refiémblance en ce qu'il reprélente ./. xxvTi *
une tête de Minerve cafquée, ainli que celui de M. Dutens, "' jo.
& qu'il efl à peu-près de même fabrique.
On lait que Minerve étoit honorée en Theffalie & dans
le territoire des Lamiens comme ailleurs ; elle y avoit même
reçu le nom <XItotiia , du mont Itonus , & près de la ville
de Trachiiie elle avoit un temple enrichi par les offrandes
de fes atlorateurs. v, s,ral. l ix.
Quant au type d'Hercule en repos, il s'accorde très-bien i'-fis-^f""!-
avec ce que la tradition , ou plutôt 1 Hiitoire labuleuie, nous a
(a) Fxjilicaiion de f|uclquis Médailles de Peuples, de Villes & de Rois,
Crectiucs ik Phéniciennes. Loiidus , i77î.
Hill Tom XL, M
«)o Histoire de l'Académie Royale
tranfmis des exploits de ce Héros en TIiefTalie, & particu-
lièrement chez les Maliens. C'efI l'iir le mont Œta qu'il
termina (a gloricufe carrière; c'ell avec le fecours des Maliens
réunis à d'autres peuples voifins , qu'il défit Eurytus roi
Voy. A}wllod. d'Œchalie, &. triompha des Dry opes; c'efl dans leur contrée
Pmj'im.M'pil qu'étoit une ville connue fous le nom diHeracJeaTrachuna:
p.2Si;Hmd. 1;^ yille de Lamïa paflë même pour tirer Ion nom de Lamius ,
irjsj.DioJ, nls d Hercule.
}*^i-2. L'identité des Maliens & des habitans de Latn'ia femble
encore à M. l'abbé le Blond , confirmée par la comparairoii
d'une Médaille d'argent du cabinet du Roi , avec le Médaillon
du //," 6. Sur cette Médaille , //." y, paroît d'un côté , la
tête de Minerve , comme fur le Médaillon ; & de l'autre ,
un fruit allez lemblable à une grenade , au milieu d'une
couronne de laurier, avec la légende MAAIflN AT2ANIA2,
où le dernier mot ell un nom de Magillrat.
Le P. Hardouin , qui a donné la defcription de cette
Médaille, ou d'une femblable, l'attribue à l'iie de Mélos ;
M l'Mé un Savant , dont l'autorité eft , pour M. l'abbé le Blond ,
£iv,!hékm)>. j'ijj^ pji^jj grand poids, penfe de même, & croit, i." que
le mot ixaiXim eft écrit pour ixvXim , l'H étant changé en A ,
fuivant le dialeéle dorique : 2." que la légende SHSAPXO
que porte le Médaillon du n." 6, défigne deux mots abrégés,
dont l'un eft le commencement du nom d'un Archonte, &
l'autre, le titre même d'Archonte, comme par exemple,
SnSOHNOT AI'XONTOS.
M. l'abbé le Blond répond que , jufqu'ici on n'a point
connu de Médailles d'argent de Mélos; que fur toutes celles
de bronze qui appartiennent à cette île , on lit conftamment
MHAIHN ; qu'aucun Auteur ne l'a défignée par le nom de
MotAo$ } qu'Hérodote , Thucydide , Etienne de Byzance ,
Diodore de Sicile , Plutarque , le Syncelle , Hélychius , le
Scholiafte de Denys le Periégète , ont toujours inviolable-r
inenî employé le mot de MviAo,- en parlant de cette île ; que
pour le fens qu'on donne à la légende , il laudroit d'abord
DES Inscriptions et Belles -Lettres. pi
prouver qu'il y avoit des Archontes à Mélos ; que le tiire
d'Archonte fur les Médailles eft indiqué par abréviation
feulement avec les trois lettres APX; que c'efî ainfi que dans
la lifte nombreufe des Médailles données par Vaillant , à
l'article Urbiuin Magiflraîus , le titre à' Archonte eft exprimé
& une feule fois en toutes lettres ; qu'il eft fans exemple que
le nom propre d'un Archonte ait été marqué en abrégé fur
\ts Médailles; enfin, que dans le mot "Zoùncf-^ il n'y a ni
intervalle ni point entre le 2 & l'A , ce qui montre ailez
que c'eft un feul mot, non l'abréviation de deux.
M. Dutens , outre le beau Médaillon d'argent qu'il attribue
à Lacédémone , 6c dont on a parlé , en a donné un autre
qu'on voit ici , n° 8 ; il reprélente d'un côté , un archer
armé d'un arc & d'un javelot; de l'autre, Hercule étouffant
le lion , avec les lettres MAA , qui , félon M. Dutens ,
défignent la ville de Mallus en Cilicie. Il y a un femblable
Médaillon dans le cabinet de Mylord Pembrocke , mais p^^,^ jj
apparemment moins bien confervé, puifqu'on n'y remarque '•it./j»
point de lettres.
M. l'abbé. le Blond revendique encore ce Médaillon en
faveur des Maliens, d'après la comparailon qu'il en fait avec
deux autres Médailles; l'une en bronze, du cabinet de
Pembroke, montre d'un cûté , la tête de Minerve calquée, rart,lI,id._2oi
& au revers, un Archer nu tirant de l'arc, devant lequel efl
une maffue avec la légende , MAAîEIÎNi l'autre, indiquée
par le «." ^, eft du cabinet de M. Pellcrii!, &. a pour type,
un Archer nu tirant de l'arc , le genou droit en terre ,
avec la légende AAMIEHN. De la reffemblance de ces
types , M. l'abbé le Blond conclut que la légende MAA du
Alédaillon de M. Dutens dédgne les AliiHcns ou L<imiciis ,
dont le nom eft marqué très - expreffément fur les deux
autres Médailles.
Le tvpe de l'Archer convient fort bien à ces peuples :
Thucydide atlefte (jue les Béotiens, dans inie guerre cju ils jjh.n'.e^u.
eurent à fouttnir contre les Alliéiiiens, firent v( nir du golfe ('•"'«/w ly,
M ij
çi Histoire de l'Académie Royale
Maliaqiie, des Archers & des Frondeurs. On peut volraufiî
'Aiik^.xxiii, l'obfervalion que fait Paufanias iur les Maliens.
Le médaillon dont il s'agit porte pour contre-marque , la
vache, d'où M. Dutens conclut qu'il a été frappé à Malius
en Cilicie, parce que ce fymbole étoit la contre-marque dont
cette ville faifoit ufage.
C'eft précilément la conféquence oppofée qu'il failoit tirer,
félon M. l'abbé le Blond; car fuivant l'opinion de M. Pelleriji,
laquelle paroît la plus probable de toutes celles qui ont été
propofées, une ville contre-marquoit du fymbole qu'elle avoit
adopté , les monnoies étrangères , pour leur donner cours
dans le commerce & l'ufage , concurremment avec les fiennes.
iVoilà pourquoi on voit la mcme contre- marque fur des
monnoies frappées dans des lieux très-différens & trcs-éloignés
les uns des autres , parce que la Ville où le commerce les
avoit introduites , les adoptoit , pour ainfi dire , en y impri-
mant fon iymbole. Or, le Médaillon de M. Dutens porte,
à fon avis, pour contre - marque , le lymbole de Malius en
Cilicie : donc il n'avoit pas été frappé dans cette Ville, iï
lui étoit étranger; donc les lettres MA A, dont il eft chargé,
ne défignent point la ville de Malius.
M. l'abbé le Blond auroit pu s'eji tenir là ; mais loin de
croire que la vache fût la contre-marque de cette ville de
Cilicie, il penfe qu'elle appartient à Cyzique dans la Pro-
pontide , ville ancienne , riche , commerçante , ornée de
temples magnifiques , d'un prytanée , de gymnafes, de théâtres ,
de ftades, où des jeux & des fêtes, de même que le com-
merce , dévoient attirer beaucoup d'étrangers. Proferpine en
étoit la divinité principale , à laquelle on lacrifioit une vache
» Dt Bello noire dans le temps de fa fête. Appien " & Plutarque ^ rap-
^^"'"'' portent même à ce fujet un trait merveilleux. La vache efl;
^hLuculb.^^ type de quelques Médailles connues de cette Ville : on
la voit fur deux autonomes de bronze, dans le cabinet de
M. Pellerin , fur deux de Marc-Aurèle, & fur une de Dia-
duménien , décrites par Vaillant. Il y a donc lieu de croire
que ia vache étoit le lymbole dont elle fe lervoit pour contre-.
If^l
\vi
I "'"'//.lur.r.ir./ .(u^
DES Inscriptions et Belles -Lettres. p^
marquer les monnoies étrangères qu'elle adoptoit, pour leur
donner cours avec les Tiennes fl>J.
Quoi qu'il en foit , M. l'abbé le Blond croit pouvoir inférer
des obfervations précédentes , comme une conféquence très-
probable, que la ville de Lamia étoit la capitale des peuples
nommés Maliens ; que ces peuples ne doivent point être dillin-
gués des habitans de Lamia; enfin , que les deux Médaillons ,
dont M. Dutens attribue l'un à Lacédémone , l'autre , à Malins
en Cilicie , appartiennent plutôt à Lamia & aux Maliens.
ÉC LAI RC I S S E M EN S
SUR
QUELQUES MÉDAILLES
DE Lacédémone, d'Héraclée et de Mallus;
En réponfe au Mémoire de M. l'abbé le Blond.
LES raifons déduites par M. l'abbé le. Blond dans le Lu
Mémoire précédent, n'ont pas paru à M. Dutens, aHez '^ 3' ^^""^
iorles pour le détacher de Ion lenliment ; ce qui le déter-
mine même à perfifter dans l'opinion que le beau Alédailloa
d'argent (n." i de cette planche ) , a été Irappé à Lacédémone,
fous Agéfilas , cinq cents ans après Lycurgue , c'efl qu'il le
tient, avec plufieurs autres Médailles, « de la famille Ruzini
de Venife , dont un des ancêtres avoit été Gouverneur de la „
Morée, d'où il l'avoit apporté. Or, ajoute-t-il , c'ell une règle <«
généralement reconnue que le lieu où fe trouve une Médaille, «
indique qu'elle appartient à quelque Ville des environs. »
M. Dutens trouve un argument invincible en fi faveur ,
dans un autre Médaillon en argent (n." 2) du cabinet i\\\ Roi.
M. l'abbé Barthélémy ne doute pas qu'il n'ait été frappé à
Lacédémone , de même que le précédtJit : c'elt près île cette
(h) Les Chinois contrc-marquent encore aujourd'hui les pièces de fabrique
CtMngèic qui oni tours dans le coinmtrcc de Cunloii.
5>4 Histoire de l'Académie Royale
iVille qu'il a été trouvé, &: apporté de- là par M. l'abbé
Fourmoiit, avec cent autres Médailles en bronze & en argent:
or il eil de même fabrique que celui de M. Dulens, du nicme
poids, avec le mcme type de Palias debout d'un côté, &
de l'autre , vme tête de Roi , comme le prouve le diadème.
Il ne s'agit pas de rechercher fi cette tcte efl: de quelqu'un
des rois de Lacédémone , qui ufurpèrent l'autorité fouveraine
dans cette République , ou de l'un des rois de Macédoine ,
qui s'emparèrent de Lacédémone; il fuffit que ce Médaillon »
outre les traits de reffemblance dont on vient de parler , ait
encore celui des lettres A A , telles qu'on les voit fur toutes
les Médailles de Lacédémone, c'ell-à-dire , de chaque côté de
la figure ou du type du revers; ce qui, félon M. Dutens, eft
une oblervation effcntielle.
D'autres que M. l'abbé le Blond ont encore objeélé que,
jufqu'ici, le type d'Hercule en repos ne s'ell: jamais vu fur
les Médailles de Lacédémone. M. Dutens répond , que
fouvent on trouve des Médailles de Villes avec des types
qu'on ne connoiffoit point encore; il donne pour exemple,
la Médaille d'or f/i." jj d'Héraclée, ville de la grande
Grèce, entre Tarente & Métaponte : elle appartient au Roi,
& a été acquifè à Naples , par M. l'abbé Barthélémy ; on y
voit d'un côté, la tcte de Minerve; au revers. Hercule en
repos , avec une légende dont ne paroiffent plus que les cinq
dernières lettres de HPAKAHinN. Or, on a une très-grande
quantité de Médailles de cette Ville avec la tête de Palias,
mais toujours avec la figure d'Hercule debout. Avant celle-ci ,
on n'en connoilfoit aucune où ce héros fût repréfenté en
repos. Elle porte le même nom de Magiflrat ç/A , qu'on voit
fur une autre Médaille d'Héraclée , avec une lettre de plus ^
4>IAn, & le nom des habitans de cette Ville.
Quant à la Médaille du //." ^, où paroît Hercule d'un
côté, & un Archer Perfan de l'autre, M. Dutens perfide
à croire qu'elle eft de Mallus en Cilicie , déiîgnée par les
lettres MAA. «La contre-marque, dit-il, eft la même que»
» celle qui fe voit fur les Médailles de la Cilicie; la figure d'ut»
Eut de LUcaJ des B L Tojru XL Pcujeg^
Ko.' J/iuuv Ltui. Tiutnu-
K.v Jitu-^e Chri.l-^y^R^ù
m
Vf
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Ka' ^tffc'tV /^. Pucn^'
K. 1 . »/«.'<•.• . 'hrvt r~~ A Vf .
DES Inscriptions et Belles -Lettres. 95
archer Perfaii fur la monnoie d'une Ville faifant alors pai-tie .,
de l'empire des Perles , n'a rien qui ne s'accorde bien avec «
celte interprétation. » Il en place l'époque au moment de la
conquête de cette contrée par Alexandre, pour accorder le
type Grec avec le type Perfan , ce Prince, pour fe concilier
i elprit des Perfes, atiëdant de fe rapprocher de leurs ufages.
C'étoit en effet les flatter , que de permettre qu'un des types
de la monnoie de Darius lût admis fur la monnoie d'un
pays qu'il venoit de conquérir.
L'Archer qui fcrt de type à des Médailles de Lamia eft,
félon M. Dutens , bien différent de celui qui paroît fur le
Médaillon du «." ^; la robe & le bonnet Perlan qui carac-
térifent l'Archer de ce Médaillon, ne permettent pas, dit-il,
d'en chercher l'origine ailleurs que dans une province de Perfe.
Le type d'une Médaille du Roi, /// j, rellëmble à celui du
Médaillon, & la Médaille appartient bienfûrement à la Perle.
La contre-marque connnune aux /;." ^ e^ f, eft gcnéra-
iement reconnue, ajoute M. Dutens, pour tire celle de la
Cilitie. « Elle fe trouve fur la Médaille Phénicienne de Taife
que j'ai publiée, & hir plufieurs Médailles du cabinet du «
Roi, 8c de celui de M. Pellerin, qu il dit lui avoir é\c ^^ P,upl.irVilJ.
apportées de Cilicie. » La vache ciui lert de contre-marque z^^^'';^; <^^-^^^'
ajOUTC-l-11 , IjU Clic lin yaj v-i^ ^v,..„^ ,-.-^ __,— j- — ,
puifqu'on ne parloit pas Phénicien en cette Ville. Si l'idce de
M. l'abbé le Blond, expolce dans î'analyfe précédente, e(t jufte,
ik le caradcre Phénicien &. la contre-marque prouvent à la fois,
que cette Médaille n'a pas été frappée à Cyzique , parce que
celte Ville n'auroit pas contre-marqué Ces propres monnoies ;
mais la vache qu'elle porte pour contre- marque n'e(l point
wne preuve qu'elle n'ait pas été contre- marquée à C)zique.
M. Dutens finit par rappeler l'obfervation qui prouvcroit direc-
tement que la Médaille, //." ^, n'a pas été frappée .à Ltiniia ;
c'cll que l'archer Perlan, type des Dariques, (pii dcnote une
fclaliou avec la Perle, cil ablolumcnt étranger à celte Ville.
^6 Histoire de l'Acadiîmie Royale
RECHERCHES
SUR LART D U PLO NG EU R,
cher les Anciens.
DANS un Mcmoire précédent, M. l'abbé Ameilhon s'efî
occupé de l'exercice du Nageur chez les Anciens ; il
y a fait voir les avantages qui réliiltent de cet exercice , foit
pour la fànté & la conlërvation des particuliers, (oit pour le
bien général de la Patrie. Dans celui-ci , qui eft une fuite
naturelle du premier, il s'eft propofé de traiter des anciens
Plongeurs.
Pour mettre de l'ordre dans ce fujet, M. l'abbé Ameilhon
expoië d'abord les (èrvices que ces hommes utiles rendoient
à la fociété; il montre enfuite à quel point ils excelloient dans
leur art ; enfin il détaille les divers moyens dont ils faifoient
ufage pour fe rendre facile l'exercice de leur profeflion, & pour
fe garantir des accidens auxquels ils étoient fouvent expofè's.
I. Après avoir rappelé les diverles expreffions dont les
Grecs & les Latins (ë fervoient pour déligner l'aclion de
plonger , M. l'abbé Ameilhon remonte à la nailfance de cet
Art, qui lui paroît être très- ancien.
En effet, dit-il , l'art du Plongeur doit avoir la même
origine que l'exercice du Nageur ; il n'ell pas poffibie de
bien nager fans lavoir plonger paflablement ; auffi Théfee
qui , comme tous les Héros de l'antiquité , avoit appris à
nager dès fon enfance , étoit-il un habile Plongeur.
Infenliblement cet exercice fe perfeélionna ; il y eut àes
hommes qui s'y adonnèrent plus que les autres , & il devint
une profeffion particulière: elle fut très-utile, d'abord pour
la pêche ; dans la fuite , lorfque l'appât du gain eut excité
les commerçans à courir les mers , les Plongeurs fuienÈ
employés au fervice de la Marine , & à retirer du fond des
eaux les effets lubmergés ; enfin quand les hommes eurent
eotrepris
DES Inscriptions et Belles- Lettre?. 5)7
entrepris de fe faire k guerre fur mer, les Plongeurs furent
plus utiles que jamais, & leur proteflicn acquit un nouveau
degré d'Importance. Tels lont les principaux fervices que ies
Anciens retiroient de l'ai't du Plongeur. i\l. l'abbé Ameilhoa
entre dans quelques détails fur chacun en particulier : nous
le fuivrons en l'abrégeant.
Les Plongeurs étoient néceflîiires pour la pcche, fur-tout
dans le temps oi!i Ton n'avoit point encore inventé de
machines pour prendre le poiùbn. Les Iclhyophages , au
r.ipport de Pline, ne pèchoient pas autrement qu'en chalfant
le poifToii dans l'eaii & en le fiiliffant avec la main ; aulîi
rernarque-t-il que ces Sauvages nageoient comme des poilions,
iru maris anmalia. Long- temps mcme après que les lignes Pl'ui.'iil.Vl,
& les filets eurent été inventés, certaines pêches fe faifoient ^fcm'hiJrZini
encore fuivant la méthode àçs Iclhyophages; c'efl ce que ''s.adijbmt
ie lecteur peut voir dans la defcription qu'Oppien nous
donne de la manière dont on pêchoit de fon temps quelques
efpcces particulières de poilfons. Enfin , il a toujours été
très-difiicile de le pafîèr du fecours des Plongeurs pour faire
la pêche du corail, des éponges, delà pourpre, des huîtres,
des perles, & des autres productions marines.
Le corail étoit fort recherché des Anciens, &: fur-tout
des Gaulois, qui en faifoient àfis poignées d'épées, &: qui ^^''■■'■'^''^''^^1,
en ornoient leurs cuirafTes &. leurs boucliers. Cette produclioa
marine, qui a pafîc long- temps pour une concrétion pier-
reufe, ou pour une plante, Se qu'on a reconnu n'être que
i'afyle d'une multitude de petits infedes aquatiques, fe trouvoit
dans Içs environs de lu Sicile, fur les côtes de la Camjxmie,
dans les golfes Arabique &. Perdque; mais le pli., eflimé (è ■//•i.
pêchoit dans le voifinage dçs îles Stœcades , aujourd'hui les
jlcs d'Hières : celui qu'on pêche aéluellement dans la mer
de Provence e(l encore ^n réputation , & on le travaille 'V- ''■^Sfe*
avec beaucoup de goût à Mari^ille. ^.^!''^''"''''*
Les Anciens le pêchoient comme on fait encore aujourd'hui;
ils en accrochoient avec i\ç$ fdets les branches qui tiennent
aux rochers , & il y avoit toujours des Plongeurs prêts 4
/////. Tome XL. >_
^8 Histoire de l'Académie Royale
aller retirer du fond de la mer les morceaux qui cchappoicnt
après qu'on ies avoit détachés ; Ibuvent on étoit obligé de
déraciner le corail avec des ferrcmcns ; alors c'étoient des
Plongeurs qui faifoient cette opération. On employoit à cette
pêche un grand nombre d'hommes, parce que le corail formoit
une branche de commerce confidérable ; ce commerce aug-
menta beaucoup lorfqu'on eut remarqué que les Indiens
pji^^j j^'jjjj^ Machoii^nt , comme ils font encore maintenant, un grand
(• 11- prix au corail , ôc qu'ils donnoient ce qu'ils avoient de plus
précieux pour s'en procurer même une petite quantité.
La pêche des éponges occupoit auffi beaucoup de Plon-
geurs. Les Anciens faifoient une grande confommation
d'épongés , parce qu'ils les employoient à une multitude
d'ufages domefliqucs.
■yipldus Je re Commc ils mangeoient fans nappe, ils s'en fèrvoient pour
coqumariû.i.l, gf^^iyçi- j^j tablcs à chaque (ervice: il y en avoit une elpèce
cap. XXVI; J „ ,, -rr r r > • r • - • i
iVll.c.xvi, tres-nne & dun tillu tort lerre, qui lervoit a garnir les
cafques & les bottes des gens de guerre, ce qui lui avoit
'A-'rii} fait donner le nom de dronfos AvîMeloç.
Anmu iib.V. Ait. / • "^ I I A- m -I
t. XVI. La pèche des éponges etoit une des plus climciles, parce
qu'il falloit les aller chercher dans les cavités des rochers.
UiW,, Arillote obferve qu'on donnoit la préférence à celles qui fe
pêchoient dans ies endroits les plus profonds de la mer.
Cette pêche ne fe fait encore aujourd'hui que par d'habiles
Ploftgeurs. Si l'on en croit les voyageurs , c'ell par la pêche
des éponges qu'on parvient au mariage dans une île de
l'Archipel qu'on nomme aujourd'hui Nkarie , & qui eft
l'ancienne Icarie ; ies files y font la récompenfe de ceux
qui relient le plus long- temps au fond de l'eau , & dont la
pêche eil la plus heureufe. Cet ufage vien^de ce que les
Dki duComm. habitans de cette îie , pour acquitter ie tribut qu'ils font tenus
«« mor éponge, de payer au Grand-Seigneur, doivent fournir une certaine
f^'f'/" '^''''°' quantité de cette produélion marine.
ce L^eir.ery. 1 i \ \ . n • r r
,, . . Onpien eft entré dans des détads circonltancies lur cette
Upytan, de il /- i i ■ n
r^cmne.iv, efpèce dépêche, &; lur les dangers qui 1 accompagnent.
edcakon. y^^ Piougeurs étolcnt auffi employés à tirer du Ibnd de la *
DES Inscriptions et Belles -Lettres. (jp
mer un grand nombre de productions de différentes efpcces
qui entroient dans le commerce. Thcophrafte nous apprend Salm. ex-rdr,
qu'ils V alioient chercher une forte de fucus ou d'algue P^''-P-"'t<^*
marine , qui lèrvoit ù teindre les étoffes en rouge : on en
pèchoit beaucoup dans le voifmage de Crète ; on donnoit
la préférence à celle qui fe recueilloit lur les rochers de la
partie fêptentrionale de cette île.
11 y avoit fur les côtes de Calcédoine, une île nommée
Démonèfe , où des Plongeurs étoient employés à exploiter À Rid. Bfnik!»
une mine de cuivre qui fe trouvoit fous l'eau. La pcche des ^'"°'"; ^''^^""'
petits coquillages qui produiient la pourpre , le lailoit aum w-/.'
par le moyen des Plongeiu-s. Enfin , ies Naturaiifles Jes
employoient pour aller au fond des eaux leur chercher des
poilfons , des coquillages , & d'autres fubltances marines dont
ils dehroient étudier la nature. Lorlqu'Alexandre voulut
qu'Ariltote composât fon grand Ouvrage lur les animaux,
il lui alfigna un certain nombre de Plongeurs qui avoient
ordre de lui fournir toutes les curiofités naturelles qui ne fe
trouvent que dans le fein de la mer. Théophrafle rapporte
dans lès Ouvrages plufieurs fingularités lur les plantes marines ,
dont il avoue devoir la connoilîànce à des Plongeurs.
Ceux qui s'occupoient de la pcche des huîtres étoient LLJ. xvr,
déjà fort connus du temps d'Homère : ce Pocte en fait men- ^•74' (^/""^
tion lorlqu'il décrit le combat de Patrocle & d'Heélor.
Les perles ont toujours été regardées par les Anciens,
comme une des plus précieufes produélions de la Nature;
non-leulement elles faifoient partie de la parure des riches,
mais par un rafinement de luxe très-ridicule, on en fervoit P'!'i. ril. IX,
dans les repas comme un mets rare. Les plus belles perles le ' *
pcchoient dans le fein Perfique, &. aux environs de i'île de
Taprobane, qu'on croit être Ceylan. Anlan. Ptrq'l
Ces pêcheries , cjui foutiennent encore leur ancienne '•""^«^y''*"'»
réputation , occiipoicnt un grand nombre de Plongeurs,
Philollrate , li connu piu" Ion goût pour le merveilleux,
raconte , lur la manière dont le lailoit ia pêche des perles
ddïVi un canton de la mer Indienne , des particulaiûtés qui
N ij
^
'loo Histoire de l'Acad£mie Royale
plwiiiB'ihl.PM'- ne dcmentent point fou caracfltre. « Ceux, dit-il, qui font
(oi.iuob'. „ employés à cette pêche, defceiideiit dans l'eau, munis d'une
» placjue de fer , & d'uil vafe rempli d'un certain onguent ou
>• parkim ; ils vont le placer dans un endroit oiJ ils voient
" beaucoup de cette efpèce d'huitres qui contiennent les perles :
» ces huîtres , excitées par l'odeur de la drogue que répandent
» les Plongeurs, s'entr'ouvrent , & bientôt elles en (ont enivrées:
" alors les Plongeurs piquent l'animal avec un ftilet; il fort
» de la bleiïure une liqueur que ces hommes reçoivent dans
» de petites cavités creufées dans lépaiflèur de la plaque de
»» 1er qu'ils portent avec eux. Cette liqueur reçue dans ces petits
inouïes , s'y durcit en forme de perles. »
Il n'efl; pas néceffaire d'infifler (ur l'abfurdilé d'un pareil
récit; M. l'abbé Ameilhon obferve leulement qu'il pourroit
p.mUnaexnc. j^j^^j^ ^jj-^^. [|^,^ origine d'im ufage qui , comme le remarque
"toi. :£, Saumaile, s'oblerve dans les pays où (e pèchent les perles,
&;qui, peut-être fe pratiquoit aulli chez \^s Anciens.
Lorfque la récolte des perles efl faite, on les diftribue en
différentes claffes , fuivant leur grofleur. Pour abréger l'opé-
ration , on les fait pafïèr fucceffivement par des efpèces de
tamis de cuivre , qui font percés de trous de difïérens
diamètres.
11 ne feroit pas étonnant qu'une manoeuvre aufTi fimple eût
été connue des anciens peuples de l'Inde; il le feroit encore
rnoins qu'un voyageur peu intelligent , voulant fe faire
înflruire par les gens du pays, de l'ulàge de ces inflrumens
deflinés à fixer la grofTeur des perles , eût mal entendu ce
qu'on lui en diloiî , & qu'il les eût pris pour des moules
■ propres à former des perles. Cette conjeéture n'a rien , ce
femble, qui choque la vraifemblance; nos Voyageurs modernes
fourniroient, s'il étoit nécelîàire , plus d'un objet de compa-
railon qui lerviroit à la juftifier.
En général , les Anciens n'ont eu que des idées fort
confufes fur la nature des perles , &: fur la manière dont
elles fe forment. Il feroit auffi inutile qu'ennuyeux, continue
M. l'abbé Ameilhon, de recueillir ici toutes les rêveries
DES Inscriptions et Belles -Lettres. ioi
qu'ils ont débitées fur cette matière : ce qu'ils ont dit fur
l 'emprelfement avec lequel le luxe faifoit rechercher cette
production de la mer, & iur ies dangers auxquels s'expoloit
tous les jours un grand nombre d'hommes pour fatisfaire la
vanité de quelques riches , paroît beaucoup plus raifonnable.
.Voici comment Manilius entr'autres, s'eft expliqué à cefujet :
« Il n'elt rien, dit ce Poète, que l'avidité du gain ne fafîè 'ManHwsi.V.
entreprendre aux hommes ; le naufrage même ell devenu "'V^'/^"^*
lui nouveau moyen de s'enrichir , quajlus naufragio petitur : ^'^
fuuvent on tll obligé d'aller chercher au fond des eaux le «
corps du malheureux Plongeur, avec la proie dont il sert «
faili. »
Pline tient auffi un langage qui n'efl: pas moins énergique.
«« Ce n'efl point alfcz, dit-ii, en parlant des Plongeurs employés
à la pcche des perles, ce n'elt point allez que iios femblables «
s'expofent aux plus grands périls pour nous procurer de la ««
nourriture, il faut encore qu'ils les affrontent pour nous «
vttir , tant nous avons de plaifir à nous voir le corps tout «
cowvert d'orncmens qui font le prix de la vie de l'homme 1 »
Parum ejl , tiifi fjUi rcfcimiir peiiadis , ct'uim vepiatmir , adcù «
pcr totum corpus aniwâ Iwiuiiiis quafita maxime placent. »
Les pécheurs de perles couroient de grands rilques, fur-tout
<ie la part i^L^i chiens marins , qui font fort communs dans
les endroits où fe fait cette pcche. On iuppolbit alors que
ces animaux avoient une affeélion particulière pour les perles,
6c que celles-ci conduites par une forte d'inftincl , fe réfu-
gioient auprès des requins , pour échapper aux recherches
des pécheurs.
Cédrénus , qui étoit aufîî mauvais naturalifte que crédule CtJren. 1. 1,
hiflorien , rapporte à ce fujet une hifloire dont on efl fort ^A^'-*^-^,.*^-^-'''^'
tloignc de garantir la vente, oc qu il faut lire dans l'ouvrage /V^/.yi-/.
même de ce Moine. ^_
Quoi qu'il en luit, la pcche des perles palToit communé-
ment pour cire fi dangereufe , que dans certains pays , on
condamnoit à ce travail les gens qui avoient mérité la mort;
t'tfl ce qui, fuivant l'auteur du Périple de la mer Érythrce , ,;.^j£^S{
102. Histoire de l'Académie Royale
le praliqiioit clans un pays fitué fur le promonioire Je Ja
prefqu'île de l'Inde appelé Komar, dans lequel les Géographes
CeVams.t.ll, reconnoilibut le cap Comorin. On lait qu'il le pcche encore
V- 7i-i-' dans ce lieu de très-belles perles.
Le requin n'étoit pas le lëul animal que les Plongeurs
eud'ent à craindre, ils avoient encore, luivant Appien , un
autre ennemi preique aufîi redoutable dans le bœul marin,
erpèce de raye; cet animal, qui fe tient ordinairement
couché fur la vafe , efl extrêmement large; il ell très-avide
Oi'p'tfx.l II. de chair humaine : dès qu'il aperçoit , dit Oppien , quelques-uns
%%'■."' '^' ^^ ^^^ hommes dont la profelFion efl de parcourir les profon-
deurs de la mer , il s'élève promptement au-defllis de lui , le
fuit par-tout où il va, & relie ainfi fufpendu fur fa tête; le
Plono-eur ne pouvant pas lortir de l'eau , fe noyé nécelfairement,
alors le bœuf marin en fait aifément fa proie.
Les Plongeurs s'expofoient à ces dangers, non-feulement
pour aller chercher dans le fein de la mer , les richelîès
qu'elle produit naturellement, mais encor.e pour lui laire
reftituer les effets naufragés.
Lorfque Xercès vint attaquer la Grèce , il y avoit dans
fon armée un certain Scyllias qui paffoit pour le plus habile
Herod. l. vin. Plonaeur de fon temps : cet homme fut très-utile aux Perfes,
iX'//^-ff ^P^è^ *■'" naufrage qu'ils effuyèrent proche du mont Péiius,
en retirant du fond des eaux une grande quantité d'effets.
Tif. - Lm Perfée , roi de Macédoine , ayant appris que les Romains
iXLiv.c.x; avoient pénétré dans fon pays par des bois & des chemins
t.llJ,p,6Sp, . S, I • .. 1 .A^r 1 T T' /
ia-f.' impraticables, crut devoir mettre au plutôt les trelors en lurete;
il ne trouva pas de meilleur expédient pour les fouftraire à
l'avidité de l'ennemi , que de les faire jeter dans la mer.
Lorfque le danger fut pafîe , on chargea des Plongeurs de
les retirer de f eau ; mais le Roi rougiffant de fes vaines
terreurs , donna des ordres fecrets pour laire mourir & ces
Plongeurs, & l'Officier qui les avoit mis à l'ouvrage : il les
traita ainfi , dit Tite-Live, pour n'avoir point de témoins
de fa honte.
Enfin, la loi Rhodia liiit mention de Plongeurs qui
DES Inscriptions et Belles -Lettres. 103
fervoient à retirer du fond des eaux les marchandifes
naufragées.
11 y avoit aiiïïl des Plongeurs attaches au fervice des flottes ;
îeur Ibncflion, dans les combats de mer, éloit de viliter les
bâtiniens qui avoient reçu quelque coup dangereux dans les
œuvres vives , & de remédier au mai en boucliant ies
ouvertures avec des matières propres à cet ufage.
Quand une flotte fe difpoloit à afîîéger une Ville , elle
envoyoit des Plongeurs à la découverte, pour reconnoître
fi ies ennemis n'en avoient pas rendu l'abord dilîicile par
quelque flratagème.
Lorfque les Athéniens firent le fiége de Syracufe, la dix- Thucu{.i,vil.
neuvième année de la guerre du Péloponnèlë , ils eurent
recours à des Plongeurs qui allèrent ruiner une eflacade que
îes Syracufains avoient faite dans la mer, pour mettre en
fureté leurs propres vaifl'eaux. Ces mêmes hommes travail-
lèrent auffi à arracher des pieux que les afTiégés avoient
plantés à fleur d'eau , pour faire échouer les navires Athé-
niens qui auroient tenté d'approcher de leur port. Cette
dernière opération donna beaucoup de peine aux Plongeurs,
qui en furent bien récompenfés.
Les Plongeurs fervoient aufli à ravitailler àçs Villes
afllérrées , en y introduiliint fecrètement <\es munitions de
bouche.
Les Athéniens étant venus mettre le fiége devant Pife, Thuc^lllV,
port de la Meflenie , les Lacédémonicns qui défcndoient
cette ville fe trouvèrent fort incommodés par le défaut de
provifions; ils auroient été expofés à fouffrir encore beaucoup
plus de la diletlc fins le fecours des Plongeurs , qui paiibient
de la cûle dans l'ile vis-à-vis du port, en nagea.. i iou.^ l'eau,
&: en traînant après eux Aes peaux de boucs remplies de ^ xl',',,', ' '
graine de lin pilée &. de graine de pavot prepurée avec du
miel , efpcce tie nourriture dont les habitans de ce pa\s ont '
conlervé , jufqu'à préfcnt, l'ulage.
Lorfqu'une Ville fituée fur uuq rivière, ou fur le bord de
la mer , étoii afliégée , on avoit recours ri des Plongeurs pour
'104 Histoire de l'Académie Royale
donner des avis aux habitans , comme ceux-ci s'en fervoîcnl
pour ijiflruire leurs allies de l'état où fe trou voit la Place.
Pendant la guerre du lecond Triumvirat , Hirtius &
06tavien s'approchèrent de Modcne pour la lècourir contre
Antoine qui en faiiôit le fiégc. Uecimus Brutus, qui com-
' Front. Jlraiag. jyiandoit daus la Ville , entretint avec ces dçiw Gcncraux
><^-^" • ^ç^ correfpondances p:u' le moyen des Plongeurs qui , nageant
entre deux eaux , pcnétroient dans la ville & en fortoient à
la faveur de la petite rivière appelée Scultenna , aujourd'hui
ie Panaro ; ils portoient leurs dépêches gravées fur une lame
de plomb très-mince qu'on leur attachoit au bras; mais les
affiégeans stw aperçurent & étendirent dans la rivière un
filet qui ferma le pafTage aux Plongeurs ; ce qui obligea
Hirtius & Odavien d'avoir recours , pour faire leurs mefîkges,
à des pigeons qui étoient dreffés à cet exercice.
Dans la guerre contre Antoine, Brutus le fervit aulfi de
"kfanh.Marc, f^[ets pour empêcher les habitans de Xanthe en Lycie, de
fortir de leur vnle , en nageant ious 1 eau , par la rivicre qui
en baignoit les murs ; dès qu'un Xanthien venoit s'y prendre,
on en étoit averti par des fonnettes placées au haut de ces
filets.
'Afp.dtBdlU Scipion , au fiége de Numance , fit mettre entravers du
HiJi'an. tom.l, fleuvc Durius , des poutres armées de crochets, de pointes
^hJf/Àiijlcrd. & de fers tranchans, pour empêcher les Plongeurs d'entrer
"^/*» dans la Ville ou d'en fortir. Ces poutres étoient difpofées
de manière que le courant de l'eau pût les fiire tourner fur
elles-mêmes , de forte que perfonne n'eût ofé palfer fans
courir les rifques d'être mis en pièces.
Les affiégés employoient auffi de leur côté àçs Plongeurs jj
foit pour détruire les travaux des affiégeans, foit pour mettre
ie défordre dans leurs flottes.
Au fiége de Tyr, entrepris par Alexandre, les Tyricns
. en.voyèrent des Plongeurs qui , fe jetant dans l'eau , hors de
la vue des ennemis, parvenoient , fans être aperçus, jufqu'à
la digue que les Macédoniens élevoient pour joindre la ville
à la terre-fernie; avec de longues faux ils tiroient à eux les
branches
DES Inscriptions et Belles -Lettres. 105
branches & les troncs d'arbres dont la digue e'toit entrelacée,
ce qui entrainoit la chute des autres matériaux , & prcparoit
par une fuite nécelîaire , la deftruction de tout l'ouvrage.
De pareils Plongeurs fervirent utilement les Byzantins au
fît'ge mémorable qu'ils fbutinrent pendant trois ans, en faveur
de Pefcennius Niger , contre l'empereur Septime- Sévère. D!onCaff,ur,
Ces Plongeurs, en fe gliffant fous l'eau, venoient couper les ^'si^tfo^^^' "*
cordages qui tenoient à l'ancre les vailfeaux àçs aflléweans,
&L y attachoient des cordes avec lefquelles ils ie faifoient
fuivre des \ai(ieaux ennemis. « C'étoit un fjieclacle alfez
iîngiilier, ajoute Dion Callius, qui rapporte ce fait, de voir «
ces bâtimens aller, lans le lècours ni de voiles ni de rames, «
&: comme par l'effet d'une forte d'enchantement, fe rendre «
dans le port de Byzance. »
L'expérience que les Romains avoîent faite , dans plus
d'une occafion , des fervices que la Patrie pouvoit retirer de
l'art du Plongeur, [es engagea à favorilër d'une manière
particulière ceux qui exerçoient cette profenion; les Plongeurs
compofoient, à Rome, une compagnie alîéz nombreule, qui
avoit ks (tatuts & ks règlemens : elle étoit fous la proteèlion
d'un citoyen diftingué , comme nous l'apprennent deux
jnicriptions qui le trouvent dans Gruter; ces infcriptions
font des monumens de recoimoifîance conlacrés par les
Pêcheurs & les Plongeurs , à la mé;noire de deux de leurs
protcdeurs , d'après un décret de i'or<.ire ou corps des Pécheurs
& des Plongeurs, Dccrcto ordinis , corporis Pifcatorum à'
Uriiuitoniiu.
Après avoir détaillé les diverfes efpèces de fervices qu'on
retiroit des Plongeurs chez les Anciens, M. l'abbé Ameilhon
fait comioîlre, dans un fécond article, julqu'où ces hommes
utiles portèrent la perfedion de leur art.
II. Kitlore de Charax, qui vivoit lôus Ptolémée , fils de Sj^n^t.
Lagus, dit que les Plongeurs deicendoient quelquefois dans ''""-'''
ia mer, pour pécher des perles, à une profondeur de vincrt
orgyes, c'efl-à-dire, de vingt bradés; car l'orgye, qui étoit la
inclure maritime des Anciens, répotidoit à une de nos brallcs,
Htjl. Tome XL. O
io<^ Histoire de l'Académie Royale
On voit, pour le remarquer en paiïant , que nous avons
confervc l'ancien ufage clans la manière de mefùrer la
profondeur de la mer.
11 paroît, par le pafîage d'ifidore , que les Plongeurs ne
pénctroient guère dans le lein de la mer au-delà de vingt bralîës.
'Cw/dw, </f /Vf. Cependant , Oppion allure qu'il s'cfl trouvé des hommes
ll.v.Sz-S^. qi^ii y lont defcendus à une profondeur de trois cents orgyes.
Voy.kP.Fomn. ^'^ ^^" Plongeur peut demeurer communément au fond
dans fou Hy- de l'eau , l'elpace d'un quart d'heure ; il en efl même ciui y
^^!)f'^'^'^/^' relient pendant une demi -heure, & quelques Voyageurs
affurent qu'il le trouve, dans les Indes, des Plongeurs qui
fe font fait une habitude de refier fous l'eau pendant une
heure entière.
Je n'ai point trouvé , dit M. l'abbé Ameilhon , dans les
ouvrages des Anciens , la mefure fixe du temps qu'un habile
Plongeur pouvoit être fous l'eau fans avoir befoin derefpirer;
mais la plupart des faits que j'ai rapportés , donnent lieu de
croire, fur-tout fi on a égard aux circonftances qui les
accompagnent , que ces hommes dévoient y faire un fcjour
Pf 7w, /. /V, conlidérable : tels font ceux dont parle Sénèque , didicerunt
alii in immeiifam altitiidiiiem mergi , & fine ullâ refpirandi vie
r, XII,
e
perpeti maria. Les Plongeurs dont fe fervirent Antoine &
Clcopâtre, pour fe furprendre mutuellement, vont nous en
donner un nouvel exemple. Voici comment Plutarque rap-
porte cette hifloire , que tout le monde lait, mais que je fuis
cependant obligé de rappeler ici.
Aaimli!'' ^"^ " Antoine pêchoit quelquefois à la ligne avec la belle
» Clcopâtre ; comme il arrivoit fouvent qu'il ne pouvoit rien
«prendre, fon amour-propre en étoit d'autant plus mortifié,
3> que fon Amante étoit préfente : voulant réparer , à quelque
«prix que ce fut, fon honneur qu'il croyoit compromis, if
» indique une pêche pour un certain jour : il avoit ordonné
» fècrettement à des Plongeurs de venir, fous l'eau, attacher
). à l'hameçon de fa ligne , des poilibns qu'ils auroient pris
«auparavant. Le flratagème réuffit, ou parut réulfir comme iî
>• le defiroit; Antoine tira plufieurs fois cle fuite fa ligne chargée
DES Inscriptions et Belles -Lettres. 107
'de poilTons. Clcopàtre s'étoit aperçue de i'aililice , mais ce
elle dillimuia; elle affecta même de louer Antohie fur ion «
adrelîë pour la pêche ; dans fon particulier , elle le promit «
bien de le punir de la rufe ; elle annonce pour le lendemain «
une nouvelle partie de pêche , à laquelle de\ oit affilier toute «
fa Cour. Clcopàtre fait chercher un Plongeur encore plus ..
habile «Se plus diligent que ceux du Triumvir, & lui donne «
ordre de venir attacher à la ligne d'Antoine , un poiffon lalé, «
Antoine qui lent que fa ligne eff chargée , la tire auffi-tôt «
avec empreffement. 11 eff aifé d'imaginer combien il fut dé- «
concerté en voyant la prife qu'il avoit laite, & les éclats de «
rire qu'excita dans toute l'allèmblée une pareille aventure. »
Les Plongeurs qu'Antoine &. Cléopàtre mirent en œuvre
dans cette occalion , ne purent certainement exécuter leur
commiffion fins relier un temps confidérable fous l'eau; mais
rien n'approche du léjour qu'y fît ce Scyllias , dont ii a été
dtjàqueltion plus haut, fi on peut cependant ajouter foi à fon
hii'loire. Cet homme , qui fervoit dans l'armée de Xerxès ,
&. qui lui avoit été lort utile dans le naufrage que fa flotte
cffuya vers le promontoire Pélion , méditoit depuis long-
temps le delîeiii d'abandonner le parti des Perfes , pour palier H/rU /. W/,
dans celui des Grecs : il prit tout-à-coup la réfolution de fe "'"""'^"'"•■
j/£ler, aux Aphctes, dans la mer, 5c il ne fortit de deffous
t'eau que lorfqu'il fut arrivé à Artémifion ; de forte qu'il
fît, en nageant lous l'eau, un trajet d'environ quatre -vingt
flades , ce qui leroit , en rédiu'lant les Itades à la plus petite
melure polhble , plus de trois petites lieues.
Hérodote trouve ce lait li extraordinaire , que malgré ce
penchant qu'on lui fuppole pour le merveilleux, il ne balance
pas à le mettre au nombre des fables.
Paulanias parle auffi de ce célèbre Plongeur qu'il nomme Fj-^fun./.Xt
Scyllis, & de Cyana la lille, que cet homme avoit inltruite F-^-f'-^fJ*
dans fon art, & qui defcendoit lans aucune crainte dans les
endroits les plus profonds de la mer.
Le même Autt-ur dit, que la flotte de Xcrxcs avant été
cflaillie piir une lurieuie tempête auprès du mont Ptlion ,
O i/
io8 Histoire de l'Académie Royale
Scyliis & fa fille fe glifscrent fous l'eau & coupèrent les
cahies qui fervoient à retenir les vaifTeaux des Perles, ce qui
caulà la perte d'un grand nombre de trirèmes.
On voit , par ce récit , que Paulànias diffère d'Hcrodote.
Suivant ce dernier , Scyllias fut fort utile aux Perfes dans
leur naufrage, bien loin de leur nuire , comme le dit Puulanias.
Alais n'y auroit-il pas moyen de concilier ces deux Auteurs,
en difant que Scyllias , qui ctoit fi bien difpofé en faveur des
Grecs, profita de la conliance qu'avoient en lui les Perfes,
pour rendre lervice à fes compatriotes, & que, feignant de
prêter le lècours de ion art à la Hotte de Xerxès , il ne
fervit , au contraire , qu'à y augmenter le défordre. Ce fut
peut-être là le motif qui le détermina à prendre la fuite û
précipitamment; il craignit d'être puni fi ion artifice venoit à
£tre découvert. Ce pourroit bien être ime de ces circonftances
qu'Hérodote a jugé à propos de fupprimer en faifant l'hiiloire
de Scyllias; car il omet, dit-il, fur cet hornme , bien des
chofes , dont les unes étoient vraies , & les autres reifem-
bloient à des menfonges; par exemple, il ne parle pas de
Cyana; cependant Paufanias dit, que les Amphyélyons
ordonnèrent qu'en reconnoiifance du fervice fignalé que Scyliis
& fa fille avoient rendu à la Patrie , on leur érigeroit à chacun
une itatue, qui feroit placée dans le temple d'Apollon, à
Delphes. Paulànias fembie aiiurer avoir vu celle du père dans ce
même temple ; quant à la flatue de la fille , il dit qu'elle avoit
été enlevée de Delphes & tranfportée à Rome par ordre de
Néron. Il finit fon récit en remarquant que les filles peuvent
defcendre au fond de la mer fans courir aucun rifque, pourvu
qu'elles aient confervé leur virginité pure & ians tache.
Quoique Paufanias ne nous apprenne pas où s'opéroit cette
efpèce de prodige , il y a apparence que c'étoit à Delphes ,
puiiqu'il s'opéroit en mémoire de la fille de Scyllias. Les filles
de Rome jouirent elles aufîî du même privilège, lorfque la
ftatue de Cyana eut été tranfportée dai.s cette ville î
Cette tradition populaire , & les monumens érigés en
l'honneur de Scyliis &. de Cyana, ibiit une preuve iucoirteitabiQ
DES Inscriptions et Belles -Lettres. lop
qu'il a exifté dans la Grèce, un homme qui s'eft rendu célèbre
dans l'art de plonger. Cependant je ne crois pas, dit M. l'abbé
Ameilhon , qu'ils puifFent fuffire pour dillîper les doutes
qu'Hérodote jette fur ce qu'on racontoit du trajet que fit
Scyliias fous l'eau , depuis les Aphètes julqu'à Artémifion.
D'ailleurs , le filence que Paulànias garde fur un tait audi
extraordinaire , ne permet guère d'en garantir la certitude ,
quoiqu'il la rigueur il ne paroilfe pas ablolument impollibie.
Scyliias pouvoit reffembler à ce Sicilien célèbre dont le
P. Kircher fait mention dans ion Monde foiiterrei/i ; cet
homme , dès fa jeunelfe , s'étoit fi bien accoutumé à vivre
dans l'eau, qu'il ne le trouvoit , pour ainfi dire, à Ton aile,
que loriqu'il étoit dans cet élément ; il alluroit même qu'il
n'auroit pu vivre long-temps hors de l'eau , comme s'il eût
été de la nature des amphibies. Cepe:idant celte faculté lui
devint funelle ; étant un jour delcendu au fond de la mer,
dans le détroit de Melllne , pour en retirer une coupe d'or
que le roi de Sicile y avoit jetée, il ne revint plus.
Il y a toute apparence que ces Dieux marins célébrés par
les anciens Poètes, n'étoient que d'habiles Plongeurs qui, fem-
blables à ce Sicilien dont on vient de parler, vivoient plus
volontiers dans les eaux que fur la terre , &: qui le jouoient
de la limplicilé des premiers peuples. Glaucus , comme le
remarque Athénée, étoit originairement un habile Pécheur;
la fable flippole qu'il étoit aimé de Circé , mais qu'il Va
méprifa, parce que, de fbn côté, il avoit conçu une violente
paillon pour Scyiia. Circé, irritée de cet outrage, changea
Scylla en monlire marin, tk ht prendre à Glaucus un breu-
vage empoilonné. Glaucus avoit remarqué que des poillbns
prelque morts , après avoir mangé de certaines herbes, étoient,
pour ainli dire , revenus à la vie , &: lui avoient enluite échappé
en le jetant dans l'eau ; il crut trouver dans ces mêmes herbes,
un remède contre le poifon que Circé lui avoit doiuic : à
peine en eut-il goûté , qu'il lé précipita au fond de la mer,
&. lut changé en Dieu marin.
Qu'on réduile celle hilloirc au feus naturel, dit M. l'abbé
iio Histoire de l'Académie Royale
Ameilhon , qu'on la dépouille du voile de la fable dont elle efï
revêtue, on ne verra plus dans Glau us, qui incpriloil Circé
pour s'attacher à Scylla, qu'un homme qui quittoii louvenl le
rivacre d'Italie qu'habiioit Circc, pour le plonger dans cet
endroit de la mer où fè trouve le gouHre de iicylla. Comme ce
parage palloit pour être très -dangereux chez, les Anciens, on ne
pou voit voir lans admiration un liomme y plonger; on regar-
doit cette action hardie comme quelque chofe de lurnaturel.
Peut-être Glaucus eut-il le même lort que le Plongeur Sicilien,
dont on a rapporte l'hifloire , c'elt-à-dire, qu il périt dans ce
gouffre; comme on ne le vit plus reparoiux- , on kippc^la qu'ii
étoit devenu Dieu marin, parce qu'on croyoit pouvoir regar-
der comme tel un homme qui avoit paru ù f.imiliarifé avec
la mer, & qui en avoit été, en quelque forie , relpedé.
Cette interprétation, que M. l'abbé Ameilhon a cru devoir
donner de la fable de Glaucus , fe trouve auiorilée, du moins
en partie , par la manière dont Faléphate raconte l'hiltoire
de ce prétendu Dieu; ce Grammairien dii que Glaucus étoit
un excellent Plongeur ; que pour fe faire regarder comme
une Divinité , il aliembloit le peuple de Ion pays lur le rivage
de ia mer, qu'il fe jetoit du haut d'un rocher au milieu des
flots, & que nageant entre deux eaux, il alloit aborder fur,
quelque rivage hors de ia vue de fes compatriotes , où il
palioit plulleurs jours ; qu'enluite il revenoit par la même
voie, & reparoilîoit tout-à-coup en fortant de iamer. Il failoit
accroire, ajoute le même Auteur, qu'ii avoit vilité l'empire
de Neptune; qu'il avoit converfé avec les Nymphes & les
Dieux marijis dont il racontoit des choies merveilitufes ;
mais ayant enfin péri dans les eaux de la mer, le peuple
n'eut pas de peine à croire qu'ii étoit devenu un Dieu.
PhUcJlr. Fcrn. VhWoûnWe , dans le tableau de Glaucus le Pontique, le
^i'^' /'■/"'' repréfente comme un Dieu marin moitié homme, moitié
ia-loU poilîon; celt amli que la poelie & ia pemture dépeignent,
dans l'antiquité , les Syrènes , les Nymphes , les Tritons,
Or, i'on conçoit aifément que ces reprélentations n'étoient
que des embicmes de certains hommes qui étoient fi liabiies
DES Inscriptions et Belles -Lettres. in
Plongeurs, qu'ils fembloient, en quelque forte, tenir autant
de la nature Jes poilibns que de la nature humaine.
Ce Triton dont pai-Ie Pline, qui, fous l'empire de Tibère, Pih.Nai.l.lx,
fut entendu jouer de la Hûte dans la mer de Lufitanie , n'étoit ^' ^'f' '"^V
aulfi probablement qu'un habile Plongeur qui avoit voulu en "' ''"^'
impoler aux habitans de ces rivages.
Qui fait , ajoute M. l'abbé Ameilhon , fi ce prétendu
Triton n'étoit pas quelqu'un de ces acteurs dont j'ai parlé dans
le Mémoire fur l'exercice du Nageur , & qui étoient tlrelfés
à reprélènter les perloimages des Divinités marines dans les
(pedacles qu'on donnoit lijr l'eau.
Pline dit avoir entendu raconter à à^s chevaliers Romains PUn. Nat.ihidt
'dignes de foi , qu'ils avoient vu , fur les côtes de Cadiz , un
homme marin monter pendant la nuit fur les chaloupes & \ç$
barques qui y étoient en rade; que cet homme y caufoit du
défordre au point même de les faire couler à fond. Y auroit-il
de la témérité à prendre ce prétendu monfh-e pour quelque
Plongeur , qui s'étoit tait un divertilfement d'etîrayer l'cqui-
page de ces bâtimens, à peu -prés comme il s'ell vu des
jmpofteurs qui ont trouvé plailant de répajidre l'alarme dans
leur voKniage en contrefaifant les revenans !
Le manège de cet homme marin, joint à cette circonftance
cju'il étuit en tout fembiable à un homme, toto corpore abjvliita
fimilitu^ine , autorifent beaucoup de pareils foupçons.
Un ajicien Auteur rapporte l'hiftoire de deux monftres
marins, qui, fous le régne de l'empereur Maurice, fe firent
voir dans le Nil avec une iorte d'atiéélation (a) : ils reflèm-
bloient parfaitement , l'un à un homme , & l'autre à une
femme. Ces prétendus monftres marins pouvoient bien être
un autre Scyllias &: une autre Cyana, qui lîrent illulion à
quelques perlbnnes.
On peut, fuivant M. l'abbé Ameilhon, porter à peu-près
le même jugement de ces hommes Marins dont il ell p;u-lé
dans les refilions des Voyageurs; il n'en eft aucun dont la
{aj L'Auteur du Ttliianitd raportc ce fait y, jjj, tout. JJ,- AmjhrJum ,
112 Histoire de l'Académie Royale
defcription ne foit accompagnce de quelque circoiinance
fiifpede , &. qu'un efpril qui le tient en garde contre le
merveilleux , ne trouve le moyen d'expliquer.
De ces hommes marins , les uns n'ont été vus que dans
i'eau, & l'on fent combien, en pareil cas , l'imagination
pouvoit fe donner carrière; d'autres ont été pris; mais dans
le nombre de ces derniers , il s'en trouve que l'on ne peut
nier être véritablement des hommes : ils en ont toute la
forme, &c ce qui a pu faire douter qu'ils appartinlfent à l'ef-
pèce humaine, c'eft leur flupidité, leur filence, ou plutôt,
l'ignorance de leur langage.
Suppofons que quelques Sauvages de l'Amérique, en allant
fe baigner dans la mer , fuiïent tombés dans les filets de
Pécheurs Européens , feroit-il étonnant que ces Pécheurs les
euffent pris pour des monftres! N'a-t-on pas trouvé dans
ies fonds de ce vafte continent , des Nations chez qui les
traits de l'humanité étoient fi équivoques , qu'elles ont laiiïe
long-temps dans l'incertitude s'il falloit les rapporter à l'efpèce
humaine!
Pour rendre ceci encore plus fenfible par un exemple qui
nous rapprochera davantage de l'antiquité , qu'il me foit
permis, continue M. l'abbé Ameilhon, de faire cette fuppo-
fition. Si ies Grecs 6c les Romains , lorfqu ils parurent pour
la première fois fur les côtes des Iclhiophages , eulfent
tendu des filets dans la mer pour pêcher, n'auroit-il pas
pu/fe faire que quelqu'un de ces Sauvages qui, au rapport
de Pline, couroient dans l'eau après ies poilîbns pour les
prendre à la main, eût été pris lui-même avec les poilfons
qu'il auroit pourfuivisî Nos pêcheurs Grecs ou Romains, en
voyant dans leurs filets un pareil homme, dont la figure
n'eût pas manqué de leur paroître extraordinaire, n'auroient
nullement douté que ce ne fût un monflre marin , 8c , fans
contredit, l'Iclhiophage eût été condamné à être poifibn, &
à fervir en cette qualité, de fpeélacle au peuple. Voilà,
félon M. l'abbé Ameilhon , l'hiltoire de quelques-uns de ces
Jiommes Marins, tant anciens que nouveaux, dont il efi; fait,
inentiou
DES Inscriptions et Belles -Lettres. 113
mention dans les reLitions des Voyageurs; il faut ieulement
excepter ceux qui avoient une relfembiance marquée avec
i'efpèce humaine ; car perfonne ne peut douter que dans le
nombre de ces hommes Marins fi vantés , il ne s'en loit
trouvé beaucoup qui ne refîèmbloient à l'homme que comme
certains poKFons relTemblent aux quadrupèdes , dont on a
jugé à propos de leur donner le nom. On fent bien que
les hommes marins de cette dernière eipèce ne méritent ici
aucune attention.
Mais, dira-t-on , on en a vu qui paroifToient ne différer
en rien de I'efpèce humaine depuis la tcte jufqu'au-delious
de la ceinture, ôc dont le rcde du corps fe terminoit en
poilfonî Or, fi la Nature a été capa le de produire dans la
mer, des êtres qui refîemblent de fi près à l'homme , pourquoi ,
avec quelques efforts de plus, n'auroit-elle pas pu achever
ion ouvrage , & donner à ces êtres, ou à d'autres du même
genre , une figure leniblable dans toutes fes parties , à celle
de l'homme.
L'Auteur du Telliamed fournit lui-même la rcponfê à cette
difîiculté, en parlant d'un de ces prétendus hommes marins,
que l'on avoit cru d'abord être jnoitié homme 6l moitié
poiffon.
Ce monflre« paroiffoit, dit-il, dans l'eau, être terminé en
poillon , & avoir une queue partagée en deux : il le trouva «
cependant être homme par le bas comme par le haut. 11 elt «
aile d'apercevoir, continue-t-il , le iujet de l'erreur dans «
laquelle nos yeux tombent, en vo)ant vn homme droit dans «
la mer; il lufîit pour cela de faire attention que pour le «
(outenir élevé au-deffus de 1 eau , il faut tenir les cuiliës «
ferrées , fe roidir , & mouvoir les pieds de bas en haut , ce «
qui, à la vue, produit dans la partie intérieure de l'homme, «
in figure d'un |ioi(îon, & d'une queue partagée parla féparation «
dun des pieds à l'autre.»»
M. l'abbé Ameilhon adopte cette obfcrvalion , qui efl vraie
&, irès-judicicuie; l'Auteur du 1 elliamed l'a laite pour rappro-
cher , autant (|u'il peut, les prétendus homnies maiins île la
JlijL Jome XL. V
ii4 HrsTorRE de l'Académie Royale
nature Inimaine, & pour donner par-ià plus de vraifemblance
à Ton ahiurde lyltème , qui luppole que le genre humain eft
originairement lorti du Tein des eaux. L'Académicien conclut
de cette parfaite relFf-mblance , que ces prétendus hommes
marins étoient véritablement des inaividus oc I efpèce humaine.
Mais comment des hommes ont-ils pu (e trouver ainfi au
milieu de la mer î par quel moyen leur a-t-il été polhble de
vivre fous les eaux l On a cité dans ce Mémoire des faits^
thés de l'hilloire ancienne , qui luppoienl au moins que
des Plongeurs font reliés dans l'eau allez long-temps pour
faire croire que c'étoit, en quelque lorte , leur élément naturel.
On trouve auffi de p .reils faits dans les ouvrages des modernes.
Or , il femble qu'en bonne critique , on n'a droit de les
rejeter comme faux , qu'autant qu'on feroit en état de prouver
qu'ils font phyfiquement impoffibles. Mais il eft démontré
que l'on peut vivre fans refpirer; les enfans dans le fein de
ia mère ne r fpirent point, la Nature lupplée à la relpiraiion
qui elt néceiïalre dans les adultes pour faire circuler le 1 ang, par
une ouverture qu'elle a ménagée dans le cœur du fœtus,
&. qu'on appelle le trou ovale ; cette ouverture , par un
mécanifme dont il faut voir la defcription dans les livres
d'Anatomie , donne paiïage au fang , & fait qu'il n'ell point
obligé d'entrer dans les poumons. Lorfque l'enfant eft né,
le fang dirige (on cours en fe filti'ant à travers les poumons ;
dès-lors le trou ovale devient inutile , aufîi fe referme-t-ii
infenfiblement ; mais quelquefois il fe rencontre des fujets
chez qui il refîe toujours ouvert, ou ne fe ferme qu'impar-
Tellùim.p.2of. faitement. C'eft une vérité qui a été démontrée par la diliëc-
11.' van. m- 8° . , , r , i> ■ r ! I
tion de piufieurs cadavres ; on 1 a remarquée fur-tout dans les
Plongeurs célèbres.
D'après cette obfervation qui efl appuyée du témoignage
des plus habiles Phyfiologiftes, on doit conclure qu'il a pu fe
trouver des hommes qui, à raifon d'une conformation parti-
culière, ont été capables de vivre long-temps fous l'eau. On
ajoute que de tels hommes ont dû fe rencontrer louvent
chez les Anciens ; l'ufage où on étoit d'apprendre à nager k
DES Inscriptions et Belles -Lettres. 115
tous les enfans dès l'âge le pins tendre , devoit entretenir
& fortifier dans un plus grand nombre d'individus, les diipo-
fitions particulières qu'ils avoient reçues de la Nature, pour
demeurer long-temps Ibus l'eau lans avoir befoin de relpirer.
Palfons maintenant aux diverfes prc'cautions que les Plon-
geurs prenoient pour leur fureté , & aux moyens qu'ils met-
toient en ulage pour fe faciliter l'exercice de leur art.
III. Qppien nous apprend que les Plongeurs étoient aflu-
jettis à un certain régime ; ils obfervoient de manger & de
boire fort peu, afin de pouvoir retenir plus aifément leur
relpiration. Il ne fera peut-être pas inutile de remarquer ici
que les Anciens avoient un exercice qui devoit les dilpoièr
à acquérir cette facilité; cet exercice, qui confiltoit à retenir iiJfJmm,
fa relpiration le plus long-temps qu'il ttoit polfible , faifoit aru'^',rLj!kâ
partie de la Gymnaftique , & les Médecins le reg;u"doient l.iu.c.vi.
comme falutaire. Le fameux Milon de Crotone s'étoit fait Paufan.l.VI,
une habitude de iufpendrefa refpiration , de manière que ks ^/é/^Mol'
veines le gonfloient jufqu'à rompre W^ bandelettes dont fa
tête & fa poitrine étoient ceintes.
On peut voir dans l'ouvrage de Jérôme Mercurialis fur la ^"°l".' ^"^^'
Gymnaltique des Anciens , les gravures de deux ftatues
antiques qui reprélentent des hommes dont la poitrine &
l'eftomac (ont dans un état de gonflement prodigieux , caulc
par les efforts qu'ils font pour retenir leur haleine.
Lorfque les Plongeurs vouioient defcendre dans l'eau , ils
prenoient diverlês précautions pour leur fureté. Si Jious en ^Hf' l K
croyons Élien, ils ie noircilfoient les mains & la plante des "' P'"^"^"''-
pieds ; leur motif étoit d'alfoiblir l'éclat que rendent dans
i'eau ces parties qui font plus propres que toute autre à caule
de la contexture lilîë & lerrée de l'épiderme , à rélléchir les
rayons de lumière , ce qui alliroit fur eux les poillons mal-
failans; carc'étoil un des plus grands périls que les Plongeurs
euflènt à redouter dans l'exercice de leur profellion : ils
n'éloient rallurés fur ce danger , que lorlqii'ils avoient le
bonheur d'apercevoir un poillon appelé Anthias; ils s'ima- Oir» dt rskaU
ginoicnt que par-tout où le trou voit cet animal, on ne devoit
P ij
xi6 Histoire de l'Académie Royale
'Arjp. df awm. P'is craindre d'y rencontrer aucun monftre marin : c'efl;
hift. til: IX. pourq.ioi ils le nommoient roiljon (acre.
tap. XXXVI,, » „,.' .. .1 • 1 I. I , ,
Pim.nai.i.n "Ime dit c]ii ils avoicnt coutume de remplir leur bouche
(ai'.cui. ' d'huile, Ôc cjue lorfqu'ils cloient dans l'eau ils la rejetoient;
il ajoute que cette huile ainfi répandue dans l'eau , doniioit
lieu aux Plongeurs de mieux voir : elle calmoit auiïi, félon
le intme Auteur , l'agitation à^s flots , omne (nuire) oleo
tranquïUari , & oh ni uriimntes ore fpargere , quoniam mitiget
naturam afperam lucemquc Aeportit.
Plut. Qi,a(f. Phitarque , dans Tes Quellions Naturelles , fait aufTi la
aat.^.^if.fot, même obfervation d'après Ariflote.
Les Plongeurs, pour defcendre plus facilement dans la
mer , s'armoient d'un plomb qui, par fon poids, les entraînoit
au fond des eaux ; fans ce moyen , un homme ne pourroit
jamais plonger à une certaine profondeur , ni s'y fixer, l'eau
fajfant toujours effort pour le ramener vers la furface : c'efl à
raifon de cet ufage que ion a dit anciennement phimbiare ,
'J^éia^e, éiym. pour exprimer l'adion d'un homme qui defcend fous l'eau ,
& enfuite par le changement de Xi voyelle en j confonne ,
pîombjare , d'où efl venu tout naturellement notre mot
françois plonger.
Les Plongeurs, pour leur fiiretd, s'attachoient autour des
reins une corde, dont le bout tenoit à la barque ou au vaifîeau
d'où ils étoient defcendus ; en tirant cette corde , ils averti!^
foient leurs camarades qu'il étoit temps de les ramener à la
furface des eaux. Malgré ces précautions , les Plongeurs n'y
defcendoient jamais fans invoquer la protection des Dieux,
à qui les Anciens attribuoient l'empire de la mer ; c'efl ce
qu'on peut voir dans le Poème d'Oppien fur la pêche , qu'on
a déjà eu occafion de citer plus d'une fois.
Les Plongeurs mettoient des éponges à leurs oreilles pou? -
garantir ces parties de i'impreflion de l'air. Si l'on s'en rap^
porte à lAuteur du livre des pi'oblèmes, qui fe trouve parmi
les Œuvres d' Ariflote , les oreilles àes Plongeurs avoient
beaucoup à fouffrir fous l'eau ; fouvent même elles étoient
fradurées. Si cette dernière circonftance eit vraie , il faut
DES Inscriptions et Belles -Lettres. 117
convenir que les anciens Plongeurs dévoient féjourner long-
temps Tous l'eau , pour donner lieu à un pareil accident.
Quoi qu'il en loit, cet Auteur fuppofe le fait véritable, &,
en conlcquence , entreprend de l'expliquer , s'exprimant
toujours problématiquement, félon Ton ufage : feroit-ce, dit-il,
i'eftèt de l'air intérieur qui , retenu , feroit effort contre le
tympan de l'oreille pour lortir, ou bien l'efîèt de la preffion
de l'eau qui , pelant fur cette membrane , la déchire. Le
même Auteur fe demande enfuite pourquoi les Plongeurs fe
découpent les oreilles & les narines.
Je crois, dit M. l'Abbé Ameilhon, qu'il aurolt dû plutôt
fe demander fi le fait éloit véritable; car on n'imagine pas,
à fon avis , que les anciens Plongeurs fuflënt allez flupides
pour louffrir une pareille opération. Ce fait ne lui paroît
pas plus vrai que ce qu'on raconte des anciens Coureurs qui,
à ce qu'on prétend , fe failoient ôter la rate pour mieux
courir. Cette dernière erreur, qui fe trouve répétée dans
bien des ouvrages, ne viendroii-eile pas de ce qu'on a pris
à la lettre, une façon de parler figurée! Cette erreur pourroit
bien être fèmblable à celle de quelqu'un qui , entendant dire
d'un lâche , qu'il eft fans cœur , s'imagineroit etiedivemeiit
que cet homme ell privé de ce vifcère.
Comme la lociété retiroit de grands avantages de l'art des
Plongeurs, lindulh'ie avoit imaginé divers moyens pour que
ces hommes pullcnt relier fous l'eau le plus long-temps qu'il
feroit poflible. Arillote nous apprend que quelques Plongeurs Arlj}. Je PanU,
(e fervoientd'un inflrument par le moyen duquel ils recevoient amm.LH,(,vi.
l'air extérieur, ce qui leur procuroit la facilité de faire dans
l'eau un allez, long léjour.
Cet indrument éloit, lelon toute apparence , quelque tuyau
ou cornet de cuir qu'on attaclioit à un bonnet qui couvroit
la tête du Plongeur ; ce bonnet étoit fait aulïi de peau de
bêle, comme de peau d'agneau ou de mouton, c elt de-là
qu'ell venu l'ufage de le lervir du mot otpfÉolwjj pour défrgner
un Plongeur : l'extrémité du tuyau /ailapté à ce bonnet
excédant la furface de l'eau , coiiduiloit au Plongeur l'air
fii8 Histoire de l'Académie Royale
extérieur. Pour fe convaincre que telle efl l'idée qu'on doit
fe faire de l'inflrunient qu'Ariflote a ici en vue , il fulfit
d'obferver qu'il le compare à la trompe de l'clcpliant , dont,
dit-il, cet animal fe fert, lorfqu'il nage, pour relpirer , en
l'élevant au-defTus de i'eau.
Ce qui mérite encore plus d'être remarqué , c'eft qu'il eft
'ProM. V. fait inention dans l'ouvrage àes Problèmes , d'une autre
^tilixxxa, jyjachine qui n'eft point différente de ce que nous appelons
la cloche du Plo getir.
« Un moyen, dit l'Auteur, pour procurer aux Plongeurs
» la faculté de refpirer, eft de deîcendre dans l'eau une chau-
>» dière ou cuve d'airain ; ce vafe conferve l'air dont il eft
» rempli & l'eau n'y entre pas; mais pour cela, il faut avoir
I» foin de l'enfoncer perpendiculairement «Se par force, car pour
peu qu'il foit Incliné , tout l'air s'en échappe. »
On ne peut s'empêcher de recoiinoître ici l'ébauche de
notre cloche du Plongeur, que les Phyficiens modernes, &
fur-tout le célèbre Halley , ont fi fort perfectionnée. M. l'abbé
Ameilhon croit devoir avertir en finiffant , qu'il n'eft pas
ie premier qui ait fait attention à ce paflage; M. de Brémond,
de l'Académie des Sciences , l'indique dans une note qu'il
a eu occafion d'ajouter à une lettre fur la cloche du Plongeur,
qui fe trouve dans les Tra/ifaâions philofophiques pour,
l'année 17^^'
DES Inscriptions et Belles -Lettres. 119
EXAMEN
D'UNE OPINION DE JACQUES CODEFROI,
SUR
LES AFFRANCHISSEMENS DES ESC LA VES,
qui fe faifoient dans les Eglifes.
L'usage d'affranchir dans les Églifes, fut établi par
Conrtantin; mais ce Prince i'eniprunta-l-il des Payens
pour le tranfmeitre aux Chrétiens ! Telle eft l'opinion de
Jacques Godefroi , adoptée par plufieurs Savans , entr'autres
par Spanheim \ Evrard Oiton ^ penle , au contraire , que • ^^/^ot
chez les Grecs & les Romains, dans le temps qu ils étaient \'r.a!.uîi.
ulonpé^ dans les erreurs du paganifme, les Atfranchillemens T.rjaur. Jurij
ne fe failoient pas ordinairement dans les lemples, ô. que,
quand cet ufage auroit rubfillc, Conftaniin n'en a point tiré
celui d'artranchir dans les Églifes. Ce dernier lentiment ert
celui qu'embralfe M. Bouchaud.
Ritn ne lui paroil plus foible que les raifons qu'allègue /am.K©tW.
en fa faveur Godefroi. Suidas parle d'un Priiloiophe cynique
nomme Cratcs, Thébain , qui ayant abandonné lès biens,
monta 'é^ iv/2a/*v , ik déclara qu'il s'affianchilToit lui-mcme;
mais CCS mots peu\ enl ne défi gner qu'un lieu élevé qutkonque,
& l'on voit par la harangue d'Elchine contre Ctéhphon , que,
chez les Athéniens, les Elclaves étoient proclamés libres par
un Hérault monté fur la balè d'une colonne, ou lur un banc
de pierre. Aufîi Émilius Portus rend les paroles de Suidas
par celles-ci , in ediio fans loco ; & fallût-il lei enlcn.lre d'un
autel, quelle conféquence peut- on tirer d'un fait particulier
à un ulage général , & d'un atfranchiliement phiioiophique
de foi-méme ù un véritable affranchillémenl î
il y a\oit dans le Latii.m , ppes de Ttrracine, un Temple ^A»^^. r///;
de la dtelle Féronie, où, fuivant Ser\iui, les Aliianchis, ''"'■^ *'
'120 Histoire de l'Acadi^mie Royale
la tcte rafée, recevoient le bonnet de la liberté, aflîs fur une
pierre, fur laquelle étoit gravée ce vers :
Benemeriti fervi fcdeant , furgant liheri.
Le nom de celte Déeffe protedrice de la liberté , paroît
'^^^/^f""' fou vent fur les monumens "" de l'anliquité : c'étoit Junon,
f. n?- . comme le dit Servius , Juno virgo quœ Feronia dkehatur^ ,
in ^Fa'mU Rom. &■ AcroH *^ , ancieii Scholiafte d'Horace : Imc ejl Jovis Aiixuris
Eri"l Aru.' Comme ce lieu étoit très -fréquenté, fur-tout dans une
/cA ///,/'■ '^-2 • certaine faifon de l'année, ainfi que le témoigne Strabon ^,
jEii.v.79f>' loit à caule de la célébrité du Temple , foit à caufe d'un
' Lib.i.Sai.v. inai-ché très-renommé dans toute l'Italie, on ne peut douter
' ^', , que les afFranchilfemens n'y aient été très - fréquens ; mais
V. 226. on ne trouve aucun veltige des cérémonies qui s y pratiquoient,
ni à Rome, ni dans les Provinces; feulement les Affranchis,
/ ^"\ 'j\, Suivant la coutume des Athéniens dont Suidas^ fait mention ,
^ TeJyx.^' changeoient la forme de leur chevelure : à demi rafés tant
qu'ils éloient dans l'efclavage , ils prenoient le bonnet à
l'indant de l'affranchiffèment , ayant alors la tête entièrement
Pfcfdm. IX. x^Çée. C'étoit, comme l'oblerve Quintilien , le fymbole de
la liberté. Ceux qui étoient affranchis par teflament , n'éîoient
affurément pas conduits par leurs maîtres au Temple de la
Déeffe. Nous ne voyons pas non plus que les maîtres qui ,
de leur vivant donnoient la liberté à leurs Efclaves, aient
été obligés de s'y tranlporter avec eux : ils avoient près
d'eux les Confuls , les Préteurs , les Préfidens & les autres
Magifh'ats , ûpiid quos fediila fervihis adipifà poterat lihenaîem ,
CoH'.T^^dir félon l'exprelfion de Conflantin. M. Bouchaud ne nie pas
Ltg. IV. Cod.^ que les Affranchis ne vinlfent par reconnoiffance , apporter
m^'^l'''"'^'^'' leur"; offrandes à la déeffe Féronie, ou àTerracine, ou dans
L'.b. II. bal. les autres lieux où elle avoit des Temples ; car, félon Ciuvier,
Ant. cap. Il . gHg çp avoit en deux autres villes de l'Italie, toutes deux
'' ^ "' dans l'Étrurie ; l'une , entre Luna & Pife , l'autre , près du
Lih.lll.Aiiii.j.'Yibve. Denys d'Halicarnaffe témoigne que les vœux adreffés
'"' à la Déeffe , & le commerce , altiroient à Terracine, de toutes
les
DES Inscriptions et Belles -Lettres. 121
les villes voifines , une infinité de perfonnes. Siiius Italicus ^ ^''^-^-fj^J,;
a chanté les richefTes immenfes accumulées dans ce Temple '" ^
pendant un grand nombre d'années. Dans une infcription
rapportée par Gruter , un Efclave élève cinq autels à la P-^S'^'^"-
déeflè Féronie , pour obtenir , lans doute , la liberté par fa
proteélion. Dans une autre infcription que rapporte Fabretti , F'^-4S"
un Affranchi érige à la Déeffe un monument pour la remercier
de la liberté qu'il a obtenue.
Mais loin que Conftantin ait rien emprunté, à cet égard,
des Payens , il ne fit qu'établir en règle une pratique obfervée
fouvent par les Chrétiens long-temps avant lui. Cotelier Noi.wj.a.m
aperçoit dans la lettre de Saint Ignace à Polycarpe , des
vertiges de i'affranchilTement fait dans l'églife. Les uns
fuivoient cette pratique pour obtenir la rémiflîon de leurs
péchés , comme le montrent plufieurs formules d'affranchiffe-
ment; d'autres , par efprit de religion ; plufieurs enfin, àcaufe Lit.Il.Ccd.
du Baptême ou des Ordres facrés que les Affranchis dévoient £,,i,j[^J^,
recevoir : car la cérémonie du Baptême étoit accompagnée
de la conceffion de la liberté chez les Chrétiens , qui , félon
M. Bouchaud, avoient en cela imité les Juifs; du moins,
le Rabbin Moyfe Maimonide , dans un Opufcule fur le
Baptême des Enclaves , traduit de l'Arabe en Latin par Buxtorf,
dit qu'un efclave qu'on tient d'un Gentil , devient fon maître
fi, lorfqu'il cfl baptifé . il fe déclare profélite ; déclaration qui
n'eft même pas néceffaire fi le Maître eft ^\(:k\\\ , [ed eo ipfo,
auo baptifatur , liber fit.
Chez les Chrétiens, le Baptême s'adminiftroit , &: les
affranchiffemens fe faifoient aux jours de fêle, fur-tout dans '^jJ'J',^;^
le temps de Pâques. D'ailleurs, dans le premier, comme irl.viH.Cod.
dans les féconds , les cérémonies étoient les mêmes : on faifoit '''("■•'■
lapu-ouette, on recevoit un coup lur la )oue , on prenoit ^^y^^^ ^^„^
la robe blanche &: le bonnet. C'étoit , d'une paît un affran-
chilfement f|Mrituel , & corporel de i'auUe.
M. Bouchaud penfe que les affranchiffemens dans les
cglifes furent encore une fuite de i'efpèce de jurididion
que les Évêques s'attribuèrent avant le règne de Conllaniin.
Hifi. Tome XL. .Q
122, Histoire de l'Académie Royale
/. Cm; c, Conformément au confeil de l'Apôti e , les premiers Chrétiens
portoient leurs conteltations & leurs procès devant des arbitres
fages & éclairés ; c'eft aulîi dans les alîemblées des Fidèles
que fe pafîbient les aéîes de quelque importance ; par ce
moyen , l'audience de l'Evêque devint inleniiblement une
elpèce de tribunal , depuis fur-tout que les Prélats s'aflînii-
ïèrent aux Grands- prêtres des Juifs, &: que la célébration
de l'office Divin fut inftituée fur le modèle de la liturgie
Judaïque. On fait que Paul de Samofate s'arrogeoit une auto-
rité pareille à celle des 'Magiflats féculiers; M. Bouchaud ne
doute pas que cet Evcque, & iç:s femblables, ne confirmaffent
les affranchiflèmens faits dans l'églife en leur préfence. A la
vérité ceux qui étoient affianchis de cette manière n'étoient
pas de meilleure condition que ceux à qui la liberté avoit
été accordée en prclence d'un certain nombre d'amis. Ces
derniers, avant la loi Junia Norhana , étoient plutôt libres
défait que de droit : ils redevenoient efclaves fi leurs Maîti'es
avoient un fujet légitime de fè plaindre d'eux; & même,
depuis cette loi , ils étoient de pire condition que les Affranchis
fer v'mdïdam. Mais Conflantin , pour rendre les affi-anchif-
femens plus faciles , voulut que , quiconque feroit affranchi
par un laïc en préfence d'un Evêque , loin d'être réduit à la
condition des Latins , jouît d'une entière liberté , & du droit
Lil,J,c.ix, de citoyen Romain. Sozomène parle de trois loix faites par
ce Prince à ce lujet : la première n'exifte plus ; les deux
autres, qui fe trouvent dans le code de Jullinien, parlent
d'affranchiffement fait dans Xéglife , in ecckftâ Catholicâ ,
ou ïn grcmio Ecdefta. Ce mot, que les Latins ont emprunté
des Grecs, chez qui il fignifioit une affemblée du peuple »
a été pris par à.^?, Savans , fuivant l'acception moderne „
pour la Bafiïiqiie , ou le lieu même dans lequel les Fidèles
Laaant. de s'aflembloiciit. Il eft vrai qu'on le trouve quelquefois ,
cxn-AmM. Ii-'oique rarement , employé dans ce fens par des auteurs
tpit. XXIX ad Latins des premiers fiècles de l'ère Chrétienne ; mais ceux
^^Tml/ais vita ^^"^ ^' ^^^ accompagné dans les loix dont il s'agit , montrent
Aureiiuni, aflëz qu'il y eft pris dans l'acception qui alors étoit la plus
DES Inscriptions et Belles -Lettres. 125
commune (a). D'ailleurs , lorfque la loi de Conftantin fut
publiée, la periécution de Décius ctoit récente, <Sc comme
on avoitfévi contre les Chrétiens avec la plus grande cruauté,
il n'eft pas vraifemblable qu'il leur fût refté des édifices
publics deftinés au culte lacré ; mais lorfque la piété de
Conflantin eut érigé des Teinples . & eut même confacrc
ceux des Payens au culte Chrétien , ce fut dans ces
Temples que fe pratiquèrent les affranchi iïemens qui , félon
qu'il étoit prefcrit par les loix , dévoient fe faire dans le fein
de l'Églife.
(a) Quelques Savans ont foutenu
que , durant les trois premiers ficelés ,
lés Chrétiens n'eurent point de Tem-
ples ; ils fc fondoient fur des témoi-
gnages d'Origène, de Minucius Félix,
d'Arnobe (?c de Lacflance , qui attcf-
tent que les Payens rcprochoient aux
Chrétiens de n'avoir ni Autels , ni
Temples, ni Simulacres connus. Ils
ont été réfutés par d'autres , qui ont
montré que mC-me le mot EccL'Jia a
Clé employé par des écrivains Grecs
(Se Latins, pour défigner le lieu où les
Fidèles s'affembloient pour la prière
& pour la célébration des Alyftères.
Peut-être même ell-ce le fens qu'a ce
terme dans la première Epître de S.*
Paul aux Corinthiens , chap. XI , v, 22.
On peut voir dans l'Ouvrage de Jofcph
Bingham ( Origines Jlve Anriquitates
Ecclefiaflicce , lib. VlII , cap. I ,
S- XIII if feaq.) les raifons qui ont
été alléguées ae part & d'autre.
124 Histoire de l'Académie Royale
O B S E R V A T I O N S
SUR
L'HISTOIRE ET LES MO NU MENS
D E
CÉSARÉE EN CAPPADOCE.
MPtïïer.Mtd. TL feroit à fouhaiter, dit un Auteur éclairé &: judicieux,
s,Ii,p.j6o. y ^^^ jgj Savans vouluirent bien entreprendre de donner
i'hiitoire des Villes, linon de toutes, au moins des princi-
pales dont on a des médailles & des inlcripiions, en y joignant
d'ailleurs , avec choix , les traits épars qui le trouvent touchant
ces Villes , dans les Auteurs anciens , & ce qu'en ont dit les
modernes ; ils formeroient par-là un nouveau corps d'Hiftoire
qui ne feroit pas moins curieux qu'utile. On y verroit, d'une
part, l'origine &: la fondation de la plupart des Villes, quels
éloient les peuples qui les habitoient, leur culte religieux ,
la forme de leur gouvernement , les hommes célèbres qu'elles
ont produits , & l'état où elles fe trouvent a<fi;uellement; d'autre
part, leur vraie pofition y feroit marquée, ainfi que les évè-
nemens mémorables qui y font arrivés , & les révolutions
qu'elles ont éprouvées. Les difficultés que préfentent des
pafïàges des Auteurs qui en ont parlé confuiement, feroienî
difcutées ; les obfcurités qui n'ont pas encore été éciaircies
jufqu'à préfent , pourrcient difparoître, & le tout fourniroiî
des lumières importantes pour la Chronologie , & particu-
lièrement pour la Géographie qui auroit beloin d'un pareil
fecours.
C'ell: l'objet principal que s'eft propofé feu M. l'abbé
Belley , en donnant i'hiftoire abrégée de plufieurs Villes,
inférée dans différens volumes de cçs Mémoires. On remarque
dans l'étendue de l'empire Romain , un grand nombre de
Villes qui ont porté le nom de Céfarée en l'honneur des
Célîtrs.
DES Inscriptions et Belles -Lettres. 125
Celle dont s'occupe M. i'abbé Belley dans ce Mémoire , 5 Février
eft la ville de Céfaiée en Cappadoce, qui a été capitale '773'
d'un Royaume, le liége de ks Rois, enliiite métropole de
fa Province : on l'appeloit par excellence la grande Céfarée.
Pour mettre de l'ordre dans la fuite d'un grand nombre de
faits , il conlidère :
i." La pofition géographique de la Ville, la fertilité de
fon terroir, les rivières qui l'arrofent, ks montagnes.
i.". L'ancienneté de cette Ville.
3.° Son ancien gouvernement fous fes Rois, fous les
Romains.
4." Le culte religieux envers les Dieux & envers les
Empereurs ; les Temples qu'elle fit bâtir ; \qs fêtes & les
jeux lacrés qu'elle fit célébrer.
5." La dignité de cette ville Royale; fà qualité de Métro-
pole ; la prééminence de fon Eglife.
6." L.GS monumens qui fubliflent , principalement les
Biédailles.
7." Les révoiutiojis de la Ville depuis le règne de Conflantin.
8.° Son état aduel.
I. La ville de Céfarée étoit avantageufement fituée dans
une plaine au pied du mont Argée; la plaine, toute lablon-
neufe qu'elle efl, produit en abondance des blcs , comme
il efl marqué fur plufieurs médailles qui défîgnent par des
^pis, la fertilité & l'abondance du pays. Quoique Strabon Strah.ixil
difc le contraire, ce qui pouvoit être vrai de fon temps ,/'■/-''''' •
Jes voyageurs modernes allurent que celte plaine efl Icriile
en blé. Le territoire , qui abonde en pâturages , nourrit \\\\
grand nombre de befliaux, fur-tout des chevaux. Les marais,
pendant l'été , produilent beaucoup d'herbes & de fourrages;
ies cnvirotis de Célarée ft)urnilleiil des bois de confliuélion
qui font rares dans le refle de la Cappadoce; une- grande
quantité de pierres pour les édifices : on y trouve qut'qucs
mines d'agale-onix , de minium ou vermillon fort cflimc. Sirai.p.j^e,
Une rivière nommée Mcias , qui p. end iii lourcc datis
12^ Histoire de l'Académie Royale
i^trahp.jjp, un lieu bas &: profond , pafToit à quarante flades (deux petites
lieues) de l'ancienne Ville, elle Ibnnoit des lacs & des
marais ; cette rivière tombe dans l'Euphrate , au-delTous de
Mélitène , après un cours d'environ cinquante lieues ; les
Turcs l'appellent aujourd'hui Kara-fou , qui, comme le nom
Mêlas, fignifie eau noire, parce qu'apparemment le lit de la
rivière eft profond. Un roi de Cappadoce nommé Ariarathe,
lMd,p.;s^- fit boucher le cours du Mêlas, & inonda toute la plaine
voifine; les hauteurs formoient des efpèces d'îles dans lefquelles
ce Prince alloit prendre fon divertilfement ; mais les digues
qui retenoient les eaux s'étant rompues , le débordement fut
fi confidérable , qu'il enfla l'Euphrate , emporta pkifieurs
villages , les arbres & les grains ; d'un autre côté , il
fit beaucoup de ravage dans la Galatie , & les Galates
firent demander au roi Ariarathe , un dédommagement de
trois cents talens , qui fut renvoyé à l'arbitrage du peuple
Romain.
Le mont Argée qui domine fur la plaine efl: le plus élevé
de tout le pays , le fommet eft toujours couvert de neiges ;
cependant le mont efl: rempli de feux fouteiTains fort dange-
reux pour les voifins , qui vont y chercher du bois ; &
les beftiaux même qui vont paître fur la montagne , tombent
quelquefois dans des fofles où ils font brûlés, La montagne
eft fouvent repréfentée fur les médailles de Céfarée avec les
Buonant, ouvertures formées par les feux; le pied eft couvert de pâtu-
^at'xu ^^'"'' i"ages (aj & de bois. Les Cappadociens rendoient à cette
;T/r • T montacme des honneurs divins ; & , fuivant Maxime de
'Piferf,v/ij, Tyr, elle étoit le Imiulacre de la Divmite par lequel ils
prêtoient ferment , oesi Kx-tt^lJ^'-^joiî , ^(jy fioi , yjj op-Mi , ^
a.yx.Xpusi ■■> & on voit fouvent fur les médailles, au pied de
ia montagne , un petit Temple.
Une autre rivière, plus confidérable que le Mêlas , arrofoit
une partie de la Cappadoce, & n'étoit pas éloignée de Célarée,
c'étoit le fleuve Halys dont parle Hérodote; il prend fa
(a) Vcliicrumfte parens Ar^ous equorum- (Claudian in Rufin, Ub. \l.).
DES Inscriptions et Belles -Lettres. 127
fourœ dans i'Arménie , palTe près de Sébafte ou Siwas ,
continue Ton cours vers le couchant , & prend enl'uite fa
direction vers le Nord pour fe rendre dans le Pont-Euxin.
Une autre branche de l'Halys fort du mont Taurus près de PHn. /li. vi,
ia Cilicie, coule du Sud au Nord, & eft appelée aulli Halys '^''^' '•
par quelques Auteurs, il fe joint au premier qui defcend de
l'Arménie ; celui-ci qvii, fuivant une lettre de Firmus , évêque Flmvs.
deCéfarée, étoit un fleuve voifin delà Ville, ^^/-rav •mizLpli^ rpijl.xxxvi
caufoit de grands dommages par Tes inondations. Ce fleuve
étoit principalement groffi par la fonte des neiges du mont
Argée, fuivant une épigramme de Claudien , où, en parlant Deàngub
du cheval de l'empereur Honorius , il dit que cet animal '^'" ^'""'"''
avoit été nourri dans les prairies d'Arménie , ou lavé dans
les eaux du fleuve Halys, troublées paria fonte ài^s, neiges
du mont Argée (b).
La Cappadoce étoit, dans les premiers temps, habitée par
des Syriens qu'Hérodote appelle Leuco-Syriens , c'efl- à-dire, HnoJ.l.yi,
les Syriens blancs; Apollonius leur donne le nom d'Alfyriens. snJù.'l^l'il
La Cappadoce prile dans la lignilication la plus étendue , r- Sis-
défjgne la partie de l'Aile mineure , fituée à l'Orient du ^F'"- ^'^"^^
fleuve Halys, s'étendant depuis le fommet de la branche du ' '^'^^^
Taurus qui borne la Cilicie julqu'au Pont-Euxin vers le Nord,
& jufqu'à l'Euphrate vers l'Orient, ou du moins, jul'qu'à la
chaîne de montagnes qui règne au couchant de ce fleuve.
Strabon dit que ce grand pays fut divifé en deux Satrapies Sirah.uxu
fous les Perfes, l'une voifuie de la mer ou du Pont-Euxin ,^'-f;>' ^•
l'autre féparée de la première par une chaîne de montagnes,
conlerva le nom de Cappadoce; celle-ci, dans la (uite, fut
partagée en dix ou onze Préfeélures. La ville de Cclarce
tloit fituée dans la Préfeélure Cilicienne (c).
La Ca])padoce nourrillbit des chevaux très-eflimés parleur
Çb) Sivc illiiin Arincniis ahicnint grumina cainpis ,
Turbidus Arg^ià fin nive liivit Halys.
(c) La ville de Ma-^aca Civfarea étoit le centre de réunion de cinq voie*
Kunuincs , dont on peut voir le déull dans les Itinéraires.
'i28 Histoire de l'Académie Royale
légèreté ; ils étoient même réfervés autrefois à i'ufàge des
Empereurs , d'où ils furent appelés flivina animalia , les
chevaux de l'Empereur , comme on peut le voir dans une
note de Jacques Godefroy.
1 1. La ville de Céfarée , capitale de la Cappadoce , appelée
Sirah.hlh Xll. guffj J\4(i'^aca , e{\. très-ancieiuie ; quelques Auteurs croient
Joj.l.l,c.vii, qu'elle a été fondée par Mofoch ou Mefech , ipa fils de
inCetuil X,' •J^P'''^f' Mofoch , ditSaiiit Jérôme, Cappadoces ; uude & urbs
ujque hodie npud eos Mai/ca , Maiaca dicitur.
Lj,c,xin, Suivant Moyfè de Khorenne, Mefchak ou Mazak fonda
la ville de Mazaca. Mfthak ou Majak eft un mot Arménien
qui fignifie proprement un laboureur, & fans doute ce nom
a été donné à la ville à caufe de fa fitu: t^bn au pied du mont
Eudox.apvd Xxq^é.Q, Se d'une vafte plaine très fertue. Selon Eudoxe, ia
langue Arménienne étoit un dialeéle de celle des Phrygiens,
& les Cappadociens étoient Phrygiens d'origine. La ville
capitale de Cappadoce s'appeloit donc originairement Mazaca,
Srrali. "^ Mctfc.:^. v, ^-fiTÊPTroA/ç iv éÛi'S'î , & elle fut diflinguée par
fa proximité du mont Argée , >î 39 a.vTVt è-^itAviaîv y\ nzç^i
TTi/' h^yoLKû , & fur pkifieurs médailles il efl fait mention de
AmmlmJXX. fgs habitans , TON OPOS TQ. kVY k\0.. Ammien Marceiiia
f g A Ai II, ï I / • / n ^ Ci
dit que cette ville etoit nommée auparavant Mazaca, &
étoit fituée au pied du mont Argce , apud Cœfaream Maijicam
antehàc uorninatam opportunam iirhetii & cekhrem fub Argai
mentis pedibiis fitam. Cette ville fut enfuite nommée Eufsbia
fous fes derniers Rois. Ariarathe V.^ du nom , aima fi ten-
drement Ariarathe VI fbn fils, qu'il abdiqua la Couronne
en fa faveur ; le fils refufà de l'accepter ; ils gouvernèrent I Etat
en commun. Le père reçut le nom d'Euféijès , ET2EBOT2 ,
& donna le nom dîEufebia à la capitale , comme on le voit
fur une médaille qui repréfente un Temple à quatre colonnes,
•ifâf'^i'f' ^^^^ '^ "°'^ ET2EBEIA2 ; cette Ville étoit la même que
Céfarée , comme il efi: prouvé par une autre médaille dont
Je type efl: un aigle pofé fur le mont Argée, avec 1 infcription
SesuinJUd. ET2EBEIA2 KAî^riAPEIAS.
Après
DES Inscriptions et Belles - Lettres. iip
Après la mort d'Archelalis , dernier roi de Cappadoee ,
Tibère réduifit en Province les États de ce Prince, &: it
changea le nom de la ville capitale de Mazaca, furnommée
Eufebia , &. la nomma Cafarea en l'honneur de Celar-
Augufle, fon père adoptif. Eiiscbe rapporte ce changement Ei^f.mchome.
de nom à une époque qui répond à l'an 20 de l'ère chré- P- ' S7. "«'*.
tienne. Sextus Rufuî dit que les Cappadociens avoient un '""c'jf.ii,
tel refpecl pour la majefté du nom Romain , qu'ils donnèrent
le nom de Céfarée à Mazaca en l'honneur d'Augude : ïta
majcfîatem Romanam coluijfe , ut in hoiwrem Aiigiifii C^faris
Mazaca , civitas Cappadoci^ maxima , Cafarea mincupaietur.
Tibère fit donner à la ville le nom de Céfarée, non pas en
ion honneur , comme quelques Auteurs l'ont cru , mais
comme Sextus Ru fus l'a très-bien dit , en l'honneur d'Augufte ,
w honorent Augujîi Cafaris. Morel a rapporté une médaille ,^^°"\j
de Tibère qui repréfente une (hitue d'Augufte, la tète radiale, jptcim.p.^^.
pofée fur le mont Argée , tenant de la droite un globe , &
de la gauche une hafte, fymbole de l'apothéofe d'Augufle.
Cette Ville porta plufieurs noms, fouvent deux à la fois;
Maifica Eufebia , quelquefois Maiaca Cafarea, Etienne p/,„. />„/,;,,
de Byzance fait mention des trois noms Kxi(ra!/)ê(x ture^TTuAis '«^^^ P'<"""è'
ttIî Y^^'K-m.'h-uiA', ïî «TTdiy EJctïSïjx jyù Msti^ctvjt. L'empereur
Julien irrité contre les habilans, qui avoient détruit dans leur
Ville le temple de la Fortune, leur défendit de prendre dans
la fuite le nom de Céfarée ; Cafarcani livitatcm ita vocari Soicmj.v,
prohibuit. La défenfe de Julien ne fut pas exécutée; tous les *'"^'<^''I[">'^
a(5les publics, facrés & profanes, & les Auteurs, ont toujours
continué de donner à celle Ville célèbre le nom de Céfarée
qu'elle porte encore.
in. La Cappadoee anciennement a pafTé fous différens
gouvernemens ; fous celui des Alîyriens , Sémiramis fit
conflruire dans la Cappadoee plufieurs monumens , qui fub-
lifloicnt encore du itiiips de Sirabon , entr'autrcs , une Siyjh.l.Xll.
thaulîte, près de laquelle étoii fiiuée la ville de Tyane , P'fS7' ^•
i'TnKumi -)^fjuaf]i Xyjj^fuS'U':: Aluylc de Khorenne allure ,. wj^V./-,
Hijfl. tome XL. R
ijO Histoire de l'Académie Royale
qu'au temps de Bélus & de Ninus , les Arméniens avolent
pour roi Arum ou Anvni , c'efl-à-dire, ie Syrien, qui conquit
ies pays lltucs vers l'Occident, du moins la Cappadoce &
ie Pont, Si. qui établit dans ce pays une colonie Arménienne,
gouvernée par Mfchack ou Alaiack , qui fonda la ville de
M,'m. Acad. Mayica. Les Mèdes , par la deflrudion de l'empire d'Aliyrie,
'•'''^■^'^"î''^* devinrent les maîtres de la Cappadoce. Déjocès , vers l'an
710 avant Jéfus-Chrift, fuivant Hérodote, fonda ce nouvel
empire. Phaortès fon fuccefTeur, qui régna vers l'an 657,
fut le premier qui ht A^s conquêtes , & qui ajouta de nou-
velles provinces à la Médie. Ce Prince apparemment réduifit
la Cappadoce.
Après la défaite d'Aftyages par Cyrus , la Cappadoce
tomba fous la puiHance des Perles , qui y établirent le
Magilme, le culte du mois Pharnak , repréfenté furies monu-
mens par un croilîant & par une étoile ; le culte à'Aiiàitis
Styal.lXIl, la Diane & la Vénus Perfique; la fcte des Sakea , célébrée
^ Vil.'l, XV, à Zéia & dans la Cappadoce ; on établit dans plufieurs
t- 7)3; , endroits des Pyrées pour honorer le feu. Les Cappadociens
' adoptant le Magifme, furent forcés d'abandonner leur ancienne.
religion, ie culte des ftatues , mais ils le rétablirent lorfqu'ils
furent en état de le défendre contre la puifTance dominante.
Sous la domination des Perfes , la Cappadoce coniidérée
en général , fut partagée, comme nous l'avons vu, en deux
gouvernemens ou latrapies, la Pontique ou le Pont, & la
Cappadoce proprement dite; celle-ci étoit gouvernée par
une Dynaftie de Princes qui étoit en grande confidération
à la cour de Perfe. Photius nous a conlervé un extrait alîëz
étendu du trente-unième livre de Diodore , où cet Hiftorien
avoit rapporté la fucceflion des rois de Cappadoce , en com-
mençant à Pharnace , qui époufa une princelfe Achéménide,
& finilîant à un Ariarathe Vl.'^du nom, petit-fils d'Antiochus-
ie-Grand par la mère, 5c le feizième roi de Cappadoce.
Après la conquête de la Perfe par Alexandre, la Cappa-
doce , fous i^s Rois , refla indépendante de la puillance Aqs
Macédoniens; mais le roi de Cappadoce Ariarathe \\, fut
DES Inscriptions et Belles -Lettres. 131
tué par Perdiccas , l'an 322 avant Jéfus-Chrift , Si. c'tft
de celte époque que M. l'abbé Bellay reprend ihilloire
abrégée tles Rois de Cappadoce qui prétenduiejit defcendre
de Cyrus , & dont la iuiie elt incertaine & peu connue
juiqu'au temps d'Alexandre.
Perdiccas a)ant défait les Cappadociens dans une bataille,
fit prilonnier leur roi Ariarathe il , le fit périr par un fuppiice
inlame avec toute fa famille; fon règne, iuivant Diodore, DîoJ.XWh
avoit été heureux, long & tranquille; il n'avoit pris aucune /"• 0^«-
part à la guerre d'Alexandre &: de Darius ; fuivant Lucien
il vécut quatre-vingt-deux ans. • •
Ariarathe III fon fils, par le fêcours d'Ardoate, roi d'Ar-
ménie , reconquit la Cappadoce fur les Macédoniens , Se en
chaffa Amynthas ; on ignore la date précife de cet événement
qui précéda la mort d'Antigonus , tué en 301 à la bataille D!tJ,afudPh»t,
d'Kîus.
Ariamnès fon fils lui fticcéda : nous ne fàvons aucun
détail de la durée ni des évènemens de fon règne, nous ne
connoiffons que fon nom.
Ariamnès laiflii pour fuccefîeur Ariarathe IV, qui époulâ
Stratonice , fille d'Aniiochus , furnommé le Dieu , avant
l'an 248.
Il lailla fès Etats à fon fils Ariarathe V, qui époufa, l'année //•/</.
ICJ2 , Antiochis, lille d'Antiochus-ie-Grand. auquel H ^/f''';;_'^^"^«
donna des lecours contre les Romains : ce Piijice porta le Tu. L XXXV,
furnom d'ETStBHS , Pius ; il mourut âgé de cinquante-un '"l'-^'"'
à cinquante-deux ans. ^'^xxxix^"'
Après la défaite d'Aniiochus , il devint ami de la Répu-
blique, & envoya à Rome, avec des Aniballadeurs , ion ^"'•^■^^^^*
i-i A • I f ■ I- caj'.XJX.
lils Anaraihc , encore fort jeune , pour I accoutumer aux
moeurs & aux ufages des Romains. Ariarathe V, comme
nous l'avons déjà vu, voulut p.ir tendrelie , remellre [çs DioJ. p. Syji
Etats à Ion lils Ariarathe qui rcfufa de les accepter. Ce Prince
mourut, après un long règne, l'an 5G8 de Rome, 166
avant Jéfus-Chrill, Ibus le Confulat de Gallus Si. de M:ir- /'hfV'*'*
celjus. On a pluficurs médailles de ce Prince qui repréienicnt
R ij
132 Histoire de l'Académie Royale
fa tcte ceinte du diadème; au revers, Fallas ou Minerve,
portant de la main droite une vicloire, & de la gauche une
S,'er.f/e,n-ctJ!. \^^{\ç ^ à fes pjeds l'cgidc : on lit BASIAtn^ APIAPA0OT
p.l^'J!'"' '' ETSEBOT2. ■
Ariarathe VI étant parvenu au trône, envoya des AmbaC
Poly!'. Exceryi. Ç^^\ç^^^^^ pour renouveler avec la République un traité d'alliance
'""'■''" & d'amitié; & après la concluHon du Traité, il rendit grâces
aux Dieux. Il cultiva les Lettres , 8c principalement la Philo-
fophie , ce qui attira plufieurs Savans à fa Cour. On croit
Haym.t.II, qu'il porta le furnom d'Ariaratbe/|/?//?/w//^i, qu'on lit (ur des
''' '^'" médailles. Ce Prince reila toujours attaché aux Romains ; il
fut tué en combattant pour eux dans la guerre contre Arifto-
nicus , qui commença l'an i 3 i , & finit l'an i 3 o avant Jélus-
Chrifl. Il lailia fix Princes très-jeunes fous la tutèle de ieuF
mère , qui fit périr les cinq premiers par le poilon ; le fixième
iils régna.
Il prit le nom d' Ariarathe VII; ce Prince époufa Laodice,
7«/7/«, fœur de Mithridate roi de Pont , qui , dans la fuite , le fit
Ziî.JVXAF///, ^,gj. p^j. Gordius. La Reine, après la mort de fon mari,
'"'''' ' époulà Nicomède roi de Bithynie, & s'empara delà Cappa-
doce : elle avoit deux hls de fon premier mari.
L'aîné, furnommé Ariarathe VllI, fut rétabli fur le trône
par Mithridate , qui haïlfoit fa fœur à caufe de fon mariage
avec Nicomède. Le jeune Roi le défiant de Ion oncle, aflembla
contre lui une armée; mais ayant été appelé à une conférence,
il fut mallàcré par Mithridate , en préfence des deux armées.
Ce Prince avoit pris le furnom de Philometor par afteéliou
pour fa mère. On a de lui une médaille avec le type ordi-
Hnym.Tefor. n^ire de Pallas Nicéphore , ou portant une Vidoire , &
Brùanr,. /. 11. pi^f^^^iption BASIAE^S APIAPA0OY 4>IAOMHTOP02.
Les Cappadociens , fatigues par les troubles & par les
attentats de Mithridate, s'étant révoltées appelèrent de l'Afie
un frère du Roi , qui fut nommé Ariaratue IX. Mithridate
J'ataqua, & l'ayant vaincu , le chafîà de la Cappadoce. Peu
de temps après , ce jeune Roi tomba malade de chagrin &
mourut. Le Sénat , pour arrtier les eutrepriiès & les projets
DES Inscriptions et Belles-Lettres. 133
'des deux Rois, ôtaà Miihridate ia Cappadoce . à Nicomède ^^^"g^^^^j^^
la Paphlagonie , & dc'clara libres les peuples de ces deux ,^p, j,.
Royaumes.
Les Cappadociens refusèrent ia liberté qui leur ctoit offerte ,
difaiit que la Nation ne pouvoit pas vivre lans Rois. Elle
jouilloit de grands privilèges; & les traités conclu^ avec les
Romains le failoient au nom du Roi & de la Nation. Ainli
fiin't l'ancienne race royale de Cappadoce.
Les Cappadociens ayant refufé de vivre en liberté, fuivant
leurs propres ioix , les Romains leur permirent de'le choifir
un Monarque ; le choix tomba fur Ariobarzane , Cappado-
cien , qui , tenant le fceptre du conlentement des Romains ,
en reçut, dans le cours de fon règne, de nouveaux bienfaits:
chalîc deux fois de (ti États par les intrigues ou par les armes
de Mithridate , deux fois il fut rétabli par la puilîànce du
peuple Romain; par Sylla l'an 668 de Rome, & par Pompée
i'an 688 (cj. Le Sénat lui déféra même les honneurs les
plus éclatans , & lui envoya la chaife Curule , diilinc^iou
accordée leulement aux Princes amis qui avoient rendu à la
République les plus grands fervices. Ariobarzane ht graver
ces marque? d'honneur fur quelques-unes de fes monnoies,
& prit lur la plupart des autres, le titre à! Ami des Romains ,
*lA01'nMA10S. Les Rois Ôc les Princes affectionnés à la
République, ambitionnoient & prtnoient fouvent ce titre ,
qu'ils firent graver lur des monumens. Le règne d'Ariobar-
zane I fut de longue durée : on lit encore lur fes médailles,
les dates de fon règne julqu'à l'année 33 , qui concourt avec
l'année 695 de Rome : il avoit époufé Athénaïs , dont
nous connoilfons le nom par la belle infcriplion d'Adienes
oubliée dans les Mémoires de l'Académie. Pompée, outre la TomeXXIH.
Il) Sous le rè-nc d'Ariohar/anc , Tigranc roi d' Arménie , allié de Miihri-
daic, inUva les h.. M tans de Ma/aca& Us envoya à Tigranocertc. qu'il vci.oit
dcronvIcrcJ/r-i/'.///'. XII, r"^- SVJ'C-)- Versran685 dcKonic, Lucullus
ayant \in la ville (le Tigr.inorertc , envoya en Caj^adocc, à Mazaca, Ici
Ji^iuns (]uc li|^ranc avoii ciilcvt^.
134 Histoire de l'Académie Royale
'yipp.mMiiJmd, reftitution de Tes États , lui avoit donné en Arménie fa
F^S-Ji-^- Sophène & ia Gordcne , ôc quelques villes de Cilicie,
Ariobarzane I.", quelques années avant fa mort, afTocia
au trône Ton fils, en préfence de Pompée, qui venoit de finir
ion expédition contre Tigrane & contre Mithridate.
iJe'm dei'Ac ^^ jeuue Roi efl: nommé dans l'inlcription d'Athènes j
tom, xxiii, Ariobarzane Philopator, & fur une médaille il a le même
^" '-^^* nom APIOBAPZANOT 4>IAOnATOPOZ , avec le type ordi-
naire de Pallas & de ia Vidoire. Son père voulut fe démettre
de les États, mais le fils refiifa le titre de Roi, & Pompée,
qui étoit préfent à cette cérémonie , appuya ia volonté du
père, proclama Roi le jeune Prince, lui ordonna de prendre
likV^'c.v^ih ^^ diadème, & de s'aiïèoir fur la chaife curule. La réfifiance
du jeune Ariobarzane fait aflez connoître fon reipecl & (z.
tendredè pour fon père, & montre qu'il mérita le titre de
Philopator qui lui efl donné dans l'infcription & fur les
médailles. 11 régna quelques années avec fon père qui
i'avoiî alfocié au trône, & qui, en mourant, lui lailîa la
Cappadoce entière. Nous ignorons la durée précife du règne
de Piiilopator ; elle fut d'environ treize ans , puilqu'alfocié
par fon père vers l'an 689 de Rome, il avoit péri d'une
mort violente peu avant l'année 703 , lorfque Cicéron pafîà
en Afie pour prendre le gouvernement de la Cilicie. Philo-
pator avoit époulé une Princeffe appelée Athénaïs comme
fa belle-mère : il laifia deux enfans encore jeunes nommés
l'un Ariobarzane , & l'autre Ariarathe.
Ckir.lJV, Le Sénat ayant appris ia mort du roi de Cappadoce,
ep.ii,adfam. / ariobarzane 11, furnommé Philopator), déféra la Couronne
à Ariobarzane fon fils, qui fut furnommé Eusèbès, & Philo-
roma;us fur les médailles , BASIAHOS APIOBAPZANOT
ET2EBOTS KAI $IAOPaMAIOT. Cicéron , qui partoit
pour fon gouvernement de Cilicie , fut chargé de prendre
la tutèle & ia défenfe du Prince. Le jeune Roi , accompagné
d' Ariarathe fon frère &. des amis de fa maifon , s'étant rendu
au camp, repréfenta les dangers qui le menaçoient , &
demanda àes troupes pour fii gai-de & pour fa défenfe.
DES Inscriptions et Belles -Letthes. ijj
Cicéron , après lui avoir donné différens avis, fit rappeler ^''^'r. aJ A/.!:,
les exiles que la Heine-mcre avoit éloignes , oc par la lageile ,
difllpa les troubles, affermit l'autorité royale, & fauva, fans
avoir recours aux armes , le Roi 8i. fon Etat.
Ariobarzane III, dans la guerre civile , prit le pai-ti de Cff.n. lell. ch.
Pompée, & après avoir été détendu par Jules-Célai" contre ''^■'^' '■^'''
les entreprifes de Pharnace roi de Pont, il fut tué l'an 712
de Rome , par Callius , pour avoir favorifé le parti du
Triumvirat.
Il faut faire ici une obfervation importante , félon
M. l'abbé Belley, c'eft qu'Ariobarzane, EtifeOès Philoromaus ,
n etoit pas le fécond du nom roi de Cappadoce , comme
i'ont cru le cardinal Noris , Spanheim & tous les autres
Antiquaires, mais qu'il étoit le troifième, fui vaut un pallage
formel de Strabon, écrivain exaél & prelque contemporain,
qui, en parlant de l'élection d'Ariobarzane I, dit que cette Strakixn^
Race royale Huit à la troilièine génération, us xe^^-evê/ov ^F'^-J-f^'
'Trç^tXjovla TV T/évV? è^eAcTTê. Les trois générations iont :
Ariobarzane I, P/ii/oroniaiis ; Ariobarzane II, Philopator ,
Ariobarzane 111, Eitfcùès Pliiloromœus. Celui-ci eut pour
frère, Ariarathe-Évergète-Phiiadelphc , qui, après la mort Dhn. Caff,
de ce dernier, recouvra les Etats de fi Mailon. IhXLVlU
Aiiarallie , à qui Cicéron donne le titre de frnîcr aman-
ùjfimus & funiniâ pietdte praditiis , régna peu de temps tran-
quille. L'an 713 de Rome, Marc- Antoine, après la défaite
de Brutus & tie Caiîuis, parcourut les provinces del'Alie,
& ilonna le Royaume de Cappadoce à Silinna, noble Cappa-
docien, par le crédit de Glaphyra la mère; l'année fuivante,
Antoine étant occupé à la guêtre contre les Parthes , Ariarathe Strah.lih. XV.
atla(|ua Siflnna, & recouvra Ion Royaume; mais les Parthes
ayant été chalîcs del'Ade, Marc-Antoine employa toutes les
forces pour dépouiller le roi Ariarathe, & doiuiala Cappadoce Dio. Caf.
à Archélaiis Irère de Sifinna, à la lollicilation de Glaphyra ^^••^■^^-'^'
fa mère, (|u'il aimoit. Ainfi (mit la féconde race des rois
de Cappadoce, (pii ne ilura (|ue ciiu|uante-cinq ans.
Archclalis tioit d'une mailon illullre , il avoit tté, comme
f}6 Histoire de l'Acadi^mie Royale
fon père, grand-prctie &c prince de Comane en Cappacfoce^-
& n'avoit aucune aflinilc avec les Princes de la féconde race;
la reconnoiiïànce l'attacha à Marc-Antoine , à qui il fournit
de puidàns fecours. Après la bataille dAclium , Augufle lui
pardonna, & lui rendit fes États. L'an 734., Augufle,dans
fon voyage en Afie, lui fit don de 1 Arménie mineure, de
la Cilicie Thrachce ou montagncufe, dont il excepta néan-
moins la ville de Séleucie fur le Calycadnus. Archélalis fit
Dh. I. XLlv, bâtir dans une île voilnie de la côte nommée Elauj'a , une
ira . i , X . ^jjjç rnagiiifjque qu'il appela Sébafle en l'honneur d Augufle;
& rendit, en 752 , les plus grands honneurs à Caïus-Céfar
petit-fils d'Augude, à fon pallage en Orient, maii négligea
beaucoup Tibère pendant Ion exil à Rhodes. Après la mort
d'Augufte , Tibère parvenu à l'Empire , fe reliouvint de la
conduite d'Archélaïis à fon égard , & l'ayant mandé à
'ùk.lLVU. Rome, quoique fort âgé & malade de la goutte, il le fit
Jm, An,i, i. accufer devant le Sénat , où il ne fut pas condamné. Après
un traitement fi indigne , Archélalis mourut de douleur ,
après un règne de cinquante-deux ans, l'an 770 de Rome,
J7/ de Jéfus-Chrifl,
Sous les derniers Rois de Cappadoce , le Royaume étoit
partagé en dix Préfectures , STg^TJi^ioci , dont M. l'abbé
Belley ne fait point ici mention , parce qu'on peut les voir
dans les Auteurs.
Après la mort d'Archélaiis, l'Empereur fit unir à l'Empire,
par un Arrêt du Sénat , la Cappadoce , & la fit adminiftrer
par un chevalier Romain : cette union augmenta confidéra-
blement les revenus du file ; Tibère diminua de moitié
l'impôt du centième denier fur tout ce qui fe vendoit ; les
domaines des Rois furent réunis au tréfor impérial : ces
revenus étoient encore employés, dans le bas Empire, pour
la dépenfe & pour l'entretien de la maifon de l'Empereur.
Le premier Gouverneur fut Quinlus Veranius, C^ppadoces,
Tant. Annal, jj^ Tacite , in formam Provhicia redaéîi Q. Vemniitm legatmn
' ^ ' accepte. Ou diminua une partie des tributs qui étoient payés
au Roij
DES Inscriptions lt BsLLrs -Lettres. 137
ati Roi , & {juœ^Jûm ex Regiis trihutis deminuta quo vnt'iiis
Romanum imperium fpcmrctur.
Tibère fit de nouveaux ctablifiemcns dans cette Province;
ÎI changea le nom de la ville capitale Mazaca, furnommée
Enfeh'ia , & la fit nommer Cafarea en rhonneur de Céfar-
Aucrufle Ion père adoptit : ce changement eft de l'an 20 de
Jéfus-Clirift. Ce Prince dut faire dans cette Province , qui
ctoit dans le partage Impérial , tous les établilîêmens nccef-
/aires, foit pour la Juftice, loit pour les finances; & proba-
blement dès la même année , il donna une lorme fixe &
invariable à l'année de Cappadoce , qui étoit auparavant vaG;ue ,
comme il eft prouvé dans un Mémoire lu à l'Académie. \^ç^% Le 1 ." Juillet
premiers Gouverneurs de la province de Cappadoce étoient '''^'''
de fimples Chevaliers ; fous Velfiafien ils eurent le titre de
Confulaires , Confuh^rem reâorem inipofuit pro équité Romatio. '^"."'g'" ^ '^^''^'
Le même Prince établit en Cappadoce un nombre de légions,
pourla défendre desincurlions des Barbares, Cappadociœ propter -^"f- '^'^'
ajfiduos Barbarorum iiuiirfus Icgiories add'ulït. Il eft fait mention
de l'année lédentaire en Cappadoce, EXER. CAPPADO-
CICUS, lur vw\ grand bronze d'Adrien, avec la maïque du
Sénatu;-Conrulte S. C. L'Empereur, ou plutôt Ion Lieutenant,
harangue l'armée afiemblée. DionCalfius, dans l'énumération ^"•^-j/^Z.f^,
des légions de l'empire Romain , fait mention de la douzième
fulminante, 8c de la quinzième lurnommée Apollinaire , dans
ia Cappadoce ; cette armée de Cappadoce avoit auHî un corps
de cavalerie , comme on le voit fur une médaille de Célarée,
qui reprélente le mont Argée, & de chaque côté du mont
eft une enleigne militaire en forme d'étendard , fort élevée
&: plantée en terre : un grand bronze d'Adrien repréfente la
ville de Célarée , ou l.i Province , fous le fymbole d'une
femme debout , couronnée de tours , portant de la main
droite le mont Argée, & tenant de la gauclie im hibtiniiu ou rr[i..£.ll,
une enfeigne , avec l'inlcription CAPPADOCIA S. C. Il cft
difficile de radtmblcr les noms des gouverneurs de Cappa-
doce; on en trouve qutiqucs-uns'nir des mcdaillcs &. dans
Jcs infcriptions : (ur une médaille de Velpalicn , frappée i
J-Jiji. Tome XL. S
138 Histoire de l'Académie Royale
Céfarée , qui reprt'fente le mont Argce , on lit, Eni. M.
DANSA nPESBETTOT. T. Marciis Panfa gouveriioit la
y^Mmr, troifième année du règne de Ve/jxifien, l'an de J. C. 7 i jCaïus-
Nwnm.gnvc. ^^^j^j^ - Juilus - Quadratus ctoit gouverneur, DPESBETTHS,
fous le règne de Trajan; Tltus-Pomponius-Balîus ttoit en
charge l'année quinzième du règne de Trajan , luivant i-nie
Pctl.yE.Jl. in médaille de M. Pellerin; Flavius- Arrianus étoit gouverneur
Al<in.p./p. ç^^^^ Adrien l'an 134. Cet Arrien prépara une expédition
Ttliemont.t.U, coutre les Alains, qui étoient entrés dans la Cappadoce ; le
f'-^^S' même vilîta la côte orientale du Pont-Euxin, dont il envoya
la relation à l'empereur Adrien. On croit que fous le règne
de Septime-Sévère , Claudius-Herminianus exerça contre les
Chrétiens, dans la Cappadoce dont il étoit gouverneur, dts
^ , r cruautés dont il fut puni par une horrible maladie, fuivant
cai>. m. le témoignage de J ertuluen.
Crut, Suivant une infcription rapportée par Gruter, Q. Atrius-
f>ag./itxci,j. CJoniiis fut gouverneur de différentes Provinces vers le temps
de l'empereur Sévère- Alexandre, LEG. AVG. PR. PR,
PROVINCIARUM THRACIAE CAPPADOCIAE , &c.
Cette forme de gouvernement de la province de Cappa-
doce , lubfifla probablement jufqu'aux règnes de Dioclétien &
de Conftantin , qui firent de grands changemens dans les
Provinces & dans leur Gouvernement. Sous la domination
Romaine, la ville de Céfarée étoit dans l'ufage de marquer
ies aimées de règne des Empereurs, eii comptant une année
nouvelle au premier jour de leur année civile , uCige qui
étoit pratiqué en Egypte & dans quelques autres Provinces,
comme il efl: expliqué dans le Mémoire dont on a déjà
parié.
La ville de Céfarée éîoit très-peuplée; après la prife de
l'empereur Valérien par Sapor, l'an 260 de Jéfus-Chrift,
Ttikm.i.IU, le roi de Perfe croyant ne devoir trouver aucune réfiflance
T"S- fJ^' de la part des Romains, ravagea toute la Méfopotamie, alla
piller la Cilicie & la ville même de Tarfe ; enfin , il pafîà
julque dans la Cappadoce , où il prit auffi Céfarée , qu'on
diioii alors peuplée de quatre cents mille hommes ; elle fit une
T»ES Inscriptions et Eelles -Lettres. 139
vîgoureufe rc'fiflance , mais un traître leur découvrit un
endroit foible par où ils entrèrent, & maflacrèrent tous les
habitans fJJ.
IV. Les anciens peuples adoroicnt , dans les premiers
temps , comme fimui.icres ou fymboles de la Di\ initc , des
ctres phyfiques, & on a déjà obiervé que les Cappadociens
rencfoient des honneurs divins au mont Argée , à qui ils
élevèrent un Temple & drefsèrent un Autel , comme on le
voit fur plufieurs médailles. Maxime de Tyr, qui parle de
ce culte, obferve aufTi que chez les Celtes, un grand chcne
ctoit le fimulacre ou l'image de la Divinité, a.yxKyu3^ i^ ALxlm.JeTyr.
A (05 KêATTXOK ÙIyM AfU?. W"J-n '
■KT ' r J J • - 3 -n r 1 tau.deDaius,
Nous avons vu que lous la dommation des reries , les ;v^. s^.
Cappadociens adoptèrent les coutumes, les ufàges & l'année
nicflie des Perfes ; ils adoroient le Soleil & la Lune, repré-
fentés fur plufieurs médailles ties rois de Cappadoce ; ils
rendoient un culte particulier à la Diane Perfique, furnommée Srah. l. XV,
Anditcs , & même, fuivant Slrabon , on avoit élevé dans Xi.y^'yH'
Cappadoce , des Pyrées ou Temples confâcrés au fçu.
Du temps des Grecs , les Cappadociens reprirent le culte
des (tatues ou des idoles ; Aliner\e étoit la déeile tutélaire
de la famille Royale; elle efl reprélenlée lur pludeurs médailles
lies rois de Cappadoce.
Jupiter étoit adoré d'un culte particulier à Céfiirée, comme
on le voit fur plufieurs médailles, repréfenté quelquefois par
l'aigle pofé fur le mont Argée.
Cybcle , lu mère àts Dieux, efl repréfentée fur une
médaille de Sévère- Alexandre.
Diane ell gravée lur une médaille de Trajan.
(d ) Suivant Strabon , la ville de
Ma/aca en pariiculicr étoii gouvernée
})ar Icsinix cloCharondas, & clioifiiïliit
'Intcrpriic de ces loix tHn^HTiiç niv
»o^F (Strah. l:h. XII , y. ; j çi , C.)
Charondas fut citoyen de Tliurium «Se
Lct^illatcurdcplurieurs villes Grecques;
il lit des Ordonnances très-fages fur
1 éducation de la jcunclTe & fur les
tuttics. V'cy. Afnn. Jt: l' Acah-inif ,
t. nu- JX,}\ii^c iyj;tcinc XII, p- S8i
140 Histoire de l'Académie Royale
Le dieu Scrapis , avec (es attributs , portant de la niaîn
droite la figure du mont Argce , eft reprcfentc lur des médailles
de Macrln & de Sévère- Alexandre.
Sous la domination Romaine , la ville de Céfarée ne négligea
pas le culte des Empereurs. Nous avons déjà vu que cette ville
fit frapper , fous le règne de Tibère, une médaille qui repréfente
fur le Ibmmet du mont Argce, la flatue d'AuguÛe couromiée
de rayons , portant de la main droite un globe.
On voit un temple à fix colonnes fur une médaille
de Sévère Alexandre.
La Ville obtint la permiflîon de prendre le titre de
Néocore ou de gardienne des Temples élevés en l'honneur
des Empereurs. Le premier Néocorat efl marqué lur les
médailles de Seplime-Sévère , de Caracalla, d'Élagabale &
de Sévère-Alexandre : elle obtint le fécond Néocorat fous
le règne de Gordien Pie. On lit B. NEav-opiDy.
Des Temples érigés , <\qs jeux publics & folennels célébrés
en l'honneur des Empereurs, fignalèrent Ion zèle pour ces
Princes : elle donna des fpeélacTes & àts jeux en l'honneur
de Septime- Sévère , & pour la concorde des deux princes
Caracalla & Géta, avec l'infcription KOINOô. CEOTHPEIOG
4>IAAA€-A4'IOC j le type reprélente le mont Argée^ entre
Pella: jE, II. deux grandes urnes , dans chacune defquelles efl une branche
de palmier.
Haym a publié une médaille de Géta qui repréfente au
Hciym.t.U, revers, le mont Argée furmonté d'une étoile, & à chaque
V' 'f^' côté de la montagne , deux urnes avec des palmes , &
l'infcription KOINON 4'IAAAEA$. feT. lA.
On voit fur plufieurs médailles de Céfarée des couronnes
de laurier, Çyvahoïe ordinaire des jeux Pythiques.
V. Cette grande Ville fut décorée de plufieurs titres ; les
rois de Cappadoce y faifoient leur féjour ordinaire : fuivant
Strabon, elle étoit la métropole de la Nation, jCuirgiTroA/? t^
i^v^i ; aufîi lui voit-on ce titre fur les médailles depuis le règne
de Marc-Aurèle. Sa vafte étendue que Procope caradérile par:
DES Inscriptions et Belles-Lettres. 141
Tépithète (juyi'^., en rendant l'approche facile, l'empereur Procop.fdif.e,
Juftinien en ht rellerrer l'enceinte pour pouvoir la défendre '"''■
plus facilement. Jufùn.r.oy. ^o.
Cette Ville, très-peuplée, étoit fituée avantasreufement
pour toutes les commodités de la vie, opportuiia & celebris ; Amm. M^rctU.
elle étoit même bien fortifiée contre les ennemis du dehors : ^''^- ^^'
elle porte fur les médailles de Gordien Pie, le titre d'ENTIX, "'"' ^' '' "
qui ne peut marquer ici que la forme de fon enceinte :
h-niyiai -njTcî, fuivant Pollux, efl un lieu défendu par de HklX.c.v,
bonnes murailles. J^e- xxxv.
Les temples de Céfârée lui méritèrent deux fois le titre
deNéocore, comme on fa déjà obfervé; du temps des Rois, jif/d/iui
elle portoit le titre d'afyle, ASTAOS. Ce titre honorifique ducalimde'
ÔL utile , a été fouvent expliqué dans nos Mémoires. ^^' ^''^""^ ■
Parmi les édifices publics, la ville de Céfirée avoit un
cirque dont le defim eft gravé fur une médaille de Sévère-
Alexandre. Un avantage qui illuftra la ville de Céfarée en
Cappadoce , &: qui fut bien lupérieur à tous ceux dont ou
vient de parler, fut celui d'avoir été une Églife Apoflolique ,
d'avoir été fondée par l'Apôtre Saint Pierre, qui nomme les Ey.I.ci.v.r:
fidèles difperfés dans la Cappadoce parmi ceux à qui il
adrelTe fa première Epître. On croit que le premier Évtqiie
de la ville de Céfarée fut établi pai" cet Apôtre. Le fiége de ^' Quîeni
cette ville devint trcs-illuflre, il produifit de grands Évéques, ufp!fèT'
dont les plus célèbres ont été Saint Firmillien , qui fut uni
à Saint Cyprien dans la caufe de la rebaptifation des Héré-
tiques ; Saint Bafile fe diflingua par la fainteté de fi vie
& par fa fermeté pour la défenfe de la Religion.
VL La ville de Céfîirée ayant été détruite, & avant
même changé de place, il y relie peu de monumens; mais
on en connoît pluhcurs médailles frappées fous lès Rois, t>c
un très-grand nombre de médailles Impériales.
La plus remarquable des médailles des Rois, ert un beau
médaillon d'argent ilu cabinet de M. Pcllerin , parfaitement PfHf.rte.
<;o»ifervé, le leul qu'on ait connu juiqu'à prélent des xois ^.fxx!''^'^'
1^2 Histoire de l'Académie Royale
de Cappadoce, & que M. Pellerin juge ne pouvoir cirff
attribué qu'à un des premiers rois du nom d'Ariarathe; alors
les Rois ne prenoient point d'autres titres fur leurs monnoies,
que celui de BASIAEfiS ; la tête qui y çû repréfeiitée , ne
reffemble à aucune de celles que l'on voit fur les médailles
des autres Rois iuivans portant le nom d'Ariarathe; la fabrique,
qui eft fort belle, ne peut être que des arliites Grecs qui
iuivirent Alexandre en Orient. On à parlé précédemment
de la médaille d'Ariarathe V, furnommé Euféhès , qui fit
conftruire dans la Ville un temple ù trois colonnes, avec le
titre d'EïSEBEIAS, de la piété.
On connoît une médaille du roi Ariarathe-Épiphanès,
T^oy.Brha.,,. BASIAE^S APIAPA0OT Eni$ANOT , que Haym croit
i'U,p'-4-<'' être Ariarathe VI.
Il a aufli publié une médaille du roi Ariarathe-Philométor,
,, . , qu'il eflime être Ariarathe V III ; il efl nommé $IAOMHTOPOS
à caufe de 1 attachement a la mereLaodice, qu il commença
à aimer dès que fon frère Mithridate-Eupator entreprit de la
perfécuter. Les noms de ces deux derniers rois Eufébès & Philo-
métor, feront plus fûrement connus quand on aura ralfemblé
& comparé entr'elles un plus grand nombre de médailles.
On connoît aulfi des médailles d'Arioharzane I,*^"" du
nom , & premier de la féconde Race : il efl; reprélenté fur
Sixtu.Jipy^j!. quelques-unes de ks médailles, aflis fur une chaife curule,
ù-ufu, tom.l, tejiajit de la main droite un bâton d'ivoire, ornemens dont
f-'S- f7S' j^ Sénat lui avoit fait préfent comme à un Roi ami ,
4>IAOPnMAI02.
Son fils Ariobarzane II, furnommé Pliilopator , eft gravé
fur une médaille , ainfi que fes deux fils Ariobarzane III,
Mém. Acad. furnommé Eufébès Si. Philoromaiis , & Ariarathe , Eiifébès-
tome XXI 11 . piiiladclphiis.
fagiaoo. £nfin, les médailles repréfentent Archélaiis furnommé
Phïlopatrïs , qui, après un règne de cinquante- deux ans,
fut appelé à Rome par l'empereur Tibère , & y mourut l'an
17 de Jéfus-Chrift.
jL' empereur Tibère , comme on l'a vu , réduifit en province
DES Inscriptions et Belles -Lettres. 145
Romaine les États du royaume de Cappadoce; la ville de
Célarée , métropole de la Province, tit depuis frapper, en
i'honneur des Empereurs, des médailles dont on voit un très-
grand nombre dans les cabinets : on y remarque dix -neuf
différentes tètes Impériales; une des plus fingulières, frappée
en l'honneur de Commode, porte, KOMOAOT. bACl- ^'''^- f''- '■ ^'
ACTONTOC. O. KOCMOC. GTTTXei. ^„//; '"' ''
Sous le règne de Commode , l'univers efl heureux.
Cette médaille lut frappée fur la hn de la vie de Commode,
la treizième année de Ion règne, dans le temps où ce Prince
fe livroit à toutes fortes d'iniamies <Sc de cruautés. La ville
de Nicée en Bithynie flatta baiîëment la vanité exlrcme de
cet Empereur piir une louange au/fi pompeule que peu méritée.
Haym a publié une médaille en l'honneur de Sepîime-Sévère, //,y.«. ,, //
frappée à Cius en Bithynie, qui contient aulîi une femblid^le f'^e-^i^-
înlcription. ^''''"''^''^
De la part des habitans de Céfarée, une flatterie fi outrée
doit parojtre moins lurprenante. Les Cappadociens étoient la
nation la plus décriée dans l'antiquité par (es fentimens bas &
ferviles. On a dcjà vu qu'après l'extindion de la famille
Royale, les Romains leur offrirent cie les lailfer vivre fous
leurs propres loix , &. que renonçant à la liberté, ils déclarèrent
à Rome par leurs députés , qu'ils ne pouvoient la fupporter ,
ou Y^ S\j)ia.-^i çîpttv cLVTYiy ( ÎAeuâteiaj' ) i(pa.(nx,if. La Cappatloce •^"■''^- '• -^1
n'étoit, pour ainfi dire, peuplée que d'efclaves ; on alloit y f' ■^f^"' ^'
en acheter un grand nombre pour envoyer dans les pays
tlrangers , fur-tout à Rome. Horace, en parlant de Ion temps, Horai.lii.t.
dit: Altiiuipùs dires, eget aris Cûvpadocum Rex; & fuivant '^!^'V':,-, .,
A • I /• I M ,7-1 i ,-• I I r^ • Ai'p.inMuhnd,
Appien, lorlque Lucuilus palla dans la Cappadoce, les Elclaves Ehu i» LunlL
ne s'y vendoient que quatre viragmes par tète , ( environ
3 livres 12 lous de noire monnoie ).
Les Auteurs profanes, dit m\ iav.inl Écrivain moderne,
i'atcorilent à donner tous les vices aux Cappadociens, & à
leur rcluler toutes les vertus; on ne penloit pas mieux de leur
tlinjuence (jue d». leurs mœurs ; on leur reproche même d'avoir
mal parlé la langue Grecque.
144 Histoire de l'Académie Royale
La Cappadoce, dit i'Aiiteur déjà cité, n'a pas lailTc cfei
produire des hommes célèbres, fans parler de Straboii, à qui
l'on ne contelle point les qualités d'auteur lavant & judicieux.
Saint Bafjle , Saint Grégoire de Nazianze, Saint Grégoire
de Nylîè, ôcc. peuvent lutter avec les plus fublimes génies
de l'ancienne Grèce, Se l'emportent intiniineiit lur eux par
l'élévation des fentimens, & par la pratique de cette vraie
Mm. de la philofooliie Qui fcule rend les vertus folides & les garantit
Ble'trrie, nouv, j i. .1
trad.deTacitt, dÇ 1 OrgUeil.
VII. La forme du gouvernement Romain fubfifla dans la
Cappadoce jufqu'au règne de Dioclétien & de Maxi mien-
Hercule; les Hilloriens leur ont reproché d'avoir afFoibli
Laaani. l'Empire en diviiant les grandes Provinces, comme on l'a
'icMart.perjec, /[^^ivent obfervé dans les Mémoires dp l'Académie. Conftantiu
fit encore d'autres changemens ; ce Prince defirant diminuer
l'autorité des Préfets du Prétoire, leur ôta le commandement
des troupes , ne leur lailFant que l'infpeélion lupérieure de la
Juflice, de la Police &: des Finances.
Tout l'Empire fut partagé entre quatre Préfets du Piétoire,
les Préfets d'Orient , d'illyrie , d'Italie & de la Gaule. Le
département de chaque Préfet étoit fous-divifé en de grands
départemens qu'on appela Diocèfes. Le Préfet du Prétoire
d'Orient avoit dans là dépendance, cinq Diocèfes , favoir,
l'Orient, l'Egypte, le diocèfe d'Alîe, le diocèle du Pojit &
celui de la Thrace. Le diocèfe Pontique contenoit onze
'Panclr, Notii. Provinces , qui étoient gouvernées par un lieutenant ou
fag. S. vicaire du Préfet; la Cappadoce étoit une de ces provinces;
• CoJ. Leg. ^o^^'^ ^^ règne de Conllanlin elle eut pour prélident ou gouver-
ftnub. de tiber, neur , Eutychius. L'empereur Valens, pour affoiblir le crédit
'"^' de Saint Bafile qu'il hailToit, partagea la Cappadoce en deux
Or, Chr\fi, 1, 1, provinces ; la première eut pour métropole Célarée ; la féconde
cL '^ 2afil ^'•'^ l'angée fous la métropole de Tyane. Saint Bafile, évèque
7f ^ 7S' de Célarée , s'oppofa fortement à la création de cette nouvelle
Province , & ce différend ne fut alfoupi que lous le règne
ile Thcodofe-le-Jeune ; Tyane renonça à (es prétentions , &■
Céfarée
DES Inscriptions et Belles -Lettres. 145
Céfarée recou\Ta fa première dignité. Sous Juflinien , le Fimus ,
gouverneur delà première Cappadoce, ctoit un Proconiui. nwi/J^i-,
Ce Prince rétablit les droits de la ville de Tyane , &
forma, d'un démembrement de cette leconde Province, une
troilième pro\ince de Cappadoce , dont il fit la ville de
Moceius la métropole; c'étoit un vieux château dont il avoit z,, Qufn.
formé une ville, & à qui il donna le nom de JujlinianopoJis. '^''- ^''"1^'
Après le règne d'Hcraclius , l'Empire fut partagé en dittcrens
dépaitemens mitiiaires, comme on l'a répété dans pluiieurs
Mémoires. La Cappadoce avec Céfarée la ville capitale, étoit
comprife dans le dépiUlement ou Thème d'Arménie, QiyA DiThtmat.
^fjjucHxy^v ^ fuivant Con(tantin Porphyrogénète. B.l.cai.ii,
Célarée étoit encore florilîànte lous la domination des
Empereurs Grecs ; elle fut ruinée probablement par un
tremblement de terre dont l'hiûoire ne fixe point la date :
Nicéphore de Brienne qui parle de ce défàfire, dit qu'un Kicq,/,. Brym,
corps de troupes d'Ilaac & d'Alexis Comnène campa lîir le i- l'-c^p-i'i ,
terrein de cette Ville , au milieu des décombres &. des ^' ^
mafures ; les murs même étoient iort endommagés, il n'y
reftoit que quelques tours.
Lorfque les Turcs Selgiucides firent àes incurfions & de
grandi progrès dans l'Afie mineure, fous le fultan Mahomet,
ils s'avancèrent dans la Mélopotamie, l'Arménie, & jukju'à
Céfarée en Cappadoce , pillant & brûlant tout ; ils profanèrent
l'églife de Saint Balile , qui étoit hors de la Ville , & en
ôtèrcnt les ornemens ; mais ne pouvant toucher à {ts reliques,
parce que Ion tombeau étoit environné dune très-lorte
maçonnerie , ils enlevèrent feulement les petites portes des
ouvertures qui y étoient, parce que ces portes étoient ornées
d'or, de perles & de pierreries : de- là ils poul^èrent leurs
conquêtes jul(|u'au détroit de Conftanlinople. Sous le règne
d'Alexis Comiièi.e , l'Afie mineure lut perdue pour les
empereurs Grecs.
Les Francs au commencement de leur CroifiJe , l'ait
I 099 de Jélus-Chrill , tranlportèrent dans le Levant ditfércns
corjjs de troupe^; un de ces corps, iuivant Albert d'Aix, L!i,]'i::.
y///. Tome XL. T
1^6 Histoire de l'Académie Royale
pafla par la viiie de Gangre & par celle de Germanicie ,
appelée dès- lors Marasli ; ces troupes durent palTer par la
Cappadoce, mais elles n'y firent aucun ctablKîement.
Les murs de la ville de Célarée furent rétablis dans le
xin.*^ fiècle, par un fultan Selgiucide, (uivant l'auteur de la
géographie Turque , nommé Ala-Uddin Kai-Kobad : ce
Prince tranfporta la Ville, la fit bâtir au Nord, à un quart
de lieue des ruines de l'ancienne. Vers l'an i 2 5 6 de J. C
'^' ^^^' Gaïa-TheJdin, lliltan , perdit les villes de Si vas & de Céfarée,
qui redèrent au pouvoir des Tartares. Le dernier fultan dçi
ijeigiucides de Koniah ayant été tué par Gazan-Khan, vers
l'an 1300 de Jéfus-Chrift , Karaman, chef des Turkmans ,
qui avoient déjà des établiiremens dans l'Afie, s'empara de
la Cappadoce avec d'auti'es pays voifins , & fi^rma une
puiifance confidérable qui fiabfifla preique pendant deux
fiècles.
nill. lieThmir- L'an 1 40 2 , le fameux Tamerlan paiïànt par Céfarée ,
Â"'JT:- en défendit l'entrée à i^s troupes, mais il v entra avec une
'k1V,^.2. lujte pour y Icjourner quelque temps, & il ht quartier aux
habitans ; plufieurs s'étant réfugiés dans des caves & dans
des fouterrains , furent aperçus par des foldats qui les prirent
& pillèrent leurs biens. Comme c'étoit la failon de la moiflon
des blés & des légumes en ce pays-là , les foldats eurent
ordre â^&Vi faire provifion pour leur fubfjfiance.
La pu i fiance des Karamans fut vivement attaquée par
Mahomet II, fultan des Ottomans, en 1464 & 1465 de
Jéfus-Chrift, mais elle ne fut détruite que par Bajazet II.
Htrhlf.2j()> Le dernier des princes Karamans, nommé Ha(fan-Beg, fut
dépouillé de fes États,. &: mourut à la cour de Bajazet, l'an
887 de Ihégyre, de Jéfus-Chrift 1482. Ainfi, la Cappadoce
&: les provinces voifines qu'on i'ppelle Karamanie, palsèrent
au pouvoir des Ottomans , qui les polsèdent encore.
VIII. Le gouvernement de Karaman eft divifé en fept
Ceogr.Twq. Livas OU Juridiclions ; le premier e(t celui de Koniiah (ou
"'^' ' -Icoithwi , ) qui eft la ville capitale & la réfidence du Pacha ;
DES Inscriptions et Belles -Lettres. 147
le Liva de KaiTariieh (ou Cclarce en Cappadoce ) , efl. ie
iixicme Liva.
Le terroir de Kaïi'iriich efl: fertile en blés & en légumes de
toute elpèce : on y voit des jardins bien cultivés; l'eau & l'air
y lont CAcellens. Le mont Argée s'appelle encore Argis ou
Ar^'uis ; la nioiilagne efl: toujours couverte de neige depuis
ie milieu jufqu'au lommet; elle ell fi élevée, qu'on l'aperçoit
à pltifieurs journées de dillance. La plupart des villages de
ce dillriét lont fitués au bas de la montagne qui fournit
plufieurs ruilFeaux. La plus grande rivière de ce pays , appelée
Alelas par les Anciens, elt nommée Kourahmouj^; on trouve Ctcn, Tura.
à un quart de lieue de li Ville moderne , ww courant afièz
fort ; les eaux lont très-ci. u'res.
La Ville liiuée autrefois au pied du m.ont Argée, efl à
une demi -lieue au nord de la montagne; Ion enceinte eft
un quarré long qui peut avoir deux lieues de tour; elle efl:
bâtie de pieins de taille; la plus grande partie des tours de
l'enceinie lont triangulaires, les auu-es quarrées.
Le château , autrefois ie palais des iiultans , efl bâti de
pierre noire; il efl: de médiocre grandeur & dans la Ville.
Les autres édifices remarquables lont les mofquées , de très-
beaux ba^ars ou marchés, les bains & les fontaines publiques;
au Sud-ouefton voit beaucoup de foulerrains, d'édilîces, de
ruines au pied du mont Argée : on préiume que ce quartier
ctoit remplacement de l'ancienne \ ille.
La \ ille efl fort pcujilée, on y compte cent quatre-vingts Focoh , 1. n,
Commujiautés que les Turcs appellent yJ/^///<//A//j; les Grecs "• i''^'''-\'-}>"'
y ont une cgiile & un couvent; les Arméniens, trois églifes
afTe-z belles : à une lieue de la Ville, vers le nord , on trouve
fur unij montagne, l'églile de Saint Bafile, très-refpeclée par
les Chrétiens; les habitans , quoique fitués dans les terres , y
font un commerce allez confidtrable ; il conlifle en marocjuins
jaunes fort ellimés, en coton, en callemande tk en camelots.
Ces habitans , en général , lont d'un commerce doux &
honnête, de grande taille &: bien faits. Les Grecs, en petit
nombre, font gouvcnics par un Métropolitain, qui prend
t.l
148 Histoire de l'Académie Royale
encore le titre fadueux de Ufù^ro'^-çpvoi, VTr^pTi/xcs to; vT^rT'f.uif
jyy E"^xp^5 -mavi AW-mAri;. L'Exarque éloit fiipcrieur aiiJfi
Métropoiitaiiii & aux Evccjucs d'un grand dcpartement on
diocèfe; on ai^peloit de leur lenlcnce ou juiTenieiit au tribunal
de l'Exarque, luivaut le Canon xvii du Concile général de
Chalcédoine.
Or. Chifl. L'Hiftoire n'a pas oubli(5 les entreprifes d'Arsène , métro-
P-J^7- politain de Célarée en Cappadoce, qui iuu'tva en 1443, les
trois patriarches d'Alexandrie, d'Aniioche & de Jeiu.alcmy
contre la réunion des Grecs au Concile de Florence. Cette
entreprile fut confirmée dans un Synode alienibié par \es
trois Patriarches ; le fchifme lit des progrès étonnans dans
y^fffvan toute l'églife Grecque; les Arméniens ont un Archevêque à
BiLl. Oridu. Célarée ; iuivant Alîémani , les Jacobites , partiians d'£ uty chès,
y ont un Évêque de leur feèle.
La Géographie Turque donne les routes avec les diftance^
en heures de chemin , de Kaïlariieh à Sivas , à Angora & à
Koniiah ; ces trois routes lervent à déterminer la polrtiort.
géographique de Kaïlariieh ou Céfarée à l'égard des trois
Villes.
DES Inscriptions et Belles -Lettres. 145»
DISCOURS
SUR
LA PASSION DU JEU,
dans les differens fiècles.
M Dus AULX, auteur de ce Difcours , lû à la ieancfe
• publique de Pâques \yy6 , a cherché dans les
annales tant anciennes que modernes , dans les ouvrages
des Philofophes , des Orateurs & des Poètes , tout ce qui
avoit rapport à ce iujet très- important, fur-tout dans les
circonflajices actuelles. Nous n'entrerons dans aucun détail,
parce que de nouvelles recherches ont forcé M. Dufaulx à
fuivre un autre plan , & qu'il a promis à l'Académie plufieurs
Mémoires à cet égard : cependant nous allons citer quelques
fi'agmens d'une pièce Chinoife, dont féloquence , quoique
fans art , n'en eft pas moins pcrfuiifive.
Êdit de l'Empereur de la Chine , père du Prince
régnant , contre la fureur du Jeu;
G u
JX' Précepte de Yong -Tchenc ,
principalement adrejfé aux Gens de guerre.
«Ne forcez pas votre Empereur, qui n'efi; en effet que
votre père, à n'être plus qu'un Juge. <.
Je vous ai fouvent répété, que nous n'étions heureux ^
que par la vertu (a) ; c'étoit aflëz vous faire entendre que c
nos vices détruilent nécefîàiremtnl la bienlaiiance, la concorde c.
(a) M. de Guignes a bien voulu indiquer à M. Dufaulx la Tradudion
litléralc, non-fculcmiiit de ce IX.' Pirctyu , niaii encore de pluliiurs autres
fort intcrcITans , & c]ui font du même Auteur. M. Uulaulx a puifé dans ces-
di/ltfcns moruaux , de (pjoi nourrir & lortilicr celui -ti.
150 Histoire de l'Académie Royale
» & le bonheur. De tous ks vices je n'en fâche point de plus
» nuifiblcs que la fureur du Jeu.
» Nous autres Mantchous fl>J, bons, fincères & /ècourables
» autrefois , attachés à nos devoirs , uniquement occupes du
» foin de les remplir; nous qui donnions le luperflu, qui
» prenions fur le néceiïaire pour affdter les pauvres , nous étions
» bien diffcrens de ce que nous lommes. Nous étions généreux;
» nos amufemens étoient honnêtes ôi. nos jeux innocens : tout
» e(t change.
u Moi qui vois tout , qui entends tout du fond de mon
» Palais, & qui veille, le plus louvent quand le crime ourdit
i> fa U'ame dans les ténèbres; moi qui, vous le favez, dételle
» le menlonge plus que je ne crains la mort , j'affirme qu'il
i> n'elt point de manie plus féconde en calamités publiques &
» fecrelies , que celle dont il s'agit : oui , j'affirme qu'il n'eft
•» point d'hommes plus âpres que les Joueurs, plus enclins au
•.mal; ils fe feroient horreur, s'ils iè connoilloient mieux.
M Je les connois, écoutez donc.
» Pourquoi le Voleur, & le Joueur qui lui reflemble à
« tant d'égards , continuent-ils prefque toujours l Hélas I c'elt
» qu'ils ont commencé.
» Quiconque ne fait pas réfifler aux premières amorces,
» attife un feu que bientôt il ne pourra plus éteindre. On ne
» jûue d'abord que par complaiiance ou par défœuvrement;
» on ne donne que des momens au Jeu , puis des heures ,
» puis des jours, puis des nuits entières; & c'efl: ainfi que la
"palfion, s'allumant par degrés, dévore le temps plus cher
»' que l'or, fait oublier les devoirs les plus facrés.
»» L'habitude une fois confirmée, les Joueurs ne connoiffent
» plus, ne refpirent plus que le hafai'd; leur rage ne finit pas
« avec les alimens qui la nourrilfent; au lieu de fe retirer du
{b) Les Mantchous font Tartares d'origine , & fujets naturels de U
Dynaùie impériale qui règne aduellenient à la Cliine.
DES Inscriptions et Belles - Lettres. 151
Jeu lorfqu'ils ont tout perdu , ils y sèchent d'impuifiance ; «
mais ils regardent jouer. «
L'un abandonne Tes fon<5lions publiques ; l'autre néglige «
l'art dont ii tiroit fa fubfiflance Se celle de fa famille : «
incapables de tout, ils ne rêvent qu'au Jeu; pour y fuffire, «
ils vendent leurs mai/ons, leurs terres : puilqu'ils fe tuent, «
ils fe vendroient eux-mêmes , tant le defir &. l'elpêrance Jes «
aveuglent. «
Les infenfés ! que veulent-ils! qu'efpèrent-ils î nous ruiner «
impunément! La ruine, à ce métier, efl: le partage du plus «
grand nombre ; ceux qui profpcrent aujourd'hui , demain «<
feront dans la misère : cependant ils triomphent , ils ne «
doutent plus de rien lorlqu'ils ont dépouille quelqu'un ; «
attendez , ils feront dépouillés à leur tour. «
Je défends le Jeu : Officiers , Soldats , Se vous qui «
m'appartenez par les liens du fing, û vous m'aimez, fi vous «
refpedez votre Prince, ne foyez pas des Joueurs. Chargés «
du (oin de protéger nos frontières , de maintenir l'ordre «
dans l'intérieur de mes Etats, vous devez l'exemple des «
mœurs & de la juftice dont vous êtes les foutiens. «
L'honneur, le travail, l'économie, voilà les fources où «
vos pareils, au lieu de s'en rapporter au hafard , doivent «
puifer pour le prélcnt Se l'avenir. Vous avez votre paie , «'
ménagez- là. Quelques-uns ont des terres, qu'ils les ialient «
valoir ; & quand les moilîons ieronl abondantes , qu'ils «
fongcnt à la Itérilité. «
N'allez pas cependant imiter ceux cjui deviennent avares , «
en ceflant d'être prodigues; jouililz , mais faites jouir, car «
vous pouvez devenir pauvres. "
Je vous ai montré ce que c'eft que la fureur du Jeu , «
puilfent mes préceptes étouffer dans vos cœurs cette pallion «
qui conllcrne le mien ! "
1^2 Histoire de l'Académie Royale
Vous m'avez entendu; je le dis à regret, Mantchous , il
faut pourtant le déclarer: je punirai Itsintradeurs, qutis qu'ils
foient; je les punirai, vous dis-je, fulîent-ils mes propres lils.
Pour la dernière fois , il en efl temps encore , que les
Joueurs fe corrigent, mais fans délai (c)
>».
(c) « Les Chinois, ditle P. Amiot,
» & les Mantclious qui font aujour-
w d'hui à ia Chine , font peut - être ,
» de toutes les Nations du monde ,
» celles qui , en apparence , ont le plus
3> d'averfion pour le Jeu. Un Joueur,
» un homme coupable de tous les
» crimes & un malheureux avéré ,
» font , ici , des termes prefque fyno-
« nimes. On ne iaiffe pas cependant
a> de jouer, & même avec fureur : on
» a fait, en différens temps , des Or-
ï> donnancestrès-févcres contre leJeu.
î> Les Empereurs de cette dynaftie ,
« par une politique femblable à celle
V de nos Rois, qui, pour arrêter le
cours du luxe qui fe répandoit en «
France , permit aux courtifannes «c
feulement ce qu'il défendoit aux per- «
fonnes d'honneur ; ces Empereurs , ce
en défendant rigourcufement le Jeu w
dans toute l'étendue de l'Empire, «
l'ont permis aux porteurs de chaifes ce
feulement , gens fans aveu, qui font ce
dans un mépris général ; mais cette <c
politique n'a pas eu tout le fuccès ce
que l'on s'en était promis. L'Empe- ce
reur régnant n'a excepté perfonne c«
de la loi commune k. Art Militaire <e
des Chinois , (t^c. revu & corrigé par
M. de Guignes. A Paris, chez Didot
l'aîné, 1772.
INSCRIPTION
DES Inscriptions et Belles -Lettres; 153
INSCRIPTION LATINE
fur wie pierre appelée la Haute-borne, en Champagne.
Nos Mémoires ont déjà fait mention & de cette grande Tomt ix,
pierre près du village de Fontaines , dans la principauté ^'' '^'"
de Joinville , & de l'Inlcription latine qu'elle porte ; mais
celîe-ci n'a pas élé préfentée adez exactement par M. Moreau
de Mautour. La Compagnie en a reçu une copie plus fidèle E" J»nv.er
par M. Grignon, un de les Correfpondans , qui a pris toutes '^'^'
les dimenfions de ce monument brute & irrégulier dans la
forme; la hauteur, dans la plus grande partie, eft de vingt-un
pieds deux pouces, avec fix pieds neuf pouces dans fà plus
grande largeur; trois pieds deux pouces dans la partie la plus
étroite , vingt-quatre pouces d'épailîcur dans fon plus grand
renflement, &; onze pouces dans la partie la plus mince qui
en forme l'extrémité fupérieure. L'Infcription en caracftères
Romains afiez irréguliers , eil çompofée de dix-huit grandes
lettres.
VIROMARVS
I. S T A T I L I F.
Dans la premître ligne, le mot V'iromarus eft fins point;
dans la féconde, la première letti'e /, & la dernière F, iont
fuivies d'un point ; ce qui ne permet pas d'admettre les
explications Javi Statori , Jovi Libcratori , Jovi Feretrio,
Dansun Mémoirequi accompngnoit cette copie, M. Grignon
penfe qu'il faut lire VIROMARVS Julii STATILI tilius;
que Slatilius éloit un Romain envoyé dans les Gaules , où
il Hvoit eu un fils auquel il donna le nom Gaulois Virom^irns ,
8c que ce monument e(l le tombeau de celui-ci , ou du moins,
un ccnolaphe érigé en fon honneur. A ce lujet on obferva
que dans toutes les Inicriptions , Julius eft toujours marqué
JVL. parce que ce n'eft pas uji prénom, comme Tiius ,
Hiji Tome AL. U
154 Histoire de l'Académie Royale
Lucius, &c. mais un nom de nimille; que, par conféquent,
il y auroit tlciix noms de famille pour la même perfonne ,
car la famille Statïlïa eft connue par plufieurs Médailles &
par plufieurs Infcriptions.
OBSERVATIONS
SUR UN
MANUSCRIT DE LA BIBLIOTHÈQUE DU ROI,
Qiii contient les Clianfons des Trouvères on Troubadours
de la Souahe ou de l'Allemagne , depuis la fin du
XIl! fiecle jnfque vers l'an ij^o.
Premier Mémoire.
Mars X^^^* ^^ deuein de donner plufieurs Mémoires fur cette
1773- XJ^ matière , M. le baron de Zur-Lauben diilribue celui-ci
en quatre parties. Remontant dans la première , au bei'ceau
de la Poëlie chez les Gaulois & les Germains , il préfente
une idée de ce qu'elle fut depuis Charlemagne jufqu'à la fin
du xii.^ fiècle. Dans la féconde, il montre l'antiquité du
recueil manufcrit des Troubadours de Souabe , confervé
dans la bibliothèque du Roi, avec des particularités qui le
concernent. Il traite fuccinèlement, dans la troifième, de la
nature ou de la ftruélure des Vers dont ce recueil eli compofé,
& des mots furannés qu'on y remarque. Enfin il donne,
dans la quatrième, ia traduction de plufieurs ftrophes des
fix premières pièces de ce recueil , avec à&% obfervations.
1. Dans cette Partie, M. le baron de Zur-Lauben rappelle
d'abord l'obfervation faite par plufieurs Savans , que \ei
premières hiftoiies de tous les Peuples ont été écrites en
Vers & en Chants héroïques , dont les uns fe font perdus
DES Inscriptions et Belles -Lettres. 155
pîus tôt, ies autres plus tard. Ceux des Goths ont fourni
à Jornandès (a) , les matériaux dont il s'eft fervi pour
compofcr l'hiltoire de Ta Nation. M. le baron de Zur-Lauben
indique enfuite ce qu'ont dit des Druides &: des Bardes, chez
ies Gaulois, Yïcxq\ (h) . Duclos (c) , Brown (dj , Peiloutier,
après les anciens Ecrivains , Diodore de Sicile, Ccfar, Tacite,
Lucain, Ammien -Marcellin , &: d'autres. Fortunat , qui
vivoit dans le vi." liècle, appelle Ltedi les Chanfons conia-
crées à la mémoire des héros , & ce mot conferve encore
aujourd'hui le même fens en Allemand. Paul Diacre (e)
attelle que jufqu'à fon temps, la victoire remportée par
Aiboin , roi des Lombards , fur les Gcpidcs , conlinuoit
d'être célébrée en vers chez les Saxons , les Bavarois &
autres peuples voifins. Éginhard (f) parle d'un recueil que
Charlemagne avoit fait d'anciens vers fur les adions & les
guerres àts Rois; quelques-uns de ces chants & àts fragmens
de quelques autres, font parvenus jufqu'à nous, les uns eu
Tudefque , les autres en Latin (^).
Enfin , M. le baron de Zur- Lauben rappelle ce que les
favans Auteurs de i'hiftoire littéraire de la France ont écrit (h)
fur l'origine de la Poëfie Franc oife ; on donnoit, dans le
xii-'^fiècle, cette dénomination aux pièces de vers en langue
Romance. La Pot'fie Provençale doit cependant êu-e didinguée
de UFrançoife, comme plus cultivée; ik ceux qui dans leurs
vers employoient la langue Provençale , portoient le nom
de Poètes Provençaux, quoiqu'ils ne lulîcnt pas nés d;uis cette
Province. Tels étoient , fans palier d'une infinité d'autres ,
(éij Getic. cap. IV, p. 1090; &
cnp. XI , pag- 1095- ■'"^'■'' '"V'-
Ausu/Ieejlrij'i. Jani Cruter. Hanov.
1611 , fol.
(1>J H\{\.tomeXV/JJ,p. 187.
/cj Tome XI X.
(d ) Hiiloiro de l'origine & des
progrrs de la Poëfie , &c. p. 2jj iLT
faiv. Paris, 1768 , in-8.''
(t) De Gejl. Loiigoù. lib. I ,
c. XXVn , p. I I 3 î , iiiter hifl. Aug.
fi.rif)t.
(f)Cap. XX IX, éd. Halmft. 1 667.
(g ) MaI)illon , Acl. W. O. S. Ben.
t. Il , p. 617; &. Annal. Ben. t. III,
p. 684..
Lclxuf , Recueil de divers Ecrits
pour fervir déclairciflemcnt à i'hiftoire
de Fianre, tcmc l , f. j^g-
(h) 1 orne IX, p. 1 $0— i7i,&c.
U ij
l'j^ Histoire de l'Académie Royale
Richard Cœur-cle-lion, depuis roi d'Angleterre, & les comtes
Henri & GeofRoi Ces frères. M. Sinner , bibliolhccairc de
la ville de Berne en SuifTe , & Confeilier d'État de cette
Rcpublicjiie, a donné, dans le troihcme volume des maniif-
crits de cette Bibliothèque, la chanfon de Richard fur fa
prili n en Autriche : il avoit aufîi publié , en 1759 , à
Laufanne , des Extraits de Poëfies des xill,'^ & xiv. fiecles.
Ces premiers Foctes François , qu'on appeloit Trouvères
ou Troubadours , ne reliémbloient guère aux anciens Bardes,
du moins quant à l'objet de leurs chants , puiique leurs
compofitions ne relpiroient ordinairement que la galanterie.
n. M. le baron de Zur-Lauben trace , dans celte féconde
Partie, l'hiftoire de la colledion manufcrite des Troubadours
de Souabe , laquelle eft confervée dans la bibliothèque du
Roi ; en voici le précis.
M. Breitinoer de Zurich, dont la vafle érudition en tout
genre s'eft montrée dans difiérens ouvrages , publia , en
,1748, 111-8." des EJfais de l'ancienne Poëfie de Souabe,
du xiil.^ fiècle, extraits de la colledion de Manefs. Un autre
Savant de Zurich, M. Bodmer, célèbre aufîi par des Poëlies
Allemandes, & par des Dilîërtations critiques & hiftoriques,
aida M. Breitinger dans ce travail. Ils ont d'abord fait con-
noître dans une préface pleine de recherches, l'antiquité du
recueil manuicrit d'après lequel ils avoient fait ces extraits ;
enfuite ils ont traité de la llruélure des vers Tudefques de
cette colleélion , & pour donner l'intelligence des mots
llirannés qui s'y rencontrent , ils ont ajouté un Gloflâire
abrégé; encouragés par l'accueil que le Public fit à leur travail,
& par les loulcriptlons de plufieurs amateurs , ils donnèrent,
à Zurich, en deux volumes in-^." (i) , une édition complète
(ï) Cette édition , bien exécutée,
eft fortic de l'iniprimerie d'Orell if
Compagnïi:. Cet Imprimeur avoit pour
aflbcié , M. Salomon Geflner, fi cé-
ièbre par fcs pièces Palloraies, & fur-
tout par le Poëme de la mort d'Abei.
Le premier volume, ou partie, efl de
1758, l'autre de 1759 , ''^'^'- " titie,
Sammliwg von Ali'nnêjmgern , Ù^c,
DES Inscriptions et Belles -Lettres. 157
du Recueil que Ro^er (en Allemand Ruedger) Matrefs ,
fénateur de Zurich (k), avoit fait, dans le xiv/ lîècle, des
PotTies des anciens Troubadours. On refondit, dans cette
édition, la prcface & les obfervations -de \' Ejftii de 1748 ,
mais fans expliquer les vieux mots du texte; on omit même
le Gloiïaire.
Le Recueil manufcrit de Manefs eft à la bibliothèque du
Roi (l) ; c'efl un gros in-folio en vélin, écrit en caradcrci
du xiv.*^ fiècie, antérieurs à l'an 1350, de deux mains diffé-
rentes ; du moins, félon M. le baron de Zur-Lauben, on
n'y remarque pas d'autre écriture uiilincfle. KTii d'une des
plus anciennes j'amilles nobles de Zurich , le chevalier Roger
Manefs fut du coiifeil de cette Ville depuis 12^2 julqu'en
1304; il paroit que dès le commencement du xjv.^ fiècle,
il s'occupa du foin de raffembler de toutes les parties de
l'Allemagne, & particulièrement des pays qui avoient formé
l'ancien duché de Souabe, les chanfons des Poètes connus
fous le nom de Aiinnefinger ou Chantres d'amour (m). Outre
qu'il avoit des liaifons avec les principaux Prélats, Comtes,
Barons de fon voifmage, & avec d'autres perfonnes diltin-
guécs par leur nailfance ou par leur mérite , il tenoit à
Zurich, dans fa mailon, une lorte d'Académie, où l'on lou-
(h) La famille des Manefs ou
J[1iine(f(n , étoit pariagcc en deux
brandies les Alanefsde Aluneck, ô<.
Ks Aldiiefscie Hard, furnonis tirés dts
châreaux qui leurappartcnoicnt.La lille
des iicnateiirs de Zurich montre des
perfonnes de Cette (amille des i i i i ,
comme on le voit dans Tfchudy ,
Defcrpt. GûUid- CoiriiUœ , pag. loj;
ConjiantiiX', ly^S , in-fil. en allemand.
Cet Auteur parle auffi des acquifiiions
que fit , en i 304. , Roger Manefs ,
Sutcur du Recueil , Chro/i. Helvct.
part. 1,1 IV , p. 2^2. Bdfil. lyj-f,
fol. Gerinaiiicè i de même que Lcii ,
JOiC}. hiji. di lu Suijjt' , en Allemand,
tvin, Xltfp. .^j S ; if tom, XI, p. $y
Roger, qui vivoit encore en tjij,
avoit eu de fon rîiariagc avec Élifdlutli
Wcljliifcli , d'une famille équellre ou
noble de Zurich, deux fils & deux
filles, qui font nommées dans un ade
de 1 305 . (Leii.itiJ. t. XIX. p. ^6;-,
'in-^.° ) i l'aîné, nommé Roger comme
fon père, remplit fucccfîivenient les
places de Ciijfcdi.- &. d'EcoLitr,: dans le
Chapitre de Zurich ; Çon frère nommé
Ulric , fut membre du Sénat de cette
ville.
(l) Parmi les Manufcrits de l'an-
cien fonds , /(.' y2C6.
(m) De l'ancim Tudcfiiuc, m'mne
ou iiiinna (.imour) , Watchcr dérive
le François, mi^iwn , mi^njrj^ Jfi.,
158 Histoire de l'Académie Royale
mettoit à l'examen les pièces qui dévoient entrei- dans îe
Recueil. L'aîné de Ces fils , chanoine de la cathédrale de celle
Ville, ayant le mcine goût que fon père , ne monlroit pas
moins de zèle pour la colleélion. Maître Jean Hcullouh , de
Zurich, leur ami & leur compatriote, nous a traiiimis ces
particularités dans deux ftrophcs lur les Manefs père &
fils , Tes bienfaiteurs : elles le trouvent dans le Recueil de
Breitinger (n).
Lorlque, vers la fin du xv.^ ficelé, la fiimiîle de Manefs
s'éteignit , ce Recueil pafTa entre les mains des barons de
Hohcn-Sax (0). Cette MaKon, qui jouillbit du droit de
Bourgeoifie à Zurich, podédoit enlr'auuxs Seigneuries, la
baronie de Sax, achetée le i 5 Avril 1615 par cette Ville ,
qui en a fait un Bailliage (p).
Jean-Philippe, baron de Hoheti-Sax , afïïiffiné en i <^^6
par fon neveu, pofféda jufqu'à fa mort, le Recueil manulcrit de
Manefs , dont il faifoit grand cas. Marquard Fréher qui , dans
un voyacre en Suilîe , avoit examiné ce manufcrit au château
même de Forfteck, du vivant de l'infortuné Jean-Philippe,
follicita avec empreffement l'éledeiir Palatin Frédéric IV,
à'çn faire l'acquifition pour fa bibliothèque , &: fut chargé
d'entamer lui-même à ce fujet , & au nom de l'Éledeur , une
négociation avec la veuve du Baron , lequel avoit joui durant
fa vie , d'une grande confidéralion à la cour Palatine. Cette
dame , qui étoit de la maifon de Brodercde , fe trouvant
embarraffée, confulta un ancien ami de fon mari , Barlhéiemi
Schobinger : celui-ci craignant que fi le manufcrit paiïbit
(n) Tù'ne II, p. 186, i8y, édit.
de 1758 & 1759.
( 0) Cette Maifon , une des plus
anciennes de la Rliétie , ou pays des
Gritbns , étoit divifée en piufieurs
branches ; l'une , fjus le nom de Sax
(de Sdxo) , une autre fous celui de
Hohen-Saxe (de alto SnPiO ) , & une
troifiènie nommée A'Ioiifax , Mafox
ou Alifox. La colledion de Manefs
contient deux chanfons; l'une, de frère
El'crliard de Sax , qualifié Prêcheur
ou Dominicain, efl: confacrée à la
louange de la Vierge; l'autre, de
Henri de Sax , roule fur un objet pro-
fane. Voy. la I," partie du Rectteil
de Breitinger , pag. 2 S — jo if
35—37-
(p ) Fov. le Di(5lionnaire hiftorique
de la SuifTe, par Lcu , tcm. XVI,
pag. 121 — 12^ — 12^ — 'S4> ^t^"'
de Zurich, 1760, en Allemand.
DES Inscriptions et Belles -Lettres. i^p
dans la bibliothèque Palatine , il n'y fût comme condamné
à une prilon j erpétuelle, préféroit de le conlerver en SuilFe;
il fongeoit même à le faire imprimer : il le garda donc
chez \\x\(^), & fit réponfe à Fréher , que cet ouvrage avoit
été fort endommagé (r) dans l'incendie du château de
Forftcck , en 1586, & auflitût il entreprit de le copier ;
mais à peine étoit-il au tiers de l'ouvrage, que la mort
l'enleva, en 1604. Goldall (f) donne à entendre que
l'ardeur avec laquelle il avoit entrepris de copier les anciennes
chanfons des Princes, Comtes, Barons & autres Nobles,
avoit abrégé Tes jours. On foupçonne Goldaft lui-mOme,
voifin de Schobinger , d'avoir inlormé Fréher que le manulcrit
exidoit encore en entier. Dès 1 604 il avoit publié (tj deux
anciennes pièces qui le trouvent dans le Recueil de Mane/s (11),
les Conjeils ti' éducation donnés par Tyrol , roi d Êcoffc , & par
le chevalierWinJbeke. 11 inléra pareillement dans ion Recueil,
d'après la même colleélion , les Conjeils de la dame Winjbeke
à fa fille , fur la manière de fe conduire dans le monde. Ces
pièces ont été réimprimées à Ulm en 1727 (x) , avec àt%
notes, par Jean-George Scherz , jurilconlulte dans l'Univerfité
deiîtrafbourg, qui les avoit fiit collationner avec le manulcrit
du Roi.
Inflruit par Goldafl, Fréher reprit là négociation avec fa
veuve du baron de Hohen-Sax, laquelle confulta Jean-
Guillaume J/z//;//)'/' de Zurich, qui avoit compofé l'hilloire
de la vie & de la mort de fon mari , & qui ell connu (ur-
lout par les Anîiquitates convivales , ouvrage qui a eu plufiturs
éditions; mais les lollicitaiions de la cour Palatine devinrent
(<j) Lpijh Sc/wl>i/iiieri ^ l'rtheri
iiUtr epiji, claror. ir' duéior. vinr. ud
Aît/c/éicr. GoUiijIcx LibL'tli, Cuntlur.
Tliylemnn , 168 K, in-^.'
(r) Lcu, DiflionnairedcIaSuiflc,
tom. VJJ, p. 200. Zuiicli , in-^.'
«n AIL-mand.
(f) Prolegorn. Per. Alt mail. t. II I;
Francfort, »6o6 , in-jU.
(t ) Parii ni-rici ir. purs I. " cuin nocis;
Llndavia* , « 60+ , in-^.'
(Il) 'lome 11, p. 238 — 257,
cdit. 1759-
(x) AdCd>:em.t II, Antiquit.
Teutonic. SchiUtTi Ulniw, 1727.
(y) Lcu, DitTioiinairc hilloriquc
delà Surllc, r. XV /f.p yoy — "oy;
Zurich, 1702, //i-y.'ca ailuiuiid.
i6o Histoire de l'Académie Royale
fi pieflkntes , qu'à la fin de i 607 le manufcrit dont la Baronne-
douaire voiiloit, di.'oil-elle, faire achever la coj/ie, fui cuvoyc
à Heidelberg. L'ElecHieur , après l'avoir examine plulieurs
jours, le confia à Frcher, qui fe propofa de le j)ublier avec
un Gloliaire 5c des obfervations. Frélier avoit reçu les pièces
copiées par Goidafl & par Schobinger , & promettuil au
premier de faire achever la copie du manulcrit entier , laquelle
vrailemblablement n'a jamais été finie. Ctl'e qu'avoit coin^
mencée Schobinger eft conlervée dans la bibliothèque de
Brème, parmi les manufcrits de Goldail. Frcher écrivoit , en
I 609 , I 6 Juin, à ce dernier , que 1 Eledeur ne lui donnoit
que le délai d'un mois pour garder chez lui le manufciit,
& que l'ouvrage étant une fois renfermé dani le cabinet du
Prince, on auroit bien de la peine à en obtenir la commu-
nication ; il y refla en effet fous la clé jufqu'au mois de
Septembre 1622, que Heidelberg fut prile d'aflaut par
i'armée de l'Empereur , fous les ordres du général Tilly ;
le fac de cette Ville fut l'époque de la dilperfion de ia
bibliothèqne Éledorale , très-nombreufe, & fur- tout très-
riche en manufcrits : on en fauva une grande partie, que le
duc de Bavière donna au pape Grégoire XV , pour être
incorporée à la bibliothèque du Vatican.
Mais malgré toutes les précautions , un grand nombre
d'imprimés & de manufcrits fut difperfé de côté & d'autre.
Si. fins doute le Recueil de Manefs partagea leur fort jufqu'au
moment où il trouva un afyle fur dans la bibliothèque du
Roi : il y fut près de cent ans avant qu'aucun Savant
d'Allemagne fût ce qu'il étoit devenu ; Jean-George Eccard
l'ignoroit abfolument , mais il efl étonnant que Schiller,
établi à Strafbourg , qui le favoit, & qui étoit fi curieux de
découvrir des antiquités Germaniques , fe foit contenté d'une
idée affez imparfaite de ce manufcrit ; il l'indique dans la
préface ^iJ du Gloflaire Alcmanique , comme confervé dans
la bibliothèque du Roi , & nomme plufieurs des Poètes
(Z) P'^o' ^XXVI Ù'feq. t. lll. Thef. Antiquit.Teutoinc, Ulmae, 1 72 8 ,fol.
dont
DES Inscriptions et Belles - Lettres. î6i
dont fes pièces font infcrées dans ce Recueil , mais fans en
donner aucun extrait. M. Scherz , dont on a parlé précé-
demment, n'a jamais connu ce manulcrit que par quelques
fragmens. ^
Un de Ces parens, Jean -Philippe de Barteinftein, qui fut
confeiller intime de la chancellerie architlucale de la balfe
Autriche , elt le premier Allemand qui ail découvert & vu
le manulcrit de M an efs , étant à Paris en 1726; il en tira
des variantes, & y copia même piufieurs fb-ophes , dont if
fît part à M. Scherz. M. Breitinger , à qui celui-ci les
communiqua , ne douta pas que le man.ulcrit de la biblio-
thèque du Roi ne fut celui que Goldaft & Schobinger avoient
vu; impatient de le voir lui-même & de le publier, if
s'aclrelîk à (on ami M. Schoepflin, qui, dans un voyage fait
à Paris en 1746, négocia cette affaire avec M. l'abbé Sallier.
M. le comte de Maurepas, qui a toujours été zélé pour les
progrès des Lettres, obtint du Roi un ordre de faire trans-
porter le manufcrit à Strafbourg, avec permilfion de l'envoyer
enfuite à Zurich ; & M. de Courteiile , ambalfadeur du Roi
en Suilfe, le fit paiïêr à M. Breitinger fuj.
IIL Le langage des Poètes de Souabe, dans le Recueil
de M.uiefs, offre bien des difficultés qui naiffent de différentes
caufes : beaucoup d'anciens mots ont totalement dilparu fans
avoir été remplacés; d'autres fubfïflent encore dans l'Allemand
moderne, mais avec des acceptions très-diflcrentes. D'ailleurs,
la langue Allemande, comme toutes les autres, a éprouve
des vaiiations dans l'inHexion , l'ordre, la liaifon ik la pronon-
ciation des mots. Pour lurmonter ces difficultés autant qu'il
fui a été pofhble , M. le baron de Zur-Lauben a eu recours
aux Gloffaires de l'ancien Tudefjue, donnés par Sch'ihei /i>J ,
(d) La plupart des particulariti's que
contient CCI article , fc trouvent dans
la Préface de Brcitiri"cr , à la tctc de
ledition in-^..' de Zurich , 1758 &
'7J9 ; niais comme ciitc prclaïc cil
en allemand , on a cru que ce détail ne
paroîtroit pas déplace.
(b) Ad Calcrm Thrfaur. Antiquit,
TeuUn. t. lU. Uiniii-, "1728 ,/)/.
Hijl Tvme XL. X
i6z Histoire de l'Académie Royale
Etcard fcj, Wachter frij, Ptz ^ej , fans oublier celui que
M. Breitinger avoil joint aux Ejjuis publics en 1748.
Quant au mccanirme des Vers comporés pai" ces Poëtes
deSouabi-, il efl afîcz conforme à celui qui fe fait remarquer
dans les chanfons des Troubadours de Provence ; ils (ont
très-riches en rimes, & iou vent ils les prodiguent avec pro-
fufion , quoique, pour faire fentir un contracte, ils insèrent
quelquefois un vers non rimé dans une (trophe. M. Breitinger
a fait fur leur profodie , des obfervalions dont on ne peut
connoîîre le prix fans cire parfaitement inltruit des règles
grammaticales de l'Allemand ancien & moderne. On dif-
tingue dans leur Pocfie , félon M. le baron de Zur-Lauben,
des Vers alexandrins &. ïambiques, des j'alnbes & des tro-
chées. Les contraèlions , les cliiions , les abréviations y lont
fréquentes (Se reclierchées pour la cadence. On y voit aufîi
<ies Vers d'ime longueur fi démelurée, qu'on a bien de la
peine à les prononcer , quoiqu'un repos au milieu tienne
iieu de céfure, & donne le temps de relpirer; ce font, félon
M. Breitinger, deux Vers dont le premier n'efl pas rimé;
d'autres fois on voit le mot qui doit terminer le fens d'une
flrophe , placé à la tête de la fuivante. M. le baron de Zur-
Lauben renvoyé à ce que ce Savant a dit fur les variétés
qu'on remarque dans ces Poëfies relativement à ['article, aux
particules, & aux règles de la lyntaxe. L'orthographe y marque
beaucoup mieux qu'aujourd'hui les inflexions de la voix ;
elle eff aufTi différente de celle qui e(l fuivie dans l'Allemand
moderne, que l'orthographe des Troubadours de France
ditTère de celle qui maintenant y ell en ufage.
IV. La traducHiion des principales flrophes des fix pre-
mières chanfons de ce Recueil, que M. deZur-L auben donne
dans cette partie, fatisferoit peu, fans doute, le goût d'aujour-
(c) Comment, de reh. Franc. Orient, t. II^juç^o, t'c. Wiceburg, i jz^jfd.
/d) Glojfar. Cerinan. Lipf. 1737, 2. vol. in-fot.
(e) Sa'iptoT, Rer. Aujîruic. 1. 111, p. S-fj, ijc. Ratifb. 174-5, "'"/''^*
DES TNSCniPTIONS ET BeLLES - LETTRES. l6^
d'hui ; la nature du fiijet y jette une forte de monotonie ;
elles roulent conllaniment fur les plaifirs &. les tranfports^
ou fur les peines & les tourmens de l'amour. Les beautés ,
foit naturelles , loit techniques, ou, pour ainfi dire, locales,
que peut prclenter l'original, doivent, pour la plupart, difpa-
roitrc dans la copie ffj.
Elles lônt accompagnées , dans le manuicrit du Roi , de
figures mal dellinées & mal peintes , dont cependant les
couleurs conlervent de la traîclicur &. de l'éclat. Comme les
fujets qu'elles reprélentent ont tniit aux mœurs du temps &
en indiquent le coflume , nous rapporterons en notes 1%
defcription qu'en demie M. le baron de Zur-Lauben.
La première de ces clianlons porte le nom de /'Empereur
Henri; M. Breitinger, dans les EJfais de 1748 , avoit cru
que ce Prince étoit Henri VI, mais dans l'édition de 1758,
il fe décida pour Henri Rufpon , landgrave de Thuringe , que
le pape Innocent IV oppofa à Frédéric II , & qui , en dérifion
de Ion élection en 1246, furnommé le Roi des Prêtres, ne
lailîa pas d'être reconnu roi dtis Romains par plulieurs villes
Impériales. Aucun Hillorien du temps n'attelle que ce Prince
ait aimé &: cultivé les Lettres; on lait, au contraire, que
Henri VI les aimoit, & palfoit pour très-verlc dans la con-
noiliancc des Belles-lettres (g). M. le baron de Zur-Lauben
n'hélite donc pas d'attribuer cette chanlôn à Henri VI. Ce
Prince, né en i i <> 5 , fuccéda, en i i p i , à /on père Frédéric I ,
qui l'avoit fait très-bien élever, & tut couronné roi de Sicile
(f) M. le Iiaron de Zur-I.aubcn,
dans la crainte d'étoutfcr fous la parure
Françolfc les grâces naïves des Mules
Allemandes, s'ell iinporé la loi de
traduire le plus li(tcralcnicnt rju'ii lui
étoit poflihie ; & il |>rcvient lui-même
que les charmes qu'il aper(,oIt dans ccs
clianfons éroiinues tiennent trop au
gciiie furanné u^ la langue nationale,
potir pouvoir patTcr d^iis une langue
tiran"éte.
/g) Voy. Otto defanélo Blafw ,
t. I , c. XXI , p. 2.0J , intrr Ctrinan.
Hiflonc. Urjlifii Francof. I J 8 5 , in-fd.
Gccfrid. Vntrb. Chron. part. X V 1 II ,
p . 5 19,1.11, Cerinunic.fcript. Pijiorit,
Hanov. 161^ ,Jol,
Gcrvif. nilcr. Otia Imper. lib. H,
c. XIX, p. ()+} , t. I. Script. Brurifv.
Ltibiiitii. Hanov. 1707, _/!)/.
Ab. U/ptr^. Clironic. ç. 318; Ar-
geutor. 15+0, fol.
X ij
1^4 Histoire de l'Académie Royale
en I I 04 , du chef de Hi femme Coiiflance , priiiceiïf' Tnip-
çonnée d'avoir conti-il)uc à la mort de fon mari eu 1178.
Mais fi Confiance eil l'objet de la chanlon , pourquoi Henri
paroît-ii fous le nom d'Empereur! Il cpoufa cette Princenè
à Milan , en i 1 8 6 , lorfcju'il n'ctoit encore que roi des
Romains. M. de Zur-Lauhen répond «que la plupart des
» hiltoriens d'Allemagne , ennemis des prétentions uUramoii-
» taincs , ont louvent donné le titre d'Empereur aux rois des
» Romains; on appelle ainfi Conrad 111, Philippe, Roclolfe I,
» Adolfe , Albert i , quoiqu'ils n'aient jamais été couronnés à
Rome (h). »
La féconde chanfon , en cinq flrophes , efl fous le nom
de CoitraJ-le- Jeune; la jeuneiïe de l'Auteur efî même indiquée
dans la dernière Ih-ophe, ce qui a fait croire à Brcitinger que
c'efl; l'infortuné Conrad ou Conradïn , que Charles d'Anjou,
fon rival, eut la barbarie de faire décoler publiquement , &
fous les yeux , le 2p 0<5tobre 1268. On a de ce Prince deux
titres de I 263 , où il fe nomme Conrad II, par la grâce de
Dieu , roi de Jériifa 'em & de Sicile , duc de Suuahe (i).
Comme roi de Jérulalem & de Sicile , il étoit en effet
Conrad 11.^ du nom , ayant fuccédé aux droits de Ion père
(h) Cette chanfon compofée de
huit flrophes , efl précédée , dans le
rianufcrlt, d'un tableau quarré , avec
une bordure d'azur, parti ie gueules,
& fur le tout li'Zdngé d'or. Henri ,
afils fur un (lége fans bras , a le vifage
large , des yeux noirs , des cheveux
crépus & châtains , la barbe roulTe ,
fur la tête une couronne à trois rofes ,
vêtu d'une robe bleue, dont le collet
efl d'or ; un parement d'or chargé de
rofes de diamans, defcend de ce collet
Jufqu'à la ceinture, qui efl noire «Se or-
née de croiftttcs de diamans; un man-
teau de pourpre flotte fur les épaules
& le long du corps de l'Empereur ,
qui, dans fa droite, tient un fccptre
d'or terminé par une fleur-de-lys du
même métal, & préfente de la gauche,
une longue feuille en forme de rouleau,
qui, fans doute, indique la chanfon.
À la droite de l'Empereur efl placée
une épée debout , la pointe en bas ,
la poignée de nacres de perles & la
garde d'or; un ceinturon blanc entoure
le fourreau. Au-deflTus & à la droite
de l'Empereur , efl un ccu antique
d'or, à l'aigle éployé de fable , mem-
bre & becqué de gueules; à la gauche
on voit un cafque fermé de fûble ,
furmonté d'une couronne d'or pareille
à celle de l'Empereur. Cette couronne
ell rehauflée d'un aigle éployé de_/âW<f,
becqué & membre de gculcs,
(i ) Hund'tï Aletropolis Salijburg.
t. ÎIl, cuin notis GenolJi, p. ijo
& 25 I. Hatifp, 1/1$, fol.
DES Inscriptions et Belles-Lettres. i6^
Conrad \" qui , dans le nombre des Empereurs , efl nommé
Conrad IV : il avoit e'té promis en mariage à Brigitte fkj,
fille de Thierri dit k Sage, margrave de Mifnie , laquelle
époufa Conrad duc de Gloggau , Se enfuite Conrad 1.'^'^,
margrave de Brandebourg (IJ.
■Vl-'encedas , roi de Bohème , eft l'auteur à qui la troifième
(m) chanfon du Recueil de Breitiiiger , en onze flrophes,
efl attribuée; cetoit le fils de Prémilias Ottocare II, vaincu
en 1278 par Rodolphe de Hapfbourg , roi des Romains;
le vainqueur voulut bien , par le traité d'Iglau , laifîér à
Wenceflas IV , alors âgé de huit ans , la polfeflion de la
Bohème, de la Moravie &: de leurs dépendances, en confiant
la régence à Otton le Long, Margrave de Brandebourg,
oncle du jeune Prince : il lui promit en même temps Guîta
(à fille , &. arrêta le maiiage de Ton fils aîné avec Agnès ,
fœur du jeune roi, mais il fiipula qu'à l'extindion de la
Mailon royale de Bohème , ce Royaume padërcit à ks
delcendans. Wenceflas époufa, en 1286, Gutta, après avoir
renoncé à {es, prétentions fur l'Autriche & la Stirie , & fiit
(h) jMcnutnentaF^and^rav. ThuTiiig.
i;^ A1ari:!u:n. Alifn. cum itvtn Rheyheri
ad (alcem Tliuring. facra: , pag. 936.
t'r^ncof. iy^7,fJ.
V it^l Ù^ fatu Fnder. Adinorfi A'IarcIt.
Alijnhif. Ttnt-^il. p. 887 — 9 1 O , inter
fcript. Jfer. Cerinaii. Alt/icktn, t, II,
Lif'f.i7z8,fl.
(l) La Inirdurc du tableau qui pré-
cède cette pièce cfl fcmhlahle à la pré-
cédente : deux pcrfdnnes à cheval ; la
première cfl un jeune Prince fans barbe ,
yeux & fourcils noirs , cheveux blonds ;
fur la tcie une couronne royale ouverte ,
des gaiids blancs aux mains , levant la
gauche vers un taticon qui pourfuit un
oifcau ; h bride du cheval bai qu'il
monte cfl varice de noir & de rouge ,
le mors d'or de nicmc que la Telle , le
caparaçon rouge. Derrière le cheval
du l'rincc, une ddine montre fur un
cheval couleur d'or , vêtue d'une robe
rouge; Tes cheveux blonds font arrêtés
par un bandeau de perles; fur fa niaia
gauche, gantée, un oifcau de proie
tourne la tête vers celui qui ell lâché.
En haut , & audellus de la dame , un
écu antique d'or à la crcix fia/ronnée
d'argiiir. On a voulu apparemment
défiijncr les armoiries du royaume de
Jérufalem , dont Conradin éloit héri-
tier. On voit parcillenicnr fur les ar-
moiries, métal lur meta! ( d'aroeni ^
la crcix pdrncfe d'or Z-" cantcnnre de
tfiiiitre cniftttes jimplts lU tnéim) . Aux
pieds du cheval du Prince |)aro!Ûent
deux chiens de clialle abo\ans.
(m) C'ell la quatrième dans \t
manufcrit du Roi , Breitinger ayant
rejeté .n la fin les confcils de T^ro , roi
d'Éculiè , à ("on fils , qui ("ont dan» l'o-
riginal fous le II.' JII.
i66 Histoire de l'Académie Royale
appelé à la couronne de Pologne en i 3 oo; celle de Hongrie
lui ayant été otTerle , il la céda à Ton his , âgé de treize ans.
Giitla, dont le nom fignihoit ùojite, 8c dont les Auiturs fiij
ont célébré refprit & les grâces, mourut en couches, en i 25^7,
lai(î;uit à (on mari les l'egrets que doit cauier la perte d'une
perlonne tendrement aimée. Un des Poctes du Recueil de
Manefs, nommé Tatihnfer (0) , célèbre les qualités royales
diM jeune Wenceilas.
Dans une à^s llrophes de cette chanlon , on remarque un
uflige qui llibfille encore en Allemagne, en Angleterre, en
Suillè, en Alface, & ailleurs ; dans toutes les villes, bourgs
& villages, des Cvieurs publics, gagés par la Communauté,
annoncent chaque heure de la nuit, & avertilîent les habitans
de prendre garde au feu dans leurs maiîons. Dom Mabilloii
en fut témoin dans le voyage qu'il fit en SuilTe (^) en
1683 (q).
fn) Hagem Germanie. Auflr'iœ
Chron. apud Pej^ fifipt- Rc- Auftr.
X. I ; p. I 092. Ottocar Horneck. tbid.
t. III, p. 164. (Se fuiv. 185 — 578 —
584. — 602; (Se t. II , p. 7+0— 74.1.
(0) Édition de Manefs, coin. II,
■p. sS liT' 64, 1759.
(p) IterGcrinan. p. j , intervetera
Aiialeéla. Paris, 17.13 , in-fcl.
(q) Dans le tableau , deux écus
antiques , le dex!re ( à la gauche du
fpeflateur) Av "neuks, au lion raillant
é'argent couronné d'or, la queue nouée
& p'alTée en /autoir , qui cft BOHÈM E.
L'écu accufté à fenejtre d'un heaume
fermé avfc fi)n cimier couvert d'un
niantcaud'or enibrniedelan>brequins,
& rehjjfTé de dou^e plumes Ae faite ,
lanpées le long d'une crête d'or. L'écu
fénellrc cil d'azur bordé d'or, chargé
Ct'un aigle éployé, échiquetéde^ww/w
& àejalde , becc;ué & membre d'cr,
qui eft Moravie. Cet écu accolté
d'un heaume fermé , couvert d'un
manteau de gueula, fur lequel s'élèvent
dix-huit plumes , trois d'or, trois de
yT/W^ alternativement , rangées le long
d'une crête dt fable à deux pals d'or.
Wenceflas ell aflîs fur un fiége royal ,
cheveux blonds, peu de barbe, fur la
tête une couronne d'or pareille à celle
de Conrad le jeune ; fous une robe
lïa-^ur , diflinguée par trois banda
d'argent, en paroît une autre de pourpre;
un manteau d'or fur les épaules ; le bras
droit , couvert d'hermines , tient un
fceptre d'or terminé par une fleur-de-lys
de même ; la gauche reçoit une coupe
d'or que lui préfente im jeune homme
à cheveux blonds, habillé de rouge &
d'or, ce qui défigne, félon M. de
Zur-Lauben, l'office de grand échan-
fon de l'Emjiire attaché à la couronne
de Bohème. A la droite du Roi, un
homme atmé , couvert d'une chemife
de mailles , & d'une robe rouge par-
defius , avec une ceinture d'or d'où
pend un poignard à garde d'or & four-
reau noir garni d'or; fur la tête, à
chevelure blonde , un bonnet vert ,
DES Inscriptions et Belles- Lettres. \6y
La quatrième fr) chanfon du Recueil donné par M. Brei-
tinger, en huit (Irophes, eA de Henri, duc de Breflau en
Siicde. Tanhufer (fj, un dçs Poètes de celte collecftion, célèbre
les venus de Henri , de même qu'Ottocar Horneck (t).
Ce Prince mourut empoilonnc par Ton Médecin , auquel il
voulut qu'on pardonnât, ie 22 A(Hit i2(jo , Çnns laifiér
d'enfans de Ton mariage avec Melchilde, tille d'Otton le Long,
laquelle il avoit époulée en 1278 (u).
pointu , au rebord d'argent , a le \ ifage 1
tourne vers le Ro'i , & reçoit w e feuille
de parchemin en Idancd'un jeune Che-
valier lans liarbe ; celui -ci à genoux,
dans la poHure d'un fujipI'Jnt, porte
un cafque &. une clicniife de mailles
avec une robe verte ; fcs éperons font
rouges. Au pied du trône, deux nié-
nellriers à L;enoux ; l'un , jeune & fans
barbe , tient un hautbois ; l'autre ,
vieux , a fur le dos un violon. Au coin
fériejhe du tableau on voit encore un
^cunc homme fans barbe , cheveux
iiionds, vêtu d'une robe d'or ondée
^''a-(ur , avec un capuchon vert, qui
{réfente au Roi une boule d'or. Cette
ouïe , ou globe cft , félon M. de
Zur-Lauben, l.i figure f\nibo!iquc de
la poneffion du royaume de Bohême.
(r) Cinquième danj le manufcrit
original.
ff) Toin. Il , p. 64 , éd. de i^yg.
ir) Auflr. Chnnic. Crrinan, p. 8 6 —
104 — 156 — i + i , t. m. Scriftcr.
Jier. Aujir. Ptili.
(u ) Le tableau rcpréfente un jeune
Prince fans barbe , cheveux blonds ,
tctc nue , le cou , Ls bras , les j inibes
armées de mailles, monté fur un cheval
JTJs pommelé ; le caparaçon A\r & de
tnof'lt cil parfcmé , en partie , de
iozangfs d'oià l'aigledeSiléfie ( éplo\é
àtjahie , avec un croifliii t A'argent fur
la poitrine), & en partie de lo/anges
d'or th.irgés chacun d'une lettre : ces
Icltrej réunies forment AMOR AMORI.
JLc Pfiutc a fur l'épaule gauche, un
.1 or c^;ir^■é de l'aigle d^
Siléfic , <!k djs éperons rouges aux ta-
lons ; de la gauche il tient les rtnes
d'or de fon cheval , & tend la droite
pour recevoir une couronne de fleurs
d'une belle qui efl fur une î^aicrie go-
thique , accompagnée de trois fuivantcs ;
c'eli une blonde en robe verte. Derrière
le Prince, un jeune homme monté fur
un cheval alezan, habile de \er( parti
à' argent , a la têtccouvcrtcd'un bonnet
à'a-^iiT retombant , & tient de la main
gauche , un marteau dcfùh/e au manche
de giiin/es , Ce qui pouvoit defîgntf
\'office\\onoTih\eaerni:rc'c/ui/deLiCLur.
\'is-à-vls du Prince, fur la droite, pa-
roît un autre Chevalier fur un che\al
gris , f<ns barbe , chevelure blonde,
habillé de rouge, tenant des deux mains
un bâton d'or qui foutient un cafque
fermé d'i-r , couvert d'un manteau
d'i/^(/r en forme de lambrfqulns ; fur
le manteùu s'elè\c une aigrette de plu-
mes d'. r , de giui//t-s ôi de prhj/i-,
ayant fur fon Ibulien , qui ell (i'or ,
une demi-aiglf de Siicfie. Devant le
Prince, un V^^c à cheval, tète nue,
ciievelure blonde , habillé de pourpre ,
& regardant le Prince , tient de la
droite un tl.inibeau non allumé ; il eft
l'réced».- dedeii\ Ménellriers , dont l'un
ir.ij'pe un tambour, l'autre fonrc du
cornet : au bas du cheval du Prince ,
diuv nains fcmblent fe f.ire des aga-
ceries. Kien , dans cette defcription ,
n'annonce uiiamai.tnialheureux ; né.in-
molns l'Auteur de la chanfon cil dc-
fcfpéré de n'avoir pu tléth'ir ù belle.
1^8 Histoire de l'Académie Royale
La cinquième (x) clianfon du Recueil de Breitinger porte
le nom du margrave Otton de Brandebourg (urnommc/^//c't7;^
^r///nrf/oy),àcau(èd'une bleffurequelui lit à la t(}le, en i 280,
une flèche, dont il porta le fer pendant un an ; il ctoit fils (y)
de Jean I/' margrave de Brandebourg, & frère de Jean II,
à qui il fuccéda dans rÉlecT;orat en 1285, & avec qui il fit
la guerre à Gonthier , archevêque de Magdcbourg; fait
prilonnier & mis dans une cage de bois , il le racheta
moyennant une fcMiime de quatre mille marcs : il mourut ,
non en I2<j8, comme le difent les Auteurs de \Ait de
vérifier les dates , mais en 1308 , fans laifTer d'enfans de là
femme Élifabeth, tille de Jeun I.^' duc de Holftein (1).
Henri, margrave de Mifiiie, efl donne pour l'Auteur de
la fixième (a) pièce en feize flrophes. Ne, en i2i8 (b).
(x) Sixième dans roriginal.
(y ) Falckenflein , Antiq. Alarchtœ
Brandenb. tom. II, p. 237 — 24.9.
L'Art de vérifier les dates , p- 4-69
(8c 471.
/■^) Le tableau de cette clianfon
en vingt-une flrophes, repréfente deux
pcrfonnes qui jouent aux échecs; celle
qui paroît à la gauche du fpe'ilateur ,
eft un jeune homme (ans barbe, habillé
de vert, & couvert d'une efpèce de re-
dingotte rouge ; fur fa tête , à cheveux
blonds, un bonnet aplati iz gueules ,
arrêtéparun bandeau moucheté; il tient
de la main gauche une pièce que M. de
Zur-Lauben croit être la tour, & lève
l'autre comme pour indiquer quelque
chofe ; vis-à-vis de lui une dcmoifelle
avec qui il joue , tient de la gauche une
pièce , dont le haut a deux petites
branches recourbées, que M. de Zur-
Lauben juge être le fou; elle avance la
main dioite fur l'échiquier : c'efl une
blonde vêtue de pourpre , & ayant fur
la tête un voile d'argent. Au pied de
la table, quatre Ménellricrs, dont deux
fonnentde la trompette; chaque trom-
pette ell ciiargée d'un étendard où l'on
diflingue un aigle éployé de gueules ;
le troilième Méneftrier joue du tam-
bourin , & le quatrième , de la corne-
mufe. Entre les deux joueurs d'échecs,
mais au-delTus, eft un écu antique
d'argent , à une aigle éployée deguiules,
ayant fur la poitrine un croiiFant d'or
parti de fable , qui eft Brandebourg * ;
Au coin dextre du tableau , un heaume
fermé d'cr, fur lequel flotie un manteau
de gueides, rehaufléô'un chaperon d'or
croifeté de fable , fur lequel s'élèvent
des plumes de fable fans nombre.
(a) Septième dans l'original.
(b) Voy. Thuringia Sacra , p. j I ^
if 1 1 8 — iig- Francof. ^7^7, fol-
Pertuchïi Chronicon Portenfe ; iiiter
monumenta Thuring.facr.p. 8^^.
A'Ionumenta Laudgravior, Tlniring,
if Manhion. A'Iifn, ad calcem Thur,
Sacr. p. Ç2S' — p2p — 0^6.
Cbronic. Terrj: Alifnenf, uiterfcript,
Rer. Cerman. Menkaiii , tom. il ,
p, j2^, ^2j,j26.Lcipf. 1728, fol.
Annales Vetero • Cellcnfes , ibiJ,
p. ^oj, ^04..
* Fuggir fpci-ulum Aujhlac. lié. I , c, XVI ,
p, J 40, Nurmiij, I (SUS , iu-J'ol.
de Thieni
DES Inscriptions et Belles -Lettres. i6^
de Thierri comte de Weilîenfels & de Judith, qui avoit
pour père Hermann, landgrave de Thuriiige ; il mérita le
iurnom de libéral par fa générofilé, & celui i^illuflre , par
l'accjuilition qu'il fit de la Thuringe & du comte Palatin de
Saxe. Il eut trois lemmes : i.° Confiance, fille de Léopoid
duc d'Autriche, dit le Glorieux, a." Agnès, fille de Wen-
cellas 111 roi de Bohème, morte en 1268. 3.° Élifabelh de
Maltitz. De lui delcendent toutes les branches de la mailoii
éle<fl;oraIe & ducale de Saxe ; il paflbit pour le plus riche
prince d'Allemagne : on dit que dans une forêt voifine de
iNorthufên en Thuringe, il avoit fait planter un arbre arti-
ficiel d'or & d'argent , & que dans un tournoi , oià fe
trouvèrent beaucoup de Comtes , de Barons & de Cheva-
liers , le vainqueur au combat de la lance recevoir une feuille
d'argent , & qu'on en donnoit une d'or à celui qui , fans être
dcfarçonné, renverfoit Ion rival. Tanhuler , dont on a déjà
parle, célèbre dans une de fes chanfons (c) , les vertus de
Henri de Mifnie , qui mourut en 1288 (j):
Philif. Jacob, ^yencri Sylloot Gc-
nealogico-liijlor. ji. j 1 6 — j 1 S — 4 i j
— 4.4 4. Franc, aj Alit/i. 1 èyj, 1/1-/2.
Chroiiic. CUiiflrc-A'coburg toin. I ,
fcript. Jfer. Aujh. Pf^- p. 4^6 ^
p. 80^, 8 1 1 if 1041 .
(c) Tome IJ , p. 64 , édit. 17 jç.
(d) Dans le taLlwu on voit trois
faucons d"or , & trois oifeaux A'arç^ait
bccqiiés èior , que M. de Zur-Lauben
prcrw pour des canards fan vagcs , quoi-
qu'ils reflèmblcnt plutôt n des hérons;
un des faucons fil acharné fur le dos
de CCS olfiaux. A dotrt, un écu an-
tique penché d\r, au lion dcy<7Zi/«' fail-
Unt de g^iiclie à droite. Cet écu de
Alifnie Kii accoflé à fenejire , d'un
heaun\e l'crnié A' argent , couvert d'un
manteau de gueules que lurnionte une
tourte lie plumcsdep^ion. «.'élevant d'une
!>«fc Aargcitt armée de lix poiptes
aplaties t/f miint , 3 & 3. Au bas du
tjbicau, la ligure du jeune Margrave,
monté fur un cheval gris-pommelé, &
regardant la chafle du faucon ; fur la
tète un bonnet d'cr relevé par une
bordure d'argent ; fes cheveux font
blonds (Se liés par des rubans rouges ;
il porte un manteau d'écarlate doublé
d'hermines ; fa robe cil verte , des
éperons d'argent montrent que le Mar-
gr^ive n'étoit encore que damoifcau.
Derrière lui, un Page à cheval , tête
nue à blonde clievelure, lève en l'air
une houffine dont le bout ell muni de
plumes. Vis-à-vib du cheval du Mar-
grave , un petit homme à pied , vêtu
d'une robe rayée d'or & de rouge, un
capuchon bleu à la tète, montre de la
droite au Prince , un oifeau à terre <Sc
entre les ferres d'un faucon ; du bras
f.auche il tient les rtnes d'un cheval l)aj
chargé d'une felle rou^e, &. une houf-
line pareille à la précédente.
////?. Tome XI4,
\^^\SfiK
170 Histoire de l'Acadét^ie Royale
c
NO T 1 C E
d'une PIECE MANUSCRITE,
Qui fournit quelques détails Ivjloriques concernant
Robert, Comte d'Artois,
'ette Pièce, dont l'ccriture fur partliemin cfl du milieu
.>du xiv.^ fiècle , ctoit inconnue à M. Lancelot, qui a
Tcme F///, recueilli dans deux Mémoires, tout ce cjui peut donner de
fagf j, tr [^^yy^\^yQ^ f^j j- jç Proccs du fameux comte d'Artois : elle s'eft
*^ <^//« trouvée dans la bibliothèque de Saint-Martin-des-Champs,
parmi les différens titres que Doni Pernot avoit ramaflës ,
6c dont la plupart étoient lortis de la Chambre àts Comptes.
C'efl une Requête adrelfée à Meffieurs de cette Chambre,
par Robin du Marlrai , ferment du Roi (a) à Montpellier,
pour obtenir le rembourfement (\es iXé^en^es qu'il avoit
faites en allant , par ordre du Roi , à la recherche du comte
d'Artois , & de plus , une récompenle de les peiries par
forme de gratification. La place du fceau & la fufcription
conçue en ces termes, magnifias & potentibiis viris & domiuis
Câniera Compotorum Pcirifietifis tradutur, écrite de la même
main que la Requête, prouvent que cette Pièce n'efl: point
une copie , mais l'original même.
2-, jviars M. Dacier , qui en a préfenté la Notice à la Compagnie,
'773' obferve que M. Lancelot auroit pu en faire ufage, quoiqu'elle
T,x,f.£^o.io\\ïz\M date, dans l'endroit de fon fécond Mémoire où ii
parle du paffage de Robert d'Artois en Angleterre, condamné
au banniffement hors du Royaume, avec la confilcation de ï^s
biens par la Cour des Pairs, en 1 33 i. Ce Prince, au mois
de Septembre de la même année , pafla dans la Cour du
duc de Bvabant , où il féjourna uiie année entière ; le Duc
ayant été obligé de le chafler de fes Etats , en conféquence
(a) Scrviens Reg'uis. Voy, fur ce mol le GIolTiilre du Droit François de
Laurière , & Du Cangc.
■^zr
DES InSCRIPTIOÎ^S ET BELLES -LETTRES.
iî'une claufe portée dans le traité de mariage de Ton fils avec
Marie, fille de Philippe de Valois. Tous les détails que
prcfente M. Lancelot , prouvent que Robert pafla l'année
13 j3 , ou fur les frontières du Brabant, ou chez le Comte
de Namur; ce n'eft donc qu'aux premiers mois de 1334-
que doivent fe rapporter les voyages dont cette Pièce fait
mention, voyages qu'on ne connoît que pai- elle, & qui
précédèrent le paffage de Robert en Angleterre.
Philippe de Valois avoit différé la publication de l'Arrêt
'de bannilfement prononcé contre le comte d'Artois , dans
l'efpérance de le ramener; & ce ne fut , fans doute , que
lorftju'il le vit oblliné à entretenir conflamment des corref-
pondajices avec les mécontens du Royaume , qu'il prit le
parti dé le faire arrêter. Nous fommes inftruits de ce projet
par la Requête de Robin du Martrai : on y voit que le
bruit fe répandit en France que le Comte, au fortir de
Namur, avoit palfé en Provence; le Gouverneur de cette
Province pour le roi de Naples , étoit alors à la cour de
Philippe de Valois , auquel il promit , dans un entretien
qu'il eut avec ce Monarque {1>J, de faire arrêter le Comte
en Provence fi on pouvoit l'y découvrir. Aduré du Gouver-
neur, Philippe de Valois enjoignit verbalement ore tenus à
fb) Le texte porte , Dominus nofler
J\tx locucus ejl cum comice novo. M.
Uacicr oblcrvc que ce Gouverneur ne
peut être que Piiilippc de Sanguinétc,
qui, pourvu de ce Gouvernement en
j } 3 t , le conferva iufqu'cn 1338,
(Voy. Bouche, hifl. de Frov. tom. II ,
■p. 104}). Quant à l'éplthcte de
Novus donnée à ce Comte ou Séné-
chal , clic cfl rufccptililc de diverfes
interprétations; elle peut fignilicr que
ce Sci^'iicur nouvcllenient pourvu de
ce Gouvcrnemtiu , en cxcr<,-oit les
fondions. Cette charge , d "abord an-
nuelle , devint triennale , cnCuite les
fontflignj en furent prolongé-cs au gre
des Comtes fouverains- II peut donc
fe faite que les anciens Sénéchaux
aient confervé le titre de la charge fans
en avoir les fondions, & aue le vrai
titulaire qui l'exerçoit , ait été défigné
par la qualification de Cernes noviis.
Peut-être aulTi appelolt-on Comte nou-
vt-aii le gouverneur de la Provence ,
pour le dilVmguer du Comte fouvcrain
appelé Cornes Provinchif abfolunicnt.
Ainfi, Cornes ncvus fcroit l'équivalent
de Vicomte ou Vigtiier , Comiiis f'/Va-
riiis , teimc ufité dans cette Province.
iM. Dacier n'oie fe décider entre ces
deux interprétations, ni préfumer qu'on
n'en puidc pas propofer une meilleure.
Yij
ri7i Histoire de l'Académie Royale
Philippe de Prie (c) , fénéchal de Eeaucaire & de Nîmes,
(ans doute comme plus voifin des terres du roi de Naples,
de veiller à l'éxecution d'une commiflïon fi délicate , ik. de
choifir un homme capable de s'en bien acquitter : celui-ci
étant retourné en Languedoc , jeta les yeux fur Martin du
Martrai , & après lui avoir fait jurer , fous peine de punition
corporelle & de la perte de Tes biens , de garder le fecret , il
i'inîh-uifit des mefures que le Roi avoit prilès, Se lui ordoima
de la part de ce Monarque (d), d'aller en Provence, de
parcourir la terre du roi de Naples , pour acquérir àç%
lumières fur la marche du comte d'Artois; & s'il apprenoit
quelque chofe ^ d'en inftruire promptement le Gouverneur,
qui lui prelcriroit alors ce qu'il auroit à faire. Muni de ces
jnflrucT:ions , du Martrai partit pour la Provence, qu'il par-
courut fans fuccès; le Gouverneur, à qui il rendit compte,
& qui faifoit fon féjour à Nice , appartenant alors au comté
de Provence, ainfi cjue Vintimille, lui confeilla de tourner
i^s pas vers l'Allemagne, où l'on pouvoit préfumer que le
Comte avoit palTé en fortant de ia Flandre. Du Martrai fe
rend donc en Allemagne & pénètre jufqu'à un lieu qu'il
nomme Philïhort , ad quemdam lociim vocatum Philibort (e) ,
(c) Pliilippe de Prie a , dans la
requête de du Marirai , le titre de
Aides domini Rezh , Chevalier du
Roi, ce qui fignilie qu'il étoit particu-
lièrement attaché au Roi , & de fa
Maifon. C'ert par lui que commence,
comme l 'obferve M. Dacier, la fuite
des filiations prouvées de ia maifon de
Prie , dont le nom ell connu plus de
deux fiècles auparavant. ( Hiji. des
gr, Off. tom. VlU ,p. 112).
(d) Si la conduite de Robertd'Ar-
tois étoit très-b!âmable, le procédé de
Philippe de Valois n'en paroîtpas plus
iufte à M. Dacier. Condamné au ban-
niflement , le Comte gardoit fon ban ;
& le Roi, non content de le forcer par
fcs négociations, à foi tir de tous les
lieux où il fe réfugioit , entreprend de
le priver de fa liberté, peine que l'arrêt
n'avoit pas prononcée. M. Lanceloi
n'auroitpas combattu aveC tant d'avan-
tage du Haillan , Mézerai , Daniel ,
qui avoient blâmé la conduite du Roi
dans cette affaire, s'ils avoient eu con-
noilTance de la commifllon donnée à
du Martrai ; il auroit été réduit , pour
foutenir fon opinion , à fuppofer que
le Comte avoit formé des projets dan-
gereux qu'on ne peut que préfumer,
ce qui rendoient tout légitime pour en
prévenir les effets.
(e) Ce lieu, dit M. Dacier, ne
peut pas être Pliilijbciirg, qui ne re^ut
ce nom qu'en 1 6 1 b .
•DES Inscriptions et Belles -Lettres. 173-
& de-là repartant le Rhin , il fe rend à Genève , où il apprend
que Robert avoit eu un entretien fecret avec le comte
Hugues, qui lui avoit donné une efcorte de fix hommes à
cheval, dont deux portoient des balifles : tmdidit fibi' fex
homiiies in equis quorum duo portabant halijlas & omnes
nuwtonos (f) botoniatos a parte pofl. De Genève, du Martrai
reprend le chemin d'Avignon, où il apprend que le Prince
étoit entre, iîuis rien lavoir de plus : il recommence donc à
parcourir la Provence aulFi infruclueufement que la première
fois. Le Gouverneur, qui n'avoit pas été plus heureux,
foupçonnant que Robert avoit palTè en Lombardie , donne
ordre à du Martrai d'aller à Vintimille , enfuite à Coni , puis
à Afl. Celte courfe ne produiiît rien , non plus que les
précédentes ; le Comte n'avoit paru ni dans ces lieux , ni
dans plufieurs autres. Alors , Robin du Martrai , par iordre
du Gouverneur, fe rendit à Nimes, pour faire fori rapport
au Sénéchal , mais il ne l'y trouva pas. Philippe de Prie
étoit parti pour la guerre de Gafcogne, in gucrmni Vnfconia ,
pour le rendre enluite à Piiris. Depuis que le roi d'Angleterre
avoit rendu hommage pour la Guicnne , en 1330, il ne
redoit plus de prétexte de guerre entre les deux Couronnes;
cette guerre de Gafcogne ne doit donc s'entendre , félon
M. Dacier , (jue de quelques mouvemens excités en Guienne
en laveur du Comte, ou par lui-même, ou par fi femme,
qui fut, vers ce même temps, enlernu'e au château de
Chinon , à caufe des troubles qu'elle cherchoit à fuiciter.
De ce détail, M. Dacier conclut que Robert d'Artois
s'embarqua pour l'Angleterre dans quelque port de Provence,
ou , ce qui lui paroit plus prob;il:)le , qu'il lra\crfa le Lan-
(f) M. Dacier ne traduit point Cc
mot , qu'on ne trouve dans aucun
GlofTaire , & qui ne paroît pas cire
mis i>our inniiti/Ls , des manteaux ;
il loi fttnblc plus naturel de lire
nxangpnoi , des intin^rnitiux , ( clpice
dVwleie ) aiiaclics dcrritrc les ca-
valiers , fur la croupe de leurs tlit-
vaux.
Quant .1 Hugues comte de Genève ,
fci-icur d'Antlion, il ne faut jus le
conlundre avic Anit- Jll, comte de
Genevois , ou (èigneur du Comté.
Cclul-ci ctoit alois aiuché a la France.
,^74 Histoire de l'Académie Royalk
guedocpoiir fe rendre en Guienne, 8c que Philippe de Prie,
accompagné d'une bonne elcorte, le pourfuivit, dans le
delièin de l'arrcler , s'il pouvoit l'atteindre , ou d'aller julque
fur les terres du roi d'Angleterre, fomm«: le Gouverneur
de lui livrer le Prince. C'eft-là ce que du Martrai aura
nommé la guerre de Gafcogne. Pour lui , il fe rendit direc-
tement à Paris , où il trouva que le Sénéchal étoit déjà
arrivé ; ce qui montre que cette prétendue guerre de
Gafcogne n'avoit été qu'une fauffe alarme , ou que les
mouvemens excités dans la Province n'avoient point eu
de fuite.
Le furpkis de la pièce regarde perfonnellement du Martrai :
il avoit , dit-il , employé quatre mois entiers à la recherche
qu'il avoit faite; fa dépenfe , pour lui, un valet & deux
chevaux , avoit été de dix à douze fous tournois par jour ;
à peu près dix livres feize fous de notre monnoie, félon
M. Dacier ; ce qui revient pour les quatre mois , à douze
cents quatre-vingt-feize livres, fur quoi il n'avoit reçu que
douze livres tournois. Le Tréforier du Roi à Nîmes lui
demandoit compte de l'emploi de cette fomme ; ce que
du Martrai ne pouvoit faire, difôit-il , fans révéler le fujet
d'un voyage qu'il avoit juré de tenir fecret. Il lupplie donc
MefTieurs de la Chambre des Comptes de faire défenfe au
Tréforier de l'inquiéter au fujet des douze livres ; de lui
allouer l'excédant de ks frais, avec le prix d'un cheval, mort
de fatigue qui lui avoit coûté trente-fix florins, environ quatre
cents quatre-vingt-fix livres de notre monnoie; enfin, de lui
procurer la récompenfe de fes peines &: de fon zèle.
DES Inscriptions et Belles -Lettres. 17?
'devises, inscriptions et Médailles
FAITES PAR L'ACADÉMIE.
L'académie, fuivant l'iifage, a fourni, pendant les
années 1773, 1774» 1775. les Devifes qui lui ont
été demandées pour le jeton de K Extraordinoire des guerres.
Elle travailla , eji 1773 , à une Médaille pour le mariage
de M.^"^ le comte d'Artois.
Vers la fm de la mcme année, \ç% Daines Religieufès
du monaflcre de Saint-Louis à Poilî) , demandèrent une
Épitaphe françoife pour le cœur de Philippe-le-Bel dans
leur églife. Comme elles n'avoient pas afîez expliqué leur
intention , ni les bornes dans lelquelles il falloit le renfermer
relativement au local, l'Académie leur envoya trois Inlcriptions
Françoi fes.
En M. DCCLXXiv, elle fit une Médaille au fujet de fa
nouvelle conllru<5lion de l'églife de Saint- Philippe du Roule,
avec une Inkriplion pour la plaque deftinée à être mile dans
les fondemens; & une autre Akdaille pour le Sacre du Roi.
La même année, M. le Duc de la Vrillière ayant envoyé
un projet de Médaille & de légende pour le bâtiment du
Collège & de l'École de Chirurgie , l'Académie y fit des
changemens , & détermina la légende.
En M. DCCLXXV, l'Académie fit deux Médailles, l'une
pour la mort de Louis XV ; l'autre , pour l'avènement de
Louis XVI au trône : elle prélenta deux Ilijets pour la
première , trois pour la féconde.
M. le Marquis de la Châtre ayant , la même année ,
demandé une Devife pour les Guidons du régiment de
Provence , l'Académie lui envoya trois iujets.
ÉL0GE5
. ELOGES
DES
ACADÉMICIENS
MORTS
DEPUIS L'ANNÉE M. DCCLXXIII,
JUSQUES ET COMPRIS M. DCCLXXV.
Par M. DuPUY.
Tome XL,
_^__ _ ^^ ^^^ ^ [79
^ Z {? 6^ ^
Z) £■ y^/. DE FONTETTE,
Charles-Marie Fevret, Seigneur de Fontette, Lu
Saint-Melmin, Gocian , la Bourreiière &. autres iieux, àl'Afîlmhléc
Conleiller au Parlement de Bourgogne, naquit à Diion le 14, J'"p-"^"^
, . , f- ? r' ^_ ' . T de raques
Avril 17 I o , de Jacques revret de rontette, auni Conleiller, 1773.
& de Barbe -Charlotte de Migieu , lille d'un Prclldent à
Mortier du même Parlement. Iffu d'une famille noble de
Scmur en Auxois, qui a produit plulieurs Sujets dillincrucs,
/oit dans la robe, loit dans l'épce, il ne vit jamais dans les
exemples domeltiques, qu'une loi toujours llibilftante, qui,
lui impofant le devoir de ne pas dcgcncrer de la vertu de
fes ancêtres, lui fournilîoit en mcme temps les plus puilfans
motifs pour les imiter. On ne peut prononcer Ton nom , fans
rappeler aulfitôt celui de ion triiaVeul , le célèbre Charles
Fevret, hls & père de Sénateurs, qui eut le courage de
rehiler deu\ fois la charge de Conleiller au Parlement que
le Roi lui offroit , pour . onlacrer , en qualité d'Avocat, lès
veilles & lès talens à la défenlè de la veuve & de l'orphelin,
de la juflice outragée & de l'innocence opprimée. Il donna
à l'Etat dix-neuf enfans, fruit d'un mariage aulli heureux que
fécond, qui durant quarante (ii) années, lit toute la douceur
(a) Dans l'extrait de fa vie, publiô aprts M. Papillon, à la tcic du
Traité de t'Aiiis , Lyon , 1 7 3 6 , on lit , que M . Fevret goûta avec fj femme,
pc-ndiint vingt-iiaïf iiiinirs , tous Us agrémcns d'un /iair,-i/x inaridi^e. 1! laur ,
fans doute lire trente -iiinf, au lieu Je vin^t-netif. Fevret dil lui-mùuc uu'U
avoic vécu quarante ans avec fa femme.
Ainl'o qiiaterdenos junéli concorditer aniws
Viniiiws , iiX luxit candida utrique dies.
(Cwirwt. D/ y!t3 fu3.)
En rfTct, en comparant les t'poques , on voit que l'année de la mon de (i
femme ctoii la quoianiiùitc de leur mariage.
Z ij
i8o Histoire de l'Académie Royale
de fa vie. S'il donna moins de livres à la république des
Lettres, le feiil Traité Je l' Abus , chef-d'œuvre en Ton genre,
qui fert de règle & d'oracle dans tous nos Trilnmaux , lui
allure une vie immortelle, ou du moins ne met d'autre terme
à la gloire de fon nom, que celui de notre Jurilprudence.
Le dedr de marcher fur Tes traces , enflamma de bonne
heure le jeune de Fontette fon arricre-petit-fils. La pénétra-
tion dont la Nature l'avoit doué , exercée par un travail alTidu
&; opiniâtre de plufieurs années, lui ht faire des progrès peu
communs dans l'étude épineufe de nos Loix : la connoillànce
profonde qu'il en avoit acquife fit auffi naître l'efpoir de l'eu
voir bien -tôt l'organe & l'arbitre. Il iut reçu Confeiller au
Parlement de Dijon en 1736.
Un jugement fain & droit , une probité éclairée & inal-
térable, un coup d'oeil fur &' perçant qui, dans les affaires
ies plus compliquées , lui faifoit démêler promptement le
vrai à travers les fombrcs nuages accumulés par l'efprit de
chicane & d'intérêt, lui attirèrent en peu de temps la confi-
dération la plus fatisfaifante de la part du Public , & la plus
entière confiance de la part de fa Compagnie. Elle le députa
en 1746 , pour fuivre au Confeil une conteftation avec
la Chambre des Comptes de Bourgogne, & ne put que
s'applaudir du choix qu'elle avoit fait : l'affaire fut décidée
en faveur du Parlement.
Plus la capacité du Magif1:rat fe fit remarquer, plus on
s'empreffa de l'exercer. M. de Fontette fe vit, à différentes
reprifes, chargé àts plus grandes affaires; &, pour le récom-
penfer d'un travail énorme de quatre années , dans un Procès
criminel qui intérefîoit la fureté publique de la Bourgogne,.
& dans lequel fe trouvoient impliqués deux cents cinquante
acculés , le Roi le gratifia d'une penfion de douze cents livres,
par un brevet de Juillet 175 i. C'eft la première qui ait été
accordée à un Confeiller au Parlement depuis ia création.
Le zèle , faélivité , l'intelligence qu'avoit fait éclater
M. de Fontette pour le fèrvice de fa Compagnie, lui acquit,
en quelc^ue forte , le droit exclufxf de défendre les intérêt*
DES Inscriptions et Belles -Lettres. i8i
^e ce Corps illuftre. 11 fut encore député, en iy6i , pour
fuivre le Procès que fa Compagnie eut à foutenir au Confeil
des Finances contre les Élus de la Province. Pendant le cours
de cette députation, qui dura près de cinq années, il termina
plufieurs autres afîaircs de grande confcquence, dont il avoit
tté charge.
L'élude de la Jurifprudence, & celle de l'hifloîre nationale,
ont une liaifon fi intime ; elles font unies par des liens û
étroits ; la première dépend même tellement de la féconde ,
qu'elles doivent toujours, pour ainli dire, marclier de Iront,
& comme fur deux lignes parallèles. Allez louvent l'hilloire
feule dévoile l'efprit caché de la Loi , en fixe l'objet précis ,
& dirige dans Ion application. En général , un fyltème de
légiflation tient aux mœurs , aux ulages , aux vices & aux
vertus des différens âges : cette vérité lentie par M. de Fon-
lette, le guida toujours dans ks recherches; aufh les progrès
dans la Jurifprudence furent-ils marqués par ceux qu'il fit
dans notre hiftoire. Tous les momens de loifir que lui
laid'oient les affaires de la Compagnie , celles du Palais , ii
fcience propre de fon état, il les confacroit lans rclerve à la
découverte & à l'examen de quelque monument hifforique,
charmant de temps en temps l'ennui inléparal)le de ce travail,
par les agrémens que lui oliroient les Belles- Lettres. Les
morceaux précieux qu'il a ralfeniblés en ce genre pendant
le cours de plufieurs années, forment, tant en livres imprimés
qu'en manulcrits , un cabinet des plus complets &. des plus
curieux qu'il y Jiit eu en France , depuis le cabinet de
Al. Secoudê.
Après avoir amaffé tant de richelTes littéraires, il n'ambi-
tionnoit tjue le plailir de les répandre ; il auroit voulu eu
partager la jouillance avec tous les bavants ; mais comme leur
multitude «Se leur nature Jie pouvoient le prêter à létendue
de lès defirs, il prit le parti de les faire au moins connoitre,
&. d inflruire le Public de leur exillence.
Une nouvelle édition de la Bihiiotlictjue hijiorifjue Ac la
France lui parut favorable à (on dellein : cet ouvra<^e nécelîiiie
i82 Histoire de L'AcAoéMie Royale
à un certain orJre de gens de Lettres, utile prcique à tous,
livre, en cjueicjue forte , clafTique , répertoire injiiitnië c|u'oa
eft i\ fouve.it obligé d'avoir Ibus les yeux & de conlliLer,
n'étoit pas forti des mains de Ion dodrte & laborieux Auteur
dans l'état qu'il auroit defiré; le P. le Lo g 1 auroit reproduit
fous une forme plus régulière & plus avantageu(e, fi la mort
ne l'eût arrêté dans i"a pénible carrière.
Le projet de M. de Fontette propofé à toutes les Académies>
à toutes les Sociétés littéraires , eÛ aulfitôt généralement
accueilli; le Roi même honore de fa pn^teélion la nouvelle
M. DerAvcr.iy. entreprise ; & à la voix d'un Mi ni (Ire , Meml)re illullre &
diftingué de cette Compagnie , toute la France s'émeut &
s'emprefîè d'y concourir. Dans les Provinces , les ordres font
donnés par M/" les Intendans; tout efl en aélion, rien n'efl
oublié pour faire les recherches nécelîàires , &: bientôt de
nouvelles moillbns viennent fè joindre à celles que M. de
Fontette a\'oit miles en réferve.
A la faveur de tant de fecours & de contributions , plus
de trente mille articles , d'additions , de notes , de corrections,
triplent l'ancienne édition , &. enrichirent la nouvelle.
M. de Fontette eut l'honneur de préfènter au Roi le premier
Volume, le 17 Janvier 1768, le fécond, le 19 Novembre
de l'année fuivante, & fut gratilié , en 1770, d'une -autre
penfion de douze cents livres, par un brevet qui attelle
combien Sa Majeflé étoit fatisfaite des fervices & des travaux
de l'Editeur.
Dès l'année 1757. ii avoit été admis, avec le titre de
Direéleur, dans l'Académie des Sciences, Arts & Belles-
Lettres de Dijon ; époque mémorable dans les faftes de cette
îlluflre Compagnie. Animé du même efprit que le Fonda-
teur fùj, M. de Fontette ne montra pas moins de zèle
p^ : N
fhj M. Poufficr, doyen du Parlement de Bourgogne, qui, par un
Teftamcnt olographe du i .'" Odobre 17^5 , fit cette fondation, & mourut
en 1736. L'exécution des volontés duTeltateur fut autorifée par des Lettres
.patentes expédiées au mois de Juin i/^^O, &. enregiflrées au Parlement de
Dijon, le 30 du mcmc mois.
DES Inscriptions et Belles -Lettres. 183
pour le progrès des connoiflances utiles ; il y contribua
même pour là part, par des Mémoires intéreflans de fa
compolition ; mais dans la fuite , cette Société littéraire iui
dut des lèrvices plus importans pour la conftitution. 11 n'eft
pas dans la nature des établilîëmens humains de fe montrer,
dès leur origine, avec ce degré de perfection qui en allure
la folidité, & prépare d'avance tous ies avantages qui en
peuvent naître. L'infuffilance du premier plan drelîé pour
l'Académie de Dijon ne tarda pas à le faire fentir ; l'e^xpé-
rience fit bientôt remarquer la réforme , les changemens , les
additions nécelîàires. C'eft vers cet objet que M, de Fon-
tette dirigea toute fon ardeur, fès vues, fes lumières, réunies
à celles tle M. Fletitelot de Beneuvre, alors premier Directeur.
Le fruit de leur zèle Se de leur travail fut un nouveau
règlement rédigé en 1761. La reconnoilfance de la Com-
pagnie éclata d'une manière bien fîatteulë pour M. de Fontette,
qui n'étoit alors qu'Académicien - Honoraire ; la place de
Chancelier lui fut déférée par acclamation : c'étoit la première
des dignités Académiques nouvellement créées.
Avant & depuis cette époque, il avoit alfez mérité des
Lettres pour avoir droit aux honneurs qu'elles décernent.
L'Académie des Inlcriptions & Belles-Lettres , dont il avoit
coiifulté pai'ticulièrement plufieurs Membres, où il avoit puifë
àes avis & des lumières qu'il a fu mettre à profit , prenoit
ti"op de part au projet de la nouvelle Bibliothèque hillorique,
dont elle voyoit l'exécution , pour fe croire dilpenfée de
l'encourager. Elle re^ut M. de Fontette, en 1771, au
Jiombre de Ces AfTociés- Libres.
Mais ce qui la Haita le plus fins doute, ce ne fut pas
de voir ilans cet ample & niagnificjue recueil , l'indication
exacte de tous , ou prefque tous les makViaux de notre
liifloire, le détail de tout ce qui a été fait en difiérens
fjccies, pour l'éclaircir dans ks diverfes parties; en ce genre,
comme en beaucoup d'autres, l'abondance peut nuire; ditic-
rentes roules peuvent conduire au même terme , il importe
<Jc chuifir ks pUii courtes , les plus commodes , les piu>
184 Histoire de l'Acadi^mie Royale
fûres. L'Acadcmie fut bien plus fatisfiiile de la fage précaution
que l'Éditeur, à l'exemple du P. le Long, avoii prilè de
donner de la plupart des pièces un fommaire précis, une notice
fuccinéle, qui en faifoit connoître le prix, qui marquoit le
degré de conliance qu'elles méritent , i'ulage qu'on en pouvoit
faire , quelquefois même celui qu'on n'en devoit pas faire.
Ainfi , dans une vafle galerie de portraits , une courte infcrip-
lion , placée au bas de chacun , fixe les idées des curieux
fur le mérite particulier des perlonnages.
Depuis l'année 17 ip, qiit? i^i Bibliothèqm hiflorïque de la.
France avoit vu le jour, le domaine de notre hilloire s'étoit
accru par plufieurs poffelTions , comme il le fera encore dans
les fiècles à venir : elles ne répondoient pourtant pas aux
grandes vues de M. de Fontette, pour enrichir à ion gré la
nouvelle édition. Sans parler des anciennes tables dojit l'é-
tendue doit être proportionnée à la multiplicité à^s nouveaux
objets ; fans parler des vies abrégées à^s principaux Hiftorlens ,
que le P. le Long n'avoit portées qu'au nombre de douze,
quatre morceaux intéreffans, qui paroîtront dans le quatrième
Volume , diffingueront particulièrement la nouvelle Bihlio-
Ûcque hijioiique de la France. D'abord , une table générale du
grand recueil de M. de Fontanieu, qui embraffe d'une part,
les titres , chai-tes èc pièces fugitives , relativement à chaque
règne j de l'autre, ce qui concerne le Droit public de la
Monarchie; enfuite le catalogue d'une coUedion pittorefque
& chronologique d'eftampes, de deffms , de plans, de mon-
noies , de médailles , qui ont rapport à divers évènemens
de notre biftoire : troifièmement, le détail du curieux recueil
de M. de Gaignières , concernant le coflume & la forme des
habillemens depuis Clovis jufqu'ànos jours. Enfin, une table
alphabétique de plus de quai'ante mille portraits de François
illullres dans tous les états , avec une courte notice touchant
leur perfonne, leurs emplois, leur naillance, leur mort, &
quelques particularités de leur vie.
Tout cela ne fuffifoit point encore pour calmer les inquiétude
de M. de Fontette ; la crainte de ne pas remplir l'attente du
Public,
DES Inscriptions et Belles -Lettres. 185
Public , lui dcfendoit de Te flatter d'avoir rafTemblé tout ce
<jiii avoit cciiappé à ion prcdccelleiir , d'avoir rcuni tout ce
qui pouvoit contribuer à la perfeci'lion de l'ouvrage ; elle
lui pennettoit ieulement d'erpcrer que d'autres viendroient
glaner après lui , reparer les omilîjons du P. le Lona «8c les
fiennes. « Ce n'elt que par ce moyen , diioit-il , qu avec le
temps , on pourra former une Bibliothèque complette de .
i'biltoire de France. » Peut-être lui étoit-il permis de porter
plus loin les elpérances & ics vœux.
L'hilloire d'une grande Nation efi: un corps immenfê ,
formé d'une inimité de parties diverlës : & combien n'en
remarque-t-on pas qui ont été très- médiocrement traitées
par ceux même qui ont paitaitement rcuffi à l'égai'd de
quelques autres ! Souvent ni les meilleures , ni les plus
iTiauvailes produdions ne le font pas en tout. De quelle
utilité ne leroit donc pas un ouvrage qui , avec la divilion
Se (ous-diNilion métfiodique de la matière en toutes fes
branches, otfiiroit lur chaque point, lur chaque objet parti-
culier, lindication des Ecrits qui méritent dètre conlultés
préférablement à tous les autres! Que de temps, de circuits,
de peines & de dégoûts n'épargneroit pas au lecleur fludieux,
une Bibliothèque d'hilloire, ou de tout autre genre , exécutée
fur ce plan , avec la capacité & l'intelligence que Al. de
Fontette avoit en partage!
C'ell peut-être ce qu'il auroit entrepris pour l'avantage
de notre Hilh)ire, après avoir rempli la tache laborieufe qu'il
s'étoit impoiée; mais la mort qui l'enleva dans le lieu de la
nailfance, le 16 Février 1772, après une maladie de quatre
mois , ne lui permit même pas de voir la lin de l'édition qu'il
avoit commencée.
Bon époux, père tendre, ami efî'entiel , Al. de Fontette
réunilloit en la perlunne toutes les qualités lolides & aimai)les,
charmes de la lociélé , qui , dans le commerce de la \ ie ,
gagnent le cœur , la conliance & l'ellimc. Chéri de les
valiaux, il n'a jamais louflcrl de procès enir'eux. Quoique
Je temple de la JulUce, toujours ouvert, ioit re.'peclé , &
/////. Tome AL. A a
jS6 Histoire de l'Académie Royale
mcrite de i'êlrc , il ne leur permeltoit point d'en approcher.
Trop iiiflriijt des lacrifices ruineux par Iclquels s'oblJennent
les oracles, même les plus favorables, qui émanent de ion
fanduaire ; ou il prévenoit les querelles & les contedalioiis
qui pouvoient s'clevcr parmi eux; ou, 11 elles naifîoient à
fon inlu , (on efprit juite &. conciliant les appaiioit , &
rappeloit la concorde. La vénération cju'il leur avoit inipirce,
leur iaifoiî defirer avec emprefTêment & accepter fans mur-
mure , des décidons tlont ils connoifloient pour principe la
droiture & l'impartialité. Doux & compatilîant , il leur
prodiguoit tous les iècours que (es facultés pouvoient lui
permettre. Combien ne pourroit-on pas citer de traits de
bienfailance qu'il a foigneulëment cachés aux yeux même
de ceux qui en étoient l'objet! AuiVi modefle que favant ,
il s'elt plu à publier les noms de ceux qui l'ont aidé de leurs
lumières, de leurs confeils, de leurs travaux, & à leur payer
le tribut de reconnoi (Tance qui leur étoit du. Enfin, fermant
les yeux à la lumière avec la fermeté tranquille d'un Philo-
fophe Chrétien, & emportant avec lui des regrets univer-
(els, il a laiflé dans l'empire Littéraire, un fuccefîéur, im
coopérateur même bien capable de conlommer (a giorieu(e
entreprife : dans la Robe , un fils , ancien Confeiiler du
Parlement de Dijon , héritier de fes vertus & de ion goiit
pour les Lettres ; dans l'Épée , M. le Chevalier de Fontette
Ibn (l'ère , aujourd'hui Maréchal-de-camp , qui , durant un
fervice de quarante -un ans, a (ignaié fon mérite dans
l'art militaire.
DES Inscriptions et Belles -Lettres. 187
A
ÉLOGE
DE M. B I G N O N.
RM AND- JÉRÔME BiGNON, Coufeiller d'État ordi- ^f,
. nairc, Commandeur- Prcvct & Maître des ccrémonies àrAfT.-mMéc
des Ordres du Roi , Bibliothccaire de Sa Majeftc , Prcv ôt if^-T-
à^i Marchands, naquit à Paris au mois d'Octobre ijii, 177^'.
de Roland- Armand Bignon , Intendant de cette Ville ,
Confeilier d'État, 8c de Françoife- Agnès Hcbert du Bucq,
fille de M. Hébert, Maître des Requêtes.
Les mânes de les ancclres , devenue illuftres par la Maoi(l
trature &i par les Lettres, qu'ils avoient iliullrées à leur tour,
fêmbloieiit lui montrer , dès le berceau , la route qui {es
conduidt à la gloire. Mais il voyoit le jour douze ans après
un frère , dont les heureules dilpolitions promettoient des
fuccès rapides dans la carrière qui les avoit immortaliics :
on crut pouvoir le deltintr à une autre, dans laquelle quel-
ques-uns de fcs ancêtres s'ctoient aulîi diftingucs. Le jeune
Bignon fut reçu dans l'ordre de Malte en 1713 , Ordre
relpec^able par Ion antique origine , qui dans ceux qu'il
décore annonce la nailiance 8c la valeur. Pour cette delU-
nation la Nature n'avoit pas été allez conJullée; elle avoit
donné à M. Bignon un tempérament délicat, une iànté foible
& chancelante, qui le rendoieut incapable de lupporler les
travaux de la guerre; elle l'avoil formé pour un genre de
vie plus doux, plus tranquille, où la vigueur du corp.s ell
moins néceliaire que celle de rel[)rit; pour ce genre, en un
mot, qui étoil devenu, en quelque iorte, propre à la famille.
En eflet, le nom des Bignons tll, pour ainfi dire, tellement
identitié avec celui «.les Loix & des Lettres , qu'on ne peut
prononcer l'un lans réveiller auiiliùl l'idée des autres.
On a remarque que, de tout temps , 'Lhémis & les Muiês
A a ij
i88 Histoire de l'Académie Royale
ont étc amies Se compagnes ; mais la famille des Bignons cd
une de celles qui ont le mieux connu cette vérité , &: la
démontrent par leur exemple. La Jurifprudence, la Littéra-
ture facrée 5c profane , conferveront à jamais le fouvenir
de Jérôme Bignon, premier du nom, prodige de lavoir &
de vertu, l'admiration de fon fiècle, la gloire de la Magis-
trature , l'honneur des Lettres Françoifes & de la France
entière, objet de vénération pour tous les Savans de l'Europe,
ce n'ell point trop dire, & tout-à-la-fois pour fes concitoyens
im modèle accompli de la piété la plus folide , parce qu'elle
ctoit la plus éclairée.
Le goût qu'il tenoit de fes pères, il le tranfmit fidèlement
à ks delcendans, & ceux-ci le conlervèrent plus précieufement
que tout autre héritage. Pour ne parler ici que des Lettres ,
combien de fois le nom des Bignons n'a-t-il pas décoré
ies lafles & les liftes des Sociétés qui les cidtivent ; &
puifqu'ii s'eft fignalé à leur égard par des traits de bienfai-
fànce de toute efpèce , & fans nombre , la voix de la recon-
noiffance pouvoit-elle le célébrer trop louvent comme le
génie tutélaire des Lettres !
Tel étoit auffi le partage qui , dans la fucceffion paternelle
devoit écheoir à M. Bignon. Dans les premières- années de
ia jeunelîe , il ne pouvoit ientir que celui qu'on lui alfignoit
lî'étoit pas plus avoué de la Nature , que le goût avec kquet
il s'y attacha ; il étoit réiervé à un des hommes auquel, après
nos Rois, l'Académie des Sciences & la nôtre, ont peut-
être les plus grandes obligations , je veux dire , à M. l'abbé
Bignon , d'éclairer fon neveu fur fa véritable deftinée. Subfti-
tué , en quelque i'orte , aux droits du père que la mort enleva
en 1724., M. l'abbé Bignon en prit tous les fentimens ; il
retira du Collège le jeune orphelin, le reçut dans fa mai/on,
pour être plus à poitée de veiller à-la-tois , & fur fa lanté &
fur fon éducation. - Celle que le jeune Bignon avoit reçue
jufqu'alors , n'avoit flùt que fortifier fon penchant pour l'Art
militaire; pour s'en détacher, que d'efixjrts ne lui en auroit-il
pas coûté fi , d'un côté , un altachemeut tendre pour un oncle
DES Inscriptions et Belles -Lettres. i8^
chcri , dont il éprouvoit les bontés & les foins généreux ,
dont il connoilîbit le zèle éclairé pour Tes vrais intérêts ; de
l'autre , un julle fentiment de reconnoilTance h énergique
dans des coeurs bien nés , n'eulFent agi puiiîaminent fur une
ame naturellement docile l
Mais en lui propolant la Magiftrature , Al. l'abbé Bignon
n'oublia pas de lui en repréfenter avec force toutes les obli-
gations : il lui fit comprendre que, pour s'arroger le droit
de décider de la fortune & de la vie des hommes , il ne
fiiffifoit pas d'avoir en partage un fens droit, un efprit jufte,
un cœur intègre, avec quelques notions générales de l'équité;
ni»is qu'il falloit être dirigé par des lumières particulières que
la Nature ne donne point , & qu'on ne peut acquérir que
par une étude confiante & profonde des Loix qui font la
baie de toute Société civile. Dès-lors, M. Bignon ne balance
plus, & après avoir fait le iacrifîce de fon ancien goût pour
en prendre un nouveau, il s'enfonce dans une étude dont,
julqu'à ce moment , il avoit redouté les épines.
Il ne tarda pas à recueillir les premiers fruits du travail
opiniâtre auquel il s'étoit- dévoué. Dès l'année i/ip, c'eft-
à-dire , à l'âge de dix-huit ans, il fut reçu Avocat -général
du Crand-Conftil. C'efl en cette qualité qu'il eut l'honneur
de complimenter Sa Majeilé fur la naillance de M.°' le
Dauphin; & qu'en 173 i , la mort du Roi de Sardaigne lui
fournit une trille occafion de reparoître aux yeux de (on
Souverain. A l'étude ties Loix il alibcioit celle des Btlles-
Lctires o pour lelquelles il eut toujours le goût le plus
décidé, mais lans oftentation, fans prétention. Se autant que
purent le permettre une frêle complexion & une fanté, pour
ai.ili dire, intermittente qui ne (e loutenoit que par le régime
le plus aullcre. 11 lut nicllre â prolit les intervalles peu
frc(|uens île loillr & de tranquillité que lui lailioient la Juiif-
pnidence, les affaires, les devoirs de lafociélé, & un allhnie
dont il tut tourmenté durant tout le cours de la vie»
En 1743 '' '^'^ admis à l'Académie hrançoile, qui venant
de perdre , à lix jours l'un de i auUc , fon oncle 6w fon frère ,
ipo Histoire de l'Académie Royale
reçut à bras ouverts le pre'cicux rejeton de cette famille,
qui Icii! pût la coiiloicr de les pertes. La Bibiiotlicque du
Roi tut en même-temps comprime dans la fucceflioji du favoir
& du mérite , recueillie par M. Bignon.
Cependaiit , l'Académie des Belles- Lettres attenJoit avec
impatience le moment de voir un nom li cher à fa mémoire,
reparoître parmi les noms de ks Honoraires. Triftement
occupée d'un louvenir qui ne' s'eilacera jamais , & dont la
conjcindure préfente réveille toute l'amertume, elle déploroit
la perte d'un hienlaiteur généreux, aclif 5c zélé, à qui elle
devoit fa forme &: la coniiftance ; elle ne put goûter qu'en
175 I , la confolante latisfaélion de voir ks voeux accomplis»
Déjà M. Bignon s'étoit fait remarquer dans l'empire
Littéraire par ces traits de famille qui avaient diilingué les
ancêtres. Convaincu, comme eux, que la gloire de protéger
le favoir & le vrai mérite va prelque de pair avec celle de
les polléder , on le voyoit animé du delir de reculer les
bornes des connoiilances utiles , d'en rendre l'accès facile ,
d'aplanir les routes qui peuvent y conduire , d'ouvrir les
dépôts qui les recèlent. En ce genre , il lulîiloit de lui
prélenter une idée alfortie à Ces vues , il la laifilîbit avec
empreffement pour la digérer à loif/r; de lui propoler un
plan inîéreliant , il l'adoptoit avec chaleur après un mûr
examen, & pour le faire réutfir, il employoit tout ce qu'ii
avoit d'amis , de crédit, & de pouvoir, il le prélènta une
occafion d'établir une correfpondance littéraire à la Chine ,
M. Bignon la laifit avidement comme un moyen propre à
compléter la bibliothèque du Roi dans cette partie de la
Littérature. Déjà ce trélor imrnenle rentermoit dans ion lein
ce que la Chine eiie-mème polsède de plus rare fie de plus
important, fur la Religion, l'Hiitaire, la Géographie, les
Moeurs, la Philolbphie, k Langue , & fur les dittérentes
Branches de la Littérature ivationale ; par les loins de M. Bignon ,
l'ancien fonds reçut de nouveaux accroiifemens , & s'enrichit
d'une fuite d'éditions magnifiques, prefque toutes exécutées
dans le Palais impérial de Pékin , acquilitlon d'autant plus
DES Inscriptions et Belles -Lettres. ipi
difficile, qu'on ne peut l'efpcrer qu'après la mort de ceux
à qui l'Empereur, qui leui dilpofe de tous les exemplaires,
en a fait prélenl.
Dans ce Jiombre Ce diftingue un recueil très -ample des
anciens monumens Chinois de toute efpèce , que le même
Prince aujourd'hui fur le; trône a fait raflembler à grands frais,
fource féconde pour un de nos Savans dont les travaux en
ce genre font connus. Je ne veux parler ici, ni d'un Poème
compoic par l'Empereur lui-même, en l'honneur de la patrie
de les ancêtres, dont la traduèlion Irançoile a vu le jour,
ni de plufieurs autres ouvrages, loli en Tartai'e , foit tn
Chinois, puhh'cs par les ordres du nicme Prince, fous la
direcTion t.les perfonnes les plus inlh'uilcs & les plus confi-
dèrablcs de l'Empire; mnU je ne dois oublier, ni la latisfaclion
qu'éprouva M. Bignon, ni l'accueil diilingué avec lequel il
reçut un autre Savant, lurlque chargé des dépouilles reli- M.AnquctB.
gieufes de l'Inde, il vint dépofer dans la bibliothèque du
Koi , les ouvrages plus célèbres que connus , attribués au
Legiilateur des Perles.
A la palfion d'étendre l'empire des Lettres , le cœur de
M. Bignon joignoit celle de loulager dans leurs befoins ceux
qui les cultivent. Tandis que la jullice Si. 1 impartialité
iixoitiit Ion choix pour les places dont il j-)ouvoit diipolêr,
la ieiifibililé de fon amc convertiHuit une p;yiie des fonds
dcHinés à des acquilitions littéraires tn des iecoiirs devenus
ïiéctfîàires au Littérateur indigent. C'étoit donner à un État
des Sujets, pour en faire valuir les polielllons.
Ujie des branches de la Littaaiure pour laquelle M. Bignon
avouoit un jienchant p;uticulier, c'étoit la Philolôphie, mais
une Philolopiiie bienlailante, lagc, modcflc, qui , foumettant
Ihonnne a l'empire de la laine railon , ne reconnoît point
de vrai l)onhcur pt)ur lui lans la vertu. C'ell-là qu'il chtrchoit
à fe pénétrer des vérités propres à donner de la vigueur &,
de l'énergie à toutes les qualités civiles tk morales : peut-être
y puila-l-il aulli celte retenue, cette rélèrvo , dilons-lc,
celle trop grande niéiiante de loi-mêine, qui le ililpoloit à
ip2 Histoire de l'Académie Royale
écouter un peu facilement Jes avis des perfonnes en qui il
fuppofoit des lumières lupcrieures aux (lennes ; déférence
bien louable dans (on principe , mais dont il ne put pas
toujours s'applaudir.
Peut-être devoit-il encore à cette étude le peu de cas
qu'il faiioit du talent de la parole : ians prétendre tirer
vanité de fa manière de penler à cet égard , il avouoit
naïvement que la Nature le lui avoit refulé. Une précidon
(ans obtcurité, une lorte d'élégance non recherchée , une
noble funpiicité , faiioient tout l'ornement de fes dilcours ;
ëc il nailioit fans etfort , de la jullelfe de les idées, de la
folidité de fon jugement , & de la .vérité de fes principes,
il poliédoit un fonds de connoilîances qu'il ne fefoupçonnoit
pas lui-même; c'étoit , en quelque forte, une mine cachée
à fes propres yeux ; il falloit londer , il talloit creufer pour
la découvrir , & l'on étoit tout étonné de la trouver û
abondante. Quoiqu'il ne s'emprelîat pas d'ouvrir le premier
(on avis lur les atîàires qui le traitoient en la prélence , foit
au Confeil , foit ailleurs, il n'en étoil pas moins parfaitement
înftruit fur f objet dont il étoit queltion ; il le difcutoit
d'avance, il l'étudioit dans le lilence du cabinet, & fou vent,
après avoir examiné , comparé , pelé les moyens des Paities ,
il étoit en état de luppléer de ion fonds aux omiffions des
Avocats , ou de déconcerter la chicane & la mauvaife foi.
Des extraits fans nombre , tous écrits de fa main , aujourd'hui
dans celles de fës héritiers, attellent les foins & l'application
qu'il donnoit aux affaires, & découvrent le principe de cette
réputation de Juge aulfi éclairé qu'impartial, dont iljouiiîbit
,à jufle titre.
Ennemi de la brigue , de tout efjjrit de parti , de toute
intrigue, des manœuvres fourdes &. tortueules de l'ambition,
îl ne paroillbit à la Cour que lorique le devoir l'y appeloit;
& plus d'une fois les bienfaits de Sa Majefté, gages d'une
eftime peu commune , causèrent une douce émotion à ion
cœur reconnoiiïant ; ilyportoit, comme par-tout , cette ame
iiounête , cette droiture inaltérable , cette probité rigide ,
cette
DES ÎN'SCniPTlbN'S ET BeI.LES- LETTRES. ir)j
cette refpeclable fimpiicité de mœurs qui lui éloient natu-
relles, & fur-tout, un dcfintérefTcment rare qui mérite de
fixer nos regards.
Il fèmble que , dans le nombre des vertus , il en efl: qui ,
fans exclure leurs compagnes, font en quelque forte propres
à certaines familles : elles en forment, pour ainfi dire, d'une
manièretfpéciale & diflinélive le principal attiùbut, le carac-
tère dominant. C'eft ainfi qu'on voit des Plantes précieufes
fe plaire dans un terrein particulier , &: confondues avec
d'autres , y pomper un fuc nourricier dont elles profitent
mieux. Le déimtcredement paroît avoir été la vertu favorite
de la famille des Bignons. Me fera-t-il permis d'infifler un
peu fur cette remarque! Et pourquoi ne le feroit-il pas!
La propagation , ou plutôt , la filiation des vertus dans une
famille, d'âge en âge , ne peut qu'intéreffer les âmes vertueufes
&c fenfibles.
Lorfqu'après la mort tragique de M. de Thou , Jérôme
Bignon , dont j'ai déjà parlé, fut nommé Grand -maître de
la Bibliothèque du Roi , il lailTa palfer plufieurs années fans
fonger à demander les appointemens de fa place ; on ne
s'emprefla pas non plus de le prévenir , ni de s'acquitter
envers lui ; il fallut qu'à Ion infu un ami fit avertir de
cette négligence M. d'Avaux, alors Surintendant des finances.
Les ordres furent bientôt donnés pour réparer un oubli que
d'autres , avec moins de mérite , auroient pris pour une
injure; Jérôme Bignon parut feul étonné qu'on le fût fouvenii
de lui. Jamais les laveurs de la fortune n'attirèrent fes regai'ds.
& n'eurent d'empire fur fon cœur.
M. Briquet fon gendre , qui lui avoit fuccédc dans la
charge d'Avocat général , d'une fànté foible Se languiliànte,
accablé d'ailleurs de chagrins domefliques, ne pouvoit (ulhre
aux travaux qu'exigeoicnt les tondions de cette place ; fon
beau -père, malgré fes occupations dans le Confeil d'État,
où les plus grandes afîàires palloient par (es mains , lui
donna tous les fccours poffibles jufqu'au moment qu'une
niaiadic dangereufc lui annonça la perte prochaine d'un
HiJI. Toiiu XL. B b
194 Histoire de l'Académie Royale
gendre chéri. Alors , renoiiçunt à tous les avantages Je fâ
place, à toutes les efpérances , à toute raifon d'inlcrct; peu
touche de ce que ptnferoit de fa démarche un inonde inca-
pable de i'app:ccier ; moins ienfible encore à la critique
qui, lu; appli'îiiant im mot de Sér.cque, ne manqueroit pas
de lui donner i'épithète de vieillard ixvenu à l'école ,
elemenUinus fencx , il n'héfiîa pas de quitter le Confeil , &
de rentrer , iur la réhgnation de M. Briquet , dans une
charge où il crdyoit les fervices plus utiles au Public. On le
vit alors placé après M. Talon, qu'il avoit précédé pkifieurs
années auparavant ccHnme plus ancien ; mais la réputation ,
& i'eftime qu'on faifoit de la perlonne, en reçurent un
nouvel éclat.
M. d'Emery , alors Surintendant des finances, crut pouvoir
en profiter, en s'alîbciant M. Bignon ; il fit (\çs démarches
auprès des Minières pour l'exécution de Ton defièin. L'Avocat
général nen iwX pas plutôt informé , qu'il refijfa hautement
i'aflociation lucrative qu'on lui offroit : il fi.it blâmé par
plufieurs de (es amis qui lui témoignèrent leur lurprilè ,
tandis qu'il étoit fiirpris lui-même qu'on trouvât fi étrange
le mépris des richelîës & des emplois dangereux.
Un trait non moins digne d'être recueilli, peut-être plus
fi'appant encore, fe fiiit remarquer dans la maifon de Roland-
Armand Bignon , père de celui que nous regrettons. La
confidération qu'il avoit acquife dans différentes places ,
étoit bien fupérieure à fa fortune; S. A. R. le Duc- Régent
connoiffoit parfaitement l'une & l'autre; il lavoit que, dans
i'exercice de l'Intendance de Paris, M. Bignon avoit plufieurs
fois fatisfait de ^es deniers aux impofitions que des gens
réduits à la misère étoient dans l'impofiibilité d'acquitter;
très-inftruit d'ailleurs que, dans le temps des Billets de
banque, prefque toute la fortune de l'Intendant portoit fur
des contrats rembourfés en papier , il en prévoyoit la ruine
totale , avec la chute du fyitème qui ne devoit pas tarder ;
il crut pouvoir la fauver du naufrage général , en faifant
avertir M. Bignon par le fieur Law , de demander ce qu'il
DES Inscriptions et Belles -Lettres. 15)5
poiirroit defirer ; la continuation de i'eftime du Prince ,
repondit ie vertueux Philofophe. Il l'obtint fans peine, avec
un furcroît d'admiration de la part du Rcgent ; ce fut tout :
la vertu refta feule au Pliilofophc , & lui luffit.
Avec le fang , toute l'ame du père palTa danî le fA> , dont
nous pleurons la perte.
Lorfqu'en qualité de Commandeur-Pre'vôt-maîîre des ct'ré-
iTionies de l'ordre du S.'-Efprit, dignité dont il avoit été revêtu
en 1 7 5 4 , il fut chargé , quelques années après * , de porter eu " En '7<î*^
Efpagne le collier des Ordres du Roi au Prince des Afturies,
& à rinfuit Don Louis; il reçut avec toute la foumiffion
refpeclueufe d'un fujet à l'égai-d des Souverains , de riches
préfens, dignes de leur muniticence &i marques honorables
de leur eftime. Un Seigneur de cette Cour , à qui il venoit
pai-eillement de conférer , de la part du Roi , le cordon de
l'Ordre , crut auffi devoir fignaler fa générofité : le fecret
avec lequel il fit travailler fins relâche les plus habiles
Artilles déroba pour quelque temps à M. Bignon la con-
noiflance de ce qui fe palîbit ; mais dès qu'il en fut inftruit,
il fit prévenir ce Seigneur , avec toutes les grâces dont un
refus peut ctre accompagné, qu'il n'accepteroit jamais le
préfent d'un très -grand prix qui lui étoit delliné. 11 en
accepta fans peine un autre, qui n'étoit précieux que parc^
que c'étoit un témoignage de confidération , de fouvenir 5c
d'ellime réciproque.
Son début dans l'exercice de la charge de Prévôt des
Marchands, dont il avoit été pourvu en 1764, fut marqué
par un trait de défintérelfement plus rare encore , &: qu'on
n'ignore plus depuis qu'il a été cclébré par une voix {aj aulfi
relpedable qu'éloquente. Le premier da droits qu'il y exerça
fut d'obtenir du Roi , que les appointemens attachés à cette
place liiHent fixés à une fomme bien moindre que celle dont
avoient joui fes prédécelleurs Viw réduclion pareille dans
les rétributions aliignées aux Membres qui compoloient le
/a) M. le IVinccdc Bcauvau, RéponTL-au Difcours de M. dcBrcquigny,
B b il
iç6 Histoire de l'Académie Royale
Corps Municipal , ménagea , pour l'avantage de la capitale ,
des fommes -conficldrables. M. Bignoii eut le plaifir de voii'
les Échevins alors en place , partager le mérite d'une adioii
fi mémorable; ils foufcrivirent avec un zèle généreux, aux
vues fagement économiques de leur chef.
Le caradère de la vraie générofité le montre peut-être
mieux encore dans les traits de dciuitéreirement, connus de
la (eule famille de M. Bignon ; parce que les adions qui
ont peu de témoins, lont plus à l'abri du foupçon de vaine
gloire que les allions d'éclat. Trois fois inllilué légataire
univerfel par des parens jaloux de lui lailfer un témoignage
de leur tendreffe & de leur confiance , jamais il ne voulut
ufer rigoureufement du bénéfice de la loi ; il indemnifa
fcrupuleufement par des largeffes gratuites , les co-héritiers
dignes d'être affociés au partage des legs , & afllira la fubfif^
tance des ferviteurs fidèles cpii ne lui parurent pas affez
récompenfés.
Sa place , fon autorité , fon crédit , le mettoient fouvent à
portée d'exercer fa bienfaifance : le pauvre & le riche , le
foible & le puifiant , avoient chez lui un accès également
libre & facile : la protedion qu'il accordoit au mérite & aux
talens , ne leur coûtoit jamais ces aflîduités , ces démarches ,
ces foumiffions qui les humilient & les découragent. 11 faifoit
le bien pour le plaifir de le faire , fans retour d'amour-propre,
fans vue d'ambition , fans motif de vaine gloire ; la crainte
de ne pouvoir affez épargner à ceux qu'il obligeoit , l'embarras
du remercîment, égaloit celle qu'il avoit de manquer les
occafions d'obliger.
L'utilité publique étoit le feu! mobile qui pût le décider
fur les projets d'embellifiemens pour la Capitale; il ne propofa
celui de faire de la rue de la Huchette un nouveau quai ,
qu'après s'être convaincu de la néceflité d'ouvrir un quartier
incommode, ferré, embarraffé, que le défaut d'air libre rend
mal-fain , tandis que la vétufté rend peu fûres la plupart des
habitations; c'étoit vouloir y porter à-la-fois l'uti'ité , la
commodité &: la faiubrité. Avant fa mort , le Bureau de la
DES Inscriptions et Belles -Lettres. '^ip/
Ville avolt déjà fait plufieiirs acquifitions pour fuivre ce plan
agréé par Sa Alajefté , & il efpère en voir l'exécution dans
quelques années. Le nom de Bignon que portera le nouveau
quai, éternifera la mémoire de i'auteur d'un û utile projet.
L'Académie , pour qui il a toujours monu-é une eftime
particulière, & qu'il a louvent animée par fa prélence, qui,
par elle-même a connu la franchile, l'affabilité, la droiture
Se les autres qualités de l'efprit Se du cœur qui le caradéri-
foient; cette Compagnie, dis-je, fe rappelle avec complailânce
la demande qu'il lui lit d'une médaille dedinée à celui qui
feroit afîèz heureux pour rendre à l'Etat un homme qui auroit
perdu la vie dans les eaux ; inftitution qui honore ce fiècle ,
Se trop chère à l'humanité pour qu'elle ne le perpétue pas
d'âge en âge. La médaille n'a pas eu lieu , mais la valeur
en a été convertie en argent. Le temps n'eû plus, où l'honneur
d'une (unple couronne de chêne fuffifoit pour la récompenfè
d'une acT:ion utile à la Patrie.
Lorlque M. Bignon s'occupoit de ces vues patriotiques ,
îe terme de fa vie approchoit ; il ne falloit ni de fortes ni
de fréquentes fecoufîes pour l'éteindre ; une maladie de peu
de jours, qui néanmoins lui permit de remplir tous les
devoirs de la piété cluétienne, l'enleva le 8 MiU"s de l'année
dernière ( 1772 ).
11 avoit époufé , en iy^6 , Angélique-Blanche Hué" de
iVermanoir, lilie de Thomas Hue de Vermanoir, Conleiller
au Parlement de Rouen. De ce mariage il n'a eu que deux
enfxns, Angélique-Blanche-Rolalie , mariée en 1762, à
M. de Miroménil , premier Préfident au même Parlement;
& Jérôme- Frédéric Bignon, qui lui fuccéde dans la place
honorable de Bibliothécaire de Sa. Majelté , 6c dans l'obli-
gation plus honorable encore, comme chère à ion cœur, de
iiUre revivre parmi nous la gloire & la vertu d« Ces pères,
■ip3 Histoire de l'Académie Royale
^s«e*
ÉLOGE
DE M. D U C L 0 S.
Lu •'"^H ARLES Pinot, ficur Duclos, naquit en 1705»
àl'Anemblee ^^ à Dinan en Bretagne, dans une honnête & prccieiife
publiciLiedela , ,■ ■ , \ i i j- • i i r , ■
S. '-Martin mediocritc; , berceau le plus ordinaire des talens lupcneurs.
^773- Celui qu'exige la pénible tk honorable carrière du Barreau,
perçant les nuages de l'enfance , frappa prefque feul les
regards de Tes parens : ils ne le tiompoient à leur dcTavan^
tage, que parce qu ils bornoient trop leurs elpérances. U étoit
réïèrvé à une Ecole dirigée alors à Paris par les lumières
de M. l'abbé de Dangeau , de l'Académie Françoife , de
développer dans l'ame du jeune Elève <S.qs germes qui leur
étoient inconnus , & que la modeltie peut-être leur défendoit
de foupçonner. C'efl: de-là que, nourri des fucs abondans de
la raifon & de la vertu , le jeune Duclos s'éJança dans la
"vade carrière des Lettres , 011 il fe fit admirer par une fécon-
dité & une foupleife d'eiprit qui fe prêtoit lans effort aux
genres les plus dilparates , la littérature légère, l'érudition,
i'hifloire , la morale , la grammaire. Dans tous , il porta le
flambeau d'une Philolophie tout-à-la-fois auftère & aimable,
qui anime & caraélérilè particulièrement fes produélions ,
celles même qu'on ne doit regarder que comme des amiiiè mens
de jeunelfe , ou des délaffemens de l'âge mûr.
Je prononce le mot de Philofophie , nom facré & refpeélable
dans (on origine , aujourd'hui fou vent profané, avili, &. devenu
prefque une injure ; mais j'oie l'articuler en ce moment, avec
'Syflànt confiance , & comme un titre d'honneur. Loin d'ici cette
de la Nature, philofophie deflruétive Se meurtrière , opprobre de l'efprit
humain, qui également ennemie du fceptre & de l'eiicenfoir,
brife tous les refîbrts de la fociété , relâche tous les liens dont
dépendent la fureté & les charmes de la vie , pour qui le vice
DES Inscriptions et Belles -Lettres. ipp
Si la vertu (ont de vains noms; l'homme, un pur automate;
i'intc-lligence crcatrice, une chimère. Philolophie devenue
moin? ciungereule par Tes excès même; aufli nialheureufe dans
Tes fuccès , qu'audacieufe & extravagante dans Tes projets ;
qui s'ccrafe & s'enlevelit elle-mcme fous les débris immenfes
qu'elle accumule orgueilleulêment autour d'elle.
On a loupçonnc que quelques-uns de fes parti/ans d'abord
timides , ne fe montrant qu'à demi , & Ibus des dehors
fcduilans , ne paroilfant animes que par des motifs louables,
eurent le fecret d'en impofer à M. Duclos, Se de le lùrprendre :
il faut donc avouer en même- temps qu'il ne tarda pas à
reconnoître le piège ; qu'il n'attendit point cjue leur ame le
fût montrée dans toute la nudité , ni que leurs attentats euffcnt
été portés à leur dernier période, pour faire un aveu public
du mépris 8c de l'horreLir que lui infpiroit leur doclrine.
«Je ne puis me difpenlèr, dit- il , de blâmer les Écrivains ConfidératioHt
qui , fous prétexte d'attaquer la fuperflition , ce qui feroit un „>'■/""'<"'«
motif louable & utile, fi l'on s'y rejifermoit en Phiiofôphe ««///'/^.-fi.
citoyen, cherchent à lapper les fondcmens de la Société; «
d'autant plus infenlés qu'il feroit danijereux pour eux-mêmes ««
de faire des prolélytes; le funefie effet qu'ils produifent fur «
leurs leéleurs eft d'en faire dans la jeunefie de mauvais «c
citoyens, des criminels fcandaleux, &: des malheureux dans «
l'âge avancé : car , il y en a peu qui aient alors le trille «
avantage d'être affez pervertis pour être tranquilles.»
Il compare les Ecrivaiixs qui ne fe font remarquer que
par celte lujiefte audace, « à ces malheureux que leur état «
condamne aux ténèbres , &: dont le Public ii'apprend les «^
noms que par leurs crimes & leur fupplice. On déclame «
beaucoup, ajoutoit-il, contre les préjugés; on n'en a peut- <^ ihij.p.^t,
être que trop détruit. . . La difcuflion , en cette matière, «
exige des principes fiirs & des lumières rares. » Veut-on une
règle pour fe décider fur ce point fims une dilè-uflion pénible?
s'il 5'.igit des préjugés qui tendent au bien de la Société, &
qui (ont des germes de vertus, on peut cire fur , dit-il, <]ue jèU.f.^e,
(c fvnl (les rc'rilt's fj[it'i/ ftiiit re/pcâcr & fiiivrc. S'ils nuifent
2.00 Histoire de l'Académie Royale
à la Société, s'ils tarifîènt la fource des vertus, ils ont pour
principe des erreurs qu'on ne fauroit trop combattre. En
e(l-il qui nourrirent la vanité? alors il elt bien vraifèmblable
Cow/yf'www qu'ils portent fur une faufîë idée. «Plus on ell vertueux,'
/ur Us mjrurs „ pj^^ qj-, çd (;|oigné d'eii tirer vanité. . . Les vertus ne donnent
de ce ficcle r . -i i- /' -i ' • r \ n i
tyj-i.p.f^, pomt dorgueil. » iinnn, il prévient ion lecteur que la nature
de Ion plan ne lui permet pas de parler en homme religieux,
mais il déclare en même-temps que fi la Religion n'eli: pas
la baie de la morale , elle en ed: la perfe6lioii.
Tels font les principes (âges & folides qu'il oppofa de
bonne heure à ceux d'une prétendue Philolophie dont il
prévoyoit les excès monftrueux : il les condgna dans toutes les
éditions de Tes Confidérations fur les Mœurs du fièck , ouvrage
qui fuppofe une étude approfondie & une grande connoif-
fance du inonde , & c'en eft le moindre mérite : léHexions
neuves fur le jeu & le manège des. palTions ; adreiïè rare à
furprendre le cœur humain au milieu des replis tortueux où
il s'enveloppe ; idées jufles , nobles & faillantes ; penlees
tout- à-la-fois fines, délicates &: profondes; maximes fortement
conçues & rendues avec autant de précifion que de vigueur;
définitions frappantes par leur juflelfe & par la malfe de
lumière qu'elles jettent fur les objets; zèle ferme & raifonné
pour le vrai , pour le bien , la probité , l'honneur , la bien-
f'aifance , en un mot, pour toutes les vertus civiles & morales.
Par-là cette producîlion fe Ibutiendra toujours avec avantage,
malgré les défauts que la critique peut lui reprocher , &
aiïurera pour jamais à fon Auteur , une place honorable
parmi les anciens & les modernes qui ont fourni la même
carrière. Le dirai-je même! il en eft parmi eux qui , aviliflant
l'homme à fes yeux, le découragent plus qu'ils ne l'humi-
lient : ils dégradent & engourdilfent l'efpèce humaine en
calomniant toutes fes vertus. Les Confidérations fur les Mœurs
éclairent l'ame & l'échauffent ; elles l'agrandilTent , l'ai-
guillonnent & l'encouragent. Les principes féconds , dont
elles tracent la théorie , lont mis en aélion dans d'autres
ouvrages , où M. Duclos a donné de l'ame & de la vie gl
un corp5.
DES Inscriptions et Belles -Lettres. 201
un corps dont il n'avoit pu deïïiner d'abord que hs juûes
proportions.
Ce caradère de phiiofophie qui honore Ton cœur, s'étoit
déjà montre fous une autre forme dans i hifloire de Louis XL
Là, il a porte fur la Nation, dans cette époque, cet efprit
d'analyfe Ôc d'obfervation qu'ailleurs il a exercé fur Ihomme
Moral dans la Société. Se propofant Tacite pour modèle ,
il s'eft moins occupé du détail exacft 8c circonflancié des faits,
que de leur enlembie , de leur action réciproque , de leur
réiultat , de leur influence fur les mœurs , fur les loix , les
ufages , les criles & les convuKions de l'Etat. Une narration
vive & rapide glilîè légèrement fur lafurface des évcnemens,
tandis que des réflexions lumineules & choifies , perçant
lintérieur des chofes , y montrent des rapports intimes Si.
fecrets, des refforts ou ignorés, ou cachés au vulgaire.
Le même efprit fe remarque dans les diflcrens Mémoires
que M. Duclos a fournis au recueil de cette Académie.
S'il recherche l'origine & les révolutions des langues
Celtique & Françoile, il rapproche avec Intelligence les
témoignages des Anciens, afin qu'ils s'éclairent mutuellement.
Des faits raffemblés avec choix, & préfèntés avec méthode,
rtfulte l'hifloire des variations du langage national. La matière
n'y efl pas épuifée, mais la route à (uivre pour l'approlondir
y efl tracée.
Qu'on porte le même jugement d'un autre Mémoire fîir
les épreuves paç le duel <Sc par les élémens , communément
appelés Ji/gcmc/is a'e Dieu , on n'y recomioîtra pas moins le
coup-d'œil d'un obfervateur exercé , la fagacilé d'un Philo-
fcphe qui fait tout pefer Se apprécier; ce ton de modellie
qui convient fi bien au vrai lavoir, qui même le ciiradérife.
Ici, c'ed un tableau précis & philofojihique de l'origine des
jeux Scéniques chez les Romains , des révolutions qu'ils
^éprouvèrent en différens temps , &: qui enfui donnèrent
nailTancc au pocmc dramatique parmi nous : l'efi^rit y parc
^: embellit Itruilition , mais ne lait jamais un pas lanselle.
On y voit ralfcmblés , comme en un foyer , les traits
Htjl. Tome XU C c
io2 Histoire de l'Académie Royale
rares & épars de Iiimicre, que fournifTent les Auteurs fur
ia hiérarchie & la religion des Druides. M. Duclos confultoit
encore plus (on coeur que fon elprlt , quand il ne voyoit ni
des idolâtres ni des polithéHles dans ces anciens Docfleurs
& Légillateurs de la Gaule': ils lui paroiffoient trop attachés
à la do6lrine de riinmenfjté de l'Etre lùprênie , attribut
abfolument exclufif de la pluralité des Dieux. Au milieu
des ténèbres où les Anciens nous ont lailîts à l'égard de la
religion des Druides , il nous croyoit affez ijiltruits pour
devoir penfer que des hommes qui ne repréfciitoient ni ne
matcndlijoïent ia Divinité, ce font Ces termes, ne peuvent
être regardés comme des idolâtres.
Ailleurs , didertant fur l'art de partager l'aé^ion théâtrale,
& fur celui de noter la déclamation , qu'on prétendoit avoir
été en ufage chez les Romains , M. Duclos déploie toutes
les reflburces de la phyfiologie, de laphyfique, de l'hiftoire
& de l'érudition. L'examen critique des païïages d'où ou
avoit conclu que la récitation & le gefte étoient partagés
entre deux Aéleurs, lui découvrit qu'ils doivent s'entendre
uniquement de la danfe & du chant. Enluiîe difculant , avec
une analyfe fine & favante , tout ce qui conftitue & diffé-
rencie la voix fimple , la voix de parole , la voix de chant
& la voix de déclamation , il fè décida pour f impoflibiiilé
dénoter les tons déclamatoires, qui , par eux-mêmes, ne font
ni déterminés, ni fufceptibles de rapports harmoniques; &
plus encore pour l'inutilité d'une multitude .de notes , qui
ne feroient propres qu'à gêner la nature, à refroidir le talent,;
& à. le tenir captif dans \es entraves de la médiocrité.
Mais depuis long -temps M. Duclos s'étoit convaincu que
fi le caprice & la bizarrerie de i'ufage dominent particulière-
ment fur les Langues, une métaphyfiquelouvent très-déliée,
y exerce pareillement un empire non moins étendu. Cette
vérité le frappa dès qu'il réfléchit que le langage efl defliné
à peindre une foule immenfe d'idées abftraites, à leur donner
du corps & de la parure, à marquer desTapports très-fubtils
&: très -variés qu'elles ont entr'elles , à fixer des nuances
DES Inscriptions et Telles -Lettres. 203
très-délicates qui les diûinguent ou les modifient. L'eflimable
Auteur de la Grammaire générah & raifotinée , qui avoit bien
compris cette vérité , efîaya d'affujettir les principes des
Langues, les élémens de la Grammaire , à une analyle par-
ticulière, fie d'en former, fous les loix de la Dialectique, un
corps Ij'itcmatique lié Se aflorti dans toutes lès parties. Ce ne
lut qu'un eflai , mais qui fit époque en ce genre. M. Duclos
entreprit de le perfecfiionner, de l'étendre, de le réformer,
& fès fuccès furent affez heureux pour en préparer «Se en faire
elpérer de plus grands. Pourquoi refle-t-il dans cette branche
de la Littérature , une partie confidérable encore intade ,
celle des Lexiques ! Quand on voit les Auteurs de ces recueils
accumuler péniblement les diverfes fignihcalions d'un mcme
mot , les cntalièr l'une fur l'autre , fans choix , ians ordre ,
fans remonter à la fource, c'elt-à-dire, aux idées primitives
d'oij les autres tirent leur origine, laiis foupçonner mcme
ni l'exiltence de la chaîne qui les unit, ni, pour ainfi dire,
les degrés fuccelfifs de leur filiation, on s'aperçoit ians peine
que le génie de la philolophie n'a pas préfidé à ce genre
de compofition. A cet égard, nous fommes encore dans une
difette compiette que nous efpérons voir dilparoitre, mais qui
nous eft commune avec toutes les Nations.
Quoique les différentes pioducfions de Al. Duclos portent
l'empreinte de Ion ame , &. un caraclcre (enfible de lamille,
il en eft quelques-unes dont, après là mort , on a contefté l'ori-
gine, ou du moins, (ju'oii a tenté de réduire au Icul droit
d'adoption. Heureulement la plupart de celles mcme qui
n'ont pu échapper aux (oupçons de l'envie ou de la mali-
gnité , ne Ibnt pas non plus celles fur lefquelles porte la
gloire la plus folide de 1 Auteur dans l'empire des Lettres.
Son nom y accjuit de la célébrité de bonne heure , &. tut
infcrit luccelh veinent dans les iaftes de plulicurs Académies,
(oit nationales , loit étrangères. Admis, uts t année \J'>)^,
dans celte Compagnie, il enrichit (jn recueil de piulaurs
Mémoires intércllans , & montra toujours pour elle une
cftimc di. un ztlc dont i'acliviié ne le uémentit jamais.
C c ij
204 Histoire de l'Académie Royale
Succeiïcur de M. l'abbé Mongault dans l'Académie Fran-
çoife, en 1747, il remplaça, quelque temps après, M. de
Mirabeau dans les fondions de Secrétaire. Perfonne n'ignore
Ion attachement pour cette illuftre Compagnie , fa vigilance
toujours en aélion , (es foins inquiets , fon ardeur toujours
vive pour le mainiien des règles & des privilèges, pour
l'honneur général du Corps, comme pour l'intérêt |jarticulier
de Ces Membres.
On fait que, depuis quelque temps, il s'occupoit fcrieufe-
ment de la continuation de l'hiftoire de l'Académie Fran-
çoife; le fouvenir des applaudifîèmens que reçut un morceau
de cette Hiftoire dans une Séance publique lubhfte encore;
& des amis qui en ont lu d'autres, délirent avec impatience
de voir paroître l'ouvrage entier.
Aux honneurs littéraires M. Duclos réunit des diftinélions
perfonnelles ; preuve d'un mérite particulier réuni à celui
d'homme de Lettres. Dès 1744, fes compatriotes fignalèrent
leur eftjme & leur affedion pour la perfonne, en le nommant
à la Mairie de Dinan , quoiqu'il eût fixé fon féjour à Paris.
C'eft en cette qualité qu'il fut député aux Etats de la Province,
quatre ans après , par le Tiers-état ; & rien n'attefle mieux la
fatisfaèlion générale avec laquelle il s'acquitta de cette com-
milfion , que les regrets de les concitoyens , lorfqu'un atta-
chement plus particulier au fervice du Roi le força , en 1750,
de fe démettre de la charge de Maire de Dinan ; enllute, le
choix que Sa Majeflé fit de lui , la même année , pour la
place d'Hiftoriographe de France , en l'honorant aulîi-tôt
après des entrées de fa Chambre ; enfin , les lettres de
uobieffe que le Roi lui accorda , en ly ^ ^ , fur la défignation
& d'après le vœu unanime des Etats de Bretagne.
Ces grâces, ces honneurs, ces diftinélions eurent l'applau-
diiïèment du Public ; & pour les obtenir, même pour le les
faire pardonner, il ne falloit à M. Duclos rien de moins
qu'un mérite très-réel & bien reconnu, au travers de quelques
taches qui parohîbient devoir en diminuer le prix. On lui
reprochoit un ton de rudelîè, une forte de brulquerie, &
DES Inscriptions et Belles -Lettres. 205
mcme de dureté, dont on ne lui faifbit grâce qu'en confi-
de'ration de la Iranchife qui en étoit i'ame ; celle-ci avoit pour
principe une droiture inaltérable , une probité rigide, un
amour plein d'énergie pour le bien & pour le vrai , qui ne
connoifî'oit point de détours , Se peu de ménagemens. Il ne
cherchoit pas à infinuer la vérité ; il la pouffoit comme pour
ia faire entrer de force. Sans manquer aux égards dûs au
rang, il ne donnoit rien à la flatterie. Après l'autorité & les
ioix , il ne connoilfoit d'autre empire que celui de la raifon.
Fidèle aux Ioix de l'amitié , (entiment toujours cher à fon
cœur, il eut beaucoup d'amis dont il époulbit les intérêts
avec autant de chaleur que de courage ; en ce genre il a
montré julqu'à de l'héroïfme. Il e(l: rare de voir plus d'em- j^f"'"^' ^p
„ ' 1 ,, , ,,- . , I • I / • de la Cheblan,
prenement & d adrelle pour aider , pour produire le mente
ignoré, comme pour lui allurer de la proteclion & des
récompenfes. Né généreux , humain & compatiliànt , fou
ame s'attendriiïoit à la vue du malheur &: de la misère , &
pour les foulager, fa main s'ouvroit lans effort comme fans
oflentation. C'eft à fes concitoyens lur-tout qu'il appartient
de publier les traits de fa bienlailance , eux qui en ont été
fi fouvent les témoins , qui l'ont accueilli avec tant de
démonftrations d'allégreiïe & de vénération toutes les fois
qu'il s'cll montré à leurs yeux , &. dont les larmes , après la
mort , éternileront mieux (on fouvenir que ne le pourra
jamais faire aucun éloge. Il mourut des fuites d'une maladie
négligée, le 26 Mars 1772 (n), juflement regretté de fa
Patrie, des Lettres, &: de les amis.
(a) Comme il étoit Vétéran dans la Compagnie, fa mort n'y fit point
va<]ucr de place d'Anbcié.
io6 Histoire de l'Académie Royale
ÉLOGE
De m. l'Abbé DE LA BLÉTERIE.
Lu
àrAncmbIJe Tean-Philippe-René DE LA Bléterie naquit le
'^SZ-MariL %} 26 Février 1696 à Rennes, de Pliilippe de la Blcterie,
^77i- originaire de Riom en Auvergne, & de Françoile-Marie
de Laceron. Son père, le dix-(eptième enfant vivant, à
peine arrivé à Rennes, où il réfolul de fe livrer à la Phar-
macie, fut élu Échevin, enfuite Prieur-conlul, Juge-royal
de Police, & l'un des Prévôts 8c Aciminiftrateurs des Hôpi-
taux. Des connoiifances fupérieures à la proieffion qu'il avoit
embralTée, lui acquirent une confiance que les plus habiles
Médecins envièrent. Françoile de Laceron , Dame de la
Goupiliière fa mère, comptoit parmi fes aïeux, des perfon-
nages connus dans l'hiftoire. L'efprit, la vivacité, une mémoire
des plus heureufes , un goût décidé pour le travail , des
qualités rares s'annoncèrent dans le fils dès fes premières
années , &: le foin de les cultiver fous les yeux du père , fui
confié à un maître habile. Dès l'âge de fix ans il fut en état
de commencer Ion cours d'étude au collège de Rennes , où
> il ne tai'da pas d'obtenir l'empire qu'il y conferva toujours ,
fans manquer , chaque année, les premiers Prix dans toutes
ies Claflès & en toutes les Facultés. Après des fuccès aufli
brillans dans l'étude de la LogiqueSc de laPhyfique, il entra,
en 1 7 I 2 dans la Congrégation de l'Oratoire , &. pafîà ,
l'année fuivante, àSaumur, pour y faire fon cours de Théo-
logie, Ecole qui a fourni à la Religion & aux laintes Lettres
tant de Sujets diflingués par leur éloquence, &; par les
ouvrages dont ils ont emùchi le Public. Choifi pour profeffer
Jes Humanités à Soiffons, il y trouva des Confrères d'un
mérite fupérieur , avec qui le jeune Régent fè lia d'une
amitié particulière. Là , fe livrant tout entier à l'étude des
DES Inscriptions et Belles -Lettres. 107
Belles-Lettres, ii fe familiarifa avec les meilleurs Ecrivains
de la Grèce & de Rome, fans négliger ceux où les beautés
ne font pas fans défauts : un goût fur, un tacl exquis ne lui
permettoient pas de s'y méprendre.
Cette étude développa chez lui un talent naturel qu'il
facrifia bientôt à des occupations plus férieuies , Se qui ne
fut pour lui qu'un funple amufement , celui de la Poëfie.
Quelques conjonctures lui arrachèrent de temps en temps
des pièces fugitives , faites pour des fociétés qui , outre la
vérité des penfées & la noblelfe des fentimens , y admiroient
ime force &. une vigueur fingulière dans la ftrudure du vers.
Il débuta en ce genre par une Tragédie de Thémiftocle ,
qu'il compolà pour fes Écoliers dans le Collège de Nantes ,
où il proteffoit la Réthorique. Cet ufage de former les jeunes
gens à la déclamation, a été depuis remplacé par des exer-
cices plus utiles & plus analogues à leurs travaux.
Une nouvelle carrière s'ouvre fous les pas de M. l'abbé
de la Bléterie , après celle des Belles -Lettres. Il venoit
d'enfeit^ner .à de jeunes Confrères la Philoiophie dans la
maifon de Montmorenci , où l'école de Théologie de Saumur
avoit été transférée, lorfqu'il fut chargé, en 1723, des
Conférences théologiques établies à Tours : elles avoient
pour objet l'Écriture-lainle, i'hiltoire Eccléliaflique, la Doc-
trine des Pères 6c des Conciles , le Dogme &: la Morale ;
Théoiogie , feule digne de ce nom , qui , dédaignant ces
fubtiles Se frivoles fpéculations , par lelquelks la majefté de
la Religion feroit fouvent dégradée, fi elle pouvoit l'tlre ,
s'alimente de ce que le Chriftianilme a de plus folide & de
plus fubftantiel. Pour foutenir l'honneur 8c léclat où elle
étoit parvenue fous des Maîtres choifis , l'abbé de la Bléterie
entreprit un cours d'Hilloire Eccléliaflique qu'il continua
pendant fix ou fept ans avec un grand concours d'Auditeurs,
& un applaudillement mérité. Appelé au Séminaire de
Saint- Magloire pour les mêmes fondions, il crut devoir
faire une élude plus particulière de l'Écriture- lainte , & par
conléquenl de i Hébreu , dont il avoit knli la néccliité ;
io8 Histoire de l'Académie Royale
mais une application portée à l'excès , le mit tellement en
danger de perdre la vue , perte la plus fenlible pour un
liomme de Lettres , que ni la cefîation de tout travail ,
privation non moins douloureufe , ni les diflcrens remèdes
qui mirent fa patience à l'épreuve, ne purent rétablir parfai-
tement l'organe; malheur qu'il ne celTa de déplorer tant qu'il
vécut.
Ce fut alors que parut le fyftème de M. Mafclef pour
la leélure de l'Hébreu. Ce Savant crut pouvoir, à l'aide
d'une méthode nouvelle , débarraller la Langue lainte de
cette multitude de fignes & de points maforéliques, dont
plufieurs fervent de voyelles. A cet égard la méthode pouvoit
n'être qu'inutile; mais il prétendit de plus, qu'autrefois les
lettres afpirées de l'alphabet Hébreu avoient fait , dans le
texte facré , les fonélions de véritables voyelles , & fous ce
point de vue, le fyftème donnoit lieu à des conléquences
dangereufes , qui échappèrent fans doute à la fagacité de
l'Auteur. Mais les charmes de la nouveauté , le defir de
fecouer un joug importun , Felpoir de progrès rapides dans
une étude devenue , en apparence , plus facile , d'autres
motifs peut-être, car l'imagination prévenue n'en manque
jamais, attirèrent à l'inventeur un petit nombre de partifans,
parmi lefquels fe didingua M. de la Bléterie. Il ne fe contenta
pas de faire de la nouvelle méthode l'expofilion la plus
claire & la plus précife; il elTaya d'en relever tous les avan-
tages, & de la foutenir contre toutes les attaques formées,
foit par écrit , foit de vive voix , par les partifans de l'ancien
vifage. S'il ne perfuada pas , on fut forcé d'admirer dans
ics Vindici(t Mcthotdi Mûfclefana , une latinité pure &
élégante, une adreffe fingulière à tirer parti de tout, & à
f^ifir le foible des objedions , avec le talent particulier de
répandre des grâces fur une matière qui femble les repou fTer,
Un tel défenfeur étoit digne d'une meilleure caufè ; la.
France , qui eft la feule contrée où le nouveau fyrtème
eut quelque faveur , en ignore aujourd'hui prefque jufqu'aii
nom,
Cependant,
DES Inscriptions et Belles -Lettres. 209
Cependant , la fanté de M. i'abbé de la Blcterie ne lui
permettant plus de continiicr fes travaux , il fe retira dans
la maiion de Saint-Honoré ; afyle renommé de l'Erudition
iàcrce & de l'Eloquence chrétienne. Là , ie rappelant les
œuvres de l'Empereur Julien, dont il avoit autrefois conçu ,
en les lifànt , une idée fupérieure peut-être à leur mérite, il
réfolut d'en traduire quelques morceaux choilis ; mais comme
fa vue ne lui permettojt guère de fe fixer fur des livres
Grecs, il s'occupa d'une préface hiftorique du recueil, laquelle
s'alongeant infenfiblement , devint une hiftoire complète; &
on le ht confentir à la donner féparément fous le titre de la
Vie de l'Empereur Julien.
Ce Prince y parut tel qu'il étoit : un compofé fingulier
de grandes qualités , de vertus , de foiblelfes & de travers ;
jaloux d'être à-la-fois Philofophe & Héros; mais Philofophe
moins par la trempe de fon ame que par imitation. La
palfion pour la vaijie gloire perce par-tout , dans fës difcours
comme dans lès aélions ; toujours il cherche l'appareil ,
l'éclat, la renommée; mais il ne s'y montra point avec ce
caradère odieux qu'un zèle faux & peu éclairé lui avoit
toujours prêté. L'ouvrage reçut du Public l'accueil le plus
flatteur, & les anciens préjugés s'évanouirent.
On s'eft plaint qu'il en avoit accrédité quelques-uns, celui
fur-tout qui attribue à Julien un attachement véritable &
poulfé jufqu'à la fuperÛition pour le paganilme. Mais il y a
peut-être de la témérité à le lui refuler ; 8c même, dans le
doute, l'équité permettroit-elle de jeter fur toute la vie de
ce Prince, le vernis odieux de la diilimulalion î
La critique s'eft encore exercée fur quelques faits détaillés
dans cette hiiloire ; mais , comme on l'a aulfi oblêrvé , de
(impies conjecflures ne lullîient pas pour rendre douteux
des faits attelles par les meilleurs Hilloricns. Celui de Julien,
malgré ces ccnfurcs, n'en pafle pas moins pour aulfi impartial
que judicieux; peintre fidèle & cxaél , il rend tous les traits
de l'original : l'éclat du coloris enchérit liir le mérite du
idelfin : une nairation vive, animée, un flyle élégant , i\ç%
Ihjl Tome XL. D d
210 Histoire de l'Académie Royale
images fortes ou riantes, mais naturelles & toujours à îeur
place, attachent & charment ie ledeur qui ne voit que l'objet
du tableau , & s'aperçoit par la rcliexion feule , qu'il ne voit
qu'une peinture.
Cet ouvrage, qui fit la fortune littéraire de l'Auteur, fut
fuivi, quelques années après, de la K/> ^/e Jovien , accom-
pagnée de la tradudion des Céjcirs , du Mijopogon , & de
quelques Lettres de Julien , avec des notes curieufès &
choilies. Le Public lut avec plaifir ces produélions d'un Empe-
reur célèbre, fans fe plaindre qu'on eût négligé le refle , non
fans foupçonner, avec quelque raifon , que le traduéleur les
avoit embellies. La vie de Jovien lui parut moins intéref-
fànte que celle de fon prédécelîêur , & cela devoit être;
i'hiftoire d'un homme médiocre , malgré fon dévouement au
ChrilHanifme , n'étoit pas lulceptible du même intérêt que
celle d'un Prince qui tut grand malgré les erreurs.
L'abbé de la Bléterie comptoit finir {ç:s jours dans une
Congrégation à laquelle il tenoit par choix , par eftime &
par reconnoiilance ; mais il s'y crut , avec quelques autres ,
ofîenlé par un décret de difcipline drelîé dans une afiembiée
générale , & tous iortirent de l'Oratoire , féparation d'autant
plus douloureufe , que leur cœur refia toujours attaché au
corps qu'ils avoient quitté.
Quoique lans fortune, la délicateffe de l'abbé de la Bléterie
lui fit refiifer les afyles que des amis puiflàns lui ofîroient à
l'envi ; il n'accepta que celui d'un Magiftrat refpeélable , où
par goût &; par reconnoiflance , il le chargea de veiller en
M.Thomé. chef à l'éducation de deux fils qui, fous un tel maître, firent
de grands progrès dans les Iciences & dans la vertu.
Ce changement d'état lui ouvrit les portes des fbciétés
Littéraires , & il en étoit digne : cette Compagnie s'emprefîa
de l'adopter , en 1 742 , &; peu d'années après ies amis lui
confeillèrent de foiliciter une place vacante à l'Académie
Françoife. Un concurrent redoutable paroît alors fur les rangs,
feu M. Racine notre Confrère, qui préfente , avec fon mérite
perfonnel , le mérite du grand Racine fon père. Les fuffi'ages
DES Inscriptions et Belles -Lettres. 211
fe partagent ; les protecteurs illiiftres des deux Candidats
s'échauflent & s'agitent; le combat fixe l'attention de la Cour
& de la Ville, ôc Te termine enfin à l'avantage de l'abbé de
ia Bléterie. Mais fou triomphe ne fijt pas de longue dure'e;
on étoit alors dans le feu de ces malheureules dilputes qui
ont trouble l'Eglife Se l'Etat; l'Ecole où l'abbé de la Bléterie
avoit reçu & donné des leçons fervit de prétexte pour
alarmer fur fa manière de penfer. L'Académie France ife eut
ordre de procéder à une nouvelle élection, &: M. Racine,
que les délateurs avoicnt également noirci , fut pareillement
exclu du concours. Cependant, les Membres de cette iilufire
Compagnie regrettèrent toujours notre Académicien, le regar-
dant , ieion l'expreflion de M. le Préfident Hénault , comme
un Confrère qu'ils n avaient pas ; &i s'ils furent privés de la
fatisfaction de voir infcrit dans leurs fades le nom de celui
qu'ils regrettoient , le Public eut une nouvelle occafion de
fe rappeler les paroles de Tacite , pmfu/gelanl Cajjius atque
Brutus co ipjo quàd imagines eorum non vijcbaniiir.
L' Académicien exclu attacha un tel prix au refijs , qu'il
rendit inutiles les tentatives réitérées pour faire revivre en fa
faveur l'ancienne élection ; on avoit même obtenu que
l'exclufion feroit révoquée : il fe refiila conflammcnt à toute
démarche, le renfermant dans le lein de cette Compagnie,
& dans ies fondions de Profelfeur au Collège Royal. Les
lôupçons jetés fur fa doctrine ne fuiiîrent pas pour l'exclure
aulli de cette place; comme fi l'orthodoxie eut paru plus né-
Cfellaire pour un liège à l'Académie Françoi II-, que pour une
chaire d'éloquence dans uu Collège.
Depuis, il nous donna toujours l'exemple de l'affiduité à
nos Séances : toujours la variété de fes connoilîances , la
jufledé de fa critique Se de Ion goût nous fournirent des
lumières 5c des fecours.
Dès-lors aufii il s'applicjua fèrieuiement à examiner la
nature & l'étendue des prérogatives de la dignité Impériale
dans Rome, depuis Augulle julqu'à Dioctétien; fujct neuf
&. intérellaul , qui prélentoit bien iXa préjugés èk. des erreurs
Dd^j
2iz Histoire de l'Académie Royale
à combattre : il le fuivit Se le iliicuta, fous fes difFcrens
rapports , clans plufieiirs Dilîërlations que préfentent nos
Mémoires. Le rélultat eft , que le gouvernement Romain
étoit une efpèce d'Ariftocratie , dont le chef élu par la
IMaticn , fournis de droit à toutes les loix , excepte celles
dont il avoit eu difpenle , éloit néanmoins, par la réunion
de plufieurs emplois, & fur-tout par le généralat des armées,
affez puilfant pour opprimer de fait & les particuliers , & la
Nation eile-mcme, lorfqu'il ofoit courir les rifques d'clre
tyran ; mais alors julliciable de la Nation , quand elle pouvoit
faire valoir fes droits. 11 oblèrvoit avec raifon que ce iyftème
eft la pierre de touche , pour difcerner en cette matière le
vrai de l'arbitraire & du faux ; que d'ailleurs, i\ les Empereurs
furent des Monarques , l'hiftoire Romaine eft l'hiftoire d'un
peuple barba]-e, un amas de contradiétions , & même une
école de révolte & de fanatifme.'
Ces Dilfertations méritent d'avoir place parmi les meilleurs
modèles en ce genre; plan bien conçu & bien préfenté ,
marche fimple &. liaifon naturelle des idées , l'art de poiifîër
un raifonnement , de le mettre dans toute fa force par le
développement fuccefllf de toutes fes parties , & de le faire
'U • triompher de toutes les objeétions ; celui de démêler le vrai
à travers les nuages qui le couvrent , & quelquefois des
contradicftions des anciens Écrivains ; celui encore démettre
chaque objet à fa place , pour faire produire à l'enfemble \
tout l'effet qu'on en doit attendre ; une érudition raifonnée
& bien digérée , un ftyle clair , correél , élégant &. alforti
à la matière.
La conilitution Romaine, telle qu'elle y eft décrite, tendoit
à un changement ; & ce changement lut exécuté par Dioclétien ,
fo;idateur d'un nouvel Empire. M. l'abbé de la Bléterie
promeltoit une hiftoire de ce Prince, celle de fes collègues
& de les fuccefîëurs julqu'à Julien. Ce morceau , traité
par une main habile , auroit été curieux Se piquant ; mais
ie projet n'a point eu d'exécution ; l'Auteur n'a même pas
donné la fuite des Dilfertations qui dévoient l'y conduire;
DES Inscriptions et Belles -Lettres. 213
5c ced à Ton amour pour Tacite qu'on doit imputer cetie
perte.
Il avoit toujours eu pour cet inimitable Auteur un goût
de prcdileclion, qui devint une pafiion lorfque fes travaux
académiques l'obligèrent de le méditer fans relâche; il l'expii-
quoit au Collège Royal : il en parloit lans celle à les amis,
& gémilfoit de ce qu'un fi grand Ecrivain n'avoit point
encore eu de digne interprète en notre langue. On lui
perfuada , & peut-ctre ië perfuada-t-il à lui-même qu'il élcit
feul appelé à remplir cette tâche.
Le fuccès ne put qu'animer fes efpérances , lorfqu'il débuta,
en 1755, par la traducflion de deux morceaux ifolcs , les
Maurs des Gernuiins , & la Vie d'A^ricolci. La Vie de
Tacite, mife à la tète de ces deux opufcuies, étoit aulTi bien
propre à enflammer les defirs du Public : on y apprit à con-
noître Tacite, & le ledeur ie plus froid ne put le défendre
de partager l'enîhoufiafîne du Panégyrifte. On le prefîà donc
plus vivement de pourfuivre Ion travail , & comme peu de
gens étoient capables d'en lentir la difficulté, on SLtonnoit,
au bout d'un an , de n'en voir rien paroitre.
Néanmoins les vrais amis de l'Auteur, qui avoient d'abord
applaudi comme les autres à fon projet , voyant la lenteur
avec laquelle il travailloit, n'omirent rien pour l'en dilîliader,
&: pour diriger Çts talens vers un autre objet : je dois tout
Cl Tacite , repliquoit-il ; // cfl bien juflc que je conjucre à fa
gloire le rcjle de mes jours. C'cfl ainfi qu'il chercb.oit à faire
illulion aux autres , & peut-cire fe la faifoit-il à lui-même :
la paredë, car il laut trancher le mot, étoit le motif déter-
minant. On favoit bien qu'il s'étoit impolc la loi d'écrire
dillicilement , que perlonne ne s'étant formé une plus haute
idée de la perfeclion , en fait de llyle , il croyoit n'en avoir
jamais allez approché. Aulli , quand on y regarde de bien
près, le lien, malgré les charmes, lailiè lèntir ce qu'il lui
avoit coûté. Mais on oublloit qu'un ouvrage original de
quelque étentlue auroit alors donné trop de tcnlion à (on
ciprit, &. i'auroii captivé tout entier. La liberté, qu'il chcrilioit
214 Histoire de l'Académie Royale
plus que jamais , n'ctoil plus compatible avec ia gcne qu'eit-
traiiioit ce genre de compofition ; elle trouvoit mieux fou
compte dans la traduélion , gejire de travail qu'on peut
interrompre Huis confcquence , & reprendre à Ton gré ; où
i'interprète, dirpenfé du foin pénible de fermer un plan,
d'en combiner & alTortir les parties , d'aiïèmbler les matériaux
& de les arranger , ne connoît d'autre loi que celle de rendre
fidèlement les penfées <Sc l'efprit de fon Auteur.
M. l'abbé de la Bléterie employa au moins dix années à
traduire les cinq livres des Annales avec les fupplémens du
texte perdu ; & l'on juge ailement qu'il y avoit encore plus
de lacunes dans le travail du tradu(5teur. On défefpéroit
tellement de voir la traduélion de tous les Ecrits de Tacite,
qu'on le prelîa de publier ce qu'il avoit Imi.
L'Ouvrage fut annoncé avec trop d'oftentation : l'enthou-
fiafine avoit gagné ceux à qui l'Auteur en avoit lu dçs
morceaux choilis. Attendu avec impatience, il parut enfin
avec l'appareil impofintdeproteélions illuftres. C'étoit éveiller
l'oeil févère de la critique la moins indulgente. On fut d'abord
choqué des exprefîions proverbiales que le Traducteur le
permettoit quelquefois pour rendre l'énergie de l'original :
admifes , diloit-on , dans le ftyle familier , le flyle noble les
réprouve. Mais le plus grand tort fut d'avoir attaqué avec
peu de ménagement , dans fes notes , quelques perfonnes
célèbres dans la Littérature, qui donnent le ton dans des
Sociétés où leurs décifions palTent pour des oracles. Oa
décria la nouvelle produdion , qui lut profcrite fans autre
examen par ceux même qui ne l'avoient pas lue.
Un jeune Auteur, dont les paradoxes avoient été relevés
avec trop d'aigreur, prit la plume, & préfenta une lille énorme
de méprifes , parmi lefcjueiles il s'en trouvoit quelques-unes
de réelles, telles qu'il en échappe au plus habile homme dans
un ouvrage de longue' haleine. L'Académicien fut d'abord
tenté de prendre la plume à fon tour pour le défendre, eu
convenant ingénument de fes torts ; mais craignant que
cette guerre littéraire n'eût le fort de tant d'autres , qui ,
DES Inscriptions et Belles -Lettres. 215
après avoir fervi d'aiiment à la curiofité maligne de quelques
ledeurs , finifîènt par deshonorer ks Auteurs & les Lettres, il
prit fagement le parti du lilence , perfuadé avec raifon que la
poltcritékii rendroit juftice. Quelques taches, quelques défauts,
qu'une nouvelle édition peut aiiément faire dilparoître, n'em-
ptcheront pas qu'au fond les Annales du Tacite François
ne (oient une des bonnes produdions de notre fiècle.
L'humeur , qui perçoit un peu trop dans les notes , avoit
pris, avec le nombre des années, un certain empire fur
l'Auteur : de tout temps il avoit eu le talent des faillies
promptes &L ingcnieufès : fes reparties vives & tranchantes ,
tempérées par l'aménité , frappoient les auditeurs qui fe
plailoient à les retenir & à les répandre. Mais en vidllilfant
il devint chagrin ; quelquefois lès plailànteries , dures &
amcres , tiroient fur le farcafme. Dans les derniers temps ,
fombre & pointilleux , il fouffroit impatiemment la contra-
diction ; fi alors on eût cru que la haine étoit dans fon cœur,
on fe feroit bien trompé : ces vivacités d'un moment etfleu-
roient à peine la furface de fon ame : revenu bientôt à lui-
même, il cherchoit à les réparer par des témoignages d'ellime
non fulpeâs , &: par des lervices réels. Le froid de l'âge
ne diminua rien de la chaleur qu'il mettait dans j'amiiié ; les
intérêts de ies amis lui étoient plus cl. ers que les liens pmpres.
Son cabinet étoit toujours ouvert à ceux qui vcnoient le
confultcr , & fouvent il a perdu , fans le plaindre , des fëmaines
& des mois entiers fur dts ouvrages médiocres, qu il avoit
le courage de polir Se de lemer de traits ladlan*, pour les
rendre (upporiables.
Depuis un grand nombre d'années il fe plaignoit toujours
de la foiblelîë de fa vue & de fa lanté; c'ctoit la railbn , ou
plutôt le prétexte éternel de fon inaétion (cuvent voloniaire.
On y étoit tellement accoutumé, que (es plaintes avaient
comme perdu le droit d'alarmer. Quoique dans un âge alîëz
avancé, il paroifibit fort & robulle, & nous efpérions con-
ferver encore long-temps un Confrère que nous chérilfions ,
îi6 Histoire de l'Académie Royale
& que nous eftimions comme un des ornemens de notre
Compagnie.
II tomba malade au mois de Mai de l'année dernière 1772 ,
ne foupçonnant d'abord qu'un rhume & une indigeftion;
mais après peu de jours s'apercevant que Ton état enipiroit,
il demanda &: reçut avec piété & rélignation , les lecours
que la Religion offre fur -tout aux derniers inftans de la
vie : il l'avoit toujours tendrement aimée, & en avoit fait la
règle de fa conduite : dans toutes les occafions il l'avoit
défendue avec autant de force que de nobleffe , foit de vive
Yoix , foit par écrit.
- En mourant il a légué Ces manufcrits à un de Ces Con-
frères Se de ks anciens amis, à qui l'on en a remis une
partie. M. de la Biéterie n'écrivoit guère que ce qu'il deftinoit
à f impreffion ; il en faut excepter les extraits de nos Mémoires,
qu'il a lus à f Académie des Sciences , fuivant l'ufage qui
altefte &. perpétue fintime confraternité des deux Com-
pagnies, & qui confifte à fe rendre compte mutuellement
des travaux de chaque femeflre. Ces extraits furent travaillés
avec autant de foin & d'application que s'ils euflent dû foutenir
les regards du Public. Le dépofitaire ne lui enviera point
ce qui paroîtra digne de lui être préfenté , mettant à l'écart
îes ouvrages imparfaits ou défeélueux ; il doit à la mémoire
d'un ami de fupprimer des Écrits que l'Auteur fe feroit abftenu
de publier de fon vivant.
ELOGE
DES Inscriptions et Belles -Lettres. 217
ÉLOGE
DE MILORD COMTE DE CHESTERFIELD.
PHILIPPE Dormer Stanhope, Comte de ChefteifielJ, Lu
Chevalier de l'ordre de la Jarretière, Membre du Coiifeil- ^''■^|[f^,"^^'^'*
privé 6c du Cabinet de Sa Majeflé Britannique , naquit à de Pâques
Londres, le 22 Septembre 16^'). ^77'i'
Depuis lonw-temps la province de Nottingham s'honore
du nom des Stanhopes , lamiile ancienne & iilultrce des le
règne d'Edouard III, par des alliances avec \es principales
Alaifons d'Angleterre , par des lèrvices fignalcs rendus à la
Couronne dans les conjonclures les plus critiques, & par Ats
titres d'honneur qui en ont été la julle récompen(e.
Le père de Milord Cherllelfield confèrva tant qu'il vécut
un attachement inviolable pour la Mailon des Stuarts, fenti-
ment qu'il ne put jamais infpirer à Tes fils. Leur mère étolt
fille de George Saville , Marquis d'Halifax , lî connu par
ton oppofition à l'acte projeté pour exclure le Duc d York
de la luccellion à la Couronne. Aux talens qu'exigeoient âçs
places importantes que le Marquis d'Halifax remplit avec
diftinélion, lous trois règnes conlécutils , il réunilfoit des
agrémens perionnels , des qualités particulières du cœur &
de refprit , dont le germe fe tranfmit, avec le fang , à fon
petit-fils. Mais il fidloit le cultiver, le nourrir, le développer.
C'cfl un loin précieux dont le chargea la veuve du Marquis
d'Halifax , &. le choix dei maîtres (âges «Se habiles fut toujours
éclairé de cet œil de vigilance &. d'intérêt qui encourage &
apprécie les fuccès.
Déjà le jeunt' Elève , après (\qs progrès peu communs
dans le Latin 6c le Grec, avoit effleuré les élémens de la
Philolophie, l(»rfqu'en 17 12 fa refpeéLible mère crut devoir
l'envoyer à l'Univcrliié de Cambridge «Ik. au Collcge nommé
JTip. TvmeXL. Ee
2i8 Histoire de l'Académie Royale
Triulty-hnl! , où elle voulut qu'à i'élude du Droit il joignît,
non-Iëuleinent celle des Mathématiques & de la Phyfique,
fous l'aveugle Saunderfon, mais encore celle de l'Anatomie.
Elle favoit que la connoiliance des Loix civiles , qui
règlent la vie & le fort des hommes en fociclc, & celle des
loix de la Nature , dont dépendent le jeu & l'harmonie de
cette multitude de refforts fecrets qui compofent notre
machine, lont de toutes les connoifTances , celles qui inté-
relîènt le plus chaque individu, quoiqu'elles ioient les plus
négligées dans la carrière ordinaire de l'éducation.
Aux exercices Académiques , l'ufage de l'Angleterre fait
fuccéder les voyages. Le jeune Stanhope, c'elt le nom qu'il
porta pendant la vie de Ion père , commença les fiens par
la Hollande ; mais la tnort de la Reine Anne en interrompit
ie cours. De retour dans fa patrie , il elt fait Gentilhomme
de la Chambre du Prince de Galles, & entre dans le premier
Parlement du règne de George l.'^'^ : il n'avoit pas tout-à-
fait l'âge requis par la Loi; mais foit confidération pour fon
nom , Toit bienveillance pour fa perlonne, fon éledion n'avoit
pas été conteltée. 11 fignala fon entrée dans la Chambre des
Communes par une déclaration tranchante de lès lentimens,
& parla avec véhémence en faveur de l'aéle violent propofé
contre les Minières de la feue Reine. Cette explohon préma-
turée, qui annonça ce qu'on avoit à attendre & à craindre de
lui , ne pouvoit avoir des fuites ultérieures defi part, puifqu'il
ne pouvoit voter avant l'âge preicrit , fans s'expofer à une
exclufion perpétuelle. Cette circonftance le rendoit libre, & if
en profita pour venir à Paris , où il attendit fans impatience
l'époque de fa majorité ; mais dans cette métropole de la
dilfipation & de l'amufement , les plaifirs de toute efpèce ,
dont il avoit le goût, & auxquels il fe livra, ne lui firent
point oublier les devoirs de ion état, ni les intérêts de fa
réputation naifîante.
Dès l'année fuivante il reparut à Londres ; & dans les débats
qu'occafionna facile pour étendre à fèpt ans la durée àts
Parieniens, il fuivit de nouveau le parti de la Cour. C'efli.
DES Inscriptions et Belles -Lettres. 2ip
aux Angiois, tcmoins des défordres inréparables des élecflions
populaires, à décider ii la liberté a plus perdu par cet acle,
que la tranquillité & la Habilité de lÉtat n'y ont gagné.
Le jeune Stanhope commençoit à déployer Tes talens dans
h Chambre baire ; mais c'eft dans la Chambre cki Pairs
qu'il lui étoit réfervé de connoître & de développer toutes
lès forces : la mort de fon père lui en ouvrit l'entrée en
jyi6. II s'attacha au parti du Prince de Galles, qui, tenu
loin des affaires par le Roi , s'en prenoit au Minière , &
s'oppofoit à toutes ks vues; ainfi le jeune Lord lembloit
deftiné à fe trouver toujours dans le parti de l'Oppolition ;
mais la mort fubite du Roi, en 1727, changea tout. Le
Prince de Galles monta fur le trône fous le nom de George II,
& M. de Chefkn-lield , qui ctoit attaché au Prince de Galles
& à rOppofition , le trouva attaché au Roi (Se à la Cour ;
forte de viciffitude affez ordinaire en Angleterre, où les
attachemens de parti tiennent beaucoup plus aux perfonnes
qu'aux maximes.
Le nouveau Roi avoit de grandes obligations ù xMilorJ
Chefterfield , & il voulut lui en marquer la reconnoiilance.
Jl commença par le continuer dans la charge de Gentilhomme
de la Chambre, & bientôt il le nomma Ion Ambaffadeur
aviprès des États- Généraux, qui lui avoient envoyé une
Amballàde folennelle à l'occalion de l'on avènement au
uône.
La carrière des négociations ctoit toute nouvelle pour le
jeune Lord; il fuppléa donc à l'expérience par les talens, &
il parut à la Haye un Minillre habile & fage , comme
Lucullus débar<juant en Afre s'y trouva un Capitaine con-
fommé. L'état de fermentation où fe trouvoit l'Europe rendoit
toutes les négociations importantes & épineufes, fur-tout
pour l'Anglticrre (jui dcfiroit la paix. Heureulement la
trante la dcfiroit aulfi , & ces deux grandes Puiffances ,
trop fouvent rivales & défunies , iravailloient alors de concert
à prévenir l'inccmlie général dont on étoit menacé. On étoit
alarmé des querelles qui s'élcvoicnt entre Charles VI ôc
Ec ij
22.0 Histoire de l'Académie Royale
Philippe V, toujours rivaux , malgré le Traité d'Utrecht (font
ils étoient également mécoiitens. On n'avoit pas moins d'in-
iquiétude fur les démêlés particuliers de l'un Se de l'autre
avec les Puilîànces maritimes. D'un coté, l'Empereur, par
i'étabîiiîèment d'une Compagnie des Indes à Odende, avoit
paru donner atteinte au Traité de Muniter ; de l'autre , le
Roi d'Elpagne ne pouvant obtenir de celui d'Angleterre
la ceïïion de Gibraltar, tâchoit de l'arracher parla force des
armes; il failoit aliiéger celte place, & refuloit de rendre
pluiieurs Vaillëaux pris en Amérique fans déclaration de
guerre. Il efl vrai t|ue, par ces infraétions, il le propofoit bien
moins de rompre entièrement avec l'Angleterre & avec les
États -Généraux, que d'amener ces deux Puitîances, ou à ne
pas s'oppoier, ou même à concourir à I'étabîiiîèment de Don
Carlos en Italie , objet dont les Congrès de Cambrai & de
SoiHons s'étoient occupés avec peu de luccès. L'intérêt le
plus preiïant de la Cour Britannique étoit de délarmer i'Ef
pagne , & Ces defirs parurent fatisfaits par le Traité conclu
à Séville vers la fin de 1725?. Milord Chefterfield n'eut
pas une part direde à ce Traité; il l'évita même, & ce fut
un trait de iageiïè de fa part; car il n'en approuvoit pas le
fyftème , & il laifl'a volontiers à M. de f énelon , alors
Ambaffadeur de France à la Haye , l'honneur d'y concourir
avec aélivité.
Il eut plus de part à une autre négociation qui intérefîbit
ion Souverain comme Éleéleur d'Hanovre. Des prétentions
réciproques lur l'adminiftration & lafucceffion éventuelle du
Mecklenbourg, jointes à quelques autres intérêts domeltiques,
avoient brouillé le Roi de Prufle avec celui d'Angleterre ,
dont il avoit époufé la four. Déjà des troupes Pruflîennes
avancées fur les frontières d'Hanovre, meliaçoient d'y entrer,
lorfque l'Ambalfadeur réclama la médiation & les fecours
des États -Généraux qui écrivirent au Roi de Pruffe. Leur
lettre, foutenue d'un corps de troupes, fit tomber les armes
des mains de i'agreileur. Bientôt les objets de la querelle
font mis en arbitrage : les intérêts fe concilient : les beaux-.
DES Inscriptions et Belles -Lettres. 221
frères s'accommodent, &: la tranquilliié des peuples n'eft
plus alarmée.
H ne tint pas alors au Secrétaire d'État Townshend, que,
pour prix de ce fervice , le Comte de Chefterfield fon ami,
jie remplaçât le Duc de Newcallle dans un des Secréta-
riats; mais le premier Minillre Walpole, dont Townshend
ambitionnoit la place, eut le crédit de lui faire perdre la
ficnnc.
L'Ambaffadeur qui , par caractère , étoit plus flatté des
diftinclions que du pouvoir , ne fouhaitoit que l'Ordre de la
Jarretière, & n'eut pas de peine à l'obtenir; il l'obtint moins
cependant à titre de récompenfe récemment méritée qu'à
titre de fiveur autrefois promife. Fait Chevalier à Londres,
où il avoit eu permiffion de luivre Ion Souverain , reçu à
"Windfor en 1730, & bientôt après revctu de la charge
de Grand-maître de la Maifon du Roi , & de Confeiller du
Cabinet, après s'être démis de celle de Gentilhomme de la
Chambre , il repallà en Hollande , où des affaires délicates
&: importantes l'atlendoiént.
L'Empereur étoit mécontent du Traité de Séville , Phi-
lippe V, de Ion inexécution. Ce Prince s'çn plaignoit à la
France : la France acculbit l'Angleterre des délais, & la
prellbit d'y mettre hn. C'étoit un pas cmbarralîant pour la
Cour de Londres : fon fyflème n'étoit pas de fe détacher
de l'Empereur ; c'efl avec lui qu'elle avoit intérct de s'en-
tendre , ik. elle y réulht en triomphant de la répugnance qu'il
niontroit pour le Traité de Séville. Un Traité, dont les
articles avoient été fecrètement concertés entre le Comte
de Zinzendorf, l'Ambadàdeur d'Angleterre, & le Grand-
penfionnaire de Hollande , fut i)réfenté & figné à la Cour
de Vienne, avec une célérité «jui ne permit à perlonne d'ea
arrêter la conckidon. La Hull.md;; le corrobora en mcme-
temps par fon accellîon, &. cet ouvrage fut , en quelque forte,
le chef-d'œuvre du Comte de Cheilerlleld. L'Élpagne parut
fatishiile; l'Empereur lut rendu à lès anciens Allies, lu Com-
pagnie d'Olleudc iibolie , tk l'équilibre rétabli.
222 Histoire de l'Académir Royale
Cependant , l'ambafilide de Hollande , fi flatleiife à tons
égards pour Milord Chellerlield , niinoit infenliblement (a
fortune Se fa fanié : il ruinoit l'une & l'autre par les moyens
mcme qui contribuoient à Tes fuccès en tout genre. Naturel-
lement ami de la dépenfe , né avec tous les goûts comme
avec tous les agrémens , il le livroit à-la-lois, & à la repré-
ientation la plus éclatante , & au plailir , ôc aux affaires :
union dangereufe , parce qu'elle ufe en même- temps toutes
ias facultés; union précieule cependant, parce qu'elle fait
obtenir la bienveillance & la conhance, aufJi-bien que la
confidération & la célébrité. Le Comte quitta fon ambaîlàde,
& revint à Londres en 1732.
Dans les premiers momens qui fuivirent fon retour , il
ne fe montra au Parlement que comme un parlifan de la
Cour, mais il ne (outint pas long-temps ce rôle ; fes prin-
cipes iie le concilioient pas affez avec ceux qui régloient
î'adminif [ration intérieure.
Un inllant de crife , où le crédit du Chevalier Walpole
parut s'ébranler, fut le moment que le Comte choifit pour
fe joindre à ceux qui , impatiens de rompre une liaifon
importune, crurent l'occalion arrivée : on fe trompa, le
Minidre fe foutint , Se le Comte , réduit à fe démettre de fa
charge de Grand-maître de la Mailon du Roi , fut congédié,
Dès-lors rendu à lui-même, & comme dégagé de les chaînes ,
il fuivit librement le penchant de Ion cœur,. & partagea un
loifir de plufieurs années entre les Arts, les Lettres &.les Affaires.
C'eft dans cet intervalle que parurent plufieurs pièces fugi-
tives qu'on lui attribua : les feules qu'il ait avouées fe trouvent
TAc World, dans un ouvrage périodique intitulé le Monde *. Dans ces
feuilles , qui traitent fucceffivement divers (ujets de morale &
de littérature, on trouve par-tout le caraétère de Milord Chef-
terlield : des réflexions délicates & profondes , amenées avec
art & exprimées naturellement ; une plaifanta-ie fine & noble ;
des citations heureufes qui décèlent une érudition choifie ;
un llyle toujours élégant fans recherche, où fe peint la politeffe
dies mœurs avec l'exaéle obfervation des bienléances.
DES Inscriptions et Belles - Lettres. ii^
On dit qu'ii travailla aiiffi, pour i'inftrudion de la pofté-
rité, à un ouvrage qu'il ne voulut pas publier de Ton vivant;
foit modeflie, foit queiqu'autre motif, il le condamna au fort
des enfans pollhumes. C'ed , ajoute-t-on , la clef de l'hilbire
du temps , pour découvrir les vrais relTorls <ïes évènemens
auxquels il eut part, ou dont il fut témoin.
Dans les différens objets qui occupèrent alors le Parlement,
on vit Milord Chellerfield fixer l'attention , balancer les
fuftrages par fon habileté à traiter les iujets les plus délicats,
par fo!i adreflë à répandre fur les plus férieux ces grâces
qui lui étoient naturelles, fur-tout par cette éloquence vive
& féduifante qu'il oppofoit aux melures & aux projets du
Miniftre. Sts difcours dans la Cliambre <\ts Pairs font partie
d'un recueil connu *, & y tiennent un rang dilHngué. IJJimI^Z
Les forces du Chevalier Walpole s'affoiblilJoient par rcryMaa.
(es victoires mcnie , lorfque de nouvelles affaires vinrent
aggraver le poids dont il étoit furchargé. Les clameurs du
peuple excité par les repréfentans s'étoient fait entendre
bien des fois a\ ant que la mort de l'Empereur, <Sc la guerre
où fon augulle fille le trouva engagée , millent le comble
aux embanas du Miniftre, moins propre au maniement des
affaires du dehors , qu'habile dans la conduite de celles du
dedans. Sts ennemis, redoutables par leur nombre, & plus
encore par leurs talens , profitèrent de la conjonduie, &
redoublèrent leurs efforu. Un nouveau Parlement précipita fii
chute. On s'éloit procuré avec des peines infinies tous les
matériaux néceliaires pour rechercher fa longue adminiftra-
tion : il le vit à la veille d'en rendre compte, & n'eut
d'autre parti à prendre que celui de la retraite. 11 quitta lès
charges fans perilre fa faveur, &; élevé par Ion Souverain à
k dignité de Comte il pafîii dans la Ch.ambre des Pairs.
Ceux qui le remplacèrent, & cjui par leurs fautes firent
fon éloge, ou fon apologie, ne tardèrent pas à le diviler.
La plupart le lailsèrent gagner par des emplois ou pai- ^.\çs
titres; cpieiques- uns durent, dans la fuite, leur avancement
aux malheur^ de U Nation.
224 Histoire de l'Académie Royale
Durant cette rcvolution du Minidcre, Milord ChefterfielJ
étoit ablënt ; une longue & pénible convalekence l'avoit
éloigne de fa patrie. A fou retour des parties méridionales
de la France, il dut être étonné de ne trouver dans (es
anciens coopérateurs que de nouveaux adverfaires ; mais il
n'en fut pas moins ferme dans fes principes , ni moins zélé
à les répandre.
Dans ces conjonélures , ia Nation fe plaignoit que Ces
intérêts fulfent toujours fubordonnés , facriliés même à ceux
de l'Éledorat d'Hanovre : c'efl aufli ce que ne celîbit d'in-
culquer Milord Chellerfield, avec autant de courage que
d'éloquence. Dans un Difcours qu'il prononça en 1744,
après avoir repréfenté l'état des affaires de l'Angleterre, ik.
dévoilé les caufes de fes revers. Je n'ai poi .t fait ferment Je
■fidélité' à lÉleâorat d'Hanovre, difoit-il à ceux qui auroient
voulu l'accufer de trahifon : // n'ejl point de loi qui puijfe
rendre criminel un Anglais, pour avoir dit que le bonheur
du Royaume de la Grande-Bretagne ne doit pas dépendre
d'un Elcéîorat. Souvent il avoit prévu les maux dont on
aémidoit, mais fa prévoyance & lès prédirions avoient été
inutiles.
Cependant, les mauvais fuccès multipliés avoient déjà fait
perdre aux Miniftres la confiance du peuple , & même celle
du Souverain, quand les divers orages dont ia Hollande &
l'ÉcofTe fe virent menacées achevèrent de déconcerter les
nouveaux Pilotes. Ils invoquèrent alors le lecours de celui
dont ils avoient redouté & éprouvé fi fouvent les forces.
Les fervices efî'entiels qu'on exigeoit dé lui , loin de compro-
mettre fon patriotifme , le mettoient à portée de le fignaler.
Il fut nommé Ambafladeur extraordinaire auprès des Etats-
Généraux & Viceroi d'Irlande.
En revoyant la Haye , au commencement de 1745, il
trouva ia République ébranlée par l'éloquence de Fénelon ,
&: plus encore par les exploits de Maurice , flottante entre
une neutralité & une rupture également dangereules, agitée
enfin de craintes qui u'étoieat que trop bien fondées. Il
s'agifîbit
DES Inscriptions et Belles-Lettres. 225
s'agîflbit de la raffiirer , & en même-temps de régler avec les
Miiiiftres de la République, &: les Plénipotentiaires de la
Cour de Vienne, les opérations de l'armée Alliée, dont le
commandement venoit d'étreconféré au Duc de Cumberland.
Trois mois fuffirent au Comte de Cherflerfield pour fixer
l'irréfolution des États -Généraux, pour conclure une alliance
qui alîura leur tranquillité , & pour remplir tous les objets
de fa commiiïion.
Les détails intéreffans de cette glorieufe négociation appar-
tiennent à l'hiltoire de l'Europe , &. pafîèroient le but aulH;-
bien que les bornes de cet Éloge. L'Hiftoire de la Grande-
Bretagne décrira les convulfions dont elle fut agitée avant
& après le temps où le Comte de Chefterfield y reparut :
je ne dois en tracer ici qu'une légère efquidc.
En Écofîè, une rébellion devenue redoutable pour avoir
été trop méprifée dans fon origine ; piefque aux portes de la
capitale , wne troupe audacieufe de Montagnards que le zèle
afiermilîbit contre tous les périls; l'Irlande agitée par une
fermentation dangereufe; l'Angleterre menacée d'un débar-
quement d'ennemis étrangers j la décadence & prefque la
chute du crédit national, tels étoient les évènemens imprévus
qui jetoient à- la- fois l'ahirme dans tous les efprits. Cet
état de crife ne devoit pas durer , «Se bientôt il ne relia
d'inquiétudes que pour l'Irlande.
L'infortunée Mailôn àçs Stuarts y avoit une foule de
partifans dévoués à fes intérêts : le nombre des Catholiques
ctoit fupérieur à celui dt-s Proteflans : la liaifon des premiers
avec les Irlandois expatriés, le zèle, l'intérêt commun,
cette chaleur , cet enthoufiafme que la diflance des lieux ne
refroidit pas toujours, tout faifoit craindre que les principaux
efforts du Prétendant ne fullènt dirigés de ce coté, &. luivis
dcfuccès. La préfcnce du Vice-roi cloli nécellaire, &: il ne
l'ctoit pas moins que ce Vice-roi fût le Comte deCheflerlield.
En arrivant à Dublin, au mois d'Août 1745, il n'y trouva
que peu de troupes réglées , & il en trouva encore trop ,
p;u-cc qu'eif fatiguant Si. vexant la Province , elles attiroicnt
Jiijl Tome AL. tf
13.6 Histoire de l'Académie Royale
de la haine & des i-eprochcs au Gouvernement. 11 en renvoya
une partie , qu'il remplaça feulement par quatre bataillons
de nouvelles levées. 11 fe fentoit en lui-mcme les principales
forces dont il avoit befoin. Ces forces étoient l'autorité jointe
à la raifon , la modération unie à la fermeté, l'efprit de conci-
liation foutenu du lecours de l'éloquence Se de la perfuafion.
îl commença par déclarer aux chefs des Partis oppofés, qu'il
fe préfentoit à eux comme leur foutien, leur proteéleur, leur
ami commun , les priant de ne le point réduire à la néceffité
de s'écarter de la conduite que lui prefcrivoient ces titres ,
& dont ion caraélère lui faifoit un devoir. Bientôt il gagna
leur confiance en leur donnant la fienne. Une fermeté toujours
impartiale, toujours tempérée par la douceur; une droiture
de lentimens , une noble franchile , qui ne fe démentant
jamais faifoit naître dans tous les cœurs l'averfion pour la
duplicité & la perfidie ; une prudence dégagée d'inquiétude,
quoique toujours a(5live ; des mefures fagement concertées
& ne manquant jamais leur effet , tels furent les moyens
qui affurèrent à ce uouvel Agricola, la vénération, l'amour
& l'attachement de tous les Partis. Le zèle immodéré fe
relferra, de part & d'autre, dans de plus juftes bornes : on
ne vit plus ces excès funefles de la haine , ces animofités
invétérées , cette fureur de fè nuire & de s'écrafer. Catho-
liques , Proteftans , amis , ennemis du Prétendant , naturels ,
étrangers , tous , à l'exemple du Vice-roi , & animés de ion
efprit, en vinrent au point de fe ménager mutuellement, de
s'eftimer, de fe refpeéîer. Peut-être feroient-ils arrivés jufqu'à
celui de s'aimer , 11 le léjour du Comte eût été plus long. Ainfi ,
des trois Royaumes de la Grande-Bretagne, celui qui inquié-
toit le plus , celui qu'on croyoit devoir être le théâtre le plus
fanglant de la difcorde, ïlilande , jouit de la plus parfaite &
de la plus confiante tranquillité , pendant tout le temps que
régnèrent ailleurs le trouble & les alarmes.
Le fouvenir d'un calme fi peu attendu , de l'encouragement
donné au Commerce, aux Manufactures, aux Arts & aux
^ciejices , des heureux effets de la protedion accordée
DES Inscriptions et Belles -Lettres. 127
indiftinaement au mérite & aux honnêtes gens de tous les
Partis, Te perpéu.era de T-ècIe en fiècle pour 1 honneur de
l'humanité. ^ . . i
Quel éloge flatteur & attendrilTlint , que ce concert tumul-
tueux de mille voix; ce mélange confus d'applaudilFemens,
d'acclamations, de regrets, de cris, de vœux dont une mu ti-
tude innombrable de tout fexe & de tout âge fit retentir les
rivages en ce trille mais glorieux moment ou le Vice-roi
s'acheminoit vers le Navire cpi devoit le reporter dans la
^' La faveur du Souverain reconnoilTaiit avoit prévenu foit
arrivée. & une place de Secrétaire d'État fut le pr.x de les
fervices. Dans l'exercice de ces nouvelles fondions , il donna
toujours l'exemple de l'exactitude, de 1 application . de la
diigence à ceux qui travailloient fous fes ordres. AulTi jamais
ne tit-on dans fon Bureau les affaires^ traîner en longueur,
languir, s'oublier, pour ainf. dire. & le perdre dans la toule.
faufe de protedion & d'appui. La célérité dans lexpeditioa
s'étendoit indidinaement à toutes Hms aucune prcdiledion.
La f.tuation de l'État faifoît foupirer le Comte après la
fin d'une guerre ruineufe, lorfque le terme de la campagne
de 1747 kii parut un moment lavorable a la paix. Llle
ctoit offerte par la France, à des conditions qu il jugeo.t
raifonnables. Le Confeil ne penfa pas_ de mcme . & le
Secrétaire d'État eut le chagrin de ne voir quune leule voix
accéder à fon avis. Soit dégoût, foit prévoyance de i avenir,
il réiolut dès-lors de s'éloigner du Minidcre . & rendit les
Sceaux au mois de Février 1748 . P'-^W" ^" '"""^^"^ °^\'^
fagede & la nécelT.té de fon fyltème alloient triompher des
imércLs particuliers & des préjugés popuhures. Les demonl-
trations de regret, de la part de fon Souverain. 1 otfre d ua
litre plus émip.ent ou d'une penf.on . ntn ne fut capable de
rébranler. Seulement il promit de ne plus s oppoler par
efprit de parti . comme il avoit pu le taire autrefois . aux
mefures de la Cour; & il tint parole.
Des ce moment la vie fut ceUe d'un Philofophe citoyen,
FI ij
22.B Histoire de l'Académie Royale
qui , fupcrieLir aux honneurs , fans partialité comme fans
intérêt perfonnel n'u pour motif , &: ne veut pour rccompcnfe,
en fervant fa patrie, que i'avantage de la lervir. Il loutiivt
dignement ce caradère, en opinant dans le Parlement fur
plulieurs anan-es importantes , avec autant de iranchiie que
de lolidilc. Une de celles où il mit le plus de zèle, fut un
projet dont il étoit l'auteur, celui de l'abolition du vieux ftyle
dans le Calendrier. Tous les bons efprits en fentoient , ou en
dévoient fentir la ncceffitc ; mais ce changement lembloit
un point de réunion avec Rome : il fallut toute l'adivilé ,
toute la perfévérance , toute l'adrelîë de Mylord Chefterfield,
pour vaincre les préjugés nationaux , & pour obtenir l'a6le
du Parlement qui fixa la réforme auparavant fi redoutée.
Sa maifon devint le rendez-vous commun de tous les
chefs de parti, parce qu'il n'étoit d'aucun parti, ou plutôt,
parce qu'il n'en connoiffoit point d'autre que le bien de
l'Etat , Si. parce que fes lumières & une expérience confbmmée
dans les affaires le metloient à portée de donner des confeils
utiles. Elle fut aufh le fanduaire des Mules & des Arts.
ISourri de la fubflance des meilleurs Ecrivains de la Grèce
& de Rome, une mémoire heureule & fidèle lui en rappeloit
les beautés à propos ; & les traits les plus faillans le prélen-
tant fans effort au befoin jetoient toujours de l'agrément,
de la vivacité, de l'intérêt dans fa converlation. Lié dès fa
jeunefTe avec les plus beaux efprits de fà Nation , il en devint
un lui-même, & il en forma d'autres.
De toutes les Langues étrangères qu'il croyolt néceflaires
à un Miniftre pour pouvoir le palTèr d'interprète, la langue
Françoife étoit celle qu'il parloit fe plus volontiers ; il la
parloit avec grâce; il l'écrivoit avec pureté; il en connoiffoit,
en lentoit toutes les fi^ielies ; &. fe les étant rendu propres ,
il aimoit à s'en parer, mais fans afFtéfation. Parnii Jiôus , il
avoit à l'étude de nos livres, uni celle de la locicté. II
sétoit comme naturalilé. en, France ,, par des iiaifons avec les
perfonnes les plus rçcommandables de l'un. &. de l'autre fexe.
DES Inscriptions et Belles -Lettres. iz^
Nos Auteurs, nos ufages lui étoient aufli familiers que ceux
de fa patrie.
Aufli , à dire vrai , ce ne fut pas un Étranger que cette
'Académie acquit , en 1755, par le choix qu'elle fit de
Mylord Cheilerfield pour une place d'Académicien-Libre :
aflociation û chère- à Ion cœur, qu'on ne (ait s'il lit paroître
plus de chaleur dans le defir qui la précéda, que dans la
reconnoilîànce qui la fuivit. ^
A l'aide d'une correfpondance très-étendue, formée avec
difcernement , & entretenue avec régularité , qui l'inftruifoit
de toutes les nouveautés littéraires & politiques , Mylord
Chefleriield n'étoit étranger nulle part. Comme préfent par-
tout , rien ne lui échappoit. Il étoit le centre où , de toutes
parts, ies rayons venoient fe réunir, & d'où refléchllfant
comme d'un foyer , ils s'élançoient au loin.
Il paroidoit peu d'ouvrages auxquels il n'eût contribué
par fes confeils , par ks fecours , ou par les foufcriptions.
Sa philofophie tenoit un peu de l'ancienne Académie; mais
loin de lui permettre des doutes fur l'exillence du premier
Etre, elle l'attachoit à l'immortalité de l'ame autant par fenti-
ment que par principe : elle lui failoit rcfpcéter Si. chérir
la Religion comme l'appui de la vertu, le frein du vice, &
la confolation dans le malheur. Cette philofophie fe montroit
dans tout ce qu'il écrivoit, mais parée avec goût, accompa-
gnée des grâces, fouvent fous le mafque d'une ironie fine Se
délicate, quelquefois auffi, difons-le, armée des traits lubtiis
que lui prètoit le génie de la fatyre.
Elle lui pcrmeitoit , peut-être même échauffoit-elle cet
amour pour la gli>ire & pourl'edime publique; pallion qu'on
n'a pas laillé de li;i rt piocher, cumnie on l'a reprochée à tant
de grands hommes de l'antiquité. M) lord Chcllerfield a\oit
!e mt^me droit qu'eux de fe li\rLr à cette efpcce de vanité
qui iic.nl au noble dciir de la célébrité & à une jufte con-
fiance dans un gran.l caraélère : la Nature le lui avoit doinié ,
la riùlulopliic le fuilillaj les cytuunciii le dcycloppcrtnc,
ijo Histoire de l'Académie Royale
Il éprouva les clifgrâces fans humiliation. 11 fit plus encore:
il fenlit (ans altcrution la lantc le détruire par des attaques
imprévues; il vit avec réfignation , & fans perdre fa gaietc
naturelle, des infirmités prématurées le conduire par degrés
au tombeau. Telle étoit la trempe de fon ame ; il n'éioit
(ènlible qu'au deiir d'une réputation diltinguée, 8c il voyoit
du même œil les revers & les luccès , dès qu'il croyoit y
trouver un moyen de mériter l'elHme publique. 11 celfa de
vivre le 24 Mars 1773 . regretté dans toute l'Europe aufTi-
bien que dans fa patrie , courageux , patient , 6c poffédant
fon ame en paix jufque dans fes derniers momens , comme
dans tout le cours de fa vie.
II avoit époufé , en 1733, Mélofine, née Baronne de
Shulemburg {dj, plus diltinguée encore par fes vertus &.
les talens , que par fa haute naiffance & ks titres. A cette
union qu'elle avoit cimentée par un bien confidérable , ii
n'a manqué que la fécondité. Le Comte avoit un fils naturel,
tendre objet de ks complaifances & de ks foins. Le Public
verra bientôt , dans des lettres écrites à ce fils unique , tous
les efforts de la tendrelfe paternelle pour le rendre digne du
nom qu'il portoit, & de la carrière à laquelle il étoit deltiné.
Le Comte de Chefterfield, après avoir eu ia douleur de le
perdre en 1 7 6p , & encore peu d'années après , le fèul frère
qui lui refloit , fixa toutes fes affeélions fur un jeune parent
allez éloigné ; Si. ion teftament prouve combien il a eu à
cœur que l'héritier de fa tendreffe & de fa fortune foutînt la
fplendeur de fon état par l'intégrité de fès mœurs.
Ce teflament fmgulier efl un monument des principes
& des réflexions de Mylord Cheflerfied : il interdit à fon
héritier le voyage d'Italie & le jeu. Mylord n'avoit jamais
été en Italie ; mais ii avoit vu ks compatriotes y aller &
en revenir.
(a) George I."' l'éleva, en 1722, à la Pairie Angloife, comme Comtcflc
de Walfinghara & Baronne d'AIdborough.
DES Inscriptions et Belles -Lettres. 231
Quant au jeu, le Comte ne connoiiïbit que trop par fa
propre expérience les dangers de cette palfion : il avoit
eu la force de la Tufpendre pendant la durée de ks grands
emplois ; mais elle ne s'éteignit , ou ne fe réprima tout-à-fait
en lui, que quand fes infirmités lui firent prendre le parti de
confacrer le refle de ks jours à la iolitude.
ijî Histoire de l'Académie Royale
ÉLOGE
DEM. DE LA NAUZE.
Lu T GUIS DE JouARD, fieur DE LA Nauze, iiaquît
l'Aflemblce J j|e 27 Mars i6cj6, à Villeneuve-crAi^énois en Guyenne,
de Priques ^^ Marc-Antoine de Joiiard, Seigneur de Monberoux, &
177^.. de dame Thérèfe de Pontajon. La noble(re de celle famille
fe diftinguoit moins par l'opulence que par des vertus : elles
furent , avec le lait , le premier aliment de l'enfance du
Confrère dont nous pleurons la perle. Les profondes racines
qu'elles jetèrent dans fon cœur ne tardèrent pas à donner
des fruits , & à relever les talens de l'efprit , & les heureufes
qualités qu'il tenoit de la Nature. Après l'école domellique ,
le Collège des Jéluites de la ville d'Agen, où il fit (es
premières études , fut celle où le jeune Elève, en gagnant
par (on application & fa docilité l'eflime de ks Maîtres ,
fut auffi, par fa franchife & par ia douceur de fon caraélère ,
s'attirer & conferver l'affeèfion de ks condifciples. Il le
fit pardonner cette émulation inquiète & ardente qui , l'ai-
guillonnant fans ceffe, le portoit à tout entreprendre pour
s'afTurer l'avantage fur tous fes rivaux dans la même car-
rière , & qui le mettoit fouvent aufft dans le cas d'humilier
leur amour- propre.
Ses progrès furent fi rapides, fi peu équivoques, que fès
Maîtres le jugeant digne de leur Société, s'emprefsèrent à
i'envi de lui inlpirer un goût qu'il n'éioit pas encore trop en
état de bien apprécier. Ils n'en réu /firent que mieux : le jeune
de la Nauze fut enflammé d'un defirfi vif, fi prenant pour
une vocation qu'il croyoit venir d'en-haut, que les repré-
(èntations , les remontrances , les regrets , la réïiflance même
de fa famille , rien ne fut capable de l'arrêter. Contre tant
4'obff acles , la victoire ne lui en parut que plus glorieule &
plus
t)Es Inscriptions et Belles -Lettres. 233
plus méritoire. Après le temps d'épreuve , on l'envoya
régenter à Bordeaux.
C'e(t ici que Tes yeux commencèrent à fe deiïîîler. Le
charme de l'enlhoufialme ne iubfiitoit plus : le faner-froid 6c
de mûres réHexions le convainquirent qu'une ferveur de
jeuneHê l'avoit aveuglé fur la nature du joug qu'il s'étoit
impofé avec trop de précipitation. Dès-lors il ne montra pas
moins de dcfir îk de chaleur pour lortir de la Société , qu'il
n'en avoit fiit paroitre pour y entrer. Ses inliances furent
telles que les delirs; [es ioilicitations réitérées, importunes,
opiniâtres : on fut obligé d'y déférer , & de lui rendre fa
liberté ; volentcm & acriter petentem dïmitthnus , ce font les
termes du P. Recteur dans l'elpèce de Lettre d'affranchillèment
qu'il lui expédia.
Dans le lein de la Compagnie qu'il quittoit, de même
que dans le cours de fes études , la ledure Aqî, meilleurs
Ecrivains, Poêles, Orateurs, Hilloriens Grecs, Latins &
François , avoit entlammé fon amour pour toute efpèce de
favoir. 11 y avoit encore puilé , peut-être autfi y avoit-il porté
ce préjugé , que le célibat étoit lèul compatible avec cette
pallion pour les Lettres qui poffédoit fon ame toute entière;
il jugeoit même que l'exemple i\it% Mules , fous l'empire
delquelles il vouloit vivre, lui devoit fervir de règle. Cepen-
dant il avoit trop de délicatelfe d'un côté , pour vouloir être
à charge à une famille nombrtufe & peu ailée; de l'autre,
pour loutlrir que Ion exillence tut inutile à la fociété civile.
II crut pouvoir, à-la-lois, calmer les inquiétudes de la pre-
mière, &: s'acquitter de ce qu'il devoit à la lêconde, en
tournant vers l'éducation particulière lès talens éprouvés pour
l'indrucliou, 11 pouvoit le Halter qu'un jour la Patrie devroit
à les foins des citoyens éclairés & vertueux , peut-être l'État
un" grand homme. Dans ce delîein il fe rend à Paris, où
des obflacles imprévus l'attcndoient.
La Compagnie célèbre qu'il avoit abjurée, & qui le con-
noilioil trop pour ne le pas regretter, ne le perdoit point
de vue , 6c le regardoit comme une brebis égaré* qu'il
Hijl. Tome XL. Q ^
234 Histoire de l'Académie Royale
n'ctoit pas impoflîhie de ramener au bercail. Deux anciens
Confrères chargés de ce foin , mirent à une rude épreuve,
la coiiftance de M. de la Nauze. Sa fermeté luttoit pénible-
ment contre l'aélivité de leur zèle, lorfcjue l'illuflre Maifon
d'Antin lui ollrit un afyle tel qu'il le iouhaitoit, &: qui
l'affranchit de leurs pouriuites importunes , en faiiant évanouir
leurs efpérances.
La nouvelle carrière où il Ce préfèntoit, plus difficile, plus
périlleufe, plus délicate que la première, exigeoit aulîi plus
de fortes de talens. Pour faire connoître ceux qu'y apportoit
M. de la Nauze, il luffit de dire qu'il ne tarda pas à gagner
l'eflime, la confiance & l'amitié, lans lefquelles les talens les
plus rares pour l'éducation ne peuvent qu'échouer. Rien aulfi
n'égala fon zèle & ion attichement. Après avoir élevé le
père, il fe chargea encore de l'éducation du fils faj. Heureux
Il le plaifir i\ fatisfailant de pouvoir contempler dans l'un
& dans l'autre , le fruit de fes travaux , n'avoit pas été étouffé
par la douleur anière de les voir enlevés par une mort
prématurée , & de leur furvivre plufieurs années .'
Fidèle à donner fcrupuleufement à fes Elèves tous les
inflans qu'il devoit à leur inflruèlion , il fut en trouver pour
la fienne. Celle-ci s'emparoit impérieufement des heures
qui appartenoient de droit au dclafïèment & au repos. Une
forte complexion déroboit ces larcins , du moins pour un
temps , à la punition dont ils font ordinairement fuivis , tandis
que les Mufes leur affignoient des récompenfes toujours
promptes , & toujours féduifantes. Elles fe plaiiuient à f en-
foncer dans les régions les moins fix'quentées de la Littérature
ancienne & moderne. Il y portoit cet œil obfervateur à qui
rien n'échappe. Les lieux les plus fombres , les plus efcarpés,
les plus hériiïés de ronces & d'épines, loin de le rebuter,
iiTxtoient fès defirs, animoient fon courage; & toujours il en
("a) Louis de Pardaillan , I/'' du nom, Duc d'Amin , mort en iJ'^S'
LoiUs, 11: fon fili, mort fans, jioftérité, en 1757.
DES Inscriptions lt Belles -Lettres. 235
revenolt chargé d'un précieux butin. Par- tout il trouvoit à
cueillir & à s'enrichir.
Ce n'eft pas qu'à la fiiveur de ces fortes de richef?es qu'il
accumuloit avec tant d'avidité & de travail , il ambitionnât
d'étendre au loin la gloire de ion nom. Il redoutoit la célé-
brité bien plus que la médiocrité ne la defire. Une réputation
éclatante lui paroilloit un poids excelFivement lourd à porter,
& ious lequel il elt rare qu'on ne fuccombe. Il n'avoit pas
moins d'indifférence pour les brillantes faveurs delà renommée
que pour les faveurs de la fortune; i'efpoir de celles-ci, il Ce
l'étoit interdit par le choix même de ion état; pour prétendre
aux autres , la portion de vraies connoilîances dont l'cfprit
de l'homme efl îulceptible, lui fêmbloit un trop foible titre,
parce qu'à Tes yeux , qui fans doute ne le trompoient pas ,
elle fe réduifoit à bien peu de chofe.
Ce n'efl pas non plus que chez lui cette paillon eût rien
de commun avec cette balle avarice , jaloule de polféder
même fans jouir, 6c de ne pofféder que pour foi. Jamais, à
la vérité, il ne fut tenté d'annoncer avec éclat les connoii-
Cinces qu'il devoit à fes recherches & à (es veilles , d'en fiire
parade, ni de les étaler avec oilentalion; mais il les commu-
niquoit dans le particulier, ians réferve comme iàns prétention,
à ceux qui venant le confulter , lui déclaroient leurs befoins;
&, cela, fans exiger, fins efpérer même qu'ils en lilfent
honneur à la lource où ils avoient puilé. Peu lui importoit
que la lumière ie répandit par leur canal ou par le iien.
"l'el lui doit , &. lui devra peut-être une bonne partie de fà
réputation , fuis que le Public en fiche jamais rien. 11 fallut
que celle de M. de la Nauze vînt le chercher. Son mérite,
qui perçoit prefque malgré lui , ne put échapper à plulieurs
amis qu'il avoit dans celte Compagnie , Si. qui ctoient bien
capables de l'apprécier ; mais s'il fe fentit honoré du choix
de l'Académie (]ui l'admit au nombre de les Alfociés , en
1719, il fe vitaulh ti>rcé, jiar des devoirs auxquels il étoit
incapable de niancjuer, de iortir comme hors de chez lui,
fie de fe montrer en public;.
2^6 Histoire de l'Académie Royale
Si d'ailleurs in vie d'un homme de Lettres fédentairc , fans
ambition , liu'.s iiitrigiie, fans aiiue pafiion que celle dei
Lettres même, n'exiite cjue dans (es Écrits, c'eît aujourd'hui
dans le fèul recueil de i' Académie qu'on lira celle de M. de
ia Nauze; mais aufii on y verra la multiplicité, l'étendue,
la profondeur des connoiliances qu'il avoir acquifes en difîé-
rens genres. On remarquera julqu'où il avoit porté l'étude
de la Chronologie, de l'Hilloire, des Arts, &: de la belle
Littérature.
C'efl par la première de ces Sciences que M. de la Nauze
Tome VII, tlébuta dans les Séances de la Compagnie. Les contradiclions
Jiiji. y. i^y. i r' • • • • r , , r i i
apparentes ues hcnvams avoient jelc des doutes lur la date
des évènemens du règne de Séleucus Nicator. L'Académicien
les concilie, lixe l'époque de chaque fait,& prouve que le règne
de ce Prince , fi lié à 1 Hiftoire des fucceiieurs d'Alexandre,
a duré plus de cinquante ans.
TomtJX. On convient aujourd'hui que l'ère vulgaire, introduite au
liijhf.^2. yj^e hècle par Denys le Petit, ne concourt pas avec la vraie
époque de la naillance de Jéfus- Chrift. Mais de combien
d'années efl-elle poftérieure ? M. de la Nauze difcute les
opinions diverles qui lur ce point ont partagé les Savans ,
& conclut que l'année de la naifTance de Jélus-Chrill fut la
fixième avant l'ère vulgaire , celle du baptême la vingt-qua-
trième de cette ère , celle de la mort la vingt-fixième.
Tomt XIV, L'hifloire & la forme du calendrier Egyptien ne préfën-
^u^Vh^.'ijo toient pas moins de difficultés. M. de la Nauze diftribua
^ '9i- en trois parties un Mémoire defliné à les aplanir, & termina
la féconde par un Eloge de Newton, dont il avoit adopté
quelques idées fur la Chronologie,
La vie de Périandre , tyran de Corinthe, tient à l'hifloire
lotm XIV, des derniers Rois de Ly».,ie par à^s liens qui n'éîoient pas
'■ ^ '^' allez aperçus : M. de la Nauze entreprit de les déterminer
par l'examen & la comparaifon des Ecrivains ; & fixant la
mort de Créfus à l'an 541 avant 1ère chrétienne, il conclut,
que Périandre, loin d'être mort en 585, ielon l'opinion
comivuiie, YÏvoit encore en 556.
DES Inscriptions et Belles-Lettres. 237
L'âge où vécut Pvthagore , & qui a donné tant d'exercice Tom! X!V,
IX bavans, a lourni aulii matière a pUilieurs dilculiions ^
aux
dans les Séances de la Compagnie. Tandis que M. Fréret n-°" Df^n.
foutenoit que la naiflance de ce Philolophe n'a pu précéder'' ^^'"
l'an 622 avant l'tre vulgaire, M. de la Nauze la plaçoit à
ran».64o , & conciuoit , avec Newton , que la prile de J roie
tombe vers l'an ^00.
Peu de temps après , les mêmes Académiciens furent
divifés au fujet de l'inlcription de Bérénice dans la Cyré-
ïiaïque. C'eli: un décret par lequel la Communauté des Juifs
de celte Ville flatue qu'à toutes les Néoménies on fera l'éloge
d'un magillrat Romain, en reconnoilfance des fervices qu'elle
en avoit reçus. Il porte une date dont il s'agifîbil de fixer
le rapport à notre ère. M. Fréret lui affignoit pour époque
l'année 36.'' avant Jéfus- Chrift ; M. de la Nauze la 41.'^; Trmr xxr.
l'un & l'autre s'efforcèrent de donner à leur opinion tout le f' ^t/-
degré de probabilité que la matière comporte.
M. de la Nauze recueillit enluite toutes les idées diverfes TomtXXlll,
des Anciens fur Kz grande année , ii célèbre dans leurs Écrits; ''' ^'
mais il avoit à cœur une matière auffi curieufe que difficile
à traiter , l'Iiiftoire & le fyflème du Calendrier romain depuis
les Décemvirs, c'efl-à-dire, depuis l'an de Rome 303 juiqu'à
la réforme de Jules-Célar. il détermina par des caractères TomeXy'VJ,
hifloriques & aftroncmiques, les années où les Romains firent ''" ^'^'
des intercalations régulières, celles où ils intercalèrent extra-
ordinairement , celles enfin où ils omirent l'intercalation.
Une table très-commode ik très-utile, placée à la fin de ce
Mémoire intérellant, marque la correlpondance de chaque
année Romaine à chaque année Julienne.
Telles font les principales recherches de M. de la Nauze
fur différens points de Chronologie; celles qui ont eu la
Géographie pour objet, liippoloic nt un principe général, dont
la vérité n'eft pas toujours allé/, lenlie. 1 rès- convaincu que
la Géographie il'aujourd'hui , exacfe, lumineule, appuyée lur
l'oblcrvation ou lur le calcul , devoit répamlrc un gr;uul jour
iur celle lies Anciens, maii igakniciU iulUuit des révolutions
#j8 Histoire de l'Académie Royale
prodigieufes que ce globe a éprouvées eu divers temps , l'état
aduel des lieux lui paroitîbit fouvent un motif trop foible
pour accufer d'erreur les Ecrivains de l'anticjuité , &c pour
réformer leurs idées fur la Géographie de ieuriiècle. Auïïî deli-
roit-il pour chaque Hiflorieii , félon le temps où il a écrit , une
Carte géographique particulière, rédigée iur l'ouvrage même.
Cellarius a fourni les matériaux pour ce travail ; mais n'ayant
pas diftingué les temps, fon ouvrage, û eftimable d'ailleurs,
n'eft pas auHi utile qu'il pourroit l'ttre , Si. les Cartes qui
l'accompagnent le font encore moins.
Si l'on doit regretter que M. de la Nauze n'ait pas lui-
même exécuté ce plan dans toute fon étendue, on en trouvera
du moins une partie dans fes obfervations fur la Géographie
'uih^'fg'.U. d'Hérodote , dans les Difculfions fur la polition de quelques
Terne \xx ^'i^ieunes Villes que l'Itinéraire d'Antonin place vers le détroit
r-pi- de Gibraltar, dans fes remarques fur quelques points de
TomeXXVlll. j'^pcienne Géographie , & dans plufieitrs autres Mémoires où
l'occafion s'eft prélèntée d'entrer dans des recherches relatives
à cet objet.
Tome XXVI Celles qu'il a faites fur la latitude de Syéné ne doivent pas
f- 10 1. ' être oubliées. Éraîofthène qui vivoit deux cents trente-cinq ans
avant Jéfus-Chrilt , donnoit à cette Ville 24 degrés de latitude
feptentrionale , & la plaçoit fous le tropique, quoiqu'il ne
fît la diftance du tropique à l'équateur que de 23*^ 5 i' 20".
Long-temps après, Strabon & d'autres ont dit de même,
que Syéné étoit fous le tropique , parce que le gnomon n'y
faifoit point d'ombre à midi le jour du folllice. C'efl que,
comme d'un côté l'obliquité de l'écliptique diminue très-
lentement , & que de l'autre , la moitié du difque apparent
du Soleil folftitial eli; de i 5' 49", les rayons direds de cet
aftre dans fon fohlice ont dû , pendant plufieurs fiècles ,
éclairer à midi le fond de ce puits célèbre dans l'Hifloire de
cette Ville. Le Soleil folftitial n'a totalement abandonné le
zénith de Syéné que vers l'an 3 8 o de l'ère Chrétienne (bj.
(b) M. de la Nauze fonde fon calcul fur ce principe que l'obliquité de
l'écliptique diminue d'une minute en quatre-vingt-dix ans environ , & fuppofc
DES Inscriptions et Belles -Lettres. 23 p
Les Auteurs qui ont écrit depuis cette époque , copiant les
Anciens , ont tenu le mtme langage qu'eux , & ce langage
qui ctoit vrai dans la bouche des uns, s'efi: trouve fitux dans
celle des autres.
L'élude profonde que M. de la Nauze avoit faite de T.VJl.p.iji.
l'HKtoire le montre & étonne dans tous fes Écrits : tantôt
remontajit aux iiècles les plus ténébreux , on le voit fuivre
dans leur marche, les difFérens peuples établis en Épire avant
la guerre de Troie, & décrire les évenemens, les révolutions,
le lort que chacun d'eux éprouva. Tainôt s'occupant d'un "^'""^'XllI.
objet qu'il regardoit comme le fondement de toute 1 Hiiloire ^' ' '^'
de la Grèce aiicieime , il s'attache à prouver que la nation
Pélalgique Se celle des Hellènes, furent toujours des Nations
tout-à-fait didinguées.
Ailleurs, comme plein de le/prit de Licurgue, il découvre
& relève des idées fauffes qu'on s'étoit formées , foit fur
la loi qui défendoit l'entrée de la Laconie aux élrancrers , '^''"''' ^^^'
fpit fur l'état des Sciences chez les Spartiates; il montre Tmt ifx.
que, fi toute profelfion vile, tout art groffier , au nombre
defquels l'Agriculture fe trouva malheureufement comprile ,
leur fut interdit, jamais aucune loi ne profcrivit de Sparte
la Littérature, les Sciences &. les Arts libéraux. Lacédémone
lui paroît un Collège vivant, qui valoit bien l'Académie &
le Lycée d'Athènes. Il voit les Spartiates vrais Philofophes
dans leurs leçons fur la Politique , lur la fcience des Mœurs,
fur la Littérature ; Philofophes dans l'aveu même de leur
prétendue ignorance ; Philolophes dans la manière noble ,
fine, lumineufe & précife de s'exprimer; Philofophes dans
le choix d'une éloquence miUe &. nerveufè ; Philofophes dans
leur Poche &. leur Muhque , où ils ne foufîroient rien qui
pût donner atteinte aux maximes de l'Etat , ou porter à la
mollellè ; Philofophes dans leurs exercices propres àfortiller
& le corps <!>c l'elprit , dans l'ufage des pkilirs & des biens
qiir le centre du fùleil Sollfiilal padoic au zOnitlnJc Svûu- virs Fjn 104?
»
240 Histoire de l'Académie Royai.îe
de la fortune ; Philofophe.s dans l'amour de k Patrie , dans
leur attachement volontaire, vrai, & refpcdueux pour les
ioix , dans le culte qu'ils avoient épuré, dans la feule prière
qu'ils adrefîoient à la Divinité, en ne lui demandant que
le triomphe de la vertu; dans l'art de ne décorer la Nature
que d'une parure fimple & noble; enlîn, dans la manière de
cultiver les Arts, dont ils bannilTbient le luxe, la frivolité, &
tout ce qu'ils loupçonnoient propre à corrompre les mœurs.
L'Académicien, Philoiophe lui-même, s'étend avec complai-
fance fur tous ces objets : c'eft le coeur qui parle , Se qui
prête de la chaleur au favoir. La trempe de fon ame fe fait
lentir, fon caractère le montre à découvert. Le Légillateur de
Sparte vit prefque tout entier dans l'Académicien françois.
On ne peut fe refufer à une remarque pareille en lifant un
autre Mémoire , monument érigé à la gloire de Pline , par
ie fivoir, par le goût & la reconnoifiance. Pline ell un Auteur
d'une érudition immenfe , choilie & variée , pour lequel
M. de la Nauze ne pou voit manquer d'avoir une prédileélion
particulière : il l'avoit lu, relu, étudié, médité; il en faifoit
M.leComtefes délices. Un de nos Confrères*, dont l'illuftre nom fera
de Caylus. tQ^jours cher à cette Compagnie, crut trouver en défaut
l'hillorien de la Nature dans cette partie qui a la peinture
pour objet. M. de la Nauze lui devoiî trop pour pouvoir
garder le filence. Bientôt Pline fut repréfenté dans tout ce
qu'il a écrit fur la Peinture , comme Philoiophe &. citoyen ,
comme Phyficien & Naturalifle, comme amateur & connoif-
feur , comme Hiflorien & Chronologifte. On compretid
que l'Hiftoire & la théorie de l'Art , toutes fes parties , fes
richelfes , fes moyens , ont dû concourir à fexécution com-
plète de ce tableau : le deffin , la beauté des contours , la
dillribution des lumières & des ombres, le coloris, l'ex-
preiTion , l'invention , fordonnance, la juftefle des proportions,
le relief des figures, la perlpeélive & le raccourci, le choix
des attitudes , les linelles 5c les reifources del'efprit, le favoir
Sf l'érudition , la manière de chaque Peintre , & les différens
genres de peinture. Rien néanmoins , dans cette multitude
d'objets ,
DES Inscriptions et Belles - Lettres. 241
U'objets, qui fe dérobe, ou à l'intelligence &. à la fagacitc
de Pline, ou à la jultclîe & à la déiicatelTë de Ion goût, ou
à l'exaditude , à l'énergie & à la noblelTe de fes expreliions.
Pline ell caraclériié par des traits propres , & peint au naturel ,
comme il devoit l'être, par un Peintre animé de Ion feu &
de l'on elprit, à qui Pline lui-même mettoit le pinceau à
la main.
L'ordre que préfente le précis de ces difFérens Mémoires,
n'eft point celui des temps où M. de la Nauze les a compolés;
fon érudition qui embralfoittout , ne pouvoit ctre gênée fur
rien; les leélures, les dilculfions qui occupoient nos Séances,
décidoient fou vent de fon choix. De la région fantaftique T.IX.y.j^.
des Cabaliltes , féconde en villons creufes & taftidieufes , il
palîe dans les contrées riantes de la Grèce, & s'amufe des niJ.j,.}2o
chanfons de leurs anciens habitans. S'efl-il fatigué à la fuite i.^'^',.,„
r .11/1 I !• • • ' '•! /l • Icmi A/A,
de quelque perfonnage lilultre de 1 antiquité qu il elt curieux ^,. ^^^^ y^
de connoitre, ou plus encore par des combinaifons multi- ^^i^fj^."jj^^
pliées , par des efforts pénibles , pour fixer le poids de la
livre Romaine & les melures des Anciens ; il vient fe délafler TomtXXX,
dans la leclure de Virgile, & l'interroger fur le fujet de la P'^^^'
W." Éclogue, qui a fatigué tant d'Interprètes. Le Poète
femble lui révéler qu'il avoit voulu faire fa cour àScribonie, Tome XXXI,
laquelle alors enceinte trompa enfuite fes efpérances , en ne 'J'i'"' ^'
faifant Augufte père que d'une fille, & d'une lille telle que
Julie; explication fi fimple , fi naturelle, tellement alfortie
à l'époqile du conlulut de Pollion , & aux évèiiemens de cette
année , qu'on doit être étonné qu'elle ne le foit jamais piéfentée
à l'efprit d'aucun Commentateur.
C'efl ainfi que M. de la Nauze lifoit les Anciens : if
^tudioit leurs mœurs, leur caraèKre, leur ftyle, pour péné-
trer leur penfée. 5i dans la crainte d'apercevoir des taches
dans les modèles qu'il révéroil , ou fi , ardent à repoullèr
les attaques de la critique , fon érudition lui a luggéré quel-
quefois des expédiens , (\ç$ relfources tjue la railon auroit
nu défavouer, c'efl (ju'alors l'efprit a été la dupe du ctvur.
/// Tome XL. H h
14^ Histoire de l'Académie Royale
Mais fouventne pardonne-t-on pas à lareconnoifTance, d'ctre
trop indulgente &. trop induflrieufe!
Le goût de M. de la Naiize, comme homme de Lettres,
pour la faine antiquité, refpiroit dans tous (es Ecrits, dans
tous fès Difcours ; mille fois fon alliduitc confiante à nos
Affemblées nous en a rendu te'moins : il ne cédoit en lui,
comme citoyen , qu'à l'amour pour les loix Di\ines &
humaines , au zèle pour l'ordre &. pour le bien de l'huma-
nité , à l'attachement le plus fcrupuleux à tous ks devoirs.
Une probité exacle , vraie , & animée de l'efprit d'une religion
éclairée ; une humeur douce , conciliante , toujours égale ,
rendoient fon commerce lûr & intére(fant. II lutta long-temps
contre des infirmités qu'il fupportoit avec une patience exem-
plaire , & qui l'enlevèrent au commencement de Mai de
l'année dernière. Il nous laifle à-la-fois des regrets qui le
font vivre dans nos cœurs , des exemples à lùivre , des
vertus à imiter.
DES Inscriptions et Belles -Lettres. 243
ÉLOGE
DE M. CAPPERONIER.
JEAN CAPPERONIER naquit le p Mars ly^G, à 1,^^,,^,^
Montdidia- , dans un éiat & une fortune médiocres, p^^,,;,^,,, j^
A peine avoit-il commencé Tes éludes dans cette petite \jlie uS.'-Manin
de Picardie, qu'il perdit fon père, & fut envoyé ciiez un '77$-
de fes parens Curé de la Hérelle, village peu diftant de fa
ville natale. Celui-ci aperçut bientôt tant de rares dUpolilions
dans le jeune élève conlîé à les loins, qu'il le reco.mul inca-
pable de les cultiver; exemple allez rare de modcftie, &
ce qui ell plus rare encore , il eut le courage d'avouer Ion
incapacité. La famille du jeune homme le voyant donc dans
i'heureufe nécelfité de lui chercher de plus habiles Maîtres ,
ieta les yeux fur le Collège d'Amiens , alors fous la diredion
des Jéfuites, où les éludes éloient florilfantes. Une concep-
tion prompte, une mémoire excellente, une faciliié extraor-
dinaire . animée d'une ardeur conltanie pour le Iras ail,
lurent fuivies des plus rapides progrès , & alkirèren^l à
M. Capperonier les premières places &. les premiers Prix
pendant tout le temps qu'il parut fur ce nouveau théâtre.
Ce n'étoit point encore là le loi propre à iournir à cette
jeune plante les lues vigoureux & abondans dont elle ayoït
befoin, ni à porter à leur maturité tous les fruits qu'elle
promettoit.
De loin un Savant en fuivoit tous les développemens, en
obfervoit tous les degrés d'accroiliement : je parle du cclèbre
abbé Capperonier, Profclleur en langue Grecque au Collège
Royal , moins recommaiidable encore par cette érudition
profonde qui ne lui lailfoit ric-n ignorer de ce que la L.ilté-
raturc Grecque & la Latine ont de plus caché , quclhmable,
fuil par une modcllie franche & fenlie qui clonnuit , loit
pai- uae aimable limpliciiè de cai-acUre & une innocence
'^ H h ij
^44 Histoire de l'Académie Royale
exemplaire de mœurs qui relraçoient à notre ficclc la vîe
des premiers âges. H appela, en 1732 , Ton neveu auprès
de lui, cmprclTc de lui voir terminer la carrière des premières
études, de lui en ouvrir une ni)uvtlle, &. de le foriiher dans
la connoiiï'ance du Grec, dont il le trouvoit déjà plus inftruit
qu'on n'a coutume de l'être à cet âge dans la Province.
C'eft alors que j'eus l'avantage de connoître le Confrère
que nous regrettons, &. de l'avoir pour condilciple lous le
même Maître : l'un, par les leçons , jetoit dans mon ame des
femences de vertu & de lavoir ; l'autre y excitoit l'émulation
par Tes exemples; & tandis qu'aujourd'hui je fuis triltement
réduit à pleurer le neveu , qu'il loit permis à une reconnoif-
Tance qui ne s'éteindra jamais , de jeter, en paflant, quelques
fleurs fur la tombe de l'oncle.
On conçoit allez quels durent être les fuccès des foins
tendres & aflidus d'un Maître auffi habile que zélé fur l'efprit
& le cœur d'un Elève chéri , auiïi avide que capable d'en
profiter. Si l'un ouvroit une mine riche & féconde qu'il
receloit dans fon fein , l'autre apportoit l'ardeur , l'aélivité ■,
l'application, les talens nécelîaires pour l'épuifêr. Après dix
ans de commu, ication intime & fans réferve , le Maître fè
vit renaître dans fon Dilciple : il ne manquoit à fa fatisfaétioa
& à fes vœux , que de voir aulTi en lui un fuccelleur ,
ouvrage de fes mains, Si. dès l'âge de vingt -fept ans digne
de le remplacer. Cet âge l'intimidoit , tk groffilioit à ks
yeux des obftacles que d'autres jugeoient bien légers , à la
vue d'un jeune Enielle, formé & aguerri par le fameux
JEneU.lV. Eryx , & armé des celles impofans de Ion Maître: il fallut
vaincre fi timidité, échauffer Ion eipoir, appuyer la demande^
& bientôt fes defirs furent accomplis. 11 le démit de fa chaire,
& les provifions en furent accordées à Ion neveu, le 20
Novembre 1743. Les infirmités d'une vieillelfe précipitée
par des veilles immodérées, trilles avant-coureurs de la mort
qui l'enleva quelques mois après (d), lui ôtèrent la confolalion
(a) Lea^ Juillti 1 7^4-, âgé de foixante-treize ans un mois & vingt-quatre jours.
DES Inscriptions et Belles -Leitres. 245
de voir avec quel éclat le jeune Profelleur foutenoit l'honneui-
d'une Chaire où il parloit encore par un nouvel organe, &
ia gloire d'un nom qui de- là i'étoit répandu jufqu'aux extré-
mités de l'Europe lavante.
Déjà alFocié depuis quelques années au travail des gens
de Lettres, qui avoient entrepris de faire connoitre au Public
les trélors littéraires que renferme la Bibliothèque du Roi ,
M. Capperonier n'avoit pas eu peu de part aux notices qui ont
fèrvi à compofer les volumes du catalogue des Manulcrits Grecs
& Latins : on attendoitl'occalion de rendre juflice à Ion mérite
&: de récompenler Tes lervices , en l'attachant plus particuliè-
rement à la Biblilohèque; elle fe préfenta en 1748 , & il fut
nommé Commis en lecond à la garde des Livres. Dès-lors,
avec un redoublement de zèle, d'ardeur & d'application,
s'accrut l'efpoir fondé fur Ces talens. On le vit avec plaifir,
l'année fuivante, fe mettre fur les rangs pour une place
d'Ailocié vacante dans cette Compagnie par la mort de
M. Otter. L" Académie le flatta de fe conloler, par- cette
acquilition , de la perte qu'elle venoit de fliire , & fes efpé-
rances ne tardèrent pas àieréalifer. Agréé au commencement
de ij/^cf , M. Capperonier lut dans la Séance publique de
Pâques de la même année, une Dijfertation fur les Ilotes, TcmtXXIlI,
efclaves des Lacédémoniens : l'a:inée luisante, il fit part -df''^''
la Compagnie de fes Oblervations fur l'ouvrage de Denys Tomt XXiv,
d'Haiicarnalfe , qui a pour objet l'excellence de lélocution ''" '"
de Démulthène; enfin, en 1752, à la fuite de U\c\eu .'^'l'Ji^^"^'
qu'il relève Ibuvent , il donna un Mémoire lùr la vie du
jPhilulophe cynique Pérégrin.
Le (avoir, le goût, la netteté des idées, la faine critique,
la judellé du coui>-d'(eil , qui dillinguent ces morceaux de
Littérature ne permtllroient pas de- pardonner ;; M. Cappe-
Tonier le filence qu il garda dans la luite , fi ce lilence eût
é\é volontaire. Depuis celte époque, il ne vit plus dans nos
Mémoires; la dcftinée lui réiervoit la gloire de fucccMer aux
tra. aux comme aux places des vSa\ ans uc ctuc Ccnnpagnie,
prépolés à la ^.udc des principaux dépôts que coiiluve la
2^6 Histoire de l'Académie Royale
plus riche Bibliothèque de l'Europe. Elle perdit, en 1759,
M. Melot, Garde des Manulcrits : cette perte qui lui lut
commune avec i' Académie , dont les regrets traces par un
pinceau également vigoureux & délicat, vivront auîam que
nos Mémoires, fut réparée par le choix de M. Cappcrunier..
Environ leize mois après elle perdit encore, en la ptrlonne de
M. l'abbé Sallier, un Garde vigilant de fes Livres; l'Aca-
démie un Confrère eftimé, dont l'éloge, forîi de la mcme
main, e(t aulli conligné dans Tes Mémoires; M. Capperonier,
un protedeur éclairé, un ami lolide, un jufte appréciateur de
fon mérite. Il parut délirer de lui l'uccéder : Tes Jelirs furent
bientôt fatisfaits; il palià de la garde des manufcrils à celle
des imprimés.
Le choix d'un Garde particulier de la bililiothèque Royafè
efl; affurément bien capable d'intéreliér l'amour - propre ; il
fuppofe un mérite proportioimé à l'immenhté du dépôt confié
à là vigilance; mais le fort de celui qu'il honore lans doute,
efl: peut-être , aux yeux de l'homme de Lettres qui l'examine
de près, incomparablement plus tléplorable que digne d'envie.
Sans avoir l'autorité du Garde en chef, il faut qu'il en polsède
tous les talens , &. ces talens ne lui fufîifent pas.
Adminiflrateur, pour ainfi dire, en fécond du patrimoine
des Mufes, leur commerce intime, ce doux charme de la
vie littéraire lui eu prefque interdit. Au milieu de leur lanc-
tuaire , il efl: comme féquefbé de leur fociété. Ce n'eft ni
à s'infmuer dans leur plus fecrète familiarité par des foiiis
étudiés, ni à mériter pour falaire leurs plus féduifantes faveurs,
que s'exercent toutes les facultés de fon ame ; chargé , en
quelque forte, de les approvifionner , de les alimenter, il
s'agite loin d'elles pour reconnoître leurs pofîèfTions, pour les
accroître, les améliorer; & tandis qu'occupé fans relâche à
reculer les bornes de leur empire, à mettre tout en valeur,
à combler les intervalles, à remplir les vides, à porter dans
toutes les parties l'ordre 6c la vie, s'il abrège Se facilite les
travaux, s'il iait d'abondantes récoltes ^ s'il accumule des
DES Inscriptions et Belles -Lettres. 147
tréfors , il multiplie des jouiiïànces qui ordinairement ne
font pas pour lui.
La fcience même la plus néceffaire à fes vues comme une des
plus utiles au bien des Lettres, celle qui doit diriger tous ks
mouvemens , &. en alfurer le fuccès , la Bibliographie , fcience
de Libraire inftruit , aufli sèche quépineufe en elle-mtme,
le dévoue impitoyablement à la recherche faftidieufe de
petits faits & de menus détails de Typographie, d'où ne
peut réfulter pour lui que la connoiliance hiftorique des
livres, fouvent fi étrangère à ia vraie fcience, celle des chofes
& des vérités que les livres enfeignent.
Avide & indigent dans le fein de i'opulence , la paflion
qui fouvent le domine , & fans laquelle il manqueroit fon
but , relfembie affez à celle de l'avare , néanmoins avec une
différence qui fennoblit & lui imprime un caractère de
grandeur : l'un , balfement jaloux de tréfors lourdement
enfouis, en interdit l'ufage, & à lui-même &: au relie de
l'Univers ; tandis que l'autre confacre généreufement aux
progrès des Ans & des Sciences , vc à futilité de ceux qui
les cultivent , des richefîës dont il n'a pas le temps de.jouir.
l,'a<n:ivité & l'étendue du zèle qui le maîtrife , &i auquel il
en doit facquifition , ne le lui accordent pas ; heureux feu-
lement lorfjue, d'ailleurs riche de fon lond, des connoill'ances
acquifes de bonne heure peuvent le dédommager de ces
privations! car enfm , rarement eil-il foutenu par l'efpoir
coululant du tribut de reconnoillance dû à des travaux obicurs
&. prtl(|ue toujours ignorés. Qu'a-t-il donc fail pour les Lettres ,
deniande-t-on queUiuclois? par quelle produdion de génie
fon nom s'ell-il ilUiilré? Comme fi la poUcrité ne devoit pas
lui tenir compte de tout ce qui n'auroit pas été fait fans lui.
th 1 lait -on combien tie germes ièroient reliés à jamais
ftériles , s'il n'eût fuggéré le moyen de les vivil.er? Sait-on
coml)it'n il a indiqué de lources inconnues où il lalloit
puiler , de routes lëcrèles qu'il falloit fuivre; combien de
circuits , de détours , de faux pas , d'erreurs , de momens
2,48 Histoire de l'Académie Royale
précieux il a épargnes à ceux qui ont implore le fecours de
ion expérience & de Tes lumières!
Celles que M. Capperonier avoit acquifes, fur-tout par
une étude approfondie de la Langue & de la Littérature
Grecque, & dont nous avons été û Ibuvent témoins dans nos
Séances particulières, avoient précédé, préparé, accompagné
le mérite de Bibliographe; & li l'Académie a quelque iujet
de fe plaindre que les unes aient moins tourné à fon profit
qu'elle ne devoit l'efpérer, elle peut du moins fe conloier
par l'avantage général que l'autre a procuré aux Lettres.
Succefleur de M. l'abbé Sallier, fes premiers loins furent
de rendre ce qu'il devoit à la mémoire d'un ami bienfaifant.
Le public attendoit avec impatience l'édition du Join ville
qui s'exécutoit à l'Imprimerie Royale. Un manufcrit , plus
complet que tous ceux qu'on avoit connus jusqu'alors , rendoit
à l'Auteur cette franchilë primitive , cette naïveté originale »
je dirois prefque cette fleur d'antiquité, qu'une faulîe déli-
cateffe de goût avoit altérée ou flétrie , fous prétexte de
rajeunir le flyle. M.'' Melot & Sallitr avoient réuni leurs
efforts pour rendre cette édition digne des regards & de
l'attente des amateurs de notre Hiftoire; une mort prématurée
leur ravit l'honneur de confommer une entreprife qu'ils
avoient prefque conduite à fon terme. Témoin de leurs
travaux, auxquels il avoit même eu part. M- Capperonier
en reprit la fuite , & avec le fecours de quelques perfonnes
attachées à la Bibliothèque Royale , il mit la dernière main
à l'ouvrage déjà trop avancé au gré de fa reconnoiflance.
Mais pour éclater , elle n'avoit pas attendu un temps de
deuil & de triftelfe ; elle s'étoit fignalée dès l'année 1755),
par la dédicace de cette édition des Comédies de Plaute,
qui, avec celle de Jules-Céfar en 1754, tient un rang ft
diltingué parmi les éditions élégantes & corfcdes dont
s'honore la preffe de Barbou. L'habile Editeur , pour diffiper
iufqu'aux moindres obfcurités du texte, non content de
comparer avec l'attention la plus loutenue les anciennes
(éditions d'Aide, de Lambin, de Taubman &. de Gronpvius,
donna
DES Inscriptions et Belles -Lettres. 24P
donna dans un Gloiïaire , une explication très-précife des mots
finguliers employés par le Poëte Latin , & enfuite changés ou
prorcrits par l'ufage ; édition précieufe , digne d'avoir place
à côté de l'édition Grecque d'Anacréon que M. Capperonier
avoit publiée quelques années auparavant; & celle-ci a moins
mérité l'accueil des curieux par le choix du papier, par la
netteté des caraélères & la commodité du format , que les
fufîrages des Savans par la correaion du texte qu'aucune
faute ne dépare.
Des occupations moins éclatantes, quoique plus labo-
rieufes , attendoient M. Capperonier. Le temps étoit venu
que le vaile domaine littéraire de nos Rois devoit s'accroître
coup -fur- coup, & fe peupler de nouvelles & nombreules
colonies.
M. Falconet n'étoit plus : ce Savant univerfel, dont le
nom fe prolongera dans l'avenir avec le riche dépôt qu'il a
arofli, après avoir rafTemblé de toutes parts dans (on cabinet
plus de cinquante mille volumes , ou rares, ou curieux , ou
intéreiïans, en tout genre de Littérature, ne s'en étoit réfervé
que l'ufage durant fa vie, en obtenant la permiffion défaire
palier dans celui de Sa Majefté tous ceux qui ne s'y trouve-
roient pas à fa mort , &c la mort l'enleva vers le commen-
cement de l'année 1762. 11 fulloit dès-lors, aux termes de
la convention , démêler dans cette multitude ceux qui
manquoient abfolument à la Bibliothèque Royale, ou dont
l'édition étoit différente, ou enfin qui fe diltinguoient par
une confervation & une condition lupérieure ; ouvrage de
longue haleine &: d'autant plus pénible, qu'une délicate &
fcrupuleufe exaditude devoit préfider à l'examen , à la vérifi-
cation & au choix. M. Capperonier s'y livra fuis réierve ,
& grâces à l'aniduité &c à l'intelligence qu'il mit dans la
conduite du travail , dix-huit mois fuffirent à une opération
qui enrichit la Bibliothèque Royale de onze mille volumes ,
bx. -qu'on n'auroit pas été furpris de voir durer quelques
anntes.
tlle finilîoii à peine, lorfque l'Europe fut étonnée d'un
Hiji. Tvoïc XL. H
ZyO 1-ijSTOlRE DE l'AcaDÉMIE RoYALE
événement que dix ans auparavant elle n'auroit mtme pas
foupçonné. On comprend que je veux parler de celui qui
tranipianla dans la Bibliothèque du Roi celle du cclèbre
Huet, cvcque d'Avranches. Moins prccieufe par le nombre
que par le choix des livres , elle cloit compolce de huit
mille deux cents loixante7onze volumes, y compris environ
deux cents manulcrits. Dans ce nombre, plus de deux mille
imprimes chargés de notes marginales, de la main du doéïe
Prélat, dilputoient de prix aux manufcrits même. La Biblio-
thèque du Roi offroit une place vide à plus Je deux mille
autres. Une coileélion rare qui atteftoit le goût & le lavoir
de celui qui l'avoit formée , ne pouvoit manquer de lui être
chère : c'étoit pour lui l'objet d'une paillon forte & inquiète,
dont l'eHet devoit fe prolonger bien au-delà du terme de
fes jours. AulTi, dans la crainte que dilperfée après la mort
elle n'eût le lort des feuilles de la Sibylle , il prit, pour l'en
garantir, le parti de la léguer à une mailon Protellè d'un
Ordre qui fembloit devoir braver long -temps les orages,
avec la claulë expreffe qu'aucun livre n'en lortiroit pour
quelque caufe que ce pût être. Sa iagacité perçant dans l'avenir,
a-voit pourtant, à tout halard , prévu le cas où le legs pour-
voit devenir caduc : il le devint en effet ; la propriété en fut
adjugée à M. l'abbé de Charfigné, neveu du Prélat, &
bientôt après , tranfmlle au Roi par des arrangemens utiles
& honorables pris avec l'néritier, qui remplirent à-la-fois les
vues du teflateur & les defirs du Public.
Multiplier les travaux que de pareilles acquifitions traînent
àleur fuite, c'étoit fervir la paillon favorite de M. Capperonier;
l'intérêt de la Bibliothèque Royale étoit pour lui un intérêt
prédominant & prelque exckdli. Le nom lèul avoit même
fur Ion ame un pouvoir tout particulier; il fuffifoi» de le
prononcer, pour être fur de la aiilraire de tout autre objet,
& de fixer conflamment fon attention : toute fa fenllbilité
s'épanouiffoit; regards, difcours, ton, gefles , maintien, tout
annonçoit la chaleur du fentiment. Mais ce nom il cher , fi
efficace, on put le prononcer impunément quelques jours
DES Inscriptions et Belles -Lettres. icr
avant le dernier de fa vie , & dans des intervalles J'affou-
piflèment qui faifoient trêve à Tes douleurs. L'ébranlement
de i'organe ne palîbit plus jufqu a lame , les fens reitoient
engourdis , le cœur fans émotion ; & dès-lors ce dut être un
prélage certain que le monde , qui àcjk n'étoit plus rien pour
lui, ne tarderoit pas à lui échapper.
En iy66, nommé par le Roi pour faire, dans la Biblio-
thèque de M. le duc de la Vallière , l'eitimation d'une
partie d'hilloire Naturelle que Sa Majefté deflinoit à fon
cabinet de Trianon , une délicatelfe louable ne lui permit pas
de diriger feul cette opération : il demanda Se obtint pour
adjoint, M. de Bure, auteur de la Bibliographie inftrucîrve.
Ce fut pour M. Capperonier une occadon d'enrichir la
Bibliothèque du Roi de quelques livres & manufcrits pré-
cieux qu'il favoit être dans celle de M. de la Vallière. Tels
font entr'autres le Rationale Diirnndi , fur vélin, de 1459;
\' Hortus fanitûtis , fans date, un recueil des Traités de paix ,
en deux volumes in-folio; l'exemplaire propre de Henri 111,
des Statuts &: des deux premières promotions de l'ordre du
Saint-Efprit , avec les armoiries des Chevaliers fuperbement
enluminées ; le fameux Traité dçs Joutes &: Tournois , de
Rçné d'Anjou , que M. de la Vallière avoit eu de M. le
Prince de Conti.
Cependant, la partie d'hiftoire Naturelle dépofée dans une
falle de la Bibliothèque du Roi , attentloit les ordres qui
dévoient décider finalement de fon fort, lorfqu'en 1774
M. Capperonier découvrit qu'elle n'étoit plus defUnée au
cabinet de Trianon : il en inftruifit fur le champ M. Biwnon ,
& bientôt la nouvelle colonie acquit le droit de bounreoilie
où elle n'avoit d'abord été reçue qu'à titre d'hofpitalitc.
Dans le cours de la même aimée 1766, le zèle de
M. Capperonier à féconder celui du Garde en chef, s'éloit
aufli fignalé par ime conquête littéraire digne de la Biblio-
thèque i\\\ Roi, M.deFonlanieu, Confeillerd'lttat&: Intendant
des meubles 6c ellels de la Couromie , n'avoit épargné ni
recliercbes, ni foins, ni dcpenle pour former un immenlê
li ii
ijî Histoire de l'Académie Royale
recueil de titres 6c de pièces concernant l'Hifbire gdnc'rafe
& ie Dioit public de ia France. Sans parler d'une inultiuide
d'eftampes rares 6c curieufès, ni même de dix mille imprimés,
dont plulieurs n'exifloient pas dans la Bibliothèque Royale;
fans parler d'un grand nombre de Dilff nations de M. de
Fontanieu, qui , avec les papiers de fes Intendances en Dau-
phiiié & à l'armée d'Italie, occupoient deux cents volumes,
tant in-folio qu'///-^."; ni encore de deux cents foixante-fix
manufcrits , la plupart fur vélin , qu'il avoit acquis dans les
voyages ; on remarquoit dans cette riche collection , faite avec
autant de choix que de méthode, plus de foixante-dix mille
pièces manu/crites , avec plufieurs pièces fugitives que leur
rareté, quoiq.ie imprimées, mettoit au niveau des manufcrits.
Après la mort du pofïèlîèur , des arrangemens pris avec lui
de fon vivant, & ménagés par M. Capperonier, la firent pafîèr
dans la Bibliothèque du Roi , Se chargèrent notre Confrère
d'un nouveau travail qu'il n'a pu achever.
Au nn'lieu de tant d'occupations , il ne perdoit point de
vue la fuite du catalogue de la Bibliothèque; on y travailloit
fous ks yeux avec toute l'attention qu'exige une entreprile
de cette efpèce , & avec toute la célérité qu'elle comporte.
D'amples fupplémens aux lettres déjà imprimées formeront
peut-être autant de volumes, li jamais ils font publiés. Une
grande partie des notices de la Jurifprudence civile, exécutée
fur un plan qui pourra étonner les plus habiles Bibliographes ,
n'attend que le moment de ie produire au grand jour.
F^mprelfé de donner au Public le premier volume de cette
fuite naturelle de la Jurifprudence canonique, M. Capperonier,
le I 5 de Mai dernier, quittoit M. du Perron, Direéleur de
l'Imprimerie Royale , après un long entretien fur les arran-
gemens indiljjenlables pour un objet de cette importance ,
iorfque rentré dans fa maifon , qu'il n'avoit pas regagnée fans
peine , il fentit à la hanche un mal que les gens de l'Art prirent
pour une attaque de goutte, quoiqu'il n'y fût pas fujet : on
ne le trompoit pas; la goutte fe manifefta bientôt après dans
reltomac avec des douleurs aiguës & un étouffement très-.
"5-
DES Inscriptions et Belles - Lettres. 253
dangereux. On réuffit à l'en chaiïèr par des fecours admi-
niftrcs à propos ; mais au moment qu'on croyoit le malade
hors de danger, elle s'y replaça furtivement, & deux jours
après, le précipita dans la nuit du tombeau*, lui lailLint *^'jj"^^
aifez de railbn & de prc-lence d'elprit pour lentir &; pour
calculer les approches de fa dernière heure : il la \ it arriver
avec ces fentimens de patience, de fermeté & de rélignation
que le Chriftianiime inlpire.
11 laifTe un Hls attaché à la Bibliothèque du Roi , &: une
fille , fruits d'un hymen formé des mains de la vertu & des
grâces , à l'inlu de la fortune. C'eft dans le fein de cette
alliance, commencée-lous les aufpices de la tendrede, cimentée
par l'eftime inféparable des mœurs pures , loutenue par l'égalité
d'humeur & de caraélère , d'où dépend l'union confiante des
coeurs , qu'il a goûté les douceurs de la vie domelHque , fi
bien fenties par les âmes faines , ii dédaignées par les âmes
corrompues, aulfi incapables qu'indignes de les connoître.
Il a lailTé aulfi , depuis plulieurs années, le Public dans
l'attente de l'édition d'un Sophocle , dont le texte eft
imprimé avec la Verdon latine & les bcholies grecques ; il
y manque feulement la dernière feuille, dont il n'y a jamais
eu que la planche de faite, & qui , par malheur, s elt
perdue à la mort de M. Moreau , Imprimeur de lOuvrage.
L'Editeur (e propofôit d'y joindre dts notes , il s'en efl:
trouvé quelques-unes dans les papiers; & lur-tout un /e.\iaue
des mots &c des exprefflons dont Sophocle a fait uliu'^e : il
n'ell pas achevé; c'eft une forte de dette que fon fils , qui
jeune encore annonce de favorables dilpodtions , fe charge
d'acquitter. Cette efpèce d'engagement qu'il contrade avec
le Public , lui impolë un devoir bien intérellant, celui de
faire vivre le nom de ion père en créant le lien. Pourroit-il
ne pas fentir ce qu'il doit à la mémoire d'un père tendre , à
la confol.ition d'une mère atlligée, à fa propre gloire!
Né obligeant, ce père dont il déplore la perte, liiihiroit
avidement toutes les occadons de rendre les fervices qui
dépendoieiu de lui. C'eft aux Savans de tous les pa)s à
Z54 Histoire de l'Académie Royalf, Sec.
publier Ton emprellément à les animer, à les féconder clans
leurs entreprifeslittcraires, à lever les obllaclcs cjipabiei de les
décourager, à leur prodiguer les lumières Se les iècourî tient
ils avoient befoin , à leur fournir des facilités que fouvent
ils n'auroient pas ofe efpérer. Ame honnête, riche en vertus
fociales , où pourtant dominoit peut-être un peu trop ce
caraélère louable en lui-même , mais périlleux, qui bannit la
méfiance quelquefois fi nécelîaire dans la vie, Se qui fuppo-
fant les hommes tels qu'ils devroient être, nous rend fouvent
les dupes des hommes tels qu'ils font.
Peut-être auffi les relations multipliées de la place qu'il
remplifîoit à la Bibliothèque du Roi t'ont-elles engagé trop
avant dans le tourbillon de la fociélé , trop peu indifférente
aujourd'hui , quoique fouvent h nuifible à l'homme de
Lettres ; & qui fait s'il n'en a pas payé du prix de (es jours
les charmes féduéleurs, que le goût d'une vie plus retirée lui
eût fait dédaigner l
ME MOI R ES
DE LITTÉRATURE,
TIRÉS DES REGISTRES
DE L'ACADÉMIE ROYALE
DES INSCRIPTIONS
ET BELLES-LETTRES,
DEPUIS L'ANNÉE M. DCCLXXIII,
JUSQUES ET COMPRIS M. DCCLXXV,
èr une pariie ile M. DCCLXXVI,
MÉMOIRES
m^
m-è^.
^mu
,<■*
' A
y^ -irzzz^
'>^--*.*£^*L»^:*=-*v^i;.^^S;^?->'>--^JS<.i^
MÉMOIRES
D E
LITTÉRATURE,
Tirés des Regijlres de l' Académie Royale des Infcnptiom
êr Belles -Lettres.
DIX-SEPTIEME MÉMOIRE
SUR LES PHÉNICIENS.
Suite du Gouvernement de la Plicnicie , CT" de fes
différentes Révolutions *.
Par M. l'AI)l)é Mignot.
LA Phc'iicie , comme on l'a vu dans un Mcmoiie
piccLilent, pa(îa pendant le règne d'Hiram 11, de la •>•■
doinination dt-.s Cliakitrns Ions ctllf des Pcrfts. Xc'nophon
Lu
z I Août
♦ Ce Mémoire qui a cic recouvre, elt la fuite du Quinzième.
'I unie XL. A
2 MÉMOIRES
compte ce pays parmi ceux qui furent fubjugucs par les
Xemph. armes de Cyrus ; mais ce qui prouve que la foumifrioii (\ts
Cyrop. Proam. ph(<nit:iens fut Volontaire, c'tft qu'Hiram fut maintenu fur
le tiône.En effet, de toutes les villes de cette province, il
Pojyb. excrrpr. n'y cut quc Gaza qui, hdtle à Cas maîtres, rciufi d'ouvrir
"•/'• 7' fesporlesaux Perfes, & qui efTuya un fiége; toutes les autres
s emprefsèrent de prévenir les armes vi(?torieufes du Conqué-
rant; c'eft le témoignage que leur rend Cambyfe, fils &
fuccelieur de Cyrus. Quelque àtiiv qu'eût ce Prince de porter
laguene à Carthage , il ne voulut point forcer les Phéniciens
de lui iournir des troupes & des vaifTeaux; & la rai fon qu'il
Herod.iii, allégua, étoit parce qu'ils s'étoient foumis volontairement à
F''»'' l'empire des Perfes
Hiram , roi de Tyr, fous le règne duquel étoit arrivée
ia deftruélion de i'empire de Chaldée, furvécut fix ans à cette
révolution , & mourut, après vingt ans de règne, l'an 43 l!
avant l'ère vulgaire , qui fut l'avant-dernier du règne & de
la vie de Cyrus. Hiram, foumis à ce Prince, avoit exécuté
l'ordre qu'il avoit reçu de lui d'aider les Juifs , à qui il avoit
permis de revenir dans leur pays, & de leur fournir les
Lib.Efdr.in, matériaux néceffàires pour rebâtir leur ville & leur temple; il
7' leur avoit donné (\ts bois de cèdre qu'il avoit fait couper
fur le Liban, & fait conduire par mer jufqu'à Joppé, d'où
les- Juifs les avoient fait tranfporter par terre à Jérufalem.
Ces fournitures n'avoicnt pas été plus gratuites que celles qui
avoient été faites à Salomon par Hiram I. Les Juifs avoient
payé les ouvriers qu'Hiram leur avoit envoyés ; & en échange
des bois qui leur avoient été fournis , ils avoient donné du
blé & du vin.
Le fucceffeur d'Hiram II e(t inconnu; & il eff à préfumer
que les Phéniciens s'étant foumis aux Perfes, aux mêmes
conditions qu'ils l'avoient été aux Chaldéens , ils n'eurent
point la liberté de choifir leur Souvciain, & qu'ils reçurent
im Roi de la main de Cyrus, comme ils avoient reçu les
précédens de celle des rois de Babylone; car les foixante-dix
ijauxxiii, années d'affèrvillement annoncé par Ifaïe, n'étoient point
DE LITTÉRATURE. 3
encore expirées. En les comptant, comme on le doit, de la
prife de Tyr , c'eft-à-dire , de l'an 573 avant l'ère chrétienne,
elles n'ont dû prendre fin que l'an 503 qui concourt avec
la dix-neuvième année du règne de Darius. Ce Prince les
rétablit dans tous leurs droits , 5c leur lailîà la liberté de
choifir leurs Rois. Tyr ne fut pas la feule ville de Phénicie
qui profita de cette prérogative ; la plupart des autres villes ,
& Sidon en particulier qui, avant la conquête de Nabucho-
donofor, avoit été foumife à Tyr, fe donnèrent des Rois qui
les gouvernèrent, mais fous la dépendance de ceux- de Perle,
dont ils fè reconnoiffoient les valFaux.
Les Phéniciens, quoique fournis aux Chaldéens ,n' avoient
point interrompu leur commerce que l'habitude qu'ils en
avoient contractée, & le peu de valeur du terrein qu'ils
occupoient , leur avoient rendu nécelTaire. La liberté qui leur
fut rendue par Darius , leur fervit à l'étendre davantage & à
le rendre plus ilorilfant; il paroît même que tant que dura
^ la Dynaflie des Perfes , ils furent les feuls de l'Orient qui
connuffent la mer , & qui filTent le commerce par eux-mêmes.
Judin prétend que les Phéniciens eurent beaucoup à foufFiir .hjl.xviii,
de la domination des Perfes, & qu'ils furent fouvent &
long- temps fatigués par leurs guerres; mais ce ne put être
dans les premières années de cette Monarchie; car Cyrus ,
pendant le i->eu d'années qu'il fut fur le trône , gouverna avec
fagefTe & modération : Cambyfe , fon fils & fon fuccelfeur,
quoique d'un caradcre violent & impétueux, ne les maltraita
point; il eut au contraire pour eux des ménagemens &: des
égards particuliers. Ce Prince qui s'en étoit fervi dans là
guerre d'Egypte, auroit bien voulu les employer aulii dans
celle fju'il métiitoit contre Carthage ; mais la répugnance
qu'ils lui témoignèrent de marcher contre une ville alliée,
qui étoit même une de leurs Colonies, lui fit abandonner fon
projet, &; il ne paroit point qu'il leur en ait marqué aucun
mécontentement.
Ce même Prince mourut en Phénicie. Averti par l'oracle
qu'il mourroit à Ecbalane , il avoit réfolu de ne plus retourner
Ai;
Xè
4 MÉMOIRES
en Mctlie, dont cette ville étoit la capitale; mais il ignoroît
qu'il y avoit une autre ville de ce nom, où il trouva ce qu'il
Jimd. m. vouloit éviter. Ayant appris en Syrie , où il étoit alors , la
révolte de Smerdis le Mage à Suze, il donna ordre à fès'
troupes de marcher contre lui , & voulut monter à cheval
pour fe mettre à leur tète ; en y montant , Ton épée qlii
tomba du fourreau , le ble(I:i grièvement à la cuifTe. 11 fe fit
porter dans une ville voifine qui étoit fur le Carmel pour
s'y faire panfer , & il n'y fut pas plutôt, qu'il apprit qu'elle
fe noinmoit Ecbatane. Alors fe rappelant ce qui lui avoit été
prédit en Egypte , il ne douta point que ce ne fut le lieu
dont l'Oracle avoit parlé, & perfuadé qu'il y mourroit, il
donna tous les ordres néceflaires pour la fucceffion au trône
de Perfê , après quoi il mourut l'an 522 avant J. C après
un règne de lept ans & cinq mois.
Darius qui monta fur le trône l'année fuivante, partagea
i'empire des Perfes en vingt fàtrapies ou gouvernemens , &
ld.f,2i6. comprit dans le cinquième la Phénicie , la Paleftine 5c l'île
de Chypre. Chacun de ces gouvernemens avoit un ou plu-
fieurs Rois tributaires de la Perle, ce qui n'empêcha point
Darius de leur donner un Satrape ou Gouverneur général,
pour éclairer leur conduite, les contenir dans le devoir,
& les empêcher de rien entreprendre contre les intérêts de
Lib.EJdr.v, l'Empire. 11 paroît par le Livre d'Efdras, que celui qui fut
■?■ prépofé à la cinquième fàtrapie, dans laquelle la Phénicie le
trouvoit comprife, fe nommoit Tatendi , & que l'autorité
de ce fâtrape étoit limitée par un Confeil dont il devoit
prendre & fuivre les avis ; car il efl: parlé Ats Confêillers
de Tatenaï, dont le premier s'appeloit Statlniiandi.
Les Phéniciens , comme vaiïàux &; tributaires de l'empire
des Perfes , contribuèrent à toutes les guerres que Darius
entreprit. La connoiiTance qu'ils avoient de la mer, & le
grand nombre de vaifîêaux qu'ils étoient en état de fournir,
les lui rendoient néceflâires dans fès expéditions. On les voit
Hfrod.}v. dans la guerre qu'il porta fur les terres des Scythes, fous le
Ym^iSy. pj.j<tçj^^jç Je Çq venger de l'incurfion que ces Peuples avoient
DE LITTÉRATURE. 5
faîte plus de cent ans auparavant tkns la haute Afie, fous
le règne de Cyaxare I/^ roi des Mèdes.
Ils eurent aufTi part à la guerre contre les Ioniens. Le
commencement ne leur fut point glorieux; car la flotte Phé-
nicienne fut battue par celle des Ioniens, à la vue de Milet ; HerocUv,
mais ils reparèrent bientôt ce dt'fâvantage , ils battirent à leur ''' ^^7-
tour celle des Ioniens, & leur victoire fut fiiivie de la prife Id,ihid.f.}86.
de Milet & de toute la province de Carie. L'année fui vante,
496, ils fubjuguèrent toutes les îles de la côte d'Afie ,
réduifirent toutes celles de l'Hellefjjont du côté de l'Europe, U.vi.p.syt,
brûlèrent Périnthe, Sélymbrée, Byzance, Chalcédoine, &
fournirent toute la Cherfonèfe deThrace. L'athénien Miltiade,
à qui cette province appartenoit, ne le croyant pas allez
fort pour leur réfiller, s'étoit retiré des qu'il avoit appris
que leur flotte étoit à Ténédos , & s'étoit embarqué pour
revenir à Athènes; mais dans le trajet un de (es Aaifîeaux,
commandé par Métiochus fon fils aîné , tut pris par les
Phéniciens, qui, pour faire leur cour à Darius, l'envoyèrent
à Suze, où ce Prince étoit alors. Méthiochus avoit tout à
craindre du relîèntiment de Darius contre Miltiade : cet
Athénien, qui avoit accompagné le roi de Perfe jufqu'au
Danube dans l'expédition contre les Scythes, avoit donné
aux Ioniens le confeil de rompre le pont qui avoit été jeté
fur ce fleuve & de retourner chez eux, ce qui auroit infailli-
blement fait périr Darius & toute fon armée; mais ce Prince
donna dans celte occafion un exemple rare de modération
&. de générofité ; au lieu de venger fur le fils l'injure qu'il
avoit reçue du père, il traita favorablement Métiochus, lui
donna une mailon , des terres, & lui fit époufer une dame
de Perfe, avec laquelle il palTà honorablement le rcfle de
{es jours, fans être tenté du defu' «le retourner dans fa patrie.
Après tous ces exploits , la flotte Phénicienne avec celle
des Cypriots, à laquelle elle étoit jointe, périt miféra-
blement ; voulant tloubler le cap du mont Alhos , elle fut
accueillie d'une tempête fi violente, que plus de trois cents lj.iju.f:;^f.
vaiflcaux furent brifés ou fubmergés. Ce défàflre fut fuivi
6 MÉMOIRES
de la ciéroiite de l'armce de terre, qui, campée par la faute
du Général dans un endroit mal fur, fut attaquée pendant
la nuit par les Thraces, qui forcèrent fês retrancheniens &
firent un grand carnage. Cet échec arriva l'an 494 avant
l'ère vulgaire.
Darius ayant recruté fon année deux ans après. Se eu
ayant donné le commandement à d'autres Généraux , les
Phéniciens furent encore employés ; leur flotte fè rendit .à
Samos, & s'empara de toutes les îles de la mer d'Ionie ; mais
la viéloire remportée par les Grecs à Marathon fur les Perfes,
Herod.vi. l'an 491, rendit ces fuccès inutiles; les troupes du Roi
y- -i-^S- furent obligées de reprendre le chemin de l'Afie. Les Phé-
niciens, dans leurs courfes, avoient enlevé d'un temple, fur
le territoire des Thébains, une ftatue dorée d'Apollon , qu'ils
comptoient emporter chez eux ; le Général de l'armée àts
Id,ilild.f.^2;. Perfes l'ayant fu , voulut qu'ils la dépofaffent à Délos, &
chargea les Déliens de la rendre aux Thébains , ce qui
néanmoins ne fut exécuté que vingt ans après. Au com-
mencement de cette guerre, il s'étoit répandu un bruit que
Darius avoit formé le deflèin de transférer les Phéniciens
Icl.ii!d,p.;S2, en lonie, Se de donner leur pays aux Ioniens; mais ce
bruit n'avoit aucun fondement : non - feulement Darius
n'avoit expédié aucun ordre à ce fujet, il n'y avoit même
jamais penfé. Hyftiée, tyran de Milet , étoit le feul auteur
de ce bruit , qu'il avoit fait courir pour affermir les Ioniens
dans la révolte à laquelle il les avoit excités.
Les mauvais {uccès de Darius dans cette guerre , ne
fervirent qu'à la lui faire reprendre avec encore plus de
vigueur : il fit pour cette nouvelle expédition les plus grands
préparatifs ; mais il mourut avant que tout fût difpofé pour
entrer en campagne. Xerxès fon fils qui lui fuccéda l'an 48 5
avant l'ère vulgaire, continua ces préparatifs; il fit percer
'Uiild.p,4-^8. i'ifthme qui joignoit le mont Athos au continent. Les Phé-
niciens furent employés à ce travail avec d'autres Nations
de l'empire des Perfes ; & Hérodote remarque qu'ils avoient
plus d'intelligence & d'adreffe pour ces fortes de travaux
DE LITTÉRATURE. 7
que tous les autres. Ils travaillèrent aulTi au pont cjue Xerxès
fit jeter fur le Sirymon pour le palfage de Tes troupes , &
à celui qui fut fait fur la mer d'Abydos à Seflos, de la
lonoueur de fept ikdes; & ils fournirent les cordages de H^roJ.vi,
lin "blanc pour lier & attacher enfemble les bateaux. Dans P' ^i*'
l'armée de terre que Xerxès deftina à cette expédition, il
n'y avoit point de Phéniciens; mais ils fournirent, pour
leur contingent dans la flotte, trois cents galères à trois ld.m.p.^is„
rancis de rames, outre un grand nombre de bitimens de
cha'rge & de tranfport; ils eurent de plus, avec les Egyptiens,
la co^inmifTion du tranfport des vivres &: des munitions pour
toute l'armée, tant de terre que de mer. Les vaillèaux jd.ibid.f^^p,
fournis par les Phéniciens, & fur-tout ceux des Sidôniens,
cioient les meilleurs & les plus légers de toute la flotte, & USld.f.^yo.
ceux qui les montoient portoient ^çs cafques alfcz femblables
à ceux àts Grecs; leurs cuirallès étoient de lin, & leurs
boucliers n'avoient ni bofles , ni pointes au milieu ; l'arme
offenfive dont ils fe fervoient étoit le dard , qu'ils lan- ld.ilid.p,^{.Cy.
çoient avec beaucoup d'adrefle. Ces vailTeaux Phéniciens
ttoient commandés par le roi de Sitlon & par celui de
Tyr ; le premier fe nommoit Tétramneflus , fils d'Allidus; UiiuLp,^yi.
& le fécond étoit Mapen, fils de Siron. Xerxès , à fon arrivée
à Abidos , voulut faire repréfenter devant lui un combat
naval; les Sidôniens y eurent tout l'avantage, & furent pro- lc!,lbid.p.^;(,
clamés vainqueurs. Quand ce Prince voulut faire la revue
de fa flotte, comme il avoit fait celles des troupes de terre,
il monta un vailfeau Sidonien , &. s'étant affis fur un trône
tl'or, il palfa dans les lignes, s'informant du pays d'où étoit
venu chaque vaifTeau , 8c du nom du commandant.
La vue d'une fi belle Marine perfuada Xerxès qu'il feroit
invincible fur mer, comme il comptoit l'ctre fur terre;
mais l'événement ne répondit point à de fi flattcufes efpé-
rances. De cette nombreufe lloltc , qualre cents vailfeaux
au moins péiirent dans une tempête qu'elle elfuia fur la côte
de Magnélie; il en péril encore m\ grand nombre dans Jj.imp./c/t
dificrens combats particuliers, fur -tout aux Aphetes & à
8 MÉMOIRES
Artcmifium , au-defrus de l'île d'Eubce, dans lefcjuels l'avan-
tage demeura toujours aux Grecs : enfin elle fut totalement
défaite dans le détroit de Salamine, où elle s'cloit engagée
mal -à -propos. Avant que de tenter ce dernier combat,
Xerxès avoit tenu confeil avec les Chefs dts Nations dont
Herod.vi, les vaifTeaux formoient fa flotte; les rois de Sidon oc de
V'iSO' Tyr, interrogés les premiers, avoient été d'avis de fe pré-
fenter en bataille, & ils avoient été fuivis par tous les autres
Commandans , de forte que le combat avoit été réfolu. Les
Phéniciens eurent à combattre les Athéniens, qui brisèrent
& coulèrent à fond quelques - uns de leurs vaiileaux & en
Id,ll>!ti.p.;;y. prirent d'autres. Quelques Phéniciens échappés de cette
déroute, allèrent joindre Xerxès, qui du haut du mont
yEgialée, où il s'étoit placé, obfervoit tout ce qui fe paffoit:
ils accusèrent les Ioniens de trahifon , fie leur imputèrent la
perte de la bataille; mais pendant qu'ils parlèrent ainfi au
Roi , un vaiiîèau de Samothrace coula à fond un vaifîèau
Athénien. Auffi-tôt après ce même vailîèau fut attaqué par
im autre d'Egine, & il alloit avoir le même fort qu'il avoit
fait éprouver à celui d'Athènes; mais les Samothraces, bons
archers, tuèrent à coups de fîèches tous les Éginètes & fau-
tèrent dans leur vaiffeau , ce qui les fauva tous. Xerxès,
qui avoit attentivement obfervé ce combat particulier, fè
tourna vers les Phéniciens , & leur ayant reproché leur
lâcheté, qui ne les empêchoit point de calomnier dts gens
qui venoient de donner de telles preuves de leur valeur, ii
ordonna qu'on leur tranchât la tête, ce qui fut exécuté fur
le champ. Dans le confeil qui fut tenu après la perte de
cette bataille, l'an 480 avant l'ère vulgaire, Mardonius
accufa les Phéniciens avec les Egyptiens,- les Cypriots &
les Ciliciens, d'être les auteurs du délâflre qui venoit d'ar-
'ld,ihid,f,j<!}, river; les Phéniciens méritoient ce reproche encore plus
que les autres, parce qu'ils avoient été les premiers qui
Diod.xi, euffent pris la fuite. Le Roi, qui avoit compté fur la
f. .î/j. viifloire, fut tellement irrité, qu'il fit couper la tête à plu-
fieurs , & qu'il menaça les autres de les punir , comme
ils
DE LITTÉRATURE. 9
ils le inéritoJent. Ces menaces firent fur eux une telle
impreflîon, que la nuit fuivante ils mirent tous à la voile,
6c retournèrent chez eux.
Quoique les PeiTes eufîênt été fi mécontens du /ërvice des
Phéniciens dans la guerre contre les Grecs, ils les employèrent
néanmoins dans celle qu'Artaxerxès furnommé Lotigue-maiii ,
qui avoit fuccédé à lofi père Xerxès l'an 464 avant J. C. eut
à foutenir contre les Egyptiens révoltés. Les commencemens
de celte guerre ne furent pas heureux pour les Perfes ; la
flotte à laquelle les Phéniciens avoient contribué, comme tous
les autres peuples maritimes de lEmpire, fut battue par les
Athéniens que les Egyptiens avoient appelés à leur fecours,
& il y eut cinquante vaiiïêaux pris ou coulés à fond. L'année
de terre, commandée par Achéménides, n'eut pas un meilleur
fucccs ; elle fut défaite jjar les Egyptiens & par les Athéniens :
cent mille Perfes y perdirent la \ie avec leur Général ; les
autres fe fàuvèrent à Memphis où ils le fortihèrent. Pour
réparer cette perte, Artaxerxès fit lever e:î Phcnicie &: en
Cilicie une nouvelle armée dont il donna le commandement
à Mégab)ze &: à Artabaze. Outre les hommes de pied que
les Phéniciens fournirent dans cette occadon , ils donnèrent
encore des vainî-aux : les Cypriots & les Ciliciens furent auffi D:,^<i xr,
obligés il'en fournir. La flotte formée par ces difFérens peuples ''' ^^''
fut de trois cents vailleaux bien écjuipés 3c armés en guerre.
Cette fêci)nde armée (ut plus heureule que la première ; les
Égyptiens 5c les Athéniens furent entièrement défaits, & ceux
qui échappèrent au carnage, fe réfugièrent dans une île du
Nil, nommée Profopitcs. Les Athéniens fi.-enf entrer leur
flotte dans wi di^s bras du Nil qui ein ironnoient cette île;
les Peifes ne trouvèrent point d'autre moyen d'attatii.er cette
flotte, que de la mettie à fc'C par diverfes faignées qu'ils firent
au bras île cette rivière où elle étoit. La flotte de. cji:e deve-
nue inutile par ce (Iratagème, ne profita point aux Perles:
les Athéniens (pii éloieiil au nombre de fi\ mille, y mirent
le feu, & fe rangèrent en bataille, difpofés à vendre leur vie
Lien cher, ik à périr les armes à la main. Cette réfolutioii
Tovie A L. B
io MÉMOIRES
dctermina les Perfes à leur offrir la paix, à condition qu'ils
fortiruient de l'Egypte, &. qu'ils auroient la liberté de retourner
chez eux : ces conditions furent acceptées ; mais à peine l'île
fut-elle évacuée, que l'on vit paroître dans une des bouches
du Nil, une flotte de cinquante vailîeaux envoyée d'Athènes
pom- dégager ceux qui avoient été enfermés dans cette île:
ia flotte de Perfe qui tenoit la mer, fondit par-derrière fur
ces vallfeâux Athéniens qui furent pris ou coulés à fond, à
l'exception d'un petit nombre qi.;i échappa.
Ces avantages remportés par le roi de Peife, & auxquels
les Phéniciens avoient contribué, remirent l'Egypte lous
l'obéiflànce d'Artaxerxès. Inarus , ))rince de Lybie , que les
Egyptiens avoient proclamé Roi , s'étoit rendu au Général
Perfan, à conJ.ition qu'on lui lallfeioit ia vie; mais il reftoit
encore Amyrthée à foumeître : ce Prince s'étoit cantonné avec
Hcrnd.ii, ceux de fon parti dans file d'EIbo, qui ne contenoit que
piiz-. Jeux flades : le terrein marécageux dont elle étoit environnée •
la rendant inacceifiblc , il î'y maintint tant par fcs propres
forces, que par tes fecours qu'il reçut des Athéniens. Cimon
qui conimandoit dans l'île de Chypre , lui envoya foixante
vailfeaux ; Amyrthée les joignit à ceux qu'il s'étoit déjà
procurés ; il o(;x attaquer Arlabaze qui tenoit la mer avec
trois cents vailîeaux; il en prit cent, en coula plufiturs autres
Thuc.i,ir2. à fond, & pourfuivit le relie jufque fur les côtes de la
^''piuuinCm. Dix-huit ans après cette guerre, ou environ, fous je règne
du même Artaxerxès Longue-main , c'efl-àdire, l'an 429 ou
428, la Phéiiicie fut attaquée de la pelle : cette maladie
Tlmcyd.u. contagieufe dont Thucydide qui i'avoit elfuyée, nous a lailfé
^J' la de'cription, avoit commencé en Ethiopie, d'où elle étoit
defcendue en Egypte, & de-l.-\ avoit gagné prefque toutes les
provinces de l'empire des Perfes ; après avoir ainli parcouru
tout rOiient, elle paffa dans l'Attique l'an 43 i , la première
année de la guerre du Péloponncfe.
Sous les Rv)is fuivaiiâ, les Phéniciens continuèrent de
contribuer, comme ils avoient toujours lait, dc| uis qu'ils
DE LITTÉRATURE. 1 1
étoient fous la domination des Perfes. Ce fut en Phcnicie,
qii'Arlaxei-xès-Mnemon qui devint Roi fan 405 avant J. C.
fit conftruire & équiper la plupart des vailfeaux de la iiotte
qu'il deftinoit contre les Grecs. Dans celle qui fut eiivoyce Xer.,^h.ui.
contre les Lacédcmoniens, il y avoit quatre-vingts vaiflêaux
commandes par le roi de Sidon. Conon , General de cette D!o,lxrv,
Hotte, remporta une vi(!T;oire complette fur celle àç.s Lace- ^' ^-^■^'
dcmoniens commandée par Pifandre qui fut tué dans le
combat.
Jufque-là les Phéniciens étoient demeurés fidèles aux
Perles; mais l'an 386 avant J. C. qui éioit le dix-neuvième
du rcj^ne d'Artaxerxès-Mnemon , ils fe liguèrent contre lui
avec Évaçroras roi de Salamine dans l'île de Chypre, & ils Diod xv,
iui fournirent àes vailîèaux & des troupes : cette guerre fe
termina par un Traité dont les conditions furent que Sala-
mine demeureroit à Évagoras qui aiiroit le titre de Roi, en
payant un tribut aux Perfes. Évagoras régna jufqu'en 373,
où il fut tué par un de les Eunuques : Nicoclès. ion fils lui
fuccéda ; ce Prince fut mou, efféminé &. livré au plaiflr ;
}iiais Straton roi de Sidon, fon contemporain, l'emportoit A:hn.Df!pni)f.
encore fur lui à cet égard. Théopompe prétend qu'il furpalfa "^"''S-
tous les hommes en voluptés & en délices. Uniquement livré
à fts plaifirs , il palfoil fa vie avec des Joueurs de llûte 5c
d'autres inftrumens, ôc avec des Dan feu fes : il avoit ralfemblé
à fa Cour un grand nombre de Chanteules de l'Ionie Se un
aufîi grand nombre de filles des ditférens pays de la Grèce;
les unes fervoit-nt à ks plailirs ; il donnoit les autres aux
Chanteurs <Sc aux Danfeurs dont il étoit plus fîitisfait : cette
vie molle & efféminée fut terminée par une mort violente.
Les Phéniciens avoient apparemment été compris dans
l'accommodement fait a\ec les Cypriots ; car ce fut en Phé-
nicie, à Acé ou Aco, nommée depuis PtolcindiJc , que fut
indicjuéle rendez-vous des troupes (ju'Artaxerxès avoit levées
pour faire I.1 guerre en Egypte, Cette armée tut conipolée de DhJor. xf.
deux cents mille Perfes & de vingt mille Grecs, & la flotte l''}/-''' ,,
.3-0 C.i'M. ^Af^,
de trois cents t/alères, avec deux cents gros vailleaux & un /».f/i>'.
Bij
,£ MÉMOIRES
grand nombre de Ixirques pour le tranfport des proviTions;
mais les lenteurs des opérations de cette armée formidable,
& le peu de concert entre Tes Généraux, firent avorter cette
expédition tlont les préparatifs avoient tant coûté; & l'inon-
dation du Nil obligea les Perles de revenir en Phcnicie ,
après avoir perdu inutilement une grande partie de leur
armée. Artaxerxès voulut revenir à la charge ; mais Tachos
qui venoit de monter fur le trône de lEgyple à la place de
NecT:anebus , fortifié d'un corps de troupes que les Lacédémo-
Dt'oJ.xv, niens lui avoient envoyé fous le commandement d'AgéfilaiJs,
/'•Z"/' j-,e jugea point à propos de l'attendre; il prévint les Perfes,
& marcha en Phénicie , aimant mieux faire la guerre dans
ce pays, que d'attendre l'ennemi chez lui. Bagoze étoit alors
'Jo[eph.Ani. gouverneur de Phénicie & de S) rie pour le roi de Per/è.
^'•7' Ochus fuccéda à Artaxerxès Mnemon l'an 358 avant l'ère
vulgaire. La Phénicie qui s'étoit liguée avec prefque toutes
les provinces maritimes de l'empire des Perfes , refufk de re-
Diod. XV, connoître ce Prince ; mais cette ligue formidable fut bientôt
/'•/"■#• difTipée. Oronte fîitrape de Mylie que les Confédérés avoient
choifi pour leur chef, ayant reçu l'argent qu'on étoit convenu
de lui fournir, fit arrêter tous ceux qui le lui avoient apporté,
& les envoya à Ochus : il livra en même temps à ce Prince
les villes qu'on lui avoit remifes , & les troupes étrangères
qui avoient été kvées. D'un autre côté, Rheomitrès qu'ils
avoient envoyé en Egypte pour en tirer du fecours , & qui
en revenoit avec cinq cents talens & cinquante vaiflêaux
qu'il avoit obtenus, s'arrêta à (on retour dans une ville de
l'Afie, où ayant raffemblé quelques Chefs des mécontens, il
les fit ^ifir, & les envoya chargés de chaînes au roi de Perfë.
Toutes les mefures prifès par les provinces mécontentes ayant
été ainfi déconcertées par la trahifon de ces deux hommes,
la Phénicie fut remife fous l'obéilfànce d&s Perfes.
En 351, les hauteurs &: l'imprudence des Officiers d'Ochus
occallonnèrent une nouvelle révolte. Pendant que les Phéni-
ciens étoient affemblés à Tripoli pour y traiter de leurs affaires
communes, ces Officiers vinrent leur apporter quelques ordres
DE LITTÉRATURE. 13
tlu Prince, qu'ils leur fignifièreiit avec des termes méprifans.
Le peuple irrité forma auffitôt le projet de fecouer le joug
de la Perfe ; il le jeta lur ces latrapes & les tua. Des jardins Diol xvi^
magnifiques qui appartenoient au Roi dans cette province, ^'•'■^^'
furent aulîitot dctruiis, & le feu mis aux greniers de foin
qui fe îrouvoient remplis pour fervir au befoin. Ce fut-Ià le
premier fignal de la guerre dans laquelle toute la Nation entra.
Neclanebus roi d'Egypte à qui les Phéniciens s'adrefsèrent
ptjur en obtenir du lecours, leur envoia quatre mille Grecs
ci-mmandcs par Mentor de Rhodes : ce Général lervit d'a-
bord les Phéniciens avec fidélité ; il tomba lur les fatrapes
qui entrèrent en Phénicie, les battit & les chafïïi du pays;
mais Ochus s'étant avancé à la tcte d'une armée de trois
cents mille hommes de j>Jed &; tie trente mille chevaux,
Mentor qui le trouvoit alors à la tète de l'armée Phéni-
cienne, crut qu'il ne pourroit tenir contre des forces i\
fupéiieures , &. Ht fa paix particulière avec Ochus , à qui
il promit de livrer Sidon, & de l'aider eniuite à reprendre
l'Egypte. Ochus ne tarda point à s'approcher de Sidon : les
habitans avoient fait tous les préparatifs néceflàires pour une
bonne défenfe ; mais trahis par Tennez. leur propre roi, qui
étoit d'intelligence avec Mentor, leur ville fut prile &. laccacée
par Ochus. Le traitement fait à bidon fit rentrer toutes les
autres villes dans la foumilTion. Ochus après cette expédition
palfa en Egypte, & après l'avoir également fôumile, il re-
tourna en Perfe. Pendant qu'il y étoit, ceux des Sidoniens
qui, à caufe tIe leur commerce, ou par quelcju'autre raifon ,
s'étoient trouvés abiens de leur \ille, & qui avoient échappé
au nialiacre &: à lincendie, y revinrent &. la rebâtirent;
mais le louvenir i\\.\ traitement cjue leur ville avoit elTuvé
de la part des Perles les aliéna tellement (ju'impatiens de
porter lem- joug , ils cherthèrcnl toutes les occalions de le
Iccouer.
La viéloire qui fut remportée l'an ^33 avant l'ère Chré-
tienne, lur Darius Codomannus , par Alexandre, fil naitre
cette occalion. Après U bataille qui le donna à ilfus en Cilicie,
14 MÉMOIRES
les Grecs qui cioieiit clans i'armce des Perfës au nombre
Arrian, Exp, (Je huit inîlle , s'eiiruirent iiifqu'à Tripoli de Phcnicie , d'oi^i
étant montes Iiir des vailieaiix qii jls trouvèrent au port , ils
allèrent en Chypre?. Alexandre qui les fuivoit avec Ton armée,
arriva en Pliénicie prefque aufîi-lût qu'eux. À fon approche,
la plupart des villes s'emprefsèrent de fe rendre au vainqueur;
mais aucune ne témoigna plus d'ardeur que Sidon, Straton,
roi de celte ville, fit fa foumiffion comme Géroftrate d'AracI
& Enulus de Byblos. Alexantlre, qui coniirma ces deux
derniers dans la polîêiïion du trône qu'ils occupoient , ne
traita })as h favorablement le premier : ce Prince, informe
de l'attachement de Straton pour Darius , & fâchant que ce
Prince ne s'étoit foumis à lui que parce qu'il y avoit été
contraint par fès fujets , le dépouilla de la royauté, 8c lui
donna Abdolonyme pour fuccefîèur. Alexandre ne trouva
de réhflance en Phénicie, que dans les villes de Tyr & de
Gaza qu'il affiégea, & dont il traita les habitans avec autant
de rigueur que de barbarie. Par la prilè de ces deux villes,
ce Prince fut maître de toute la Phénicie, qui après avoir
été deux cents cinq ans fous la domination des Perles pafla
fous celle des Grecs, auxquels elle demeura foumife jufqu'à
l'extin6tion de la monarchie des Séleucides.
Gaza fut rebâtie par Alexandre, qui la repeupla de gens des
environs, y mit un Gouverneur &: en fit une place de fureté.
Quant à Tyr, ks quinze mille habitans que les Sidom'ens
avoient fauves du carnage, & ceux qui au commencement du
fiége avoient été envoyés à Carthage étant revenus dans leur
patrie , rebâtirent en peu de temps tout ce qui avoit été
confumé par le feu. Azelmélich , qui avoit foutenu le fiége
de Tyr, à qui Alexandre avoit confervé la royauté, voulant
même qu'elle fût héréditaire dans là famille, régna fur eux
lous l'autorité d'Alexandre, & fous l'infpeétion de Philotas,
i qui ce Prince avoit laiffc le gouvernement des environs de
Tyr : cette ville, comme toute la Phénicie, fut allez tran-
quille julqu'à la mort d'Alexandre, qui arriva au milieu du
printemps de l'an ^^}; mais les divifions qui arrivèrent
DE LITTÉRATURE. 15
entre fes principaux Officiers, qui fe partagèrent fou Empire,
6c entre leurs iuccefleurs, en ùrent le théâtre prefque con-
tinuel de la guerre.
Ces Officiers avoient placé fur le trône Aridée , fifs
naturel de Philippe & frère dAIexandre , & ils étoient
convenus que fi Roxane, veuve dAle.xandre, & qui étoit
greffe depuis huit mois , accouchoit d'un fils , ce fils feroit
Roi conjointement avec Aridce. La foiblellè d'efprit de ce
dernier , ne permettant pas de lui abandonner la conduite
i\(:s affiires , Perdicas , à qui Alexandre en mourant avoit
laiif.' (on anneau, fymbole de l'autorité fouveraine , fut élu
Régent pour gouverner en fon nom. Après cette élection,
les Oihciers partagèrent entre eux les gouvernemens des
provinces de l'Empire du Prince défunt. Par ce partage, la
Syrie , . dans laquelle fut comprife la Phénicie , échut à
Laométlon de Miîylène , & Ptolémée eut l'Eg) pîe. Dans Diod.xvni,
l'alîcmblée qui fut tenue pour procéder à ce partage, on fit ^'J'*'^'
la leèture de différens Mémoires laifîés par Alexandre, dans
lefquels ce Prince avoit tracé le projet de faire conflruire
dans la Phénicie & (m* les côtes voifines , mille vaiffèaux
plus forts que les galères ordinaires, pour poiter la guerre
en AIrique, en Elpagne &. en Sicile; mais il en fut de
ce projet comme de tous les autres qu'on trouva dans ces
Mémoires; les dépenfes exceffives qu'ils exigeoient en arrê-
tèrent l'exécution.
Le concert qui avoit paru régner entre ces Officiers lors
du partage, ne dura pas long-temps ; il n'v a\oit point
encore trois ans qu'il étoit fait, que Perdicas, régent du
royaume & tuteur des Rois, entreprit de dépolicder Ptolémée
du gouvernement de l'Egypte qui lui étoit échu; mais la
plus glande partie de fon armée |iérit dans fon expédition,
& fcs propres foldats , irrités de ce cju'il les avoit expofes
mal -à -propos, l'égorgèrent dans fà tente. Atialus , qui \i\i Ui'M.p.^cS
an-.enoit une flotte, ayant appris (.1 mort à la hauteur tle*^ ''■"'*
Pelide, retourna lur fes pas &. vint mouiller à Tyr. Archélaiis
qui commuudoit dans celle ville le reçut bien, tk. lui remit
i^ JV^ MOIRES
Dhd.xvru, huit cents lalens que Perclic;u lui avoit confies. La tutelle
^' "^' des jeunes Rois , vacante par la mort de Peidicas , fut
déférée à Python ; mais cet Officier sciant demis prefque
aiiffi-tôt de (a charge, Antipaler, gouverneur de la Macé-
doine & de fes dépendances , le remplaça : ce Tuteur
procéda à un nouveau partage àth provinces; il confirma
Ptoiéniée 5c Laomédon ààm leurs gouvernemens, le premier
de l'Eijfypte, & le fécond de la Syrie, qui comprenoit la
Phénicie. Scleucus , qui dans le premier j^artage avoit été
feulement nommé Capitaine général de la Ca\aierie, fins
aucun gouvernement, obtint alors celui de la Babylonie : ce
Capitaine devint dans la fuite le plus puifîânt des fuccefTeurs
d'Alexandre.
Ce iecond partage, qui fut fait l'an 321, ne fut pas
plus folide que le premier. Dès l'année fuivante, Pîplemée
forma le projet de réunir la Célélyrie & la Phénicie à
l'Egypte; après avoir fait tous les préparatifs nécelfaires, it
Id,iliîd.p.S22, donna le commandement de fes troupes à Nicanor : ce
Général battit Laomédon, qui avoit le gouvernement de ces
provinces & de toute la Syrie, Se le fit prifonnier; pafîànt
enfuite dans la Phénicie, il s'afîura de toutes les villes, &
y mit àts garnifons au nom de Ptolémée. Poi) fpercon , qui
avoit fuccédé dans la régence & la tutelle des Rois à
Antipater, mort de vieilielie en j i^, voulut reprendre ces
provinces fur Ptolémée; il en donna la comn.iifion à Euménès,
qu'il déclara Capitaine général de l'Alie mineure, & qu'il
chargea en même temps de faire la guerre à Antigone,
gouverneur de la Lycic, de la Pamphilie & de la grande
Phrycrie. Euménès mena fes troupes dans la Syrie & la
Phénicie, pendant que la flotte de P(.)lyfpercon s'approchoit
des côtes de ces provinces : celte tiotte ayant été battue par
Antigone, Euménès le retira en Méfopotamie, où il fut
fuivi par fon adverfaire qui en vint aux mains plufieurs fois
avec lui, le fit enfin prifonnier, Se le fît mourir en 3 i 5.
Antigone, après cette vicloire, dépofféda les Gouverneurs
qu'il foupçonnoit ne iui être point affeclionnés , Se fit tuer
ceux
DE LITTÉRATURE. 17
ceux qu'il crut lui être entièrement oppofes. Séleucus, gou-
verneur de Babylone, fut du nombre des profcrits; mais ce
Gouverneur fe retira en Egypte auprès de Ptolémce , qu'il
encragea de fe iiiiuer avec Lvfimaque , gouverneur de la
Thrace & de tous les pays volfms du pont Euxin, & avec
Ca(îànder, gouverneur de Carie, contre l'ennemi commun.
Cette ligue attira la guerre dans la Phcnicie. Antigonc y
vint en 314, pour s'en rendre maître audi-bien que de
toute la Syrie : il comptoit s'emparer de tous les vailîèaux
qui ctoient dans leurs ports; mais Ptolémée l'avoit prévenu
&avoit enlevé tous ceux qui ctoient fur la côte de Phénicie,
de forte qu'Antigone fut obligé de faire conflruire d'autres
vaiffeaux. Il campa aux environs de Tyr, dans le deflêin Dbd.xtx,
d'affiéger cette place; mais auparavant il manda tous les''"-^'""
petits Rois de la Phénicie, & les difftrens Gouverneurs de
Syrie, & leur ordonna de mettre fur pied une nouvelle
marine ; il chargea en même temps les Intendans de faire
au plus tôt une provihon de quatre cents cinquante mille
mefures de blé pour une année; & de fon côté il rallembla
tout ce qu'il put trouver de bûcherons &: de conftruLT:eurs
de navires. Tout le bois qu'il fit couper fur le mont Liban
fut amené au bord de la mer; le nombre de fes ouvriers
étoit de huit mille ; & mille paires de bœufs furent em-
ployés au tranfport des matériaux ; ies chantiers étoient
établis à Tripoli , à Byblos & à Sidon. Pendant qu'il étoit
occupé de ces préparatils, Séleucus vint le braver en palfant
à fa vue avec une flotte de cent vailîèaux Egyptiens magni-
fiquement équipés & voguant à pleines voiles. Quoioue ce
Capitaine n'eût fait aucune defcenle , les troupes d'Anti-
gone n'en furent pas moins effrayées : il les rafîiua en leur
promettant que dans le cours de l'été il auroil cinq cents
vailfeaux qui le rendroient maître de la mer, & mettroient
les côtes à l'abri de toute infulte- 11 apprit alors que les
habilans de l'ile de (."hvpre avoient fit^né un traité d'alliance
avec Ptolémée. Lailiant auprès de Tyr trois mille hommes,
iûus le commandement d'Andronicus , pour obferver Icd
Tome XL. G
i8 MÉMOIRES
Tyriens, il partit fur ie champ; & menant fon armde cfn
côte de Joppé & tle G^za , il prit ces places de force ,
incorpora les foldats de leurs garnifons dans Tes troupes, &
mit à leur place de les propres foklats pour contenir les
habitans.
Apres ces exploits il revint auprès de Tyr, rcfoUi de faire
le ficge de celte place dans les formes. Il fit venir des vailleaux
de Rhodes, & les joignant à ceux qu'il avoit déj;'i , il forma
une enceinte régulière autour de Tyr, & empêcha qu'il n'y
entrât & qu'il n'en fortît rien. 11 n'y avoit que dix-neuf ans
que cette ville avoit été prife &; faccagée par Alexandre ;
elle le trouva néanmoins aiïèz bien rétablie pour fouienir
ce blocus pendant quinze mois; mais enfin, réduite aux
dernières extrémités , elle fut obligée de capituler , l'an 3 r j
avant l'ère vulgaire. Les foldats de la garnifon que Plolémée
y avoit mis , eurent la liberté de fe retirer avec tous leurs
effets ; les habitans reçus à compofition , acceptèrent une
autre garnifon de la part d'Antigone , qui, après la piife de
cette ville, alla exécuter d'autres projets, & lailïïi Démétrius
fon fils avec une armée pour confèrver fa concjuéte.
Ce jeune Prince n'y fut point long-temps fans avoir à
combattre contre Ptolémée qui, venant en 312 avec une
armée conlidérable , campa auprès de Gaza. Démétrius qui
étoit dans le voifinage de cette ville, voulut lui en difputer
l'entrée. Le combat fut opiniâtre , & la victoire fè déclara
erfin pour Ptolémée: Démétrius y perdit cinq mille hommes
& huit mille prifonniers. Après la bataille, Démétrius voulant
entrer dans Gaza, fes troupes y entrèrent dans un tel dé-
forJre & avec une fi grande confufion , qu'elles n'eurent
point le temps de fermer les portes, & que Ptolémée qui
les pourfuivoit y entra avec elles, & fe rendit maître de
la place. Démétrius continuant de fuir arriva à Azot , de-là
il alla à Tripoli, & évacua toute la Phénicie , la Palefline
& la Céléfyrie. Ptolémée n'eut point de peine à fè rendre
maître de la Phénicie; toutes les villes fe fournirent à lui, &
il n'éprouva de difficulté cjii'à Tyr. 11 fit propofer à Andronicus,
DE LITTÉRATURE. 19
qui y commandoit pour Antigone , de la lui remettre, & lui
offrit de riches préfens & de grands honneurs ; mais cet
Officier rejeta Tes offles avec hauteur &: dans les termes les
plus durs , proteftant qu'il nemanqueroit point à la parole qu'il
avoit donnée à Antigone & à f^>n fils , & qu'il n epargneroit
rien pour leur conferver cette place importante. Andronicus
ne fut point le maître d'exécuter cette réfolution; les habitans
qui craignoient les fuites d'un nouveau fiége, le chafsèrent de
leur ville , & il tomba entre les mains de Ptolémée. II
devoit s'attendre que le refus qu'il avoit fait de rendre la
place , & les termes dont il lavoit accompagné, lui attireroient
quelque mauvais traitement de la part de Ptolémée ; mais il
fut agréablement furpris ; ce Prince eftimant fa fidélité ne
lui témoigna aucun reffentiment, il lui fit au contraire des
préfens confidérables , le combla d'honneurs & le mit au
nombre de fes amis.
La même année que Ptolémée remporta ces avantages ,
Séleucus.qui , depuis fa retraite de Babylone, étoit toujours
demeuré auprès de lui , <Sc l'avoit aidé de fes confeiis, retourna
à Babylone, n'ayant point d'autre efcorte que mille hommes
de pied & deux cents chevaux que Ptolémée lui avoit donnes.
La douceur de fon gouvernement, & la haine dont on étoit
prévenu contre Antigone, à caufe de fa dureté, le firent
bien recevoir par-tout où il palîi. Les troupes queNicanor y^ifla:,. Sjr.
commandoit pour Antigone fe rendirent à lui , & avec ces
mêmes troupes, & d'autres qui le joignirent, il enleva la
Suziane & la Médie à Antigone, & rentra à Babylone,
dont les portes lui fiuent ouvertes avec des acclamations
générales. Celte rentrée de Séleucus dans (on gouvernement
de Babylone, e(t devenue une époque célèbre dans l'HilIoire,
& c'ell à cette époque, qui a été fi long temps en ulage
dans la Phénicie , comme dans tout fOricnt, (pie commence
l'ère que l'on trouve dans les monumens & fur les médailles
des villes & des Princes ; les Grecs l'ont nommée r/cs
SêlcucUes , parce que c'efi à ce retour de Séleucus, que
comniença l'empire de ce Prince &. de fes Succcficur* en
C ij
20 MÉMOIRES
Aile. Les Juifs qui l'ont aufTi employée , i'ont appelée \cre
dei Contrats, parce que, iorkju'ils loml.èreiil fous la domi-
natioii des Rois Syio-macédoniens , ils furent obligés de s'en
fervir dans toutes les dates de leurs contiats & des autres
a(5les civils. Les Auteurs des livi'es des Machabées i'ont nom-
mée \crc (lu royaume des Grecs ; 8c chez les Arabes elle porte
ie nom cie Jarik dlnijl Karnaini , c'eft-à-dire, ï ère de l'homme
ou de l'animal à deux cornes ; &: ces peuples par à'iiu'll Karnaim
Alvli'h, Dj<n. entendent Alexandre - le-Grand , parce que ce Conquérant
^"'' ''' avoii fubjugué l'Orient &. l'Occident, qu'ils appellent /fi ^-.«,v
cornes du monde: d'autres veulent que ce Prince ait été ainfi
nommé, parce que fur [es monnoies il fe faifoit repréiênter
avec deux cornes, par une fuite peut-être de la folie qu'il
avoit eue de vouloir pa(îèr pour le fils de Jupiter Ammon ,
que l'on peignoit ordinairement avec deux cornes de bélier;
mais cette ère n'ayant aucun rapport à Alexandre , & ne
commençant que douze ans après fa mort, il n'efl; point à
préfumer que ce foit ce Prince que l'on ait voulu défigner
par ce furnom de ai hu' Il Karnaim , ou ^«/ a deux cornes; ii
eft plus vraifemblable que l'on a eu en vue Séleucus Nicator
avec le règne de qui elle commence. Ce Prince eft cjuel-
quefois repréfenté fur Ces médailles avec deux cornes de
taureau, ce qui pourvoit avoir été occafionné par ce qu'Appien
^P]m», Sjfr. rapporte de lui, qu'il étoit fi fort, que prenant nn taureau
?''■'"' par les deux cornes, il l'arrêtoit. Les Arabes ont encore
appelé cette même ère tarik Roumi , c'eft-à-dire, Xère Grecqus,
Cette ère, ainfi que l'ont prouvé le Cardinal Noris & plu-
fieurs autres Savans, commença avec l'automne de l'an 3 12
avant Jéfus-Chrift. L'auteur du fécond Livre des Machabées
i'a comptée de la néoménie de Tifi i , c'cfl-à-dire , de la même
fiifon de cette même année; mais celui qui a écrit le premier
Livrel'a anticipée defix mois, en la commençant à la néoménie
de Nifm , ou au printemps de cette année 312, ce qu'il efl
important d'obferver pour concilier les récits de ces deux
Hiiloriens. Les Chaldéens font les fêuls qui en aient mis le
commencement au printemps de l'année fuivaiite 311 avaiaî
DE LITTÉRATURE. 21
Jcfiis-Chrift, c'eft-à-dire , fix mois plus tard que tous les
autres Peuples qui ont fait ufage de cette ère. L'auteur de
k chronique d'ÉdelTe , publiée par Affemani , a fuivi cet
ufage des Chaldtens : ces Peuples n'ont apparemment voulu
compter que du temps que Séleucus fut bien établi à Ba-
bylone par la retraite de Démétrius fils d'Antigone , qui
n'arriva efFeélivement qu'au printemps de l'an 311-
La Phénicie ne demeura pas long- temps fous la puifîànce
de Ptolcme'e; ce Prince fut obligé de l'évacuer prefqu'auHitôt
après s'en être emparé. Cillus un de fes Généraux qu'il avoit
envoyé dans la haute Syrie pour en chalTer Démétrius, fut
vaincu; & le jeune Prince ayant été joint, après la vidoire
qu'il venoit de remporter, par Antigone fon père, Ptolémée
qui jie jugea point à propos de les attendre, reprit le chemin
de IF.gypte, & en y retournant, il démolit les tortiflcalions
dAcé , .de Joppé éc de Gaza , emporta prefque toutes les
richcffes du pays, & fê jfît fuivre par un grand nombre d ha-
Litans qu'il établit à Alexandrie, & à qui il donna différens
privilèges pour les y fixer. Par celte retraite, la Phénicie
retomba encore au pouvoir d'Antigone qui la garda julqu'à
l'an 301 avant J. C. Cette année, Ptolémée y revint avec
une puilîànte armée; il s'en rendit maître fans peine, &
n'éprouva d'oppofition que de la part des Sidoniens & dts
Tyriens, chez lefquels Antigone avoit mis de fortes garnifons.
11 entreprit le ficge de Sidon, & dès qu'il l'eut commencé, il
reçut la nouvelle quAntigone & fon fils venoient de rem-
porter une grande vicloire fur Lyfimaque & Séleucus, &.
qu'ils marchoitnt en force pour lui faire lever le (lége : cette
nouvelle qui étoit fauffe , trompa Ptolémée qui retourna
aulfiiôl en Egypte, après avoir fait une tiève de quatre
mois avec les Sidoniens. Lorfcju'il y fiit , il y apprit une
nouvelle plus certaine cju'Antigone & Démétrius avoient
ctc totalement tlélaits auprès de la ville d'iplus en Phrvgie,
& ([ue le premier âgé tie plus de quatre-vingts ans avoit été
tué dans le combat , l'an 301.
Après iii mort , les Princes qui s'étoîçnt ligués contre lui,
22 MÉMOIRES
procédèrent à un nouveau partage clans lequel ifs comprirent
DIod.xx, lès États. Ftolcmce furnonimé ciepuis Soter , eut l'Égyinc, la
F-79'" , . Lvhie. l'Arabie & la Cclcfyrie qui comprenoit la Pa'edine
Danttr. & la Plicnicie ; la Maccdome 6c la Grèce échurent a Lal-
Appiaiu Sjr, ç^y^f\^^ .^ Qj-, donna la Thrace , la Bilhynie & quelques autres
' Poyh.v, provinces au-delà de l'Hellefpont ic du Bolphore à L) (î-
P'-f/^' niaque ; Scleucus eut tout le relie. Julqu'à ce qu'Aniigone
eut commencé de mettre à exécution {es projets ambitieux,
ces anciens Offioiers d'Alexandre s'étoient contentés du titre
de Satrapes ou Gouverneurs des Provinces qui leur étoient
échues , fous l'autorité «Se dans la dépendance d'Aridée Se de
fon tuteur ; mais Antigone ayant pris le titre de Roi dès
l'an 306 avant l'ère vulgaire , les autres fe l'étoient aufîi
donné à eux-mêmes de leur propre autorité.
Mal«ré ce partage, Démétrius fils d'Antigone poiïedoit
encore l'île de Chypre & les deux villes de Tyr &. de Sidoii
en Phénicie. L'an 25)8, trois ans après le partage, Séleucus
les lui demanda ; mais Démétrius refufà de les lui donner.
Pluiarch. in Ptoiéméc fe rendit maître de tout : ayant pris l'île de Chypre
Dimeir. ^^^ 2^6, Tyr & Sidon tombèrent ilicilement entre Tes mains,
& par la réduction de ces deux Places, il devint encore
maître de toute la Phénicie , qu'il garda jufqu'à fa mort
arrivée l'an 285 avant l'ère vulgaire, & dont fes fucceireurs
jouirent pailibiement jufqu'à Ptolémée Philopator, qui monta
fur le trône d'Egypte l'an 22 i.
Antiochus furnommé le Grand, qui devint roi de Syrie par
la mort de Séleucus Ceraunus fon frère, en 222 , entreprit
d'enlever cette province au roi d'Egypte. Il fut aidé dans
ce projet par Théodote fÉtolien , Gouverneur de la Cé-
léfyrie : cet Officier, mécontent de Ptolémée Philopator,
s'ctoit affiné des villes de Ptolémaïs & de Tyr, & avoit
invité Antiochus de venir dans fa province. Le roi de
Folyl.v. Syrie s'avança en diligence jufqu'à Gerra dans le voifinage
t'-fo;' d'un lac auprès du Liban. liapprit en cet endroit que Théodote
ctoit affiégé dans Ptolémaïs par Nicolas l'Étolien, Général de
Ptolémée ; lailîànt une partie de fon armée , avec ordre à fes
DE LITTÉRATURE. 23
Généraux de faire le fiége du château de Brochos qui dé-
fendoit le pafïï'.ge du lac , il le mit à la tète du refte pour
aller dégager Théodote. Nicolas l'Etolien, informé de (à
marche, avoit levé le fiége de Ptolémaïs, & avoit envoyé
Lagoras de Crète &: Dorymène d'Etolie, fe fiifir des gorges
des montagnes auprès de Beryte , & en difpiiter le palfacre
à Antiochuï. Ce Prince marcha contre eux , les mit en fuite ,
& campa lui-même dans ces gorges : avec le refte de fon
armée qu'il fît venir, il entra fuis aiicune peine en Phénicie,
où Théodote lui remit, fuivant fa promeffe, T)r & Ptolémaïs.
Il trouva dans ces deux places toutes les proviflons que Pto-
lémée y avoit fiites pour les troupes , & quarante vaifîèaux
bien é(|uipés, dont le moindre avoit quatre rangs de rames.
Anticjchus donna le commandement de ces vailfeaux à
Diognète , à qui il ordonna d'aller devant Peluze , 011 il
comptoit de fe rendre lui-même par terre; mais ayant appris
que c'éloit la faifon du débordement du Nil, & que les
troupes de IT.gypte étoient alîemblées auprès de cette ville,
il changea d'avis, &C fe promenant avec fon armée, il fe
rendit maître de toutes les places : celles qui n'étoient point
afîèz fortiliées fe rendirent ; mais celles qui étoient plus
fortes, foulinrent des lièges qui lui coûtèrent beaucoup de
temps : la dernière qu'il alfiégea fut Dora , ville maritime
dans le voifinage du Carmel ; mais avec quelque vigueur
qu'il poufîat ce fiége, la place étoit fi forte par fa fltuatioji ,
&. fut fi fouvcnt ravitaillée par Nicolas l'Etolien, qu'il ne
put la prendre. L'hiver approchant , il fut obligé il'écouter
ies propofitions qui lui furent faites tie la part de Ptolémée,
Si il accepta une trêve de quatre mois pour travailler à -drellcr
des articles de paix; après quoi, donnant à Théodote le
gouvernement île fes conquêtes en Phénicie, il retourna à
Séleucie fur l'Oronte, & mit fes troupes en c]uartier d'hiver.
Les conférences fe tinrent comme il avoit été convenu.
Les Plénipotentiaires il'Antiochus prétendirent que les pro-
vnues dans leli|uclle.s Antiorhus étoit entré les armes à la
main , lui appartenaient &. lailoient partie du royaume de
24 MÉMOIRES
Syrie; qu'elles avoient été conquifes pur Antîgone & enfuîte
par SéleiicLis Nicator; que lorlque Ptolémée Soler avoil fait
la guerre à Anligone, fon deireia n'avoit point été d'éteiuire
fà domination, mais de fêcourir Séieucus fon allié, qui
réclamoit ia fouveraincté de ces provinces ; enfin, que lors
du partage fait en 301, après la mort d'Antigoiie, entre
Séieucus, Cafiîinder , Lyfimaque &. Ptolémée, il avoit été
unanimement convenu cjue Séieucus auroit la Syrie entière.
Ceux de Ptolémée Philopator, après avoir exagéré l'injullice
d'Antiochus, qui avoit profité de la trahifon de Théodote
l'Étolien, &. lui avoir reproché d'être entré contre la ioi du
partage dans ces provinces, foutinrent que Ptolémée Soter
ne s'étoit ligué avec Séieucus contre Antigone, qu'à condition
que Séieucus auroit toute l'Alie, & que la Céléfyrie Se la
Phénicie appartiendroientà Séieucus, qui , en conféquence du
traité fait entre eux, en avoit toujours joui paifiblement, &•
les avoit tranfmis à fes fuccefleurs. Les uns & les autres ne
purent s'accorder lur rien , & le temps de ia trêve ayant été
ainfi employé en pourparlers inutiles, la guerre recommença.
Antiochus fe remit en campagne au printemps de l'an 2 i 8,
réfolu d'attaquer fon ennemi par terre & par mer, & de
réduire à fon obéilîànce ce qu'il n'avoit encore pu foumettre.
Ptolémée , pendant la trêve , s'étoit préparé à la défenfe ; il
indiqua le rendez-vous de ks troupes à Gaza, & en donna
Po!yi.v, le commandement à Nicolas l'Etolien. Périgènes, Amiral de
ù. flotte compolee de trente vailfeaux armés en guerre & de
plus de quatre cents de charge, eut ordre d'agir de concert
avec lui , &. de le féconder en tout. Nicolas fe mit à la tète
des troupes de terre, lorfqu'elles furent raflèmblées : il fit
occuper par une partie de fon armée les gorges des mon-
tao"nes dans ie voifinage de Platanos ; & avec l'autre, il fe
porta auprès de Porphyrion pour empêcher Antiochus d'en-
trer en Phénicie par cet endroit : la flotte Égyptienne étoit à
l'ancre auprès de lui. Antiochus de fon côié vint à Maràthos;
il y reçut une députation des Aradiens qui lui proposèrent de
faire alliance avec lui ; il accepta leur propofition, & termina
p.fii.
DE LITTÉRATURE. 25
un diflvrend entre ies Iiifiilaires & ceux du Continent. Fiant
entre de-là en Syrie par le promontoire Thcouproropon, il
vint à Béryte, & en padànt il s'empara de Bolrys , & brûla
Trieris &' Calamos. Nicarque & Tîiéodote , deux de Tes
Généraux, marchoient devant lui avec ordre de s'emparer
des défiles qui conduifoient au Lycus. Antiuchus continuant
(il route, vint camper fur la rivière de Damour, la Hotte le
côtoyant toujours. En cet endroit, il rappela Nicarque &
The'odote, & alla avec eux reconnoître les gorges dont
Nicolas s'étoit faifi : après les avoir examinées, il revint à
fon camp. Le lendemain il laiflii tous k-s loldats pciamment
armés fous la conduite de Nicarque ; & s'clant mis à la télé
des autres, il marcha pour exécuter les projets qu'il avoit
formés. L'efpace entre le mont Liban &: la mer, extrêmement
ferré Se en pente, ne laillè qu'un chemin difficilement prati-
cable, Se Nicolas y avoit placé en différens endroits quelques
corps de troupes, Se en d'autres il avoit fait conftruire des
forts. Antiochus partagea fon armée en trois corps; le pre-
mier, commandé parThéodote , eut ordre d'aller attaquer
l'ennemi qui étoit aux pieds du Liban : il ordonna au fécond,
commandé par Menedeme, de tenter le palfage par le milieu
de la colline ; 5c le troifième dont il avoit donné la conduite
.n Diodes , étoit dediné à agir fur le bord de la mer. Le
Prince, avec la cohorte de fes Gardes, marchoit au milieu
pour obferver ce qui fe palferoit , & être à portée de donner
du fecours, félon le befoin, à l'un ou à l'autre de ces corps.
Les deux Amiraux, celui d'Egypte Se celui de Syrie, s'étoient
mis en bataille le plus près de la cote qu'ils avoient pu.
Dès que le fignal fut donné, on en vint aux mains fur mer
& fur terre à la vue l'un de l'autre. Sur mer, le combat fut
affez égal de part & d'autre : fur terre, Nicolas eut d'abord
l'avantage; mais le corps de troupe^ commandé par Théo-
dote, ayant délogé les Egyptiens de la montagne, attaqua
l'ennemi de cet endroit fîipérieur, & obligea Nicolas de
prendre la fuite. Dans cette déroute des Egyptiens, il périt
deux mille hommes, 8c il y en eut autant de faits prifonniers;
Tome XL. D.
26 MÉMOIRES
le refle fc retira à SiJoii, où Perigcnes , Amiral de la flotte
Egyptienne fè rendit anfli. Antiochns les y Tuivit par mer
Si. par terre, dans le deffein tlairicger celte ville ; mais le
grand nombre de troupes qni s'y troLivoient, lui en faifànt
dé/êfpérer la conquête, il n'ofa l'attaquer : il renvoya fa Hotte
à Tyr, & avec les troupes de terre il padà dans la Galilée,
& de-l;i dans le pays de Galaad, où il prit plufieurs villes,"
& revint prendre Ton quartier d'hiver à Ptolémaïs.
Au commencement du printemps de l'an 2.17, les deux
Rois fe mirent en campagne. Ptolcmée, à la tcte de foixante-
dix mille hommes d'iiiianierie, de cinq mille chevaux &
de foixante-treize éléphans, traverfa les délerts qui féparent
l'Egypte de la Palelline, & vint camper à Raphia, entre
Rhinocorure & Gaza. Anliochus fît auiïi fortir fts troupes
PWjyh. V, de leurs quartiers ; il avoit foixante-deux mille hommes de
^' hVwh, in pi'^'-U ^'^ mille chevaux 8c cent deux éléphans, avec lefquels
Dm. XI, i[ vint camper à dix flades de l'ennemi , & peu de jours
après à cinq feulement. Cette proximité donna lieu à de
fréquentes aélions entre les partis , pour l'eau & pour les
fourrages , & à diffcrens combats entre (\ç$ particuliers qui
cherchoient à fe diflinguer. Théodote l'Etolien entreprit
un coup plus hardi que tous les autres ; il entra un loir,
accompagné feulement de deux perfonnes, dans le camp des
Égyptiens, &, à la faveur de l'obfcurité, il pénétra jurque
dans la tente de Ptolémée dans le deflèin de le tuer ; mais
ce Prince n'y étant point alors , il tua fon premier Médecin
au lieu de lui , Se bleffii deux autres pei fonnes. Pendant le
bruit & l'alarme que caufâ cette aélion , il fè fauva &: revint
à fon camp. Il n'y avoit que cinq jours que les deux armées
étoient ainfi voifines l'une de l'autre, lorfque Ptolémée fortit
Polyh.v. de ks retranchemens. Antiochus voyant qu'il rangeoit Ççs
^''^^^' troupes en bataille, fit 'auffi fortir les fiennes. On ne tarda
point à en venir aux mains : l'aile gauche de Ptolémée fut
enfoncée &: mife en déroute par l'aile droite d'Antiochus,
qui la commandoit en perfonne; mais pendant que ce Prince
s'acharnoit à la pourfuite des fuyards, Ptolémée, qui avoit
DE LITTÉRATURE. 27
pareillement battu l'aile gauche d'Antiochus , prit en fîanc
le refte de fou armée qui le trouvoit entièrement découvert,
& le rompit : un vieux officier qui s'aperçut à la poulTière
que ce centre étoit battu, en donna avis à Antiocluis , qui
revint fur Tes pas, & trouva toute fon armée en déroute,
de manière qu'il ne lui refla point d'autres reîfources que
celle de prendre lui-même la fuite. Ayant ralfemblé les
débris de fon armée, il voulut camper dans la plaine voifine
de Raphia; mais comme la plupart de fes foldats s'étoient
réfugiés dans cette ville, il fut obligé d'y entrer lui-même:
il en fortit au point du jour pour aller à Gaza, d'où il
envoya demander à Ptolémée la permilTion d'enterrer ks
morts. Antiochus perdit dans cette occafion plus de dix
mille hommes de fon infanterie, & plus de trois cents de V
fz cavalerie, outre quatre mille prifonniers ; trois de ies
éléphans furent tués dans le combat, & deux autres mou-
rurent peu après de leurs bleiïîires. Du côté des Egyptiens,
il y eut quinze cents hommes d'infanterie Se fept cents de
cavalerie de tués ; feize de leurs éléphans périrent dans le
combat, & prefque tous les autres furent pris. Antiochus,
après avoir lionne la fépultureà (es morts, retourna à Antioche,
d'où il envoya demander la paix à Ptolémée, qui lui accorda
une trêve tl'un an : cette trêve fut lui vie d'un traité de paix,
par lequel la Céléfyrie, la Palcftine & la Phénicie demeurèrent
à Ptolémée Philopator, cjui nomma Andromaque gouverneur
de ces provinces.
Celte paix dura jufiju'à l'année 205 avant Jéfus-Chrid:,
qui fut la dernière du règne de Ptolémée Philopator. Ce
Prince lailTa pour fucceffeur un jfils âgé de cinq ans : la
minorité de celui-ci donna occafion à Antiochus de rompre
la paix qu'il avoit faite. Ce Prince fe ligua en 203 avec
Philippe, roi de Macédoine, &i partagea avec lui les États
tin Roi mineur , comme s'il en eût été en polTtlfion ; &
dans ce partage il fe réferva la Céléfyrie , la Palelline (Se la
Phénicie :. il entra au(fi-tût à main armée dans ces pro- rcfyh.ttr,
vinces, &: s'en rendit maître en allez peu de temps. Les J; '-^^; '^*''
D ij ■'"Jl'o- XXX,
i8 MÉMOIRES
tuteurs du jeune Roi recoururent à la prole^lion des Romains,
à qui ils offrirent la tutelle 6c la régence de l'Egypte. Le
Scnat accepta volontiers ces propofrtions , &i envoya des
Ambafîàdeurs à Philippe & à Anliochus, pour leur défendre
d'inquiéter Pioléinée , & de rien entreprendre contre (es
Liv.xxxi, États. M. ^iiiilius Lé|)idus, l'un de ces Ainbalfadeurs, pa(îa
» /„/■; XXX* ' ^ '
' ■'* en Egypte, & prit polielHon de la régence au nom de la
République; il conha la garde & l'éducation du jeune Prince
hlyb.xv, à Àrillomène d'Acarnanie , qui, par la manière dont ii
V'7'7' s'étoit conduit dans cette Cour, s'y étoit acquis l'eilime &
la confidération de tout le monde : ce Minillre, profitant des
occupations que donnoit à Antiochus la guerre qu'il avoit
entreprife contre Attalus roi de Pergame, envoya, l'an 199,
Scopas à la tête d'un corps de troupes reprendre la Paleftine,
la Céléfyrie & la Phénicie : ce Général prit plufieurs villes &
revint triomphant à Alexandrie ; mais ces avantages furent
de peu de durée.
Antiochus étant revenu dès l'année fuivante, la victoire
fè déclara pour lui : le même Scopas qui fut envoyé contre
lui , fe fit battre par ce Prince à Panéas , près de la fource
Vahf. Exctrpt, du Jourdain ; il perdit la plus grande partie de fon armée,
^' ^ojni/i, Ant. & ^E f;uiva à Sidon avec dix mille hommes qui avoient
^i''9- échappé au carnage. Antiochus , qui le poiufuivoit, l'afTiégea
Dm.x"', dans cette ville, & le prefla fi vivement, que manquant
abfoiument de vivres, il fut obligé de lui rendre la place,
d'où il lortit la vie fauve, mais entièrement nu. Antiochus
alla enfuite à Gaza, qui rcfufa de lui ouvrir les portes, de
forte- qu'il fut obligé de i'affiéger en forme : la rédllance qu'il
éprouva de la part des habitans l'irrita tellement, qu'ayant
enfin pris leur ville, il l'abandonna au pillage de fes foldats.
La prifc de cette dernière place mit Antiochus en poffeffioQ
de toute la Phénicie , & même de la Palefiine &. de la
Céléfyrie ; mais il conlentit , cette même année , de les
rendre à Ptoiémée Épiphaiie, par le traité de mariage de
Cléupatre fa fille avec le roi d'Egypte , dans lequel il fut
convenu que Cléopâtre, lille d'Àutiochus, poiteroil cei
DE LITTÉRATURE. ip
provinces en dot à Ptolémce, à condition qu'AntîocInis
iouiroit de la moitic de leurs revenus : ce mariacre ne fut
célébré qu'en 193 à Raphia, où les deux Princes fe rendirent
pour cette cérémonie.
Deux ans auparavant, en 195, Tyr avoit vu Annibal;
ce célèbre Carthaginois, dans le cœur de qui la paix conclue
entre Rome & fa patrie, n'avoit point étouffé les fèntimens
de haine dont il avoit toujours été animé contre les Romains,
fut foupçonné de correfpondances fecrètes avec Antiochus,
& de vouloir l'engager à porter la guerre en Italie. Le Sénat
envoya des Ambaiîàdeurs à Carthage pour s'informer fi ces L!r. xxxrir,
(oupçons étoient fondés; ils avoient ordre, s'ils trouvoient 'ff;-.'^^'
* Julttn, XXXT
quelques preuves, de fommer les Carthaginois de leur livrer Co^n.Nep.î*
ce Capitaine. Annibal , qui fe douta du motif de cette ^""j^l, ^,
ambalîade, fortit de Carthage & gagna la côte, où il s'em- v ^»'
barqua fur un vailîêau qu'il tenoit toujours prêt, &: fe fîuiva
à Tyr: il y fut reçu comme dans fa pairie, &: après s'y être
repofé quelque temps, il alla à Antioche croyant y voir
Antiochus; ne l'y ayant point trouvé, il fe rendit à Èphèfê,
011 il étoit, & fe mit fous fâ protection.
Antiochus-le-Grand mourut l'an 187 avant l'ère vulgaire,
Se laiffa la couronne de Syrie à Séleucus, lurnommé Philo-
pator: ce Prince vécut en allez bonne intelligence, pentlant
quelques années, avec Ptolémée Épiphane; mais ce dernier
étant mort l'an 180, pendant les préparatifs qu'il faifoit
pour lui déclarer la guerre, Séleucus profita de la minorité
de Ptolémée Pliilométor , qui avoit fuccédé à Épi|)hane [c.w
yère, pour s'emparer des provinces qui avoient été données
en dot par Antiochus à Cléopâtre, veuve d'Épiphane &
Uitrice de Pliilométor, Se il en donna le gouvernement à
Apollonius ; ainll la Phénicie retomba fous la domination UMach,
des rois de Syrie. iii.-t-
Séleucus Phiiopator n'occupa le trône de Svrie que onze
ans; il mourut cmpoifjnné par Hélit)dore fon tréforier, qui
Vouloit s'emparer de la couromie. Antiochus, Irère du déhuu, Anitn. Sjr,
& qui avoit clé en otage à Rome» fe truuvoit à Aûiina''' h,/,,
6,
tron, m
Vu». Xi,
PoJylh Lfg.
LXXXll.
U. Leg.
LXXVlll,
p. p 0 2,
Il Mach.
IV, 2 1.
30 MÉMOIRES
ioi-rqu'il apprit la nouvelle de la mort de Scleiicus, 8c celle
de i'Lifiirpatioa d'Hcliodore; il s'adrefla à Eumciiès, roi de
Pergame, & à Attalus fou frère, & il en obtint des troupes
avec lefciiielles il chafîà rufurpiteur : ce Prince irunita fur le
trône l'an 175 avant Jclus-Chrifl:, & fut reconnu de tous
pour roi de Syrie. 11 fe donna le furnom d'Épiphine , &
jouit de la Phénicie & de-s autres provinces q .e Scleucus
Philopator fon père avoit enlevées à lÉgypte, julqu'à la mort
de CIcopàtre fa fœur, mère & tutrice du jeune Phil'.^mctor:
cette jeune Prince'îè mourut l'an 173, & ceux qui lui
furent fubflitués dans la tutelle du jeune Poi & la régence
du Royaume , demandèrent à Antiochus Épiphane la reiti-
tution de la Phénicie 8c des autres provinces; demande que
Ctéopâtre avoit toujours éloignée, Se qui, lorfqu'elle tut
faite, devint la fource d'une guerre opiniâtre entre ces deux
Princes.
Quand Ptolémée Philométor eut atteint fa quinzième
année, il fut déclaré majeur, 8c couronné folennellement.
Cette cérémonie , que les Grecs d'Alexandrie nommoient
AV(ix\viT>i£xo!, , ou fa/ulatiofi , parce qu'on lui donnoit pour la
première fois le nom de Roi en le filuant , eft appelée par
l'auteur du fécond Livre des Machabées , Ue^'ivxKioisL , c'eft-
à-dire, première impoftion du nom, ou première fulutation ; elle
étoit accompagnée de grandes fêtes, pendant lefqueiles le
nouveau Roi recevoit les complimens des Ambafîâdeurs <\qs
Rois 8c des Républiques, fur Ion avènement à la Couronne.
Antiochus Épiphane y envoya Apollonius , un des plus
grands feigneurs de fa Cour; mais outre le compliment dont
il le chargea, il lui donna la commifTion d'obferver les dif-
pofitions de la Cour d'Egypte , par rapport aux provinces
dont elle lui avoit fait demander la refUtution. Apollonius
lui rapporta que l'on y faifoit des préparatifs de guerre : ne
doutant point que ce ne fût contre lui , il fe difpolâ à la
AéÏGwk, 8c alla par mer à Joppé, vifita la frontière de
i'Écrypte, 8c fit tout ce qu'il jugea nécelfiire pour prévenir
l'attaque de ce côté; de -là il palfa à Jérufalem 8c vint en
DE LITTÉRATURE. 31
Phénicîe, d'où, après avoir mis ordre à tout, il retourna
à Antioche.
Avant que de commencer la guerre , il crut devoir prévenir
les Romains ; il envoya Mcléagre à Rome fe plaindre au Sénat, Pol)l>. Leg.
que Ptolémce avoit violé les anciens Traités entre i'Égypte ^^^'-P-h-^'
éi. la Syrie; & lorfque la guerre fut commencée d'an 171, il
lit partir Sofiphanes &. Heraclides qui , fe joignant à Ton pre-
mier Ambalîadeur, exposèrent au Sénat fes prétentions fur les
provinces qui étoient l'objet de la guerre. H paroit qu'il ne
fondoit alors [es droits, que fur la conquête qu'Anliochus- IJ. Leg.
le -Grand en avoit faite après la victoire de Panéas. Les f^, ,5'^''.
Ambafîiideurs que Ptolémée Philométor avoit aulfi envoyés
à Rome pour renouveler l'alliance de l'Egypte avec la Répu-
blique, lui opposèrent que cette concjuéte étoit injulle, parce
qu'Anliochus avoit prolité de la minorité de Ptolémée Epi-
phanes pour lui enlever des provinces qui lui appartenoient.
Le Sénat ne répondit rien alors, & fe contenta de promettre
de faire écrire à Ptolémée ce qui conviendroit aux intérêts
de la République. Antiochus cependant s'étoit avancé jufqu à
la frontière de l'Egypte, où il avoit rencontré l'armée de HUTon. h.
Ptolémée, entre Pélule &. le mont Cafius , & l'avoit en- Dm.xi,
tierement défaite. Après cette victoire, il mit la fronticie
en état de rédiler aux tentatives que les Egyptiens pourroient
faire pour rentrer en Phénicie; il retourna enluitc àT)r, &
mit fti troupes en quartier d'hiver dans les villes voilnies.
L'année luivantc Antiochus attaqua l'Egypte par mer &
par terre, gagna unt icconde bataille, prit i'élulc &. pénétra UMicLv.i,
jufque dans le coeur de l'Egypte, dont toutes les villes ■'^^^^'^),^' ''^'
vinrent le rendre à lui ; il ne trouva de réfifiance qu'à L).in. xi.
Alexandrie, qu'il affiégea inutilement. Pendant c]u'il étuit 5wT.'' '^''*'''
devant celle vilie, il y arriva des députés de la République
des Athéens, d'Athènes, de Milet &. de Clazomènc , qui
Ploient envoyés pour traiter de la paix entre lui & Ptolémée: p^/yh, irg.
il fut encore qntllion ^.Ws droits prétendus par les deux ^■^■**'^.
Couronnes fur la Phénicie, la Palcfline &: la Céléf\ rie. '" '/J'^v.
Antiochus répéta (lue ces provinces éloicnt de la dépejidancc ^'^•*'-^V'
3 2 MÉMOIRES
du royaume de Syrie. Ses moyens furent qu'elles avoîent
appartenu à Amigoiie fondateur de ce royaume ; qu'après
fa mort, elles avoient été cédées à S('Ieucus par les rois Aia-
ccdoniens, & qu'enfin Antiocluis le-Grand Ion père les avoit
reconquifes fur l'Egypte cjui s'en étoit ir-judement emparé.
Aux conventions qui avoient été faites entre Antioclius-le-
Grand & Ptolémée Épiphanes , par lefjuelles Antiochus, en
donnant Cléopâtre fa fille à ce dernier, lui avoit cédé ces
provinces , il répondit qu'elles étoitiit faufles , & qu'elles
n'avoient jamais exifié. Il ne fut rien terminé dans ces con-
férences qui furent tenues l'an 169, & les provinces qui
en étoient l'objet, demeurèrent au nn de Syrie.
Antiochus ne furvécut que cinq ans à ces conférences; il
mourut l'an 16^ avant l'ère vulgaire, & eut pour fuccenèur
Antiochus furnommé Eupulor fon fils, âgé de neuf ans. La
guerre que les perféculions de fon père avoient excitée en
Judée, continua fous fon règne. Dès la première année.
Judas Machabée remporta une grantle vidoire fur Timothée,
l'un de lès Généraux; lui tua vingt mille cinq cents hommes
11 Mach, de fon infanterie, & fix cents de fa cavalerie. Les Tyriens,
^' '^' les Sidoniens & les habitans de Ptolémaïs, avec tous les Païens
des environs , s'afîemblèrent pour venger la mort de leurs
1 AlacL V, parens & de leurs amis qui avoient été tués dans cettç
^' aiflion ; ils firent des courfes dans la Galilée, & exterminèrent
tous les Juifs qu'ils rencontrèrent. Simon , fière de Judas
Machabée, marcha contre eux, les battit dans toutes les
occafions, les chaffa du pays, & les pourfuivit jufqu'aux
portes de Ptolémaïs. Les Phéniciens perdirent environ trois
mille des leurs, & tous leurs bagages. Les Juifs ne furent
pas f[ heureux dans l'expédition qu'ils entreprirent contre
Jamnia , autre ville de Phénicie : ils y furent battus par
Gorglas qui y commandoit pour le roi de Syrie, & qui
kur tua près de deux mille hommes; mais ils furent dédom-
magés de cette perte par la viéloire qu'ils remportèrent fur
Lyfias, tuteur du jeune Eupator, à qui Judas Machabée tua
'UMachxi, douze mille hommes ou environ, &: qui mit en déroute le
''- refte
DE LITTÉRATURE. 3 3
refle Je Ton armée qui étcit de plus Je quatre-vingts mille
hommes : cette vidoire fut fuivie J'un traite Je paix entre
Lyfias & les Juifs , Jont les Pficniciens Je Joppé occa-
fioiinèrent la rupture l'année fuivante , ayant jeté Jans la
mer Jeux cents Juifs qui Jemeuroient Jaiis leur ville. JuJas
Machabée qui l'apprit, partit aulfi-tot pour tirer venaeance II Mach,
de cette barbarie: il furprit les habitans Je Joppé penJant ^^'^ "^ ■'^^^'
la nuit, fît main-bafle fur tous leurs matelots, & brûla tous
leurs vaiffeaux; Je -là il alla à Jamnia, qu'on lui Jit avoir
formé le même Jeffein que ceux Je Joppé ; & quoiqu'ils '
ne l'euffent point exécuté, il les traita Je la même manière:
il marcha enfuile vers Azot, prit cette ville, Jémolit tous l MmI,. r.
les autels, brûla les images Jes Dieux, & fit un granJ butin. ^J'
Démétrius, fils Je Séleucus Philopator, &: frère J'An-
tiochus Épiphane, étoit en otage à Rome, lorfqu'il y avoit
appris l'élévation J'Antiochus Eupator fon neveu fur le
trône Je S) rie : il s'étoit préfenté au Sénat , & lui avoit
JemanJé J'ctre rétabli fur ce trône qu'il prétenJoit lui
appartenir; mais le Sénat croyant qu'il étoit plus convenable
à (es intérêts Je voir la Syrie entre les mains J'un enfant,
que dans celle J'un homme Je vingt-trois ans, c'étoit l'acte
de Démétrius, avoit rejeté fa JemanJe , & avoit, par Çon
Jécret, confirmé la couronne à Eupator. Démétrius renou- Polyb. Lrg.
vêla fa JemanJe l'an 162 : ayant encore été refu(c, il Çoïùi^^" 'P'^S7-
fecrètement Je Rome fous prétexte J'aller à la chalîè ,• &. Utm. Ltg,
alla jufqu'à 0(lie, où il trouva un vailfeau Je Carthage, ^^y/^;^///'
qui, allant à Tyr y porter, fuivant la coutume, les prémices -An- Sjr.
des Carthaginois, avoit relâché Jans ce port. Les vaifîèaux ^"'^'^'
deflinés à cet ufage étant les meilleurs 5c les plus furs ,
Démétrius s'embarqua fur ce vaillèau 6c arriva à Tripoli Je
Phénicie. La perfiialion cju'il étoit envi)yé par le Sénat Je
Rome & qu'il en (eroit foutenu , le lu bien recevoir, &: il IMach.vir.
s'établit fuis aucune oppofilion f ir le trône. Antiochus '/jm^/, ^,y
Eupator & Lyfias (on tuteur, arrêtés par leurs propres /. •».
foIJals, lui furent livrés : il les fit mourir tous les Jeux. On j^fy^*'"'"'
iui donna le nom de Soter, &. Huis atis après, en 150,
Tome XL. £
34 MÉMOIRES
Polyh.Leg. il fut rcconmi roi de Syrie par les Romains , qui renou-
cxx.p.^jz, Yj;j^,.ç,^j .jyjjc lui les traites qui avoient été faits avec Tes
préciéceireurs.
La vie oifive & vokipliieure de ce Prince, lorfqu'il fe crut
affermi fur le trône , fouleva contre lui tous fês fujets.
Ptoiemée Philométor, roi d'Egypte, Attalus de Pergame &
Ariarathe deCappadoce, également mécontens de ce Prince,.
profitèrent de ce foulèvement général, & fufcitèrent contre
lui un impofleur qu'ils firent paffer pour le fils d'Antiochus
Epiphane. C'étoit un jeune homme nommé Bains , de baffe
extraction , né à Rhodes , à qui ils firent prendre le nom
'<App. Syr. d'Alexandre. Ils l'envoyèrent à Rome avec H éracii des, qui
^lL'evu.ui. avoit été l'un des favoris d'Antiochus Epiphane ; & pour
M. XXXV, perfuader plus facilement le Sénat, ils le firent accompagner
Potyb. Les. ^ T I- • , • ' -.w . ri I n • T
cxxxviii. P'ii' l-.aodice, qui ctoit véritablement nls de ce Pnnce. Le
I>ng.p66;ir plus grand nombre des Sénateurs gagnés rendit un décret
qui reconnut Alexandre & Laodice pour enfans d'Antiochus
Epiphane, & leur permit de rentrer dans le royaume de leur
père. Alexandre, muni de ce décret, partit de Rome, &
vint en Phénicie l'an 154.: il s'y faifit de Ptolémaïs, y prit
le titre de Roi , & y fut joint par un fi grand nombre de
mécontens , qu'il fut bientôt en état de tenir la campagne.
A cette nouvelle, Démétrius Soter fortant de l'affoupifîement
où {ts plaifirs l'avoient plongé , alTembla des troupes , marcha
hfl. XXXV. contre Alexandre , & le vainquit l'an i 5 2 dans un premier
Liv. Ep, LU, ç.Q^]^^[ . ,-pjiis il j^e piit profiter de cette viéloire : ks
propres foldals , qui ne pouvoient le fouffrir , défertèrent en
ii grand nombre, que fon ennemi quoique vaincu, ne fut
pas long-temps fans réparer fa perte. Ces défèrtions firent
craindre à Démétrius le fuccès de cette guerre ; &: pour en
prévenir les fuites, du moins par rapport à ies enfans, &
leur ménager quelques reffources dans le cas où il viendroit
à perdre le trône , il en envoya deux , Démétrius &
Antiochus , à Cnide, avec une fomme confidérable d'argent;
les recommanda à un ami qu'il avoit dans cette ville , & le
chargea d'en prendre foin. La guerre coatinuant toujours.
DE LITTÉRATURE. 35
les deux Princes en vinrent enfin à une bataille qui décida
du fort de la Syrie : Démétrius la perdit & y fut tué. iMud.x.
Alexandre Balas devenu par cette victoire, remportée i'^i^ "^jo/epA. Amij.
1 s 2 avant Jéfiis-Chrifl:, maître de toute la Phcnicie, comme xm,;.
de tout lempn-e de oyrie , envoya demander a rtolemee
Phiiométor, CIcopâtre fa fille en mariage ; elle lui fut accordée :
Ptoléniée l'amena lui-mcme à Ptolémaïs, 011 les noces furent
célébrées avec grande magnificence.
Alexandre Balas fè croyant alTuré fur le trône de Syrie, le
^ivra, comme Ion prédécelfeur , à l'oidveté & à la débauche,
& abandonna le foin de toutes les affaires à Ammonius foix
favori qui , par les cruautés & fur-tout par le meurtre de
tous ceux de la famille royale qu'il put découvrir, aliéna
entièrement tous les elprits. Démétrius l'aîné (\es enfans de Liv.Ep.L,
Démétrius Soter , informé à Cnide de cette haine <^ts
peuples, crut pouvoir en profiter pour venger la mort de
ion pcre, &: remonter lui-même fur le trône. Laflhcnes ,
c'étoit le nom de celui à qui fon père l'avoit recommandé,
lui procura quelques compagnies d'archers Cretois. 11 s'em-
barcjua, l'an 148, avec ce petit corps de troupes, & vint
débar(]uer en Cilicie : il y fut bientôt joint par \\n a(Iez IMdcLXr
grand nombre de mécontens, pour former une armée cond- ^àfepk. Amlq.
dérable avec laquelle il fe rendit maître du pays. Alexandre, x"-^'-
<jui )ulqu alors ne setoit occupe que de les plailirs, lortit de
fon ferrail , donna le gouvernement d'Antioche à Hiérax
&. à Diodote appelé aulfi Tryphoii , 6c fe mit à la tète de J^f^'ck-xr,
ce qu'il put raliémbler de troupes; mais il n'ofi marcher à ji>ierk. Antiq,
l'ennemi, parce qu'Apollonius Gouverneur de Phénicie &■!'"• ^■„ , ,
I ,^,,', •.-■11/ rN - - • tu- Excerpi. VaUf,
de Cciclyrie sctoit dcclare pour Ucmctrius : cet Apollonius ;>. j'^(f.
voulut détacher Jonathan, Prince des Juifs, des intérêts
d'Alexantlre ; Ik n'ayant pu y réuffir, il envoya de Jamnia,
où il étoit campé, le défier de venir lui donner bataille: '/'''i/'T'
Jonathan accepta le défi, fortit de Jérulalcm avec dix mille v,2^,
hommes, -vint prendre Jopné à fi Vue, &. lui livra bataille. Jd'i'''-/^''i'
Ail . /- I - . Il- -Il I XllliCt
pollfinuis lut dclail avec perte de huit mille hommes, ce
pourfuivi julqu'à A/.ot que le prince des Juifs prit & brûla
Eij
3^ MÉMOIRES
toute entière avec fou Temple de Dagoii : Jonathan en fit
autant aux villes ennemies qui étoient clans le voiiinage.
Balas avoit envoyé demander du fecours à Plolcmce
Philomctor roi d'Egypte, Ton beau-pè-re, qui vint kii-mcme,
en 146, à la tête d'une armée formidabie. Jonathan alla le
JMuLxr. joindre à Joppé, & le fuivit à Ptolémaïs. Ptolémée féiournant
XI//, 8. dans cette dernière ville, y découvrit une confpiration contre
Liv.Epu.Lii. ç^ perfonne : elle avoit été formée par Ammonius, favori
d'Alexandre, qui s'étoit perfuadé que Ptolémée ii'étoit entré
en Phénicie avec des troupes fi confidérables , que pour fe
rendre maître de toute la Syrie. Ptolémée s'avança jufqu'à
Séleucie fur l'Oronte,. & demanda le traître. Du refus qui
lui fut fait par Alexandre de lui livrer Ammonius, il conclut
que ce Prince étoit entré dans la confpiration ; il lui ôta fa
fille qu'il donna à Démétrius, & fît avec ce dernier un traité
par lequel il s'engagea de le faire remonter fur le trône
de fon père : ce traité fut fuivi de la révolte d'Antioche
qui ouvrit fès portes à Démétrius, & le reconnut pour roi.
Alexandre Balas revint alors de Cilicie, & mit tout à feu
& à fang dans les environs d'Antioche. Démétrius qui n'en
étoit pas éloigné, lui préfenta la bataille; Alexandre fut en-
tièrement défait & obligé de s'enfuir avec cinq cents chevaux
feulement chez un Prince Arabe nommé Z,abJiel , chez qui
il avoit déjà envoyé lès enfans : ce Prince chez lequel il fè
croyoit en fôreté , lui fit trancher la tête & l'envoya à Ptolémée.
Démétrius devenu par cette vidoire roi de Syrie & maître
de la Phénicie, prit le furnom de Nicator, c'efl-à-dire, le
yiélorieux.
Ce jeime Prince fe conduifît aufTi mal que (es prédécef^
feurs. Sur quelques foupçons qu'il conçut contre les foldats
Egyptiens dont Ptolémée avoit renforcé les garnilons des
villes de la Phénicie, il donna aux troupes de Syrie, qui
étoient dans les mêmes garnifons , des ordres de les égorger
tous ; ce qui fut exécuté : enfuite il fit la recherche de
ceux qui avoient été contre fon père & contre lui , & fit
mourir tous ceux qu'il put découvrir : il calfa de plus toutes
DE LITTÉRATURE. 37
les vieilles troupes. Se ne garda que les Cretois & quelques
corps étrangers. Une conduite li contraire à les propres intérêts
détachia de lui les Egyptiens, & aliéna les elprits de tous les
fujets. Pour prévenir les effets de leur mécontentement , il
demanda des troupes à Jonathan Prince des Juifs, qui lui
envoya trois mille hommes. Lorfqu'ils furent arrivés, il IMach.xi,
voulut défîirmer tous les habitans d'Antioche, ce qui excita ' jàj„h. Amin,
un foulèvement général. Cent vingt mille hommes s'alfem- xiii.p.
blèrent confufément, & l'invertirent dans {o\\ palais : les ;.._,• ^^T'"
Juifs écartèrent cette multitude, brûlèrent une grande partie
de la ville, & firent périr par le fer & par le feu près de
cent mille hommes : le refte intimitlé demanda la paix; mais
Démétrius en fit mourir ww grand nombre, confifqua les
biens de plufieurs, & challa les autres.
Diodote furnommé Tryphon , qui avoit été Gouverneur
dAntioche fous Alexandre Balas, profita du mécontentement IMach.xi.
général pour fe mettre la Couronne fur la tète : il obtint de ^ jàfrph. Amiq.
Zabdiel, prince Arabe, un fils d'Alexandre qui avoit été ^.'"J-
envoyé a la Cour, & qui le nommoit Antiochus ; il I amena
en Syrie l'an 144-, & publia \\\\ manifefte fur les prétentions
à la Couronne. Une multitude de mécontens, & entre
autres les anciens foldats que Démétrius avoit cafTés , vinrent
fe joindre à cet Antiochus; ils marchèrent contre Dcmétrius,
& l'ayant battu , ils entrèrent dans Antioche , placèrent
Antiochus fur le trône, & le furnommèrent Thcos ou le
Dieu. Ce nouveau Roi, maître d'Antioche, voulant engager
Jonathan, prince des Juils, dans les intérêts, lui confirma
tous les privilèges qui lui avoient été accordés par les rois
de Syrie, &. déclara Simon (on frère, Général de fes troupes,
depuis réchcHe tie Tyr ( montagne fituée entre Tyr <Sc Pio-
lémaïs ) julcju'aux frontières de l'Egypte. Ces deux frères
prirent le parti d'AïUiochus : Simon lur-tout à la tète d'une
belle armée, alla julqu'à Damas (allant reconnoîlre fôn autorité
par-tout. Démétrius, (]ui après la perte de la bataille s'éloit
retiré à Séleucie lur 1 Oronte , raliembla (juclques troupes
<]u'il envoya i'aiie une irruption dans la Galilée. Jonailuii
38 M 1^. MOIRES
marcha contre ces troupes, & les défit entièrement, pendant
que Simon fon frère foumettoit une partie de la Pliènicie &
prenoit Joppc.
Tryphon, qui n'avoit fait reconnoître Antioclnis que
pour régner lui-même, étoit dans le deflèin de fe défaire
de ce Prince; mais encore retenu par la crainte de Jonathan,
il elTàya de tromper ce chef des Juifs, & il y réuffit. L'ayant
attiré à Ptolémaïs, qu'il avoit promis de lui donner, il le
fît arrêter, & tuer mille hommes qu'il avoit amenés avec lui.
Il marcha enfuite vers Jérufalem, & n'ofint rien entreprendre
contre cette ville, il eut encore recours à la foiiiberie, 6c
fit dire à Simon qu'il n'avoit fait arrêter Jonathan fon
frère, que pour fe procurer le payement de cent talens qu'il
devoit au Roi, & que s'il vouloit lui payer celte fomme,
& lui envoyer les deux fils de Jonathan en ôtaae , il le
mettroit en liberté : Simon le crut trop fiicilement, & lui
envoya l'argent & les deux enfans qu'il demandoit ; mais ce
fourbe ne lui rendit point Jonathan , au contraire il le fit
mourir : dans le même temps il donna ordre de tuer fecrè-
tement Antiochus, & lorfque fon ordre fut exécuté, il fit
courir le bruit qu'il étoit mort de l'opération de la pierre:
il prit enfuite le titre de Roi. L'année fuivante, qui fut
l'an 143 , il eut à combattre en Phénicie contre les troupes
de Démétrius , commandées par Sarpédon ; la bataille (e don a
prefque aux portes de Ptolémaïs. Sarpédon fut vaincu & mis
Smh.xvj, en iuite; mais la plupart des foldats de Tryphon qui les
p. 7 s S. avoient pourfuivis, en revenant à Ptolémais par le bord de
la mer, pérn-ent eux-mêmes dans ur.e marée extraordinaire
qui furvint tout-à-coup & les engloutit. Démétrius n'eut point
le temps de réparer la perte qu'il venoit de faire. Les Paithes
iMach.xiv s'étoient rendus maîtres de tout le pays entre l'Euphrate &
7. ' l'indus. Il fut obligé de fortir de Séieucie & de palfer l'Eu-
xuT'o^"'"^' P^i'^'^te pour recouvrer ce qu'ils lui avoient enlevé; il les
Oroj.v,^, battit en plufieurs rencontres ; mais enfin ayant été attiré
xx'xvuV/' «-''^"s \-\\\ç embufcade, fon armée fut taillée en pièces, & il
^^'- fut fait prifonnier l'an 14.1. Miihridate , fils de Piiapaiius,
Excerpt, l'ai, '^
Aihin, VIII,
¥• SSS
DE LITTÉRATURE. 3^
l'envoya en Hircanie, où il lui fit époufêr Rodogune fà
fille.
Clcopâtre fa femme , fille de Ptolémce Philométor , (e
renferma dans Séleucie avec fes enfans ; un grand nombre
de foldats de Tryphon vinrent lui offrir leurs fervices ; ils
étoient mécontens de cet ufurpateur qui , fe voyant en polfef-
fion de la couronne de Syrie , fe laiffoit aller à fon cara^T;ère
naturellement fouibe, cruel & brutal. Malgré ce renfort, Jofeph. Antîq.
Clcopâtre ne devint point alfez puilîânte pour fe foutenir ^'aL'i^', Syr,
indépendamment de tout autre appui ; elle craignoit d'ailleurs r-
que le peuple de Séleucie ne fût dilpofé à la livrer plutôt ,/ "' '^^*-
que de foutenir \\\\ liége : elle prit donc le parti d'envo^•er
propofer la Couronne &. fa Perfonne à Antiochus frère de
Démétrius , qui avoit été élevé avec lui à Cnide, &: qui
étoit le plus proche héritier de la Couronne. Ce Prince qui
étoit à Rhodes , accepta fes offres , leva quelques troupes
dans la Grèce, dans lAlie mineure & dans les llles , & vint
en Syrie au commencement de l'an i 3 9. Après avoir époufe
Clcopâtre, il joignit {fti troupes à celles que cette Princefîè
avoit déjà, & marcha contre Tryphon, en Phénicie. Une M.xv.téi
grande partie des foldals de cet ufurpateur vint grolfir l'armée J'^^'''''' ■^""'1'
d Anliochus qui , par-lâ , fe trouva de cent vingt mille hommes Affian, J/r,
de pied Se de huit mille chevaux. Tryphon n'étant plus en
état de lui faire tcte, s'enferma dans Dora, où Antiochus
i'affiégea par mer 8c par terre; il trouva néanmoins le moven
de fe fuivcr jur mer à Orthofie , & de-lâ il alla à Apamée,
où il fut pris & mis à mort. Antiochus fut ainfi établi fur le
trône de Démétrius Sotcr fon père , & devint maître de la
Phénicie ; on lui donna le furnom de Sidètcs ou Ch,ijfcur ,
parce qu'il aimoit la chafîe avec palfion.
Simon, prince des Juifs, avoit envoyé à ce Prince en
Phénicie , lorfqu'il faifoit le fiége de Dora , deux mille
hommes d'élile, de l'argent &. des machines; mais ce fervice
n'empèclia point Anliochus de le faire fommer de lui rendre
Joppé , & (picKjucs autres villes (]u'il prétendoit appartenir au
royaume de Syrie, ou de lui payer cinq cents lalçns. Simon
"46 MÉMOIRES
lui fit ofïiir cent talens pour Joppc &: Gazaia, en Jcclarané
qu'il prétendoit garder les autres places comme i'Iicrilage <Je
lAJach.xiv fès pères. Antiochus, irrite de ce refus, envoya contre lui
'^ ^^' un de {es Généraux nommé Cendcbce, qui alla du côte de
Jamnia & de Joppé, & fit fortifier Cédron , où il mit une
forte garnifon , qui fit des courfes fréquentes dans la Judée.
Simon, pour arrêter les dégâts & le pillage, mit fes deux
fils. Judas &. Jean, à la tcte d'une armée de vingt mille
hommes : cts deux frères battirent Cendébée, lui tuèrent
deux mille hommes & pourfuivirent le refte jufqu'à Azot;
ils emportèrent cette ville & tous les autres forts de l'ennemi ,
& y mirent le feu.
Antiochus SLdètes, dans le cours des années fuivantes»
reprit toutes les villes qui avoient fecoué le joug pendant
les troubles dont la mort de Démétrius Soter avoit été
fuivie , & il avoit remis toute la Syrie dans le ,même état
jofeph. Antiq. OU elle étoit avant ces troubles ; mais il ne jouit pas long-
^"s'irabf''xvi, temps du fruit de fes travaux : étant allé faire la guerre
contre les Parthes, & y ayant gagné trois batailles l'an 130
avant l'ère Chrétienne , il y fut enfin tué. Phraate , pour
faire diverfion , avoit relâché Démétrius Nicator fon pri-
fonnier , & l'avoit renvoyé en Syrie. La mort d'Antiochus
Sidètes le fit remonter fur le trône.
Deux ans après fon rétabli flement , il reçut ordre du
Sénat de Rome, de rendre aux Juifs, exemptes de tout
hommage , tribut ou fervices , Joppé & quelques autres
places que Sidètes avoit rendu tributaires , & il fut obligé
Jofeph. Antij. d'exécuter cet ordre. Sollicité par Cléopâtre , veuve de
XIV. 1^, ptolémée Philométor, roi d'Egypte, & mère de Cléopâtre
fa femme , de venir à fon fecours contre Ptolémée Phyfcou
frère de fon mari , que ks cruautés avoient fait chaflèr de
l'Egypte , il alla mettre le fiége devant Pëlufe ; mais à peine
fut -il devant cette place, que plufieurs villes de Syrie fe
révoltèrent, & qu'il fut obligé de renoncer à ce fiége pour
venir réduire fes propres fujets. Ptolémée Phyfcon , qui
étoit remonté fur ie trône d'Egypte , indigné de l'invafioii
quQ
DE LITTÉRATURE. 41'
que Nicator avoit voulu faire dans fes Etats, lui fufcita,
i'an 126, un impofteiu- qu'il fit palTer pour le fils d'Alexandre
Balas : cet impofieur ctoit le fils d'un fiipier d'Alexandrie, ^^"Ar^- ^ntij.
& fe nommoit Aiexandre Zebina; Ptolc'mée lui fournit des jujixxxix.
troupes avec lefquelles il entra en Syrie : la haine des Syriens -^/f ^^^"•
1 r c \ \ ' • 'i rorj'njr. inOr,
contre Dcmétrius Nicator rut ravorable a cet impolteur ; Euf4.,>.<(,.
Se dès qu'il parut, tout le monde, fans autre examen, fe ^"'•^P"-^^-
tiéclara pour lui : il fallut néanmoins qu'il en vînt à une
bataille contre les troupes qui ctoient demeurées fidèles à
Dcmétrius Nicator ; elle fe donna auprès de Damas, dans
la Célefyrie ; Démétrius fut battu & entièrement défait,
obliaé de fe réfugier en Phénicie à Ptolémaïs , où il croyoit
trouver un afile fur, & même fe mettre en état de réparer
là perte. Cléopâtre la femme, qui étoit revenue à lui après
la mort dAntiocIuis Sidètes fon fécond mari, tenoit fg.
Cour dans cette ville; mais au lieu de l'y recevoir, elle lui
fit fermer les portes, de forte qu'il fut contraint de s'enfuir
à Tyr, où il fut afïïiffiné. Après fa mort, Cléopâtre conferva
une. partie^ du royaume de Syrie, & Alexandre Zébina
l'impodeur eut le refte.
Démétrius néanmoins avoit un fils âgé de vingt ans ou.
environ, nommé Séleucus : la couronne de Syrie lui appar-
tcnoit; mais Cléopâtre le facrifia à fi paiTion de régner, &
à la crainte c[u'(.-lle avoit (ju'il ne vengeât un jour lur elle
la mort de fon père : cette femme ambitieufe & dénaturée
le tua de là propre main l'an 124. Elle lit enfuite venir
d'Athènes un autre fils qu'elle y avoit envoyé pour le faire
élever, & qui ctoit frère de Séleucus. Aulli-lôt après fou
arrivée elle le fit proclamer Roi, comptant régner elle-même M^'h. Ànrp
lôus fon nom: ce Prince qui fe nommoit Antiochus, &: qui '^'
ctoit fort jeune, lui abandonna en efTet toute lautorité
pendant (]uel(|ue temps. On donne communément à ce
Prince le lurnom de Crypus , parce qu'il avoit le nez a(|uilin :
Josèphe le nomme Philométor ; mais fur (ts médailles il
porte le titre d'Fpipbane.
Ptoléniéc Phyfcon , qui avoit placé fur le trône de Syrie
Tome XL, F
\j/i.
42 MÉMOIRES
.hft.xxxtx. Alexainîre Zcbina, exigea de lui un lioinma;;re qu'il refufa.
Excrr/it. Val. Ptolciiice iclolut alors de le détrôner: il traita dans cette vue
^'■'■^ ' avec CIc'opâtre (a. fœur, mère d'Antiochus Grypus ; il donna
à celui -ci Tryphène fa fille en mariage, & lui envoya une
armée, avec laquelle Grypus attaqua Zéhina, le battit 8c le
ml-t en fuite : cet impofteur fe réfugia à Antioche , où, pour
avoir de quoi fournir aux frais de la guerre, il pilla le temple
de Jupiter. Les Aniiochiens, foulevés contre lui , le chafsèrent,
& il fut obligé d'errer çù & là pendant quelque temps à la
campagne; enfin il fut pris & mis à mort l'an i 22. Grypus ,
débarralîé de ce concurrent, voulut régner par lui-même;
mais Cléopâtre fa mère, dont l'ambition n'étoit point fâtif-
faite fi elle n'étoit maîtreffe abfolue, fit venir un autre fils
qu'elle avoit eu d'Antiochus Sidètes , pour lui donner la
'jofeph. Aimq. Couronne & régner fous fon nom; elle tenta mtme de faire
^'L'' '/% périr Grvpus par le poifon : un jour qu'il revenoit fort
PorpLCrac. r rr, \ \j • >•! • r- ni- /r
Eujei'.i<.6i. échauffe de 1 exercice qu il avoit tait , elle lui prclenta une
■^'f''^ j','^' coupe qu'elle avoit préparée ; Grypus qui étoit informé de
fon deffein , la força elle-même de la boire; & elle mourut
l'an 120, du poifon qu'elle avoit defliné à fon fils. Celui
qu'elle vouloit fubfUtuer à Grypus fê nommoit Antiochus
comme lui; mais pour l'en diftinguer , on le furnomma
le Cyzicénien, parce qu'il avoit été élevé à Cyzîque, où fa
mère l'avoit envoyé après la mort de Sidètes fon fécond
mari , lorfque Démétrius Nicator ie premier étoit rentré
dans {ts Etats.
Ces deux frères vécurent quelques années en affez bonne
intelligence; niais le Cyzicénien ayant époufé Cléopâtre , qui
avoit été répudiée par Ptolémée Lathyre , fucceffeur de
■^Jla:xxix, Phyfcon , Grypus en conçut de l'ombrage & voulut faire
empoifonner le Cyzicénien, qui en ayant été averti, prit
les armes l'an i 14. Les armées dts deux frères, fe trouvant
en préfence l'année fuivante, ha^irdèrent une bataille, dans
laquelle la viéloire fe déclara pour Grypus. Le Cyzicénien
vaincu , fe relira à Antioche : obligé d'en fortir pour faire
de nouvelles levées de troupes , il y iaiffa Cléopâtre fa.
DE LITTERATURE. 43
femme, qu'il crut y ctre en (iireté; mais elle y fut prifê par
Giypus, qui vint mettre le fiége devant celte ville & ia
prit. Tryphène, femme de Grypus, demanda inftamment
à ce Prince qu'il lui remît Cicopâtre fa piil'onnière ; êc
n'ayant pu l'obtenir, elle la fît malJàcrer dans un temple
où elle s'ctoit réfugiée, quoiqu'elle fût fa propre fœur , étant
fille comme elle de Ptolémée Phyfcoji &: de Cléopatre fa
femme. Le Cyzicénien eut bientôt occafion de fe venoer de
cette barbarie ; il revint l'année fuivante avec "de nouvelles
troupes, livra une féconde bataille à Grypus, & obtint la rorph.Grec.
•vicfloire à fon tour: Tryphène tomba entre fês mains, & ^"M/'-'^-^-
il la facrifia aux mânes de fâ femme. Grypus vaincu aban- xnl.zo""^'
donna la Syrie; mais il y revint un an après, & la regairna M-^^^'^'
r ■- f^ iji r - r ^^ Aifian, Mr.
prefque entière. Gependant les deux frères firent un accom-
modement , par lequel ils partagèrent ce royaume entre
eux ; le Cyzicénien eut la Phénicie & la Céléfyrie, & fît de
Damas fa capitale ; tout le refle fut adjugé à Grypus qui
s'établit à Antioche. Ce partage ne rendit point leurs fujets
plus heureux; car les deux frères fe livrèrent à divers excès,
& furent prefque toujours en différend. Quelques villes de
la Phénicie prohtèrent de leiu's divilîons pour fe mettre en
liberté, comme Sidon , Ptolémaïs &: quelques autres; il y
avoit déjà plufieurs années qu'Arad & Tyr étoient villes
libres : il y eut auffi quelques Tyrans qui s'établirent en
d'autres villes, comme à Dora & à la Tour de Straton.
Les Juifs voulurent aiifii profiter de ces troubles pour
tHendre leur domination. Alexandre Jannée leur Roi entra
en Phénicie l'an 105 avant l'ère vulgaire, & forma le (îége Jrfnh. Am'.i.
de Ptolémaïs. Les affiégés envoyèrent demander du fecours ^"^■■'•''
à Ptolémée Lath)re qui régnoit alors dans l'île de Chvprew
Ce Prince vint à la tète de trente mille hommes, & le pré-
knta devant Ptolémaïs; mais les aliiégés qui avoient change
d'avis, 5c qui avoient pris la rélolution de fe défendre eux-
mêmes, ne lui ouvrant point les portes & ne lui répondant
rien , il fe trouva fort embarrallé. Dans rintcrlitude où il étoii
de te qu'il avoit à faire, Zuïlt Princç de Dora ,Sc Ls habiiaiis
'44 MÉMOIRES
tleGaza, vinrent lui demander du fecours contre des troupes
d'Alexandre Jannée qui faifoient le de'gât fur leurs terres;
Ptolcmce leur accorda ce qu'ils demandoient. Alexandre
Jannt'e obligé de lever le ficge de Ptoltmaïs , & n'oiant atta-
quer JLatliyre, entra en ncgociation avec lui ; il promit à ce
Prince quatre cents talens s'il vouloit lui livrer Zoïle Se les
î)laces qu'il polîcdoit]: Ptolémée le lui promit ; mais comme
il ctoit prêt d'exécuter cette promefTe , il apprit qu'Alexandre
traitoit fecretlement avec Cléopâtre reine d'Egypte , pour
l'engager à venir le chafTer de la Phénicie ; irrite de cette
perfidie, il réfolut de s'en venger. Ce Prince partagea fou
armée en deux corps; il deftina l'un à faire le fiége de Ptolé-
maïs , dont il prétendoit que les habitans l'avoient infulté , ea
ne voulant point faire ufage du fecours qu'ils lui avoient
demandé & qu'il leur avoit amené; & il fe mit à la tète du
fécond, entra en Judée, prit plufieurs villes, battit Alexandre
Jannée, lui tua trente mille hommes, fit le dégât dans le
pays , & revint en Phénicie devant Ptolémaïs. Cléopâtre
veuve de Ptolémée Phyfcon & mèi-e de Lathyre , craignant
que fi ce Prince devenoit maître de la Phénicie 8c de la
Judée, il ne formât le deflein de remonter fur le trône
d'Egypte d'où elle l'avoit fait defcendre , envoya du fecours
au roi de Judée, & vint elle-même débarquer en Phénicie:
à la nouvelle de fon arrivée Lathyre leva le fiége de Ptolémaïs ,
& fe retira dans la Céléfyrie. Cléopâtre fe préfenta devant
Ptolémaïs , ne doutant point qu'on ne lui en ouvrît les portes;
mais elles furent tenues exaélement fermées : cette Princefiê
prit ce refus pour un affront, elle invertit la ville, en forma
ie fiége &. le preflâ avec tant de vigueur, qu'elle prit la place
l'an I02 , après quoi elle retourna en Egypte.
Ptolémée Lathyre avoit traité avec Antiochus le Cyzi-
cénien , qui lui avoit promis des troupes pour retourner en
Jujl, XXXIX, Egypte &. tenter d'y remonter fur le tiône. Cléopâtre qui
en fut informée, prévint l'exécution de ce traité, en donnant
en mariage Séiène fâ fille à Antiochus Grypus, & en lui
envoyant dç l'argent & des troupes cjui le mirent en état
DE LITTÉRATURE. 45
^attaquer fon frère le Cyzicénien ; ainfi la guerre recom-
mença entre les deux rois de Syrie. Antiochus le Cyzi-
cénien , obligé de fe défendre , ne put fournir le fecours
promis à Lathyre , qui fut obligé de retourner dans i'ile de
Chypre. La retraite de ce Prince laifToit toute la côte' de
Gaza fans défenlê ; Alexandre Jannée profita de cette <:ir-
conflance, y vint l'an 100 avant Jéfus-Chrifl, &: sempara
des villes de Raphia & uAnthédon ; il alla enfuite mettre jofiyh. Amt^.
le fiége devant Gaza : cette ville défendue par Apoilodote ^"'•^''
tint une année entière contre Alexandre qui n'auroit .pu la
prendre , fans la trahifon de Lyfimaque qui tua Apoilodote
fon propre frère, &: livra la ville à Alexandre, qui la traita
avec la dernière rigueur & la délruifit entièrement, l'an p/
avant l'ère chrétienne.
Antiochus Grypus fut afîîiffiné cette 'même année: ce Porphyr.Cu
Prince laifTa cinq fils, Séleucus l'ainé, Antiochus & Philippe ^"J''''
jumeaux , Démétrius furnommé Euchairus & Antiochus
Dionyfius, Séleucus fuccéda à fon père, & fe foutint contre
'Antiochus le Cyzicénien fon oncle , qui s'étoit emparé
d'Antioche. En 94 il remporta même une vicloire complette
fur lui , le fit fon prifonnier & le fit mourir. Après cette Meph.Amip
vicfloire il entra dans Antioche , & devint maître de tout l'Em- pàrph^r. Gr.
pire; mais il n'en jouit pas long-temps. Antiochus Eufebe , fils £''f'''\
d'Anliochus le Cyzicénien qui s'étoit fauve d'Antioche lorf- '^"'' "''"
qu'elle fut prife par Séleucus , étant venu à Arade en Phénicie ,
y fut proclamé Roi : tous ceux qui avoient fervi fous fon père,
& plufieurs autres fur-tout de la Phénicie , fe joignirent à
lui &: formèrent une armée affez confidérable pour le mettre
en état d'aller attaquer Séleucus ; il le vainquit &: l'obligea
d'évacuer la Syrie, & de fe retirer à Alopfuefte en Cilicie ,
où les habitans le brûlèrent (Se tous ceux qui étoient avec
lui , à caufe <\çs fubliiles exorbitans qu'il vouloit lever.
Antiochus & Philippe ks deux frères vengèrent fi mort fur
cette ville; mais ils furent chargés par Eufebe , fils du Cyzi-
cénien, près de rOronte, 6c défaits; Antiochus fe noya en
palfant l'Oronte à cheval ; mais Philippe fit une retraite
46 MÉMOIRES
honorable, & fut en état de tenir la campagne 8c Je dîf-
piiter l'empire à Eufebe.
Sclène, veuve de Grypus , s'ctoit maintenue depuis fa
mort de fon mari dans une partie du royaume de Syrie &
fur-tout de la Phénicie , & elle avoit un corps de troupes
'Ap/'îan. Jjr. qui lui étoicnt fort attachées. Eufebe, pour augmenter fts
xîf/'/'^^!""^' forces, l'époufa l'an 92 ; mais Ptoiétnée Lathyre qui confer-
Euf.inChron. voît toujours du reflèutiment de ce que Sélène, qu'il avoit
'£ui7i',''^'''' '^' t-'poufée , lui avoit été enlevée pour être donnée à Grypus,
fufcita un adverfaire à Eufebe. II fit venir Démétrius Eu-
charius quatrième fils de Grypus, qui étoit alors à Cnide,
où il avoit été envoyé pour y être élevé, & le fit proclamer
Roi à Damas ; ce que Philippe & Eufebe , trop occupés l'un
contre l'autre , ne purent empêcher. Ce dernier , quoique
fortifié de l'alliance qu'il venoit de contracter avec Sélène,
ne put fe foutenir. Philippe le défit dans une bataille l'aa
8cj, l'obligea d'abandonner fes États, & de fe retirer chez
les Parihes.
Par cette viéloire , l'empire de Syrie fe trouva partagé
Jofefh.Aniiq. cutrc Philippe & Démétrius Euchairus : ces deux Princes,
xm,22, quoique frères, en vinrent aux mains l'un contre l'autre.
Démétrius chalfa Philippe d'Antioche , & le pourfuivit
julqu'à Bérée, où il l'afhégea. Straton qui étoit ami parti-
culier de Philippe, & à qui cette ville appartenoit, appela
à fon fecours Zizus un des rois de l'Arabie, & Mithridate
Sinace Général àç.s Parthes ; ils battirent Démétrius l'an 88,
le firent prifonnier & l'envoyèrent au roi des Parthes, chez
lequel il mourut peu de temps après. Philippe , après cette
vicloire , retourna à Antioche, où il fut reçu avec de grandes
acclamations; mais l'année fuivanle, Antiochus Eufebe qui
s'étoit réfiigié chez les Parthes, revint en Syrie, & rentra
.hjf.^L, en poflefiion d'une partie de ce qu'il avoit déjà poffédé.
ir^i'^'^'^'' ï*^'!*^!^"^ ^"^ Philippe étoit occupé à faire tête à ce Prince,
joj^h.Anrq. Antiochus Diouyfius fon frère, fils comme lui de Grypus ,
^j'p ',,',' '^ fe fiilit de Damas, & fut reconnu Roi dans la Ccléfyrie,
ou il le maintint trois ans.
D E L I T T É R A T U R E. 47
Les Phéniciens, las de ces guerres continuelles , des meurtres
'& des pillages cjui en ctoient les fuites, prirent le parti de fe
roiiflraire entièrement de la domination des Princes de la
maifon de Séleucus , & de fe foumettre à quelque Prince J..J},xl.
étranger afîèz puilTànt pour re'taWir la paix dans leur pays &
l'y maintenir; ce parti fut approuvé de tous les peuples de
la Syrie : entre les différens Princes qui furent propofés ,
le choix tomba fur Tigrane roi d'Arménie ; ainfr finit,
i'an 83 avant Jéfus-Chrid, la domination des Séleucides en
Phénicie. Cette province, depuis la conquête qui en a voit
t'té faite par Alexandre jufqu'à cette révolution , avoit été
foumife aux Grecs deux cents quarante-neuf ans ; & pendant
cet efpace de temps , elle avoit été le théâtre prefque con-
tinuel des guerres qui s'étoient élevées entre les fucceffeurs
d'Alexandre, entre les rois d'Egypte & les Séleucides, &
entre les diftcrens Princes de cette dernière famille. Le
commerce, fi florillànt dans cette province dès les premiers
temps fous ks Rois, fous ceux de Chaldée, & fous ceux de
Perfe , avoit beaucoup perdu de fa fplcndeur & de fon
utilité fous la domination des Grecs, depuis fur- tout que
Ptoicmée Philadelphe l'avoit établi en Egypte; &; le peu
qui en étoit reflé aux Phéniciens, avoit été confidérablemcnt
altéré par toutes les guerres auxquelles leur pays n'avoit celle
d'être expofé.
le 26 Avril
'774-
48 MÉMOIRES
DIX-HUITIEME MÉMOIRE
SUR LES PHENICIENS.
Des Loix de ce Peuple, ér des Peines des Délits)
Par M. l'Abbé MiGNOT.
H ■! A '^'^^'^^ Nation ne pouvant fe maintenir (ans îe fècour*
J~\. àes Loix , les Phéniciens , une des premières colonies
fortie des plaines de Sennaar, & qui s'établit dans le pays
àç Canaan , ainfi appelé du nom de leur Auteur, ne purent
être long-temps fans convenir entr'eux de quelques loix,
pour régler les difFérens devoirs qu'ils avoient à remplir dans
ia fociété qu'ils venoient de former : ces loix , au commen-
cement, durent être fimples & en petit nombre, comme
chez les autres, peuples. La Nation s'étant multipliée , ks
befoins nouveaux qui furvinrent, obligèrent de multiplier les
règlemens ; il fallut en établir pour fixer le culte religieux ,
pour affurer la vie, la liberté & la propriété des citoyens, 6c
pour donner aux conventions qu'ils faifoient entr'eux , la
folidité néceflâire. Le Code de ces loix nous feroit très-utilc
pour juger du caractère & du génie de celte Nation ; mais
le peu de monumens qui nous relient , nous laifle prefque
tout à defirer fur cet objet.
^Jofephconu Théophrafle , cité par Josèpïie , nous a confèrvé une des
loix de ce Code concernant ia religion; elle leur défendoit
de fe fervir de formules étrangères dans leurs (êrmens , & elle
mettoit le ferment appelé Corban , au nombre de ces formules
prohibées. L'hiftorien Juifconclud decQ texte dé Théophrafle,
que fa Nation n'a pas été inconnue aux autres peuples, &
que ces peuples ont adopté quelques-uns de fes ufages. Si I4
première conféquence peut être admifè , on efl forcé, par
l'autorité de celuj même qu'il cite , de rejeter la féconde,
Théophraflç
DE LITTÉRATURE. 49-
Tliéoph rafle ne dit pas que les Phéniciens aient emprunté
des Juifs la formule en queftion , il met au contraire trcs-
exprefîément cette formule au nombre de celles qui leur étoient
interdites par les loix. Les Loix des Tyriens, dit cet Auteur,
ainfi qu'il efl cité par Josèphe , défendent de fe fenlr eu
jurant de formules étrangères , &: Théophrafte compte parmi
ces formules étrangères celle que l'on appelle Korhaii. Aiyti
ycip 071 yM!\îiov(nv oi Tvd^av vôijuai ^niyMi o^yjO'jÇ, ollvvhv , h ôis jj^
'nvcùv a,'A\ffly, ^ lo i^g.X'è [juini of/jov Kop^aiv xjt.'Ta.^'ô/xè'/. La confé-
quence que Scaliger déduit de ce même texte, que la Lanorue Scalg. dt
des Phéniciens étoit la mcme que celle des Hébreux, a plus ^"'^'"^- '^""f'
de juftelle. Le mot Korban a, dans l'une & l'autre Langue,
la même fignification , & défigne une offrun^^e.
Cette formule fignifie dans la Langue dus Hébreux , fuivant
Josèphe, A^epv 0eV, ïoffraïuk de Dieu, ou plutôt \ofrande
faîte à Dieu , le don qui lui ef prejente' , ou (jui ejl mis fur (on
autel. C'efl en effet fa véritable figiiification ; car la racine de
ce mot Hébreu efl ^ip ^ Karah appropinquavit , appropinquare
fecit , obtulit , dont on a fait P^V , Korban, offrande. Ce mot
fignifioit la mcme chofe chez les Phéniciens , qui avoient
donné à leurs Prêtres, dont la fonclion ét(;it d'ajiprocher
ou de mettre fur l'autel les viclimes offertes par le peuple ,
le nom de V^^y. , Karbauim. Ce nom s'étoit confervé dans
quelques-unes de leurs colonies, où il avoit été grécifé par
la llmple tranfpofition d'une lettre, qui n'empêche pas de
reconnoître ^on origine orientale. Dans l'île de Parus, les
prêtres de Démeter ou Cérès s'appeloienl KxficLpyoï. ?Jr(fcL
La Formule Korban étoit encore en ufige chez les Juifs ^<^^-^]J-
au temps de Jélus-Chrifl. Le Légillateiu- de la nouvelle o^jtaHf.
Alliance l'avoit en vue, quand il reprochcjit aux Piiariliens, Mmih.xxnt,
d'enfeigncr que celui qui juroit par l'autel, ne contraéloit ''^'
aucun engagement; mais que quiconque juroit par l'offande
qui étoit fur l'autel, c'efl-à-ilin. , par le Korban , étoit tenu
d'exécuter ce (ju'il avoit promis par ce (èrment.
Les Juifs durent conferver cette formule , tant qu'ils eurent
la liberté d'exercer dans le temple de Jérulalem le culte que
J'orne XL, G
50 MÉMOIRES
MoiTe leur avoii piefcrit : leur temple & leur ville ayant été
détruits par Tite , & n'ayant plus d'autel fur lequel ils pufiènt
faire leur ofïiande à Dieu, ils fubfiituèrent une autre foimule,
c]ue l'on trouve en ufage parmi eux peu de temps après leur
deftrudion , & ils jurèrent par la vie de Dieu : cette efpèce
de ferment devint fréquente chez eux , & fut connue Ats
Payens, parmi lefquels ils ctoient difperles. Martial, qui écri-
voit fês Epigrammes fous Domitien & fous Trajan, l'a rendue
dans ks vers par le mot Aiichialus ; ce Poëte, qui ne veut
pas recevoir le ferment d'un Juif, par les temples du Maître
'Mort, h XI, du tonnerre , exige de lui qu'il jure par Anchialus :
Ecce negas , jurajquc niihi per templa Tonantis ;
Non credo ; jura , Verpe , per Anchialum.
Cet Anchialus eft, comme l'on en convient, un mot que
le Poëte a formé de ceux qu'il avoit entendu prononcer par
àts Juifs, lorfqu'ils juroient dans leurs Langues. '«'^^ 'P tnx ^
im ou am chi ala , fi vivit Deus , par la vie de Dieu; ou bien
ia particule im qui, dans la Langue hébraïque, eil quelquefois
conditionnelle, étant fou vent affirmative, cela ejl aujjï vrai,
iju'il cfl certain que^ Dieu ejl vivant. Les Payens entendant
louvent prononcer ces mots par les Juifs, iorfqu'ils juroient,
ont pu fe perfuader facilement, que c'étoit un nom du Dieu
qu'ils adoroient.
Les Carthaginois originaires de Phénicie, & qui en avoient
emporté les loix & les ufages, qu'ils pratiquèrent dans leur
'Alex, al Alex, nouvel établiifement , avoiejit, fi l'on en croit Alexander ab
gtri.^ditr, i. IV y Alexandre , une loi qui défendoit à leurs Magifh-ats l'u/âge
du vin , pendant tout le temps que leur magiitrature duroit.
Cette loi n'efl: citée par aucun Auteur que je connoifîe, &
je préfume qu'Alexander aura pris pour une loi deCarthage,
celle que Platon propofe pour la République dont il avoit
formé le plan : ce Philofophe dit qu'il approuveroit plus
volontiers la loi des Carthaginois que celle de Crète & de
Pht.JeLrg. Lacédémone. La Loi carthaginoife qu'il expolè , & à laquelle
'"'^' "'' il donne la préférence, délendoit, à qui que ce fût, de boire
DE LITTÉRATURE. 51
du vin dans le cunp , & elle ordonnoit de Te contenter d'eau
pour boiiron. U ne s'agifToit donc que des Officiers & des
Soldats pendant le temps de leur fer vice , & non des Magiflrats
qui demeuroient à la ville. Platon ajoute que, pour lui, il
n'accorderoit l'ufage du vin à aucun efclave de l'un ni de
l'autre fexe , & qu'il l'interdiroit même aux Magiflrats , *
pendant toute l'année de leur adminiftration. Ariflole, qui
uarle aufli de la loi de Carthage, borne au temps du fervice ,^:'fl-'i'»^-
militaire & au fcjour dans le camp la dctenle de bone ^^^
du vin.
Il y avoit aufli <^&s loix pour encourager la bravoure
militaire; elles accordoient à ceux qui avoient bien fervi ,
le droit de porter, par diftinélion , un anneau au doigt, & ILd^R^p.
ces anneaux c'toient multiplies en proportion du nombie des
guerres dans lefquelies ils avoient été employés.
Je ne fais s'il faut rapporter à ime loi particulière , l'ufage
des habitans de Biblos. Les Phéniciens qui demeuroient dans
cette ville , ne ramalfoient pas dans un chemin public ce qu'ils
y trouvoient, & qu'ils n'y avoient pas lailfé tomber eux-
mêmes : s'ils l'euffcnt fait, ils auroient cru avoir commis jEllan.var.
un larcin. On peut juger, par cet ufige , de l'averfion des ^'J'-'^-'-
Phéniciens pour le vol.
Les loix, dans les premiers temps, étoient faites par les
Princes, mais de concert avec leurs peuples, & de leur
confentement. Au pays tie Canaan, ou dans la Phénicie , il
il ne fe fai((>it rien d'important concernant le gouvernement
par \me autorité abfulue : on y adèmbloit le peuple, &: on
lui dcmandoit fon avis. Le roi de Sichem veut faire alliance
avec la famille de Jacob, il afièmble fes fujcts, leur propofe Cm.xxxiv^
cette alliance, il leur en explique les conditions, &: leur"""
demande leur confentement; mais, dans la fuite, l'autorilc
s'accrut &: devint dtfpotique; les volontés i\ts Princes furent
exécutées comme des loix. Tel étoit déjà l'état des gouvcr-
nemens chez les Phéniciens & chez les autres peuples voi-
fuis, lorfiue les Hébreux, las de la Théocratie . demandèrent
un Roi à Samuel. 11 n'éioit permis à aucun Phénicien de
Gi)
32 MÉMOIRES
paroître en armes dans une aflemblc'e convoquée pour tlcliberer
liir une afFciire ]inbii(jue ; ctlui qui y venoit ainfi , ne fût-if
arme que d'un feul dard ou trail , c'ioit impitoyablement
condamne à mort. Je ne rapporte cette loi que fur la foi
... '^l'^-i'"' i\'Alcx(Jii^er ab Ahxtiruiro. Cet Auteur ne cite aucune autorité.
dur, IV, j /, , , I • -Il . , .
oc n ayant pas trouve cette loi ailleurs, je ne la garantis
point.
Les Princes avoîent e'té c'tablis pour la manutention des \oIk
Si pour faire obferver la police : tant que les focic'lés, à la
tête J /quelle;; ils avoient été placés, furent peu nombreufes,
ils purent fiiflire à cette fondion ; mais leurs peuples s étant
multipliés, & leurs domaines sctant étendus, on fut obligé
d'établir d'autres Magifhats qui fuient charges, avec le Prince,.
de rendre la juftice aux particuliers, de faire exécuter les loix,
& d'en punir les infracliions. Ces Officiers étoient choifis
par le Prince, ou par la fociété, fuivant les diverfes formes
de gouvernement qui avoient lieu. On les nommoit y4//r/>//j-,.
en Phénicien comme en Hébreu, '^P.', Zcikencï , dont le
nominatif eft \\:\\ 'Lukeii , Senior, atate major , un vieillard,
L'Écriture donne ce nom aux officiers de Pharaon , qui
Cen.L.6. accompagnèrent Jofeph dans le voyage qu'il fit en Paleftine
pour la fépulture de fon père ; elle nomme de même les
Num.iii, principaux dts Tribus d'Ifraël, & ceux qui étoient les plus
'xv/'['//' '-^'^''^gi^i^-'^ parmi les habitans du pays de Canaan. Ils durent
porter le même nom en Phénicie Se à Carlhage qui en étoit
une colonie, & qui avoit conlèrvé la LangLie de fa première
patrie. AriHote , parlant de cette dernière ville , appelle fes
"Arijl. de Rtp. premiers Officiers Tiçov-ns, Seniorcs , des Anciens ; ce qui, en
^''^' Punique, comme en Phénicien, ne peut être rendu que par
le mot ^^'?)?'', Tjikenim , qui a la même fignification. Quoique
ce nom défigne plus particulièrement des perfbnnes avancées
en ûge, ce Philofophe nous apprend que, dans le choix que
îd. iliid, t j , l'on enfaifoit, on avoit plus d'égard au mérite qu'au nombre
des années, &: qu'on les prenoit parmi les perlonnes les plus
riches, &: dans les familles diili nouées.
Ceux à qui l'on confioit la principale autorité à Carthage,
DE LITTERATURE. 53
étoient toujours choifis parmi ces anciens. Les Latins tes
appelèrent Sufctes , & au finguiier Suf^es.^ Les principaux
Magiftrats de chaque ville dépendante de TEtat de Carlhage ,
étoient ainfi nommés. On voit dans une Infcription commu-
niquée \ Bochart par Vofîîus, & qui fe trouve dans le Recueil
de Gruter & dans d'autres Colleclions , que chacun des Chefs
des villes Carthaginoifes, qui traitèrent avec les Romains, fut
qualifié Suffis : ce nom eft Phénicien d'origine > &: il défigne
vn Juge. Sa racine eft ^Ç'-? , Schcipluith , ordumvit, Jifpofiiit ,
juScavit , dou^^^jSchophcih.im Juge , &: au pluriel cçiai» ^
Schoplictim , des Juges, hiis Grecs ont traduit ce mot par
A/-<ctça/ 6c par Kôito;, Jes perfonnes chargées Je rendre la
jufliee , de dïjcerner entre le jufe à" l'injujle , des Juges. Les
Hébreux appelèrent ainfi ceux que Dieu chargea de les
gouverner depuis la mort de Jolué jufqu'à l'élablilleinent de
la royauté chez eux. Les Phéniciens , fous la domijiation des
Alîyriens , nommèrent de même la plupart de ceux que les
rois d'Afîyrie leur envoyèrent pour les gouverner : ce fut
aulfi le nom que les Carthaginois , dont la Langue étoit
phénicienne , donnèrent à leurs principaux Magiftrats. Drulius
& Seiden ont recours à une autre et) mologie ; ils prétendent
que l'on doit déiiver le mot Suffis Si. Suff'etes du verbe «"i?^ ,
Tiçiphah , fpciuhitus ejl , intuitus ejl, oùfen'ûvit , d\ni noï^ Ty-
plhh , Spcailiitor, Ephorus , Epoptcs , infpcâor, Ep'ijcopus. Quoi
qu'il en foit , je préfère la première ctymologie à cette
dernière, parce que les Hébreux, dont les Phéniciens parloient
la Langue, nommèrent ^^"^f^^ ,Siliophennt ,Ju<lices,ccv\\ qui
exercèrent chez eux la fouvcraine autorité après la mort tie
Jolué , comme il paroit par le titre qu'ils ont donné dans
leur Langue au livre qui contient le <létail de leurs aélions;
& parce <]ue, dans ce livre, toutes les fois qu'il ert queflion
de ce premier Magifhat, il cU nomme ^'^ , Judici/is , Si. non
nsY ^ Tioplic , SpccuLitor , JnfpcéJcr.
Les Philillins, voilîns i\(.'<, Phéniciens, cS: qui dans la fuite
furent confondus avec ct^ derniers, donuoicnl uu autre nom
54. MÉMOIRES
à leurs principaux Magifbats ; ils les appeioient '^'^.'"? , Sr/rrnlm,
que les Auteurs tic la vedioii grecque ont rendu par Sar^'^Ta/,
Jof.xrrr,;. & ceux de la Vulgale par Regu/i 8c Sutidpct. Ce nom t=3»J"iD,
/lll'g.v.'s! Sareiim , dans la Langue phénicienne, fignifie des Clwjs &
IlReg.vi. Jes Princes, & efl: le pluriel de P? , Sanui , Dus, Pniueps»
'' ' Ce mcme mot paroît être aufTi l'étymologie de Sureiui , nom
qui ctoit donné, au temps d'Ammien Maicellin, à celui qui
Amm. MdKtll, étoit revêtu de la première dignité de la Cour de Perfe.
^^^' La foncflion de ces Juges & de ces Magiflrats étoit Je
veillera ce qu'il ne fût fait aucun préjudice à l'Etat, ni aucua
tort aux particuliers , &: de réprimer par des peines ceux
qui nuifoient à la tranquillité publique , ou qui caufoient
quelque dommage à leurs concitoyens. Les affaires civiles,
comme les criminelles étoient de leur compétence. Dans
les premières, ils rétabliffoient par leurs jugemens, l'égalité
entre les particuliers , lorfqu'elle avoit été violée par l'entre-
prife de l'un fur l'autre; dans les fécondes, ils puniffuient
les infraéleurs des loix , foit que l'infraction eût été nuilible
au Public , foit qu'elle n'eût été préjudiciable qu'au particulier.
Les peines étoient de différentes fortes, fuivant la nature
du délit; quelques-unes n'étoient que pécuniaires. Ainfi le
vol n'étoit puni chez les Hébreux c]ue par la condamnation
à reftituer au quadruple de ce qui avoit été volé; il n'y
avoit que le vol fait d'une perfonne libre , pour la vendre
à un autre, & lui faire perdre fi liberté, qui fût puni de
mort. Il ne paroît pas que chez les Phéniciens le vol fût puni
autrement que d'une peine pécuniaire, mais nous ignorons
fil proportion. Il n'en étoit pas de même en Egypte , le
voleur, non-leulement n'étoit pas puni, mais en rendant le
vol , il étoit autorifé à garder le quart de la valeur de ce
qu'il avoit volé. Il y avoit même dans ce pays une. loi fm-
gulière ; elle ordonnoit à ceux qui vouloient exercer la
profeffion de voleur de fe faire infcrire chez un Magiftrat
particulier, qui avoit le titre de Capitaine des voleurs, &
Diod.Sk.t, de porter chez lui tout ce qu'ils déroberoient : ceux à qui
f-'f' l'on avoit pris quelque choie alloient trouver cet Officier^
DE LITTÉRATURE. 55
lui ex'pliquoient ia qualité & le nombre des chofes qui leur
avoieut ctc volées, & lui défigiioient le temps & le lieu où
le vol avoit été fait ; ia cliofe perdue fe retrouvoit infailli-
blement par cette voie , & l'on donnoit le quart de fn valeur
pour la ravoir. Le Légiflateur, dit Diodore qui nous a rap-
porté cette loi , penfant que ne pouvant abfolument empê-
cher le vol, avoit cru qu'il valoit mieux donner aux Citoyens
le moyen de recouvrer ce qui leur appartenoit, en leur faifant
payer une légère contribution ; mais dans la fuite cette loi
fut changée , & les voleurs furent condamnés à mort : cette
peine parut trop grave à Aclilàne. Ce Prince qui étoit venu
de l'Ethiopie , Se qui, par la vi<5loire remportée fur Amafis ,
s'étoit rendu maître de l'Egypte, au lieu de condamner les
voleurs à la mort, comme on avoit fxit fous quelques-uns
de fcs prédécellèurs , prit un tempérament particulier. Pour
arrêter les vols, il ht imprimer aux voleurs une marque
infamante , & les condamna à l'exil ; il leur fit couper le
jiez &. les relécriia dans le fond du déiert, où il leur ht bâtir
une ville qu'il appela R/iinocoIure , d'un mot qui exprime la
peine dont il les avoit llétris. Les Arabes voifins de l'Fgypte,
avant Mahomet, faifoient couper la main à celui qui étoit
juridiquement convaincu de vol , comme on le voit dans
l'Alcoran. Un ft'cond vol étoit puni du retranchement de
l'autre main ; à un troihcme on coupoit un pied , &; au
quatrième l'autre pied.
Outre les peines & amendes pécuniaires, il y en avoit
aufll de corjKjreHes, & ces peines étoient de deux lortes ;
les unes n'a voient pour objet <jue la correction du coupable,
les autres étoient capitales, «Se retranchoient le criminti de
la fociété par la mort qu'on lui faifoit fubir : ces peines étoient
les mêmes dans prefcjue tout l'Orient.
Les fautes moins conhdéra!)lcs étoient pimics par la Ha-
gellalion. Mo'iïe , «jui avoit vu pratitpier ce luppliceen rgypte,
le prefcrivit dans fa loi ; il ordonna que lorfqu'un homme
fcroit trouvé coupable de (juelque faute méritant ce châtiment , />„/, xxv,
les Juges le feroicnt coucher par terre &: battre de \(.rgi.s •»•
56 MÉMOIRES
en leur prcTence, en obfervant la proportion entre la peîne
Scia faute ;& adoiicillànt la rigueur de ce fiippiice, tel qu'on
le faiioit (ubir en Egypte, où l'on dtchargeoit quelcjuefois
niille coups fur le corps du coupa!)Ie, il défendit d'excéder le
nombre de quarante. Ailleurs & ànns la Phcnicie, le nombre
de couj>s n'étoit pas déterminé, il dépendoit de la volonté
du Juge, & il arrivoit quelquefois que le criininel expiroit
(ous les coups. Les inllrumens de ce châtiment étoient de
menus bâtons ou des baguettes , 8c quelquefois des lanières
ou courroies 4e cuir de bœuf. Pour rendre le fupplice plus
douloureux, on armoit fouvent ces lanières de pointes de
fer & d'oflelets de moutons. Roboam fils de Salomon avoit
en vue ces lanières ainfi chargées, lorfcjue répondant à fou
peuple, qui lui demandoit quelque diminution des impôts
exceliifs , dont il avoit été lurchargé fous le règne de fou
llReg.xfi. père, il lui dit : Alon père vous a frappés avec des verbes
''' finiples , & moi, je vous frapperai avec des fcorpions , c'eft-
à-dire, avec des fouets armés de pointes aulfi piquantes &
aufTi douloureufes que la piqûre des fcorpions : le coupable
étoit frappé fur le dos. La verge de la corredion , dit l'Auteur
Vm'.y, r }; des Proverbes , fe fera fêntir fur le dos de l'infenfé. Les coups
XXVI, ^. faifoient à^s traces & des filions fenlibles fur le corps de ceux
rf.cxxxviii, Q^\\ les recevoient. Les pécheurs , dit l'auteur du Pfeaume ,
^' ont forgé & ont labouré fur mon dos. On frappoit auffi
fouvent fur les côtés, comme on le voit par l'auteur de
'£cd.xLii,j. l'Eccléfiaflique, qui ne veut pas qu'on rougifl'e de frapper
jufqu'au fang fur le côté du méchant fêrviteur.
La mutilation étoit luie peine qui s'infîigeoit pour divers
crimes. On coupoit la langue à ceux qui découvroient à
l'ennemi quelque fècret de l'Etat, & les deux mains à ceux
qui avoient fabriqué de la faufîè monnoie, qui avoient ufé
de faux poids & de faulfes mefures, ou qui avoient contrefait
le fceau du Prince ou des particuliers. On traitoit de la même
manière les écrivains publics qui avoient fuppofé de fauffes
pièces, ou qui avoient fupprimé quelques articles dans les
pièces qu'ils avoient copiées. Enfin , on rendoit eunuques
ceux
DE LITTÉRATURE. 57
ceux quî avoient violé une femme libre. C'étoit ainfi qu'en
Egypte chacun ctoit puni par la partie qui avoit été l'inflru-
ment de fon crime. Ces diffcrens délits contraires àlafociété, DwiùSic.r,
ne reftoient pas impunis dans les autres provinces de l'Orient;
mais nous ne pouvons dire , i\ l'on laifoit fubir les mêmes
peines à ceux qui en étoient convaincus.
Les peines capitales étoient de différentes fortes, & elles
étoient iiiHigées pour diverlês efpèces de crimes. L'homicide
fut toujours regardé comme un de ceux qui méritoient d'être
expiés par la mort. Caïn , après avoir tué Abel fon frère,
reconnoît qu'il mérite la mort : cependant Dieu ne permit
pas que ce premier meurtrier fubît la peine qu'il avoit
inérilée; il le condamna feulement à l'exil, ou à mener une
vie errante & vagabonde. Si Lamech avoit commis u\\
meurtre, il fe flattoit d'une pareille impunité; mais après le
déluge, lorfque Noé fut forti de l'arche, Dieu décerna la
peine de mort contre l'homicide : cette loi fut obfervée par
tous les dekeiulaiis de ce reflaurateur du genre humain ;
elle le fut en Egypte dans les temps les plus reculés. Moyfe,
qui avoit tué un Égyptien, fut obligé de s'expatrier, pour ExU ir,
fe foudraire à la mort que Pharaon vouloit lui faire fubir. '^' 'S'
En effet, tout homme qui avoit tué w\\ homme libre, ou
même un efclave, étoit puni de mort dans ce pays; celle
peine étoit même étendue à ceux (]ui ayant rencontré dans
leur chemin, à la campagne, \n\ homme que l'on vouloit
tuer , ou à qui l'on vou/oit faire qLiclque outrage , ne
l'avoient pas défendu, ayant pu le faire. Celui qui n'avoit Diod. Sic. r,
pu défendre l'homme que l'on affilîînoit , ou à qui l'on
faifoit outrage, éloit tenu de déclarer au Magiftrat les alïïiffins
&. ceux qui avoient fait l'oulrage; de donner leur llgna-
icment, &: de les pourliiivre en fon propre (Se privé nom;
s'il y manquoit, on lui fiifoii donner un certain nombre Exod.xxi,
de coups de fouet, déterminé par la loi, ôc on lui faifoit 'y.^-
pader trois jours fans manger. La loi donnée aux Kracliles, ^^"'"'^'"^'
tlillingua le mcurlrc volontaire de celui qui éloit involontaire, ^'^'^x^v;
Moyfe coMllrmant la loi qui avoit été promulguée à la fortie '/;«/,. v/a-.
Tome XL. w
1 1,
jS MÉMOIRES
de l'arche après le déluge , ordonna que celui qui auroit tue
voloiitairtinent un homme, feroit mis à mort; 8c il établit,
pour les homicides involontaires, des lieux d'afiie , ou des
villes (.le refuge, pour les mettre à couvert de la vengeance
des parens de celui qui avoit clc tué. Les Rahins veulent
que l'homicide volontaire ait été expié par l'épée, c'efl- à-dire,
par la perte de la tête de celui qui l'avoit commis. L'Écriture
ne le dit pas pofitivement ; mais elle nous apprend que le
fupplice de la décolation étoit en ufage parmi les Hébreux ,
comme dans toutes les autres parties de l'Orient. Abimelech,
Jttt^ic. IX, jj, (x\s de Gédéon, fit trancher la tête à foixante-dix de fes
frères, fur une même pierre à Éphra. On coupa de même, à
Samarie, la tête à foixante-dix hls d'Achab, & ces têtes
furent envoyées dans des corbeilles à Jéhu, que Dieu avoit
fufcité pour punir la maifon de ce Prince, des impiétés &
des crimes qu'il avoit commis dans Ifraël /aj.
Le meurtre involontaire étoit foiimis à une forte de
Porph.deAhjl. punition. Les loix , dit Porphyre , n'avoient pas voulu
l'exempter de toute peine, de peur que l'impunité ne donnât
occafion aux méchans de faire volontairem.ent ce qui avoit
été fait par d'autres involontairement & par accident. La
//.
(a) II paroît qu'il y eut un temps
pendant lequel le meurtre , même
volontaire, ne fut pab puni de la mort
dans la Grèce. Furipide témoigne que
telle étoit l'ancienne pratique de ce
pays (Eurip.). PLitonmême, dans
fa République, n'impofe pas d'autre
peine au meurtrier , que i 'exil (Plat.
de Rep. ) ■ Dans les anciens temps,
dit Ladance , on regarJoit comme un
crime -de mettre à mort dis hommes,
quoique- coupables de grands crimes :
ce ne fut que depuis que les meurtres
furent devenus tVéciuens , & que les
violences fe fiu-cnt multipliées , qu'on
les pi:nit du dernier fupplice ; mais fi
le mcurîritr n'étoit |ias pourfuivi [)ar
Its loix; il pouvoit Tcire par les parens'. ]
du défunt, & il ne pouvoit demeurer
dans fa patrie , qu'il ne fe fiât accom-
modé avec euY, & qu'il ne leur eût
payé une compofition. Homère parle
de cette compofition en différens en-
droits de fon Iliade, f Hoin. Iliad. IX,
V. 62 8 ; xvjji, V. 4Ç)8 ); <Sc Eullathe
fon Commentateur, dit que c'étoit une
coutume ancienne > que celui qui avoit
commis un homicide, payât une coni-
polition aux parens de celui qui avoit
été tué , pour n'être pas obligé d'être
toujours exilé de fa patrie. Cet ulâge
des anciens Grecs a été adopté ])ar
pluhi-urs Nations : il a même eu lieu
chez nos ancêtres , fous la première
&. la. féconde race de nos Rois.
DE LITTÉRATURE. 59
peine de ce délit involontaire étoit l'exil pendant une année, Schni Eari •
au lieu que celle de l'homicide volontaire étoit l'exil pendant HippoL v. '} j ,
toute la vie, à moins que l'on ne fe fut accommodé avec
les parens de celui qui avoit été tué. Hercule qui a\oit tué,
fans en avoir eu le deffein , Eunome , fils d'Aichitcle, Apor.od.n.
voulut fubir la peine portée par les loix , &. s'exila volon- 7'
taireinent pour un temps. On trouve cependant que Céphale
ayant involontairement tué Procris, qui étoit cachée dans
des broufïïulks, Se qu'il avoit prife pour une bête fauve, fut
condamné, par l'Aréopage, à un exil perpétuel. Ceux à cjui lJ,ni.t^.
ce malheur étoit arrivé, fe réfugioient ordinairement chez
quelque Prince, &: ils ne fortoient pas de fon palais qu'ils
n'eufiënt été expiés. Ces expiations étoient connues en Phé- Eufi. h, WaJ.
nicie ; c'efl mêine aux Phéniciens qu'il paroît que l'on doit ^■^'^'•"•^^o-
en attribuer l'établIfTement & les rites, L'Hiérophante chargé
de cette fonction dans l'ile de Samothrace, confervoit le
nom de Kow ou de Koh'î, qui dans la langue Phénicienne Hij^ch,,.
fignifie //// Prêtre , ce qui prouve fufîifamment que les céré- ^'"''^*
monies qu'il pratiquoit , venoient originairement de la
Phénicie. Ces cérémonies avoient les mêmes auteurs dans
l'ile de Crète, où les Phéniciens avoient établi une colonie
dans les premiers temps. L'Hiftoire nous a conlèrvé le
noin du jirctre Cretois qui expia Apollon du meurtre qu'il
avoit comrnis, el!e l'appelle C/w/^///or .• cette forte d'expiation Faujm.xi
fe pratiquoit aulPi en Egypte , & il eft à préfumer qu'elle
paflà de ce pays dans l'Attique : on peut le recueillir A^s
marbres de Paros , qui nous apprennent qu'elle fut établie
à Athènes , fous le règne de Pandion fi's de Cécrops
Egyptien.
Les Anciens, malgré toutes les fuperflitions auxquelles
ils s'éloient livres, avoient conlervé un profond refpeél pour
la Divinité, &. ce refpecl les rendoit exacts obièrvateurs des
fermens qu'ils avoient faits par le nom de quelqu'un de
leurs Dieux. Le parjure étoit regardé chez eux comme le
crirne le plus détellable : les Égyptiens le punilloient irré-
nuiliblenicnt de mort, parce qu'ils trou voient qu'il réunilfoit DiolSict,
Hi;
6o MÉMOIRES
ies deux plus grands crimes, l'iiifulle à la Divînitc, &; la
de(lru(flion du fondement le plus ferme de la (oi humaine:
ce refpecl religieux pour le ferment , fe remarcpioit parmi
toutes les Nations.
D'autres crimes, moins graves que le parjure, étoient
foumis à la peine de mort. Toute perfonne en Egypte,
étoit tenue de faire devant les Magiftrats la déclaration de
fon nom , de fa profefTion & de fes revenus ; & celui qui
avoit fait une fauiïè déclaration , ou qui exerçoit une pro-
DioJ.Sic,/. fefTion illicite, étoit condamné à la mort. Quoique dans ce
pays le meurtre d'un efclave fût puni de la mort , le père
qui avoit tué fon fils n'étoit pas condamné à perdre la vie.
On lui faifoit tenir dans fes bras le corps de ion fils , trois
jours & trois nuits confécutives , au milieu de la garde
publique qui l'environnoit. Les Egyptiens penfoient que les
parens, qui avoient donné la vie à leurs enfans, ne dévoient
pas être punis comme meurtriers , lorfqu'ils la leur avoient
ôtée; mais ils vouloient empêcher cette efpèce de meurtre,
par la crainte d'une peine également rude & honteufe. Cette
peine iniiigée aux pères ne pouvoit avoir lieu chez les
Phéniciens, qui, par leur Religion, étoient autoriles à facri-
fier leurs propres enfans, & qui avoient la liberté d'expofèr
ceux qu'ils ne vouloient pas élever.
Toutes les filles, en Phénicie, étoient tenues de payer
un tribut à Vénus : il falloit qu'elles fe proflitualîent une
fois avant leur mariage; mais cette proflitution étoit unique,
& lorfqu'elles avoient donné leur foi à un mari , leur ch.ifleté
étoit inaltérable, ou fi elles fe rendoient coupables de quelque
infidélité, elles en étoient punies : le feu étoit la peine qu'on
leur iiifligeoit. Juda , fils de Jacob , demeurant dans le
pays de Canaan, condamna Thamar Cananéenne fi bru à
Ce;i.xxxv:ii, être brûlée, parce qu'il la croyoit coupable d'adultère; &
■'■^' fon jugement auroit été exécuté , fi par les indices qui lui
furent adminiflrés, il n'eût été forcé de reconnoître, qu'il
étoit lui-même auteur du crime qui lui avoit fait prononcer
cette condamnation. L'adultère éioit puni avec la même
DE LITTÉRATURE. Ci
rigueur chez les Phiiiflins , voifins des Cananéens ou Phc-
iiiciens : la fille du Phiiillin que Sarrifon avoit époulce, &
qui s'étoit féparée de lui, pour fe marier à un autre, fut
biûlée avec fon père, qui avoit confenti à ce mariage Judk.xv.s,
illccal : ce fiipplice s'exécutoit en plaçant celui ou celle qui
y avoit été condamnée au milieu d'un bikher auquel on
mettoit le feu. Dans la Chaldée, ceux que l'on vouloit faire
périr par le feu, étaient jetés dans une fournaife ardente:
Daniel cc fes compagnons, furent ainli traités à Babvlone; Dim.u1.20.
ou bien on les mettoit dans une poêle ardente. Sédécias fils
de Maafias, & Achab"fils de Colias , deux faux Prophètes,
(]ui avoient fait le mal dans Ifiacl, & qui avoient abufé des
femmes de leur prochain, furent, par l'ordre de Nabucho- Jmm.y.xix,
donofor , brûlés dans une poêle : les fept frères Machabées ^^'
foufîiirent le même fupplice fous Antiochus Epiphane. En iiMach.
Égrypte, l'adultère commis volontairement de part &: d'autre, ' ^'
n'étoit pas puni fi rigouieulement ; on donnoit mille coups
de fouet à l'homme, &: l'on coupoit le nez de la femme,
afin de détruire en elle la beauté dont elle avoit abufé pour
le crime; mais dans la fuite les adultères fiu-ent brûlés. Le Z)W.J/h /.
ïc\.\ étoit aufll le fupplice à(ts parricides; mais en Egypte on
lardoit tout le corps de celui qui avoit été convaincu de ce
crime , avec Ats brins de chaume de la longueur à\m doigt, & /</■ iH^-
on l'étendoit fur des épines auxquelles on mettoit le feu. De
quelque crime qu'une femme fût prévenue, lors même qu'elle
avoit été légalement convaincue, on ne lui failoit pas lubir
\.\ peine qu'elle avoit méritée, fi elle fe trouvoit enceinte;
l'exécution étoit différée Jufqu a fon accouchement, après lequel
on la conduifoit au fupplice : cette loi Egyptienne a été adoptée IJ. HU.
dans tout l'Orient, &; même par la plupart tles Grec5. Une loi
aiilii généralement reçue, étoit celle qui condamnoitlacculateur
convaincu de calomnie, à fubir la peine prononcée par la loi
«entre le crime (ju'il avoit faullêment dénoncé.
Un fupplice fréc|ucmment ulilé dans la Paleflinc & dans
la Phénicie , étoit la lapidation. Moyle ra\ oit viailtmbla-
blemenl vu pratiquer en fgypte : ce Icgillaleur des Hébreux
<?2 MÉMOIRES
Dm.xyiir, ordonne que l'homme & la femme , qui auront ctc con-
-''■ vaincus d'idolâtrie, feront conduits hors de la ville, pour
être accables de pierres ; il étend cette peine au taureau qui
Exod.xxr, aura tué quelqu'un avec fes cornes, non pour punir ce délit
■Z"?' dans un animal déraifonnable ; mais pour obliger par fâ
. perte les autres propriétaires de veiller avec attenticin fur
leurs bêtes. 11 fit lubir cette peine à celui qiii avoit blafphémc
Lft'ii.xxiv. le nom de Dieu, & à celui qui, contre la délenfe qui avoit
''^' été publiée au nom de Dieu dans le camp , avoit ramaffé
Num.xv.s;- du bois le jour du fabbat : ce fupplice continua d'être ea
ufage dans la Palefline. Jofué fit lapider Achan , qui avoit
Jof.vn,2j. recelé quelque chofe du butin de Jéricho. Ceux qui avoient
fubi cette peine , n'avoient pas d'autre (cpulture que les
pierres qui avoient fervi à leur fupplice; on en faifoit un
monceau fur leur cadavre, ce qui fut fait fur celui d' Achan.
La même chofe fe praliquoit à l'égard de ceux mêine qui
avoit foufïert un autre genre de mort. Le corps du Roi de
la ville de Hai, détaché du gibet auquel Jofué l'avoit fait
lbid,vin,2p, pendre, fut couvert d'un monceau de pierres; celui J'Ab-
falon fut porté après fa mort dans un b(^is , & on éleva fur
n Reg, lui uw grand tas de pierres : ces monceaux de pierres fe
xvtu.^y. i-encontroient fréquemment en Paieftine & dans la Phénicie.
L'auteur des Proverbes les avoit en vue, lorfqu'il comparoit
celui qui veut honorer un infenfé, à l'homme qui jette une
Prov.xxvi.S. petite pierre fur im tas de pierres. L'auteur de la Vulgate
a pris ces monceaux de pierres pour ceux qui dans d'autres
pays étoient faits en l'honneur de Mercure, & qui étoient
formés des pierres que les paflàns jetoient au pied des ftatues
de ce Dieu à qui ils avoient donné la fouveraine intendance
des chemins. J'ai fait voir dans un autre Mémoire, que
le texte original ne préfente rien qui donne lieu à cette
interprétation.
La croix étoît une autre efpèce de fupplice très-connu
dans tout l'Orient; Moylè , qui l'avoit vu pratiquer en
CeH.xL,iy, Egypte, y fit attacher dans le défert les principaux chefs
j:im,xxv,4, ài]k-àô., qui avoient participé à l'idolâtrie des Moabites,
DE LITTÉRATURE. ^3
Jofué, après avoir fait tuer les rois Cananéens qu'il avoit
vaincus les fit mettre en croix. Les Philiains, qui ayojent jof. x. .6.
coufié k tête de Saiil. pendirent Ton corps aux murailles de
BeSifan. Les meurtriers dmofeth, à qui David fit couper ^/^^.^.a-^x/,
les pieds & les mains, furent aufTi pendus fur la piicine
d'Hébron. Les Gabaonites, qui ctoient Cananéens, cxxxzx- UR.g.iv.^.
fièrent fept des fils de Saiil. Aman fut attaché, par \oxàï^ lid.xx,.?.
dAlfuéru^ à la croix qu'il avoit fait préparer pour Mardochée. LfA. vu. • c.
Artaxerxès', dans fon édit pour le rétabli ifement du temple
de Jérufalem . ordonna que ceux de i^s Officiers qui y
contreviendroient, feroient crucifiés fur un bois que ion
prendroit dans leur maifon. Alexandre, devenu maître de ^ ^; £,';^. ."//,
Tyr dont le fiége lui avoit coûté fept mois de fatigue 6c
de dépendes, fit crucifier deux mille de fes habitans le long
de la mer. Ce même fupplice étoit en ufage i Carthage ,
colonie Phénicienne; non-feulement les perlonnes du commun
V étoient k.umifes, on le failoit auffi lubir à ceux qui étoient
ies plus dillingués dans lÉtat. Les Généraux qui ne setoient
pas conduits avec toute la prudence requife , étoient aulh
punis, malgré les fuccès qu'ils avoient eus. Lufage introduit ^v.iMa..
par Moyfe de faire mourir publiquement les animaux qui
avoient tué quelqu'un , s'étoit auffi introduit à Carthage.
11 n'étoit pas rare de voir fur les chemins des lions attaches
à i}its croix ; on le faifoit , dit Pline, pour arrêter la ixxitMX Pùr..viu.. S.
de ces animaux par le fupplice de leurs femblables.
Plai-te dans fa comédie du Carthaginois, fait mention
d'une aut're forte de fupplice en ulage dans le mé-ne pays. ^;ï-!jj'«-
Le criminel condamné étoit étendu par terre; on mettoit
une claie fur fon corps, Se l'on chargeoit cette claie de grolfes
pierre^. D'autres fois on l'écrafoit fous les pieds des chevaux.
Anulcar. Général des Carthaginois , fit mourir aind quelques
foldats déferteurs. & quelques étrangers qui avoient ^h^^^- Jpbr. d.
donné le parti de la Réi)ublique : ce fiipplice n étoit pas
pariiculier à Carthage. Gédéon revena-it de la pourh.ile des
Madianiles, fil écrafer fous les ronces & les épines du défert ,
k-s hubilans de la ville de Socolh. Da\id ayant '..liiicu les uik.viu.
64^ MÉMOIRES
Ammonites &: pris Rabbath leur capitale, fit padêr fur les
nRf£;,X/r, habitans àes chariots & des roues années de fer. L'auteur
•'''' de la Vulgate dit qu'il les fit Icier, & ferravit eos , &. la
verfion grecque eûuxÉv Iv rZ 'KeÂon j mais le mot Hébreu que
le Tradudeur latin a rendu ^ds ferni , & le Grec par -Treyav, ne
peut fignifier ici l'inflrumciit dont on fe fert pour fcier la
pierre ou le bois; ^"^^ , man/g, ou •"'^■"?, mcrgah , qui elt le
terme de la Langue orientale, défigne, non une fcie , mais
une efpèce de traîneau que l'on laifoit palier d-Ans l'aire de
la grange fur les gerbes de blé pour en faire fortir le grain ;
& c'ell: de ce mot Hébreu qu'ont été formés le verbe grec
A'/xg'py^, tero , trituro , & le fubflantif latin vierges , une javelle,
une poignée d'épis : cet inltrument étoit une forte pièce de
bois armée de clous de bois ou de fer , & que l'on faifoit
traîner par des bœufs fur les gerbes ; à cet inflrument le texte
original en joint un autre, qu'il appelle Vl'in, hharouti, ou
charouti, que la verfion grecque traduit par Tei.SoAes , & la
verfion latine par carpentum , un chariot, dor.t on fe lêrvoit
aufii pour laire fortir le grain de l'épi, Servius difiinfaie les
deux inftrumens qui fervoient à la même fin , &: il appelle
Serv.m l'un trihula , & l'autre truha. Tribula , dit-il, étoit une efpèce
Cecr^. I. jjg chariot qui avoit des roues dentelées , & dont on fe fervoit
en Afrique pour leparer le grain de fa paille ; traha , au
contraire, un traîneau (ans roues. Ces inftrumens étoient de
l'invention Aes Phéniciens, & ils en portoient le nom. Varron
diffère de Servius dans la forme du tribula qu'il nomme
trïhulum ; il ne le monte pas fur des roues; il dit au contraire
. que trïhulwn eft une grolle planche chargée de pierres ou de
fer dans fon épailfeur , qui en paflânt fur les gerbes en fait
Van.dere fortir le grain; celui qui conduit les chevaux, le met fin- cette
"^' '^^' planche pour lui donner plus de poids, ou il la charge de
grolfes pierres pour le même effet. Il y a aufii, continue-t-il,
d'autres machines compofées d'ais dentelés avec des rouleaux
que l'on fait traîner par àes animaux; le cocher eft aftis fur
cette machine, & conduit les chevaux où il juge néceiîàire;
ç'eft ce qu'on appelle le chariot Phénicien , plojlelltwi Plianicum :
ces
D E L I T T É R A T U R E. '^5
"ces difTctens iiiftrumens, dellincs par leur invention à faire
lôrlir le grain des épis, ctoient aiifli employés pour les fup-
piices. Les Prophètes font quelquefois allufion à ce dernier
lifage. Ne cntignei point , ô Ifraël , dit Ifaïe , je vous ai rendu ffâ.xLr.jj;
comme lin injliwneiU abattre le lié , tout neuf & armé de pointes.
Lcvei-vous , file de Sion , dit Michée , parce ^uc J'ai rendu ^M,iv,rj,
l'ongle de vos pieds aufi dur que le fer, & votre corne au[fi forte
que l'diniin; vous foukrei & vous écraferei plufieurs peuples.
Ceux qui éloient condamnes à quelques-uns de ces fupplices ,
ii'étoient pas exécutés dans les villes ; on les conduifoit dehors ,
où on leur faifoit fubir la peine qu'ils avoient méritée.
La prifon , qui n'avoit originairement été établie que pour
s'afîurer de la perfonne d'un accu(e, devint quelquefois la
peine de ceux qui étoient réputés coupables. Jofcph , injuf-
tement accufé par la femme de Putiphar , fut jeté dans la
prifon, non pour lui faire fubir une autre peine, mais pour Gen.xxixt
îe punir du crime qui lui avoit été faufîêment imputé; car '**'•
fon maître ne pourfuivit pas d'autre vengeance de l'aiîiont
qu'il cro)oit avoir reçu. Samfon pris par les Phiiilh'ns, eft
aveuglé*&; conduit à Gaza; il y eft mis dans une étroite
prifon, où on lui fait tourner la meule. Artaxerxès, dans juJic.xvt
l'édit pour le rétablif^èment de Jérufalem , veut que ceux de "'
ies Ofhtiers qui rcfuleront de fe conformer à les ordres,
foient punis de mort, ou tlu moins par la prifon. Les prifon- i Efjr. y/r.
jiiers , quoiqu'enfermés chns un lieu d'où ils ne pouvoient *^'*7'
fortir, y étoient encore détenus de différentes manières: on
leur mettoit au cou une machine qui , dans la laiiG;ue de la
Palcfline, porloit le même nom que le joug dont on fè
(èrvoit poiu' aticler les bœufs à la charrue, ou aux autres
voitures qu'on leur fiiifoit traîner, hiy'nimai "lotlioth aol on
cl, veâes jugi , les hâtons ou pièces i!u joug : ce joug éloit
ordinairement compofé de i\<i\.\\ morceaux de bois enlaillés,
pour recevoir le cou du prilonnier ; tel étoit celui dont
Jérémie avoit été chargé , & qui lui fut ôlé par le faux j„mi.xxriir,
prophète Hananie : au lieu de bois, on y employoil quel- '"•
«juefois le fer; à la place du joug ilc bois dont Jérùni^;
Tome XL. 1
'Jerem. XXVII.
il
Ib. XXIX, ^
'M. XI II, 2^
66 MÉMOIRES
vcnoit d'être dcchargc , Dieu ordoiiiia à ce Prophète d'eu
faire un qui fût de ce métal , en figue de celui qui devoit
ctre mis au cou des Nations qu'il vouloit foumellre à Nabu-
chodonofor. Le même Prophète avoit déjà reçu de Dieu
l'ordre de faire des jougs, d'en mettre un à fon cou, &
d'envoyer les autres aux Rois voifms , fur-tout à ceux de
Tyr & de Sidon , par les AmbalHideurs qu'ils avoient à la
Cour du roi Sédêcias. Ces Princes n'auroient pas compris
le fens de cette prophétie, 5c ils n'auroient pu en conclure
leur captivité future , fi ces jougs n'eufîènt pas été en ufâge
chez eux. Les mains des prifonniers étoient de plus chargées
de menottes ou cercles de fer qu'on leur mettoit aux poignets,
comme des bracelets , & leurs pieds étoient ferrés dans des
entraves, qui étoient aufTi des cercles dont on garniffoit leurs
chevilles , & quelquefois des pièces de bois percées en
différens endroits plus ou moins éloignés , dans lelquels leurs
pieds étoient retenus. A ces différens inflrumens étoient
attachées des chaînes qui , fixées aux murailles de la prifon ,
ou à quelque poteau immobile , ôtoient aux prifonniers la
liberté d'aller & de venir dans le lieu où ils étoient renfermés.
Ces chaînes étoient anciennement d'airain; car, pour les
exprimer, l'Écriture fe fert fréquemment du terme '^T'fl!^?»
nechujcluim , qui vient de ^^], nechajch , qui fignihe de i'<2/VwA/.
Tous les prifonniers détenus dans les prifons, étoient ainfi liés;
ce qui avoit fait donner à ces lieux le nom de '^'?P!^'!? •^*?,
betJi-haûfirim , domus v'inâoriim , la demeure de ceux qui font liés.
A Curthage , colonie phénicienne , qui avoit confèrvé le
lan<^acre du pays d'où elle étolt venue , la prifon étoit appelée
Suid.v. iC-yv^y , Ancoti. Suidas, qui nous a confèrvé ce nom , prétend
■ qu'on l'avoit donné à la prifon , parce qu'elle avoit la forme
d'un bras recourbé : cette étymologie fuppoie que ce nom eft
Grec ; mais comme on ne parloit pas cette Langue à Carthage ,
il efl; plus naturel d'en chercher l'origine dans la langue
Punique, qui avoit tant d'analogie avec la Phénicienne. Dans
cette Langue, on aura ainfi appelé la prifon, parce que c'étoit
vn liçu d'horrçur , de triflefîè &. de gémifîèmens, & il viendra
AyMùv
DE LITTÉRATURE. 67
du verbe p;x. anach , qui, fans égard aux points voyelles,
peut le proiioncer cink, & fignitie damavit cum gcm'itu, cjidavït.
La priloii efl: en effet un lieu de loupiis &. de gémiiremens;
quant à ia nourriture des prifonniers, on ne leur donnoit
^ue du pain & de l'eau , & encore avec mefure. Achab ,
pariant du Prophète Michée , qu'il faifoit mettre en prifon ,
recommande qu'on le nourrilfe du pain de tribulation & de lu Rtg:
l'eau d'angoilfe jufqu'à Ton retour. xxn.^y.
Les loix des Phéniciens, en matière civile, ne nous font
pas connues; mais il ell à préfumer qu'elles dilîeroient peu de
celles de leurs voifins, & encore moins de celles de l'Fgvpte ,
avec laquelle ils avoient bien ôits chofes communes. Dans ce
pays, celui qui nioit devoir un argent qu'il avoit emprunté
ià\\s billet, étoit déchargé de fa dette fur fon ferment. Cette Dbd.Sic,i,
loi étoit fondée fur le refpecl que les Anciens avoient pour
le ferment, &: qui faifoit croire que ia partie ne manqueroit
pas à ce qu'elle devoit aux Dieux , & qu'elle ne s'expofcroit
pas , par un faux ferment , à perdre toute croyance dans lelprit
de fes concitoyens, A l'égard de ceux qui prctoient par billet,
ils éloient autorifés à fe faire payer un intérêt : mais il ne leur
étoit pas permis de faire monter les intérêts plus haut que le
principal, c'efl-à-dire , que fi le débiteur fe trouvoit avoir
payé en intérêts deux fois la fomme à laquelle montoit le
principal qu'il avoit emprunté, il étoit entièrement quitte de
(à dette. Anciennement la contrainte par corps avoit lieu pour
les dettes, & le créancier avoit le droit de faire mettre en
prifon le débiteur qui ne le payoit pas : un des éloges donnés
à Séfullris , ell d'avoir payé les dettes d'un grand nombre de ld.iiid.
gens détenus dans les priions à la pourfiile de leurs créanciers.
Dans la fuite, de nouvelles réflexions perfuadèrent que fi les
biens appartenoient aux particuliers qui en avoient hérité de
leurs auteurs, ou qui les avoient gagnés par leur travail, les
hommes éloient à la Patrie qui devoit feule les avoir en la
difpolition pour les befoins de la paix & pour ceux de la
guerre; la contrainte par corps fut ôtée , & le créancier n'eut
plus que le droit de fe venger fur les biens de fon débiteuri
69 M Ë M O I R E S
il piit les fàifir & les faire vendre ù l'eiican , finis toucher a
fa perfoniie. Cette loi paroît beaucoup plus fage que celle de
la plupart des Lc<:fiflateiirs grecs, 8c qui s'obferve encore clans
plulieurs États, par laquelle il efl défendu de faifn- les armes
& la charrue d'un homme à qui l'on a prêté, pendant qu'il
efl permis de prendre & de détenir dans une prifon l'homme
même pour exiger fon rembourfement.
DIX-NEUVIEME MEMOIRE
SUR LES PHÉNICIENS.
De la Milice de ces Peuples,
Par M. l'Abbé MiGNOT.
Lu Tr°\EPUlS Nembrod, ce Prince que plufieurs regardent
Je 2 1 Juillet J_^ comme le fondateur de l'empire d'A(îyrie jufqu'à Ninus,
*' c'cil-à-dire , depuis l'an 2282 julqu'à l'an 2174. avant l'ère
vulgaire, on ne connoît pas d'autre elpèce de guerre que
celle qui fut faite aux animaux. Ninus fut le premier qui
voulant étendre fa domination par la force & par la vio-,
'Jujlm, I, :. lence, déclara la guerre aux hommes.
Son exemple eut dçs fuites fâcheufes pour l'humanité. On
ne tarda pas à voir des Princes ambitieux porter la défo-
lation chez leurs voifms , & même dans des lieux a(îêz
éloignés du fiége de leur empire. Parmi les defcendans de
Canaan , auteurs de nos Phéniciens , qui étoient venus
s'établir dans le pays auquel ils ont donné leur nom, uia
a(î"ez grand nombre quittant fa nouvelle demeure, defcendrt
'Maneth. en Egypte, s'empara du nome Arabique, & y établit une
'A'-Jfi'^- ilynallie connue fous le nom des Rois Pnfleurs : pendant
f,f,^^^. deux cents foixante ans ou environ, ils nrent une guerre
cruelle aux Égyptiens, qu'ils s'alfujettiient, & qu'ils rendirent
DE LITTÉRATURE. ^c,
tributaires en grande partie. Salatis, que je regarde comme
le premier Prince de cette dynaftie, commença fon règne
i'an 2078 avant l'ère Chrétienne, quatre- vingt -feize ans
après que Ninus fut monté fur !e^ trône d'Alî)rie. Saiatis,
dont le nom faifoit trembler les Égyptiens, redoutoit lui-
inême les forces des Aflyriens : pour prévenir toute inva-
fion de leur part, Si. pour s'afîurer fi conquête, il fut obligé
(.{'çn foriifier le cûtc oriental qui étoit le plus expofé à leurs
incurfionj.
1! n'y avoît que cent cinquante-trois ans que les Payeurs
étoient établis en Ég)pte, lorfque le pays de Canaan leur
ancienne patrie, fut attaqué par Codorlahomor, roi dT.lam , Cfa.xrv,/i
apparemment de l'Élymaïde, au-delà du Tigre, entre la
Suziane & la Médie : ce Prince fournit les cinq rois Cananéens
de la Pentapole, & les alfujettit à un tribut qu'ils payèrent
exactement pendant douze ans ; mais l'ayant refufé la treî- ^
zième année , ce Prince revint avec quatre autres Rois (es
alliés: ces cinq Rois, à la tête de leurs troupes, vainquirent
d'abord les Réphéens , qui habitoient le canton d'Aflharoth
Carnaim ; les Zuzéens , peuples nomades de l'Arabie; les
Hévéens , de la plaine de Cariathaim , & les Horréens du
mont de Séhir ; tournant enfuite du côté de Cadès , ils
ravagèrent le pays des Amalécites & celui des Amorrhéens:
enfin, ils fondirent fin- les rois de Sodome, de Gomorrlie,
d'Adama , de Zeboim & de Bêla ; les mirent en déroute,
6c fuent fur eux un grand butin; mais comme ils s'en
retournoient vi(5lorieux , ils furent attaqués par les gens
d'Abraham, & par ceux d'Aner , d'Efcol & île Mambré,
princes Cananéens &i alliés du Patriarche, qui les mirent en
déroute, Ôc reprirent fur eux les richelîcs (ju'il.*; cmporloient.
On voit par cette expédition que les Rois du pays de
Canaan alloient à la guerre en perfoiuie, & qu'ils y condui-
foient eux-mêmes leurs troupes. Le roi Cananéen d'Arad , J^um.xxii.ix
Sehon, roi des Amorrhéens, & Og , roi de Bazan , qui JiJ.yj\
ttoient aulli du pays de Canaan , & qui atta(|uèrent les
JlratUtçs dans le dclert , étoient à la lêie de leurs arniéw
70 MÉMOIRES
qu'ils commancloient. Dans les guerres que les Ifraëlilcs
eurent à foutenir pour fe mettre en polTeiïion du pays qui
leur avoit ctc promis, tous les princes Cananéens, ou fcparcs
ou réunis, combattirent à la tête de leurs armées, & leur
difputèrent le terrein. Lorfque les Ifraëlites eurent des Rois,
ces Rois les conduiHrent à la guerre , comme ceux des
Nations voifnies y conduifoieiit leurs fujets. Saiil, monte
fur le trône , marcha en perfonne contre Naas , roi des
'iRfg.xh'' Ammonites, qui ctoit venu faire le ficge de Jabès Galaad:
•}hid,xiii,2. ce même Prince marcha contre les Philillins; il fit de même
la guerre contre les Amalécites , commandés par Agag leur
'Ibid, XV. 7. roi , &. il n'y eut lous fon règne aucune guerre à laquelle il
ne le foit trouvé. David qui lui fuccéda , commanda lui-
même ^Q% troupes dans toutes les guerres qu'il eut à foutenir,
^JlReg.xi.r, à l'exception de celle qu'il fit aux Ammonites, pendant
laquelle il demeura à Jérulalem, où fon féjour devint l'occafion
des deux crimes dont il fe fouilla, l'homicide & l'adultère.
Il ne fe trouva point à la guerre contre fon propre fils,
parce que ks fujets craignant pour fa perlonne , ne voulurent
%xvili.S' P^s lui permettre de s'expofer. Ceux qui lui fuccédèrent
dans le royaume de Juda & dans celui d'ifraël, marchèrent
toujours à la tête de leurs troupes, dans toutes les guerres
qu'ils eurent les uns contre les autres, ou contre les Rois
leurs voilins.
Quoique dans tout l'Orient , les Rois marchafTent ordinai-
rement en perfonne à la guerre, ils avoient néanmoins ini
Officier qualifié Général de leurs armées. Phicol rempliffoit
Ctti.xxr, ce pofle auprès d'Abimelech, roi de Gérare, avec lequel
■*■*• Abraham fit alliance l'an i 87 i avant l'ère Chrétienne. Celui
qui pofiedoit ce grade foixante - onze ans après dans ce
'ib.xxvi.af. même royaume de Gérare, portoit le même nom. Abner
llReg.11,28. fi-'t Général des armées de Saiil: Joab eut le même titre
lbid.xi.t^. fous David, & Banaia fous Salomon : cet Officier com-
Jxv'if' mandoit fous les ordres du Roi lorfqu'il étoit préfent , &:
lllRèg.ù, en fon abfence il avoit la première autorité dans l'armée,
/•? ' '^' -<■• mais toujours fubordonwée à celle du Roi , de qui il prenoit
DE LITTÉRATURE. 71
ïes ordres , & à qui il rendoit compte Je Tes opérations ,
comme on le voit dans la mierre de Da\id contre les
Ammonites. Sizara commandoit l'armée du Cananéen Jabin ,
roi dAzor, qui étoit abfènt, dans la bataille contre Barak,
juge d'iiraël. David n'ayant pas voulu fortir de Jéruialem , Judic.rv.i,
envoya Joab ravager les terres des Ammonites , 5c faire le
fiége de Rabba leur capitale ; le même commanda les troupes il Reg.xr. i,
de ce Prince, que i&s fujets n'avoient pas voulu laiffer partir
pour la guerre contre Abfalon fon fils. Ikxviii.ii
Outre cet OiTicier, qui étoit unique, il y avoit ancien-
nement en Egypte d'autres Oiîiciers d'armée, que l'on trouve
déligncs par le même nom chez d'autres peuples de l'Orient.
Il e(t dit dans l'Exode, que Pharaon voulant pourfuivre les Exod.xiVi
Ifraëlites, qui étoient fortis de Tes Etats contre fon gré, prit '7'
tous les chariots de l'Egypte & les Sihahjch'im ; & Movfe
rendant grâces à Dieu de la délivrance miraculeufe qu'il
veaoit d'opérer, dit qu'il a renverfé dans la mer les chariots IUd,xv,4>
de Pharaon Se fon armée, & que fes Sclhilifcluin ont été
fubmergés dans les eaux de la mer : ce nom ^^'^^7'?, Schu'
Jijc/iiin , qui lignifie les tioifièmes , exprime aulh le nombre
de trente. Les Auteurs de la verfion grecque l'ont rendu par
les mots Tfêi? , Te/frcro;, Tticvi^i &. ù.v)ia.'n\, les trois, les
troificnus & les puijji iris ; & l'auteur de la V'ulgate par très,
trigiiita Si. chines. S.' Jérôme a penfé que ces Scluilifcliim H'er.lnctqii
étoient le Général de la cavalerie, celui de l'infanterie, ^^^"' ^^."'^
le Prépofé à la perception <.\es tributs. L'Intendant, ou le
Receveur des tributs de rÉgy|>te, paroît étranger à cç$ Sclm-
liji/iini , que le texte de l'Exode nous conduit à ne regarder
que comme des Officiers militaires. Pharaon, e(l-il dit dans
ce texte, fit atteler ion char, & prit tout fon peuple avec Exd, xiv,
lui; il prit auin fix cents chariots choids avec tout ce qu'il ^'7--
y avoit de chariots en I^gypte, & il ajoute enfuite i^3
Syc=:'C.Soi^ y, ScliulijJiim al culo , & les Scluiliflùm par-
tlejfiis , ou dit-tlejjus Je tout cela, ce qui ne nous prélènte
point d'autre idée que celle de Commandans des différens
corps, dont l'Hiftorien venoit de parler; c'e(l-à-dirc, dç
72 MÉMOIRES.
celui qui ctoît à la icte de l'infîuiterie , cicfipjnce clans lâ
texte par tout le peuple ; de ceiiii qui coinmaiidoii les chariots
choifis, 8l de celui qui avoit le commaiuleaicnt des autres
chariots.
J'ignore fi, dans les armées Phéniciennes, il y avoit des
Officiers qui portaifent ce nom ; mais on en trouve chez
d'autres peuples, parmi les Chaldéeiis & parmi les Hébreux
'Miech.xxm voifins des Phéniciens. Ézéchiel , parlant des Chaldéens,
■'■f'^'' donne le nom de Sclialifcliim à quelques-uns de leurs Officiers.
David avoit dans lès troupes, trois braves diflingués , le
iiRtg.xxiir, pj-emier nommé Adino, le fécond Eléazar, & le troifième
Ji>ij. y. Semma. Il en avoit aufTi trois autres, mais d'un rang inférieur,
W'tt- Q^, ^ fiiivant l'exprefTion du Livre des Roi.< , qui s'étoient
acquis lui grand nom , mais qui n'égaloient pas les trois
premiers. Ces trois du fécond ordre étoient Abifaï , Banaia
'IiU.xxiu, & Azaël : ces différens Officiers iiommés Schcilifckïm , avoient
'io, i^> au-defTous d'eux d'autres braves qui portoient le même nom.
Le Livre des Rois en compte trente-cinq, outre Semma &
[iParfhxi, Azacl ; mais l'auteur des Paralipomènes en nomme quarante-
fix , fans y comprendre les trois du premier ordre ni les trois
du fecend; & il ajoute qu'Adina, l'un d'eux, de la tribu
de Ruben, en avoit encore d'autres au-deffous de lui : cette
multitude de perfonnes qualifiées Schalifchhn , prouve que ce
terme, qui dans fa première acception fignifie trois ou trente,
avoit encore une autre fignification , & qu'il faut le rendre
par des gens élevés au-dc(j\ts des autres & dljlnigués par leur
bravoure, dans le même fens dans lequel on a rendu ces
paroles du Livre des Proverbes: a'^f'^F -'^. '^=^? ^'^?.. ^^Z"
Tm.xxi, pMthahthï leka fchûlijchim , par celles-ci, Ne vous ai -je point
**"' écrit des cliofes fupérieures , magnijifjues , excellentes ou utiles!
En effet, dans les endroits où il efl fait mention de ces
Schûlifchim , l'Auteiu- facré rapporte des actions extraordi-
naires de bravoure de quelques-uns d'enlr'eux. Ceux à qui
i'on donnoit ce nom étoient donc une troupe d'élite, dont
Ja valeur avoit été éprouvée, & qui avoit mérité par des
zci^i réitérés de courage la confiance du Prince : on trouve
encore
DE LITTÉRATURE. 7-,
encore fous Salomon à^s Officiers de ce nom. L'auteur du
troifième Livre des Rois, obferve que ce Prince n'employa UlRrg.ix,
aucun lH-aëiite dans les grands travaux qu'il ht faire, Se qu'il ^^'
les rclerva pour la guerre, pour ttre ^qs Miniltres, pour les
mettre à la tète de (es troupes, pour en faire fes Schalifchim,
vfl'in^ ve fchahjchaio , & pour commander {ts chariots &.
fa cavalerie. L'Officier de confiance fur lequel Joram , roi
d'Ifi-atil s'appuyoit, lorfque le Prophète lui annonça la levée
du ficçre de Samarie & la cefîktion de la famine, ctoit un
de cei Schalifchim, '^'.t'i? î?.'?, oua'uin ha fchdlifc/i , & refpond'it
jchalijch. Quand Jchu voLilut faire cVorger tous les adorateurs IVRcg.vit,
de Baal, il en donna l'ordre à {ç.s foldats tSc à its fi/ialifcfiim. ^'
Ézcchiel , que j'ai déjà cite , parlant des Chaldcens qui
dévoient détruire les royaumes d'ifiaël & de Juda, dit qu'ils Eicch.xui,
avoient des baudriers fur les reins , & qu'ils parolifoient '^'
être tous des fchalifchim, cd'-^ ==^'7'";=? ^^■^'? , marccli fclin-
lifcliim culnm , ful> afpeâu fc/iahjchim omiies In : prédifmt l'ar-
rivée de ces peuples dans la Palcftine, il ajoute que Dieu UU.sj,
raflemblera contre les Juifs les enfans de Babylone, tous les
Chaluéens, les plus nobles d'entr'cux, les Souverains & les
Princes, tous les enfans de l'Alfyrie , les jeunes gens les
mieux faits, les chefs & autres Officiers principaux de guerre,
les Sc/iii/iji/iim & les principaux de tous ceux qui montent
à cheval. Cette diflinclion entre les Sclmhfcliim 5c autres
principaux Officiers , me paroit prouver fuffilâmment que
CCS Stihdlifihïm formoient un corps redoutable, diflini'ué des
autres, &. que fa valeur éprouvée faifoit employer dans les
occafions périlleufes ou dccilives, comme il y en avoit dans
toutes les armées i\^i Nations de l'Orient.
Les armées étant ordinairement fort nombreufes, le Prince
qui les commandoit en perfonne, ou le Général qui le rem-
plaçoit en fon abfence , ne pouvoit fuffire ; il falloit \\\\
grand nombre d'autres Olhcicrs fubordonnés les uns aux
autres, pour tranfmeltre à toutes les troupes les ordres qu'elles
dévoient exécuter. Les armées des Cananéens ou Phéniciens,
cioient compofécs de divers corps ou bandes commandées
Tome XL. K
74 MÉMOIRES
chacune par un Oflicier, 8c chaque corps c'toit Aihclivife
en plufieurs autres , ayant à leur tête des Officiers parti-
culiers qui recevoicnt l'ordre de l'Officier principal, qui le
recevoit lui-même du Génùai, & le lailoit exécuter par
ceux qui ctoient au-delFous de lui : ces tlifîcrens corps
s'aperçoivent dans l'armée des rois Cananéens ligués contre
•j,f. X!, 4. Jofué aux eaux de Mérom , & dans celle de Zébée &. de
Ju,l;c. VIII, Salmana , vaincus par Gédéon. Cette difcipline s'obfervoit
'"• dans toutes les armées de l'Orient : les Hébreux n'avoient
rien de particulier à cet égard. Lorfqu'ils étoient dans le
délert , Moyiè, fuivant le confeil de Jélhro fon beau-père,
partagea tout le peuple en difFérens corps de mille hommes,
& fubdivilk chacun de ces corps en troupes de cent hommes,
chaque centaine d'hommes en cinquante, & chaque cinquan-
Exod. XXIII, taine en dix hommes : le premier objet de cette inftitution
»'''S> n'étoit que de faciliter & de fimplifier l'adminiftration de
k Juflice ; mais felle paffa dans le militaire, & fut toujours
obfervée depuis. L'Officier qui commandoitles mille hommes
étoit nommé dans la langue du pays, '=^'r''?^ "'^, fur Alaphim ,
Prince ou chef de mille, que le Traduéleur grec a rendu par
XfX/ctp;^, qui a la même lignification, & l'auteur de la
Vulgate par Tr'ihunus , qui eft le nom que les Romains don-
Tioient au commandant d'une légion ; celui qui étoit à la
tête de cent hommes étoit nommé de même Prince de cent ,
riNa "iw^ far Meoth ; dans la verfion grecque 'Ey^Tovrap^s, &
dans la latine Centiirio : le Commandant dç cinquante hommes
s'appeloit ^^^^"^^ '^'^ , far C/ianùfcliini , en grec TluTnyiay^p-)^? ,
& en latin Quinejuagenarius , Chef de cinquante; enfin,
... „ celui qui n'avoit que dix hommes fous fon commandement,
xviii.i. portoit le nom de ^"'F?'"'^, far Afaroth ; dans la traduction
xu^J's'.'f^.. grecque A«xs<'.(5kp;^5, &: dans la latine Dccanus ou Dcciirio :
1 Pay.il. XXV, Qç^^ titres d'Officiers fe retrouvent fous les rois de Juda &
^' UParai. d'Ifraëh & même fous les Machabées*'. Ainfi, chaque corps
XXVII, r. (jg mille hommes avoit un principal Commandant, dix
m ;;, ' Centurions, vmgt Capitames de cinquante nommes & cent
DE LITTÉRATURE. 75
Dccurions . ce qwi Taifoit pour chaque troupe de milie
hommes, cent trente-un Officiers fubordonnes les uns aux
autres félon leur ^rade. Il y avoit peu de différence entre
cette divifion & c^elle des armées de Perfe; dans ces dernières
il V avoit des corps de dix mille, de mille, de cent & de
dix hommes: ies'Commandans de dix mille & ceux de
mille hommes étoient choills par les Chefs de l.rmce; es
Centurions & les Décurions étoient à la nomination des
Capitaines de mille hommes. ^^,
En K^ypte, la profelTion de foldat faifoit un état parti-
culier' iï y avoit un certain nombre de citoyens à qui Ion
avoit donné des terres à la charge du fervice m.litaue ; on
les nommoit Q^/é'ricns Se Hennofyùh>>s: les premiers avo.ent U.u.,. r,^.
ce nom à caufe de l'Iiabit de lin defcendant jufqu au talon
^ narni de frange par le bas qu'ils portoient, & ils pou- iMp.s^'
vÔi?nt former un corps de deux cents cinquante mille
hommes; les Hermotybiens , moins nombreux, nalloient
aucre qu'à cent foixante mille, ce qui formoit, en Egypte,
un fonds de quatre cents mille hommes ou environ de troupes
toujours fubf.flant; mais dans les autres Nations, il ny
avoit point anciennement de foldats de prolelT.on , m de
troupes foudoyées & entretenues aux dépens de 1 Etat :
tout homme 'capable de porter les armes ne pouvoit le
difpenfer de les prendre, lorfque le (ignal en avoit cte donne;
f, l'afiaire le requéroit, tous marchoient; fi l'expcdition ne
demmdoit pas un fi i^rand nombre de troupes . celui qui
commandoit n'en retenoit qu'autant qu'il le jugeoit nccel-
faire & renvoyoit les autres chez eux. Gédéon marchant
contre les Madianites . avoit avec lui trente-deux mille
hommes, que la permifTion qu'il donna à tous ceux qui
avoient peur , de fc retirer, réduilit à dix mille; & de ces J^^^-yrr.,.
dix mille , il n'i^n prit que trois cents pour marciier a
l'ennemi : ceux qui , le lignai donné , n'avoient pas pris les
armes & ne s'étoicnl p'.:s préfenlés, étoient traités en ennemis.
les habitans de Jabès Galaad fiu-ent paffés au til de Icpee
par les Ifiaëliies. parce qu'ils n'avoicnt pas répondu à 1 ordre u;J.xxi, ,.,
'^ Kij
7^ MÉMOIRES
gcnéral qui avoit été donné de marcher contre les Benjamîtes.
Saiil voulant déclarer la guerre aux Ammonites , qui affié-
geoient Jabcs Galaad , coupa Tes bœufs en morceaux , &
envoyant ces morceaux dans tout Kraëi , il fit publier que
le même traitement (eroit fait aux bœufs de quiconque ne
lReg.xr,;r, fe lêroit pas rendu à l'armée. Ce ne fut que fous le règne de
David que l'on vit chez les Hébreux des corps de troupes
llRe^.xxiii. entretenues par le Prince; auparavant, chacun faifoit la guerre
I Rirai. XI. à Ç>is dépens, & n'avoit d'autre folde à attendre que fi part dans
le butin : cet ufige, qui étoit celui de tout l'Orient, fut aulfi
uparaixxvii. loug-tcmps celuï des Grecs Se des Romains; mais lorfque
les guerres furent devenues prefque continuelles, il fallut
qu'à l'exemple de l'Egypte, il y eût dans chaque royaume
un ordre de perfonnes toujours prêtes à marcher, & qui
n enflent pas d'autre profefllon que celle des armes. Lorfque
Tufat^e des troupes fu bfi fiantes , entretenues aux dépens de
l'État ou foudoyées par le Prince, eut été une fois établi,
les Princes prêtèrent , louèrent ou vendirent des foldats à
leurs voifins : on vit \\\\ roi de Juda acheter de celui d'Ifraël
Ihid, V, (T, cent mille hommes.
Les armes des foldats étoient défenfives & oftenfives. Les
armes défenfives fervoient à garantir les différentes parties du
corps des coups auxquels elles étoient expofées ; & elles
étoient les mêmes chez les Phéniciens que chez les autres
peuples de l'Orient. Le cafque étoit une efpèce de bonnet
qui défendoit la tête contre l'ardeur du foleil , & paroit \qs
coups dans le combat : il étoit fait de la peau de quelque
animal. Les Pr<iifpes prenoient ordinairement pour cette armure
la peau de quelques animaux diftingués par leur force ; aijifi
Allarté femme de Cronos , le père & l'auteur de la nation
Phénicienne, pour marque de fi ro)auté, mit fur fii tête
Af. Eufck celle d'un taureau : chez les Grecs, il étoit vraifemblabiement
'P,ap.E>'.i,p. ^[g p£a^, Je chien, puifqu'on lui donna le nom de Kurevi ,
par lequel il efl fou vent défigné dans Homère. Euftathe
prétend que c'étoit la peau d'un chien de rivière,, Aog^
■KJuyoi Tit^iM'd : on en fit aufïï de peaux de belette & d'autres
DE LITTÉRATURE. yj
animaux. L'iifîige de cette efpèce de cafques ie conferva
long-temps chez quelques peuples. Les Milyens qui fervoient
dans l'armée de Xerxès, n'avoient pas d'autres cafques que
ceux de peaux d'animaux. Les Éthiopiens orientaux dans la Herclvii,
même armée portoienî des peaux de cheval avec lems crins ^"^'^^'
&: leurs oreilles. LesThraces les faifoient de peaux de renard: ^fj'^i^'l^i'^
on en faifoit aufli de bois, c'eft-à-dlre, de petites branches
d'arbres pliées 8c entrelacées ; tels étoient les cafques des
Alofques, i\es Tibaréniens, des Macrojis, des Mofj'iièces,
des Lybiens & des Mares de l'armée du roi de Perfe contre
les Grecs. On y employa depuis l'airain & le fer, ce qui lJ.iiij.
n'empêcha point qu'on ne lui conlèrvât fon premier nom
de Kuit'vi ; le cafque de Goliath, géant Philiftin, étoit d'airain ; iR's-xvn.s,
& celui de Saiil roi des Hébreux étoit de la même matière, ibid.jy.
Hérodote ne doute pas que les Grecs n'aient emprunté le Hitod.iv,
cafque <\q^ Égyptiens : cependant les Ifraëlites fortaiit à^f'^^"'
l'Egypte & demeurant dans le délert n'en avoient pas, ou
du moins Moyfe ne fait aucune mention de cette armure.
On attribue aux Caritns, chez lefquels Cadmus établit une
colonie de Phéniciens, l'invention des crêtes dont les cafques
furent ornés chez prelcjue tous les peuples ; c(i% Cariens y Ui.p.^s.
mirent des plumes de coq, ce (jui leur ht donner par les
Perfcs un nom qui, dans leur langue, fignifioit i\çs Coqs: Pha. :« Anax,
tl'autrcs y metloient des crins de cheval ; les Éthiopiens
avoitiit joint à ces crins les oreilles du cheval; &: lesThiaces i-l<rod.vn.
Afiaiiques i\QS cornes de bœuf. Pour ii.fpirer plus de terreur /^.^////'.^«f^.
à l'ennemi, on mcttoit cjuelquefois fur le haut du cafque des
figiu-es effrayantes : celui du petit-fils d'Hippoliie, dans
Vi.gile, étoit hirmonté de la flgiire d'une chimère qui jetoit yi'sii. /f.n.
du feu. Le caf(]uc étoit retenu (ur la têle par v\nç mentonnière ^'"''-P^'s-
ou courroie qui , pafHmt (ous le menton , étoit attachée près
des oreilles, & l'empêchoit de tomber dans la courfe ou dans
ra<flion. /■/■""• ''•«''''
Les Héros ne fe couvroicnt que de peaux d'animaux : Ls '''^^''
anciens rois d'Kgypte n'étoient revêtus que de peaux île lions
ou de taureaux ; d'autres porloieiit des peaux d'ours ou de
78 MÉMOIRES
k'oparJs, Se leur clos ainfi que leur poitrine e'toit f\ns riutre
défeiilè particulière. Plulieurs peuples confervcrein long-temps
cet iiGge. Hérodote , décrivant l'armure des différens peuples
qui compofoient l'armée de Xerxcs contre les Grecs , en
nomme plufieurs à qui il ne donne aucune défenfe pour ces
parties. Les Ethiopiens qui fervoient dans celle armée ,
* HtroJ. VU, n'étoient couverts que de peaux de léopards ou de litjns " ; Ils
^''■^ut'ihid. Indiens d'écorce d'arbres ''^ & les Lybiens de cuir^ Dans la
'^ id.ibid. fuiie, on fit àas cuiraiTes polir Te mettre à l'abri àç^s coups
Flin,vii,j6. par-devant & par-derrière. Selon Pline, on eft redevable de
l'invention de cette arme défenfive aux Lacédémoniens : fi
cela eft, ils l'avoient iiWentée avant la guerre de Troye; car
il en efl fouvent parlé dans Homère. De ces cuirafîès , les
unes étoient compofées de deux pièces d'airain ou de fer qui
couvroient le dos Se la poitrine; d'autres étoient faites de
différentes lames placées & ajudées les unes fur les autres, de
manière qu'elles le recouvroient en partie comme les écailles
d'un poilTon; celles des Egyptiens étoient faites ainfi. Hérodote,
Herolvu, dans la defcrlption qu'il (ait de l'armure des Pênes, dit qu'ils
V'^'^^' portoient des tuniques qui avoient àts écailles comme les
U.i,p./j^. poilTons; Se dans un autre endroit, il nous apprend que cts
peuples fe fervoient à la guerre de la cuiraHe Égyptienne;
ies cuirafies des Phéniciens , qui avoient plufieurs ufages
communs avec i'Égypîe , étoient faites de même. Les Philiilins
leurs voifins fe fervoient de ces fortes de cuirafîès. Le géant
Goliath , fe préfentant pour combattre David , avoit une
cuirafFe d'airain en forme d'écaillés de poifîbn , comme l'in-
ijz,s.xvn,j. dique le texte Hébreu c^'ï'pwi? ]v-^^ , fc/irio/i kaskafnn , îor'tca
fqiuimanim , une cuinijfe ^'écailles. Celle de Sai'il , roi des
Hébreux, que ce Prince voulut faire endofîèr à David, étoit
femhlabîe. Pour gêner encore moins les mouvemens âes
combaltans, on en inventa d'une autre forte qui fut compofée
d'une infinité de petits anneaux entrelacés les uns dans les
aiiy-es, comme nos cottes de mailles : elles étoient en ufage
au temps cles Machahées i l'Auteur de leur Hiftoire appelle
ceux qui les portoient, Ti^où^ua-^jûvoi^ h \X\jcnSli)'wii , i/jc/utos
DE LITTÉRATURE. 7^
lornis concntenat'is. On fît aiiffi des cuirafies de liii : cette iMacLvi,
efpèce de ciiirafTe étoit déjà connue au temps de la guene -?/•
de Troie. Homère en donne une à Ajax iiis d'Oilc'e. La U'ad. 11,^6.
cuirafTè qu'Amafis roi d'Egypte confacra à Minerve dans le ^~^'
Tempie qu'elle avolt à Lindus, & celle qu'il envoya aux
Lace'démoniens, étoient d'un tilTu de lin, d'or, de laines de HmJ.m,
différentes couleurs & d'écorce d'arbres : ce qui en faifoit ''" ^"'ï''
admirer le travail, étoit que chaque fil du tifTu , quoique
afîêz menu, étoit compofe de trois cents foixante-cinq autres
fils cjue l'on didinguoit aifément. Ces cuiralîês fe faifôient
comme toutes les autres étofîès : elles rédftoient aux armes,
5c laifToient au corps plus de liberté d'agir. On en fit aulfi
d'autres de lin ou de laine, mais dont la préparation étoit
difTérente. Nicéias, dans la Vie de l'empereur Ifàac l'Ange, Kiat.Và.
nous a conlervé une àts manières de les préparer : cet Hiito- ^'^'' "^' '''
rien nous dit qu'on lailfoit le lin ou la laine tremper allez
long -temps dans le vinaigre fàturé de Tel, & qu'après que
l'un ou l'autre avoient été fuffifâmment macérés, les Ouvriers
les fouloient &. les travailloient, comme nos Chapeliers font
le feutre & les chapeaux ; ces cuiraffes étoient huit ou dix
fois plus épaiffes que celles de fer ou d'airain ; mais elles
étoient plus légères. Les Phéniciens &. les Alîyriens qui fèr-
voient dans l'armée de Xerxès contre les Grecs, avoient
des cuiraffes de lin ; mais nous ignorons quelle étoit la Mmd.vii.
manière de les faire. La cuirad'e étoit retenue par une cein- ^'■^'^^' -^^9'
ture qui environnoit les reins, <^ qui étoit d'airain ou de
quelqu'autre matière : cette ceinture fe prenoit pour toute EuflatkatL
l'armure, de forte que pour exprimer qu'un hoinme s'armoit '^^^'''^7'
pour le combat, il éloit d'ulage de dire qu'il fe ceignoit. P.:..jdn. ix,
L'I-crilure décrivant l'armure à\.\ Philillin Goliath, nous '^'
parle de brodequins ou bottines d'airain ; mais la manière iR,g,xv!t,f,
dont elle s'exprime, donne lieu de croire que ces brode-
<]iiins ou bottines ne couvroient que le devant des Jambes;
^'^f'} ^'"l ^5"-' ^."^"^, mtikali tickojJhth oî rnt^Liio , à la lettre,
frontalia arca Jupev pcdcs vcl tibias cjus. Moyie uvoit prédit à la
8o MÉMOIRES
Dtut.xxxtn, tribu d'Azer, cjue l'airain 5c le fer lui ferviroient dechaiifTiire.
■*'^' Les héros de la guerre de Troie portoient des chauffures
IKad.u, cl'airain. Les Cariens, félon Pline, ctoient les inventeurs de
'^ ' cette chaulfure ; mais la prcdidion de Moyje doit nous
la faire regarder comme plus ancienne : elle cloit connue
chez les Phéniciens, dont les Cariens étoit une colonie.
Se elle failoit partie de leur armure; elle étoit même portée
par les hlles de Tyr lorfqu'elles alloient à la chaffe , félon
Virg, yEn. I, Virgile : cette chauffure leur couvroit le gras de la jairibe,
Hncd.vii. a.u lien que celle des Lybiens n'alloit que jufqua la moitié;
f'^ '■^' chez les Saranges Se les Paphlagoniens elle montoit jufqu'aux
Jj.iù.i'. f(f^. genoux : d'autres garniffoient non -feulement les jambes,
mais aufîl les cuiffes; c'étoit l'ufage des Perfes, des Saces 5c
de quelques autres qui fêrvoient dans l'armée de Xerxès.
La matière de cette chaufîure étoit l'airain, le fer Se même
//W, l'étain ; on y employoit aufTi des peaux 5c du drap: les Thraces
les portoient de peaux de chevreaux , 5c les Thraces
Nmd.vjr, orientaux d'étofîè de pourpre.
f"f ' La dernière arme défenfive étoit le bouclier, qui couvroit
le devant du corps pendant le combat. Cette armure, qui
paroît inutile à ceux qui ont des cafques Se des cuirafies,
ii'étoit pas d'ufige chez tous les peuples. Parmi ceux qui
compofoient l'armée de Xerxès contre les Grecs , il y
en avoit plufieurs à qui Hérodote n'en donne pas ; tels
étoient ies Saces , qui n'avoient pas d'autre arme défenfive
ld,ib.p.^gj. que le cafque. Les Indiens entièrement couverts d'écorce
d'arbres, fe croyoient fufhfimment à couvert des coups. Se
Jd. ilid, ne portoient ni cafque, ni cuirafîè, ni bouclier. Les Ethiopiens
méridionaux fe contentoient des peaux de léopards dont ils
étoient revêtus, Se n'avoient aucune arme défenfive; il eu
étoit de même des Saranges Se des Lybiens qui étoient couverts
de cuir. D'autres peuples qui n'avoient que àç:s cafques fans
cuiraffe , portoient dç.s boucliers ; les Ethiopiens orientaux ,
les Paphlagoniens, les My fes, les Thraces, les Milyens , les
Mofques , les Tibaréniens, les Macrons , les Mofynèces, les
Mares Se les Ciliciens , qui tous n'avoient que des cafques ,
portoient
DE LITTÉRATURE. Sr
portoîent un bouclier à la guerre. Les Lyciens , dont la tcte
étoit couverte d'un cafque , ne fe fervoient pas de bouclier ;
mais \és autres peuples, comme les Perles, les Airyriens, les
Baclricns , les Syriens & les Phe'niciens avoient l'armure
complette. Les boucliers de ces derniers ctoient, fui vaut la
remarque d'Hcrodote, difFcrens de ceux des autres Nations,
en ce qu'ils ii'avoient ni boffe ni pointe au milieu.
Le bouclier efl: de l'invention de Praetus &: d'Acrifius, rois
d'Argos, félon quelques-uns, ou de Chalcus fils d'Athamas,
(êlon d'autres : mais , (i avant eux , on n'avoit pas vu de F/in. vit, jS.
boucliers dans la Grèce , ils ctoient beaucoup plus anciens
en Orient. Hérodote ne fait pas difficulté d'aflirmer que les
Grecs avoient reçu cette armure des Egyptiens. Dieu, pro- Htroliv,
mettant à Abraham qui demeuroit dans le pays de Canaan ,''■-'' ^"^
qu'il fera Ion proteOleur & fon défenlèur , lui dit qu'il fera Cir..xrr,i,
fon bouclier, -V I?? '3:n^ Aiioki maghen hih , ego clypeus ûh'i :
cette même armure étoit coimue dans TArabie au temps de
Job, Les diffcrens noms ufités dans les Langues orientales M.xxxix,
pour exprimer le bouclier, paroiffent indiquer qu'il avoit ■^■''
différentes formes : le premier efl P?, maghen, dont Dieu fe
fert en parlant à Abraham; & ce nom a été donné au bouclier,
parce qu'il couvre & défend le corps des coups qui peuvent
lui être portés; fîi racine efl P^ , miruin , prolcxit , obtexit : le
fécond nom , fouvent employé dans l'Écriture, efl PT^, ch'ulon,
dont la racine ne fe trouve plus que dans l'Ethiopien P? ,
chadan , texit , protcxït. Les Maures d'Afrique, chez qui l'on
retrouve encore plufieurs termes de l'ancien Phénicien , ont
confêrvé cette expredion pour déligner \\x\ bouclier, mais
d'une grandeur moindre ({ue les autres, & ils appellent ce
bouclier •"'î''^^ , kithoiut. Le terme -^^T^i foJicrti , (jue l'on
trouve auffr (juelquelois dans le texte ficré , <Sc qui fignifîe
encore un bouclier, doit exprimer celui dont la f()rme étcit
concave, & qui s'ajulloit mieux au corps, comme la parme
i\es trou|ies légères i.\ç?' Romains; car fa racine eR ""^ j'iihhar
cirainiivit. ^^^ , tiiniuili , (jiii fe rencontre fouvent pour un
Tovie XL. L
8i MÉMOIRES
bouclier, Jéfigne, félon les Rabbins, un bouclier plus grand
que les autres, & qui couvroit tout le corps, lis paroifrent
autorifés , par ce qu'on lit à la fin du pfeaume v ""•^I.^Jf^ V^^l '^'^y.^ ,
hatijnnah ration thncthyennoit , ficut Jciito benevoleitî'ia àrcuni'
cinxifli nos ; mais fi l'on fait attention à la racine du mot,
on pourroit croire que l'efpèce de bouclier qu'il exprime ,
étoit diftingué des autres par une pointe ou broche qu'il
avoit au milieu ; car ï?^, tiaiian , dont f^^ï^ tiitiiuih , eft
formé, fignifie ai^uifcr , rendre pointu. Le dernier terme qui
fe trouve dans \ï^i:n\\.\xt ^f, [chdkth , femble marquer des
boucliers plus forts & plus impénétrables que les autres : c'eft
du moins ce que nous conduit à penfer la racine de ce mot
qui efl: ^yi, fchahuh, fortis , potens fuit, dominatus efl ; & ce
nom aura été donné à ce bouclier dans le même fêns dans
lequel Homère a donné aux boucliers de (ts Héros l'épilbète
lliai. III. de -Çoi-fs & puijjans , A uttu y.^'np'n.
*'-Sfj^' La matière de cette armure étoit le bois ou des branches
d'arbre, ou des ofiers plies & entrelacés. Si. couverts de
la peau de quelque animal. Les boucliers des Perfes & des
Thraces étoient couverts de cuir de taureau ; & ceux des
Hmà.vii. Éthiopiens de peaux de grue. Le prophète Ifaïe s'adrefîànt
^66. aux peuples qui dévoient ruiner babylone, leur dit de le
Jfas.xii, I. jçyç^. ^ jg grailfer leurs boucliers, ce qui ne peut convenir
qu'à des boucliers garnis de cuir ; & l'auteur du Pfeaume
XXV annonce que le Seigneur brifera les armes, & qu'il
brûlera les boucliers qui par conféquent dévoient être de
quelque matière combuflible ; mais il y en avoit de métal,
ou du moins qui en étoient bordés. Le bouclier que portoit
iRe£.>cvit,f. Goliath, iorfqu'il infultoit l'armée d'Ifraël , étoit d'airain:
jw^cB.x.ts. ceux que Salomon fit faire, étoient revêtus de lames d'or;
Roboam fon fils en fit faire d'autres couverts de lames de
n, XIV, 27. cuivre. Sous ces lames de métal étoient plufieurs cuirs de
bœuf, les uns fur les autres : celui de Sarpédon , décrit par
Homère, étoit compofé de plufieurs cuirs de cette efpèce ,
lllad. XII. & bordé de lames d'or : celui que le même Poëte donne à
'jt.^vn. 210. ^)^^' ^^'^^^ %^ ^^''''^ ^'"'^ ^'■'^' l'^'^'^i'^' ^ couferts d'airain;
r<22j.
DE LITTÉRATURE. 83
& ceîuî d'Énce étoit en cinq doubles, les deux pvem.ers
ïair in. deux detain, & le cinquième d'or. Lorfque Ion w...
,,e comLattoit pas . le bouclier fe porto.t fur 1 ^T^^' e gauc -
à laquelle il étoit fufpendu par une courroie . par "■?« ^unc e
dofier. ou par une bande de métal qui embrallo. le co k ^_//./--;/^.
Dans ie combat, on le ramenoit par -devant & du même ,,
Sté où iuToit fufpendu avec la même courroie qui favoU ^£V^-
tenu par -derrière ; mais cette manière de porter le boucher ,. ,^,.
dans faction étant fort incommode, on y mit deux attaches
aans lefquelles le bras gauche palfoit. ce qui donnoit au (o dat
ia facilité de préfenter fon bouclier ou 6c comme .1 vouloit.
Hérodote attribue cette invention aux Cariens, connne audi
celle d'avoir orné les boucliers de hgures : ces peuples chez H^o'Lf.
lefquels Cadmus avoit établi une colonie, tenoient vra.fem-
blablement ces inventions des Phéniciens qui demeuroient
Les premières armes offenfives furent des pierres . des
cornes d'animaux, des bâtons, en un mot tout ce que ion
put trouver fous la main. On aigu.fa les bâtons. & on les ht
durcir au feu : on en employa d'autres fort gros & lans
préparation ; ces derniers fe nommoient phalauscs , terme
oui délkne ces rouleaux de bois qui fervent a mouvoir &.
Ttranf Srter de fortes maifes. Les ^>V--,;^t Pl.ne s en F.^vu.s^^
femrent Aans la première guerre quih firent a l E>rypte. A ces
bâtons fuccédèrent les maiïues qui furent larme des anciens
Héros; pour leur donner plus de force, on les arma de ter.
Arciihous. l'un ô.es Héros de la guerre de Troie , ne (e
fervoit que de fa ma(fue avec laquelle feule il rompoit les
bataillo./s ennemis : les Allyriens & les Ethiopiens confci- ^_
vèrent long-temps l'ufage de porter des malh.es a la guerre;
on en voit entre leurs mains dans l'armée que Xerxcs con-
duiht dans la Grèce. Dans la fuile on inventa d.ver^^s fortes ^^-
d'armes offenf.ves, dont les unes, comme la maHue. fervo.ent
à combattre l'ennemi de près , & les autre, à I attaquer de loin :
<„, combaltoit de loin avec l'arc & les flèches , le dard ou
le javelot & la fronde. ..
lildii, Vlli
Ihrod. vrr.
84- MÉMOIRES
L'arc 8c les flèches dont les Grecs attribuoienl l'invention à
PHn.vir. sd, Scythes fils de Jupiter , ou à Perses fils de PeiTcc, furent connus
de très -bonne heure dans l'Orient. Ifinaël fils d'Abrahani,
retire dans le dclert de Phaian à l'âge de dix- neuf ans ou
environ, dix-huit cents quatre-vingt-onze ans avant J. C.
Gtn.:xxi,zo. fe i-endit habile dans l'art de tirer de l'arc ; il ne fiit point
l'inventeur de cet art; il l'avoit trouvé chez les Arabes parmi
lefquels il demeuroit. Ces armes étoient auffi en ufage dans le
pays de Canaan. Jacob ordonne à Efau fon fils , de prendre
Ib.xKvu,}. fon arc & fon carquois, d'aller à lachafle, & de lui apporter
quelque gibier; l'arc devoit ctre d'un bois pliant & élalliquc.
Les BaèlrienS & les hidiens employoient pour celte arme une
Hnod.vii, elpèce de rofeau qui avoit ces qualités. Les Ethiopiens la fai-
''■^ ^' loieiit avec à^i branches de palmier, & lui donnoient quatre
/l //5,' i'. Ijt! c^^Lidées de long, & les Lyciens y employc^ient le bois de
cornouiller. En Arabie & dans la Paleiline, les arcs étoient ordi-
KA-f'//, ;t! nairenient d'airain, comme on le voit dans Job & dans les
Pleaumes. L'arc de Pandarus décrit par Homère, étoit garni à
i&s extrémités de corne de chèvre fauvage; il avoit au milieu
une courbure d'or fin" laquelle on appliquoit la flèche , & il
in,id.v,y.ioy étoit tendu par une corde faite du nerf d'un bœuf: pour
monter cet arc ck le tendre, on mettoit le pied fur \\W2 de
{ts extrémités , à laquelle un des bouts de la corde étoit
toujours attaché, & le pliant avec force , on attachoit la corde
à Ion autre extrémité ; de-ià eft venu rexprellioji fouvent
ufitée dans l'Écriture, fouler aux pieds Jon arc, pour dire h
bander. Les flèches qui fe tiroient avec l'arc, étoient de roièaux
nnod-vn, garnis à l'une de leurs extrémités d'un caillou aiguifé, d'un
f..^6s.,^6^> morceau d'aiiain ou de fer en pointe, &. quelquefois aplati
& difpole comme le dard ou la langue d'un lerpent ; la partie
oppofée de la flèche étoit ordinairement garnie de quelques
plumes, pour en accélérer la vîtefle. Hérodote remarque ,
'Jd.tl. y.y'^c. comme une choie particulière aux Lyciens, que leurs flèches
n'étoient pas garnies de pknnes. Chaque archer portoit une
quantité de flèches renfermées dans un carquois ou efpèce de
gaine fulpendue derrière l'épaule : lorfque l'arc étoit bandé ,
DE LITTÉRATURE. 85
la flèche étant appliquée deiïus, l'archer l'approchoit de fa
poitrine vers la mamelle droite, tiroit la corde à lui, & la
lâchant enfuite, il faifoit partir la flèche. C'étoit à caufê de
cette façon dé tirer de l'arc, que les Amazones, difoit-on,
brûloient ou faifoient deflccher cette mamelle dans leur
jeuneife; mais dans la fuite, félon la remarque d'Euftathe , on EuffaïA.
a élevé l'arc plus haut, 8c on i'a approché de l'oreille droite "^,1^"^'/'
pour en décocher la flèche. On empoifonnoit quelquefois
les flèches , comme le pratiquent encore plufieurs Nations
lauvasïes; c'étoit un ufage allez ordinaire chez les Parlhes &
les Scyti.es ; mais il ne fe pratiquoit guère parmi les autres
peuples : Homère cependant nous reprélente Ulyde cherchant
quelque poifon mortel pour en infecter its flèches; & Virgile ^ ^ff''
parle d'Amycus , qui pollédoit l'art d'empoifonner {qs flèches. yirg.Àn<id.i.
Les Hébreux & les autres habitans de la Palefline dévoient
être habiles à tirer de l'arc, car ils s'y exerçoient continuelle-
ment; ils avoient même hors àçs villes des lieux defli nés à
cet exercice : cet ufage continue encore aujourd'hui en Orient ; ]R(g.xx,2o.
on y voit, fuivant le rapport des Voyageurs, comme dans ^^^^'^'J- ■^<»"'
quelques-uns de nos villages , des murs de terre que l'on a
foin d'entretenir un peu molle, afin que la flèche puilfe y
entrer &. y refl^er. Les Phéniciens n'étoient pas moins habiles
que leurs voidns dans cet exercice. Les filles de Tyr accou-
tumées à la chaffe, paroifloient fouventen public le carcjuois
fur l'épaule & l'arc à la main. Vlrg.yEntU.i.
'1 butes les troupes n'étoient pas armées d'arcs & de flèches:
ct'.les qui n'en avoient pas, (e (crvoient de traits, de dards
ou de javelots qu'elles lançoient à la main contre l'ennemi;
t'étoicnt des morceaux de bois plus ou moins longs, dont
l'extrémité étoit brûlée ou armée de fer en pointe. Il y avoit HeroJ. vu,
chez les Anciens une cfpèce de dard qu'on lançoit contre''"^'' '
l'ennemi , mais auquel étoit attachée une courroie qu'on
ne làchoit pas en le lançant, & qui fcrvoil à le retirer, il en
crt fait mention dans Homère & dans Xénophon. Je (crois A'w-/. n.
allez porté à croire cpie c'étoit de celte elpèce de dard ou ,',,^]\', ^''
trait dont David parloil, lorlque, dans l'éloge de Jonalhas,
S6 MÉMOIRES
IlRfff. r, 22. il difoit que k ghiive de ce Prince n'étoit jamaîs revenu en vn'itt.
Le mot 3in, klierch , qu'on lit dans l'original, &. que l'on
traduit ordinairement par épée , fîgnifie toutes fortes d'armes,
y compris les traits qu'on lançoit contre l'ennemi ; &: l'on
ne peut lui donner une autre acception dans le Pftaume, où
JQîi/. r//, //. l'auteur dit que fi vous ne vous convcrtijfe-^ , Dieu lancera
'1^^'!', kharbo, contre vous, c'efl-à-dire, yô/; dard; car une
cpce ne fe lance pas. Les Grecs prétendoient que cette efpèce
de trait attache à une courroie que le combattant n'abandonnoit
'Flin.vii,}6, pas, avoit été inventé par ^tolus fils de Mars. On fe fervoit
auffi de traits ou de dards, garnis de poix & d'étoupes,^
auxquels on mettoit le feu , & que l'on jetoit à l'eimemi :
celte efpèce de dard étoit connue des Hébreux & de leurs
Pfalcxix,^, voifins. Les fèches du Guerrier, dit le Plalmifte, font aiguës
avec des charbons arJens ; Si. c'efl par allufion à ces traits en-
Pf. xvn, //. flammés, que les éclairs font fouvent appelés dans l'Ecriture, les
^^' flèches ou les traits du Seigneur : on lançoit ces fortes de traits
à la main ou avec des machines. Les Phéniciens afliégés par
Alexandre dans leur ville de Tyr, en lancèrent du haut de
'Arrian. Je leurs murailles fur les travailleurs &. fur les vaiflèaux des
,w';ff/'/i''. aflîégeans.
Pim.v'ii. s^< Pli'ie attribue l'invention de la lance aux Etoliens ; mars
cette arme eft beaucoup plus ancienne : l'Hiftoire Phénicienne
l'attribue à Cronos qui , par l'avis de Perléphone & d'Hermès,
Ap. Eujtl. fit faire àts coutelas & ô^es piques ou lances de fer. La lance
•*"' ^'''^' par laquelle on commençoit le combat, étoit ordinairement de
bois de frefne, garnie à fon extrémité d'un fer plus ou moins
long, & elle avoit une grolfeur proportionnée aux forces de
celui qui la portoit ; la lance de Goliath pefoit fix cents ficles,
IReg.xvii.y, environ trente-deux marcs ; & celle du géant Jefbibenob,
II Reg.xxi, trois cents ficles ou feize marcs. Les Princes en étoient ordi-
^^' nairement armés; Saiil l'avoit prefque toujours à la main,
& dans les accès de fa fureur il tenta plufieurs fois d'en percer
IRig.xvii, David; l'autre extrémité de la lance étoit garnie d'un fer qui
fo; XX, y, ^gj-y^jj ^ Ijj jucher en terre pour pouvoir le repofer defllis. Le
combat, comme je l'ai dit ci -devant, commençoit le plus
DE LITTÉRATURE. 87
fouvent par la lance, fur-tout fi c'étoh un combat fingulier.
Caftor de Lyncée, dans Théocrite, s'eflâient d'abord à la lance, H^''- xxi,
& leurs lances s'étant rompues fur leurs boucliers, ils (è battent ''^''
à l'épée. Sirabon diftingue deux fortes de lances; l'une avec Sral.x,
laquelle on le battoit lans la quitter ; Se l'autre qu'on lançoit
contre l'ennemi ; de cette dernière efpèce étoient celle qu'Heélor
lança contre Achille, & celles de Paris & de Ménélas , qui, lluid.xxii.
après avoir jeté leurs lances l'un contre l'autre, le battirent avec ^''^^^'
l'épée. Lorfqu'on vuuloit fe fervir de cette dernière efpèce lt>d.iii,v,
d'arme, on en portoit ordinairement plufieurs : Joab, Générai ^'^'''
de David, en prit trois pour percer Ablàlon fufpendu à un
arbre par fes cheveux. Il Reg.xvni,
L'cpée dont Pline attribue l'invention aux Lacédcmoniens, ^nia,ya,c<f.
efi; d'un ufage beaucoup plus ancien dans l'Orient : les Phé-*
niciens en faifoient inventeurs Perféphone Se Hertnès , qui
avoient confeillé à Cronos de faire faire des coutelas ou épées.
Cette arme étoit connue dans le pays de Canaan , lorfque
Abraham vint s'y établir : quand, pour obéir à l'ordre qu'il
avoit reçu de Dieu de lui ficrifier (on fils , il alla fur la
montagne, il prit fon glaive. Les enfans de Jacob paf<;èrent Cm.xxii.e,
au hl tle l'épée les habilans de la ville de Sichem , pour venger
i'iniulte faite à Dina leur fœur. L'épée fe portoit fur la cuilîè: ItU.xxxiv.
Alo) le donnant l'ordre aux Lévites après l'adoration du Veau ''-' '
tl'or, leur dit tie wettre l'épée fur leur cuiffe , & de tuer tous E*od.xxxii,
ceux qu'ils reiicontreroient d'une porte du camp à T autre. Ce'i^nc-^ ^^'
votre épéc fur votre cuijjé , dit le Plîilmifle. Le lit de Salomon PfaLxuv,^
étoit gardé par foixante braves qui avoient l'épée fur la cuilfe. Cant.iu, s.
Chez les Grecs, l'épée étoit portée par un baudrier qui d^Ç-
cend(;it <le l'épaule, comme on le voit ilans Homère; mais /zw. //■,
les Oi icntaux la porlc^ieiu attachée à une ceinture ou ceinturon ^'' '^'
qui étoit fur leurs reins. Joab, dit l'auteur du Livre des Rois, ilRfg,xx,S.
étoit revêtu duii liabilleuieiit étroit & jujle à fon corps , & fur
cet lialiil il étoit ceint Jutie épéc (jui pcndoit à fon côté dans un •
fourreau ducjuel on pouvoit la tirer aifénicnt. Les Hébreux n'é-
toient pas les fculs qui portalfent aijifi l'épée ; É/échiel nous
icpréfenle les Allyriens portant m\ ceinturon auquel tenoii Fiea..xxiu,
83 MÉMOIRES
leur épée : à ce ceinturon 8c à côté de i'cpée étoît un couteau,
■ un poignard, ou une dague enfermée dans fa gaine, comme
nos baïonnettes. Éfaii alla/it à la chafîè , mit fon couteau auprès
Cin.xxvn,]. du fourreau de fon épée ; Se il tft dit que Phinées ayant vu un
Ifraciite commettre le crime avec une Matlianite, prit (on poi-
Num.xxv,;7. gnard, & les perça tous les deux. L'épée & le poignard fe
metloient ordinairement à gauche; c'efl ce qui réfulte de l'obfêr-
Judic.nr, r(f. vation de l'auteur du Livre des Juges, q^\ Aod qui étolt gaiu lier,
mit fous fon habit un poignard au lôté (Iro'l. Le poignard & l'épée
étoient certainement en ulage dais l'Egypte, avant que les
Ifraëlites en forti(îènt , ôc ce n'eft que là qu'ils avoient pu
s'en pourvoir. Plufieurs peuples du numbre de ctux qui com-
pofoient l'armée deXerxès, ne fe (ervoierit pas d'épées, mais
Nmd.p.^^2 de poignards ou de dagues. Les ceintures ou ceinturons des
^M- Rois & des Princes éloient précieux & magnifiques. Job
Job. XII, 1 S, relevant la grandeur 5c la pui(T;mce de Dieu, dit quV/ ôte
aux Rois leurs cciinurons , & qu'il leur en donne de corde : ceux
que l'on donnoit aux Soldats pour les récompenfer, dévoient
avoir quelijue chofe de plus difiingué que ceux du commun:
IReg.xviii. Jonathas fit préfent du fien à David ; & Joab dit à celui qui
"?• avoit vu Abfalon pendu à un arbre, que s'il l'eût percé , 'il
II Rc, XVI II, lia auroit donné dix ficlcs d'argent & un ceinturon.
"• Les Saces de l'armée de Xerxès avoient des efpèces de
H'.rod. VII, haches à Atux tranchans : les Syriens & les Phéniciens fe
f'f O- lervoient aufiî de la hache dans les combats ; ceux qui 1èr-
Id.û'.f.'f.ég. virent fous Xerxès, en étoient armés. Les Tyriens, affiégés
par Alexandre dans leur ville, coupoient avec leurs haches
DioJ.Sic. les membres de leurs ennemis : la hache à double tranchant
XVII, p. J2J. étoit une des armes des Amazones ; on leur en attribuoit
Fiia.vn, /<f. même l'invention. Cette même hache devijit le lymbole de
Jupiter adoré en Carie fous le nom de Aa/S^^i^Jî. Hercule,
vainqueur d'Hippoliîe reine i.\es Amazones, lui enleva fa
hache dont il fit préfent à Omphale reine de Lydie, qui la
lailîà à ceux qui lui luccédèrent fur le trône : cette hache fut
confêrvée avec relpeél, & fèrvit même de fceptre aux rois
de Lydie jufqu'à Candaule qui, n'ayant pas le même relpeél,
ialit
DE LITTÉRATURE. 89
îa fît porter par un de (es domefliques. Après la mort
<Je Caiidaule , Gygcs l'envoya en Carie, & la conllicra à
Jupiter dans un Temple qu'il lui Ht bâtir dans la ville de
Myialà, &. mit dans la main de la flatue de ce Dieu, cette
hache au lieu de la foudre ; ce qui lui fît dojiner le nom
^e A^llç^Sivs à caufe du mot Act^;vi , dont les Lydiens fê
fèrvoient pour exprimer une /wi/v, La faulx étoit aulîî une riut. Qu. Crxc
arme iifitce à la guerre ; les Lyciens de l'armée de Xer.xès
itn fèrvoient comme d'une arme principale. Hmd.vu,
La fronde e'toit une autre efpèce d'arme avec laquelle or r-'tj'''
attaquoit l'ennemi de loin. Ni les boucliers, ni les cafques,
ni aucune autre forte d'armure, n'c'toient capables de rcililer
à i'impctuofitc d'une pierre lancce par la fronde : l'effet de la
fronde c'c^aloit prefque celui de la catapulte, forte de machine
de guerre d'une force furprenante , mais d'une invention D!od.Sic.y,
poflérieure à celle de la fronde. Les Hébreux de la tribu de''"'*''-^'
Benjamin fe fèrvoient fi adroitement de la fronde, & ils
ttoient fi fûrs de leur coup, qu'ils n'auroient pas manqué de
toucher un cheveu qu'ils auroient vifé ; ils fe fèrvoient Judic.xx.ia.
également de la main droite (Se de la gauche. David "s'étoit
tellement exerce à la fronde, lorfqu'il gardoit les troupeaux
de fon père, qu'il terrallà d'un feul coup Goliath, la terreur
des armées irifratl. Pendant que David étoit à Sicéleg, il /;?./.
lui vint ^Qs frondeurs habiles qui lançoicnt i\qs pierres des
deux mains. Les Phéniciens ne le fèrvoient pas moins habi- IF^ira-xu.
lemcnt de cette arme, que les Hébreux. Pline leur en attribue ''
nicme l'invention; Se Slrabon veut que les habitans Ats îles PuK.i-rr. ;/r.
Balcares ne fe foient acquis de fa réputation dans l'ufige de
cette arme, que depuis que les Phéniciens (e furent rendus
maîtres de cette île. On le fêrvoit de la fronde non-feulement Srr^'- '"■
dans les batailles, mais aulfi dans les lièges, pour écarter l'en-''""
liemi des murailles. Quoiqu'Homère parle de cette arme, &:
oiie dans l'armée des Grecs devant Troie, les Locriens s'en /,w. v///,
(ervillent, les Grecs paroiffent n'en avoir jamais f;\it un grand '■7'^-
cas. Alex;uidre voulant inlpirer à (es foldals du mépris pour
ics ennemis qu'iU avoieul à combattre, leur dit cpie c'îtoit Curr.tr./^,
Tome XL, M
Xtn. Cyrop,
VII.
Herad. VU,
XII, l i ;
XVII, 2 o;
XIX , s ;
XXXII, j,
DioJ, Sic,
XVII,j>, JJ2,
Kfc. d'Ant,
t. I, p. 2 j7.
Aiiiiq, tiom,
iV, I o.
Frocl'tnHtf.op,
irJief.p.^;.
Rec. d'Ant,
1, 1, /'. i ^ <f.
r)o MÉMOIRES
jiiie troupe <k barbares qui marchoiciit & comlattoicnt fans
ordre ; que les uns n'avoïent que des dards & des frondes, &
qu'il y en avoit peu qui fujjenl entièrement armes- Les Ptrfès
mcpi"i(oient tellement cette arme, que Xcnophon fait dire
p;ir Cyriis , qu'elle ne convenait qu'à des efclavcs.
Hérodote parle d'un peuple Nomade, qu'il dit être de la
nation àcs PeiTes , & qu'il nomme Sngarticn : ce peuple
n'avoit pas d'autre arme de fer ou d'airain que le poignard;
mais il portoit une efpèce de filet fait de jonc ou d'ofier, à
i'extrcmité duquel ctoient des lacets ou nœuds coulans qu'ils
jetoient avec adreflè au cou des hommes &: des chevaux ; ils
les tiroient ainfi à eux, & les tuoient avec leurs poignards.
Cette manière de combattre paroît avoir été aufîi en ufage
chez les AfFyriens : le Prophète Ezéchiel annonçant à Sédécias
fa ruine & celle de fon peuple , répète plufieurs fois qu'il
étendra fes rets fur ce Prince & fur fes fujets, qu'il les prendra
dans ks filets, & les mènera à Babylone : on voit aulTi cette
efpèce d'arme employée par les Phéniciens au fiége de Tyr
par Alexandre.
Quoique le fer fe trouve afîêz facilement, la difficulté de
le travailler eft caule qu'il a été le dernier métal employé à la
fabrique des armes ; & tous les Savans font alfez d'accord
que les premières armes furent d'airain. Je ne rappellerai point
ici les preuves fur lefquelles ils s'appuient : on peut les lire
dans le Recueil des Antiquités de Ad. le Comte de Caylus , &
dans les Antiquités d'Homère de Feitcliius. Le cuivre ou l'airain
étant mou de fa nature & fe caiïânt facilement, on n'auroit
pu s'en lervir pour les armes, s'il n'eût été trempé. Proelus
l'un des Scholiaftes d'Héfiode, nous dit que les Anciens avoient
une trempe particulière qui donnait à l'airain la folidité & la
dureté du fer : cette trempe fins alliage d'aucun autre métal
a été retrouvée par M. le Comte de Caylus. Le Scholiafle
d'Héfiode ajoute que l'art de tremper le cuivre ayant été perdu ,
on eut recours au fer pour fabriquer des armes. Lorfqu'on eut
une fois commencé d'employer le fer à cette fabrique, on
ne changea pas le langage ; on continua, fuivant i'obfervation
DE LITTÉRATURE. 91
de VofTius, de ie fervir du nom d'airain pour exprimer
toutes fortes d'armes, de quelque métal qu'elles fuiïènt. L'O-
rateur Lyfias veut que les Amazones aient été les premières
qui aient employé le fer; & que dans le temps que toutes les
autres nations ne fê fêrvoient encore que d'airain, les armes
Je ces femm.es guerrières aient été de fer. Si ce dernier métal
n'a pas été employé d'abord pour les armes , la découverte
n'en eft pas moins ancienne : Tubalcain avant le déluge tra- Ce11.1v.22.
vailla le fer &. l'airain. Les Phéniciens mettoient au nombre
de leurs plus anciens Héros deux frères qui pafToient pour
avoir trouvé le fer 6c la manière de le travailler. Lorfque Job
ccrivoit, ce métal & fon ula^e étoient connus dans l'Arabie , 'J^'^'
même pour les armes ; & il paroit par les Livres de Moyie, xxvm . 2 ,•
qu'il étoit depuis long-temps en ufiige en Egypte & dans le ^i^-'/ ^'^^''
pays de Canaan , & que l'on en failoit des couteaux, des Ltvir.i,,-;
cpées, des haches, des marteaux à tailler la pierre, & des ^^^'- 'j?-
jougs que Ion mettoit au cou de ceux qu on emmenoit en /<r.
captivité. Dfut.m^,,.
i-v I • . T r I r /■ . VI". 9:XIX,
Dans les premiers temps, chaque loldat le pourvoyoit /,• aat//, /.•
d'armes pour la guerre. L'allërvilièment fous lequel les Hé- ^^^'^"--^s
breux furent long- temps tenus par les PhililUns cSc par les
autres peuples voihns, fut caufê qu'il n'y avoit pas de pro-
vilions d'armes en Ifi-acl. Les Héros qui furent fufcités de
Dieu en différens temps pour les délivrer de ceux qui les
opprimoient, combattirent avec tout ce cju'ils trouvèrent (ous
la main. Samgar tua (ix cents Philiflins avec le foc d'une
charrue : lorfque Barak voulut lêcouer le joug de Jabin roi judk.m. -,
Cananéen d'Azor, il n'y avoit ni lance ni bouclier dans qua-
rante mille f)ldats d'Ifi-acl : Samfon ne combattit qu'avec ib:d.v.s.
une mâchoire >Km\ç. : S.iiil nouvellement monlé fur le trône, lbid.xv,i;,
& obligé de marcher contre les Philiflins, ne trouva point
d'armes, &: dans toute iow armée il n'y eut que lui & Jona-
thas (on (ils (jui eullent une éj)ée & une lance ; mais lorlque I Rfg.xiir.
te Prince fut allcrmi lur le trûne, il eut des gardes oC des '°'
troupes réglées ; ce qui continua fous DavitI &. fous fes fuc-
celfcurs. On établit alors des arfenaux abondamment pourvus
Mij
p2 MÉMOIRES
de toiile foite d'armes pour en fournir les foldats lorfqu'if
falloit marcher. Les peuples voifins , du nombre defqucis
ctoient les Phéniciens, avoient depuis long-temps de ces ma-
gafins dans lelcjucis ils confovoient toujours dts armes qu'ils
en tiroicnt au beloin : ces armes, pendant la paix, étoient
gardées dans des tours; & pour faire voir qu'on ne craignoit
rien, & que l'on étoit toujours en état de défenfe, on eu
fiifpendoit quelques-unes aux tours & même aux murailles dea
villes. Les Perfes, les Lydiens Se les L) biens, qui fervoient
dans [es armées Phéniciennes, ies Aradiens, les Gamadiens
& autres peuples de Phénicie, fufpendoient leurs boucliers
Eifch.xxvn, tSc leurs carquois aux murailles de Tyr : les Hébreux leurs
jo. it. voiiins imitèrent cet exemple ; il y avoit, fous le règne de
Cani.iv,^, Salomon , mille boucliers fufpendus à ia Tour de David.
Dans les armées, il y avoit ordinairement des Coureurs
d'une agilité extraordinaire ; Azacl frère de Joab Générât
des années de David efl comparé, à caufe de fa légèreté à la
URtg.ii.îS. courfe, aux chevreuils des montagnes : les braves qui vinrent
fe joindre à David perfécuté par Salil, étoient àçs hommes
robudes, bons guerriers, armés de boucliers & de lances, &
dont le vifàge étoit comme la face du lion ; mais ce qui les-
Z/'.iw/.A-//, i",. diflinguoit des autres braves, étoit leur vîtefle à la courfe,
telle qu'ils auroient pu atteindre les chevreuils àts montagnes :
David, remercie Dieu de lui avoh* donné des pieds qui éga-
Bj.xvu,}^. [oient les cerfs à la courfe: cette légèreté étoit une qualité-
très-elïimée dans les guerriers. L'une des épithètes plus fré-
quemment donnée par Homère à Achille ,^ eft celle de prompt
à la courfe , riocTbôpy^s ; elle s'acquéroit par le fréquent exercice
de la chafîè auquel les filles même s'adonnoient. Les filles de
Tyr & celles des autres villes de la Phénicie, qui paroidbient
fouvent l'arc à îa main & le carquois fur l'épaule, & dont leS'
jambes dégagées de longs vêtemens étoient couvertes d'un
brodequin montant au genou, dévoient y exceller.
Les animaux fervoient auffi à la guerre : les Hircaniens
& les Magnéfiens menoient avec eux Ats chiens qui leur
'ALh.m.de ^tQJeiit d'une grande utilité contre l'ennemi ; les Gaulois &
DE LITTÉRATURE. 5)3
les habitans de la Grande-Brelagnc en avoisnt toujours dans
ieurs armces : les Colophonisns & les Callabales, peuples de Str^i'.n;
]'à Cilicie , en ioimoient leur avant-garde, & les faifoient /J^/j,}^/
combattre les premiers. Les Carthaginois , dit Lucrèce, furent lucra. y,
les premiers qui le fervirent dclt'phans dans les combats : les '' ■^''^'
Parthes y conduifirent des lions ; d'autres fe lervirent de fJ.a.r.ijr^.
taureaux & de fangliers ; mais ces derniers animaux faifant /'/.//'i/.
fou vent autant de carnage dans l'armée de ceux qui les me-
noient, que dans l'armée ennemie, on fut obligé de renoncer
à s'en fervir : les chameaux &. les chevaux fervirent à porter
les firdeaux.
Homère n'a pas mis de cavalerie dans l'armée des Grecs
devant Troie. Les chevaux qu'il y emploie, ne font defliné-s
qu'à tirer des chars, dans chacun defquels il n'y avoit qu'un
combattant &. qu'un cocher. On peut légitimement conclure
que , lorfque les Grecs entreprirent l'expédition contre cette
ville, l'art de l'Équitation n'étoit pas encore connu des Grecs.
Cet art en effet n'a commencé dans l'Afie mineure, que cent
cinquante ans ou ejiviron après la prife de Troie , &: il n'y
a été connu que par les iiK:urfions des Cimmériens & des
.Trerons. M. Fréret l'a prouvé dans un de fes Mémoires; Si. la /'""• ^■r^d-
plus ancienne éuoque de l'équitation dans la Grèce européenne '^'■^■' '
île remonte pas plus haut que la première guerre tles Spartiates-
contre les Melitniens, c'e(t-à-dire , vers l'an 743 avant J. C. Taujaikiv,
Mais de ce que les Grecs ne montèrent pas à cheval avant
ces temps, peut -on en conclure que l'équitation ne fût pas
en ufage chez des peuples plus anciens & policés, avant qu'il
y eût des royaumes établis dans la Grèce, & qui avoicnt
inventé tous les arts, lorfque les Grecs étoient encore dans
leur enfance î L'Egypte étoit féconde en chevaux avant le
règne deSéfodris, c'efl-à-dire, lorfque les Ifraélites habitoient
ce pays; 6c quoique ce Prince eut rendu les chevaux moins
utiles par la quantité de canaux dont il coupa la balîè Ég\pte,
îl y conferva grand nombre de haras ; & ju/cju'au temps de
Salomon, les chevaux continuèrent tl'ètrc une branche conlidé-
rablc du commerce de l'Egypte, d'où tous les peuples voitins
94- MÉMOIRES
tirolent ceux dont ils avoieiil befoin. Se peiTuadera-t-on
aifcmciit qu'ayant rcufri à dompter le cheval pour l'aUclcr à
des chariots , les Egyptiens n'aient pas tente d'en faire un
autre iifage non moins utile, Se auquel il n'eil pas plus difficile
d'habituer cet animal ! Etoit il même facile d'en conduire un
^rand nombre dans des lieux fort éloignés , fins en monter
quelques-uns l
H eft vrai que chez les Hébreux , les chevaux n'étoient pas
communs, & que le peu qu'ils en avoient, ne fervoit qu'au
tirace. On en trouve la raiion dans la défenfe que Moyfe leur
avoit faite : Lorfijuc vous vous fcrei donne un Roi, leur avoit-i{
Deuuxvn, dit, ce Roi n'aïuajfera pas un grand nombre de chevaux , & il
'^' ne remènera pas le Peuple en Egypte , s' appuyant fur le nombre
de fes chevaux. Dieu vous ayant Jur-tout recommandé de ne plus
retourner par la même voie : cette défenfe a été allez exactement
obfervée jufqu'au règne de Salomon qui eft le premier prince
fous lequel on ait vu de la cavalerie chez les Hébreux : ni
David fon père, ni Salil , ni les Juges d'Ifraël qui avoient
une autorité prefque égale à celle des Rois, ne s'étoient pas
fervis de chevaux ni à la guerre ni pour leur monture ; on
ne les voit , eux & leurs enfans , montés que fur des ânes.
Au temps de Barak & de Débora, les Chefs d'ifiaël n'avoient
'Jndic. V, to. pas d'autre monture : Jaïr Juge d'Ifraël avoit trente fils montés
Jiid.x.4. chacun fur un âne ; les quarante fils d'Abdon , autre Juge
d'Ifraël, & fes trente petits-fils ne montoient auffi que des
Ilid.xn.,^, diW&s ; & il n'eft fait mention jufqu'au règne de Salomon,
d'aucun cheval de felle : on montoit cependant des mulets;
liReg.xviii, Abfidon dans le combat fatal où il perdit la vie, étoit monté
%R,-^.i.sS. fLir une mule ; Salomon lui-même au jour de fon couron-
nement ne monta qu'un mulet : les Moabites ne montoient
peut-être pas plus à cheval que les Hébreux ; du moins
Balaam appelé par Barak leur Roi , pour maudire Ifraël , n'a-
Num.xxn, voit pas d'autre monture qu'une ânefle ; mais on ntn peut
*'' rien conclure pour les pays voifins. Celui des Moabites rempli
de montac^nes & de déferts étoit peu propre à nourrir & à
élever des chevaux qu'il auroit fallu faire venir de i'Égypie
DE LITTÉRATURE. 95
à crrands frais. Dans les autres pays où le fol étoit plus égal
&\5 pâturages plus abo.ulans . les chevaux pouyo.ent être
plus communs, & fervir à la moature comme a 1 attelage.
Si l'âne prefnue aufTi fort & auff. robiifte en Orient que
le cheval, & i\ le mulet encore plus relit par fa nature que
ce dernier animal, ont pu être domptés de 1. bonne heure,
& accoutumés à porter , pourquoi n'auroit-on pas tente d y
habituer le cheval! La ficilité avec laquelle on avo.t habitue
i'âne & le mulet à fe lailTer monter , y conduifoit naturellement.
Quelques Anciens ont penfé que l'on avoit fait ferv.r le cheval
à la monture, avant que l'on eût elfayc de latteler a un char:
Et prias ejl rcpertum in equi confccndere cojlas ,
Et moderaricr hune franis . dextraque vipère ,
Quàm bijugo curm bclli tcntare perichi. . Lucr^uv.
11 paroît en effet que les Arabes dans les temps les plus
reculés, montoiem à cheval lorfqu'ils alloient à la chalîe. Job
parlant de l'autruche, dit que cet o.jcau déployant fes cuL^, J^-^^^'^>
furpaffe à la eourfe le cheval & celui qui le monte. -^^-^-^^^ ^^^^^ ,
/a Sous ou le Rechbo , equum & inf.dentem in eo le cheval &
celui nui le monte. La Fable qui nous a conferve pluheurs
anecdotes de l'antiquité, pourroit confirmer la penlce de Lu-
crèce : elle nous repréfente Bellérophon antérieur de que iqiies
générations à la guerre de Troie . monté fur un cheval; 6c
Pline nous le donne pour le premier qui ait ait lervn- le
cheval à cet ufage : ceUii de combattre à cheval eft attribue
par le même Auteur aux Centaures qui hab.toient la Thella le Phn. vu.jS.
dans le voillnage du mont Pélias. D'autres veulent que Its id.itu.
Amazones foient les premic-res qui loient montées a cheval
pour combattre. Lorf,u elles avoient remporté f avantage . dit
forateur Lyhas. elles pourfuivoient ? ennemi & achevoientaw, ,^hi^;^
fa défaite; fi elles avoient lu le défivant.ige , montées a cheval, k^.BmS.
elles laiffoiènt loin derrière elles l ennemi qui les pour fiiv oit, &
ijui, étant à pied, ne pouvoit les atteindre. Que l'art de l Fqui-
Uiiou foit de l'invention des Centaures, ou qu'il foit du
5î<î MÉMOIRES
aux Amazones, il en rcfiiltcra toujours qu'on /îivoh monter
i cheval avant la guerre de Troie, puiftjue les Centaures Se
les Amazones ont prcccdc cette expédition. Homère de qui
^lous tenojis les détails de cette expédition, ne met px;int
à la vérité de cavalerie dans l'armée des Grecs ; mais les
comparaifons qu'il fait en pKificurs endroits de foii Poëme,
^uppo^ent^^exiflence de l'art de i'Équitalion , & que c'étoit
j-ine cliofe commune de fou temps dans l'Ionie : M. Fréret
///w. Acad. en convient ; & ce Savant ajoute que l'Ionie était voifnie de la
t,VU,i'. zb , i^y^if, ^ ^ ^ng y çcivakrie Lydienne était très-célèbre dans l'anti-
quité. Les Cimmériens qui s'étoient établis dans l'Afie mineure
avant Homère, y apportèrent l'art de I'Équitalion qui leur
étoit connu avant qu'ils fortilîènt de leur pays.
Mais voici quelque chofe de plus pofitif pour l'Egypte &
pour l'ancienneté de l'art de i'Équitation dans ce pays. Les
Égyptiens regardoient cet art comme prcTque auifi ancien que
leur monarchie. Dic:iearque dont le Schoiiafte d'Apollonius
Sihol ApoU. nous a confervé le texte, dit que Sejonchofis fut le premier
qui apprit aux hommes à monter à cheval , TIç^p^v ciIvtvv ïvfmÀy^
'IniTZUv â!v6e^-77îv l7nlici.'ivm ' il ajoute, il elt vrai, que d'autres
attribuent à Oriis l'art de I'Equitation ; mais dans l'un ou dans
J'aiitre cas, cet art n'en efl: pas moins ancien ; car fuivant le
fyftème hiftorique de cet Auteur , Orus efl fils d'Ofiris Sc
cflfis , &L Séfonchofis le fuccelTèur immédiat d'Orus ; ce qui
fait remonter I'Equitation à la plus haute antiquité, c'eft-à-
dire, plufieurs fiècles avant la guerre de Troie, Jacob qui
avoit vécu vingt- trois ans en Egypte, emprunte une com^
paraifon du cheval & du cavalier : béniiïànt Tes enfans avant
Cen.xLix, fa mort , il dit à Dan l'un d'entre eux : Qjie Dan devienne
■^' comme un ferpent dans le chemin ; qu'il foit comme le cerajle
dans la voie , qui mord le pied du cheval , & fait tomber h
cavalier à la retmrfe ; lins «dt hâ>\ did »3p> i|S2rt ^ hanofchek
îkbi fous ouaiphol rohho akor , mordens calcancum equi , & defi-
cicns , vel cadcre faciens infidcntem in eo rétro.
Pharaon dans l'armée avec laquelle il pourfuivit les Ifraëlites,
^yoit de la cayaleiie proprement dite. Moyfe parle de cette
armée,
DE LITTÉRATURE. 97
année, comme compofce de trois corps diftingiiés les uns des
autres : marquant la po(itioii qui in/pira tant de terreur aux:
Ifi'aUiites, il dit que « toute la cavalerie de Pharaon °''0 ?, ^'oJ.iv.y.
iol fous , omtiis ecjmtatus , lêion la Vulgate ; Se toIow- >î Îtt-ttos, «
. fuivant les Septante, les chariots & ceux qui en conduiloient «
les chevaux, "'''???'' •'•>'"?? '^'^'],rekcb Pliareo ou Phanifc/idio ,currus «
Pluiraoms & pungetitcs , les chariots de Pharaon & ceux qui «
piquoicnt les chevaux & qui les coiuluifoient ; & enfiiî que (on «
armée, c'efl-à-dire, Ton infanterie, ■"''.n?, vekheilo & exercitus , «
étoient à Phihuhiroth vis-à-vis de Béelzephon. » Dans ce
texte , la cavalerie e(l clairement diftinguce dei^ chariots &
de ceux qui conduifoient les chevaux qui y cloient aitelcs :
la même diftinciion paroît dans le rccit que Aloyfe fait de la
fubmerilon de cette armée, il dit que « les Hébreux étant
entrés dans le lit de la mer rouge , dont les eaux s'étoient «
retirées, les Égyptiens voulurent les fuivre, S: que toute la «
cavalerie de Pharaon, les chariots, & ceux qui les condui- « i'^'^-^is-
foient, entrèrent dans la mer, & y furent tous fubmergés; «
a;n -pn ^k i'c'^a-i "st nyna did S5, col fous Pharcoh , rikbo «
ou Pharafthaio , el tok haiam , toute la cavalerie de Pharaon , «
Jes chariots , & ceux qui conduifoient les chevaux attelés à ces «
chariots. » Cette mcme diiliiicflion paroît encore plus clai-
rement dans le Cantique compofé par Moyfe pour remercier
Dieu de la délivrance miraculeufe du peuple qu'il conduifoil;
après avoir dit dans le premier verfct de ce Cantique, « que
Dieu avoit renverlc dans la mer les chevaux & ceux qui
les montoient, "'^P'^"! ^"^^ , fous verikho , equian & infdentcni in «
eo , ou fclon la verfion Grecque, 'iiiTm^ -^ otiujSxTry, il rend «
grâces à Dieu d'avoir fait éprouver le même lort aux cha- «
riols de Pharaon & à toute fon infanterie, "•'''n^ •"''i''?3 '^^p'??, «
vnrkboth Pharao vekheilo , currus Pharaonis & exercitum ejus. »
Enfin les Juifs ont toujours cru qu'il y avoit eu de la cava-
lerie dans cette armée de Pharaon. Philon dit que «ce Prince Pli!'. <tf i''>.
pf)urfiivit les Kraclites fortis de l'Egypte avec toute fa cava- << '"'■''
jcric, fc> frondeurs, fcs aichcrs à cheval, les troupes légères «
Tûtiic XL. N
p8 MÉMOIRES
èi fix cents chariots choifis. » Joscphe tliflingiie de mcinc fa
cavalerie île celle armée des chariots qui en faifoienl partie.
« Pharaon, dil-ii, fut fuivi dans cette expédition par lix cenls
JoffpLAnt.» chariots, cinquante mille hommes de cavalerie & deux cents
^'' ' ^' \vi\\\ç hommes de pied. » L'iifage de la cavalerie étant fi ancien
Diod.Sk. en Egypte, on ne doit pas être (urpris de lire dans Diotlore,
^»F-iS' que iléloflris ( que je crois fuccefreur de Pharaon fubmergc
dans les eaux de la mer ) avoit dans fon armée f ix cents
mille hommes de pied, vi»gt- quatre mille de cavalerie, &
"vingt-fept mille chariots.
Les armées i\çs Philiflins, peuples puidans de la Palefline,
ctoient de même divifées en trois corps d'iidanlerie, de cava-
lerie & de chariots; & il n'y a de différence entre la manière
dont s'efl: exprimé le texte lâcré , en parlant de l'armée de
Pharaon , & celle dont il rend compte de l'armée des Phililtins
marchant contre Saiil, fmon qu'il exprime à quoi montoit la
cavalerie de ces derniers, ce que Moylê n'avoit pas fait, eu
iRe^.xiii,;. parlant de l'armée de Pharaon : cette armée des Philiflins éloit
compofée de trente mille chariots , nombre trop confidérable
relativement au pays, pour croire qu'il n'y ait pas de faute
dans le texte, de fix mille chevaux &: d'une infanterie innom-
brable, L'ufage de la cavalerie diftinguée des chariots de guerre
ji'étoit pas alors nouveau dans le pays de Canaan. Les Rois
de ce pays ligués contre Jofué lui opposèrent une armée im-
menfe pour arrêter le cours de ks viéîoires : elle fut compofée
d'une infanterie, que rÉcriture dit avoir été aufîî nombreufè
que le fible qui ert fur le bord de la mer, de cavalerie &
d'un grand nombre de chariots de guerre. Le texte fàcré
diftingue trop clairement ces trois corps, pour que l'on puifle
Joj.xi,^, les confondre. « Tous ces Rois, dit le texte facré, fortirent
3> avec leurs trouj>es, un peuple immenfê, ^1 cd^, am mh , popuhis
n viultiis , de la cavalerie, ^'^^'], refaits, equi qiioque , Se des cha-
» riots en grand nombre , ""<f ^T 33ni ^ ouarekeh rah meod , &,
curais immetifa muhitudinis. » Chaque corps efl: exaétement
diftingué daiis ce texte : OïD, fous , dans le texte Hébreu
DE LITTÉRATURE. 99
défiane non-feu'ement le cheval, mais aulTi celui qui le monte;
& le même terme exprime dans cette Langue de la cava-
lerie, comme le mot Grec T-n-Troî fignifie l'un & l'autre : de Canut. <>.
même le terme ^'^ , Rekeb , qui défigne des chariots dans la
Lanaue hébraïque, indique aulTi ceux qui font dans les chariots
& qui les conduifent. Josèphe n'a pas confondu les ditierens IlRfg.x.,8.
corps de cette armée Cananéenne : « elle condlloit, dit-il, joj^ph. A,:t.
en trois cents mille hommes d'infanterie, dix mille de cava- . ""'''
lerie, & trente mille chariots. »
Les Cananéens avoient non-feulement de la cavalerie dans
leurs armées; ils avoient auifi, comme toutes les autres Puif-
fances de l'Orient, un grand nombre de chariots de guerre:
ces chariots dans leur origine ctoient fort fimples , & difté-
roienlpeu de nos charrettes ; attelés de deux chevaux, enluite
de trois, &: en dernier lieu de quatre de front, ils portoient
un cocher, dont la fondion étoit de conduire les chevaux,
& un combattant : on les arma de faulx & d'autres inllrumens
tranchans. Si l'on en croit Ctéf.as. Sémiiam.s avoit dans fF-I^'^^'
l'armée qu'elle conduif.t contre les Badriens, feize cems
chariots armés de celte manière ; mais Xénophon prétend Xjn.pLC;^op.
que les Modes, les Syriens & les Arabes n'avoient que des
chariots de bataille attelés de quatre chevaux , & que ce fut
Cyrus qui arma de faulx les roues de ces chariots : cet
Hirtorien s'eft trompe; cette invention meurtrière ell beau-
coup plus ancienne que Cyrus. On trouve des chariots amli
armés chez les Cananéens & même chez les Syriens, long-
temps avant le fondateur de la monarchie des Perfes : les
premiers en avoient déjà, lorfque les KraUlites entrèrent
dans leur pays. La tribu de Juda ne put fe mettre tnJof.>:vu.,S.
poaèlfion de la plaine du canton qui lui avoit de alfignc
pour fon partage, parce que les Cananéens, qui en etoient
les maîtres, avoient un grand nombre de chariots armes ; JuJ^-'.-P-
celle de Dan fut obligée, par la même raifon, de fe tenu-
renfermée dans fes montagnes . fans ofl^r delcendre dans la
plaine. Jabin. roi cananccn d'Azor, avoit dans I armée dont n:''-S^'
il donna le commandement à Si^ara , neuf cents de ces
N ij
loo MÉMOIRES
judic. rr.jf. cliaiiots. L'hcritiire compte dans celle des Philiflîns anemhlée
contre Salil, fix mille chevaux Se trente mille chariots: ce
jioinbre, trop confulcrable, a lait foiipçonner à (iiiel'.jues
interprètes une erreur dans le texte. Enlin David prit mille
chariots à Adarczer roi de la Syrie de Soba, qu'il avoit
//^■■^. -v, /.?. entièrement défait. Diodore de Sicile renJaut compte des
préparatifs de Darius avant la bataille d'Arbèle, donne la
Dh.l.S'.c. forme de ces chariots; il dit que ce Prince fit conllruire
xvii.i'.jjo. Jeux cents chariots armés de faulx tranchantes, cajiables de
porter par leur feul afpecT: la terreur dans une armée; à coté
de chacun des iXeux chevaux qui tiroieiit le chariot, chacun
des deux timons portoit une lame de trois palmes, dont
la pointe fe préfentoit au vifage de l'ennemi; à l'eifieu des
deux roues, il y en avoit deux autres aufll tranchantes,
& aux extrémités de ces roues étoient encore attachées des
faulx. Pour prévenir l'effet de ces chariots , Alexandre
ordonna à iès foldats, lorfju'ils les verroient approcher, de
frapper tous & de toutes leurs forces fur leurs boucliers
avec leurs épées , afin que les chevaux efïiayés par le bruit
ie tournadënt pour s'enfuir du côté de l'armée d'où ils
venoient, &: que s'ils s'obHinoient à avancer, ils ouvritîènt
ieurs rangs pour leur donner palTàge, ce qui les mettroit
hors de tout péril. Ce ftratagème réufîlt à Alexandre; la
plupart des chevaux, effarouchés par le brait, portèrent à
bride abattue leurs chariots fur les Perles nicme ; à l'éyard
de ceux qui fuivirent ie droit chemin , les Macédoniens
s'ouvrant à propos, non- feulement en évitoient l'atteinte,
mais perçoient même les chevaux à coup de traits. Cependant
quelques-uns échappés, firent de terribles dégâts dans les
endroits oh ils tombèrent; les tranchans des faulx & des
autres ferreitiens attachés aux roues, étoient affilés au point
que pouffes de la force dont ils l'étoient, ils portoient une
mort certaine fous des formes différentes; ils enlevoient aux
uns le bras avec le bouclier qu'il portoit : ils coupoient à
d'autres la tête fi fubitement, que pofée à terre elle ouvroit
encore les yeux, & laiffoit coiinojtre celui à qui elle
DE LITTÉRATURE. loi
appartenoit; d'autres ctoient tranchés par le milieu du corps,
& étoient morts avant que d'avoir fenti le coup. Ces
chariots étoient plus fimples que ceux dont Quinte -Curce
rous a donné la defcriplion : l'extrémité du timon de ces
derniers étoit armée de piques garnies de pointes de fer; Q:rn:.Ci.rJ,
Je joug avoit des deux côtés trois elpèces d'épées qui for- '"*''
toieiit en-dehors ; entre les raies des roues étoient plufieurs
dards qui donnoient de même dehors , & les jantes dus
mûmes roues étoient auiH armées , Si. mettoient en pièces
tout ce qu'elles rencontroient : ces dards & ces faulx étoient
montés lur de fortes roues, capables de rélifler à la violence
du mouvement; l'eflleu étoit plus long qu'à l'ordiniure , jr^T»^.
afin que le chariot fût moins fujct à verk-r. r"^^'"v'^' .
Les troupes Fhcniciennes avoient-elles des enicignes pour
les guider dans leurs marches & les rallier dans le combat?
l'ufage de leurs voifins le tait préfumer. Lor(que Jofué voulut
faire marcher les Ifraclites contre la ville de Hai , il éleva Jof.vnt.tS.
fon bouclier au bout d'une pique. Le Plalniille dit qu'il fè
réjouira dans le nom du Seigneur, & qu'il luivra l'étendard
du nom de fon Dieu. L'Auteur du Cantique des Cantiques Pf<!lxix,S,
compare l'époufe à une armée avec les étendards, llviïe dit ^<"''
<]ue celui qui eft le lignai des peuples lèvera l'éieiulai J
parmi les Nations; mais nous ignorons quelle étoit la lorme
des étendards, dont il ell (ait mention dans ces textes, &
jious pouvons encore moins ilire quels étoient ccu\ des Uc'.xj.ta.
Phéniciens. Quelipies-ims , fclon Diodore, attribuoient aux D.cd.Sic.i,
f.gypliens l'invention des lignes militaires: les anciens'''^'''
Égyptiens, difoienl-ils , combat ant fms ordre 6c a\ai)t été
fouvent défaits par leurs ennemis, prirent enfin des éten-
dards pour leivir de guides à leurs troupes dans la méi('e:
ils chargcicnt ces étendard* de ligures d'animaux; les Chefs
les portèrent au bout de leurs picjues, & par-là ih.icun
reconiuil à cpul corps ou à (picllc compagnie il appartenoit ;
céluii à ces éteiulartls que (]nelc|ues-uns attribuoient l'origine
du rulie des aniinaux en Fg\ple. La précaution tie pciter
dci cjilcignci ic*iv ayam proti.ic la vidoiie plulicuis lois, ils
loz MÉMOIRES
s'en crurent redevables aux animaux reprcfentt's fur leurs
enreignes; en mcinoire «Je te iecoiu-s ils dc(encJireiit de les
tuer, 6c ils ordonnèrent qu'on leur rendît des honneurs.
La guerre commençoit ordinairement par des voies de
fiiit 5c fans déclaration préalable, & fouVent Hms avoir de
plan formé, ni de projet décidé. Un Conquérant vouloit-il
faire la guerre, fi fantaifie ou la divination le déterminoit
à le jeter fur un pays plutôt que fur un autre. Le roi de
Babyione marche avec fes troupes jufqu'à la tête de deux
chemir.s , incertain de la route qu'il prendra, il a recours à
Eifd.xxi, la divination ; il prend pluheurs Hèches, les mcle enfemble,
il, fit & celle qui fort la première décide du pays fur lequel il va
fe jeter. Les Ifraëlites entrèrent ainfi armés dans le pays de
Canaan ; ils n'avoient reçu aucun dommage de la part de
ies habitans; mais ils étoient autorifés par le don que Dieu
avoit fait de ce pays à leurs pères. Les peuples à qui l'on
avoit fait quelque tort ou quelque injure, fe vengeoient
par une incurfion fubite. Les Ammonites qui fe plaignoient
que les Hébreux leur avoient enlevé leur pays , vinrent fous
Judk.xi.tz. la judicature de Jephté, ravager leurs polfeffions au-delà
du Jourdain. Les Pliiliftijis entrèrent de même fur les terres
des Ifiaëlites, pour fe venger du tort que Samfon leur avoit
îhiâ.xv,t. fait en brûlant leurs moilfons. David infuhé dans la per-
fonne de {qs ambaflâdeurs par le roi des Ammonites, envoie
lIReg,x,y. fur le champ Joab, Général de {ts armées, ravager fon pays.
Pour être avertis de ces incurfions fubites de l'ennemi , &
fe mettre en état d'en arrêter les progrès, il y avoit ordi-
nairement des fentinelles dans dts tours & fur les hauteurs;
*lfauv.2e; lorfque l'ennemi paroilToit, cts fentinelles fonnoient de la
XI, i2;xiii, trompette, ou élevoient fin- les montagnes des mâts, auxquels
xx^i^l'xxx, ils altachoient quelque fignal que l'on pût apercevoir de
i7:xxxiii. joj,^^ o^, \\^ allumoient des feux, afin que le peuple courût
ij^i xLix. ^^^ armes. Les Prophètes, foit qu'ils parlent du pays habité
Jtrim,iv.2; p^^. jgj Ifraëlites , foit que leurs prédidions aient pour objet
' EiuL ' les peuples voifins *, font fouvent mention du fon de ces trom-
XXXI 11. 2. pette5 ^ (Je rétabliliement de ces fignaux, ou bien ils y font
Ames, m, Ça i w *
DE LITTÉRATURE. 103
alliifion. Par ces fignaux, les femmes & ceux qui n'e'toient
pas en état Je porter les armes , étoient avertis de prendre
la fuite & de fe réfugier dans les villes fortifiées, & ies
autres de courir aux armes pour la défeniè du pays.
Le camp dans lequel ie retiroient tous ceux qui avoient
pris ies armes, étoit un lieu dans la pleine campagne que
l'on environnoit de foliés, qu'on fermoit de palilfades, &
même quelquefois de murailles, pour empêcher l'ennemi
d'y entrer ; tel étoit celui que les Grecs formèrent devant
Troie : ce camp renlermoit les tentes fous lefqutlles les
Officiers &. les Soldats repofoient. Les tentes étoient ordi-
rairement de peaux ; l'Époulè des Cantiques difoit qu'elle Cam.i,^,
{;toit noire comme les peaux, c'eft- à-dire, comme les tentes
de Salomon : les tentes dç:s Madianites étoient de même:
les tentes de Chus, dit Habacuc , fout rcnvcrfées , & les HdM.iu.^i
peaux (le Mddian font abattues : on en fiifoit d'étoffe, de
drap, de poil de chameau ou de chèvre, & quelquefois
de toile. Ifaïe dit que Dieu étend les cieux comme une Ijai.xL.n,
toile très -fine. On fe fêrvoit, comme aujourd'hui, pour
drefler les tentes , de cordes &. de piquets : le même Prophète
adrefîant la parole aux Ifraëlites, leur dit de dilater l'efpace Id.uv.i,
de leurs tentes, d'étendre les peaux de leurs pavillons,
d'alonger leurs cordages &. d'affermir leurs piquets.
\^^s Phéniciens qui portoient les images de leurs Dieux à
la proue de leurs vaiflêaux , dévoient aufli les porter , à
l'exemple de leurs voifins , dans leurs armées de terre &
les conferver dans leurs camps. Les Philillins vaincus par
David dans la plaine de Raphaïin à Baal Phcrafim, y
lailscrent leurs Dieux qu'ils avoient amenés avec eux, &
que David fit brûler après fa vidoire ; cet ufiioe étoit fi I Parai, xiv^
général, que les Ifraëlites des dix Tribus y porlèient aufl'i '^'
leurs veaux d'or. Abia, roi de Juda, leur en fait le reproche Jl Parai, x/it
avant que de livrer bataille à Jéroboam Iclm- roi. ^'
Le fuldat t|ui avoit pris les armes, ne pouvoit, tant que
la guerre duroit, cpiitter le (crvicc ni retourner che/. lui, lan?
la jjjciniiflion du Génaal. Lu délation tloil réputée uii trime.
I04 MÉMOIRES
(Se elle ctoît punie icvcrement, 8c même de mort à Carthage.
Le Gcnual Hanukar en fit t'ciafer plufieurs lous les pieds
rof/'i. dt des chevaux : en Égyple , l'infamie étoit attachée à la dcfertion ,
Aljiiii.ii, comme à Ja dcrobéi(Jance aux ordres du General: cependant
fi la faute étoit réparée par <\tis avions de valeur, la tache
étoit auffi-tôt effacée. Le Légillateur, fuivant Diodore de
Diod.Sic.i, Sicile, avoit voulu par cette loi faire entendre que la honte
F- 1-S' çf^ piie que J,^ ^ort ; & il avoit cru en même temps qu'il
valoit mieux exciter les mauvais foldats par l'envie de rétablir
leur honneur, que de les rendre entièrement inutiles à l'État
par la perte de leur vie.
La Taélique des anciens Orientaux nous eft peu connue;
il eft cependant parlé fouvent dans l'Ecriture d'armées rangées
eii bataille. Le roi de Sodome Se fês alliés rangèrent leurs
troupes contre Codorlahomor & les Rois qui étoient venus
Cen.xiv.S, avec lui dans le pays de Canaan : les Ifraëlites fe rangèrent
Judk.xx,2z. en bataille contre les Benjamitcs leurs frères, pour tirer yen-:
geance de l'infulte faite par quelques-uns d'entr'eux à la
femme du Lévite. On voit les Phiiiflins rangés en bataille à
IReg.iv.i. Aphec, pour combattre les Ifraëlites, & Saiil roi de ces
11/id.xvii, derniers difpofer fes bataillons à Magala contre les Phiiiflins.
^''' L'époufè des Cantiques, dont les agrémens font comparés à
ceux de Jérufalem, eft dite aufli terrible qu'une armée bien
Cant.vi,;. rangée : l'expreflion employée par l'Écriture donne à entendref
que les troupes étoient rangées & difpofées en différens corps
ou bataillons diftingués &. léparés à quelque diflance les uns
1 Parai, XII, des autres. L'auteur des Paralipomènes dit qu'il vint à David,
"• ' dans le temps qu'il fuyoit la colère de Saiil, un nombre de
braves qui rangeoient les troupes comme des troupeaux. Les
Syriens étant venus avec une armée formidable, les Ifîaëlites
/// Reg. XX, • ^ r ri • i' I . • . ,
■^ " vinreiit le polter auprès deux, comme deux petits troupeaux
Jerm.vi.s^ de chèvres. Jérémie parlant des Affyriens dit de même que
Àes Pafleurs viendront contre Sion avec leurs troupeaux,
qu'ils drefltront leurs tentes aux environs , & que chacun
paîtra ce qu'il trouvera fous fa main ; mais cet ordre, quel qu'il
(fût, n'.empêchoit pas qu'il n'y eût beaucoup de confuflon
dans
DE LITTÉRATURE. 105
<îans les combats. C) axare , roi des Mèdes , vers l'an 635
avant l'ère Chrétienne, fut le premier qui mit quelque difci-
pline dans les combats; il fépara, dit Hérodote, les piquiers
des cavaliers & des archers, qui auparavant avoient toujoux-s Hfn-<d i.
marché confufément & pêle-mêle. P-'fs-
Le Générai donnoit le fignal du combat en fonnant du
cors ou de la trompette. Gédéon fonna de la trompette,
pour avertir les foldats du moment auquel il fâlloit corrr-
mencer l'attaque des Madianites. Joab fonna du cors pour Judk.vn.tF.
arrêter l'impétuofité de Çe.s troupes, qui pourfiiivoient avec liRtg.xi.23.
trop de chaleur celles qui étoient commandées par Abner :
il finit de même la bataille contre Abfilon. Le combat Ihxvii.i
commençoit ordinairement par de grands cris poufTés par
ceux qui attaquoient, afin d'efFra)er & d'intimider l'ennemi.
Gédéon recommanda à ^t% foldats de crier en entrant dans
le camp des Madianites : le glaive Au Seigneur & de Ge'deon. Jud/c.vii.: S,
Jofué donna ordre aux Ifraëlites prêts d'entrer dans Jéricho
de crier : c'étoit la coutume de toutes les Nations décrier Mvi,t6.
ainfi. ^\\Ç\\\ il y avoit peu d'art dans les batailles, & leur
fort dépendoit prefque toujours de l'ardeur & de l'impé-
tuofité des troupes : les combats ctoient ordinaireinent rudes
& opiniâtres; ils n'étoient décidés que par la défaite entière
de l'une ou de l'autre armée, & les guerres étoient le plus
fouvent terminées par une feule bataille.
Le fort des vaincus étoit A(t% plus déplorables. Les Ifiaclites
entrant dans le pays de Canaan, firent mourir tous les Rois
de ce pays qu'ils avoient fait prifonniers ; ils pafsèrent tous
les habitans au fil de i'épée, /ans aucune diliinélion d'âge
ni de fexe : les rois Cananéens ne traitoient pas mieux
ceux qu'ils avoient pn\s Adonibezec, roi Cananéen de
Bcztc, lait pril(Minier par les Ilîaëlites nouvellement établis
dans le pays, reconnoît qu'il avoit fait couper les extrémités JuJk.i.p.
«les pieds &. des mains à foixante-dix Rois lés prifonniers)
& qu'il les avoit obli-^és de ramaffer ^ows fa table les relies
des mets qu'il leur failoil jeter : les Iliaclitcs établis dans le
pays de Can;uii ne furent pas plus humains. Gédéon pour
Tome XL. Q
ic6 MÉMOIRES
fe venger des habitans de Soccoth & de ceux de la tour
de Phaïuiel, qui lui avoient refufc des vivres lorrcju'il marchoit
contre les Madiauites, fît pafîer les derniers au fil de i'épce,
Jttd;..vui, ^ écrak les premiers fous des épines. David fit mourir la
ltKeg.v'in,2. moitié des Moabiles qu'il avoit pris : ce même Prince fit
écrafer fous des traîneaux ou chariots tous les habitans de
Uid.xn.^i. Jâ, capitale des Ammonites, dont il s'étoit rendu maître.
Amazias , roi de Juda , fit précipiter du haut d'un rocher
}i Paraiip. dix mille Iduméens que (es troupes avoient fait prifonniers,
jixy, 12, 'Pq;,!^ (.g q^ij jivoit échappé au carnage étoit réduit à un dur
efclavage, & vendu à l'encan ou tranfporté dans le pays
du vainqueur, pour y être employé aux travaux les plus
ilurs & les plus vils. Sefofiris, à fon retour de fon expé-
dition , fit élever en piufieurs endroits de l'Egypte des
terrafles d'une hauteur & d'une étendue confidérables ; il fit
faire des canaux de communication du Nil depuis Memphis
jufqu'à la mer d'Arabie, fermer tout le côté oriental de
l'Egypte par un mur de quinze cents ftades , qui coupoit le
défert depuis Péluze jufqu'à Héliopolis , &: bâtir en chaque
ville un temple en l'honneur du Dieu qu'on y révéroit i
aucun de fès fujets ne fut employé à ces ouvrages immenfès,.
D'ici Sic.i, tous furent faits par les captifs qu'il avoit amenés avec lui»
'■ -^ ' Quant aux Princes qu'il avoit vaincus, Se auxquels il avoit
hdlfé les provinces qu'il avoit conquifès, il les obligeoit de
lui apporter des préfens une fois l'année, dans un temps
marqué auquel il les recevoit avec honneur; mais lorfqu'it
alloit dans la ville ou au temple, il faifoit dételer les quatre
chevaux de front de fon chariot, &. mettre ces Princes en
U.itid.f> jy,. leur place.
Les armes prifes fur l'ennemi, étoient conlacrées dans les
temples aux Dieux dont on croyoit avoir éprouvé le lècours»^
David dépofx dans le temple du Seignetu- l'épée de Goliath
IRtg.xxi.p.. qu'il avoit terraffé. Les Philiftins après la vicTioire remportée-
fur Saiil à Gelboé , le dépouillèrent lui &' fes trois fils de
leurs armes , qu'ils mirent dans le temple d'Aflaroth ou
Ih.xxxuio. Allarté..
DE LITTÉRATURE. 107
Le butin fait fur les vaincus Ce partageoit entre les foiclats
victorieux; mais il y avoit toujours une portion avantageufe
pour le General , avant laquelle une partie étoit toujour*
offerte à la Divinité : une loi pofitive i'avoil ordonné chez
les Hébreux : c'étoit auflî, linon inie loi, du moins un ufagc
religieufement obfervé par les Phéniciens, de conlîicrer à
leurs Dieux la dixme des dépouilles de leurs ennemis.
Outre la portion du butin qui le partageoit entre les
foldats qui avoient eu part à l'aclion , ceux d'entr'eux qui
5'étoient le plus diilingués, recevoient une récompenle par-
ticulière qui les honoroit parmi leurs compatriotes. A
Carthage on leur donnoit des anneaux qui étoient multipliés
en proportion du nombre dts aclions auxquelles ils s'étoient
trouvés. Les Généraux dont les expéditions avoient été
couronnées d'un heureux fucccs, recevoient auffi des dilHnc-
tions particulières; mais pour obtenir cette dillincflion , il
ialloit qu'ils fe fullent conduits félon toutes les règles : ceux
qui s'en étoient écartés étoient punis de mort & mis en
croix. La même peine étoit fouvent infligée aux mauvais iv.j/a*.
fuccès; le Général malheureux étoit réputé cou|xxble, & "'-^"
comme tel il étoit crucihé , ou û on lui conlervoit la
vie, il ne lui étoit pas permis de reiîtrer à Carthage: ce fut
ainfi que fut traité le général Malée qui a voit perdu une
partie de fon armée en Sardaigne ; il fut exilé fans aucun hd.i.xw
égard aux fervices qu'il avuit précédemment rendus à fa ^^^^
patrie, en lui fouinetlant une partie de la Sicile, ni aux
grands avantages (ju'il avoit remportés fur les ennemis de la
République.
//■
Oîi
le 1 6 Dec
^77 \
108 MÉMOIRES
VINGTIEME MÉMOIRE
SUR LES PHÉNICIENS.
De leurs Villes, de leurs Edifices, & de leurs Meiihles.
Par M. l'Abbé Mignot.
Lû^, T ES Cananéens arrivant dans le pays auquel ils don-.
J l lièrent leiu* nom , le trouvèrent entièrement defert ; ny
ayant encore aucune ville, aucun village ni aucun hameau,
ils furent obligés de demeurer fous des tentes, comme ils
avoient dû faire pendant tout le temps qu'ils avoient em-
ployé à venir des plaines de Sennaar. Cette manière de fe
mettre à couvert des injures de l'air ne pou voit leur être
inconnue; elle avoit été inventée avant le déluge par Jabei,
i'un des defcendans de Caïn, pour la commodité de ceux
Cer^ir,2o. mxi gardoient \es troupeaux. Abraham venu de la Méfopo-
tamie dans le pays de Canaan , n'eut pas d'autre demeure
que ks tentes: ks enfans , Ifliac & Jacob, continuèrent de
demeurer fous des tentes, & la plupart des peuples qui font
defcendus de lui confervent encore aujourd'hui cet ufage.
Les Ifraëlites même, qui pendant un féjour de quarante ans
n'avoient pas connu d'autre demeure que leurs tentes,
continuèrent d'y demeurer torfquils furent arrivés dans la
terre promife , & ils ne les abandonnèrent , pour iè retirer
dans les villes, qu'après le partage de leur conquête, qui ne
fe fit que fept ans après leur entrée. Quelques-uns des
Cananéens purent fe retirer dans des caverjies ; le pays dans
lequel ils entroient teur en oiFroit un grand nombre, il y
en avoit d'aflèz vaftes pour contenir plufieurs milliers de
JVraJ. jfici,perfonnes. Plufieurs peuples n'eurent pas d'autre demeure
f'^^"' que ces antres formés par la Nature: on en connoît fur les
bords du golfe Pcrfique & de la mer Rouge , dans les
DE LITTÉRATURE. lop
montagnes de l'Armcnie & en d'autres endroits , auxquels
les Grecs ont donné le nom de Tg^yAs^rn}, à caiife des
iieux qu'ils habitoient. Lorfque les Cananéens le furent fîiit
des habitations fixes dans leur nouveau pays , ils n'aban-
donnèrent pas entièrement ces cavernes, ils s'en /èrvirent
comme de forts & de lieux de retraite dans le danger ou
dans la néceffité. Lot & là famille, forcés de quitter Sodome
cjui alloit ctre embrafce du feu du ciel, fe retirèrent dans une
caverne qui n'ctoit pas éloignée de cette ville. Cinq rois C(!:.x;x,;a,
Cananéens pourfuivis par Jofué, fe réfugièrent dans celle de
Macéda. Samfon Juge d'Ifraël s'enferma dans celle d'Étham. Ji-^'^y g
David perfécuté par Saiil habitoit tantôt une caverne, tantôt
une autre : il eft fait mention dans fon Hifloire de celles
d'Odollam & d'Engaddi , où il fe retiroit avec {es aens. De JR'g.xxir^
cts cavernes, la plupart avoient été formées par la Nature; ''^^'^'-f'
mais d'autres furent creufées de main d'homme. L'Écriture
nous parle de celles que les Ifraëlites furent obligés de creufer
pour fe mettre à couvert des courlès que les Aladianites & les Jv^'cviiSi
Philiftins faifoient dans leur pays. J'ai donné d'après Maundrel,
dans un des Mémoires précédens, la defcription d'une de ces
cavernes faite de main d'homme, & qui fe voit encore dans
la Phénicie à trois lieues ou environ de Sidon ; elle contient
deux cents chambres, chacune de douze pieds en quarré, &
plufieurs cellules ou armoires de trois ou quatre pieds, ou
même plus, auffi en quarré. Pline nous parle de cavernes aux
environs de la mûne ville, qui avoient été faites en en tirant
le bitume qu'tiles contenoieiit.
Les Cananéens ne tardèrent pas à bâtir âes Villes dans
les lieux où ils s'étoient établis ; & l'Écriture donne à entendre
qu'ils en avoient déjà, avant qu'il y en eût aucune en Egypte:
Héhron, dit- elle, fut bâtie fcpt ans avant Tant s , la premier e Nmn.xiti,
& la plus ancienne des villes Ae (Egypte. Quand Abraham '^'
vint dans le pays de Canaan, il y trouva ini grand nombre
de vilks : fon Hilloire fait mention de telles de Sichem , -Cn, xn.s.tr
de Béihcl, d'Haï*, de i>odome ^ dç Gomorrhe, d'Adama, \"-""''"
iio MÉMOIRES
^Geiu XIV, de Scboïm , Je Damas, de Salem ^ de Gcnire ^ 8c d'Hcbron*^:
i'iLxx '. ^^"^ ^^ Jacob nous parle auffi de Bethlc'eni ''. LoiAjue JofLié
'lh.xxiii,2. voulut introduire les Ifiaëlites dans le pays que Dieu avoit
•^^^•'9' piomis à leurs pères, il y avoit un très-grand nombre de villes
Dtut.vi.io. bien bâties & très -opulentes. L'Ecriture nomme trente-uu
joj,xii,i. Rois vaincus & tués par ce Général, &; plus de trois cents
villes qui furent partagées entre les différentes tribus d'Ifraël.
Toutes ces villes avoient été bâties par les Cananéens, auteurs
des Phéniciens. Dieu en promettant leur pays à Abraham &
'Dm.vi.io, à fa poflérité, s'étoit engagé de leur donner des villes qu'ils
n'avoient point bâties , des maifons qu'ils n'avoient point
conftruites, des citernes qu'ils n'avoient point creufées, des
vignes Se des oliviers qu'ils n'avoient point plantés : ainfi
décrire li forme des villes t^es Ifraëliles, c'efl fiire la delcrip-
lion de celles qui ont été bâties par les Phéniciens, d'autant
plus cjue toutes les villes de l'Orient avoient, comme elles
l'ont encore aujourd'hui , la même forme.
Les Villes étoient, comme elles fojit encore à préfent , un
adêmblage de mailons difporées par rues ôc renfermées dans
une clôture commune. Les rues anciennement étoient étroites
&: remplies de Imuofités ; telle étoit celle d'Agrigente que
Dédale avoit bâtie en Sicile, & dont il avoit fait les rues (i
ferrées & li tortueufès, que quatre hommes pou voient en dé-
DietLSk.iv. fendre le patîàge ; & Ariflote nous apprend que c'éloit la
F- 'PS' manière àes Anciens de bâtir leurs villes : ils vouloient que
les entrées fuflent difficiles, & qu'il y eût dans l'intérieur dts
villes dts lieux de retraite où les ennemis ne pullènt pénétrer
'Ar!pt.d:Rep, que difficilement. La force àts villes du pays de Canaan
confi/toit dans leur fituaîion ; la plupart étoient fur des hauteurs,
Num.xuf, Se défendues par des murailles très-élevées : quelques-unes
^■^' avoient une double ou même une triple enceinte de murailles.
Les villes de Babylone & de Carthage avoient trois enceintes :
relie de Jérulalem, lorfqu'elle fut prile parles Romains, en
Jef'ph. de B(l!o. avoit un pareil nombre. Nous ignorons la hauteur & la largeur
*^^^' ' préciies des murailles des villes du pays de Canaan ; mais
DE LITTÉRATURE. ïir
Écriture nous dit qu'elles ctoient élevées jufcju'au ciel ; ce
qui , dans le langage oriental, fignifie une très-grande hau-
teur, mais indéterminée; & nous favons qu'elles avoient atrez,
d'épaiiFeur pour contenir plufieurs combattans qui y montoient
pour éloigner l'ennemi quand il s'en approchoit. Les murailles
de Babylone avoient deux cents coudées de haut & cinquante
d'épaiiïèur : ces murailles faifoient le tour de la ville, ou orbi-
culairement, ou avec des angles, fuivant la nature du terrein;
mais lorfque les différentes machines pour afliéger les villes
eurent été inventées, il fallut changer ia difpolition de ces
murailles : on eut attention de les conftruire de biais & de
ménager un grand nombre de retours ou de finuolités : par
cette conflrucflion , elles ne prêtoient pas le côté dans une
grande étendue , & les brèches que pouvoient faire les
coups de béliers , n'étoient pas fi confidérables qu'on ne pût
ies réparer promptement. Les murs de Jérufilem , lorfqu'elle tut
pri/è par l'empereur Tite , étoient ainfi conftruits; ils étoient
obliques avec des angles rentrans 6c faillans, afin de n'être — .^ ^.- ,
pas fi expofés à l'effet des béliers. Les Anciens, dit Végèce, Vfsci,iy,i[
ne voqloient pas que les murailles des villes fuHênt en ligne
droite, afin qu'elles ne prêtaient pas fi facilement aux coups
des machines de guerre, &: Vitruve donne pour règle, de
faire les murailles de manière que l'approche en foit difficile,
& qu'elles aillent fe rendre dans des endroits efcarpés & de
difficile accès; ce{[ pourquoi cet habile Architecte ne \eut
point que l'on fafîè les villes carrées , ni avec des angles
trop diftans les uns des autres, de peur qu'elles ne fuient
trop ouvertes aux coups des béliers, & il ordonne d'y faire
divers détours , afin que l'ennemi qui s'approchera pour
attaquer foit aperçu de plulieurs endroits. Les murailles llmw,/,
étoient accompagnées de plufieurs tours d'efpace en efpace ,
& lorfque les béliers eurent été inventés, on conflruifit ces
tours hors du mur , pour mettre les affiégés en état de
chafTer l'ennemi à droite & à gauche; au-devant du mur IJ.IM
principal éloit un folié large & profond, au-delà duquel
lia MÉMOIRES
TlfË'^xxi' *^^"'^ l'avant - mur ' : ce dernier iicloit cIcTenJu que par déS
jis. ' terraffes & des redoutes. Les portes étoient baffes, de manière
Pfi^.xcyiir. q^,'()^ j,e pou volt y entrer qu'en fè baifïïmt; elles font du
Jjat. viii.^; moins telles aujourd'hui dans prefque toute la PalefUne : celles
M^cm'ùl'.u.s. ^e l'i V'"'-' <-le Gaza, qui furent enlevées par Samfon, ctoient de
Naium.iii.a. l)ois comme leurs montans 6c leurs linteaux ^ Dans l'Orient.
' o«r,/. f^o,;, lelon l^liardjn , les portes, les jambages auxquels elles tiennent,
de Pnjf, t. u, je5 traverfes fupéi ieure & inférieure font ordinairement de bois ;
on n'y voit ni gonds, ni pentures : au haut & au bas de
Ja porte , il y a ini bout ou avance du même bois , & dans
ks traverfes fupérieure & inférieure, des trous pratiqués qui
forment les pivots dans lefquels & fur lefquels la porte roule
& fe meut. On voit en quelques endroits des portes de
pierre d'une feule pièce, &: qui roulent fur leurs pivots qui
font auffi de pierre : ces portes fè fermoient en- dedans par
une barre de bois, d'airain ou de fer, 8c ces barres ctoient
attachées à la porte par des liens de cuir ou par des chaînes.
Les foixante villes nommées Havoth Jair dans le pays de
tiiRig.iv,!}. Bazan, avoient de bons murs & des barres d'airain, llàïe
prédilànt la délivrance de la captivité de Babylone, dit que
L)ieu brilèra les portes d'airain , & qu'il rompra les barres de
IJai.xLv.i. fer. L'auteur du Pfeaume CVI, rendant grâces à Dieu ds
IfaLcvi.fC, cette délivrance, dit de même que le Seigneur a brifé les
portes d'airain & rompu les barres de fer, c'efl-à-dire, qu'il
leur a accordé la liberté de fortir des villes où ils étoient dé-
tenus en captivité, & qu'il les a fait revenir dans leur patrie:
enfin l'entrée des portes n'étoit point iàcile; le chemin ou la
rue à l'extrémité de laquelle elle fe trouvoit, n'étoit pas droit
ni découvert, afin d'arrêter plus aifément l'eimemi qui s'en
ieroit rendu maître. On n'aperçoit pas d'autre eljièce de fortifi-
cations dans les villes prifès par les Ifraclites fur les Cananéens ;
"IlParal.viii ^ lorfqu'il efl: queftion de celles qui ont -été bâties depuis .
^, /, a :xi , par les rois de Juda, il n'eu parlé que de murailles, de tours,
't'.'xvij^^^z- *^^ portes, de barres & de ferrures, c'efl:- à-dire, de liens
XXVI, <r. 0;U de chaînes pour affermir 5f contenir les {jarres \
Ce?
DE LITTÉRATURE. 113
Ces fortifications poiivoieiit fiiffire dans les anciens temps
où les machines de guerre , les béliers , les baliftes & Us
catapultes n'avoient point encore été inventées. Pline attribue
l'iiiVeiuion du bélier à Epéus au fiége de Troie ; mais Piliuvn.je
Vilruve, fuivi par Tertullien , en fait honneur aux Cartha-
ginois. Le premier dit que les Carthaginois faifant le fiége vuruv. x. ip
de Gadès, s'emparèrent d'abord du château, qu'ils voulurent '^"'^^'^'^'^
démolir; n'ayant aucun inftrument de fer propre à ce travail,
ils prirent une forte poutre & la portant fur leurs bras, ils
la lancèrent contre la muraille de la citadelle , & par des
coups fouvent redoublés ils vinrent à bout de la renverler ;
mais cette opération ayant été trop longue & trop pénible,
lorfqu'ils voulurent prendre la ville, un Tyrien nommé
Pephafmenos , imaoina de fufpendre avec des cordes cette
pièce de bois à une autre placée en travers, ce qui donnoit
plus de facilité à la mouvoir, & redoubloit le nombre &
la force des coups: cette machine, fimple dans fon origine,
fut perfectionnée à diverfes reprifês dans la fuite; on l'établit
fur des roues, ahn de l'approcher plus aifément des murailles
que l'on vouloit battre; elle fut couverte d'un plancher pour
mettre ceux qui la faifoient mouvoir à couvert i\ts traits
des atfiégés, & l'on y mit un toit que l'on couvrit de cuirs
de bœufs frais & humides, qui la garantilfoient du feu que
ceux qui étoient dans la place pouvoient y jeter. Les
Carthaginois conservèrent apparemment la première fim-
plicité de cette machine, telle qu'elle avoit été faite par le
Tyrien Pephafmenos ; «« car , dit Tertullien , iorfque les
Romains firent le fiége de Carthage, les Carthaginois furpris «
des béliers dont ils (e lêrvirent, les regardèrent comme une «
invention nouvelle &: étrangère. » Appien, en etièt, en décrit
un employé à la fq^ des murailles de cette ville, d'une
longueur & d'une grofieur \\ prodigieufes , qu'il fallut fix
mille hoinmes poiu' le mettre en mouvement : on donna à
cette machine le nom de bchcr , parce que fa partie anté-
rieure que l'on poulloit contre les murailles étoit armée
4'une tète de bélier de nittid, dç fer ou d'airain; & ki
Tome XL, P
114 MÉMOIRES
lenteur avec laquelle on la faifoit agir, la fit aulFi appeler
tortue: îcjîudo arietar'ui , dit Vitruve.
La catapulte, à laquelle refî'embloit aflez une autre nuchine
nommce ftorpion , ctoit, félon Pline, tie l'invention (.\qs
i'//K.K//,j-<<. Syrophéniciens, & étoit deltince , fuivanl Vitruve, à lancer
JK/Vwy, A-, //. Jes traits contre les aflicgés : cet Auteur marque les pro-
portions qu'il faut mettre entre les parties de cette machine
& la longueur du trait que l'on veut lui laire lancer. La
Fiiit. VII, s d^ balifte que Pline dit avoir ctc inventée par les Cretois , fervoit ,
id,ibid.i6. félon Vitruve, à lancer des pierres: il y en avoit de diffé-
rentes fortes; mais toutes dévoient être proportionnées à la
proflèur & au poids des pierres qu'on lançoit. Les cordes
dont on fe fervoit pour bander la balifte & pour faire partir
les pierres, étoient faites avec <\e% cheveux, fur -tout de
femme, ou avec des nerfs d'animaux. On peut voir dans Am-
'^Amm. Marcel!, mien Marcellin la defcription d-e ces différentes machines : la
xxiii. longueur des fiéges anciens dont l'Hiftoire nous a confervé
ie fouvenir, prouve qu'elles n'ctoient point encore connues,,
lorfque ces fiéges furent fliits. Sardanapale roi d'Affyrie foutint
pendant fept ans entiers ie fiége de Ninive, parce que, félon
Dwd.Sicih. Diodore de Sicile, les machines fèrvant à l'attaque des villes-
n'étoient pas encore inventées. Plàmmélichus roi d'Égypte-
employa vingt ans à la prife d'Azoth : les Grecs furent dix
ans devant Troie, & s'ils prirent cette ville, ce ne fut que-
par ftratagème : Salmanazar ne put prendre Saraarie qu'après-
aiitg.zvii.s. un fiége de trois ans.
Lorfqu'on vouloit afTiéger une ville, on i'environnoit de
folfés , afin que rien ne pût y entrer , & que les habitans
réduits à la famine fuffent forcés de fe rendre, &. l'on cou-
poit ou détournoit toutes les fources qui pouvoient y porter
de l'eau. Joab, Général de David voulant afTiéger Abéla qui
avoit donné retraite à Seba fils de Bocri , fit des lignes de
yptg.xx,: !. circonvallation autour de celte Place : l'armée de Salmanazar
qui avoit formé le fiége de Tyr, boucha tous les aqueducs:
Jojtfh Anuq. & coupa tous les conduits qui portoient de l'eau dans la ville:
^iôntu"""' i^s Tyriens enfermés creusèrent <\Qi puits- c^ui leur fournireiit
DE LITTÉRATURE. 115
toute l'eau nccefTiiirc pendant cinq ans, après lefqnels ils
furent délivres de ce fiége par la mort du roi d'Affyrie. On
efiàyoit de mettre le feu aux portes de la ville pour s'en
procurer l'entrée : Abimélec fils de Gédéon elTaya de mettre
ainfi le feu à la porte de la tour de Thèbes ; mais ccrafé par
un quartier de meule qui tomba fin- lui, il ne put exécuter
fon deiîèin; auparavant il avoit entouré de bois fraîchement Ju£c,iy.j2,
coupé la tour de Sichem dans laquelle mille hommes avoient
péri tant par le feu que par la fumée. On avoit aulTi recours Ibid.^y.
à l'efcalade ; Jérufalem fut ainfi prife par David : ce Prince
avoit promis de donner le commandement de (es armées à
celui qui monteroit le premier fur les murailles de cette ville; lp^j;^;/^[
Joab h\s de Servia monta le premier, rendit David maître
tie Jérufalem, ik obtint le grade que ce Prince avoit promis.
Achitophelconfeillant à Abialon de fondr.e fur fon père, fans
Jui donner le temps de fe reconnoître, lui dit que fi David HRts.xrti.tj.
fe retire dans quelque ville, tout Ifraël en environnera les
murailles de cordes, Se l'entraînera dans le torrent, lans qu'il
en refle feulement une petite pierre. On connoît dans l'anti-
quité ces cordes auxquelles étoient attachés des crochets ou
mains de fer ; en les jetant fur le haut des murs, on arrachoit
les crénaux, on démoiiffoit les murailles, & l'on entraînoit
les foldats qui les défendoient : ces machines étoient déjà en
ulàcre lors de la guerre de Troie ; on voit dans Homère les
Troyens attaquant les retranchemens Aqs Grecs, arracher les
, I I ' ■ L-r ■ i -Mil Ïïu-J.xn,
crcnaux des tours , tlont ctoit tortihce la muraille de leur ,,. ^^^
camp. Pline cjui nomme cette machine Imrpcii^on, en attribue Pài.yii.jf,
l'invention ù Anachaifis ; mais ce Philofophe poflérieur à la
guerre de Troie , & même au règne de David , ne peut en
ctre l'inventeur; il peut (culement l'avoir perfectionnée, ou
peut-être lui avoir fubllitué quelqu'aulre machine plus com-
mode. Les auteurs Grecs qui ont parle de cet in(h-ument
dont on fe fervoit dans les lièges , le nomme Ko^».^ , ////
Corlicau , ou 2//Vpa. v'P. «/"^ '""'" '^'■' f'''' D-J-Sc-
Les licgcs ne pouvant cire, par le dclaut des macluncs de
guerre, que des blocus, il falloit avoir recours au (hatagcnie
Pij
'ji6 MÉMOIRES
pour prendre les villes. Le principal ctoit d'attirer rafTiégé
hois de la Place & de le faire tomber dans quelque embus-
cade : Jofué voulant prendre Haï , plaça une embulcade à
'Jef,vjn,i2, l'occident de cette ville, &; k prcfenta devant avec toute
rarmt'e d'Ifracl; le roi de Haï l'ayant vu, fortit avec t(nites
fes troupes : Jofué feignant de fuir, fut pourfuivi par les
Cananéens ; ceux (jui étoient refiés dans la ville fortirervt
auffi , & fe joignirent à ceux qui pourfuivoient llraël : tous
ks habitans de la ville étant ainfi dehors, les cinq mille
hommes que Jofué avoit mis en embufcade entrèrent dans
la ville & y mirent le feu. Tous les affiégcs n'abandonnoien-t
pas oitlinairement la Place, comme firent ceux de Haï; il y
refloit toujours un adèz grand nombre pour la défendre ea
cas de furprife ; mais de temps à autre on en faifoil fortir
pour combaltre l'ennemi & l'écarter des murailles. Les affié-
geans plaçoient alors des embufcades en différens endroits
pour tomber fur eux, Se les empêcher de rentrer dans la
Place d'où ils étoient fortis : ils affuibUlfoient ainfi l'ennemi,,
& la ville deffituée d'un grand nombre de fes défenfeurs étoit
forcée de fe rendre, ou étoit prifè plus facilement : Abimélech
Jiulîc,tx,^4^ réuffit de cette manière à prendre la ville de Sichem, & après
l'avoir prife, il la détruiiit, & fema du fe! au lieu où elle
avoit été. Les Ifraelites recoururent au même fhalagcme pour
îNJ.xx.sj). fè rendre maîtres de Gabaa appartenante aux Benjamites leurs
frères : Sfliil voulant prendre la ville d'Amaiec, plaça une
embulcade auprès de cette ville, Se y ayant attiré Agag, le
iRtg.xv^j. défit & devint maître de fa ville.
Les afTiégés fe défendoient par les forties fréquentes quî^
ie plus fouvent funefles, fervoient néanmoins queicjuefois à
obliger l'emiemi de lever le ffége ; s'ils ne fortoient pas , ils
combattoient de deiTus leurs murailles d'où ils lançoient des
traits avec l'arc, ou âes pierres avec la fronde, contre les
afîiégeans ; ils jetoient aufFi des pierres fur ceux qui s'appro-
choient trop de leurs remparts : Abiméiec, fils t!e Gédéon ,.
combattant au pied de la tour de Thèbes, fut écrafé d'un
morceau de meule de moulin, qui fat jeté fur lui par unç
^ D E LITTÉRATURE. 117
femme qui étoit au haut de cette tour. On ne connut point Mic.ix,/jt
pendant long -temps d'autre manière de défendre les Places
afTiéaces ; mais Ozias roi de Juda inventa diverfes machines
propres à la dc'fenfe des villes : ce Prince qui avoit rempli
{es arfenaux de boucliers , de piques , de cafques , de cuiraflès ,
d'arcs & de frondes, fit faire, dit l'auteur des Paralipomcnes, IIP.:ralxxri,
dans Jcrufalem toutes (ortes de machines qu'il fit mettre dans '^'
les tours & fur tous les angles des murailles pour tirer des
flèches , & jeter de grofl'es pierres. Le texte Hébreu ne permet
pas de douter que ces machines dont on n'avoit pas entendu
parler , & dont on ne trouve aucun veûige avant Ozias ,
n'aient été inventées par ce Prince, 3»in wrn^ nisiw'n 'c_y_>i ,
ouaicias PJnj'chehonoth makhafchebcth kojcheb , & jeùt exco-
giîaîa excogitatione excoi^itantis , c'eft-à-dire , qu'il fit àts
machines ingénieufement inventées ; ce qui e(t confirmé par
ce que le texte ajoute, que le nom de ce Prince devint
célèbre dans les pays éloignés, & que la caufe de cette célé-
brité fut qu'il s'étoit rendu recommandable par ces manières
de s'aider, de fe défendre <Sc de le fortifier, ^^ynS N'^an a ^
ki hipheloui lehcatifr , (juia mirifimvit fe , mimhihm f prajî.tit
C(l ciuxilàndum ou rohomtiJum. Les machines ingénieulement
inventées par Ozias, &. exécutées par {as ordres, étoient
des catapultes & des balifles delUnées à lancer des flèches,
&. à jeter des pierres. Les auties peuples ne tardèrent pas à
en avoir connoitîànce, & à les imiter : ils y ajoutèient le
bélier pour battre les murs. Soixante ou foixante-dix ans
après , Nabuchodonofor s'en fervit au fiége de Jérufaicm.
Le Prophète Ezcchicl devant annoncer le fiége & la ruine
de Jérufalem , reçoit de Dieu l'ordre de prendre de l'argile, Eiech.iv.t,
& de rcprélenler cette ville en petit • «• Vous en formerez le
fiéife, lui tll-il dit; vous éle\erez des tours contre elle; vous «
ferez des terradts ; vous drellercz lui camp, & \ous placerez «
des bélieis autour tl'el'e. » Le même Prophète prédilant le
fiége de Tyr que le même Prince devoit former trois ans Il:xxxvi,S,
après, dit que Nabuchodonofor drcffeia contre elle fts tours,
qu'il élèvera des len ailes auiour , qu'il lèvera luii bouclier,
iiS MÉMOIRES
qu'il placera fes machines de cordes contre Tes murs, & qu'il
détruira les toin-s de cette vlWe par Ces armées. L'inftrument
pour enfoncer les portes &: renverfer les murailles fut dès-lors
armé d'une tête de bélier; car le Prophète le nomme '^'IJ,
hirim , arietes: les machines de cordes font les catapultes avec
lefquelles on envoyoit des traits ou des flèches dans la Place
& fia- ceux qui étoient fur les murailles pour les défendre,
& des baliftes qui fervoient à lancer des pierres. L'auteur
4es Paralipomènes Se le Prophète Ézéchiel font les premiers
qui aient parlé de ces machines dont on s'eft toujours i^xvï
<iepuis pour l'attaque ou pour la détenfè des Places.
Le génie induibieux àe.s Phéniciens leur fit inventer
différentes manières de défendre la ville de Tyr contre
Alexandre qui i'affiégeoit : leurs plongeurs coupoieiit les
cables des ancres des vaifîèaux des ennemis ; ils lançoient
fur eux des traits enflammés , & mettoient le feu à leurs
ouvrages & à leurs tours; leurs murailles étoient garnies
d'un grand nombre de catapultes & de balifles, qui lançoient
... . continuellement des traits & des pierres contre les Macé-
Arrian. de r • • i i • i rr ' '
Exi'ed.Akx. doniens. Pour rendre mutiles les traits que les ailtegeans
l.ii,y,i^2. ]^i-,ço](^„t; contre eux avec leurs machines, ils firent de
erandeô roues traverfées en -dedans par des bâtons en tout
Died, S:c. ^ \ ^ ^ ' ^ . ,
^Yii.v.jit, lens, oc mettant ces roues en mouvement par \\w poids, ou
ils brifoiejit les traits , ou ils en détournoient le coup , ou
ils en éjiervoient toute la force : à l'égard des pierres lancées
par les baliflies de l'ennemi, ils les recevoient fur des toiles
épaiflès, ou doublées, ou malelaffées, au bas defquelles elles
tomboient fans aucun effet. Ils firent bâtir au- dedans de
leur ville, & à cinq pieds de diftance de l'ancienne muraille,
u\\ nouveau mur de dix coudées d'épaifièur , & ils rom-
pirent le palîàge de l'une à l'autre par des foffés ou par ^t%
amas de pierres; ils firent faire des tridens de fer longs &
pointus, dont ils blelfoient ceux qui étoient dans les tours
de bois qu'Alexandre avoit approchées : cette arme étoit
accompagnée d'une efpèce de retz, par le moyen duquel ils
atth-oient à eux ceux qu'ils enveloppoient , Ôc il falloit cps
DE LITTÉRATURE. iip
ceux qui étoient ainfi enveloppés fê dépouillalTent Je leurs
annes pour fe dclivrer , &c qu'ils demeuraient expofcs nus
à tous ies traits; ou li par honneur ils vouloient garder leur
armure, ils tomboient de leurs tours, & fe tuoient. Ce qui
déconcerta le plus la valeur des Macédoniens , & qui lit
fubir à plufieurs une mort cruelle , fut l'invention d'une
efpèce de bouclier de fer : ces boucliers étoient faits en
forme de chaperons , & au moyen d'une doublure d'airain ,
contenoient du fable rougi à grand feu; ils laiffoient tomber
ces boucliers fur la tête des ennemie qui étoient au-defî"ous
d'eux: dans le mouvement que ceux-ci faifoient pour s'en
débarrafTer , le fable brûlant fe glilfoit à travers leur armure
jufqu'à la peau, Se les faifoit périr dans des douleurs aiguës;
ils ne pouvoient ctre fecourus à temps , & malgré l'em-
preffement de leurs amis , il? mouroient furieux par le plus
violent de tous les fupplices : les alîiégés empéchoient qu'on
ne leur donnât aucun fecours , en continuant fins relâche
de faire pleuvoir fur eux des pierres , des armes de toute
efjx'ce, & (ur-tout des matières ardentes ou enflammées: ils
en vinrent jufqu'à enlever avec des crocs & des mains de
fer, des hommes tout armés Se tout vivans ; enfin par le
grand nombre Si. par l'adreffe de leurs Ingénieurs, ils trou-
vèrent le moyen de rendre inutiles les machines des afliégeans,
& de tuer ceux qui les fervoient ; & ils réuffirent à jeter
un tel découragement dans l'armée des Macédoniens , que
Alexandre même fongea à lever le fiége, & il auroit exécuté
cette réfolution , s'il n'eût été arrêté par le tort que cette
démarche feroit à fa réputation. Reprenant donc courage, if
fit atta(]uer la ville en même temps par mer Se par terre y
& s'en rendit maître après un fiége de fêpt mois ; cette
brave défenfè ne fervit qu'à irriter le roi Macédonien»
Devenu maître de la ville , il fit vendre à l'encan près de
trente mille de fes habitans, & pendre fur le bord de la
mer deux mille de (es jeunes gens : ce Prince traita avec la
ïnême rigueur les habitans de Gaza &. Bœtis leur Gouverneur,
Tel iloit communément le fort des villes prifes àç force >
lio MÉMOIRES
on fe rappelle le traitement rigoureux que Gcdéon fît aux
habilans de Socpth &: de la tour de l'hanuel, 8c la manière
dont David en ufa à l'cgard de la ville de Rabbath , capitale
des Ammonites.
La juflice fe rendoit aux portes des villes , & c'étoit en
ce lieu que fe paiïbieat tous les a6les 5c les contrats entre
JJkroH. m les particuliers. « Afin , dit S.' Jérôme , que les gens de la
Z«n,viii. ^^ campagne ne fufîènt pas obligés d'entrer dans les villes , &
>t qu'ils n'y perdifïènt pas leur temps , les Juges fe tenoient
» aux portes, &. y écoutoient les habitans de la ville & ceux
» de la campagne qui avoient quelque affaire enlêmble: l'affaire
» terminée , chacun retournoit chez foi. On étoit fur de
» trouver toujours à la porte de la ville des témoins , qui
» fervoient à conftater les jugemens qui avoient été rendus ,
» ou à alfurer les conventions que les particuliers avoient
faites entr'eux. » Abraham voulant acheter une caverne,
pour y enterrer Sara , s'adreffa à Éphron l'Héthéen, habitant
CtH.xxni, ^t la ville cananéenne d'Hébron; & lorfqu'il fut convenu
'fo.tS, ^jij pj.jj^ gygc |^,j^ ij conclut fon marché en préfence de tous
ceux qui entroient & qui fortoient par la porte de la ville»
Les enfans de Jacob faifant alliance avec les Cananéens de
nid. XXIV, Sichem, leur parlent à la porte de la ville. Moyfe réglant
*"' ies formalités qui dévoient s'obferver iorfque le frère d'un
i)eut,xxv,y. défunt refuferoit d'époufèr (à veuvç, veut que tout fe fafîè
à la porte de la ville en préfence des Anciens, Booz réfolu
d'époufèr Ruth , veuve d'un de fes parens , fê rend à la
'guih. IV, /. porte de la ville ; voyant pafîêr le plus proche parent , il
l'appelle, le fait afîêoir auprès de lui avec dix des Anciens,
& , en leur préfence & devant tout le peuple , il lui fait
faire une renonciation à l'héritage du défunt. Il n'y avoit
point encore d'autre forme pour conflater les conventions,
que le témoignage de ceux qui s'étoient trouvés à la porte
^e la ville, & qui avoient été préfens lorfqu'elles avoient
été faites.
Entre la porte extérieure & la porte intérieure des villes
y y avoit un elpace affez confjdciablç , que l'on appeloit
DE LITTÉRATURE. 121
"''?'"' *'!, ladhafchaar, la main de la porte, ou \^.^ -V^, tfiok iRrg.ix.,8.
hâjcha'ar, le milieu de la porte. David étoit aflis en cet endroit llii'ë-'"'^7-
de la ville , où il s etoit retiré pendant le combat de fes
troupes contre Abfalon Ton fils qui s etoit révolté: cet e^ace iiRfg.xviii,
étoit couvert pour mettre ceux qui s'y tenoient à l'abri des -^-f'
injures de l'air. Les Juifs qui après le retour de la captivité
rebâtirent Jérufalem , couvrirent fes portes comme elles uEJdr.iii,}.
i'avoient été avant fa dertrudion : au-deffus de cet efpace
étoit un logement ou une chambre, dans laquelle David fe
retira pour pleurer la mort de fon fils, qu'il venoit d'apprendre.; URtg.xvuu,
Se au-dtlfus de cette chambre il y avoit une terraffe ou //•
guérite, dans laquelle étoit placée une fentinelle qui avoit
ordre d'obferver tout ce qui fe palfoit au -dehors. Dans
i'hifloire de la révolte d' Abfalon , il eft dit que la fentinelle
qui étoit fur la muraille au haut de la porte , crioit pour
avertir David lorfqu'il apercevoit quelqu'un courant dans la
campagne.
Auprès de la porte de la ville étoit la place publique.
Quand J'allais , dit Job, à la porte de la ville, on me pré- u.xKix.y^
paroit un flèche dans la place. On vit les deux rois d'ilracl &
de Juda affis chacun fur un trône dans la place qui étoit
auprès de la porle de Samarie : ces places étoient propor- // p^„/.
tionnées à la cn-andeur des villes & au nombre de leurs xviii,s>t
habitans; & dans les villes principales, elles étoient vafles ,
fpacieufes & capables de contenir une armée. Ézéchias roi
de Juda, voulant marcher contre Seiinachérib , alfemble
{qs troupes dans la place de la porle de la ville. Les marchés, lt.xxxiJ,ft
où fe vendoient toutes les denrées 5c les autres chofes
néceffaires à l'ufige des citoyens, fe tenoient dans ces places.
Le prophète Élilce prédifant à Joram roi d'ilracl le retour
<le l'abondance dans i^amarie , qui étoit alors alliégée par les
Syriens, lui dit que la nufure de pure farine ne fe vendra /VKeg.vu,/.
{ju'un parère ou un fcle , à la porte de cette ville : ces
marchés étoient, connue ceux que l'on voit encore aujour-
d'hui dans l'Orient , environnés de galeries couvertes ,
ou de porti(jues , pour préfcfvcr les jiiarchands &. leurs
Tome XL. Q
122 MÉMOIRES
inarchuiulifes des injures du temps. Les hôtelleries étant fort
rares, les voyageurs arrives dans une ville le rcliruienl fous
ces galeries & y palfoient la nuit, quand perfonne ne leur
offrait le couvert. Les Anges envoyés à Sodome pour en
faire fortir Loth neveu d'Abraham , feignirent de vouloir
paffer dans la place, & ils y relièrent julqu'à ce que Loth
Cttt,xix,2, leur eût offert fa maifon. Le Lévite dont la femme fut déf-
honorée à Gabaa, étoit demeuré fort long -temps fur la
y«d'/V.A'/jr,/, place de cette ville, (ans qu'aucun des habitans lui eût
propofé un logement.
Les villes Phéniciennes étoient décorées de grands édifices,,
de temples conlàcrés aux Dieux qu'ils adoroient , & des
palais de leurs Rois; les richelTes que le commerce procuroit à
leurs habitans, donnoient à tous ces édifices une magnificence
qui ne fe voyoit point ailleurs. Tyr du continent, nommée
depuis Pal^tyr , ou {'ancienne Tyr, dont Ezéchiel prédit la
ruine par Nabuchodonozor , renfermoit dans fon enceinte
Eiech.xxvi, quantité de belles maifons; ks places étoient ornées de flatues
">'^: bien travaillées: elle avoit de plus un temple célèbre dédié
à Hercule , qui fubfifta encore long-temps après la deflruc-
tion de cette ville. Tyr maritime, qui lui fuccéda, ne fut
ni moins fomptueufe, ni moins magnifique. Nous n'avons
point de defcription particulière des palais ni des autres
édifices Phéniciens ; nous pouvons cependant juger de leur
architetflure par les travaux que Salomon fit faire à Jéru-
fîdem : les pierres furent taillées en partie par les ouvriers
d'Hiram roi de Tyr, & les bois préparés par les Phéniciens
}llRr£.v,iS. de Byblos. Hiram le Tyrien , ouvrier intelligent «Se habile
en airain , fit toutes les colonnes , les vaies d'airain & les
Jl>iti.vii,i j. uflenfiles du temple de Salomon & de ks palais. L'Ecriture
remarque que dans tous les édifices que Salomon fit faire
pendant tout (on règne , ce Prince n'y employa aucun
Jl>.tx,22; Ifi-aclite : on peut donc connoître la manière de conftruire
vni.'oî' ^'^^ Phéniciens, par les ditférens édifices que Salomon leur
fil faire à Jérufalem & en d'autres endroits de les Etats.
Le palais de ce Prince, appelé le bols Ju Liban, à caufe
DE LITTÉRATURE. 123
'de la quaniitc de cèdres qui y furent employés , ctoit un
grand corps-de-logis de cent coudées de long, de cinquante
de iarae, & de trente de haut; il étoit foutenu d'un rang
de pilaires & de trois rangs de colonnes, qui formoient
trois galeries couvertes devant les appartemens : chaque rang
^toit de quinze colonnes, les trois faifant enfemble quarante-
cinq c'olonnes; au-defïïis de ces colonnes, qui étoient de
cèdre, il y avoit des poutres équarries, du même bois & de
k même grolfeur : ce palais avoit trois étages les uns au-
defl'us des^ autres; mais les galeries qui régnoient au-devant
de ces étages étoient de la hauteur de tout l'édifice , de forte
que ces étages ne paroi iToient que par les trois rangs de
croifées parallèles , & les unes au-delfus des autres ; on mon-
toit à ces différens étages par des «fcaliers intérieurs. A ce
grand corps-de-logis étoient jointes deux grandes ades qui
avoient la môme forme & les mêmes ornemens que le corps-
de-iocris ; toutes les portes & toutes les fenêtres étoient
carrées.
Ibid, t.
Au-devant du grand corps-de-Iogis & des colonnes qui
formoiént le portique, étoit une cour de cinquante coudées
de long & de trente de large; Se cette cour étoit envuonnée
de galeries formées par des colonnes. Le portique ou la
galerie du trône étoit devant cette cour; on l'appeloit amfi
parce que le trône où le Roi devoit s'alTeoir pour donner
audience au peuple & rendre la junice, fe trouvoit placé
au milieu : ce portique ou galerie du trône avoit les mêmes
dimeniions, & étoit de la même architecture que celle qui
étoit immédiatement devant le grand corps-de-logis. L'E-
criture ne dit pas que ces deux cours ou galeries fulfent
environnées d'aucuns hâtimens pouvant fervir de logemens;
ainfi ce palais diifuoit peu de ceux que l'on voit encore
aujourd'hui dans l'Orient , qui ne confident qu'en un grand
corps-de-logis, accompagné de deux ou trois cours environ-
nées de galeries formées par des colonnes. Le premier édilice
qui fe prélenloit à ceux qui alloient au palais de Salomon,
ctoit la galerie du irône ; ils palioient de-là dam uiK
124 MÉMOIRES
féconde cour , qui avoît la même longueur & la même
largeur que la première, Si. ils entroient enfuite dans la cour
formée par la face du corps-de- logis & par fes ailes : les
deux cours antérieures n'ayant pas la même largeur que le
corps-de logis , il eft à préfumer que le vide qu'elles laidoient
de chaque côté du bâtiment principal , étoit rempli par
quelque édifice ou par quelque mur , ce que ne' nous
apprend pas la defcription de ce palais. Le trône placé au
milieu de la première cour étoit en forme de niche élevée,
fermée par- derrière & des deux côtés. J'ai donné, d'après
Maundrel , la defcription d'un trône de pierre que l'on voit
encore dans la Phenicie , & qui a dû fervir à placer h
flatue de quelque divinité : celui de Salomon étoit auffi
de pierre, mais revêtu de cèdre & enrichi d'or & d'ivoire
en plufieurs endroits : ce trône , fuivant la defcription qui
nous en efl donnée, avoit fix degrés pour y monter ; le haut
étoit rond par-derrière ; il avoit deux mains, l'une d'un côté,
& l'autre de l'autre, qui tenoient le fiége, & lui fervoient
de bras, & deux lions auprès des deux mains. Sur chaque
degré par lefquels on y montoit, étoient deux lionceaux,
fix d'un côté, & fix de l'autre. Les galeries qui régnoient
autour des deux cours , donnoient un abri commode aux
Gardes du Prince qui y étoient toujours, & aux perfonnes
que leurs affaires appeloient au Palais. Outre ce premier ufage ,
les galeries formées par les pilaftres & les colonnes qui étoient
devant le corps-de-logis & les ailes du Palais , empêchant le
foleil de donner à-plomb fur le bâtiment, garantilîbient l'in-
térieur des appartemens de l'excès de la chaleur : l'ufige de
ces galeries étoit très-ancien dans le pays, & fort antérieur
au temps de Salomon. Le palais d'Églon roi des Moabites,
dans la ville des Palmiers, ou Engaddi , dans la plaine de
'JudiciiJ.jj. Jéricho, avoit un portique ou une galerie.
Les colonnes de ce palais, celles des cours étoient fimples
&: fans ornement ; du moins l'Écriture ne nous en indique
aucun ; elle garde le même filence fur le diamètre , les baies
.& les chapiteaux de ces colonnes ; mais dans ia defcription
DE LITTÉRATURE. 125
des deux colonnes d'airain fabriquées pour le Temple par
Hiram le Tyrien, il ert: queftion de ba(ès, de chapiteaux &
de cordons : le fût de ces colonnes, non compris leurs baies
& leurs chapiteaux, avoit dix-huit coudées, ou plutôt dix-lept
coudées & demie; car l'auteur du Livre des Paralipomènes UParaliu,
ne donne que trente-cinq coudées aux deux priles enlemble; ' ^'
leur diamètre nous efl marqué par le filet ou le cordon qui
environnoit ces colonnes, & qui étoit de douze coudées; ce-
qui donne environ quatre coudées de diamètre aux colonnes: ilReg.vn,
ces colonnes étoient creufes en -dedans & épailfes de quatre ''''
doigts dans leur circonférence ; fui vaut la dcfcription que
l'on trouve dans Jérémie, elles étoient entourées de différens JtTfm.Ln,zi,
cordons à diftance égale ; leurs bafês étoient malfives , iik:
avoient une coudée de hauteur : les chapiteaux avoient cinq
coudées de haut, & ils étoient compolés de trois parties;
les ornemens qui les joignoient au fût des colonnes, & qui
étoient de la hauteur d'une coudée ; le corps du chapiteau
qui en avoit trois; & le couronnement, ou ce qui s'élevoit
au-deffus , 6c qui avoit une coudée de haut : ces chapiteaux
étoient d'une forme ronde; ils étoient formés par un réfcau
de fept rangs de mailles ; au-deflous du réfeau étoii un ran<»
de grenades arrangées comme les perles d'un collier ; un
pareil nombre de grenades rangées de la même manière
régnoit au-delïïis du même réicau : du corps du chapiteau
au-delfus du réfeau & *\<is grenades, fortoit un dernier orne-
ment qui avoit la forme d'im lys ou d'une rôle : félon ces
dimenfions , chacune des deux colonnes , y compris là balê
ii. fon chapiteau , avoit vingt-trois coudées &. demie.
Ces meiures ou proportions n'ont rien de commun avec
l'Architedure grecque : on y aperçoit plus d'analogie avec
la manière dont les Égyptiens décoroient leurs énitices.
Ce peuple qui recherchoit plus la folidité que la décoiatioii
dans fes bâliniens, donnoil à les colonnes un diamètre confi-
dérable, (ans oblerver aucune i)roponi()n avec leur hauteur.
Les voyageurs qui ont parcouru la l'hcbaVde , ont trouve
«quelques colonnes fi excenivement grolles, que li\ hommes
ii6 MÉMOIRES
auroient eu de la peine à les embiafrcr, quoiqu'elles n*eu(TénC
que fix à fept toiles de haut; Se il s'en trouve de cinq brafîès
de circonférence qui fervent à foutenir le plafond d'une lâiie.
Athénée qui étoit Egyptien, décrivant les colonnes de fm
Aihn,v, $' pays, dit que " les colonnes rondes étoient ornées de cordons
n ou cercles noirs & blancs, placés à diftance égale, les uns
» au-defllis des autres ; que les chapiteaux de ces colonnes
» étoient ronds , & que dans leur circonférence ils redèm-
« bloient allez à une rôle qui commence à s'ouvrir ; que le
» chapiteau n'étoit pas orné, comme chez les Grecs, de volutes
» ou de feuilles d'acanthe ; que l'on y voyoit des boutons du
» lotus ou fève d'Egypte qui croît dans l'eau, ou des boutons
» de fruits de palmier, ou d'autres fruits de difierens arbres;
» en'iïw que la naiflànce du chapiteau, 5c ce qui le joignoit au
M fût de la colonne, étoit compofé de feuilles & de fleurs d'E-
crypte entrelacées. » Telles étoient à peu- près les colonnes
que Moyfe élevé en Egypte fit faire pour le Tabernacle, &
celles qui furent faites de l'ordre de Salomon par Hiram le
Tyrien pour le temple de Jérudilem.
\j^s appartemens du palais étoient ornés de plafonds &
de lambris mis en couleur. Jérémie reproche à Joachim roi
'jeyem,xxii. de Jiida d'avoir fait de vaftes appartemens, d'y avoir mis
''^' des plafonds de cèdre, & de les avoir peints en vermillon.
llMach. 11, Il eft parlé dans les Machabées de la peinture à l'encauftique ;
^"' mais cette invention n'efl; ni orientale ni phénicienne.
Les premiers matériaux employés dans les bâtimens, avant
que l'on eût tiré la pierre & le marbre du fein des carrières,
Cea.xr.j. ont été des briques cuites au foleil ou au feu. L'ufage des
pierres & du marbre n'a point fait celfer celui de la brique
qui a toujours continué depuis. Samarie conftruite par Amri
m Rfg. XVI. xo'i d'ifraël, & qui devint la capitale du royaume d'Ifraël,
'^' étoit toute de briques : les habitans de cette ville difoient,
ijauix.io. félon le Prophète Kaïe, que leurs édifice^ de biique étoient
tombés, & qu'ils les rebâtiroient de pierres de taille. Lorfque
l'on eut commencé à employer la pierre & le marbre, on fit
confifier la magnificence à employer de grands blocs bien
DE LITTÉRATURE. 127
taîllcs & extrêmement polis. Tous les bâtimens faits par les
Phéniciens pour Salomon, étoient de pierres parfaitement
belles , dont les deux paremens , tant l'intérieur que l'extérieur , IlIRts.vii.^i
avoient été fciés tous d'une même forme & d'une même
mefure : on y voyoit des pierres de huit &. de dix coudées
de long fur une épaiffeur & une largeur proportionnées.
L'Ecriture parlant des bois qui fervoient aux édifices ,
nomme des bois huileux ou réfmeux'*, comme le pin &: le ^ m Reg.
cyprès, des bois d'oiivier'^ & des bois de fapin*". Le fycomore ^'t f/j-,,
très-commun dans la Paleftine fervoit à tous les ouvrages viii.14.'
de charpente ; mais le mont Liban fourniiioit à la Phénicie y^'J^'^'
tout le bois dont elle avoit befoin pour fes édifices , &
même pour la conflruclion de les vaiffeaux. Sous le règne
de Salomon, le cèdre qui croilfoit fur le Liban, commença
d'être employé dans la Judée ; on le planta même dans ce
pays, & il y devint prefque aufTi commun que le fycomore
l'avoit été avant ce Prince. Les habitans de Samarie diient
dans Ifiïe , que leurs mailons de fycomore ont été détruites Jfa'i.ix.tti
par les ennemis, mais qu'ils les rebâtiront en cèdre.
L'ufage éioit de mêler le bois avec la pierre, fur-tout dans
la conltruclion des murailles des principaux édifices. Le
parvis intérieur du temple fut bali de cette manière : on y lUReg, vt^
voyoit trois affiles de pierres & un rang ou allife de bois ^
de cèdre, & ainfi alternativement jufqu'an haut : le grand
parvis du palais de Salomon étoit confiruit de même; trois IIU. vir,t2,
afhfes de pierres kiées & polies, & une. alfilê de pièces de
bois de cèdre, ce qui étoit répété akcrnati\ement. Eupolème,
elle par Eusèbe, met quelque différence: cet Auteur prétend -^p- Eufti.
t n n II'- / • Il p . "mp- Evang,
que la Itmèrure du batunent ttoit telle que ion y voyoit /a-, /o.
allernativcment un rang de pierres & un rang de poutres de
buis de cèdre, liées enlcmble par des morceaux de cuivre
en forme de coignées, du poids d'un talent. Ce mélange
de la pierre & du bois s'oblervoit même dans les fonda-
tions • celles (.lu palais (jiie Salomon fit bàlir pour la fille
du roi d'F.gypte (]u'il avoit époulée , étoient de belles pierres
dç huit ou de dix coudées , & de pièces de buis de cèdre ; '^^^'g- vit.
Î28 MÉMOIRES
cette conftniéllon , qui étoit aiifll celle des Phéniciens , fut
long-temps en ufàge. Cyrus renvoyant les Juifs avec la
perniifïïon de rebâtir leur temple, ordonna que l'on en fît
lEjJr.vT,^. les fondemens capables de fupporter un mur de foixante
coudées de haut & d'autant de large; & qu'on y mît trois
afTifes de pierres brutes , & un rang de pièces de bois neuf,
ôc ainft alternativement jufqu'au haut de la muraille. Quand
Thanaï & les autres ennemis àes Juifs écrivirent à Darius
pour fiiire cefîèr les travaux du Temple, ils marquèrent à ce
llid.v.S. Prince, qu'ils mettoient du bois dans leurs murailles : cette
plainte annonce qu'ils jugeoient que >\ts murailles ainfi
conflrilites étoient plus folides & plus fortes. Enfin le Pro-
phète Habacuc inveélivant contre ceux qui bâtiffoient leurs
Halacii,! I. ma\[ons du fruit de leurs rapines, dit que la pierre criera
contre eux du milieu du mur , & que le bois qui efl dans
l'e'paijfeur de la muraille élèvera fa voix contre leur injuflice.
Dans l'Occident, où l'ufage de mêler la pierre avec le bois
s'étoit aulfi introduit, la conlhaiélion étoit différente. Céfir
failànt la defcription des murs de la ville de Bourges ,
auxquels ceux de prelcjue toutes les autres villes des Gaules"
rellemblûient , dit que « l'on étendoit par terie tout de leur
» long des pièces de bois qui ne prélèntoient que le bout, &
»i qui étoient rangées à deux pieds l'une de l'autre , & liées
« enfemble par des traverfes ; que leur intervalle étoit rempli
» en -dedans de terre & de fafcines, & en -dehors de gros
» quartiers de pierres , fur lefquelles on meltoit d'autres poutres
» comme les premières, & que l'on continuoit ainfi l'ouvrage
" jufqu'au haut, les pierres pofant toujours fur les poutres, &
les poutres fur les pierres, en forme d'échiquier.» Par cette
forme d'échiquier, on juge qu'outre les pièces de bois pofées
tout de leur long, il y en avoit d'autres placées perpendicu-
lairement, & d'autres tranfverfilement, qui avec les premières
formoient une efpèce de bâtis ou de chaffis. Céfar ajoute
que «ces rangs de pierres Se de bois ainfi difpofés, rendoient
«l'ouvrage agréable à la vue, & très-fort pour la (léiçnkt
n parce que le bois rélîftoit à l'effort du bélier , &. les pierres
à l'adion
DE LITTÉRATURE. 129
à l'aclion du feu ; & que le mur qui avoit quarante pieds «
d'épailîèur , félon la longueur ordinaire des poutres , ne «
pouvoit être entamé ni démoli. » Vitruve conlêilie d'em-
ployer dans ces conftruclions du bois d'olivier que l'on aura
fait brûler, parce que cette efpèce de bois ainfi préparé Vitm; l,^:
fe conferve làns aucune altération dans la terre & dans
i'eau.
Les maifons des particuliers dans la Phénicie étoient de la
même forme que celles de leurs voiims , Se telles qu'elles
font encore aujourd'hui dans la Syrie, dans la Paleftine, en
Arabie, & même dans l'Egypte. Leurs toits étoient en plate-
forme, & couverts d'une terratîè de terre battue, afin que la
pluie ne pût la pénétrer : le tour de la terraffe étoit détendu
par une baluftrade ou petit mur à hauteur d'appui , qui
empêchoit ceux qui vouloient regarder ce qui (è palloit au-
dehors , de tomber dans la cour ou dans la rue. Lorfque fa
chaleur du foleil étoit tombée, on montoit fur ces toits pour
y prendre le frais; on y mangeoit, & l'on y couchoit même
quelquefois : Rahab fit coucher fur le toit de fa maifon les
efpions que Jofué avoit envoyés à Jéricho : Samuel fit la hj.ii.g.
même chofê à l'égard de Saiil qui étoit venu chez lui pour
apprendre des nouvelles des âiielfes de fon père. David [çy 1 li's-ix.zs'
promenoit fur la plate-forme de fon palais, quand il aperçut
Berfabée femme d'Urie, prenant le bain dans une maifon
voiline. Abfilon révolté contre fon père, fit dreffer des tentes URtg.xi.i,
fur la terrallê du palais, &: y fit entrer à la vue de tout le
peuple les .femmes de David. Achaz livré à l'idolâtrie des ihiA.xvi,3i,
peuples voifins, fit élever des autels à leurs Divinités fur le
toit de fon palais : ces terratfes étoient fouvent la rcffource iv f^'g-
des habitans d'une ville affiégée : ceux qui avoient échappé au
carnage dans une ville forcée par l'ennemi , fê réiugioient dans
leurs maifons , & du haut de leurs terradès ils accabloient
encore les alhégeans de traits & de pierres. Abimélech fils
de Gédcon s'étant approché de la citadelle de la ville de
Thcbes , dans le dctlèin d'en former le (lége , &; de s'en rendre
maître , comme il l'étoit déjà de la ville , les lubitans , hommes
Tome XL. R
130 MÉMOIRES
Si. femmes, fe retirèrent dans celle citadelle, & montèrent
fur la plate-forme, rclolus de i'y défendre jufqiia la dernière
extrémité : Abimélech s'étant approché du pied de la tour
pour y mettre le feu, fut écrafé par un quartier de ineule
qu'une femme fit toinber fur lui du haut de cette plate-
forme.
Les efcaliers par iefquels on montoit à ces plate -formes,
étoient ordinairement au -dehors des maifons. Les hommes
qui vouloient préfenter un paralytique à Jéfus -Chrill , ne
pouvant entrer par la porte dans la maifon où il étoit,
parce qu'elle étoit remplie de perfonnes (jui l'écoutoient ,
montèrent fur ie toit, & l'ayant percé ils defcendirent le
tac.v. /j>, malade dans fon lit aux pieds de Jéfus-Chrift ; il falloit
donc que l'efcalier par lequel on communiquoit au toit fût
extérieur , autrement ceux qui s'intérelîoient à la guérifoii
de ce malade n'auroient pu y monter.
Les Princes avoient des palais particuliers pour le logement
de leurs femmes. Salomon en fît bâtir un pour la fille de
JÎJReg.rn,S. Pharaon qu'il avoit époufée. L'Epoufe du Cantique àes
Cant, Cantiques a une maifon diflinguée de celle de fon Epoux.
Les gens du commun n'avoierit pas de mailbns féparées
pour y loger leurs femmes : les appartemens les plus reculés
de la maifon qu'ils habitoient étoient deftinés à cet ufage,
& l'entrée en étoit interdite à toutes les perfonnes d'un fexe
diflerent : cet ufage de féparer les hommes des femmes, qui
fubfifte encore aujourd'hui dans tout l'Orient, remonte à la
plus haute antiquité. Les tentes fous lefquelles habitoient
Sara, Rébecca & Lia, femmes des patriarches Abraham,
Judlc.iv.iy. Ifaac & Jacob, étoient diflinguées de celles de leurs maris.
Jahel, femme d'Héber le Cinéen, avoit fa lente à part.
La plupart des maifons avoient plulleurs apparlemens, dont
les uns fervoient en été, & les autres l'hiver. Eglon étoit dans
Ihid.111,2^. fon appartement d'été, quand il fut tué par Aod. Les appar-
Varr.deRe tcmeiis d'été étoicnt comme ceux dont parle Varron ; ils
?ufl.i. coniifloient en galeries fpacieules ouvertes du coté d'où \es^
veuts louiiioieat plus comjnodément, &. exactement fermées
DE LITTÉRATURE. 131
'Je celui du fole:l. Antiochus Épiphanes prenoit le frais dans
une (le ces galeries, quand Ptolémée ï'aborda pour lui parkr Ij^^f^ch. ir,
en faveur de MénélaUs. Les falles égyptiennes dont parle
Vitruve, n'étant ouvertes que fort haut au-defTus du rez- y^^'
de- chauffée , confervoient beaucoup de fraîcheur : celles
qu'Ammien Marcellin vit à Canope , étoient continuellement
rafraîchies par le fouffle des vents, & au milieu des chaleurs Amm.Mar»î.
les plus exceffives, on y fentoit toujours un air doucement
agité.
Les appartemens d'hiver, dont il e(l fouvent parlé dan»
l'Écriture, étoient à l'abri du vent du nord; ils étoient fans
cheminée^ ou s'ils en avoient , elles ne relfembloient point
aux nôtres. Lorfqu'on vouloit fe chauffer, on apportoit un
brafier dans la chambre : le Roi Joachim étoit dans fa
chambre d'hiver, quand on lui préfenla le volume des
Prophéties de Jérémie ; il le lacéra avec un canif, & le jeta ^J^l"l'^^^
dans le brafier qui étoit devant lui. On entretcnoit ces
brafiers avec des noyaux d'olive ou autre chofe femblable. ^Banuh.vi.
Dans la rigueur de l'hiver, on faifoit du feu dans les cours
pour les domeftiques & autres perfonnes du commun. La
fumée des cuifmes ne fortoit pas par A&s conduits ou des
tuyaux, mais par des ouvertures pratiquées dans la muraille,
que le texte Hébreu appelle n^^^^?, arubotli . des fenêtres. OJ<<,xui,},
Quoique l'art de faire le Verre foit très-ancien & com-
mun dans la Phénicie , où il avoit pris naillânce, on ne
l'employoit point à garnir ni à fermer les fenêtres; on ne fe
fervoit que de jaioulies & de rideaux. L'époux du Cantique
des Canlicjues regarde dans l'appartement de fon époufc au Cant.ti.y.
traveri des jaloufies.
Les portes des maifons étoient fermées en-dedans par à&s
barres qui étoient liées ou attaché-es avec des courroies. Celui
qui fortoit de la maifon , fcraioit la porte en la tirant fur
lui par un anneau, & en attachant la courroie qui tenoit la
barre. Homère qui nous a confervé les anciens ufages, nous
dit i.]v\ Eurycice nourrice de Tclcmaque , en fartant . fini hi porte ^^^ff/'
R ij
132 MÉMOIRES
par fon anneau d'argent, & qu'elle attacha la barre avec Jon
lien ou fa courroie.
Le terme KAvils employé par Homère en cet endroit, ne
fignifie pas ce que nous entendons aujourd'hui par une clef,
mais la barre , qui fervoit à fermer la porte en -dedans , fur
laquelle cette femme arrangea la courroie qui lervoit à la
iever ou à la baifTer. Eullathe, dans l'explication qu'il a
donnée de ces vers , veut qu'autrefois la barre qui étoit
derrière la porte & qui fervoit à la fermer, eût deux liens,
l'un à droite , l'autre à gauche , qui pendoient aux deux
côtés par certains trous percés dans la porte, & que ces liens
ferviflent à fermer ou ouvrir la porte; mais cette explication
n'eft point appuyée. Le Cantique des Cantiques peut nous
donner quelque idée de la manière dont ces portes s'ou-
vroient & le fermoient: l'époule pour laquelle cet épithalame
fut fait étoit Tyrienne, comme je l'ai déjà obfervé & comme
je le prouverai ailleurs , & les ulâges qu'elle rapporte , ou
auxquels elle fait ailufion , fe pratiquoient en Phénicie :
Cant. V, i-, cette Princeflè dit que fon bien-aimé ayant palTé la main par
le trou de la porte , elle fe leva pour lui ouvrir , & qu'ayant
pris les mains de la chaufTure de la porte ''"'î'^on mas ^
kaphoth hamaneoul , c'ell-à-dire , les bouts ou les extré-
mités des liens de la barre, elle les trouva chargés de myrrhe
que fon bien-aimé y avoit répandue, & qu'elle lui ouvrit.
11 y avoit donc à la porte une ouverture par laquelle on
pouvoit pafl'er le bras ou la main pour délier les courroies
qui affujettiffoient la barre. Apulée fait mention de cette
Apul afin, aur. ouverture qui étoit à la porte : « Lamalhus, dit-il, paiïânt la
^^' » main par l'ouverture deftinée à introduire la clef, vouloit
» ôter la barre : Lamathus fpeâatœ virtutis juce fiduciâ , qiiâ
» clavi immittcndœ foramcn patcbat, Jenfim imwijja manu, claujlruni
evellere geflicbat. »
Si l'on pouvoit fermer une porte ou l'ouvrir en -dedans
DE LITTÉRATURE. 133
fans clef, celui qui étoit dehors ne pou voit s'en pafîèr
pour entrer dans fa maifon- Aod, qui avoit tué Eglon dans
(on palais , ferma exaflement la porte de la chambre de ce
Prince Se fortit par -derrière : les Officiers d'Egion ayant
attendu long-temps, prirent enhn la clef pour entrer dans la
chambre, où ils le trouvèrent mort & étendu fur le plancher. JuSciiui;.
La clef eft nommée dans ce texte Tf'''°, mûpthcach , dont la
racine efl '^{'?, patach , qui lignihe ouvrir & délier, ou ouvrir
en déliant : on ne portoit pas la clef fur foi comme on le
fait aujourd'hui. « C'étoit, dit le ScholiaÛe grec d'Aratus,
l'ufàge d'avoir la clef en-dedans : autrefois, ajoute-l-il, chez «
les Egyptiens 5c les Lacédémoniens, les clefs n'étoient pas «
au-dehors comme elles font aujourd'hui. » Ces clefs fervoient
à détacher les liens qui fixoient la barre , &: à tirer la barre
ou verrou qui fermoit la porte. « Pénélope voulant entrer
dans la chambre où étoit l'arc & le carquois d'UlyiTè, prit «
en main, dit Homère, la clef tortue ou courbée, qui étoit « Ody^.
d'airain bien travaillé & dont la poignée étoit d'i\oire; elle « ^^''^' •
délia promptement le lien ou la courroie qui étoit attachée «
à l'anneau, I/mv^ Go^î a.7â\uai y^^vt} ; elle inféra enfuite la « lUdtv.^^.
clef, 5c tira à elle les liens de la porte en pouffant contre; «
la porte ayant été frappée de la clef s'ouvrit avec un auifi «
grand bruit que celui d'un taureau qui mugit dans une «
prairie." Celte clef étoit forte, crochue ou recourbée ; pour
ouvrir, on commençuit à détacher la courroie dont le bout
étoit attachée à l'anneau de la porte : la clef que l'on inféroit
enluite par-dedans , fervoit à développer le lien intérieur 5c
à déranger la barre, foit en la levant, foit en rabailfant. H
y avoit d'autres efpcces de clefs , dont Saumaife a parlé
dans ^i;s notes fur Solin ; mais ces clefs n'ayant été ulitées
que dans la Crvce, elles ne font pas de mon objet.
Les nieubli.6 des appartemens étoient proportionnés aux
facultés de ceux (jui les habitoient : ceux du connnun du
peuple étoient fort fimples. La femme de Sunam , qui deliroit
de retirer cht/. elle le prophète Élizée , propofè à fon mari n'Rrs.ir,
de préparer au Prophète une petite chambre , d'y mettre un
11,
Î34. MÉMOIRES
iit, une table, un fiége & un chandelier; mais les ameu-
blemens des riches étoient (bmptueux. Ezcchiel expofant
ietat floriiïant de la ville de Tyr du continent, avant fa deC-
Exfch. trLi<!lion par Nabuchodonozor, dit « que Tes marchés étoient
XXV 11,1 2. ^^ remplis d'or, d'argent, d'étain, de fer & de plomb; qu'on
„ Uii apportoit des vafes d'airain, de l'ivoire 8c de réi)ène;
» qu'on y expofoit en vente des perles, de la pourpre, des
„ toiles brodées, des étoffes de pourpre & de byfTus ; des
laines de couleurs vives & éclatantes. » Des richeiîes fi abon-
dantes en Phénicie , y avoient occafionné la recherche &
le luxe dans les ameublemens. Quoique l'ufage des chalfes
ne fût point inconnu , il étoit plus ordinaire dans ce pays
de s'afieoir fur des tapis étendus fur le plancher. Amos
'Amos.u, S. reproche aux riches de s'affeoir fur les habits des pauvres qu'ils
retenoient en gage. Ézéchiel reprenant les Faux - prophètes
Eitch.xui, de leur complaifance criminelle, les accufè de préparer àç.i
'^' couffins fous tous les bras. Les lits étoient auffi en ufage ;
CMuni.y. i'Époufe des Cantiques parle du lit de Salomon qu'elle dit
être de bois de cèdre , dont les colonnes font d'argent , le
fond d'or & la couverture de pourpre. Amos inveélive
'Amos.ir,^. contre ceux qui dormoient fur des lits d'ivoire; & la femme
débauchée dit à fon amant, dans les Proverbes, qu'elle a
fufpendu fon lit fur àts cordes , qu'elle l'a couvert de riches
tapis & parfumé de myrrhe, d'aloès & de cinname.
Au moins on doit être afluré que chaque citoyen étoit
en fureté dans fa maifon : les portes de la ville , pour éviter
les furprifes, étoient fermées pendant la nuit. Samfon pour
judic, fortir de Gaza fut obligé d'en enlever les portes. Outre cette
Cant. précaution , il y avoit àts fentinelles fur les murailles , & de
plus des gardes qui faifoient la patrouille.
DE LITTÉRATURE. 135
VINGT'UNIÈME MÉMOIRE
SUR LES PHÉN ICIENS.
Des Mariages d" des Veiemens.
Par M. l'Abbé MiGNOT.
LA première Loi fur les Mariages, qui nous foit connue, ,^ ^J^.^^
ell celle que Dieu donna au peuple Hébreu par le 1775.'
miniftère de Moyfe. Outre l'alliance entre le père & fa fille,
la mère & fon fils, qui avoit toujours été prohibée, & dont
il renouvela la défenle, il ne voulut pas que perfonne épousât ^^'^f-^
la femme de fon père, quand même le père feroit mort : il
défendit par la même loi aux oncles & tantes paternels ou
maternels de fe marier avec leurs neveux ou nièces ; aux
frères & foeurs germains, utérins ou confanguins , de s'époufer
l'un l'autre : il déclara inceftueux le mariage entre un homme
& la fille de fon fils ou la fille de fa fille. Se celui qui feroit
contraéîé avec la mère dont on auroit époufé la fille, ou
avec la fille de la mère que l'on auroit eu pour femme : enfin
il ne voulut pas que l'on épous-it la femme d'un oncle après
la mort de cet oncle, ni qu'un frère prît pour femme \a.
femme de fon frère , excepté dans le cas où ce frère feroit
décédé fans enfans.
Quoique CCS loix publiées par Moyfe foient les premières
qui loicnt venues à notre connoilfance , Saint Épiphane, & S. Efiph,
quelques autres avec lui, ont cru qu'avant le Légiliateur des ^^•"•/J^'
Hébreux, & même avant le déluge, il y avoit eu des loix
qui avoient profcrit les alliances dans les «Icgrés prohibés par
le Lévitique; mais cette alîertion e(t trop générale & haliirdce.
Anlérituremcnt à la loi de Mo) fe , des perfonnes pieufes
ne fe font p;is fait de fcrupule de contrarier mariage dans
quelqu'un des degrés défendu? par ce Légiliateur. Abraham
1^6 MÉMOIRES
avoit époufe fa Tœur : répondant à Abimélech roî de Gérare,
qui fè plaignolt de ce cju'il i'avoit induit en erreur , en lui
Geii.xx. 12, difant que Sara ctoit fa fœur ; il dit à ce Prince quel/e étoit
V entablement fa fœur , fille de fou père & non de fa mère , &
qu'd I'avoit c'poufée. La manière dont Moyfe s'exprime avant
(juc de publier ces loix , pourroit conduire à penfer qu'il y
avoit déjà quelques-unes de ces alliances qui avoient été
Lm't.xviir. prohibées. «Vous n'agirez pas, dit- il aux Ifruciites, félon la
» coutume de l'Egypte où vous avez demeuré , & vous ne
» fuivrez pas les mœurs du pays de Canaan où je vous intro-
» duirai ; vous ne vous conformerez ni à leurs loix, ni à leurs
ufages. » Mais ces paroles (e rapportent plus directement aux
crimes que Dieu reproche immédiatement après aux Cananéens.
Après la publication à^s Loix fur les Mariages , Dieu leur
défend l'adultère, la confecration de leurs enfans à Moloch,
la fodomie , & une autre forte d'abomination ; &: il ajoute:
« Vous ne vous fouillerez pas par toutes ces infamies dont
» le font fouillés tous les peuples que j'ai chalfés de devant
» vous, & qui ont fouillé cette terre; &; je punirai les crimes
abominables de ce pays qui rejettera fes habilans. " Le ma-
riage d'un frère avec une fœur de différent père ou de
différente mère , autorifé par l'exemple d'Abraham , n'étoit
pas une abomination qui méritât un châtiment aufî'i févère
que celui qu'éprouvèrent les Cananéens ; mais cette peine
étoit juflement due aux autres crimes qui leur font imputés
par Moyfe, & dont ils étoient réellement coupables.
On ne peut leur reprocher l'adultère : loin de le tolérer
chez eux, ils le regardoient comme im crime, & le punif-
foient de mort. Les autres abominations dont on ne peut les
juflifier, méritoient le jugement que Dieu a exercé contre
eux : ils ofFroient leurs enfans à leurs Dieux ; ils les immo-
loient à Cronos ou Saturne ; & on les accufê à jufle titre
d'avoir établi ces fàcrifices barbares dans plufieurs contrées.
La ruine des villes de la Pentapole par le feu du ciel , fut
la jufle punition des excès auxquels les habitans de Sodome
voulurent fe porter contre les Anges envoyés à Loth. Moyfe
eft le
DE LITTÉRATURE. 137
efl; le feiil témoin de l'autre efpèce d'abomination dont il ics
inculpe.
Il paroît que le mariage fe contraéloit par les filles, depuis
quinze à leize ans jufqu'à vingt au plus tard, &: par les
hommes, depuis trente jufqu'a trente- cinq. 11 femble quft
c etoit à cet âge que les ancêtres d'Abralum s'étoient marier.
Salé fut père d'Heber à trente ans ; Héber le devint de
Phaleg à trente- quatre ; Phaleg n'avoit^qire trente ans à la
nailfance de Reii fon fils î de Reii âge de trente-deux ans
naquit Sarug qui fut pcre de Nachor à vingt -neul^^ns : cet
iifage n'ctoit pas particulier à la Chaldce ; il fe pratiquoit dans
les autres pays, &c c'eft d'après cela que les Anciens ont
lixé le cours des générations à trente-trois ans, l'une comprife
dans l'autre. Hérodote, Diodore de Sicile, Saint Clément ^^j'J'f"-
d'Alexandrie, 5c d'autres Cbronologues , ont compté Xxoh ^'ô^^'sic.n ,
générations pour un fiècle ou cent ans. Ce calcul s'accorde f' ^^l^„ ^^^^^
aflèz avec la Chronologie ordinaire par années, li l'on oblerve s-.rom. i,
de ne compter les générations des femmes, lorfqu'elles itP-^SS'
rencontrent , que pour la moitié de celles des hommes. Si
les Anciens permettoient quelquefois le mariage avant l'âge
que nous avons défigné, ils avertilfoient ceux qui l'avoient
contracté de n'en ufer que fjrt rarement, jufqu'à ce qu'ils
euffent atteint l'âge ordinaire. Ces leçons, dif)ient-iis , leur Jambl. de vit,
avoient été données par Apollon, par Piton, & par '!>■■''• ^■^">-
Efculape.
Le jeune homme parvenu à l'âge de fe maiier, ne faifoit
pas lui-même la demande de la hlle qu'il deliroit époufer;
il communiquoit fon dclîcin à fon père, & le père s'adrelîuit
aux parens de celle pour laquelle il avoit conçu de l'amour.
Hémor , piince cananéen de Sichem , fait pour fon tils la
demande de Dina à Jacob fon père & aux hères de cette
fille: la même chofe fe pratiquoit chez les l'iiilillins, voidns Cnuxxxir,
des Cananéens. Samfon ayant vu à Tamnatha une lîlle qui ' ^'
lui avoit p!u, & qu'il defiroit d'époufer , pria fon père &
fa mère d'aller en faire la demande. Abraham avoit fait .iu,!k.xiv.a.
demander par Éliéici" Rébecca pour If.iac fon fils : cette Ctn.xxiv.i,
Tome XL. S
i:2.
Ï38 MÉMOIRES
demande ctoit accompagnée de prcfens pour la flllc & pour
fès parcns ; Eliczer donna à Rcbecca dfs pendant d'oreilles
Cen.xxjv, & des braffelets d'or, &. quand elle fut accordée , il lui fit
de nouveaux préfens, Se il donna à fa mère & à fes frères
Jbid.j}. des vafês d'or & d'argent & àç^s étoffes pour des habits.
La dot n'étoit pas fournie par les parens de la fille, c'étoit
le mari qui la donnoit, Hémor, priiice cananéen deSichem,
demandant en mariage Dina pour fon fils, dit à Jacob & à
U:d.xxxiy, fes enfans qu'ils peuvent faire monter à ce qu'ils jugeront à
''' propos la dot de cette li!!e, Se lui demander tels préfens
qu'il leur plaira. Saul exigea de David cent prépuces éçs
jEfg.xviii, Phiiiftins (ts ennemis, avant de lui donner Michol fa fille.
-'-''■ Le prophète Ofée achelte fa femme quinze ficles d'argent &
ojcc. 111,2. wnQ mefure Se demie d'orge : ceux qui n'étoient pas en
état de fournir cette dot, achctoient leurs femmes par ài^s
fèrvices rendus à leurs beaux-pères: Jacob réfugié en Méfo-
potamie Se n'ayant rien , s'engagea de fervir Laban (èpt ans
Gin.xxix, pour épouler Rachel fa fille. Cette coutume de donner la dot
'^' aux filles que l'on vouloit époufer, ou de les acheter, étoit
générale dans tout l'Orient ; on la trouve non - feulement
chez les Chaldéens, chez les Hébreux Se chez les Phéniciens,
StraJhXv, mais aufli dans les Indes, Se elle avoit été adoptée par les
f, ^yy. anciens Grecs: dans Théocrite, Daphin's répond à la bergère
Thtca: Uyh qui lui demande ce dont il la dotera fi elle confent à l'époufer,
;r.vr///, ^j^i'jj ji^ij Jalonnera fon troupeau avec tous les bois Se tous
les pâturages qu'elle voit.
Les Auteurs alfurent que dans la Phénicie, aucune fille
n'étoit mariée , qu'elle ne fe fût préalablement profiituée à
un étranger pour de IV.rgent en l'honneur de Vénus, Se ce
qu'elle avoit gagné à ce commerce infâme, étoit employé au
S.Athan.Orat. cultc de ccttc Déelfe : cette coutume honteufe avoit aufli lieu
^""^•^"'"" à Babylone , Se les Phéniciens l'avoient portée dans l'île de
Heroil-r, Chy.pre Se à Carîhage : ce facrifice une fois fait à Vénus
^' i^r'ab. XVI , i^€ f<^ réitéroit point , quelque chofe qu'on fît, ou quelque
f'/'j- argent que l'on offrît à une fille; contente d'avoir payé ce
tribut à k Déelfe, elle ne fe laJiîbit plus féduire, Se une fois
DE LITTÉRATURE. ijp
mariée elle avoir coutume de garder iuviolabîement la foi con-
jugale. A Babylone, iorrqu'il s'agifFoit de marier les filles, on Heroj. r,
les aîlêmbloit toutes dans un même lieu, où le rendoient auffi ^'^''
les hommes qui netoient pas mariés; un crieur mettoit les
filles à prix l'une après l'autre en commençant par les plus
belles : celles-ci étoient toujours achetées fort cher, parce
qu'on faifoit monter l'enchère le plus haut qu'il ctoit pof-
fible; l'argent qui provenoit de la vente de ces filles n'étoit
pas pour elles, on l'employoit à marier celles qui n'avoient
pas trouvé d'enchérinèur : le crieur les propofoit au rabais.
Tout homme non marié de la ville & du voifinacre étoit admis
à ces enchères ; mais pour prévenir la fraude , aucun ne
pouvoit emmener chez lui celle qu'il s'étoit fait adjuger, qu'il
n'eût donné caution de l'époufer; fi auparavant il chanceoit
d'avis, il ctoit tenu de rendre l'argent qu'il avoit reçu, ou
on lui rendoit celui qu'il avoit payé: cette coutume, tant
<]u'elle eut lieu à Babylone, priva les pères du droit de
difjwfer de leurs filles : il n'en étoit pas ainfi chez les Phé-
niciens , les parens eurent toujours uni: pleine & entière
liberté de marier leurs filles à qui ils vouloient.
Quoique les hommes achetaliènt leurs femmes, les parens
de la femme lui faifoient ordinairement quelques prélêns;
ceux de Rébecca , accordée à Ifiac, lui donnèrent non-
feulement fa nourrice qu'ils firent partir avec elle , mais
encore d'autres filles pour l'accompagner & demeurer auprès
d'elle. Laban donna une fervante à chacune de ics filles ; & ^"•■'^'■''. ^''
ces iilles mécontentes de n avoir rien reçu de plus, fe plai-
gnirent: «Nous n'avons plus rien, dirent-elles, à prétendre
dans les biens & dans la fucceffion de notre père ; ne nous «
a-l-il pas traitées en étrangères î ne nous a-t-il pas vendues, «
& n'a-t-il pas mangé ce qui lui efl revtiui de notre ma- «
riage ! » Les frères de l'époufe Ani Cantiques délibèrent
entre eux fur ce qu'ils lui donneront, quand on la mariera:
Notre fœiir, difênt-ils, c(l jeune ; que ferons -nous pour clic , Cmt.vni.S.
lorf qu'on viendra la Aemandcr en war'ut^c !
Juk^u'à ce qu'une fiUc fut demandée en mariage , elle
S ij^
140 MÉMOIRES
de m euro it cachée & reffeirée dans la mai Ton de Ton père;
dans un appartement éloigné, dont on ne permcUoit l'entrée
à aucun homme, fût-ii de fa famille; ce ciiii avoii fait
donner aux filles le nom d''"'?;^, a/iiui/i ocaiha , ûbfcondita,
qui cjl cachée, qui efé retirée clans un lieu fccret : il y avoit
cependant des occadons oii on leur perineltoit de fortir.
Moyle rencontre les filles de Jélhro , prince Madianite,
qui puifoient de l'eau pour abreuver les troupeaux de leur
^aW, //,/<<. père : ce fut aufli auprès de la fontaine qu'Éiiézer trouva
Cm. XXIV, Rébecca, avec les autres filles de la ville voifme. La fille du
'^Ôdyfx, roi des Leftrigons, dans Homère, va à ia fontaine y puiiêr
T-icj' de l'eau : on leur permettoit auffi de fortir dans les fêtes &
pour les pralicjues du culte religieux; on voit les filles de
Silo chanter les louanges du Seigneur en danfant auprès de
Judic. fon tabernacle. On n'étoit pas fi exact dans là Phénicie , où
l'on permettoit aux lilles d'aller à la chaliè ; mais dans ces
différentes occaiions , elles ne fortoient que bien acconi!-
pagnées des perfonnes de leur fexe. Lorfqu'elles étoienS
recherchées en mai-iage , elles ne voyoient pas celui qui les
demandoit; tout fe pafioit entre les parens de la fille iSc
eeluj c|ui defiroit l'époufer ; & ce n'étoit qu'après que tout
étoit convenu , que les futurs avoien.t la liberté de fe voir
& de fe parler,.
Quoique les pères enflent le droit de difpolèr de leurs
filles connue ils vouloient , ils demandoient ordinairement
leur confentement pour le mariage. Eiiézer étant prêt à partir
pour retourner en Paleftine auprès d'Abraham, on demanda
à Rébecca qui avoit été accordée pour Ifaac , fi elle vouloit
partir avec cet envoyé d'Abraham, & aller joindre celui à
CtH.xxiv, qui elle avoit été promife. Les fiançailles confAoient en
promelîès réciproques de la part du père de la fille ou de
(ts parens, de donner la fille demandée, & de celle du
prétendant de la prendre pour fon époufe. Agoradocle qui
recherchoit en mariage la fille de Hannon le Carthaginois,
interpelle ainfi Hannon, qui étoit auffi Ion oncle: <• Entendez-
» vous , mon oncle ; ne niez pas ce qiie vous m'avez dit,.
DE LITTÉRATURE. 141
^iie vous me promettiez votre fille aînée. Soyez certain de ';: Piaui.m
ma parole, lui répond Hannon. Vous me la promeîlez donc, « ""' '' '
reprend Agoraftocle. Oui, je vous la promets, lui replicjue u.
Hannon.» La convention ainfi faite & confirmée, les fiitiirs
avoient la permiflîon de fe voir & de fe parler: Agoraflocle
après avoir remercié ion oncle , lui dit qu'il aura donc la
liberté de conveiler avec in fille. Dès ce moment le père
de la fille regardoit celui à qui il l'avoit promife comme
fon gendre , Se lui en donnoit le nom : c'ctoit la coutume
des Cananéens ou Phéniciens. Loth prêt à fortir de Sodome,
va trouver ceux à qui il avoit promis fes filles & qui dévoient
les époufer , pour les engager à fortir avec lui d'une ville que
Dieu alloit abùner; & l'Ecriture les appelle Tes gendres. Celui Ctn.xix,
qui s'étoit mêlé du maiiage , ou le futur époux lui-même, ''^'
donnoit à la fi^iture époule qui venoit d'être promife, un
anneau pour gage & pour fureté de là parole ; c'eft pour-
quoi Achmet dans fon Onéirocritique , ou Explication des
fonges , dit « qu'un anneau que l'on a vu ou auquel on a Aikm.Oneir.
penlé en dormant, déligne, fuivant la doélrine des Indiens, « c.2<o
A^% Perfes & <Xç% Egyptiens, <\ç.% femmes ou un maria'fe « à-^ôt^
futur. "
On mettoit wn intervalle plus ou moins lonff entre les
fiançailles & le mariage. ÎJamfon fiancé à une fille Philifline
de Tamnatha , ne l'emmène point avec lui , &; il revient
quelque ten^ps après avec fon père &. fi mère pour célébrer
le mariage; mais il y eut entre le premier & le fécond -^''•'''■'^•>^/^'/ ^••
voyage un intervalle afîèz confidérable , pour que le lion
qu'il avoit tué en allant à Tamnatha la première fois eût pu
le corrompre, 6c que les abeilles eufîènt eu le temps de le
Joger dans fi gueule &; d'y faire leur rayon. Si dans l'efpace
de temps qui s'écouloit depuis les fiançailles jufqu'au mariage,
la fiancée faifoit quelque faute contre fon honneur, elle étoit
punie auffi févèrcment (|n'une femme adultère : il y avoit
<\ft^ occadons où le mariage fuivoit immédiatement les fian-
çailles. Eliézer envoyé en Méfopotamie par Abraham, pour
chercher dans la famille une femme à llaac fon fils » voulut
142 MÉMOIRES
pailir auffitôt que Rchecca lui eut ctc accordée, fans attendre
les huit ou dix jours que les parens de celte fille lui demaii-
Gfn.xxiv, doic'iit. Le jeune Tobie époufe la fille de Raguel auffitôt
/f ' après les fiançailles , ou le confentement donné par le père
Tob, & la mère de Sara; c'étoit le nom de cette fille.
On contraéloit le mariage de la même manière que toutes
les autres alliances, en fè donnant réciproquement la main:
le père faifoit la cérémonie. Raguel mariant le jeune Tobie
avec Sara fa fille, prit la main de Sara & la mit dans celle
Jh.vii.ij. (Je ion époux; il prononça fiir eux une béjiédicftion , par
laquelle il leur fouhaita que le Dieu de leurs pères fût avec
eux , qu'il les unît & qu'il les comblât de ks faveurs : c'étoit
la manière dont les mariages le faifoient dans la Médie,
Brif de Reg, dans la Perfè & par-tout ailleurs : la différence ne confiftoit
^Ahx.'abAlex. ^"^ ^^'''"^ ^^ formule de la prière ou du fouhait; les adora-
^cri.dier.v.j.iQvus du Vrai Dieu i'invoquoieiit dans cette occafion , au
lieu que les autres réclamoient les Dieux auxquels ils étoient
accoutumés de rendre leurs hommages. Dans les temps
anciens, la célébration du mariage ne pouvoit être conflatée
que par le témoignage des parens & des amis qui y avoient
afTifté; le contrat n'en étoit pas rédigé par écrit, il ny
avoit aucune convention pour la fureté de laquelle on prît
cette précaution. Booz époufint Ruth , prend à témoins tous
Ruth.iv,ii. ceux qui étoient à la porte de la ville, qui lui répondirent:
Nous en fouîmes témoins ; &. ils ajoutèrent des voeux pour l'a
profpérité de ce mariage; mais au temps de Tobie l'uTage
étoit déjà établi dans la Médie, où fon fils s'étoit marié,
que la célébration d'un mariage fût conflalée par un écrit
W.i'//,/»?. particulier que l'on drelfoit auîîitôt après.
Le mariage étoit fuivi d'un feftiii, auquel les parens &
les amis des dtwx. conjoints étoient invités : le marié y
paroi (fuit avec une couronne fur la tête. Dans le Cantique
Ccmuiu.ti. Aç% Cantiques, les filles de Sion font invitées à venir voir
Salomon orné de la couroime que fa mère lui avoit mile le
jour de fon mariage: ce Cantique nous repréfènte les ufàges
& les pratiques de la Phénicie; il eft l'épithalame compofé à
DE LITTÉRATURE. 145
l'occafion du mariage de Salomon avec une Princeflè Je ce
pays. Tatien &: S.' Cicment d'Alexandrie dilent , dir le Tailax.Ora'.
I • i XK I i \ T\ • t • r cont. Cru:,
témoignage de Menandre de rergame, qui pour écrire Ion „, ,7,
hidoire avait confuité les archives de Tyr, & fur celui de t-"/"». ^/m.
Lxlus , « qu'Hiiam roi de Tyr avoit donne ix fîile en ^\^V.'
mariage à Salomon. » Ce fait, qui ne fe trouve point ailleurs,
efl néanmoins très-vraifemblable. Salomon qui avoit époufé
une fille du roi d'Egypte , ne sen tint pas à ce premier
mariage ; l'Écriture nous apprend qu'il prit d'autres femmes
chez les MoaLiites, les Ammonites, les Idumcens, les Hcthcens
& mtme chez les Sidoniens, fujets d'Hiram; il feroit encore
moins furprenant qu'il eût époufé une fille d'Hiram fôn allié.
Le Cantique des Cantiques , que l'on convient être un
épithaiame , paroit avoir été fait en cette occafion , comme
je l'ai déjà dit ; il ne peut avoir pour objet qu'une
Princeffê Phénicienne ou Syrienne. Le lieu d'où l'époux
invite l'époufe de venir , ne peut convenir à une fille
demeurant en Egypte ; il indique au contraire qu'il s'agi'doit
d'une princelle de Syrie ou de Phénicie : « Venez , lui
dit-il , mon époiiie , veiiez du Liban, vous ferez cou- " ^'^f-'v. ^,
ronnée; regardez du haut de l'Amana, du fommet de Sanir «
& de celui d'Hermon : » ces montagnes, connues de la
Princeiïe, n'étoient pas du coté de i'Rgvpte ; elles étoient
oppofées <à ce pays, & même compriies dans les États du
roi de Tyr. Dans le Pfeaume xliv, qui ti\ pareillement
im épithaiame , lAuleur ne promet pas à l'époufe des prckns
de la part des filles d'Egypte , il ne hii parle que de celles
de Tyr, parce que c'étoient celles qui lui étoient connues , ly.xuv. ij.
èc avec lefquelles elle avoit vécu jufqu'au jour de foii
mariage.
Les Prophètes parlent t!c la couronne portée par le mari
le jour lie les noces: «< Je me réjouirai dans le Seigneur,
dit l'un d'eux, parce qu'il m'a donné des vêtemens de film, " li.>'-i-xi.
Se qu'il m'a revêtu de la robe de jullicc , comme un époux
paré de fi couronne. » L'é|ioufe allifloit à ce fellin avec
les habits les plus précieux, ik parée de fes pierreries , û elle
J e.
144- MÉMOIRES
IJa'.Lxi, to. ctoit d'im clat à en porter : on donnoit à l'cpoux un para-'
Joan.iii,2p, nymphe, que S. Jean- Baplide appelle Xnmi de l'époux:
la foncflion de ce paranymphe étoit d'accompagner l'époux,
de faire pour lui les honneurs de la noce, & d'exécuter ïti
ordres; il ne quittoit pas l'époux, il palfoit mcme la nuit
juhPoll. à la porte de la chambre où étoit le lit nuptial : outre le
paranymphe il y avoit d'autres jeunes gens qui accompa-
gnoient l'époux par honneur. Les Philiflins de Tamnatha
donnèrent à Samfon trente jeunes gens pour lui faire com-
juik. XIV, pagnie pendant la fcte de la noce : l'époufe du Cantique
■"• invite ces amis, compagnons de l'époux, à manger & à
Cant.v.i. boire; Se dans vin autre endroit, l'époux avertit l'époulè
Il>. vjii, /j. que (es amis l'écoutent. L'Epoufe avoit auffi lui certain
jiombre de jeunes filles qui étoient nommées (es amies, &
qui lui tenoient compagnie pendant tout le temps des noces;
elles l'accompagnoient par honneur, elles la gardoient, la
paroient Se la divertiffbient.
La fête des noces duroit lêpt jours : Laban dit à Jacob,
à qui il avoit donné Lia au lieu de Rachel , d'achever les
Cea.xxix, ^gpj. JQ^irs Jg [^ nocc de Lia, après quoi il lui donneroit
judk.xiv, Rachel: la fête du mariage de Samfon dura ce temps. Raguel
i2,i},,y. j)eau-père du jeune Tobie , le conjure de demeurer au
Tob.vni.ij. moins quinze jours avec lui , c'eft-à-dire, de doubler le temps
ordinaire des noces, parce que fon grand âge ne lui permet-
toit pas d'efpérer de jamais revoir la fïile ni fon gendre : ces
fept jours paroidènt a(lez marqués dans le Cantique àes, Can-
tiques; ils fe paifoient en divertiffemens de différente forte.
Dans ce Cantique on voit àits promenades dans les jardins
^Cant.vii, & dans les vignes ^ des parties de chafTe'', des fellins^ &
'^il>ij.ii,i\. tliverfes aventures réelles ou feintes, dont le récit fiiifoit
' lbid.Y, I, une partie des divertilîèmens de la noce : les filles fe diver-
tilfoient avec la mariée, comme les jeunes gens le faifoient
avec l'époux. Aux divertiiremens ordinaires fe joignoient
des jeux d'cfprit ; les convives fe propofoient des énigmes,
& promettoient des récompenfes à ceux qui les explique-
roient : Samfon en propofe à îti trente compagnons , &
leur
a.
DE LITTÉRATURE, 145
leur promet, s'ils l'expliquent, trente lindons & autant de
tuniques; ces jeunes gens en ayant appris l'explication de
fon époufe , la donnèrent à Samfon qui fut obligé de leur
payer ce dont ils ctoient convenus. Ces amufèmens d'elprit Judic,xrv,x,
ji'étoient pas particuliers aux Philiflins : on les voit dans tout
l'Orient (Se chez les Phéniciens ; ces derniers y étoient
même fort exercés. Hiram ne pouvant expliquer quelques
problèmes qui lui avoient été proposes par Salomon, trouva
dans fa ville un homme qui non -feulement lui eji donna
i'explicalion , mais qui lui en fournit d'autres que Salomon
ne put réfoudie. Il (emble que pendant ces lêpt jours Ats
noces, l'époux ne vo\oit fon époufe que furtivement &: à
la dérobée. La Sagedc, qui fe compare à une époufe paf-
lîonnée , dit : Qu'elle n'aime & qu'elle ne fait part de fes Fror.vuT.,
faveurs qu'à ceux qui veillent à fa porte, & ^"'7 viennent de ''^^'^p^, ,
grand matin. Dans le Canti(jue des Cantiques, l'époux ne Lcdi-iv,!};
vient que bien avant dans la nuit chez fon époufe; il le ■*'''""f'-'/*
fuive tiès-|)romptement dès que le jour commence à paroître;
il fe dérobe à les compagnons durant quelque partie de la
nuit, & il retourne les joindre de fort grand matin : l'époufê
de fon côté favorife les foins emprclfés de fon mari, &. luî
procure atlroilement les moyens de la voir, fans être aperçu
de perfonne. Ces ufiges qui fe pratiquoient chez les Hébreux
& chez les Phéniciens , avoient été admis par Lycurgue dans
(à république. A Lacétiémone, le nouveau marié ne voyoit
fa femme, pour ainli dire, qu'en courant; il n'entroit chez
elle que la nuit ; il y refloit peu de temps, & il retournoit
promptc-ment coucher avec les autres jeunes gens avec lel-
(juels il étoit obligé de loger, obfervant fur -tout de n'être
vu ni rencontré par perfumic de la famille de fon époufe. Pmi. in Lycjr.
Cette praticiiie fut tellement goûtée par les Lacédémoniens,
«[ue pludfcurs retendirent au-delà du temps de leurs noces,
& qu'il y en eut qui devinrent ))cres , avant d';uoir vu
leurs femmes une feule fois pendant le jour.
Les lillts de la noce chantoient en danhint à la porte de
la maifon de l'époufc , des épilluLunes ou chaulons fur le
Tome XL. T
14^ 7vî É M O I R E S
mariage. D<ins Thcocrite, douze filles âcs Principaux Je
Sparte viennent le foir danfer devant le logis d'Hélène, Se
Theocldyll, chanter fon cpilhaiame : après quelques plaif<uiteries fur Mé-
xvui.- iiclaiis, elles le félicitent d'avoir été choifi entre tant de
Princes qui recherchoienl Hélène dont elles font l'éloge, &
de leur avoir été préféré pour être fon époux ; & elles
iiniliènt par des voeux pour l'un <Sc pour l'autre : ces épi-
thalumes fe chantoient non-(euiement le foir, mais auffi le
r'nui. Pjiih, matin : les filles de Sparte qui avoient chanté le foir l'épr-
thalame de Ménélalis , promettent de revenir le lendemain
malin à leur réveil. Les Hébreux & les Phéniciens chantoient
ces fortes d'épilhalames pendant les fêtes du mariage. Le
Pfeaume XLiv e!l, à ce qu'il paroît, un Cantique compofc
pour le mariage de Salomon, comme celui qui porte le titre
de Cantique des. Cantiques , & il n'y a de diHerence entre
l'un & l'autre, finoii que le dernier fut chanté en Phéjiicie
à la porte de la maifon de l'époule pendant les fepî jours de
la noce , au lieu que le premier fut chanté à JéruHdem , après
que la Princçffe eut été amenée dans la maifon de fon époux:.
elle étoit féparée alors- de fes parens ; on l'exhorte à ies'
oublier & à n'y plus penfer, & on l'alfure qu'elle fera dédom-
magée de leur abfence par \ts enfuis qui lui naîtront de fon
Tnariage: Cette Princefîè étoit fille de Roi , le Pfeaume lui
donne cette qualité ; le Roi fon père devoit être celui cle
Tyr, puiique les filles de cette ville, c'efl-à-dire , les villes
dépendantes de cette Métropole, iv)nt invitées à venir rendre
leurs homjnages &: offrir leurs préfens à cette Prijieefîè nou-
vellement mariée : cette invitation annonce qu'elle n'étoit pas
Jiée en Egypte , mais en Phénicie. Quel intérêt auroient pu
prendre au mariage d'une Egyptienne, à^s villes An royatune
de Tyr \ J^a Pi'incefîè avoit donc des relations ])rochaincS'
à ces villes (]ui dévoient prendre une . part plus marquée
qu'aucune autre à l'alli'ance qu'elle, venoit de contraéîer ,
parce qu'elle confirmoit l'union qui régnoit entre la Phé-
jiicie 5( lesHébreux fes voihns : cette conjeélm'c efl; encore
cx>nfirmée par. le Cantique des Cantiques; i'époufe y elt
DE LITTÉRATURE. 147
reprcfentée comme allant à la. cha(îê, exercice aflêz commua
parmi les filles Phéniciennes : on l'y invite à tlefcendre du
Liban & des autres montagnes, où elle fe plaifoit à chalîèr,
parce que l'on craint qu'elle ne foit e.xpo/ee à être la proie *.
des lions & des léopards qui y avoient leurs repaires. Enfin
le nom de S^i/iir donné à l'une de ces montagnes étoit celui
dont les Phéniciens fe fervoient pour défigner celle que les
Hébreux nommoient Hermon , 8c qui étoit au midi de Da- Eufd'.ir
mas &: dans le voifinaire du mont Liban. Le Pfeaume que ■^■■'"''- "»•''*■♦
j ai cite , prouve encore que la coutume ctoit de taire d.es
prélêns à la nouvelle époulè.
Les fept jours de la folennité des noces dans la maifoa
des parens de la fille étant expirés, elle étoit conduite à celle
<le Ton mari : les parens, à ion départ, lui louhaitoient toute
forte de biens «!k une nombreule pollérité. Rébecca partant
avec Eliézer pour le rendre auprès d'Ilaac fon mari , ies
ircres lui dirent : «Vous ctes notre fœur ; croilîèz & muiti- Cn.xxiv,
pliez par milliers , & que vos enfans deviennent les maîtres « ^°'
des villes & dts mailons de vos ennemis. « Rulh ayant
époufé Booz, tous ceux qui le trouvèrent à la porte de la
ville où le mariage venoit d'être contracté , dirent à fou
mari : « Que le Seigneur rende cette femme qui entre au- AV/5, /r, f/,
jourd'hui tians votre maifon , comme Rachel &: Lia, qui «
ont bâti celle d'Kraël, c'efl-à-dire, qui lui ont donné une «
nombreule pollérité ; cpi'clle l()it un exemple de vertu, de «
conduite & d'économie dans Kpbrala ; cjue fon nom de\ienne «
célèbre dans Bethléem; qu'elle renc'e votre maifon fèmblable «
à celle de Pharez fils de Thamar & de Juda, par les enfans «
que Dieu vous donnera d'elle. » Raguel faifmt lès adieux
au jeune Tobie & à Sara fa lilie queTobie venoit d'époulèr,
leur dit ; « Que l'Ange du Seigneur vous accompagne dans Teh.x.n.
votre voyage ; qu'il vous coikUm'Ic fuis aucun accident ! «
Puili'iez- vous trouver vos païens en bonne lanté ; tSc puif- «
fai-je voir vos enfans avant ma mort I >» Le père (Se la
mère de Sara, en l'embralîànt , lui recommandèrent d ho-
Jioitr fon beau-père ik la belle-mcrc, d'aimer Ion mari,
Ti;
a6.
148 MÉMOIRES
de bien élever Tes enfans , de veiller fur fa maifon , &; de
fe conduire en tout d'une manière irrépréhcnfible.
La conduite de l'cpoufe à la maifon de Ton mari fe faifoit
avec pompe, &; ordinairement la nuit, lorfque l'un &. l'autre
étoient du même lieu : les amis de Tépoux & les compagnes
de répoufe , les accompagnoient encore par honneur, en
jouant des inflrumens & chantant des cantiques convenables
à la cérémonie. Laban fâché de ce que Jacob étoit parti ,
& de ce qu'il avoit emmené k% femmes à fon infu , &
l'ayant joint après lêpt jours de marche fur la montagne de
C'-ï. A'A-Av, Galaad , lui reproche iXqw avoir ufé de la forte; d'avoir
emmené fês filles à fon infu comme àts captives prifès à la
guerre: Si J'ci/JJe été prévenu de votre départ, ajouta-t-il, je
vous mirais conduit avec des chants de joie , au bruit des tambours
& au fon des harpes : cette cérémonie fe faifoit avec la
même folennité chez les Phéniciens. « Les fils de Jambri ,
iMach. » eft-il dit dans le livre de^ Machabées, ayant fait des noces
^^^^'17- » magnifiques à Médaba, ville au-delà du Jourdain , où l'un
„ d'eux avoit époufé la fille d'un prince Cananéen de ce
>, canton , comme l'on amenoit en grande pompe l'époufe au
» logis de l'époux, & que ceux du côté de l'époux venoient,
„ au-devant de la compagnie avec >^qs initruraens de mufique
« & des armes , les Machabées tombèrent (ur eux & les dif-
fipèrent. » D'autres filles que celles qui avoient été de la
noce venoient aulîl au-devant de l'époufe, entroient avec elle
dans la maifon de l'époux, & afTiltoient au feib'n qu'il don-
noit à fi nouvelle époufe & à tous ceux qui l'avoient accom-
paçmé : on le voit par la parabole des Vierges qui allèrent
au - devant des nouveaux mariés ;. elles s'endormirent , &
Maif.xxr,!. s'étunt éveillées au bruit de la venue de l'époux, une partie
d'entre elles fe trouva manquer d'huile pour leurs lampes;
pendant qu'elles alloient chez le marchand pour en acheter,
l'époux palfa avec là compagnie , & elles demeurèrent à la
porte, & furent exclues du fedin. Tous ceux qui aiïifloient
à ce feftin , dévoient être revêtus de leurs babils les plus
précieux .-.celui qiij, dans la parabole de l'Évangile,, ttoU
DE LITTÉRATURE. 14^
entre dans la falle fans la robe nuptiale , en fut ignomlnieu-
fement chaflc.
L epoufe rendue dans îa mailon de fon mari , y occupoit
un appartement fcparé, d'où elle ne fortoit que rarement; &
lorfqu'elle éloit obligée d'en fortir,. elle ne paroitroit dans le
public qu'avec un voile qui lui cachoit le vifage, &i qui
couvroit une partie de (es habits : cet ufàge , autrefois
commun dans tout l'Orient, fubrifle encore aujourd'hui dans
la Syrie & dans l'Arabie : les femmes ne paroilFoient pas
même dans les repas que leurs maris doimoient à des étrangers
ou même h leurs amis ; on leur lervoit à manger à part.
Quoiqu'elles fuflènt prefque toujours enfermées , elles
n'en ctoient pas moins curieufes de leur parure : les Anciens
confentoient qu'elles le paralfent; mais ils exigeoient qu'elles rr,^,r^.
ne le filTent que dans la maifon & pour leurs maris. Les '^-^"'''•J'rm,
r T^i ' • • r • • 1 /• -loi LXXJl.
iemmes Phéniciennes le peignoienl les lourcils oc les pau-
pières avec une efpèce de fard nommé lia , phoiik dans leur
langue, & que l'on croit être l'antimoine. Jéfabel , fille
d'Éthbaal roi de Tyr, &: femme d'Achab roi d'Iliaël ,
apprenant l'arrivée de Jéhu dans Samarie, peignit ks yeux
& para fa tête : encore aujourd'hui toutes les femmes iVRu.ix,
Syriennes fe noirchîènt le tour de l'œil Se même le detlans i»'
des yeux , Se cet ufage efl commun dans tout l'Orient ,
même parmi les hommes. ^\\ noircillânt ainfi leurs yeux,
ils préieiulent les conlerver contre l'ardeur du foleil & les
faire paroîlre plus grands ; cette tiernicre propriété a fait
donner ;'i l'autinioine répilhcte de ^;^^T^;^:f3aAi(x^', tjiù cteiul
& éhirirtt h s yeux. On ne trouve point en Orient de Ïa\\\ Plin. xxxin,
particulier pour le vilage; mais ailleurs les femmes coloroient '^'
ieurs joues avec la racine d'anchufe, que nous aj)pelons Hrfrch.
oicancttc : le vermillon n'étoit pas cependant inconnu, mais ■*''"'""
on ne saw fervoit cjue pour les llalues des Dieux. Pin.x^xTt.t.
Les femmes niif(;ient condller une partie de leur |>arure
dans rarraiigement de leurs cheveux. Le prophète Kâ'i'e
annonce aux lilles de bion, qui n'aimoient pas moins à fe
parer que Icsl'héuicitnncs, & qui avoicnt les niènjcs ornemciis
150 MÉMOIRES
-qu'elles, c^uil les reiiJni chauves , qu'il fera tomhev leurs cJi-cvcnx :
elles nouoient leurs clieveux avec \Xt^ riibiins ou des fils
d'or. Didon partant pour la chalTë avoit fes cheveux noues
Virg!/. yErt. X. avec uH fil d'ur. Judith voulant paroître devant Holophcrne,
ju^iiA. ie peigna, partagea Tes cheveux, & les mit en irefîès. L'ar-
rangement des cheveux diftinguoit en Afiique les femmes
des filles ; celles-ci portoient leurs cheveux élevés fur le
fommet de la tcte où ils formoient ime e/}:)èce de tour, au
lieu que les femmes les partageoient au milieu du front,
pour accompagner leur vilage des deux côtés, (oit dans leur
Tntuli.de état naturel, foit fi-ifés, foit en tre(îè ; mais nous ne trouvons
Virg- y^l- point cette' chflinclion dans l'Orient : les femmes donnoient à
leurs cheveux la couleur qu'elles vouloieiit, ce qui étoit aiilfr
quelquefois pratiqué par les hommes. Les jeunes Cavaliers
de la (Liite de Salomon mettoient fiir leurs cheveux une huile
Jofph. Antiq, odoriférante fur laquelle ils répandoient de la poudre d'or.
rni. 2, j^gj femmes portoient fur leur tête une efpèce de bonnet
pointu, nommé dans la vulgate mitra , une mitre, à laquelle
étoit attaché le voile qui leur couvroit la tête & le vifage:
cet ornement ell encore en ufage dans la Syrie &: dans l'A-
rabie où les femmes portent une mitre d'argent ou d'autre
métal en forme de cône, & entourée d'un voile de foie noire,
que les riches bordent de perles ou de pierreries. Cet orne-
Ifei.iii. ment eft, à ce que je crois, celui qui efl marqué dans Ifaïe
par le terme ^"'■l'"^, reahîh , dont la racine efl Syn, raal , tre^
muit , tremulù motu agitatus efl ; & ce nom lui aura été donné à
caufe de l'agitation continuelle du voile occalionnée par tous
les mouvemens de la femme qui le portoit.
Il ne paroit pas que dans la Phénicie les hommes fe cou-
vrifTent ordinairement la tête. A la guerre, ils portoient un
calque ; mais hors de ce temps ils alloient tête nue. L'époux
Puat.v.z. du Cantique dit que fa tête & fes cheveux font chargés de
rofée , parce qu'il a pajjc la nuit dans la campagne. S'ils étoient
incommodés de la chaleur, ou du froid, ou de la pluie, ils
fe couvroient la tête d'une partie de leur manteau. Dans les
;ten)ps de deuil &. d'afiiidion, les Hébreux, voifias des
DE LITTÉRATURE. 151
Phéniciens , fe couvroient : David chaffë de Jcriifàlem par
Abfalon , s'enfuit la tête enveloppée daivs fon manteau. Jéré- liReg.xv.}».
mie reprélènte les Laboureurs accablés d'affliélion, & la ièiç. Jercm.xiv.^,
couverte dans i.\Qs temps de famine & de flériiité. Us fe
couvroient aufli la tête par reipecl dans leurs prières. Aloyfe
approchant du buiîTon ardent, le la couvre : c'étoit peut-être Eiod.in, 6,
aufll la coutume des Phéniciens ; du moins il eft certain que
leurs Prêtres le faifoient dans les fonctions de leur minil-
tcre : ceux du temple de Gadcs, où l'on avoit confervé tous
k-s rils phéniciens, portoient des bonnets de lin, lorft-u'ib
facrihoient. su, /m/.
Les pendans d'oreilles étoient d'un iifiige très -commun
dans tout l'Orient pour les femmes , & même pour les
hommes. Plaute dans le Panuhis , fait tiire par un tie {fn Plam. Pan,
a<5leurs, qu'il fd/Ioit <jue les Ccirtluigi/iois n'eiiffetit pas de doii^ts
à la nuii/i , pui [qu'ils portoient des anneaux aux oreilles : les
Ifraëlites avoient apporté la même coutmne de lEgypte. Aaron
voulant fabriquer le veau d'or, leur ordonne de lui apporter Exod.xxn,3.
les anneaux ou boucles d'oreilles d'or de leurs femmes, de
leurs filles & de leurs garçons : les mêmes Ifraëlites, hommes
& femmes, donnèrent à Aloyle, entre autres bijoux, leurs
pendans d'oreilles pour le tabernacle i\w Seifjneur. Gédéon ^ lUtt-xxxv.
■vaiiKjueur (\(:s Madianites, demanile tous les pendans d'oreilles ^~'
que les enfims d'Iliacl ont tus du butin (:iil (iir ce peuple. JuJic.viii,
Il efl une autre e/pèce d'ornement que l'on confond quel- ^'^'
qucfois avec ces boucles d'oreilles que portoient les hommes
&: les femmes; cet ornement particulier aux femnies &. aux
filles, eU foiivent nommé ^^J^, ne-em dans l'Écriture: ce
terme fignilic //// ornement du nei, & a été traduit par Sym-
maque ETnpp^i'/oi' , qui fe met ou qui pen<l fur le nei. L'auteur
de iaVuigatc, parlant des i^réfens faits par Êliézer àRél)ecca,,
ie rend par ui(mres ; mais la • manière dont il s'exprime
fLmble défigner \\\\ ornement fufpendu fur le nez : Sufpcndl
itirjuc in.iurcs ad oniandtim jacieni ejus. Les fenmics tie la c„;.xxiv^
Palelline portoient encore au temps de S.' Jérôme, certains ''•^'
ij.i MÉMOIRES
ornemens qui leur peiuloieiit du front fur le nez , Se ce
Himn. in Père crolt que c'cft le tieiem dont il e(t parle dans l'Ecriture.
Eiuh.xvt. _4iijourd'hui, fuivant les relations des Voyageurs, dans ce
mcine pays &: dans toute la Syrie , les hlles portent fur le
front un ruban ou bandeau de foie, duquel pendent fur le
nez des perles ou quelques pièces de monnoies d'or on
d'argent : outre cet ornement , elles en avoient un autre
véritablement attaché à leur nez. Salomon y fait allufioii
JVor, A-/, ^^. quand il compare une femme belle, mais infenfée, à un
anneau d'or dans le groiiin d'une truie. Ezéchiel dit auiïi que
Eiah, XVI. Dku (ivo'it mis (les cercles aux narines des femmes d'Ifraël: les
^'' Orientaux, qui ont confervé la plupart i\es ufàges anciens,
ont encore celui-ci. Dans la Syrie, en Arabie & en Perfe ,
les femmes fe percent une narine ou le tendon du nez,
pour y faire pafl'er un anneau d'or ou d'argent ou de quelque
autre métal.
Les femmes Phéniciennes, comme toutes celles de l'Orient,
ajoutoient à cet ornement un tour de perles qui accompa-
gnoit leurs joues, & qui s'attachant au-deffous des oreilles
palloit fous le menton : ce tour eft défigné dans le Cantique
Catit.r,^. des Cantiques, lorfqu'il eft dit à l'époufe : Que vos joues font
belles , avec leurs ornemens !
Elles portoient aulfi des colliers. Le terme ^■'3>u:n^ fiatme-
tiDoth employé par l'Écriture, pour exprimer celte forte de
parure, fignilie proprement des gouttes, & vient du verbe
»it33, iidtliaph , jlillavit, dégoutter: on les nommoit ainfi parce
qiie les perles dont ils étoient compofés reiTembloient aflez
à des gouttes d'eau. La variété àts couleurs a fait nommer
par les Latins ces colliers muremûœ; l'or, l'argent & les perles
ou pierreries y étoient tellement entre-mêlts, qu'ils repré-
fenloient la peau d'une murène, efpèce de poilîon. Tels
Ckm.Akx, étoient audl ces colliers que Saint Clément d'Alexandrie
î'ad.ii,,^. j,,,j,çj|e jçs Serpens , & qui imitoient par la variété de leurs
couleurs , les taches de la peau de ces reptiles : à ces colliers
Jjdliu. éloient attaches des lunes ou croilluns d'or qui delceiidoient
fur la
DE LITTÉRATURE. 153
fur k poitrine. Les Madianites paroient leurs chameaux d'un
ornementa peu -près femblable ; ils leur mettoient des colliers
ou carcans, auxquels tenoient des lunes ou croillans qiù
couvroient leur poitrail.
L'Écriture met encore au nombre des ornemens des Ju^i^-vut,
femmes , les bracelets qu'elles avoient aux bras & aux poi-
gnets. Les femmes Ifraëlite^s demeurant en Egypte en portoient;
elles en donnèrent à Aaron lorfqu'il voulut faire le veau
d'or, & à Moyfe qua:ul il fit travailler au tabernacle. Cet
ornement n'ctoit pas particulier aux femmes , les hommes
le portoient aufîi. Tliamar demande à Juda fon bracelet pour Ct».xxxviit,
gage de la promeffe qu'il lui avoit faite : ces bracelets ctoient
des cercles d'or ou d'argent, ou même de quelque matière
moins prccieufe, félon les facultés des perfonnes. On mettoit
auHi de ces cercles aux jambes vers la cheville du pied : le
terme hébreu finv^'l , hatiadoth, venant du verbe "^'^Ji, tiaad,
marcher en (aifant du bruit, femble indiquer qu'à ces cercles
des jambes il y avoit plulieurs anneaux, qui, lorfque Ion
marchoit, faifoient un bruit femblable à celui de plufieurs
grelots. Les hommes &. les femmes portoient aufli des an-
neaux aux doigts : Thamar demande à Juda fon anneau
pour gage. L'anneau étoit chez les Carthaginois une marque
de dillinélion permife à ceux qui avoient bien fervi à la
guerre, & ils pouvoient en porter autant qu'il y avoit d'ac-
tions ou de guerres auxquelles ils s'étoient trouvés. Les
femmes, pour fe parer ainfi, étoient obligées de confulter
leurs miroirs : elles s'en fervoient en Fi,fypte avant la fortie
du peuple de Dieu de ce pays. Le grand balfui d'airain &
fa bafe , pour le fervice du tabernacle , furent faits par ^^^^^
Moyfe, de ceux que les femmes K.aélites avoient apportés xxxni/.S.
de l'Egypte dans le déferl. Le prophète F/échiel parle auffi £i'^^- •"'^'
de ces miroirs , dont les femmes de f jn temps fe lervoient
à leurs toilettes; mais ils ne pouvoient être que d'un métal
poli : ceux de verre ou de gi.ite font d'une invention
moderne.
Quant à l'habillement du corps, ks femmes foutcnoient
Tome XL. U
154- MÉMOIRES
leur feiii avec un ruban ou bandeletle , qui dans l'Hcbreu
Jn'cm. 11,^2, eft nomme ^^'l'f^P'!! , fhihjdiiirim , que ia Vulgute a iracluit
■^^Aï fdfcia peâoniîis , une bandelette, une ceinture <!c la poitrine:
ce nom en hébreu fignifie <\ts rubans ou bandes, qui fervent
à lier & à foutenir quelque chofe , & vient de la racine
i'?P, kafchar , ligavit , coÏÏigavit , allii^avit. Ce que Moyfe,
ji. dans l'Exode & les Nombres, a nommé '?"'3, cornai, & qu'il
Nitm.xxr, ^ j^jg ^^^ nombre <.\ts ornemens des femmes , paroît être la
même chofe; ce mot a fa racine dans l'arabe lOD, comi,
duquel a été formé le verbe '?3 , camai, qui fignifie yê/vrr
& comprimer une choie pour lui faire prendre ime forme
ronde; c'étoit en effet à quoi fervoient ces bandes ou cein-
tures dont les femmes faifoient ufàge. Les Phéniciens
d'Efpagne employoient apparemment le même terme pour
exprimer la même chofe; on ne peut du moins donner un
autre fens au terme qu'on lit dans Polybe, lorl(ju'il dit (a)
c]ue Scipion , après la prife de la nouvelle Carthage, fit
donner KocVs aux jeunes Carthaginoilès. Ce mot, qui dans
le grec ne préfente aucun fens , doit être le nom dont on
appeloit dans le pays ce que ce Général fit donner à ces
jeunes filles : il paroît en effet venir de Wi3, cornai, en
changeant feulement, ce qui eft aflez ordinaire, le o, ment
ou m, en 3, min ou //, Cette oblervation n'eft pas de moi,
Boch. Cetgr. je la dois au favant Bochart. Ces fortes de bandes ou ban-
'Sac, 11, j. belettes étolent devenues en iifage par-tout : Anacréon les
Anacr, appelle T<x\m ixa.qu''-> d'autres STJiGo'^o-.tMS , ou STiiSoJ^cr/xi? ,
Jul.Poil.vii, des liens de la poitrine ; il en eft auffi tait mention dans les
'^' Poëtes latins fous le nom àt fafcia , avec àts épithètes qui
Oi'U. de défignent la partie du corps à laquelle on les appliquoit. Les
tU'y^^irôi'i; Hébreux fe fervent d'un autre terme, que l'auteur de la
4kRan.am,i, Vulgate a reudu de la même manière -ç^ly fafcia peâoralis.
''AlJùEpigr. Ce terme eft ^'^''?2, petigd ^, dont la fignification n'eft pas
XIV, f^^. tj-op connue; mais l'oppofition que le Prophète met entre ce
*Jjai, 111,2^4 '' rr 1 •
(a) Polyb. X , p. ^J2. Ton t&ïà. ylivi k, kp^S'kaiiuoui imçciç iAfêJTc 19
Jtrtmt
DE LITTÉRATURE. 155
qu'il appelle ainfi & un cilice, prouve clairement que cetoit
une chofe dont on ne fe fervoit que dans la joie & dans
la profpcritc, comme on ne fe revétoit du cilice que dans
ia douleur & i'affliclion. Ce mot me paroît défigner une
ceinture ou baiulekîte de prix, dont les femmes faifoient ufage
pour foutenir leur fein, comme je l'ai dit: il fignilie en effet
un fil tort ou ruban qui entoure & environne quelque chofe:
fon étymologie eft ^'^? , patil , filum contortum , funicuhis , de
ht\^, patcil , torfit. contorfit, intorfit, & de So, ghil , ou Su,
ghoul, obivit, circumt. La manière de placer ces bandelettes
étoit peut-être anciennement la même que celle qui paroît
dans la Table Ifiaque , où Ifis e(t reprcfentée avec une efpèce
de collier, d'où pendent des deux épaules deux rubans qui (ê
croilànt au-de(fous du fein, paffent par-derrière & fervent de
ceinture à la jupe. Il paroît par Jcrcmie, que les femmes feules
fe fervoienl de ces ceintures : Une fille , dit-il, oubliera- 1- elle
fa parure, & l'époufc la bande de fa poitrine ! Les femmes
Phéniciennes furent les premières qui fe fervirent de ces
bandes, auxquelles le Poêle Aufone donne le nom de Phé-
tiiciennes ou Puniques: Au/on. Eplgr,
Punica turgentes rediniibat ipua papillas.
L'habit de defTous étoit nommé ('7?, fadin, dans la Langue •
Phénicienne ; il étoit auffi en ulâge dans l'Egypte où il portoit
vraifemblablemenl le même nom ; car Hérodote fiit mention Hnod..
du llndon égyptien. Le fadin étoit \\m efpèce de tunique
plus longue pour les femmes que pour les hommes : celles
des femmes defcendoient jufqu'aux talons, comme l'on dit que
les Syriennes &: les Arabes les portent encore aujourd'hiu".
Une des occupations de la femme forte de Salomon étoit Prov.xxxit
de faire de ces fortes de tunitpies ou chemifes , pour les ^^'
vendre aux Cananéens. Il y en avoit de fimples ou com-
munes, Se d'autres d'un travail plus recherché; celles-ci
étoicnt de différentes couleurs & louvent ornées de broderie:
on quitloit cette tunique pour fe mettre au lit ; l'époufc ^\ts
CaïUiqucs répond à fon bien -aimé qui la prie de lui ouvrir Cm:,v,j.
Uij
1^6 MÉMOIRES
la porte, qiiW/e s'ejl dépouillée de fa tunique, & qu'elle ne peut
la remettre.
L'h;il)it fe mettoit par-JefTiis cette tunique, & cet habit
chez les Phciiiciens étoit long, defcendant jurqu'en bas. Qui
Tlaut.inKtn. cjl cet lioiwne , dit Plante parlant d'un Carthaginois, qui a
de longues tuniques ! Les manches <.Ie cette robe formoient
comme des ailes ; ce qui fait dire à un des A(5leurs de la
Pièce du même Poète, voyant arriver un Carthaginois :
Qiieïie cfl cette efpèce d'oifeau qui vient avec des tuniques !
IIRfg.xv, L'Écriture donne aufTi le nom d'ailes, l?^ , canaph , aux
^ix'iV!'^' ^ coins du manteau. La robe àtz femmes ttoit bordée d'une
Virg.A.n.iv. frange ; telle ctoit celle que portoit Didon : elle ctoit de
pourpre, <Sc n'ctoit pas maintenue par une ceinture, mais
par une fimple agrafe d'or. Les hommes ne portoient pas
plus de ceintures que les femmes : Vous qui n'avei pas de
Pkui.inPan. ceinture, dit Plante à un Carthaginois, qu'êtes-vous venu faire
dans cette ville ! Les Prêtres Phéniciens du temple de Gadès
SU. M. faifoient leurs foncT:ions en robes longues fans ceinture.
Lorfque les femmes étoient obligées de fortir & de paroître
en public , elles portoient un grand voile : Rebecca ayant
Cm. XXIV. aperçu Ilâac qui fe trouvoit fur fon chemin , prit auffitôt
'^^- fon voile & (e couvrit. Abimélech roi de Gérare rendant
à Abraham fa femme qu'il lui avoit enlevée, donna mille
Jbid.xx. i6, pièces d'argent à Sara, en lui diiànt : Qiie cet argent vous
ferve pour avoir un voile & le mcttte devant vos yeux. Thamar
Ib.xxxvin, étoit couverte d'un voile, quand Juda s'approcha d'elle , ce qui
^'S' l'empêcha de la reconnoître : ce voile devoit être fort grand,
Eutlt, puifque Ruth y mit une affez grande quantité de grain que
Boozlui donna, & qu'elle porta chez fa mère. Lçs voyageurs
remarquent qu'encore aujourd'hui dans l'Orient, lesfemjnes,
iorfqu'elles paroi ffent hors de leurs maifons , font couvertes d'un
grand voile. Celles des Arabes ont le vifage entièrement cou-
vert, Se ne voient que par deux ouvertures à l'endroit des
yeux. Se ces ouvertures font tiffues de crin de cheval, qui
leur laide la liberté de voir fans être vues : ces voiles étoient
fouvent précieux & magnifiques ; car l'Écriture invediyant
DE Lî-TTÉ RATURE. 157
contre les parures des fernows & contre la richefiê de leurs iR'g.1,24,
habits, n'oublie pas leurs voiles. Jenm.iv,}o.
Les hommes allunt par la vilîe ou dans les champs, (ê ,0}'!},^^''
couvroient d'un manteau qui étoit une pièce dciotfe cju'ils
tournoient de toutes manières, dont ils s'enveloppoient par-
defîùs Se par-dellbus les épaules, dont ils couvroient leurs
tètes pour fe garantir de la pluie ou de l'ardeur du Soleil ,
qu'ils quittoient & qu'ils reprenoient quand il leur piailoit.
Plaute juge que celui quil avoit comparé à uji oifeau , qu'il Pkut.inPan.
voyoit venir avec une longue tunique, & qui étoit enveloppe
clans Ton manteau, comme s'il revenoit du bain, devoit être
un Carthaginois.
La matière dont fê faifoient les habits des hommes & des
femmes, étoit la laine, le lin & le coton. L'Écriture parle fouveni
de cts matières : elle difiingue deux fortes de laines; la première
qu'elle nomme "'■^^, Ti^^mcr , efl celle des aiiimaux que l'on
teignoit & que l'on iîtoit pour en faire <\t^ habits : elle em- Ln't.xiii,
ploie quelquefois le même terme pour exprimer une branche ^-^o^ut.xxir
d'arbre "; ce qui fait préfumer que dans la Palefline , outre ''•
la laine l\qs animaux, on en connoilfoit une autre efpèce ''"^l'.^'l'JZ'
quj croidoit lur des arbres : on donnoit en eliet le nom de • }•
ïciiiic à ce que l'on recueilloit fur certains aibres de i'hide. ^f^'xxxi'v.
Les forêts de ce pays, dit Pomponius Mel.i '', pwduifcnt de 3:xuv. ij.
la Idtne ; Si. Théophrafte appelle ces arbres E'e^ccpog^ ^vMt.^ ^Eifch.xvu.
des (irl'res qui portent la laine *^/ mais on a donné plus com- ^^.'/j, j^. '
munément le nom de //'// à cette efpèce de laine. Pline traitant ^ '^"«n- Mtta.
des mêmes arbres de l'Intle, dit que les Indiens en faifoient des '"^' ^'
habits de lin : Arrien dit de même que les Indiens faifoient x7'',^"'^'
leurs habits avec un lin qu'ils pre noient fur des arbres. Cette Anian. hi,
efpèce de lin ou de laine a été quelqueiois appelée yÂ/V; c'eft
le nom que lui domie Strabon. On connoilluit encore dans Sirak.
la Paltfline, dans la Phénicie fie dans la Syrie, \.\\\t autre
efpèce que l'Écriture appelle '*p, meflti: l'auteur de la \'ul- Ei,d.xvt,
gâte l'a traduit par lyQus ; le traduclcur Grec par Te^;^o;', '*''^'
qui lignilie proprement ce qui efl fait avec des elievtux : ëc
Iç Rabbin David Kimchi \>^ï paniius fericus, ou vcjlis feriea ;
158 MÉMOIRES
mais le terme employé par l'Écriture pourroit bien ne figiiifier
qu'une étotfe faite de fils quelconques, tins & dclics comme
des cheveux.
Le lin qui eft nommé dans l'Écriture "^^ ^ IûJ, 8c qui efl
de la mcme efpèce que la plante à laquelle nous donnons ce
nom , étoit la matière dont on faifoit les habits pour les per-
fonnes ordinaires & du commun : Jolêph tiré de fa prifoii
pour être prcfenté à Pharaon, fut d'abord revêtu de lin ordi-
Cfft. naire, comme tous les autres Egyptiens qui n'ctoient décorés
Haod.ii. d'aucune dignité, & comme le furent dans la fuite les Prêtres
chez les Hébreux. Pline dilfingue quatre fortes de lin qui
croilfoient en Egypte, à chacune dekjuelles il donne le nom
du nome où on le cultivoit, celui de Tanis, celui de Peluze,
iY/Vf, AT/A', /, celui de Butes, (Se celui de Tentyris r ces quatre efpèces
ne difFéroient entre elles, que par leur finefTe & par leur
blancheur.
Le même Naturalifle avertit que dans la partie fupérîeure
de l'Egypte, voifnie de l'Arabie, il croifToit un arbrilTeau
que piulleurs appeloient gojfipion & d'autres syhn , d'où efl
venu le nom de ïimmi xyîimim. Les Grecs ont donné à cette
elpèce le nom de SuAov & de %rj\iyQ^ , parce qu'on le
recueilloit fur un arbrilîèau ou fur un arbre. Le cas que l'on
en faifoit en Egypte elt fufhfamment marqué par la cuirafîè
Heroéf. II. qu'Amafis roi d'Egypte envoya au roi de Lacédémone , &
p.: Si. pjjj. çgjig qjj'ji confiera à Minerve dans le temple qu'elle
Piin.ix.i, avoit à Lindus, dans l'île de Rhodes : ces cuiralfes étoient
de xyli/iiiin; chaque fil de la trame étoit compofé de trois cents
foixante-cinq fils que l'on diflinguoit les uns des autres.
La defcription que Pline fait du goJJIpiiiiii ou xylimim , prouve
Id. XIX, i. (\ut c'efl le coton: « l'arbriffeau qui le porte, dit -il, efl
» petit Se porte une efpèce de gouffe , dans laquelle fè trouve
» une efpèce de laine que l'on file, & il n'y a point de laine
» qui lui foit préférable pour la douceur 5c pour la blancheurj
« il ajoute que les prêtres d'Egypte ellimoient cette matière
plus que toute autre, & qu'ils en faifoieni leurs habits. » Les
noms de ro<rcn7noy que les Grecs & celui de CoJJqùum que
DE LITTÉRATURE. 159
les Latins ont donne au cotonnier &. au coton, défigneies
noix dont parle Pline.
Cette dernière efpèce, toujours diftinguce dans l'Ecriture,
du lin qui fe féme chaque année, y eft nommée ^'^., fclufch ,
que l'auteur de la Vulgate a traduit par byffus , & celui de
la \'errioii grecque par Buo-otdj. Le traducteur Arabe qui a
vécu dans le pays où cette matière étoit plus commune, a
conflamment rendu ce mot hébreu ^'^, , Jihcfch , par ju^,
kotlwii ou f.otliGon ; 8c Maimonide prétend que le nom de
coton vient de l'Arabie : ce mot le retrouve encore dans
la langue de ce pays, où il n'efl pas à préfumer qu'on l'ait
emprunté de l'Étranger pour dcfigner une produclion qui
lui efl naturelle. Le Texte facré diftingue toujours le ^^'^ ,
JJiefch, Lyjfns ou coton, du lin: il n'y avoit que les per-
fonnes d'une condition diftinguée, ou revêtues de dignités
«minentes, dont les habits fulFent de cette matière. Jofeph "
préfenté à Pharaon à la fortie de fa prifon , n'eft revttu que
de lin ordinaire ; mais lorfqu'it ell déligné Gouverneur de
toute l'Egypte, Pharaon le fait revêtir d'un habit de tfu?,
fcliefcli , 8c félon le tradudeur Arabe de ( ÎUD ) ou coton. C<n.xu,^ii
Moyfe, qui ne donne aux Prêtres que des habits de lin,
^3 , [jcul , veut que le Grand-prêtre foit revêtu de ^^^, fi/icfc/t.
La femme forte, dans Salomon , e(l aulîi vêtue d'un habit de Prw,
cette étoffe. Les fils des étoffes qui fe faifoient avec le "^ ,
fihcfch ou coton, étoient retors: l'Écriture leur donne fouvent
l'épithète de "".^^ , ntafliei/ir, retors ( l> ) , qu'elle ne donne
jamais au lin. Les Anciens connoilfoient quatre fortes de
coton, celui de l'Egypte, celui de l'Achaie, celui de l'Inde
& celui de la Judée; mais ces quatre efpèces 11 'étoient dif-
férentes entre elles que par la couleur &. par la qualité : elles
croilloient toutes fur îles arbres ou des arbrilicaux. J'ai cité
ci-devant ce que dit Pline de celui qui venoit dans la partie
fupérieurc de l'Ëi'ypte, voifine de l'Arabie. Pollux dit que PoliOnom^
y II, 1/,
*- — ■-■ ' ■ ^
(b) ExcJ.xxvi, I ; xx\ II, g, 1 8 ; xxviii , 6, S, /j; xxxi , j6:
XXXVl, 8, /;, 27 i XXXYlll, p, 17, I Si XXXIX , 2,S,lf, 2.^,2.8, 2p.
1^0 MÉMOIRES
le byjfus oa coton de l'Iiule , ejl une efpèce de Un (]in fe trouve
Aiuis l'Inde. L'arbre qui le produit, fuivant Philollrate, qui
s'appuie de l'autorité d'Arrien , refîèmble par fou tronc au
peuplier , & fês feuilles font fêmblables à celles du finie.
Pline ajoute que les Indiens , les Éthiopiens & les Arabes ,
trouvoient cette efpèce de lin ou de coton dans des pommes
ou dans des courges qui croiflbient fur des arbres. Le
byifus ou colon ne fe trouvoit dans aucune autre province
de la Grèce que dans le Pèloponèfè, encore ne croi(foit-ii
que dans le territoire d'Elis ; il n'étoit pas inférieur eu
PaufaH.m fineflè à celui de la Judée : on lui donna le nom de Byjfus
""^' ou coton d'Achaie , parce qu'il étoil filé par les femmes de
M.iiiAchdk, Patras , ville de cette province: celui que l'on cultivoit ea
^"^^ ' Judée y avoit été apporté de l'Arabie dont elle étoit voifme.
Le byïîus , que je crois être la même chofê que \e fchefch ,
dont il efl: fi fouvent parlé dans l'Écriture , étoit donc dif-
tingué du lin qui fe sème tous les ans ; il croiflbit fur des arbres ,
& ne pouvoit être que ce que nous appelons le coton.
Outre les^ différentes efpèces qui étoient connues des
Anciens , l'Écriture fait mention d'une particulière qu'elle
I Parai. IV, womme p3 , iouti ou luti; c'efl de ce nom qu'ont été
■*'/'; n^' fi^' vrailemblablement formés le mot orec Bîaans & le latin
II ParaU V, , p
'12, //,. Byjfus ; mais cette elpèce ne paroit pas avoir été connue
r^'tJ^rf-, avant les règnes de David &. de Salomon , du moins oa
i6. n'en trouve pas le nom avant leur temps : elle étoit appa-
remment plus précieufe que le fchefch ou coton dont on
s'étoit fervi jufqu'à eux. David fiifant la cérémonie du
tranfport de l'arche, étoit revêtu d'une robe de Ijuti; &L
Salomon , dans tout ce qu'il fit faire pour le fervice du
temple, fubfiitua cette matière zu fchefcli que Moyfe y avoit
employé. M. Tournefort a cru que celle efpèce de byjfus ,
employé par David & par Salomon, étoit la foie naturelle-
^jcrm.Lam, ment attachée en manière de houpe, au poiffon renfermé
'^ Proverh. dans Une nacre rouge qu'il appelle /"/////^ magna, & il penfê
^'"' '" n ^"-''^"^ ^^ ^"^ même que Jérémie^ appelle î^'?':? , Pcninim : ce
XXXI, l'o, ' dernier terme fe lit aufll en difFcrens endroits des Proverbes'';
maii
DE LITTÉRATURE. i6i
maïs on le traduit ordinairement par niarg^riîa , ^es perles ,
ou autres chofês précieufes , & rien ne s'oppofe à cette
tradu<5lion : peut-être étoit-ce la perle qui fe trouvoit dans
cette même nacre.
Les Orientaux aimoient fort les parfums , &: ils confër-
voient leurs habits dans des coffres ou armoires remplies
d'odeurs. Lepoufe du Cantique des Cantiques dit à l'époux,
qu'elle lui a garde des diulai , c'e(l-à-dire, des citrons : CoMt.vn.tj.
on fe fervoit de ce fruit pour le mettre avec des herbes
odoriférantes dans les cofîies où l'on gardoit les habits. Le
Plèaume XLiv parle de ces coffres d'ivoire dont les filles
des Rois avoient fait préfênt à l'époufe de Salomon , pour y
mettre les habits de ce Prince. Théophrafte prétend que le Pf.xuv,^,
citron conlérve les habits &c les prélerve des vers. L'ufage Af. Aihea,
de parfumer les habits exifloit auffi à Rome : Pline dit qu'ow '"-f-
fe fervoit ordinairement de lavande & de violette. Pi:n.xxi,j
Quant à la chaulfure, peut-être alloit-on nu -pied dans ^'9-
ïa maifon. L'époufe des Cantiques s'excufe de fe lever parce Cant.v,},
qu'elle avoit lavé ks pieds , & qu'elle craignoit de les falir ;
mais lorfqu'on vouloit fortir on fe chauffoit. Les Cananéens
de Gabaon qui furprirent Jofué, avoient pris des fouliers
iifés pour faire croire qu'ils venoient de loin. Les filles Jof. ix. j,
Phéniciennes qui alloient à la chafiè, portoient un brodequin JV/g-. /£bi
qui couvroit non -feulement le pied, mais auffi le gras de
la jambe: la malicre de la chaulTure éloit le lin, le jonc,
le cuir, le bois ou autre chofc. En Lg\pte, les fouliers éloient
de papyrus. Suivant Hérodien, ceux ejui fe mcloient de pro- HtroJ,v, i },
plictijcr, en Syrie & dans l.i Phcniàe , portoient des fouliers de
lin : ceux des prêtres Phéniciens de Gadès éloient de la même SU. hal
matière. On voit par S.' Clément d'Alexandrie, que de fon Ckm.Akx.
temps il y avoit des femmes qui ornoient leur chaullure d'or " ^'' "'
& de pierreries. La chauniue étoit attachée au pied avec des
courroies qui laifloient apercevoir le pied , dont la blancheur
étoit relevée par la couleur des rubans ou courroies ; telles
étoient les findales de ré(H)ulî; des Cantiques, qui lui font
dire par fon bien -aimé, i.n\Q fis pieds font beaux dans fa Cani,vii,i,
Tome XL. X
xG^ MÉMOIRES
cluwfure ; telles éloient aiirt'i celles de Judith iorfqu'elle parut
JiiM. devant Holopherne : i'Eci itiire dit que fes fcuulales ravirent
ce Gétiénil La chauffure des hommes avoit la même forme,
&; ne leiioit à leurs pieds qu'avec i\çs attaches ou courroies
qui (e lioient par-delliis. S.' Jean-Baptilte , parlant de Jclus-
Chrifl, reconnoît qu'il efl indigne de délier la courroie de
fa chaufliire; & c'étoit parce que les pieds & les jambes
n'étoient pas entièrement couvertes, que le premier fervîce
que l'on rendoit à un hôte que l'on recevoit chez foi , étoit
celui 6e lui laver les pieds. La chaufTure des militaires étoit
quelquefois d'airain : Goliath , de la nation des Philiftins ,
jReg.xvii.6. avoit des brodequins de ce métal qui lui couvroient le pied
& le devant de la jambe. Moyfe prédit à ceux de la tribu
Dtm.xxxiii, d'Afer , que le fer & l'airain feront leur chaujjure.
DE LITTÉRATURE. i^'
OBSERVATIONS
Sur quelques points concernant la Religion & l^
Philojophie des Egyptiens à" des Chinois.
Par M. DE Guignes.
OCCUPÉ depuis long-temps à découvrir les rapports que ^ ^ ^Janv
j'ai cru apercevoir entre l'Egypte & la Chine, & à ,7^^.
les rafTembler pour en former un Ouvrage dans lequel je me
propofe d'établir que les Chinois ont été policés 6c inflruits
par les Égyptiens, je n'ai d'abord travaillé que fur les anciens
caraélères Chinois, pour prouver que ces caraclères ont un
rapport exaél avec ceux àt% Égyptiens ; d'où j'ai conclu que
les Chinois tenoient toute leur écriture de l'Egypte, & avec
cette écriture toutes leurs Sciences. Après avoir étendu mes
recherches fur difFérens objets, j'ai cru devoir les mettre en
ordre, & réiuiir dans un feul corps tout ce qui a rapport à
la Religion : j'ai fait de même pour ce qui concerne plulieurs
autres parties, les Mœurs, les Arts, les Sciences, (Sec.
L'article de la Religion étoit le plus diificile, le plus
important, & celui qui paroiffoit devoir moins fournir de
preuves pour le but que je me propofois : c'eft par celui-là
que j'ai commencé à rédiger mes obfervations ; j'y examine
ce que les Egyptiens & les Chinois ont penfé du premier
Principe de l'Univers, de deux premiers Principes fccon-
daires , <\^% Élémens, des Planètes & des Étoiles. Des
Divinités attachées à chacim de ces êtres ont été l'objet du
culte de ces deux peuples : de-là je palle au culte <\ç^% An-
cêtres, Se Qw'îm à celui des Animaux. Ne me (uis-je point
égaré dans ces recherches ? Ne me fuis -je point trop livré
aux conje(?lures î C'efl pour me raffurer moi-même à cet
égard, (]uc j'ai pris le parti de confuller la Compagnie, en
lui préfcnianl un Précis de mon lrav;iil lur la Ucligion, &
Xij
i54 MÉMOIRES
quelques-unes des preuves que j'emploie pour établir que les
Chinois n'ont d'autres connoifTances en gênerai, que celles
qu'ils tiennent des Égyptiens , & qu'ils n'ctoient que des
barbares avant cette communication.
Les Miflïounaires de la Chine ont fronde (& je devois
m'y attendre ) le fentiment que j'ai propofé. Les uns ont cru
le détruire par quelques plaifanteries ; d'autres m'ont écrit que,
(juûiul je le leur démontrerais, ils m admireroient & n'en croiraient
rien : aucun n'a ofé attaquer le Mémoire fur les Carnâères ,
Mm.del'Ac. qui eft imprimé, & qu'ils ont entre les mains, parce qu'on
t.xxxiv. j^g pe^,t contefter , à l'égard de ceux que j'ai cités, leur
refTemblance avec ceux dç.s Égyptiens. Perfuadé que, fi les
MifFionnaires ont des connoifTances de la Littérature Chi-
noife , il leur manque celles de notre Littérature qu'il faut
y joindre, j'ai toujours continué mon travail ; & quoiqu'ils
m'aient reproché de monter fur les pyramides d'Egypte pour
découvrir les monumens Chinois, j'ai oie de-là envifager la
Chine , Se voici ce que j'ai aperçu.
I.
La religion Chînoife, en général, diffère peu d^s autrê3
religions Payennes: une fouie de Divinités préfident au ciel,
à la terre , aux élémens , aux tonnerres , aux vents , aux
pluies, aux montagnes, aux rivières & à toutes les parties
de la Nature. Toutes ces Divinités, que les MilHonnaires
adoucilfent en ne les nommant que des Efprits , font fubor-
données à une première qui récompeniè les bons & punit
les méchans, & qui voit tout ce qui fe paffe dans l'Univers:
voilà la religion Chinoife en général ; elle peut être appelée
la Doélrine extérieure ou la Religion du peuple. Ainfi, trouver
chez les Chinois un Dieu qui préfide au feu , un autre à
l'air, &c. comme chez les Égyptiens, ce rapport, néceffâire
dans un Ouvrage étendu, devient inutile dans ce Précis,
parce qu'il n'efl pas une preuve fuffilânte : il faut des traits
plus marqués, qui ne puilfent appartenir qu'à la Chine & à
i'Égypte. Je ne m'arrête donc pas non plus ici à une cçitainç
DE LITTÉRATURE. 165
renêmbîance que i'on peut remarquer chez les deux Nations
qui admettent l'une & l'autre deux doctrines, l'une extérieure
que nous venons devoir, l'autre intérieure. Les Phiiofophes,
en voulant dcveloi^per la formation de l'Univers, ont re^iurdé
les Dieux que le peuple adoroit comme les principes des Élé-
mens, &: ils ont ramené ces ditférens principes à un premier,
fur la nature duquel ils font peu d'accord. Leur doctrine à
cet égard a été fort fufpecle, & ils ont afteclé de la tenir
cachée: tels font les Initiés de l'Egypte. Quoiqu'il n'y ait pas
à la Chine une clalîê d'Initiés, on y retrouve cependant
la même idée, c'efl-à-dire, que les Phiiofophes ne veulent
pas que le peuple foit inflruit de ce qui concerne le premier
Auteur de l'Univers: Confucius lui-même étoit de ce fën-
timent. Je n'indfle donc ptis fur ce léger rapport des deux
doiflrines chez les Chinois comme chez les Egyptiens; c'eft
dans le développement du fyftcme du montle, qui en Egypte
comme à la Chine tient à la Religion, qu'il faut chercher
les preuves de communication entre les deux Nations ;
encore faut -il en écarter dans ce Précis tout ce qui eft
fufceptihie d'être imaginé généralement par des Philolôphes
qui ne fe communiqueroient point : tel efl mon plan dans
ce Mémoire.
I I.
J'ai dit que les Chinois avoient des Dieux qui préfldoient
aux Élémens , & il en eft de même chez les Égyptiens, 5c
peut-être chez toutes les nations Payenncs. Le nombre des
Elémens a été réduit à quatre allez généralement. Plufieurs
phiiofophes Grecs & les Égyptiens, en ont com])té cinq:
les Chinois, comme ces derniers, en admettent cinq ; mais
félon une autre diftrihution de ces mêmes f témens , ce qui
paroit ablolumeiit particulier aux deux Nations, ù l'Égyp-
tienne &. à laChinoile, c'efl que l'une 8c l'autre en admettent
huit ; & par une (ingularité (jue je ne trouve que chez ces
deux peuples, c'cd (ju'ils font ces Élémens mâles «Se femelles;
& ce qui cil encore pluï fingulier, c'ell que ce qui elt mile
chez l'un, eft également màlc chez l'auiie.
i66 MÉMOIRES
Chez les Chinois, ï'nir; le tonnerre , \cau, Se les montagnes
font les quatre clcmens mâles nés du premier Principe K^/;^;
les quatre femelles nées du premier Principe Yn , font la
teire , le vent , le feu pur Se Xeau pure.
Sénèque nous apprend que la même docflrine exifloit chez
Qu^n. Nnt. l'es Égyptiens. A^gyptii quatuor ekmenta fccere : de'mde ex
1 111. c, XIV. fiiiauJis bina, marem & faminam. Aereai warem jiulicant
qiiâ ventits ejl ; fœminam quâ nelntlofus & incrs. Aquaai virihm
voccint mare ; midïebrem omnem aliam. Ignem vocant mafciilum
quâ ardet jiamnui ; & fœmïnam quâ lucet innoxius taâus.
Terram fortiorem marem vocant faxa cautefque ; fœmin^c
tiomen aljîgnant liuic tradabili ad culturam.
Jambïic dit de même que les Égyptiens avoient huit
élémens; mais il ajoute de plus, ce qui e(l entièrement con-
forme à la doiflrine Chinoile, que les quatre mâles font
attribués au Soleil, & les quatre femelles à la Lune, c'efl-
à-dire, à Ofiris & à Ifis : ces deux divinités Égyptiennes
répondent d'une manière inconteftable à ce que les Chinois
nomment Yang & Yn, deux premiers Principes auteurs des
élémens. Voilà donc exa(5lement le même fyftème fingulier
chez l'un & l'autre peuple.
Ce que les Chinois nomment k'icn ou Xa'ir mâle, doit
répondre à ce que Sénèque appelle le vent ; & Ka'ir femelle
fin, au fécond air.
\leau mâle de Sénèque, devientceque les Chinois nomment
kan, qui e(t leur eau mâle, & Keau femelle efl: ce cjue ceux-ci
nomment toui , l'eau pure qui eft femelle.
Le feu mâle de Sénèque, en tant qu'il brûle, eft ce que
ies Chinois défignent par le nom de tc/i/n , le tonnerre,
élément mâle ; & le feu femelle en tant qu'il brille , dit
Sénèque, fera ce que les Chinois appellent //, le feu pur qui
eft femelle.
Enfin la terre mâle ou les rochers, dont parle Sénèque,
fera ce que les Chinois nomment kcn : les montagnes, élément
mâle, (Se la terre femelle ou productrice , efl ce qu'ils appellent
kucn ,\z terre mère de toutes chofes. Je crois qu'il efl difficile
DE LITTÉRATURE. 167
de trouver un rapport plus marqué , & il efl: aulTi difficile de
fouienir que les Chinois ont emporté avec eux des plaines
de Sennaar de pareilles connoilîànces : c'efl; le fentiment des
Miffionnaires. Ne lortons point des éiémens , & parlons un
autre lancraiie.
III.
Quel que fait l'Auteur de la Nature dans les diffcrens
fyfltmes des anciens Philofôphes : Qii'il Toit l'Aj^ie de l'Univers
répandue dans toute la matière, à la dillribution de laquelle
il procède par émanations ou mutations de lui-même ; &
c'efl le fentiment d'un grand nombre de Philofôphes chinois;
Sentiment qui a régné en Egypte & parmi les Pythagoriciens :
Qu'il foit le nJs de Timée de Locres , ou le Tdo , terme
qui figniiie la même chofe, & qui dans 1 Ecole Chinoile des
Philolophes Tao-fe défigne K Intelligence fouvemine : Quel que
foit tnhn ce Créateur de l'Univers ; les Chinois , d'après
\'Y-King, qu'ils regardent comme le plus ancien de leurs
livres facrés , prétendent qu'en mettant la matière en ordre,
il la diltribua fuivant des proportions géométriques exprimées
par des nombres ou par des lignes. On entrevoit déjà le
îydème que Pythagore emprunta dts Égyptiens; fyflème qui
ne devoit pas encore exiilcr, lorfque l'on conflruilit la tour
de Babel , Se que par conféquent les Chinois ne purent em-
porter avec eux.
Il y a deux fyflèmes à la Chine fur l'ordre que doivent
tenir entre eux les huit Eiémens dont j'ai parlé ; &. il ell
edèniiel d'avoir cet ordre fous les yeux, parce que tout le
fydème en dépend.
Le premier 5c le plus ancien efl celui qu'on attribue à
Fo-lii , (jui réguoit , dit-on, à la Chine environ trois mille
quatre cents loixaiite-dcux ans a\ant J. C.
Le fécond cfl celui de P7n-v<ing, père de l'empereur
Vou-vang, c]ui nionta fur le trône l'an 1 i 22 avant J. C.
Une 11 haute antiquité pour île pareils fyflèmes ne peut
ctre que très- (ulptole. Voici l'ordre des Eiémens formés par
les deux premiers Principes fçcondairçs fuivant l'o-h'u
6B MEMOIRES
I.
Kien, le Ciel ou l'Air,
z.
3-
Toui, l'Eau pure.
Li , le Feu j)ur.
4-
Tchin , le Tonnerre.
5-
Sun, le Vent.
6.
Kan , l'Eau.
7-
8.
Ken, les Montagnes.
Kuen , la Terre.
Dans ce fyflème on procède du haut en bas : dans celui de
Vcn-vdiig au contraire, du bas en haut, en commençant par
i'eau , comme on va le voir. Ce dernier fyftème fe rapporte
à ce que Pkitarque nous dit àes Egyptiens qui prétendent
que le premier Etre employa pour la génération de toutes
chofès, \'eûu ou {'humidité, comme première vertu prodiKflrice,
ce qui eft le fyftème de Ven-vang. Probablement ceux des
Philofophes qui ont admis le feu , ont pris cette échelle des
«lémens par le haut, où l'on a placé le feu.
9-
Li, le Feu pur.
8.
Ken, les Montagnes,
7-
Toui, l'Eau pure.
6.
Kien, le Ciel.
4.
5-
Sun , le Vent.
3-
Tchin, le Tonnerre.
^ ^
Kuen, la Terre.
I .
Kan, l'Eau.
Dans et dernier fyftème, le nombre 5 , qui repréfente le
premier Principe, fe trouve placé dans le milieu des fphères
élémentaires; c'eft-à-dire , qu'il en a quatre au-deftbus de
lui & quatre au-defïïis. Je parle ici des élémens, parce que
dans la religion Égyptienne & Chinoife , ces élémens font
ties Divinités.
Pans ces deux fyflèmes, les nombres qui les accompagnent
font
DE LITTÉRATURE. 1^9
font impoitans : on me permettra, malgré la fécherefle de
ces détails, de m'y airèler un mom.ent. Confuciiis a dit que
les nombres i , 3 , 5 , 7 «Se p , étoient des nombres célejles,
c'eft-à-dire, que les élémens aiiachés à cç:s nombres impairs,
étoient les productions du premier Principe fecondaire mâle.
Les Chinois les appellent encore des nombres pleins , des
nombres mâles : les nombres 2 , 4 , 6 & 8 ou les pairs ,
font i^its nombres tenejhes & v'ules , des nombres femelles.
Voilà des idées qui paroîtront bien fingulières : tel elt ce-
pendant le langage de la PhyTiciue Cliinoiie , tiré de leurs
plus anciens monumens, de \'Y-king, & des Commentateurs
de cet Ouvrage. Il faut avouer que, fi par halîird deux
Philofophes vouloient applicjuer les nombres à la Phyfique ,
il feroit diilicile qu'en partaju de ces mêmes principes, ils le
rencontraflènt exactement dans les développemens. Pourquoi
les nombres impairs font- ils célejles , pleins Si. mâles ' Rien
ne détermine àidonner de telles qualités à l'impair plutôt
qu'au pair.
Je crois que pour s'accorder à réunir fur les mêmes
noml^res de (emblables qualités qui leur lont fi étrangères,
on a dû fe communiquer {i:i idées , ou plutôt l'un doit
avoir emprunté de l'autre. Plus ce fyftcme Chinois ell (m-
giilier, plus il augmente la force de la preuve que je veux
établir: or ce même fyftèmc exifloii tout entier en Egypte.
Plutarque, en nous donnant quel(|iies lambeaux détachés du
fyflcme de Pythagore, nous apprend que le monde étoit
compofc <\^s quatre premiers nombres pairs, & *\{ts> quatre
premiers nombres impairs. Voilà donc huit élémens cc^mme
chez les C*Iiinois , & ces élémens font également dédgnés
par les nombres i, 2 , 3 , 4, 5, 6 , 7, 8 , parmi lelquels
il y en a nécelliiirement quatre |iairs & quatre impairs. Le
même Plutarque donne, comme les Chinois, auv nombres
impairs le nom de célejles, &: aux pairs celui de tenejhes:
cnhn, pour compléter le parallèle, les impairs font, connne
chei les Chinois, les mâles ; & les pairs lont les femelles;
Si. d'après l'explication qu'il en donne , en difuit qu'il y
Tome XL. Y
I/o MÉMOIRES
a un vide dans la ciccompofition des pairs , & en fai/ânt
voir que les impairs font pleins , il rcliille de-lii que les
noms de vuk & de plein, i\onnés à ces nombres par les
Chinois, font encore empruntés de l'Egyptianilme , fource
du Pythagorifme.
Après ces obfervations générales , je crois qu'il efl: prouvé
que l'une des deux Nations a emprunté (on fyflème de
l'autre : il efl nécelTiiire de remarquer que ce fyflème des
nombres efl généralement adopté à la Chine; mais allons
plus loin.
Plutarque dit encore que le quartenaire chez les Pythago-
riciens étoit ■^ô , compofé des quatre premiers nombres pairs
& àes quatre premiers nombres impairs; que ce nombre 3^
étoit le monde , & que jurer par ce quartenaire étoit le plus
grand (èrment que l'on pût faire : ailleurs il dit que ce
nombre 3 6 reiïèmble au premier Principe qui gouverne
l'Univers. Que veut dire tout ce langage ijgyflérieux , fous
lequel les Pythagoriciens cachoient leur do(5trine ? Pourquoi
ce nombre 36 î Et pourquoi le monde efl; -il compofé
des quatre premiers nombres pairs & des quatre premiers
nombres impairs? Pythagore tenoit cette doélrine des Egyp-
tiens ; mais il le faut avouer , aucun autre peuple n'a imaginé
un tel langage, ni un tel fyftème; & dans le cas où le hafàrd
produiroit cette première reffemblance , il efl peut - être
impoffible que l'on fe rencontre dans les réfultats : or, les
Chinois (ont parfaitement d'accord ici avec le récit de Plu-
tarque; ils difènt de même que 36 eft le nombre du Ciel
& de toute la Nature, & ils appellent ce nombre tse , Y artifice
du Ciel.
Nous avons vu que dans la Table attribuée à Fo-hi , fes
huit élémens étoient accompagnés de nombres qui indiquoient
leur ordre: ces nombres font en même-temps les fymboles
de CCS élémens. Nous avons vu encore que les nombres i ,
3, 5 & 7, qui font impairs, célefles &. mâles, appartenoieni
aux quatre élémens nés du premier Principe mâle :
nombres additionnés , produifent 1 6 :
DE LITTÉRATURE. 171
I
3
5
7
6.
De même les nombres pairs 2 , 4,, 6 , 8 , qui font ter-
reftres & femelles , repréfentant les quatre éicmens nés du
premier Principe femelle, produisent 20:
4
6
10.
Or 20 & 16 font 36, nombre que les Chinois Si. fes
Pythagoriciens difent reprcfenter le Ciel & toute la N:^ture;
il contient en efîct la fomme totale que doivent produire les
nombres , (ymboies des huit cicmens. On voit à prcfent
pourquoi chez les Pythagoriciens , jurer par ce nombre étoit
un fi grand ferment ; c ctoit jurer par tous les Eicmens &
par toute la Nature. Il efl inutile d'infifter de nouveau fur
un rapport ff marque entre les deux doctrines ; cela doit
être retardé comme une véritable démourtration : mais
comme je ne dois rien négliger , je m arrête encore un
moment fur ce nombre 36. Dans \'Y-kirig, les huit élémens
font repréfcntés , non par des nombres , mais par des lignes
horizontales , & c'eft proprement l.'i le texte du livre : la
ligne entière ——— dcligne ce qui elt mâle ou le nombre l ,
la ligne coupée défigne ce qui efl. femelle ou le
nombre 2 : voilà le Ytins^ <3c le Yii ; ces lignes combinées
par trois, forment les huit élémens. Or, il e(l bien fmgulier
que dans cette combinaifon il n'y ait cjue 36 lignes; ainfr,
les nombres des Kgyptiens &. de Pythagore , & ceux des
Chinois qui repréfeiuent la même choie, font les mêmes 5c
Yij
172 MÉMOIRES
procÎLiiTeiit les mêmes rcriillats que les lignes de Fo-hi ou de
ÏY-fù/ig, qui donnent également ^6 ou le quarlenaire.
On trouve dans le Traité tic l'Ame , fait par l'kaarque,
une explication plus compliquée de ce quartenaire. Plutarque
y indique les proportions numériques & harmoniques ; on
peut le confulter : je me fuis renfermé ici dans l'explication
la plus fimple; mais je fuis perfuadé tju'un Chinois qui liroit
ce Traité, ainli que celui à^ Ifis & d'OJîris , & celui de ia
Particule e; , feroit dans le plus grand élonnemeiit d'y
revoir tout le langage des Commentateurs de \'Y-kiiig:
nos Minionnaires auroient dû s'en apercevoir ; mais ils
aiment mieux remonter aux temps voifins du Déluge,
trouver dans ces nombres des myflères relatifs à la Religion
Chrétienne, & fuppofer que les Chefs de la colonie Chi-
noife les ont reçus des premiers Patriarches.
■ Outre le quartenaire de Pythagore, qui eit de 3 6 , ils y
trouveroient encore celui de Platon qui efl de 40, & que
Plutarque dit être plus complet. Nous avons vu plus haut
qu'il y avoit deux fyftèmes à la Chine, celui de Fo-hi qui
eft le plus ancien , & qui eft conforme à celui de Pythagore ,
& celui de Ven-vang , dont on va voir le rapport avec celui
de Platon , qui avoit aufli voyagé en Egypte.
Dans ce fyflème de Vciivaiig, les nombres mâles font:
I
3
7
9
2.0.
Les femelles font
4
6
20.
Le nombre 5 , comme premier Principe de l'Univers;
DE LITTÉRATURE. 173
doit être fupprimc : ainfi les deux fommes qui réfultent des
nombres de Veii-vang prodiiifent 40 , qui efl: le qiiartenaire
de Platon. Ce rapport, trop finguiier , doit faire iiaitre de
violens foupçons fur la prétendue antiquité des Chinois ;
je pourrois mctendre davantage fur les conlequences qui
en rcTiiltent ; nvais je craindrois d'ctre trop loncr , & de
vouloir prévenir les réHexions qui /le prtTentenl naturel-
lement à refprit. Eft-ce-là la Phiiofophie des premiers
Patriarches !
En fuivant le même fyftème des nombres, je demande
encore: pourquoi voyons -nous les Chinois & les Pytha-
goriciens fe réunir pour dire que le nombre 5 déflgne la
Nature (Se le premier Principe de l'Univers! Non-feulement
ils s'accordent fur cet attribut du nombre 5, mais encore les
uns & les autres lui donnent les mêmes noms métaphoriques:
tels font ceux de Pivot ûi/gujîe , de Chef Je toutes les j'phcres
celefes, &c.
Si je voulois m'ctendre fur ce parallèle , je demanderors-
encore: pourquoi le nombre 9 eft attribué à Vuka'w , &
pourquoi, dans le /yftème de Ven-vaiig, chez les Chinois,
ce même nombre ell-il celui du Feu ! Pourquoi Rlu'a , la
Terre, Se Ccrès qui ert aufîi la Terre, font-elles délîgnées &
par le nombre 8 tk par le nombre 2 ; «S: pourquoi chez les
Chinois, dans le fyftcme de Fo-lii , 8 e(t-il le nombre de
la Terre , & dans le I) (lème de Ven-vcing , 2 ell-il attribué
au même élément! Pourquoi dans le fyftème de Ven-vang 4.
défigne-i-il le Vent, & chez les Pythagoriciens ce même
nombre cil -il attribué à Eole le Dieu des Vents î Enfin,
pourcpioi le nombre i o chez les uns & chez les autres ,
défigne-t-il le Monde ! Ce n'efl; pas comme Athénagore le
fait liire à P) diagore, parce que tous les peuples ont compté
juf(|irà dix, puis reviennent à l'unité, railon ridicule &: qui
cft hors du (yflcmc ; mais comme nous l'apprennent les
Chinois, parce que ce nombre renferme tous les Élémens :
ainfi , dans la table du fyllcme de Vcii-vung , \\\iu qui cft
à l'extrémité inférieure a pour nombre i , \q feu qui eft à
174 MÉMOIRES
l'ex-lrcmité fupérieure a pour nombre c; ; ces deux extrcmités
I Se 9, qui renferment tout l'Univers, font lo : tous les
autres élcmens ainfi rapproches & du bas & du haut, donnent
également 10; en bas la Terre 2, & en haut ies Montagnes 8,
donnent aufîi 10, & ainfi du refte:
9
8
7
6
5
4
3
2
Le 5 , premier Principe, efl: au centre.
Un grand nombre de Miflionnaires, auxquels ies travaux
«poftoliques ne laiflènt pas le temps de s'imiruire de cette
ancieime doélrine des Égyptiens 6c des Pythagoriciens, ont
trouvé fur le nombre 3 & fur le triangle des traits finguiiers;
par exemple , que trois font unis en un ; que ce fymbole
fignifie union intime , harmonie , le premier bien de t homme ,
du ciel & de la terre ; l'union des trois. L'auteur de la lettre
de Péking fur la langue Chinoife, imprimée en 1773 , cite
ces textes & quelques autres, comme celui de Lao-tfe', plus
ancien que Confucius, où il e(t dit que / a produit 2 , que 2.
ont produit j , & que j ont produit toutes chofes ; il penfê
qu'il eft naturel de conclure de -là que les anciens Chinois
en partant des plaines de Sennaar , ont emporté avec eux
ces traditions de la révélation , & plufieurs autres dont il
trouve par -tout de.s traces chez les Chinois : après ce que
je viens de dire des nombres , ces pieufes conjeélures s'éva-
nouifTent. Pythagore & les Égyptiens avoient la plus haute
idée du nombre 3 , qu'ils regardoient comme le fymbole de
la juflice, de la prudence, de la lagelTe , de la paix & de la
concorde. Dans leur fyftème , ce nombre contenoit l'unité
DE LITTÉRATURE. 175
& la dualité, ainfi il étoit le même que i , comme i étoit
k même qire 3 ; c'eft-à-dire, que l'unité par émanation a
tait lortir délie -même les deux autres nombre^- nous
voyons dans Plutarque que les Égyptiens, en particulier
sexpnmoicnt ainfi fur le nombre 3. Après tout ce que j'ai
dit il eu manifefle que c'eft-là la fource où les Chinois
qui lont beaucoup moins anciens qu'on ne le prétend ont
puifé cette dodrine: ceux des Mi/rionnaires qui nom pas
voulu adopter ces prétendus rapports avec la religion Chré
tienne, fe moquent de ces nombres. Nous fommes biei,
éloignes d adopter leur fentiment , puifque ces nombres
deviennent pour nous un fil qui nous guide dans nos re-
cherches ; mais en voilà affez fur ce fu;et : ce parallèle que
;e pourrois étendre deviendroit trop long.
I V.
Vn autre voile fous lequel les Égyptiens, & ceux qui ont
puife chez eux, ont couvert leur dodrine, eu la Mulique &
les proportions harmoniques : c'ert un autre kn.Je qui
iieft pas moins obfcur que celui des nombres, & qui par
fa fingulantc devient une nouvelle lource de preuves piur
le lentiment que je veux établir. ^
Deux peuples frappés du bel ordre & de iharmonie qui
régnent dans toutes les parties de l'Univers, ont pu je
lavoue, comparer cette harmonie univerfelle à celle de leur
Mufiquc; mais il en eft ici comme des nombres, cefl-à-dire
que I un & I autre peunle s'accordent dans tous les détails'
& d.UKs les rdultats; qu ,1s donnent aux Élémens les mêmes
tons & es mêmes proportions harmoniques , c'efl ce que
le halard ne peut produire. ^
Jai déjà dit que le nombre 36 repréfentoit le ciel & le
monde entier. Timce de Locres . philofcphe Pvtha.oricien
"|>|H>re lame de l'Univers compilée de^renté-f.x^erme *
don lu première gradation ou le* premier nombre peut être'
r prcen^. par le nombre 3 84 : Ce pranUr nonérTfuppofl
ciil-il, // .y? atjc H en calculer le double, puis le triple , &/.
xyG MÉMOIRES
Tous ces nombres , avec ceux qui en remplijjent les intervalles,
& qui forment les tons jujqu'au trente -Jixième terme , doivent
donner en fomtne i i^()()j , cjui reprciente toutes les grada-
tions de i'ame.
Ceux qui ont examiné cette échelle harmonique , &
qui n'avoient pas certainement en vue le rapport que je
veux établir , ont dit que le premier terme ou le nombre
384, répondoit au ////.• par quel hafîud dans le /yflème
Chinois, celui de Ven-vang que j'ai rapporté plus haut, le
ton mi répond-il au premier terme des produélions du pre-
mier Principe? De plus, par quel hafard ie même ton mi
a-t-îi encore chez les Chinois pour nombre 48 \ de mêjTie
le r/ a-t-ii 54, le fi 64, \e la yz & \e fol b 1 , nombres
qui font ceux des progreflions Pythagoriciennes altrilniées
aux mêmes tons! S'ilell étonnant que les Chinois & les Pytha-
goriciens fe réuniffênt à cet égard, il i'efl; encore davantage
de les voir partir des mêmes principes , lorfqu'ils paroilTent
admettre des nombres difFérens. Le ton mi , chez les Chinois
comme chez les Pythagoriciens, a pour nombre 48; mais
Timée de Locres lui donne 384 ; d'où vient cette difle-
rence ? en eft-ce une! non; puifque ces deux nombres
partent du même principe qui eft 3. Suivant la progreflion
double de ce nombre, progrefTion féminine qui n'engendre
que des oélaves, 3 produit 6, celui-ci 12, celui-ci 24,
enfuite 48, qui eft la quatrième ocflave, ou le nombre
adopté par les Chinois & par les Pythagoriciens : 48 produit
^6, celui-ci i 92 , & enfin ce dernier 384, qui eft la feptième
odave ou le nombre de Timée de Locres : ainfi 48 &
384 ont une même racine. Les deux premiers Principes de
l'Univers i & 2 réunis, ont produit le nombre 3 ou le ?;//;
pour exprimer ce ton, les uns ont pris une oélave, les autres
une autre; ce qui eft indifférent.
Le ton fol cjui a pour nombre 8 i chez les Chinois ,
ainfi que chez les Pythagowciens , eft regardé comme le ton
qui appartient au premier Principe de l'Univers, déhgné,
comme nous l'avons vu , par le nombre 5 chez les Chinois
& chez
DE L I T T É R AT U R E. 177
& chez les Egyptiens : or le nombre 8 i ftlon la progrelfioa
triple ou la progrellion mafculine qui engendre les tons, e{t
au cinquième terme i, 3,9, 2.7, 81. Plutarque, clans fon
Traité de l'Ame , dit que les Pythagoriciens appeloient le 5,
•7Ç<)<poK, qu'il reiul par ç^oyÇa, fof! , parce qu'il efl le premier
parlant & ionnant les intervalles du ton. Cet avantage Se le
rang qu'il occupe dans cette fuite de termes, l'a fait regarder
comme le (ymbole mufical du premier Principe de l'Univers,
dont le fymbole numérique ctoit 5 : par-là le fyftcme des
nombres , regardés comme fymboles , le réunit à celui des
tons qui font des fymboles d'une autre efpèce ; & nous
voyons chez les Chinois, comme chez les Égyptiens, ces
deux /j-flcmes fmguliers marcher enlemble. Ce rapport trop
marqué ne peut être conleflé ; il feroit trop long d'appliquer
les mêmes réflexions aux autres nombres qui nous font
confèrvés par les Chinois.
Dans l'un & l'autre fyftcme , ces tons répondent aux
Planètes & aux Elémens, ce que l'on trouve pareillement
en Egypte, où chaque faifon avoit fon ton particulier, &:
chaque Planète ou chaque Élément gouvernoit chaque lâifon.
Les détails nous manquent fouvent du côté de l'Egypte; mais
un pafîîige quelquefois obfcur & inintelligible, réuni à ce que
les Chinois nous ont confervé, devient lumineux : quelquefois
auffi le Chinois fe trouve éclairci par ce qui nous refle (.\es
Egyptiens. On voit par- là combien la Littérature Chinoife ,
réu/n'e à celle de l'Egypte, peut Cire utile.
Les Planètes &. les Élémens, dans le fyflème de P\ tha-
gore & dans celui des Chinois, étoient repréfentés comme
des voix uu àts Ions accompagnés tl'inllrumens qui s'accor-
«loient entr'eux. Platon mettoit avec les Planètes desSyrènes,
& d'autres les Mufes. Dans cette harmonie univerfclle, chaque
lailon , comme je l'ai dit, «Se même chaque jour, avoit Ion
toii particulier. Diodore rappoilecjue, fuivant les Égyptiens,
<• i'nigu répondoit à l'été, le ^'/v;ir à l'hiver , &. le moyen au
printemps. .. Les Chinois qui entrent tlans v\\ bien plus
grand détail à ce fujet, font répondre le //// à l'hiver, k Ji
Tome XL, Z
178 MÉMOIRES
au printemps, le la à l'automiTe , & le te à l'été; le fol eft
au centre des tons.
Un autre rapport très-fuigiilier entre le fyflème dts
Chinois & celui des Egyptiens, efl; que l'un & l'autre
peuple admettent douze termes en progrefî'ion triple qui font
exaiflement les mêmes , & ont les mêmes nombres. Les
Élémens font comme les chanteurs ou les voix qui, fuivant
la fîufon , chantent fur un des tons de ces douze termes.
Les voici, félon les Chinois, fous le Principe dont ils dé-
pendent, & la faifon à laquelle ils appartiennent.
Ya N G ou Os I R I S.
\. Si I. XI.' Lune. Solftice d'Hiver.
2. Adi 3. XII.' Lune. Fin de l'Hiver.
3. La 9. 1."' Lune. Coinmeiicenient du Printemps,
4. Re 27. /// Lune. Equinoxe du Printemps.
5. Sol. , 81. ///.' Lune. Fin du Printemps.
6. Ut -43- -^^'' Lune. Commencement de l'Eté.
Yn ou Is I s.
7. Fa '•7^9- ^•' Lune. Solftice de l'Été.
8. J'i r 21 87. VJ.' Lune. Fin de l'Été.
p. Afi V" . . .6561. Vil* Lune, Coinmencement de l'Automne.
10. La h" . . 19683. VIII.' Lune. Equinoxe d'Automne.
\i. Re b'" . . 59049. IX.' Lune. Fin de l'Automne.
1 2. Sol b"" . 177 147. X.' L^une. Commencement de l'Hiver.
Il eft nccefïïiire de remarquer dans cette Table, que les
foldices & les équinoxes ne font pas , comme chez nous,
le commencement des faifons , mais le centre ; ulage qui
fjbllitoit en Egypte, comme on peut le voir dans le Canon
de Plolémce, autre rapport fur lequel je ne m'arrête pas;
mais je demande fi ion peut raifonuablement fuppofer que
les premiers hommes, avant la difperfion , avoient imaginé
toute cette Philofophie myllérieufe , toutes ces proportions
harmoniques de la Mufique, <Sc leur rapport avec les nombres,
DE LITTÉRATURE. 179
avec les faifons 8c les diftl'rentes parties de l'année. Ce fyftème
ctoit fondé fur la grande idée que les Philofophes avoicnt
conçue du bel ordre qui avoir été établi dans toutes les
parties de la Nature par le premier Principe.
A ce fyftème Harmonique, jui^nons quelques oblervations
fur le cours des deux premiers Principes de l'Univers , dont
ie développement nous préfentera encore des rapports d'une
autre efpèce, qui ne feront pas moins Imguliers que les
précédens.
Toute l'Antiquité attefte quOfris étoit le premier Prin-
cipe mâle, b Ciel, le Soleil, le Père, &c. qu'/fis étoit le
premier Principe femelle, la Terre, la Lune, la Mère, &c.
Tous ces noms & plufieurs autres font exactement donnes
par les Chinois à leur V^mg & à leur Y/i . en forte qu'on
reconnoît, dans ce qu'ils difent de ces deux Principes , 1 6>/m
& Yljis de l'Egypte : mais je ne me borne pas à ce premier
rapport, quoique complet, parce que ce f)ftème de deux
Principes a pu ctre imaginé en mCme temps par diftcrens
Philofophes. de il l'a été. Pour qu'un tel rapport puillc être
compté, il faut qu'il foit foutenu par des circonftances plus
iTiarquées. On voit que je ne tire mes preuves que de ce
qui peut ètie fingulier & unique _ _ j ta • •»' >i.
Snivant le .ccii de pludeurs Ecrivains de 1 Antiquité, &
fur-tout de Macrobe, les Égvptiens prétendoient quOdris
renailToit tous les ans. & paicouroit dans le cours de 1 année
les différens à<'es de la vie humaine. Au (ulllice d hiver, cctoit
un enfant ; fi'e <uitcm crMim tlivcrftcites ad Solem rejeruntur ,
ut parvulus vUcntuf hycumli foljlitio . qiuikm yEgyptU profcrunt
ex adyto die ccrui : an printemps, c'étoit un jeune homme;
amituodio vcnwli , fuinlitcr ot.juc adokfciûs cidipijatur vires,
fgurdriue juvcis ornaiur : enluite comme un homme fut;
mneacjus r^tns flatuitur plewfnu effigie k,rha , foiflmo affiro,
quo tempore fummiim confcquitur fui <wgmcntum : eiidn après
cette époque. Of.ris devient vieux & meurt pour renaître
de nouveau ; cxiiule pcr dimhmtioiies vcluti fencfecns , quarta
Z ij
i8o MÉMOIRES
forma Deus figuwtur. On fait qu'il périt dans les guerres de
Typhon qui ie coupa en morceaux.
Les Chinois vont nous prcfenter le même fyflème fuF
leur y^iig , 5c par -là fe rapprocher davantage de l'Egypte.
En effet ils rapportent des circonftances qui n'appartiennent
qu'à ce pays, à fon climat, &: qui n'ont pu être imaginées
qu'en Egypte. Us font naître leur premier Principe fecon-
daire mâle, nommé Ytwg , comme les Égyptiens, au folllice
d'hiver ; ils lui font prendre fuccefiîvement divers accroiflè-
mens jufqu'au folftice d'été , qu'il eft dans ^i plus grande force.
Après ce terme, ils difent qu'il diminue infenfihlement , &
qu'il devient vieux , feinjccns ; &. enfui ils le font mourir
vers la fin de Novembre.
Cette allégorie du cours du Soleil ou du Principe mâle;
figurée chez les deux Nations par la vie d'un .homme, mérite
d'autant plus d'attention, qu'elle fournit plufleurs preuves du
fèntiment que je veux établir.
En conféquence de la vieillefîe du Soleil ou d'Ofiris, les
Égyptiens avoient imaginé d'inftituer, à l'équinoxe d'automne,
une fête appelée la Fctc du Bâton dOfiris ; c'efl Plutarque
qui nous en initiait, &. qui ajoute que le Soleil , fuivant les
Egyptiens , avoit alors hcfoin d'un bâton pour appui. Par quel
balard fuiguiicr, cKey \e% Chinois, à l'équinoxe d'automne,
temps auquel ils prétendent que leur Yang devîpnt vieux,
fcnefcens; faifoit-on autrefois ( j'ignore fi on la fait encore)
la cérémonie de diftribuer aux vieillards des bâtons pour les
foutenir ! C'étoit une allufion à la vieillelfe du Soleil. Il falloit
dans cette fête du Bâton dOfiris, que l'on portât àes bâtons;
& cette cérémonie convenoit aux vieillards qui repréfèn-
toient l'âge d'Qfiris, On fent toute la force de ce rapport
fmgulier.
Les Chinois ont partagé ce cours des deux Principes en
douze termes, dont chacun répond à une lunaifon &: à un
des douze tons de Mufique, que j'ai indiqués plus haut.
Les fix premiers de ces tons ou tons majeurs , & de ces
Uinaifons, appartiennent au premier Principe Yang, & les fix
DE LITTÉRATURE. i8i
antres ou tons mineurs, au premier Principe Yn , parce que
ies Chinois fuppofent que, pendant la diminution du Y^ing ,
le }// qui repond à Ifs qu'ils font naître au folftice d'été ou à
i'Écrevifîe, prend également Tes accroilîèmens pour être dans
fa plus grande force au foKUce d'hiver, ce qui rentre dans
le fyitcme Égyptien. En effet, pendant qu'Oliris fuit devant
Typhon, c'cltlfis qui règne; & ce qui achève de prouver que,
dans ce temps qui répond à l'été, les Egyptiens attribuoient
quelque puillimce à His , c'eft qu'ils avoient fixé le commen-
cement de leur année, au lever de la canicule ou de l'étoile
d'Kis : mais chez, lun &. l'autre Peuple, ce font toujours les
adions du premier Principe, & non celles du fécond, qui
fervent à marcjuer le cours de l'année; ainfi chez les Chinois,
pentlant le règne du Yn ou ôilfis , on indique feulement ce
qui arrive au i'iuig oii'dO/îris ; ce qui eft contorme au pafîâge
de Macrobe, dans lequel il Ji'efl parlé que d'O/iis.
Je me borne ici à quelques-uns de ces termes fur lefquels je
vais propofer mes réflexions. Ces douze termes font autant de
mutations & de changemens que le premier Principe éprouve
fuc(?elilvement, fyflème qui exifloit en Egypte, comme nous
le voyons dans Plutarque; mais il feroit trop long d'expofer
ici tout ce que cet Écrivain dit de ces mutations. Nous en
retrouvons de femblables chez les Chinois, qui fîjnt fubor-
donnécs aux douze grandes dont il s'agit ici , & que l'on ■
pourroit j)rendre pour autant de filiations de celles-ci. Les
Chinois parlent d'une de ces mutations fecondaires qu'ils
apjx-ilent Wihoiulaucc . d'une autre qu'ils nomment Jifctte ,
engendrées chacune d'une des douze grandes mutations. Tout
ce langage énigmatique fe retrouve dans Plutarque, où l'on
voit une mutation ci'Oliris qui ell nommée Kôeps, YAùo/i-
dûiice ; une autre qui tll appelée X^vio-^oryi/jî, la Dijlttc , qui
revenoienl tous les ans, & pemlanl le temps dclquellcs il y
avoit des chants qui leur étoient particuliers: ainli, chez les
lieux Nations, ce font les mtmes idées, les mêmes principes,
la même doctrine , le même langage énigmaticpie &. myflc-
ricux; n'y tût-il même de conlormité que dans cette manière
i82 MÉMOIRES
extraordinaire de raifoniier, nous en conclurions que ces
deux peuples ont eu communication i'un avec l'autre : mais
quand un pareil langage fert à exprimer les mêmes idées &
une même do(î;l;rine , &: fur- tout encore une doélrine de
cette efpèce , que refk-t-il à coiiclure ?
Revenons à nos douze grands termes ou mutations. Les
Chinois expriment le feptième par le mot kcou , qui fignifie
la conjonŒon du mâle & de la femelle qui devient enceinte :
cette mutation répond à une partie de juin Se de juillet ;
or c'eft dans le cours de ce dernier mois que la canicule fè
lève , & c'efl ce que les Egyptiens appeloient fo'.tùs , mot
qui fuivant Plutarque fignifioit la grojjcffe d'Ifis , fon union
avec OJiiis , union après laquelle elle devient enceinte : on voit
que c'eil le débordement du Nil qui couvre toute l'Egypte.
Voilà une idée purement égyptienne, à laquelle, ailleurs,
aucune circondance des /îiifons n'amène, & qui par confè-
quent n'a pas été imaginée par d'autres peuples ; <Sc cette
idée , les Chinois l'ont également.
A ce rapport fingulier , ajoutons -en un autre que nous
ofFre le même fyftème. Ofiris mourut coupé en morceaux
par Typhon le 17 du mois Athyr , temps, dit Plutarque,
dans lequel le Soleil pafîè par le ligne du Scorpion : or , chez
les Chinois, la onzième mutation du Yang elt exprimée par
un caraélère qui fignihe couper en morceaux , déchirer , féparer ,
& elle tombe vers la fin d'oélobre & le commencement de
novembre , qui eft le temps dans lequel le Soleil efl au
Scorpion &; où le Nil fe retire: ainfi voilà un rapport bien
marqué, & pour la défignation du fait, & pour l'époque à
laquelle on le place.
Entre ces deux termes, c'eft- à -dire au huitième, qui
répond d.\.me partie de juillet & d'août, les Chinois célèbrent
luie fête qu'ils appellent la Fête des hateaux , autrement Long'
tchuen , bateaux du Dragon : on y voit une foule de bateaux
de toute grandeur , peints & faits en forme de dragons :
ils font remplis d'inftrumens de mufique; les bateliers dif-
putent entre eux à qui ramera le plus vite , & il y a des
DE LITTÉRATURE. 183
récompenfes qui font pendues au bout d'un bâton dans le
milieu de la rivière : les muliciens font tous habilles de
même , & portent des couronnes de fleurs fur la tête. On
célèbre cette fête dans toute la Chine, «Se nous la retrouvons
en Egypte avec de femblables circonflances. Thcvenot rap-
porte que le 14 août, ce qui tombe dans le même temps
que la fête Chinoife, il a vu célébrer en Egypte une fête
qui confifle pareillement à courir furie Nil, avec des bateaux
ornés de figures de dragons : ces bateaux font remplis de mufi-
ciens de toute efpèce; on y difhibue des Prix à ceux des rameurs
qui fe diflinguent. On célèbre cette fête en Egypte tous les ans
à l'ouverture du canal, & lorfque le Nil elt parvenu à la
hauteur nécelîàire pour procurer l'abondance : elle n'étoit
point nouvelle dans ce pays, puifque Hérodote en parle, &
que la delcription qu'il en fait ne diffère point de celle de
Thévfnot. Il nous apprend qu'on la célébroit dans toute
l'Egypte, mais particulièrement à Bubafles, en l'honneur de
Diane : cette Divinité, chez les Égyptiens comme chez les
Grecs, étoit la Di\in?é des femmes enceintes & des enfins.
Les Chinois femblent avoir confervé cette idée , puifque
dans la fête dont il s'agit, ils ont foin de faire baigner les
enfans & de les purger; c'efi après avoir pris ces précautions,
qu'ils les conduifcnt hors de la ville pour voir la fête.
Je pourrois citer encore ici la Fétc des Lanternes que l'on
célèbre lous les ans à la Chine, &. qui eft entièrement con-
forme a celle de l'Egypte. M. de Alairan avoit infiflé fur
celte conformité; le P. Parennin lui a répontln : il (eroit
trop long d'examiner ici cette réponfe qui en impole, mais
qui ne prouve rien. Si je ne m'arrête pas fur cette fête Chi-
noife, que je crois empruntée de l'Egypte, c'efl (jue je n'ai
pu trouver encore f n (|uel temps les Égyptiens la cdébroient,
& que je ne veux employer vians ce Précis cjue ce cjui eft
déterminé.
Si Ici premières obfv.-rvations que j'ai faites furies Élémcns,
fur les Nombres &; fur la Mufique, prouvent que les Chinois
& les Egyptiens avoient une mêiiie dodrine, ces dernières
184 MÉMOIRES
tendent à faire voir que ce font les Chinois qui l'ont em-
pruntée des Egyptiens, puilcju'tlles nous offrent des fêles
accompagnées de circonflances qui n'appartiennent qu'à i'É-
gypte, à Ion climat, au débordement du Nil, & à i'hiftoire
d'ins & d'Ofiris.
V I.
Mais , me dira-t-on , l'Egypte adoroit un grand nombre
d.'animaux; elle en avoit fait les fymboles de fes Dieux &
des hommes conftitués en dignité : c'eft-là un de les carac-
tères dillinélifs le plus marqué, & nous ne trouvons dans
aucune relation de la Chine, rien qui puifîe entrer dans ce
parallèle. Je réponds que fi nos Millionnaires ne nous parlent
point du culte des animaux, c'cfl; que trop admirateurs des
Chinois, ces Mifîlonnaires ont voulu fans doute leur fauver
ce ridicule; mais ouvrons les livres nationaux les plus authen-
tiques, & nous y verrons une foule de Divinités fubalternes,
repréfentées par des figures de fèrpens ou d'autres animaux,
auxquelles on rend un culte ; fi cer ne font pas les Phi-
iofophes , c'elt le peuple. Mais les Philofophes même ont
regardé certains animaux comme des fymboles des Dieux :
arrêtons - nous u\'i moment fur ce fujet , par lequel nous
terminons ce Précis.
Diodore de Sicile, après avoir parié des cinq Élémens
admis par les Egyptiens, &: après avoir ajouté que ces cinq
Elémens divinilés, font Jupiter, Vulcain, Cérès, l'Océan ou
le Nil, & Minerve, dit, d'après les Egyptiens, que ces
Dieux parcourent le monde, tantôt fous une figure humaine
& tantôt fous celle de quelqu'animal ; de même dans un livre
Chinois appelé Lo - kiiig-tou , où l'on préfènte la fubftance
des King , on voit que les Élémens prennent également àçs
figures d'animaux, l'un celle du chien, l'autre celle du bœuf,
un autre celle du bélier , & ainfî du refte ; voilà donc le
même fyflcme. Dans le Chili -y -tien , on aperçoit plufieurs
fortes de fèrpens, des hommes avec des cornes de bélier ou
des têtes d'autres animaux, qui font regardés comme autant
de
DE LITTÉRATURE. 185
de DivîniU'S fubalternes. Quand l'Empereur va faire des
(âcrifices , fa marche eft une efpèce de procelfion : comme
Fils du Ciel, & repréfentant le Ciel, toute la Nature l'accom-
pacriie. On porte un grand nombre d'cteiidards qui repréfentent
beaucoup de Divinités, &i divers objets du culte public:
ttls font les fymboles du dieu du Tonnerre, de celui de la
Pluie, des Élcinens , des Montagnes, des Rivières; leBoilTeau
cclelte ou les fept Étoiles du Nord ; les Planètes , les fignes
du Zodiaque : tous les animaux que l'on porte dans- cette
marche, tiennent à la Religion & font regardés comme des
Génies. On y voit parmi les volatils , le phénix & des
faucons; parmi les quadrupèdes, des lions : on fait que cet
animal étoit honoré chez les Égyptiens. Ces peuples mettoient
à toutes leurs fontaines des têtes de lion , par lefquelles couloit
l'eau ; c'eft un ufage qui exifle encore à la Chine. On porte
auiïî dans celte marche des figures de différente efpèce de
ferpens.
Dans XY-king, Tcheou-kong qui vivoit plus de onze cents
ans avant J. C. & dont le commentaire eft devenu comme
un texte facré, fait du dragon le fymbole du Ciel; de même
chez les Ét/viitiens, cet animal étoit le fymbole de K/n-f ovi.
du premier Principe : Se comme les Cliinois ont établi lur
la terre le même ordre que dans le ciel; que l'Empereur,
nommé Fils <'/« Ciel, eft fon repré/êntant fur la terre, le
fvmbole diftinélif de ce Prince, eft le dragon ou le ferpcnt.
Ce même animal étoit aufh le caractère diftinélif des rois
d'Ét'ypte , & c'eft pour cela qu'Éiéchiel appelle ce Prince
le gniiid Dragon.
Nous voyons fur les monumens Égyptiens , une foule Je
perfonnafes , tous dillingués par des figures d'animaux qu'ils
ncMtent lur leurs tcies : comme le Roi l'étoit p.w celle du
dragon , fcs Miniftres & les Prêtres dévoient avoir également
leurs fymbcjles. Diodore nous apprend que les Ecri\ains
(iicrcs portoienl fur leur tête une bande de pourpre , & la
figure* d'un faucon. Les Miniftres de l'emiiereur de la Chine
font divifés en neuf dalles, &. chaque clafic efl diftinguée
Tome XL, A a
i8(î MÉMOIRES
par une figure d'animal, que tous ceux qi;l font Je celte
clafTe portent en broderie fur la poitrine Se fur le clos : ces
animaux fymboliques font reconnoître fur le champ la dignité
des perfonnes , & impriment le refpecfl qui leur eiï dû par
les inférieurs. Ceux de la première clallè , qui font les
Grands de l'Empire, ont pour marque di(lin<ftive une efpèce
de faucon, que nous venons de voir être le fymbole des
Écrivains facrc's de l'Egypte: ceux de la quatrième clalfe ont
pour fymbole une grue. Cet animal, chez les Égyptiens,
étoit le fymbole de ceux qui s'appliquoient à la connoi(îânce
des aflres Se des météores. En général, à la Chine, les fym-
boles des Miniftres & Officiers de lettres font empruntés des
oifeaux; ceux des Officiers de guerre le font des quadru-
pèdes : enfin , quelques Officiers des temples portent des
plantes , Se particulièrement la mauve , (i vantée par les Anciens.
Il faut avouer que tous ces ufages reflemblent fingulièrement
à l'Egypte.
A tous ces rapports entre l'Egypte Se la Chine, joignons
encore ceux qui fe trouvent entre les anciens caradères
Chinois Se les hiérogliphes de l'Egypte, comme je l'ai prouvé
dans deux Mémoires particuliers ; rapports qui ont forcé le
p. Amiot, dans ces derniers temps, d'avouer que l'on trou-
voit dans les cara<5lères Chinois un dixième de caraélères
Égyptiens ; rapports qu'aucun Miffionnaire n'a o(e contefler
r\\ attaquer : il réfuUera de-là que les Chinois, qu'on nous a
préfentés jufqu'à préfent comme des peuples ilblés, qui ne
tenoient rien des autres Nations, Se chez lefquels on a voulu
même placer le berceau des Sciences Sc dçs Arts , ont tout
çrnprunté de l'Egypte.
DE LITTÉRATURE. 187
RECHERCHES HISTORIQUES
SUR LA RELIGION INDIENNE,
Et fur les L'mes fondamentaux de cette Relie ion l
qui ont été traduits de l'Indien en Chinois,
PREMIERMÉ MOIRE.
EiMiJfcuient de la Religion Indienne dans l'Inde, la Tartane ,
le Thibet èr les IJles.
Par M. DE Guignes.
LA Religion Ijidienne, celle des Samancens, & celle des Lu
Brahmes , fur laquelle nous n'avons encore que des '' ~^j).''"
connoilHinces très-confufes , faute de polTéder, ou plutôt '^
d'entendre les livres dans iefquels (e.s dogmes font renfermes,
eft établie dans la Tartarie , le Thibet & la Chine depuis
environ dix-fept cents ans. On a compofe à la Chine un
grand nombre de livres pour en développer les principes;
&. ces livres ont été faits, ou par des Chinois qui ont em-
brafîc cette Religion, ou par des Indiens qui y (ont venus,
& qui ont traduit en Chinois, d'après la langue Samfcretane,
les principaux livres de leur Religion : ceux-ci font ou les
livres originaux attribués au fondateur de cette Religion,
ou des explications faites dans l'Inde par les Savans de cette
contrée.
J'ai dit que ces livres avoient été traduits de la langue
Samfcretane: on fiit que cette langue eft celle àts \i\\es;
qu'elle eft l.i langue favante du pays, & que peu d'Indiens
aujourd'hui, de l'aveu de tous ceux qui ont voyagé tlans
l'Inde, font en état de l'entendre. Les Chinois, en parlant
de ces Ouvrages, difent feulement qu'ils ont été traduits de
llndicn; mais comme ils ont conlcivé l'alphabet de la langue
A a ij
i88 MÉMOIRES
clans laquelle ces Ouvrages éloieiit écrits , & que cet alpliabet
e(l le Samfcietan , il s'enfuit uccefiairemeiit que ces livres
ont été traduits d'après des originaux qui étoient écrits dans
cette niêine langue. Les Chinois ont nume porté plus loin
leur attention à cet égard : plufieurs Doéleurs de cette Religion
flla-tuoi!-lin, fe font réunis pour compofer un Ouvrage dans lequel ils
liv.crxxyii, tj..,j(ç,^t; fje l'origine des caraélères Indiens, en fept livres;
Se l'empereur Gin-tjong , qui niojita lur le trône l'an 102^
de l'ère Chrétienne , fous les yeux duquel on a fait cet
Ouvrage, eft regardé comme l'auteur de la préface. Je n'ai
pas vu ce Traité, qui a maintenant plus de fept cents ans
d'ancienneté; mais l'empereur lùcn-long , qui eft aéluellement
fur le trône, en a fait publier un à peu-près iêmblable, la qua-
torzième année de fon règne, de J. C. X74.P. Aux caraélères
Samfcretans on a joint ceux du Thibet & des Tartares : on
y donne différens fyllabaires, & des règles pour la leélure
& la prononciation de ces langues ; on y rapporte avec foin
\q$ caraélères Chinois, dont les différens traduéleurs Indiens
k font fervis pour exprimer les lettres Indiennes ; mais ce
qui eft plus important, c'ell qu'on y a joint l'abrégé de la
vie de ces Traducteurs , dont plufieurs font nés dans le
centre de l'Inde : cet Ouvrage que j'ai entre les mains, m'a
été d'une grande utilité.
On voit par -là que les Chinois font beaucoup plus à
portée qu'aucun autre peuple de nous donner de nouvelles
lumières fur l'hifloire de la religion Indienne , & de nous
faire connoître its livres , dont les Indiens font un grand
myflère aux Étrangers. Sous le règne de Vou-ti , empereur
de la Chine, qui vivoit au commencement du vi.^ fiècie de
l'ère Chrétienne, on comptoit à la Chine jufqu'à cinq mille
quatre cents kiuen ou livres concernant cette Religion. \Jn
kiiieii eft une étendue de difcours, qui répond à ce que nous
appelons vm livre dans un Ouvrage hiftorique.
Je ne parlerai point, dans ce Mémoire, de tous ces
Ouvrages , dont un grand nombre me font inconnus , je
me bornçrai à indiquer les Livres fondamentaux & leurs
DE LITTÉRATURE. i8p
principaux commentaires : je ferai connoître leurs Auteurs
ou leurs Traducteurs, & en quel temps ils ont ve'cu. Ces
détails littéraires fe trouveront liés à l'hifloire deletabliffement
de cette Religion dans la Chine : j'y ajoute ce qui efl dit,
d'après ces livres, fur fon antiquité 6c fon étalilillement dans
i'Inde; fon palîàcre dans leTliibet, dans la Tartarie & dans
les îles de l'Inde.
Mon principal but dans ces recherclies, eft de faire voir
que les Chinois n'ont pas été policés par les Indiens, auxquels
on prétend attribuer une grande antiquité; que ce fentiment
n'elt fondé que fur de pures conjeélures , moyen dont on
abufe depuis quelque temps avec trop de hardieffe , pour
établir une foule de paradoxes, parce qu'on ne confulte pas
les véritables fources, & parce qu'on fe livre trop à fa propre
imagination.
Ces recherches feront divifées en trois Mémoires. Dans
ïe premier, après avoir parlé de l'origine 8c de l'établillement
de cette Religion dans l'Inde, & domié une idée générale de
fes dogmes, je palîërai à i'hilloire de Ion établillement dans
la Tartarie, le Thibet & dans les îles de l'Inde.
Le fécond &. le troifième feront deflinés à l'hifloire de
cette Religion dans la Chine, & je ferai connoître les difîe-
rens ouvrages Indiens qui ont été traduits en Chinois; quels
en font les Auteurs ou les Tradudeurs ; & je donnerai un
précis de leur hiltoire.
L
Origine ir htahlijftmem de la Religion Lufienm.
Indépendamment des livres de Religion , qui ont été
traduits en Chinois, on en a fait à la Chine un grand
nombre d'autres cjui renferment des détails iiiftoriques &
géographiques fur l'Inde, le Thibet, la Tartarie 5c tous les
pays vuillns, comme on en a fait parmi nous fur les m«}mes
pays; mais avec cette oifférence, que la Religion Indienne
tluiit établie à la Chiite, il y arrivoit contiiiuelicintat une
ipo MÉMOIRES
foule J'IiKliens très-fâvans ; 6c ces Ouvrages étoîent commu-
nément comporés, ou par des Chinois qui avoient voyagé
dans les Indes, ou par des Indiens même, & traduits en-
fuite en Chinois : ainfi le témoignage des Chinois doit être
d'un très-grand poids, puifqu'il nous prélente ce que les
Indiens difent eux-mêmes de leur propre pays. C'ert d'après
ces autorités, que je m'arrête un moment fur l'élat de l'Inde
avant l'établi Ifement de la Religion actuelle.
Ma-iuon-im, 11 fubliltoit anciennement dans l'Inde, fuivant les Hiflo-
Iw.ccxxvj, j.jgi-,5 Chinois, dilférens cultes; & les habitans qui n'ctoient
pas éclairés, fe livroient à toutes fortes de fuperftitions. Ils
rendoient un culte à l'Eau, au Feu, & aux Serpcns venimeux.
Ces barbares, ajoute-t-on, n'avoient aucun principe de poli-
teffe, de juftice, de fmcérité, ni de fidélité, ce qui rendoiS
leur pays dans^ereux , à caufe des -voleurs & des brigands.
Tel étoit l'état de ces vaftes contrées avant l'établillement
de ia Religion des Samanéens ; c'efl donc à cette époque que
les Indiens ont été civilifés. Ce récit des Chinois eft confirmé
par celui des Indiens , qui eft rapporté dans nos Relations
'Chrljl. des modemes. Suivant M. de la Croze, les Indiens atteflent
Indes, t. II, q^'ijj tiennent toutes leurs fciences des Samanéens. « C'eft
» d'eux, difent- ils, qu'ils ont appris la Poëfie, la Danfe, la
■» Dialeétique , l'Aftronomie , l'Art de deviner par le vol des
j» Oifeaux, la Chiromancie, la Mnfique, l'Alchimie, la Géo-
» graphie, la Peinture, l'Archite(?ture, les Mathématiques, &
» toutes fortes d'autres Arts , jufqu'au nombre de foixante-
Wdip.^tS, quatre. » Plus bas, il répète que les Brahmes reconnoilîênt
que leur culte a fuccédé dans le Malabar à celui de certain
peuple qu'ils traitent de Pdieii, & qu'ils appellent la Nutiori
des Sdwanéens. Il ajoute qu'il refte encore dans les Indes des
livres compofés par ces 3anianéens ; que ces livres font lus
& eftimés des Indiens modernes qui les gardent & les citent
avec autant de foin que nous gardons ceux des anciens
Auteurs Grecs & Romains. Voilà donc les Infiituteurs des
Indiens, fuivant le témoignage des Brahmes, rapporté par
nos Écrivains, &: confirmé par Içs Chinois qui font égalemçuC
DE LITTÉRATURE. ipr
les Samanéens , Inftituteurs de la Religion & des Sciences
dans i'Inde. Il efl vrai que les Indiens parlent à préfent avec
mépris des Sama'-'.cens; mais on verra dans la fuite que cela
ell fondé fur quelques fentimens particuliers qui ont produit
différentes Sentes Religieufes. Peut-être faut-il eiicore attri-
buer ce mépris à la vanité & à l'ambition des Brahmes qui
dédaignent tous ceux qui ne font pas de leur calle ou famille.
En etiet ils paroilîênt de tout temps avoir haï les Samanéens
qui n'étoient que des efpèces de Religieux , de toute cafre
fans difUnélion , pendant que les Brahmes étoient une famille
ou tribu , dont peut-être le plus grand nombre le livroit aux
Sciences. M. de la Croze avoue qu'il n'y a pas une orande Chrîff. dn
difféience entre la doélrine des Brahmes &. celle ties Sama- ,""'! -
iicens. « II ne paroît pas, dit-il, que leur Religion ait différé
de celle des Brahmes, fmon dans l'article important de la «
connoifîànce de l'Etre inhniment parfait ; mais il y a appa- «
rence que, dans les temps anciens, il y avoit des Brahmes «
qui avoient des docftrines différentes : dans la fuite le nom «
de Bnilime eft devenu le nom le plus général des Prêtres & «
Dodeurs de la Religion Indienne. >• J'aurai dans la fuite
occafion de revenir îur ce fujet ; & je conclus lêulement,
d'après les Chinois & les Indiens eux-mêmes, que les
Samanéens font les inventeurs des Sciences dans l'Inde ; «Se
comme l'établilJèment des Samanéens ne remonte pas fort
haut dans l'antiquité, il doit rélulter que les Indiens n'ont
pu civilifer ni iiiflruire les Chinois, les Égyptiens, les Chal-
déens, &c. qu'ainh il ne faut pas placer chez eux le berceau
éiCS Sciences.
Les Anciens ont reproché aux Poètes d'avoir altéré &
corrompu l'Hiltoire : nous pourrions faire les mêmes re-
proches à plufieurs Écrivains qui, dans ces derniers temps,
fe font érigés en Hiftoriens Philolophes. Livrés à leur ima-
gination, ils ofent inventer & lup[)o(êr des fiits, parce que
les fuurccs leur font inconnues. Communément peu verfés
dans l'élude de rAnli(juité, encore moins exercés dans l'art
Je k Critique, ils ne pèfciit point Içs autoiilés, ^ adoptent
192 MÉMOIRES
iîiiis examen tout ce qui paroît convenir à leur lyAcmêi
Après avoir forme la Terre à leur gré , ils y placent les
différentes peuplades, Se fixent le berceau des Sciences,
comme ils le jugent à propos. Suivant les uns, elles font
nées dans l'Inde ; luivant d'autres, en Sibérie vers Selin-'
ginskoi & le lac Paikal , pays où la Nature femble être
engourdie, 8c dont anciennement les habitans étoient plongés
dans la ]>li;s grande barbarie. Tels font les égaremens que pro-
duit l'efprit de fyftème î Parce qu'on trouve acluellement d^ps
ce pays des veftiges de la Religion de l'Inde, on en conclut
qu'elle y a pris nailfance ; que de-l.~i, avec les Sciences, elle
a pafîe dans l'Inde. Mais toutes ces allèrtions halardées s'éva-
nouKîènt lorfqu'on examine l'Hiftoire. Quand les Indiens
difent que leur Religion & toutes leurs Sciences viennent
du Nord, ils entendent de la partie de l'Inde qui efl fituée
au Nord, & non pas de la Sibérie. Les Chinois, d'après ces
mêmes Indiens, attellent unjverfêllement que llndituteur de
cette Religion efl: né dans un vafte pays qu'ils appellent
Tiefi-tfo , qui renfermoit piufieurs royaumes différens : ils
nomment celui où il a pris nailîànce Kia-goeî-goei.
'Md-tunn-Ttn ^^ ne peut nier que le Tieii-tfo des Chinois ne foit ce que
■i,.cccxxxvii-. nous appelons proprement l'Indouflan. La defcription qu'ils
en fojit ne peut convenir qu'à ce pays : elle n'efl; point faite
d'après des rapports vagues; elle efl: tirée de plufieurs Ouvrages
hiftoriques & géographiques concernant l'Inde. Sous les
Han , l'an 125 avant J. C. ce grand pays étoit nommé
Chin-tou , ce qui répond au mot Siiid , nom donné à l'Inde:
on l'appeloit auiTi în-tou , terme plus conforme encore au
mot Indou, On rapporte que la capitale étoit fituée fur le bord
d'un grand fleuve nommé Heng-ho , qui efl: le Gange, comme
on le verra dans la fuite : on appelle encore ce fleuve, fuivant
les Chinois, Kïa-pï-îi-ho ou le fleuve de Kia-pi-lï. Ce nom
paroît être le même que celui de Kiipèle , doinié à un détroit
de montagnes par où le Gange commence à entrer dans
i'Inde. La capitale de ce pays efl voifine d'une montagne
Jont les pointes des rocliçrs noirâtres reffemblent à l'oileau
nommé
i'"^
DE LITTÉRATURE. rp5
ïidmmé TficoH, avec les plumes duquel on garnit les flèches.
Les Chinois ont appelé cette montagne la montagne du mer-
veilleux o'tfeau Tfteou : les Indiens la nommtwi Ki-tou~kio ou
Ki-che-kio , ce qui fignifie la même c\\of^Q(a).
Les Chinois divilent l'Inde en cinq parties :
La première ou le Tien-tjo du milieu, qui eft environne
àes quatre autres.
La féconde eft l'Inde orientale: celle-ci confine partie à
la mer, partie aux pays de Fou-nan & de L'ui-ye , c'eft-à-
dire, de Siam , de Pégou &: autres pays voifins, qui, fuivant
les Chinois, ne font pas de l'Indouftan : cette féconde Inde
doit contenir les pays voifins du Gange.
La troificme eft l'Inde méridionale, qui efl bornce par fa
grande mer : on voit qu'il s'agit ici de la partie où eft le
cap Comorin. /
La quatrième eft l'Inde occidentale, qui confine en partie
à la Perfe &: au pays de Ki-pin , où eft Samarcande, c'eft-à-
dire, à la Bacliiane.
La cinquième enfin eft l'Inde feptentrlonale, bornée au
nord par les montagnes Siue-c/uui ou de Neige. On les
nomme encore Tfong-ling ou montagnes des Oignons: c'eft:
Ja f'rande chaîne de montagnes qui fcpare la Tartarie &: le
Thibet de l'Inde.
C'eft dans <:i:i vaftes contrées que le Légiftateur Indien
a pris nailfance ^ qu'il a cnfeignc fa doélrine : on n'cft
cependant pas d'accord fur le lieu de l'Inde où il eft ne;
quelques-uns le placent dans le Kalchmir ; d'autres à Bcnarès Mcm.dirAc
ou Kafchi , célèbre Univerfité des Brahmes , fituée fin- le ^'""^_^ '
Ganore ; d'autres dans la partie de l'Inde qui eft du côté de Atih„h.Thihit,
\z Baclriane & de la Perfe; c'eft ce que les Chinois -ippellenl'^-^y/,^.^-.,,^
\buk occidentale : en général, il paroit cire ne dans les pays wm. ;//,
de l'Inde qui font au Nord 5c au Nord-oucft ; mais il
prêcha fa doclrine en dilférens endroits.
» — . — — . — ■ — -
(a) Kitou-hio ou Ki-da-kio ell le nom InJien de cet Oifeau : il ed
corrompu par les Chinois.
Tome XL. B b
ifj4 MÉMOIRES
Du temps d'Hérodote, on connoifroit peu les Indes ;
cependant, ce qu'il en rapporte femble confirmer que ia
Religion des Samancens y ctoit ctabiie. H ne fait aucune
mention du nom de ces Philoroi:i!ics ni de celui (.\ç:s Brahmes;
mais il parle d'Indiens qui ne tuent aLicun animal, qui ne
Lh'.iii, sèment point, qui n'ont point de maifons, & qui ne vivent
f.2o2. „^,g ^[g j-ç q^,e Ja terre produit : cette manière de vivre eft
conforme à celle ài^s Samancens. Mais il paroît que cette
Relii-^ion n'éloit pas encore univerleliement répandue dans
l'Inde, puifqu'il fait mention d'autres peuples qu'il appelle
Padéens , ïl^.^ioi : ceux - ci , dit -il, tuciit leurs p a/en s à",
leurs amis, & les mandent, pour leur épargner les peines de la
vieilleffe ou de la maladie; coutume barbare, entièrement
oppofée à la doélrine des Samanéens. Ce n'efi: que depuis
l'expédition d'Alexandre qu'on a connu les Brahmes, & l'on
apprend dans i'hifloire de ce Conquérant, qu'ils étoient
•puidlins du côté de l'Indus, ce qui paroît appuyer le récit
des Chinois, qui placent le berceau de cette Religion vers ia
Ba(flriane.
£>:ped.,rAl(x. Arrien dit qu'Alexandre étant dans le pays àçs Mallï ,
l,vi.f, ny- fit^iji pi-ès de l'Indus, alla affiéger wwt ville dont les Brahmes
étoient les maîtres: elle étoit dans le voifinage de l'Hydraotes^
qui fe jette dans l'Indus. Il y avoit auflî alors des Brahmes
dans tous les pays qui font le long de ce même fleuve, & ce
^Jd.y, /;^, Conquérant en fit tuer quelques-uns dans le pays des Muficani^
vers fon embouchure, parce qu'ils avoient porté les peuples à
la révolte. Ainli les Brahmes qui avoient la même Religion
que les Samanéens, paroilfent avoir été plus particulièrement
établis dans l'Inde occidentale, ce qui peut faire croire que
leur Lcgitîateur a paru dans ces contrées plutôt que dans
celles qui font plus au Sud -eft; & c'eft le (èntiment des
Chinois, qui le font naître dans l'Inde occidentale, voifme
de la Baélriane. Suivant ces mêmes Chinois , il y avoit là
des contrées dont les Brahmes étoient les maîtres. Ces Brahmes»
ainfi (jue les Samanéens, conmie on le verra dans la fuite,
ïui voient la dodrinç dç Fo; mais il y avoit parmi eux plufieur*
DE LITTÉRATURE. 195
TtS.çs, Si tous ceux qu'on appelle Brahmes , n'avoient pas la
même doarine. Le P. Pons place auin l'origine des Brahmes J;'^-/^f
dans le Nord, entre le mont Hlma & la rivière Jamouné, qui y, 220,
eft celle de Delili , d'où il fe font répandus dans toute l'Inde.
Suivant les hiltoriens Chinois, d'après les iivres Indiens,
ce Lcgidateur qu'ils nomment Che-kia-méou-ni , & qui fut j^^/^l"^-'^^^^"'
enfuite appelé Fo ou Fo-téou, naquit dans une année qui ^['^^ ^ *
correfpond à la neuvième du règne de Tclwnng-vang, empe-
reur de la Chine, de la dynaftie des Tcheoii, ou à l'an 6tj8
avant J. C mais fuivant un autre Auteur, cité par le même, Itid.r'Z*
ce Philofophe feroit beaucoup plus ancien , puilque l'époque de-
fa naillànce répondroit à la vingt-quatrième année du règne de
Tiluto-vang, empereur de la même dynaflie : on la fixe au hui
i
époques. Un autre Auteur, dans un Ouvrage tait exprès, qui
renferme l'hilloire de cette Religion dans les premiers temps //,;W.
de ion établillèmeut chez les Indiens, donne la même époque, '"';^'; '"
c'efl-à dire, la vingt-quatrième année du règne de Tchno-viing ;
& il ajoute ([ue depuis la nailTance de ce Légillateur jufqu'à la
première îles années appelées Loiig-hing , de la dynaflie des
Song, qui répond à l'an i 163 de J. C. il s'eft écoulé (\ti\\ mille--
tieu'x cents quatre-vingt-cinq ans, ce qui fait remonter l'époque
<le cette nailîànce à l'an 1122 avant J. C cette diffcrence
d'environ cent ans, ne vient cjue de la variation de la chro-
nologie Chinoife, puifi|ue les deux Hilloriens s'accordent
fui- l'année du règne, &: fur le Prince fous lequel ils font
naître le philofophe Indien. L'Ouvrage que je cite e(t inti-
tule TJùng-jci-ilii-pflu , c'efl-à-dire, Hijhirc (les Jiklcs de la
première Loi: l'Auteur dit dans fa préface, qu'elle a com-
mencé au philofophe Che-kia-niéou-tii ; il fait connbîtré tous
les Philofophes qui font venus après lui, &; indique- ce qu'ils
ont lait. Je ne connois cet Ouvrage que par ce que A'l<i-
tiioii-lin en rapporte : il doit renfermer beaucoup de déiaili»'
cmicux fur la religion liulienuç^
Bbij
CCXXVtt^
jp(5 MÉMOIRES
L'époque que je viens de rapporter , même celle qui
remonte le plus haut; ce (jue j'ai dit de l'état des Indiens,
qui étoient encore barbares avant ia naifîance de ce Philcr-
lophe; ce que j'ai cité de l'Ouvrage dont je viens de parler,
qui place la première loi dans l'Inde fous C/ie-k'ui-riiéoutii,
font des faits qui détruifent les prétentions de nos voyageurs
Européens, fur l'antiquité de la religion Indienne.
'Ma-iuon-Iin, Ce Clie-kia OU Siluikn étoit fils aîné de lana^-fan, roi
lif.ccxxvi, ^^ pays, appelé Kin - goei - goci ; fa mère étoit nommée
Yeou-hïc : on rapporte beaucoup de fables fur là nai (lance.
Le nom C\e Chc-kia eft, fuivant les Chinois, un mot indieu
qui fignilie très-hon ou tiès-viiféricorclieux ( Metig-gin ) ; c'ed
D'iffert.furh le môme perfonnage qui ell appelé par M. Dow Beaff-mouni
*/yr? "'^""' ou Bcas l'infpiié, que les Indiens, dit-il, regardent comme
un prophète & un philofophe, qui compofâ ou plutôt re-
cueillit les p^edes; car ces peuples prétendent que c'elt Bmhma
lui-même, c'eft-à-dire Dieu, qui en créant le monde donna
. , aux hommes ces livres, réputés, fâcrés , pour les diriger. Ce
Becijf- wouiii vivoit, fuivant M. Dow, fous le règne de
JitJis/iicr, diins la ville dHillanapour , vers le commencement
du Cûl-joîtgam ou renouvellement du monde: l'année 1768
de l'ère Chrétienne, répondoit à l'an 4886 de cette époque.
Suivant Abraham Roger, l'année 1635) répondoit à l'an
473 c) de cette même époque ; ce qui concourt avec l'an
3100 avant l'ère Chrétienne ; & fuivant M. Dow, à l'an
3 I I 8. Voilà, s'il faut en croire ces traditions Indiennes,
les plus anciens livres du monde, puifque la Divinité les a
fait paroître à la Création de l'Univers. Mais pouvons-nous
adopter , fans examen , de pareilles idées qui doivent leur
origine à la vanité de ces peuples ! Ce qu'ils difènt des dif^
férens âges du monde, efl ft chargé de fables &; h confus,
qu'on ne peut y ajouter foi. Revenons à des faits moins
fabuleux. Nous avons vu plus haut que le témoignage de
ces mêmes Indiens , rapporté par d'anciens Auteurs Chinois,
eft contraire à toutes ces prétentions dont le peuple peut
être jaloux, mais quç les gens éclairés rejettent. Les Indien?
DE L I T T É R A T U RË. 197
etoîent des barbares vers l'an i 100 avant J. C. comme je
i'ai rapporte : ainfi l'antiquité de leurs livres ne doit pas
précéder cette époque ; & ceci eiï encore confirmé par le
Biïgavûdam , livre Indien dont j'ai parlé dans un Mémoire
particulier. L'auteur de ce livre s'annonce pour cire du
temps des Vèdes : cependant il fait mention dans fou
Ouvrage , de letablifîèment des Mahométans & des Turcs
dans l'Inde ; mais pour couvrir limpofhire, il prend le ton
de Prophète. Devons-nous len croire! Des faits [\ importans
ne peuvent pas être appuyés fur des fables, ni fur des efpèces
de miracles , ni fur des conjeélures hafardées ; il faut des
époques. Les Chinois, d'aprcs les Indiens, nous en préfentent
de' plus circonftanciées qui le concilient avec l'Hiftoire géné-
rale ; il faut nous y arrêter en attendant qu'on nous en offiç
encore de plus fûres, s'il elT: pofTible.
Ce Che-kia, à l'âge de dix-neuf ans, quitta fa famille, &
les prérogatives que lui donnoil fi naiiTance, c'ert-à-tlire, le
'litre de Prince héritier, pour fe livrer à l'étude du Tao , ou
de \ litîelli<^eiice qui régit le monde. Il finit à tienle ans {es mé-
ditations ; enfuite il publia là dod;rine penJant quarante-neuf
ans, 6c vécut en tout foixante dix-neuf ans. Il étoit parvenu
à réprimer tellement (es pallions. Se à acquérir une fi grande
pureté, qu'on lui donna le nom de Fo ou Foto ou Fo-tou,
termes Indiens (]ui, luivant les Chinois, fignifient très-pur;
les Japonois prononcent BmJfa : un petit Didionnaire im-
primé nouvellement à la Chine, qui ne renferme que des
mots concernant cette Religion en Thibétan , en Tanifout.
en Tartare-Mogol & Mantcheou , avec le mot Chinois
correfpondant , rend ce nom par celui de Poud : c'vW le
Bouilhit des Indiens. Ainfi ce Légillatcur tit devenu la Di-
vinité même, en s'idenliliant avec elle, ce qui ell conforme
au l)(ltme Indien.
Clie-l'hi fut expofé, pendant {çs préilications, aux infultes
& aux railltiies de (es contemporains : j l.i fin, fa doi^rine
triompha, &. il eut un grand nombre de difcipits qui lurent
nommés Sciiii^-ntucn ou C/ui-mucii , mot ludiea corrompu
'ipS MÉMOIRES
par les Chinois, qui fignifie caur biciifaifant : ce font ceux,
que l'on nomme dans l'Inde Samanéens. Les Grecs cjui les
•VcAlJlin, ont connus, les appellent de même: Porphyre en parle, &•
les diftingue des Brahmes ; mais il leur donne à peu-près
'Chrijt.des la même Religion. S.' Clément d'Alexandrie dit « qu'il y a.
ff'/i's!^' " '^'^"^ l'Inde deux efpèces de Gymnofophifles ; les uns appelés
» Sdrnianes , & les autres Brapjimanes ; que les premiers font
M à^s Solitaires qui vivent dans une grande auftérité : ils
>» fuivent, ajoute-t-ii, la do(5lrine de Boudha , qu'ils honorent
comme un Dieu. » Strabon en parle aufîi fous le nom de
Strom.Uv,r, Germanes. S.' Clément femble diltinguer les Samanéens qu'il
place dans la Bacflriane , des Sarmanes qu'il met dans l'Inde;
mais il elt confiant que ce font les mêmes Philofophes : on
Mém.del'Ac, peut confulterà ce fujet \q Mémoire de M. l'ahhé Mïguot. On
tomeXXÀl. Yoit par-là pourquoi les Grecs ont diflingué les Samanéens
des Brahmes : les premiers étoient des Philofophes anacho-
rètes, & les féconds vivoient dans le monde. Aujourd'hui
encore ceux des Brahmes qui font appelés Sanjûjfis & Ctui'
vigucul , vivent comme ces anciens Samanéens.
Le nom de Boudha efl: celui que prit Vifc/inou dans une
de fès incarnations; ainfi il paroît être le même que ce Dieu
des Indiens.
Les Chinois nomment encore les Samanéens Scm 8c Pi'
1(0 u ; ceux-ci étoient les plus auflères : il y avoit aulfx des
fociétés de femmes, & celles-ci étoient appelées Pe-kieou-tii.
Quant aux gens du monde qui fuivoient cette dov5lrine, on
les nommoit Yeoii-po-fe , & les femmes Ycoii-po-y , termes
Indiens , mais corrompus par les Chinois.
Nous retrouvons encore dans les Indes ces Pï-kou dont
i.'ti/,i!i,c.2. parlent les Chinois. Dans K Eipur-vedam , il eft fait mention de
quatre états; celui du mariage, celui du célibat, celui des
Sanjafîis, & celui des OiidoiiUis ou Bikouk: on reconnoît
dans ce mot ce que les Chinois nomment Pi-kou. Celui
qui embraffe l'état de Sanjaffi doit quitter pour toujours,
père, mère, femmes & enfans , renoncer à tout, détiuire
toutes iti paflions , &. ne conferver dçs biens de cç mondçi.
DE IITTÉRATURE. i^t?
'flii'un bâton, un vafe pour boire & un morceau de toile pour
fe couvrir: il ne doit plus porter le cordon, qui eft la marque
extérieure des Brahmes; il doit vivre d'aumône fans la de-
inander; ne point s'aireoir pour manger ce qu'on lui donne,
comme s'il ne devoit s'arrêter nulle part : entin l'état le plus
parfait , eft celui de ces SanjalTis qui le font Bikouk.
ï< Ceux-ci, dit ÏÉiour-vedam , doivent regarder tous les
hommes du mcme œil, recevoir indifféremment de tous «
ceux qui veulent leur donner, ne craindre rien de tout ce «
qui peut arriver; n'avoir aucune pafTion , pour ne s'occuper «
que de la connoiffance de Dieu &: de la vérité: ils doivent «
fe préfenter à la porte des gens du monde, recevoir fi on «
leur donne, pafler outre fans murmurer fi on les refufe. Ils «
ne font aftreints à rien à l'égard du manger : ils reçoivent «
de tout le monde & mangent ce qu'on leur donne; mais ils «
doivent s'abllenir de liqueurs enivrantes. »
Cet état le plus parfait, enfeigné par les Vèdes, fuivant
XÉloiir-vetIdm, ell le même que celui qui eft prefcrit dans
les livres des Samanéens, ce (jui me porte à croire que ces
livres font les mêmes que les Vèdes: il elt confiant, comme
on le verra dans la fuite, que la do(5lrine eft la même.
Ces Bikouk ou Pikou , font ceux que les voyageurs Arabes,
traduits par M. l'abbé Renaudot, nomment Bkar. La reftem- Andm. Ktli
blance des deux lettres Arabes irwiK & ni, a occafionné '' '" *
cette meprife de la part des copilles tlu manufcrit; du refte,
ce que ces Arabes dilent de ces Indiens, cil la même cholè
que ce que je viens de rapporter. Abraham Roger parle ;»••»//
aulfi des Oudoutas, qu'il nomme Avadoiihis , les mêmes que
les Bikouk ; «Se il eft d'accord avec ce que je \iens de dire.
Ces Sa.nanéens ont joui pendant long- temps d'un grand
crédit, &. il y a apparence que les Brahmes qui ne vivoient
pas comme eux, en aiu-ont élé jaloux.
Roudha, après avoir prêche la do^lrine pendant quarante-
neuf ans, & avoir fait un grand nombre de dikiples, fe retira
dans la ville de Kicim-ihi- n<i , monta lur uw arbre appelé
Fo-lo-docii , où il relia penuanl d(.ux mois &: quinze jour>j
!ioo MÉMOIRES
& entra enfiihe dans le Nipon ou Niroupon , ce quî fignîfid
en Indien la mort, ou une joie pure Se éternelle: on dit
qu'il fut change en grand dragon céleAe ( b ).
Boudlia n'avoit rien écrit; mais après fa mort, cinq cents
de fes difciples, dont les principaux font Tn-kïa-ye ou Id
yifi-toOT-//», giand Kia-ye & 0-iian, ralfemblèrent tout ce qu'il avoit
?/V, ccxxyi, r • ' I r • • » p n . --i j- •
„ _j, enleigne, le tranlcrivnent , ôc en tirent un corps quils divi-
sèrent en douze Pou ou CLiffes. Les Japonois appellent ces
perfonnages Kasjû'fonsjû & Annan-foiisja : ce dernier mot
paroît répondre à l'Indien S/:njûffi, Plufieurs fiècles après,-
parut un Pouffa nommé Lo-luiii qui composa àts Difcours
dans lefquels il expliqua cette doélrine.
On fut partagé, dès les premiers temps de l'établi (Tement
'de cette Religion, fur les fentimens de Boudha, & il en ré-
fuha deux grandes Sedes ; l'une appelée Ta-tchiiig , 8c l'autrq
Siûo-tchiiig : en Chinois le mot Tching'dgmÇie un char i
conduire, gouverner, monter, degré ; & il répond à lui mot
Indien que les Chinois prononcent Yen. Dans la fuite, il s'en
forma trois; le Maha-ycn , le même que le Ta-îching , ou le
grand Tch'ing : les deux autres ne font pas défignés par leurs
noms Indiens ; mais les Chinois les appellent Tchong-tching
ou Tchiiig du milieu, c'eft-à-dire , le fécond ; & Siao-tching,
c'e(l-à-dire, le petit ou le dernier. Enfin long-temps après, il
s'en établit jufqu'à cinq. Ce fut le Samanéen Ki-kao'yuen qui
Tchmg-tje.iong, f^^itipt q^g (.gla étoit dans le San-tfans ou les trois Trcl'ors ,
-collection de Livres lacres amli nommée.
Le premier de ces Tching eft nommé Iç Tching de l'homme:
Le fécond, celui du Ciel.
Le troifième , celui des Ching-ven : ce font des hommes
parvenus à une grande célébrité.
Le quatrième, celui des Yucn-ki» : c'eil un degré de per-
fedion plus éminent.
(l^J Tien - long - gin - kuei,
" - Le cinquième
DE LITTÉRATURE. 201
Le cinquième efi; celui des Pouffa, perlonnagcs encore
plus accomplis.
On voit qu'il doit être qiieftion ici de diftcrentes doctrines
plus ou moins parfaites , adoptées par ces difFérens États ;
mais, comme je l'ai dit, il n'y en eut dans l'origine que
deux qui ont toujours lubiiflé depuis ; en forte que les mis
fui vent la do(5lrine du grand Tt/ting, & les autres celle du
petit Tc/iing.
Voilà, fuivant les Chinois, d'après les Indiens eux-mêmes,
l'origine des deux grandes Secfles &. des livres de la Relii-ioii
Indienne. Ces livres n ont pas été compolcs par le Fondateur
de cette Religion , & ne font que l'ouvrage de fes Difciples.
Un Auteur Chinois dit que « Boiidha , après avoir examiné
le caraélère des Indiens, en s'y conformant & en le reélitiant, «
parvint à inftruire &; à policer ces peuples, » qui, comme
nous l'avons vu, n'étoient auparavant, c'efl-à-dire, vers l'an
1 100 avant J. C. que des barbares & des brigands. Du refte
les Chinois parlent avec beaucoup de mépris de toute cette
doclrine Indienne, qu'ils regardent comme très -inférieure
à la leur ; & on ne voit aucune preuve folide de ce que
M. l'abbé Mignot a avancé que Confucius avoit été inftruit
dans l'École des Brahmes : il ne le dit que d'après un Auteur Akm.ArVAc.
cité par M. d'Herbdot. tomrWXl.
On didingue cette Religion de Fo en trois époques dilTé- Ma-mcn-lin.
rentes. Dans la première, elle étoit appelée Tciniig-ja, comme
qui diroit la pnmicre Loi : luivant un livre dans lequel on Tchlng-fa-chl-
domie riiidoire île les premiers temps, cette époque a corn- ^"'"*
mencé à la mort de Fo ou Boiulha, & a duré cincj cents ans.
La (êconde efl nommée Siang-fa, la Loi des Figues ou dis
Images : elle a duré mille ans. La troidème nommée Alo-fa,
ou la Loi dcrnicre , doit durer trois mille ans. Or Boudha c(t
né en 1027 ou en i 122 , & il a vécu foixante-dix-neuf
ans ; ainli il cil mort en 969 ou en 10.^3 avant J. C. Voilà
où a commencé la première Loi qui ayant duré cinq cents ans,
a ilû finir vers l'an 469 ou 543 avant J. C. On verra dans
la /iiite (jue les iJi.unois datent de l'an 544, époque qui
lume AL. C c
202 MÉMOIRES
femble être la mcme que ceile-ci. La Loi des Images ou îa
féconde Loi a donc commence en 544, avant Jcfus-Chrifl;
8c comme elle a duré mille ans , elle a fini vers l'an 531
ou 457 de J. C. terme où a dii commencer la dernière Loi
qui lubrifie encore. Mais toutes cgs époques doivent être
placées beaucoup plus bas : fi Boudha n'elt né qu'en 6SS
a"vant J. C. comme le ciit un Auteur Chinois, la première
Loi n'auroit commencé qu'en 609, année de la mort de Fo;
la féconde vers l'an i op avant J. C. & la troifîème vers l'an
8c)i de J. C. Ce feroit à l'hifloire de l'Inde à nous inftruire
comment font arrivés ces difîérens changemens ; mais elle nous
efl entièrement inconnue : on voit feulement par-là que la
Religion Indienne n'a pas toujours été la même depuis foii
origine , & qu'elle n'eft pas au (il ancienne cju'on le prétend,
I I.
IJée générale de la Religion Indietme , èr Réjlexions fiir les
Livres dans le f quels fes Dogmes font renfermés.
Ma-tiwn-lm. Dans cett8 Religion, les. gens du monde qui i'avoient
adoptée , étoient obligés de s'abftenir du menfonge , du
meurtre, du vol, de l'impudicité & des liqueurs enivrantes.
Ces cinq préceptes font encore ceux que les Indiens font
tenus d'obferver. Quant à ceux qui étoient plus particulière-
inent attachés à cette doéirine, & qui embralfoient l'état de
Samanéen ou de Religieux , ils fe rafoient les cheveux & la
barbe , écartoient tout ce qui pouvoit les empêcher de par-
venir à la pureté, abandonnoient leurs familles pour fe retirer
dans des dfhces de Monaftères où ils vivoient paifiblement
enfemble, s'occupant de la prière Se de la purification de leur
cœur. Tels font encore à peu -près un grand nombre de
Pénitens des Indes. Les Samanéens avoienl deux cents cin-
quante préceptes qu'ils dévoient obferver ; mais les femmes
qui embrafîoienl le mciîie état, Se qui étoient des efpèces de
Relif^ieufes , en avoient cinq cents.
Boudha enfeigna que , quoique le eorps fût fnjet à la
DE LITTÉRATURE. 203
tt^lipittce & à kl mort, il y a une ame immortelle ^ui ti'efl
jamais détruite. & qui exijle avant le corps ; qu'en pafint
par une infinité de corps, elle fi purifie, redevient parfaite ,
à- fi réunit à la Divinité. Voilà bien clairement le dogme
de l'Immortalité de lame, & celui de la Mctempfycofe,
admis par les Indiens. Il enfdgna encore que « tout dans ce
monde avoit ia nailHince, fa perfe(5lion & fa dertruclion; «
que la durée de ces trois termes éioit appelée un ficck , en «
Chinois Kie ; qu'avant ce ciel & cette terre il avoit exifté «
une infinité de ces fièclesl, dans chacun defquels il y avoit «
eu des Fo qui avoient publié des Religions; que, dans chacun «
de ces fiècles, le nombre de ces Fo n'étoit pas toujours le «
même; que, dans le fiècle préfent. il y en aura mille; que, «
depuis fon commencement jufqu a Chc-kia . il y en a deja «
eu fept, dont un elt nommé le Fo-Mi-le , auquel on attribue «
des livres, »
Toutes ces idées font admifes par les Samanéens ; mais
ont-elles été propofées par Chc-kia lui-même, ou {^s Dif-
ciples & iti fuccelfeurs n'y ont- ils pas ajouté ? c'eft ce que
j'ignore. Je préfume cependant que cette Religion , plus
fimple dans fon origine, a dÛ dans la fuite être altérée. On
y a fans doute fait ou des additions ou des changemens;
c'eft ce que femble confirmer la divifion que l'on en tait en
trois époques dont j'ai parlé plus haut, en première Loi , ea
Loi des Images, 6c en dernière Loi. Quoique l'on n'explique
point en quoi dans ces trois époques elle dilféroit, il efl:
Yraifeniblable que dans la féconde, qui a dû commencer vers
i'an 4*R) ou 544 avant Jéfus-Chria, on s'ed livré davantage
au culte des Images : alors on aura compofé des livres pour
expliciuer les plus"^ anciens, conformément au nouveau culte;
êc il n'c'fl pas rare, dans ces circonftances , que les partifans
de la nouvelle Religion en compofent en fecret , & qu'ils
ies attribuent au premier Légiflatcur, comme dans la fuite on
aura pu lui attribuer encore des livres dont les Auteurs étoient
inconnus. D'ailleurs les Indiens font a(I« dans fufage d'attri-
buer à la Divinité leurs livres relit^ieux,
G c ij
io4 MÉMOIRES
Suivant la clodiine de ces Samanéens , après cette dernière
loi, tous les hommes feront plonges dans l'ignorance; la
religion de Fo ne fubddera plus; on ne commettra plus que
des ciimes, & le cours de la vie humaine fera très-abrcgt- :
cet clat durera environ ci)iq mille ans; al(;rs les hommes
naîtront le matin pour mourir le foir. 11 arrivera enfuite un
grand feu, des vents impétueux & un déluge, qui détruiront
ce monde: bientôt après paroîtra une nouvelle génération;
les bonnes mœurs &: la fmcérité renaîtront, c'eit ce qu'on
appellera le Petit Jiccle : il y en aura plufieurs qui fe fuccé-
deront, & dans chacun d'eux il naîtra un Fo.
On admet dans cette Religion quatre degrés de perfedion,.
& c'eft Fo lui-même qui les a enfeignés :
Le premier eft le Siu-tn-tan.
Le iecond eft le Su-ta-che.
Le troifième eft le 0-na-che.
Le quatrième eft \0-h-han (c ).
Ceux qui font parvenus à ce quatrième degré, dît l'auteur
Chinois que je copie, ne font plus embarrafles, ni par la
fortie, ni par l'entrée; ni par la naiirance, ni par la mort;
ni par l'aller, ni par le venir; ni par le caché, ni par le ma-
liifefte; mais ceux qui peuvent parvenir au-de(îus de \0-
lo-han , font nommés Pou-fa : ils voient alors très-clairement
la nature de Fo ou de la Divinité, Ôc font parfaits dans la
loi. Nous apprenons, par les Relations, que les Pou- fa font
regardés comme autant de divinités auxquelles on rend un
culte.
Je ne fîniroîs pas û je voulois expofêr ici tous les principes
de cette Religion , faire connoître toutes les différentes feétes
qui fe font établies , en quoi elles différent les unes des
autres; ce tiavail fèroit immenfe, & il nous manque encore
beaucoup de fêcours : ce que j'ai dit fufiît pour nous faire
{cj Tous CCS noms font indknî, mais corrompus par les Cliinoij.
DE LITTÉRATURE. 205
voir qu'elle eft née tians l'Inde. De plus, en rendant compte
de diffcrens ouvrages Indiens traduits en Chinois, j'aurai
occafion de parier de diffcrens points de cette Religion.
Nous n'avons aucune idée exacle &; prccile des livres qui
dans l'Inde font regardés comme les livres (Iicrés de la Reli-
gion , je veux dire des Vèdes. Abraham Roger fait des P^s' SS'
quatre Vèdes un feu! corps de doifirine: " le premier, dit-il,
ou le Rogou-vedam , traite de la première caufe, de la première «
matière, des Anges, de l'ame, de la récompenfe des bons «
& de la punition des méchans ; delà génération des Etres &. «
de leur corruption; du péché, & comment il peut ctre par- «
donné. Le fécond, ou K Eipur-vcdam , traite des fupérieurs «
ou gouverneurs, auxquels ils attribuent la domination fur"
toutes chofes. Le troifième, ou le Sama-vcdam , elt toiit-à- «
fait moral. Le quatrième, ou XAdharvana-vedam, traite àt% «
cérémonies, des fêtes, &c. » ce dernier efl; dit -on perdu.
M. Dow dit à peu-près la mtme chofe fur ces quatre Vèdes.
Selon le P. Pons, les Brahmes ont leur Religion à part, Ltitr.Êdif,
qui efl inconnue au peuple, quoiqu'ils foient les Miniflres '""'' '*'^*^^'
de la Religion populaire: chez ces Brahmes, les quatre ycda m
ou Bcd, font d'une autorité divine. Ces Brahmes font par-
tagés en quatre feJIes , dont chacune a fa loi propre : le
fioukoit-vcdcim , ou, félon la prononciation Indienne, Rcc-bcd,
Si le Y.ijour-vedtim ( c'cfl K Eipur-vedam d'Abraham Roger ),
iont plus fuivis dans la péninfule entre les deux mers ; le
Saiiui-vcdcim èc Adharvoua-vedam ou Brahma-vcdam , dans
le Nord. D'après cela, il efl vilible que, félon ces MilHoii-
jiaires , les quatre Vètles femblent ne devoir pas former un
feul & même corps de do<5lrine, puifqu'ils ne font pas géné-
ralement atloptés: de même, ils ne peuvent j^as contenir les
cérémonies tie la Religion du peu]>le, puifqu'il eft défendu
lie les lui communiquer, &. que d ailleurs ils appartiennent
à la doélrine fecrète <[ui n'admet point toutes ces cérémonies;
car, dans l'Inde, il y a deux docTrines, l'une extérieure,
qui crt l.i Religion du peuple; l'auiie inlériciue, qui efl celle
^t'i Pliilufophvs. Ou coiuiçiil aulîi, aflu géucralcmçnt , quç
'■es ^, 2}J,
5o<î MÉMOIRES
Y AMaivûna-vcJam , auquel le P. Pona Joniie encore le nom
de Bmhma-vechim , efl perdu : il ctoit fiiivi dans le noixl de
riiule, d'où cette Religion a palfc à la Chine. Or, parmi le
grand nombre de livres Indiens qui ont été traduits en Chi-
nois , il en exilte w\\ qui efl regardé comme la bafe de cette
religion Indienne, 5c qui porte le titre de livre de Brahma:
il e(l à la Chine le livre le plus important de cette Religion;
on en a fait pkiheurs tradudions , & wwq infinité de com-
mentaires. Ce livre me paroît devoir être le Brahma-vedcun ,
qui elt perdu dans l'Inde; mais Je fuis tenté de croire, pour
i^QS raifons que je développerai dans la fuite, qu'il doit être
différent de KAclharvana-vcdam: d'après cela, on peut foup-
çonner que tous les Vèdes doivent fè retrouver à la Chine.
Dans la féconde partie de ce Mémoire, je ferai connoître
ce livre de Brahma , & plufieurs autres qu'on a eu beaucoup
de peine à communiquer aux Chinois, à caule àç,s lèrmens
qu'on avoit faits de les tenir fecrets. Ce que le P. Pons
ajoute, eft conforme à ce qu'on lit dans ces livres : « Autant
» que j'en puis juger, dit-il, par le peu que ')q\\ ai vu, ces
» Vèdes ne font qu'un recueil de différentes pratiques fuperfli^
» tieufes, & fouvent diaboliques, des anciens Ric/ii ou PciiiL us ,
n & Mouni ou Anachorètes : tout efl affujetti, & les Dieux
s> même, à la force intrinsèque des (âcrifices &L des mantnmt ;
ce font des formules facrées dont ils fe fervent. « C'eft efîèc-»
tivement ce que je trouve dans les livres Indiens traduits eia
Chinois, & fur-tout dans celui de Brahma.
'Lair. Éa:f. La langue Samfcretane, dans laquelle font écrits ces Vèdes,
!m.xxvi, 1^ £q j. ancienne. « Probablement, dit le P. Pons, c'ctoit la
» langue vivante dans le pays habité par les premiers Brahmes;
» mais , après bien des fiècles , elle s'efl infenfiblement cor-
» rompue , au point que le langage de ces livres efl fouvent
» inintelligible aux plus habiles Indiens, qui ne favent que le
'IhîJ.t.XXI, Samfcretun fixé par les grammaires.» Tous les Miffionnaires
H' :^f^' conviennent de ce fait : j'ajoute que c'efl dans cette langue
que les livres Indiens, traduits en Chinois dans les iii.^ iv.%
y.^ & Yi.^fièclçs, étoient écrits; les Chinois en ont confervé
DE LITTÉRATURE. 207
îe caradcre, ainfi que les formules Indiennes ou ces Mantrdm
dont parle le P. Pons.
D'après les Vède?, on a compofc le Dharma- chap^ram , Leur. É.nf,
qui contient la pratique dts différentes fecles , les rits de '""^ :^^' ■'<
toute efpèce, les cérémonies Se les loix pour iadminillraîion
de la Juftice : voilà la Religion vulgaire, dans laquelle on a
perfonnilié tous les attributs de la divinité; & l'on admet
îes fables les plus abfurdes que le peuple croit , & que les
Phiiolophes lui enfcignent , quoiqu'ils n'en croient rien ,
n'admettant qunin feul Dieu, l'ame de l'Univers répandue
par-tout. Mais ces Brahmes eux -mêmes font divifés en fix
principales Seéles ou Écoles philofophiques, diflingiiées cha- lild.p.^^p,
cune par quekjue (entiment particulier fur la félicité &. fur les
moyens d'y parvenir : ce font-l;i les motifs des divifions qu'il
y a eu à la Chine parmi les anciens Samanéens.
Outre ces fix fêcles, il efl encore fait mention de deux
autres, \'A^ûma-cli(iflmm & le BaiiAdamatluim , qui font
autant d'héréfies oppofées au -Dlunnui - c/iûflnirn. Ceux de
YAgwuûin n'admettent point de différence de conditioji parmi
les hommes , ni de cérémonies légales : on les accufe de
magie. Les Boutihiftes, ou feclateurs de Boudha, font accufés
d'Athéïlme, (Se n'admettent de principes de nos connoif-
/ânces que nos fèns. Le P. Pons dit que les Agamiftes fort
de la fccle des peuples du Moha -fin ou grand S'in , qui
comprend tous les royaumes au-delà de la Perfê , vers
l'Orient: les Bonzes de la Chine, les Lamas du Thibet,
font Boiidhifles ; mais toutes ces opinions ne font nées que
fucceffivement. Dans l'origine , il n'y avoit que iSatuy. feeles
fondées fur les mêmes livres ; & toutes ces leéles devinrent
ennemies. L'école de Nsaydin, c'efl-à-dire, nvfon . jugement,
qui (è livra beaucoup à la logique, fut celle qui perlécuta le ll'id.i'.s^j,
plus les Boudhides : les feélateurs firent faire de ceux-ci \\\\
mafficre horrible dans plufleurs royaumes. Un de ces Philo-
fophcs de l'école de Nyayam, qui s'étoit le plus dillingué
tians celle perféculion , pour fe purifier ilc lant de fang
qu'il avoit fiit répandre, le brûia en cérémonie à Jagannatb,
fur la tôle d'Oritha,
2o9 MÉMOIRES
Cimjî.des JVI. cle la Croze dit qu'il paroît, par les livres des Samà-
Imks, t. Il, , , . * ' , n i.n .1
p, i2y, ncens, cjli on trouvoit encore de ces Baiidilles il y a cinq
cents foixante ans fur la côte de Coromandel. Il efl confiant
par les Chinois , comme on le verra dans la fuite , qu'eu
p66 de J. C. l'Inde étoit encore remplie de Samanéens;
qu'il y avoit mcme dans ce pays beaucoup de temples pour
les Chinois en particulier, &: que la religion Indienne ctoit
la même dans l'Inde qu'à la Chine. En général, il paroît
que c'efl: plutôt le nom des Samanéens que leur doélrine,
qui aura été détruit dans l'Inde, puifque paK-tout, pour le
fond, c'efl: la même Religion qui s'efl: partagée fuccefTivement
en différentes fecfles : peut-être que dans llnde, le nom de
Samanéens fera refté plus particulièrement à une de ces fe^ftes
qui aura été détruite.
Il faudroit avoir ^qs Mémoires plus étendus, foit Je
rinde, foit de la Chine, pour connoître & diftinguer ces
<Iifférentes feéles. Les Chinois, en pariant en général de cette
Religion, le contentent d'appeler du même nom de Seng & de
Samanéen , tous ceux qui fuivoient la religion Indienne, parce
que toutes ces feéles partoient d'une même fource. Ce qui a
pu augmenter chez les Indiens la haine pour les Boudhiftes,
ç'efl: que cette Religion s'étant répandue par-tout, les peuples
du Thibet, de la Tartarie & de la Chine, ont ceffé de recon-
noître les chefs ou pontifes Indiens, pour s'attacher au grand
Lama: mais il efl: conft;ant, je le répète, que les Sanjaffis, les
Avadoutas , & les autres Pénitens des Indes , ont encore à
pré/ênt la même doéîrine que les Samanéens.
J'ai dit plus haut que les Indiens , d'après le témoignage
cité par les Chinois, n'ont été policés que vers l'an 1027'
ou I 122 avant J. C. je dois ajouter ici que cette époque
efl à peu-près la même que celle qui réfulte de l'examen que
j'ai fait d'un livre hidien intitulé Baga-vadam , dont fa
Ménuârl'Ac. tradudion avoit été envoyée à M. Bertin, Miniitre & Secré-
p-j'ii. ' ^^^"^^ d'État. L'auteur de cet Ouvrage y efl: fuppofé vivre
vers le commencement du monde, &: être contemporain
de l'auteur des Vèdes ; mais en examinant différens évènemens
(^ui
DE LITTÉRATURE. 20c,
qui y font rapportés , & qui ne peuvent être que biea
poftcrieurs à cette époque , il réfulte que la fondation du
royaume des Indes ne va pas au-deià de mille à oiue cents
ans avant Jéfus-Chrifl: fous Pancchitou ; ainfi le Légiflateur
Che-kia ou BouAlia feroit à peu-près du même temps : or
avant cette époque , l'Egypte , la Chaldée , la Phcnicie ,
étoient policées , &: l'on y cultivoit depuis long-temps
les Sciences.
D'un autre côté, l'Inde a été connue de très-bonne heure:
de tout temps elle a excité la cupidité des Nations étrangères
qui fe font livrées au Commerce. Aulfi-tôt que les Romains
furent maîtres de l'Egypte, ils allèrent aux Indes. Avant eux
les Grecs , fous les Ptolomées , firent le même commerce.
Séleucus Nicator maître de la Babylonie, enleva à Sandro-
cottus roi des Indes, plufieurs Provinces, &: les fuccefleurs
dAlexandre dans la Baclriane pou(sèrent leurs conquêtes le
long de rindiis. Darius avoit tait auparavant la même choie,
& avoit envoyé une Hotte fur ce fleuve. Nécao loi d'Egypte
en avoit envoyé une par la Mer rouge, qui fit le tour de
l'Afrique. Suivant Arrien, au commencement de ks huîiques,
les pays voifins de l'Indus avoient été fournis aux Alîyriens.
Nous connoKlons les grandes navigations àts Phéniciens,
celle des flottes de Salomon, & la dilperfion Ath Juifs dans
toute lAfie. Il eft néceiîiure de fe rappeler que ceux des
Indiens qui ont été les premiers policés , demeuroient dans
le Nord Ôt dans le voidnage de l'Indus , pays où toutes les
Nations dont je viens de parler , fe rendoient plus faci-
lement ; ainfi ces Indiens ont dû profiter du commerce
qu'ils pouvoicnt avoir avec elles.
On ne peut pas dire que la Religion Indienne , telle
qu'elle efl à prclènt , n'ait pas foufiert des changemens &
des altérations confidérables. Les trois époques que j'ai citées,
j)rouvent que pendant cinq cents ans elle a été plus fimple :
<|u'après ce temps, Se vers l'an 544 avant Jéfus-Chrill elle
a (oullert (|uel(jiic révoliiiion ijui a formé une autre ép<>(]ue ;
c'eft à peu-près le temps des grandes conquêtes de Cyrus.
Tome XL, D J
210 MÉMOIRES
Le commerce avec toutes ces Nations a pu produire ces
changem.eiis. En effet on trouve des vefHges de la Religion
Perfanne dans celle des Indes. Les Miflionnaires ont égale-
ment aperçn dans la Mythologie Indienne, des tiaits qui
paroilîent empruntes des Juifs & même des Chrétiens. Sans
les adopter tous , il faut avouer qu'il y en a (jui paroilîent
mériter attention ; tels font ceux que le P. Bouchet expofe
Lettr.ÉMf. dans une de fes Lettres à M. Huet. Les Indiens ont cgale-
lomelX.p.i. j-peiit; p^i emprunter des Grecs, puifqu'on a trouvé dans la
Langue Samicrétane des mots grecs & lalins.
Il,!d. t. XXVI. Le P. Pons rapporte d'après les Indiens, qu'un Grec qui
V-^iS* voyagea autrefois dans l'Inde, où il apprit les Sciences des
Brahmes, leur enfeigna, à fon tour, une méthode d'Altro-
nomie ; & afin que (es dilciples en fîlîènt un myllère aux
autres ( c'eft le cara<5lère des Indiens de tenir leurs Sciences
cachées ) , il leur lailîa dans fon Ouvrage les noms grecs ô^ti
planètes , (\ts fignes du Zodiaque , & plufieurs termes ,.
comme celui A^hiora, vingt-quatrième partie d'un jour, celui
de Ketulrah , pom" défigner un d/itre. Le même Miffionnaire
ajoute que le Raja-Raefuig qui vivoiî de Cmi temps, avoit
fait traduire fous fon propre nom les Tables de M. de la Hire;
ce qui dans la fuite fera regarder ce Raja, dit-il, comme un
grand Aftronome. C'eften efièt l'idée qi;e quelques voyageurs
peu infh-uits de ces anciennes communications, fe font formée
des Aih'onomes Indiens. Les Grecs éîoient répandus de tous
côtés le long de l'Indus fie dans la Baéniane. J'ai dit ailleurs,
& il eft nécelfaire de le répéter ici , que les Arabes avoient
porté dans les Indes les Ouvrages d'Ariftote, & les avoient
enfeignés aux Indiens : ce fut Al-Biroitni qui demeura long-
temps chez eux ; il vivoit vers l'an io2p de J. C.
Il réfuite de-là que Qts peuples ont beaucoup profité àt%
eonnoilïïmces qui leur ont été communiquées par les Étran-
gers , & qu'ils le les font tellement appropriées , qu'elles
Semblent avoir pris naiffânce chez eux : ainli on ne doit pas
être furpris de trouver dans l'Inde des veiliges du Judaïlme ,
du Chridianilîne, du Magifme, Sccv
de l'Acéitù
DE LITTÉRATURE. 211
Quant au Fondateur Che-kia ou BouSa a-t-il imaginé
fa doari,.e de lui-même, ou i'a-t-il pi-ife ailleurs ! Ceft
ce au'il nVft pas aifc de décider, faute de monumens. On
poufroit encore demander s\\ ett l'auteur des Livres qu on
lui attribue . ou plutôt fi les Livres que^ fes difciples on
compofés d'après ^^' Difcours. puifqu il na r.en «^ci't, ont
lautl^enlicité qu'on leur donne. Quelbon audi einbarraflante
que la premiie ; on Hiit que la plupart ^^^s Nations font
illoufes de remonter à une haute antiquité : les Indiens
fur-tout ont porté celle de leurs VèJes aux temps qu ils
amènent à la nailTance du Monde . & ils les attribuent a
Brahma. Mais écartons ces faibles , pour nous en tenir aux
époc,ues que fai indiquées, c'eft-à-dire , à celles qui tomben
vers l'an . . 00 avant J. C. quoiqu'il lefte encore des doutes
à ce fuiet. & que pour les établir il faudroit d autres monu-
,nens. Je ne veux pas me livrer à de liniplcs conjeca.res.
M. le Gentil . dans Ton Mémoire fur I InJc , dit que - les ^ ^.^^^^
Timouls qui habitent fur la côte de Coromandel , iont on- « ,/„.,.,>„,.
Kinaires du Tanjaour & du Maduré ; qu'ils fe Iont répandus « -^;_,^
le loncr de la côte du Caniaie & dans 1 intérieur des terres, « //..,.„„>.
& remlus maîtres du pays. Les habitans de ces contres - r- '7"
vivoient dans les bois, & à la manière des brutes. Les la- «
mouls les forcèrent a quitter cette manière de vivre . 5c les «
civilisèrent: ces Tamouls alfurent qu'ils tiennent des Brahmes «
i'Aftronomie & leur Religion aduelle . & qi^e ks Brahmes -
font venus de la partie du Nord dans le Tanjaour & e •<
Maduré : » ce qui s'accorde avec ce que nous venons de
rapporter que les Brahmes étoient établis dans le Nord oe
l'Inde. & que la partie méridionale de cette contrce na clc
policée que plus tard. .« Ces Tamouls, continue M. le Gentil,
ne peuvent dire ni dans quel temps, ni de queHe partie du .<
Nord précifément. ces Brahmes font venus. Ccft, a^u ent- «
il.s. par leur élocpience & par Ict.r aullcriié, que les Brahmes «
font parvenus à renvcrfer le culte c,u'on rendoilau dieu Boauih , «
& à chader fes Minières. » Ce dieu Buouth eft le BouJu, des
Samanécns. Ou voit qu'il ne s'agit ici que de expuK.on de
Dd If
212 MÉMOIRES
ces Samanéens , ce qui ne doit pas lemoiuer bien haut ; &
probablement il faut diftinguer iarrivée des Brahmes, de celte
e.xp'.ilfion qui dc;it clie plus moderne.
L'anivée des Brahmes dans le Maduré & le Tanjaour,
félon les Tamouls , n'cfl: pas bien ancienne ; mais ils n'en
domient pas icpoque. Ils conviennent feulement qu'il y eut
inie réforme dans l'Altronomie, fous le règne d'un Roi qu'ils
nomment Salivagcna ou Salïvaganam , qui, d'après les calcula
donnés, efl: mort l'an 78 de J. C. On ne dit pas fi ce Prince
étoit Tamoul ou Brahme : cette époque efl auffi fameufe
dans l'Inde. parmi les Tamouls, que celle de Naboiiajjar l'efl
chez les Chaldéens. C'efl peut-être dans ce temps-là que
ces peuples du midi de l'Inde ont commencé à être civilifés,
en recevant de ceux du Nord les Sciences & la Religion.
Mais on ne peut rien atfurer pour les temps antérieurs, ni
rien conclure fur l'antiquité de l'Aflronomie parmi eux. Ou
voit feulement par-là que toutes les Sciences des Indiens leur
■viennent du Nord.
C'efl ainfi que la Religion Indienne née dans le Nord, fè
répandit fuccefiivement dans toute l'Inde ; mais elle n'y refla
pas concentrée : elle pafîà dans les pays voifins , dans les îles
de l'Océan Indien, dans la Tartarie, dans leThibet, dans la
Chine Se dans le Japon, où elle s'établit fi folidemcnt qu'elle
y fublifle encore. L'Hifloire de cet élablifîèment, autant que
nous pouvons la former d'après des monumens fûrs & e.xaéls,
efl digne de notre attention : elle contient des faits fmguliers
qui nous font inconnus. Je vais donc \ts rafîèmbler , en
me renfermant cependant dans les temps qui précèdent nos
voyageurs modernes. II efc extraordinaire que les Chinois
nous fervent de guides dans ces recherches, & nous four-
niffent tant de détails ; c'efl ce qui doit no\is rendre précieufè
cette Littérature.
I I f.
ÏLtahl'ijfement de la Re/}g'io?i Ind'ienne en Tartarie.
La Tautauie par laquelle je commence, a toujours éti
DE LITTÉRATURE. i i 3
habitée par des peuples Nomades , ou par d'autres encore plus
barbares qui pouvoient à peine fe mettre à l'abri de la rigueur
de leur climat. Ceux qui veulent que le berceau de toutes
nos connoiirances ait cté vers Selinginskoi Si le lac Paikal,
ne peuvent produire aucun monument pour ctayer une con-
jeClure fi peu vraifemblable. Anciennement les peuples de
ces contrées, au lieu d'écriture, fê Tervoient de quelques /^/?.^/«f/t,w,
}:>etits morceaux de bois qui dcfignoient différentes choies, '■•'^'^' ■'^■''
îiiivant l'ordre 6c l'arrangement qu'on leur donnoit : ils n'é-
toient vêtus que de peaux de cochon : d'autres n'avoient
aucune connoiflhnce de l'écriture ; &: en effet il n'exige lliJ.i>. 1^.
aucun monument hiltorique de ces anciens peuples ; Si. fi
quelques Tarlares ont écrit dans ces derniers temps , c'tfl
qu'ils demeuroient ou en Perfe ou à la Chine. Comment
pouvoir fuppoler que des peuples fi barbares vers l'cre Chré-
tienne , Si. qui le font prefqu'encore , aient tellement cultivé les
Sciences plus anciennement , que ce foit de chez eux qu'elles
ih font répandues dans le refle de l'Univers? Je lais qu'on peut
m'objecfler l'état actuel de l'Egypte ; mais ce pays même nous
préfente par-tout des vefliges de fôn ancienne (plendeur, aitel-
tée d'ailleurs par l'Hiffoire , ce qu'on ne peut pas dire de la
Tartarie. On croit que des ruines de villes qu'on y trouve, (ont
d'anciens monumens de ces peuples ; mais ce ne font que
les refies de quelques fortereifes que les Chinois y ont fait
confhuire anciennement. En général, les Tartares, par les
conquêtes frécjuentes qu'ils ont laites dans la Chine, ont été
à portée de fe livrer aux Sciences : ils l'ont fait pendant qu'ils
ont été les maîtres de ce pays : ils fe font policés ; mais ils
n'en ont pas été plutôt chafîés , (]u'ils font rentrés pour ainfi
dire dans leur ancienne barbarie ; tant leur climat paroit
peu propre aux Sciences. Les Schammans qui vivent chez Hid. gMal,
les Tongoufes de la Sibérie , & que ces peuples confultent ''!,"'^
plutôt comme (\*i$ Sorciers que comme des Prêtres, ne (ont
<|ue des dedciKlans tle (juclques Samanéens (jui y font venus
de la Chine ou de l'InJe , tx. (jui conkrvcnl à peine des
■vcUiges de la Religion Indienne.
214 MÉMOIRES
En gcnéral , nous ignorons dans quel temps cette Religion
a pafFé dans la Tarlarie, mais ce doit être avant Jcfus-Chrin:,
au moins pour certains endroits de cette grande contrée. H
ei\ confiant par les Hiftoriens Chinois, qu'elle ctoit établie
de très-bonne heure dans la partie méridionale de laTartarie,
du côté de la Badrianc & au nord de l'Indus. Nous n'avons
pas, fur la Tartarie , de monumens qui nous inftruilent en
détail de ictabli(îêment & du progrès de cette Religion :
je ne puis que raiTembler ici quelques faits épars dans les
Hiftoriens Chinois ; ils font fuffifans pour nous apprendre
qu'elle y a pénétré autrefois.
Ma-won-Hn. Il fubrifloit du tcmps des Han, deux cents ans avant J. G.
f.T^yùh'."' une Nation Tartare qui habitoit vers So-tcheou Si. Cha-tcheou,
fur les frontières occidentales du Chen-fi ; on la nommoit
en Chinois Yue-chï, c'eft-à-dire, Race de la Lune. Vers l'an
162 avant J. C. wn Roi des Hiong-nou , autres Tartares
plus (êptentrionaux, battit cette Nation qui fut obligée de
k /au ver vers l'Oueft. Ces Yue-chi parvinrent înfenllbiement
jufque dans la Baélriane & fur les frontières de la Perfê,
s'emparèrent de tous ces pays, & devinrent très-puifFans ;
ils étendirent même leurs conquêtes jufque dans les Indes,
le long de l'Indus. Ce font-là les Indofcythes dont il e(t
.parlé dans les Auteurs Grecs : ils fe divisèrent en plufieurs
peuples qui formèrent differens royaumes. Us étoient établis
dans tous ces pays , lorfqu'un Général Chinois nominé Tchaiig-
kien paf]à l'an i i 5 avant Jéfus-Chrifl dans la Baélriane. On
n'a aucun détail fur ces grandes révolutions de l'Ahe ; &
fans les Chinois, nous n'aurions pas même ces indices. Ces
conquêtes des Yue-chi dans l'Inde ont dû les mettre à portée
de connoître la Religion Indienne , & de la faire connoître
aux autres Tartares.
Vers le quatrième fiècle de l'ère Chrétienne, ( je ne puis
indiquer que vaguement cette époque ) des bandes àçi Yue-
chi étoient alors gouvernées par un Roi que les Chinois
nomment A7 70-/0 , prince brave qui eut des guerres fréquentes
à foutenir contre les Khans des Tartares Joui-joui , alors
DE LITTÉRATURE. 215
maîtres des pays voifins de rirtifch. Ki-to-lo toarna enfuite
lès armes du côlé de l'Inde, & loumit cinq royaumes de la
partie du nord de cette contrée. Il avoit lailFé Ton fils dans
fon ancien pays que ;e prcfume être aux environs de Kafchgr.r,
de Khoten, & plus au Non!. On appela les habitans de ce
pays, les petits Yue-chi, pour les difUnguer des grands, qui
avoient paflc dans l'Inde. Les Chinois rapportent que, dans le
pays occupé par les petits Yue-chi , on fuivoit la Religion de Fo
ou de Boudiui , & qu'il y avoit wnt pyramiile ou pagode de
Fo, qui avoit trois cents cinquante pas de circonférence, ^i.
quatre-vingts Tclum^ de hauteur*. On comptoit depuis que
cette pagode avoit été bâtie, jufcju'à l'an 550 de J. C. huit
cents quarante-deux ans : aind l'épocpie de ia conitruélion doit
remonter vers l'an 288 avant J. C. De-là nous devons conclure
que dès-iors la Religion Indienne , même avant le palîàge des
Yuc-clii , étoit établie dans cette partie de la Tartarie.
A l'occident de Khoten, & le lony de l'Oxus, il y avoit Mu-reo».^-,!,
-, . , , r • ^^ ^ "^ .• lit. cccxijyni,
Une autre Nation nommée Je-ta ; ce font les Gctes : elle/'.//,
ctoit compofée de différentes hordes ou tribus des grands
Yue-chi , éc de cjuelcjues-unes des /gours : elle s'étendoit le
long de la montagne Km-chan ou Iiuciiis. On obferve qu'il
y avoit dans ce pays beaucoup de temples &: de pyramides
ou tours de la Religion Indienne, c'eft- à-dire, de Boudiut.
Ces peuples étoient trcs-puilians, & /ublilloient encore dans
ies 111.'^ &: IV.'' litcles de l'ère Chrétienne. Au commencement
tlu VI.' fiècle, un Samanéen ou Religieu>^ i\ç' BotuJ/ui , que
Huio-ming-ti Empereur de la Chine, de la dynallie des Coei,
avoit envoyé pour chercher des livres de la Religion Indienne,
])arcourut ce pays des Gètes , où il trouva beaucoup de
iJanianéeiis.
Celte Religion avoit également pénétré plus au Nord, &: nid.f.^¥
dans un pays c]ne les Chinois nomment k'(in<f-kiu ; c'ell; le-^*^'"
CtiptJuic. Dès le vi.*^ (iccle de l'ère Chrétienne, les habitans
fuivoienl la Religion de Fo , &i avoient, difent les Chinnii,
' Le rdtiUt^ ill uni; mcfure de i o i>kd5 Chinois.
xi6 MÉMOIRES
des livres écrits en caratTlcres haihares ; mais on ignore eii
quel temps elle avoit commencé à s'y établir.
Ma mon-hi, Les Chinois parlent encore d'un autre pays, mais plus
v'Tjr^""' méridional ; ils le nomment Ou-lcfuing : quoiqu'il foit dilTj-
cile d'indi(juer exaélement fa fituation , on voit par ce qu'ils
en diient , qu'il avoit pour bornes au Midi l'Inde , & au
Nord les monts Tjong-iuig ou Ima'ûs. Ce pays qui n'étoit
pas cenfé de l'Inde, étoit rempli de familles de Brahmes qui
s'appliquoient à l'Adronomie & à i'Aftrologie ; & il y avoit
un grand nombre de temples de Fo : il ne devoit pas être
éloigné de ceux qu'avoient occupés plus anciejmement les
Grecs de la Baélriane , fucceiFeurs d'Alexandre; peut-être
même en faifoit-il partie ' On ne doit pas être étonné alors
Sirom.!.!, d'y voir l'Adronomie cultivée ; & cela fêrt à nous expliquer
i''^"^' pourquoi Saint Clément d'Alexandrie place des Samanéens
dans la Baélriane, & Arrien des Brahmes du côté de l'Indus.
C'efl; (-Ans doute par ces pays qui avoient été foumis aux
Airyriens, aux Perfes & aux Grecs, que l'Inde a dû com-
mencer à fe policer.
Dans un autre pays fitué à l'occident de ce dernier , &
qui étoit foumis aux Gètes, il y avoit beaucoup de temples
de Fo. On y remarquoit autrefois une pyramide fort confi-
dérable. Les Chinois nomment ce pays liuen-to ou Ni-po.
Ma-tuo»-l!n, \\s parlent encore d'un pays qu'ils appellent Yue-ti-yen : il
icccxxx,x. ^^ ^j^^i^, ^^^ j^^j.j jg rindus , & il a au Midi le pays (^&s
Brahmes; {ts habitans, dans le vii/fiècle, fuivoient la Reli-
oion de Fo , & leur Roi étoit un Brahme : ainfi ces Brahmes
étoicnt alors très puilfans dans cette contrée, comme il paroît
par Arrien, qu'ils i'étoient également du temps d'Alexandre.
llid. liv. Dans le pays de Khoten , où cette Religion paroît avoir
cccxxxvn, pj^ji(;.t;-^ (îe très-bonne heure, il y avoit beaucoup de temples
^t Fo , &L un grand nombre de Bonzes & de Religieufes,
Se cela du temps des Han , vers le i." fiècle de l'ère Chré-
tienne. Ces détails , je le répète , confirment ce que les
Indiens rapportent eux-mêmes , que leur Religion a pris
iiaidàiice dans la partie de l'Inde qui eO; au Nord. En e(fet,
nous
DE L I T T.É R AT U R E. 217
nous la voyons très -répandue anciennement clans les pays
voiiins de cette contrte. Mais ce qui mérite une attention
particulière, c'ert: qu'à cinq cents // de la ville de Khoten,
il y avoit une grande pagode Jiommée Pc-nio-clii , & la
tradition portoit que Lao-tfc, Philofophe Chinois qui vivoit
avant Confucius , 5c qui fonda à la Chine la Religion des
Tno-fe , étoit venu en cet endroit ; qu'il y étoit monté au
Ciel ; & qu'enfuite , dans wnç. nouvelle renaifîânce , il étoit
vemi au monde dans l'Inde ; qu'il y étoit né hls aîné du Roi
du pays , & avoit pris le nom de Fo. C'efl; pour cette raifon
qu'on avoit fait conftruire ce temple. Il exifle à la Chine un
livre intitulé Lao-tfe /loa-hou-king , c'eft-à-dire, Livre <ie M,x.tvm-Jl«.
Liio-tfe c/uiiiQ-é en barbare : il paroît avoir été fait vers le '"•^^^^'^'
v/ ou VI. li^le de l'ère Chrétienne ; il y efl: queftion de ce
voyage de Lao-tfe dans cette contrée, ainfr que dans la Bac-
triane. Quoique cette tradition foit accompagnée de fahles , il
«'en efl pas moins coiillant que la doélrine de Lao-tfe n'étoit
pas inconnue dans ce pays ; on verra dans la fuite que , dans
les viii.^ 6c ix.*^ fiècles, elle étoit connue Aç.% Indiens. C'ell
un fait dont nous n'avons pas eu jufqu'à pré/ent la plus
légère connoiiîànce , 5c qu'on n'auroit pas même foupçonné.
Nous verrons encore que le pays de Khoten nommé par
les Chinois Yii-ticn , éloit rempli de Samanéens très-favans
qui avoient les livres tle la Religion Indienne.
Les Chinois parlent beaucoup d'im pays qu'ils appellent Ihij. lir.
Lcou-lm ou Clu'ii-clien , qui fe rapproche du lac de Lop, &. ^^^^^^^'''
qui éloit fituc au midi de Hami. C'eft un pays aîfcz (lérile
6c rempli de fables. L'an 400 de J. C. pluîlcurs Samanéens rokcue-iu
Chinfjis , entre autres un nommé Fa-hïcn , cntrcjirirent le
voyage de l'Inde , pour y aller chercher iXts livres. A leur
retour, ils composèrent une Relation de tous les pays qu'ils
avoient prcourus, 6c principalement de llnde : ils l'intitulèrent
Fiy-koie-ki , c'c(l-à-dire, Ht jh'ire <lu Royaume de Fo, Ils traver-
sèrent le grand Délert , palsèrent par le pays de Clien-chcn
6c par tous ceux qui font lur la même ligne , fc rendirent à
Khoten, 6c enfuiie dans l'Inde. Cette Hifloire efl à la Bihlior
Tome XL% E e
ii8 MÉMOIRES
thèqiie du Roi. Ces voyageurs rapportent que « les habitans
» du pays de Chcn-chen font vêtus de gros habits qui refrembient
» à ceux des Chinois, finon qu'ils font de laine; qu'ils iuivent
,> la Relif'ion de Fo ; qu'il y a quatre mille Bonzes allachcs à
jj la doé\rine du petit Tchiiig ; mais que cette Religion y eft
M plus grofTière que dans l'Inde-. Ils remarquent que tous tes
« pays qui font à l'Occident, fuivent la même Religion ; que,
» quoiqu'ils aient des langues différentes , ceux qui fe font
Bonzes, s'appliquent tous à la langue & aux livres des Indiens. >»
Ils ti-ouvèrent par- tout un très-grand nombre de Bonzes.
Mn-mon-îm. A Kcifclig<ir ( cu Chinois So-le ) la Religion Indienne
i^^c.xxxvu, ^,^^jj. (<galenient établie, & elle a dû y être de très- bonne
heure : cependant la première mention que j'en trouve chez,
les Chinois, n'efl que du- milieu du v..^ fiède. Ee Roi de ce
pays envoya à Ven-tching-ti , Empereur Aqs Goei , maîtres
d'une partie de la Chine, & qui mourut l'an 465 de J. C.
un manteau que l'on difoit avoir appartenu à Fo. L'Empereur
voulut confîater ce fait par l'épreuve du îau, ufage reçu alors
dans toute l'Inde & dans les pays où la Religion Indienne
étoit en vogue. 11 fit mettre ce manteau dans un grand feu
où il le lailîà pendant une journée entière, {^\\s qu'il fût,
dit-on, endommagé. On fait qu'autrefois il y avoit beaucoup
de Chrétiens dans la ville de Kcifcluir ; que Manès y fit un
vovaL';e. C'efl-là fans doute qu'il a puilé une partie de fa
doiîirine appelée par S-' Ephrem, Erreur liuhciwe.
Si nous jetcMis les yeux fur les pays qui font plus au Nord-
& plus à fOrient , nous verrons que fous le règne d'un
Ma~nion-Vn. Kliaii , nommé To-po-khan , qui régnoit dans ie Turkeflan,
H:(l.<iesHuKs, vers l'an 572 tle J. C. il parut dans ks États un Samanéeii
t.n,f.j(,2. ^^^ jgj Xurks fes fujets lui amenèrent. Ce Samanéen dit
au Khan , que la dynaftie des Tcy qui régnoit alors à la
C^hine, n' étoit devenue fi puifîànte que parce que Q:s Princes
avoient embralfé la Religion de Fo. En conféquence le Khan
j'embraflii, & fit confîruire plufieurs temples dans fès Etats
qui s'étenduient alors depuis la mer Cafj)ienne jufqu'à la
Corée.
DE LITTÉRATURE. 219
Dans les Ml.^ <Sc vlil.' fiècles , cette Religion florilfoit Ma-wp-iùi.
aiilFi dans le pays à' Igour ; mais on oblerve en même temps ..^jf*"^""'
qu'il y avoit des temples d'un Bonze de Perfe , nommé
JWoni , dont la dodrine, dans les Livres concernant la Re-
ligion de Fo , ctoit appelée DoSlrine étrurij^ère. On voit qu'il
s'agit ici de Manès , Perian d'origine, & du Manichéiime
qui. Cous le nom de Tanout , s'étoit établi dans ces contrées
ainfi que dans toutes les Indes.
Je pourrois m'étendre davantage fur l'établiflement de la
Religion Indienne dans la Tartarie ; mais conime il ne s'agit
plus que des temps modernes pour lefquels on peut confuiter
nos Relations , je me borne à dire qu'à prélent les Mogols,
les Kalkas , les Calmouks , & prefque tous les Tartares ont
embralfé cette Religion, & qu'ils relèvent du grand Lhama
du Thibet. Voyons maintenant comment elle a pénétré dans
ce pays qui e(l devenu le chef- lieu pour tous les peuples du
Nord.
I V.
Etaùlijjcwem de la Religion Indienne dans le Thibet.
Quelques Ecrivains modernes, du nombre de ceux
qui , contre toutes les règles de la critique & contre la
vérité, cherchent à découvrir des monumens antiques chez
les Nalions qui font le moins fufceplibles d'en avoir, en
veulent trouver chez les Thibétans, & bàtilîênt en confé-
quencc àç.h f) flèmes (jui ne doivent avoir aucun fondement,
puisqu'ils font renverlés quand on vicjit à examiner l'Hilloire
de ce,s Nations. Il e(l vrai que le P. Gaubil, dans fon Ajfro- Tonrii,
noiiiic Cliiiioifc , peut avoir donné lieu à de pareilles iiÀvts ,^' '^"^ ''^'
lorfqu'il dit que •< les Lhamas ou Prêtres du Thibet ont
d'anciens livres d'Allronomie , dont ils lavent encore fê «
fervir ; que ces mêmes Lhamas ont beaucoup d'autres livres «
anciens, même de Religion ; Se (|ue plufieurs d'entre eux «
font au lait de ce qui (e pafla autrefois à la Tour de Baby- k
loue. >» On fent aifément combien de réflexions doivent
iairc iiaîtrc de pareilles allèrtions iur l'antiquité de la Nation
i2o MÉMOIRES
Thibt'tane, Se fur les Sciences cultivées clans le Thîbet. Ou
eft tenté de ies faire remonter jufcju'à l'origine du monde;
inais tous ces fyftèmes vont s'évanouir : écoutons les Thi-
bétans eux-mêmes.
Un Religieux nommé Augiifl'nii Georgi a publié à Rome,
en 1762, un Alphûbet Thibctan , en \\\\ gros volume in-^." :
il y a rapporté un grand nombre de textes originaux con-
cernant la Religion de ce pays ; mais ce qui eit important
pour le fujet que je traite , efl \\w Canon Chronologique
des rois du Thibet , tiré A^s Annales môme de la Nation :
on y trouve plufieurs détails inlérelîàns fur la Religion du
pays, dont je fais ulage ici.
Alph.Thihét,- Vers l'an 65 de J. C. & dans les années fui vantes, ÇoiM
V'2<f^, Je règne d'un Prince appelé Tiong-tieng- khainbo , naquit
dans le Thibet un perionnage nommé Scimtan-poutm , qui fê
,diflingua par fon génie, & qui alla voyager d-àns les Indes,
d'où II apporta dans ion pays la Religion de Che-kui & tie
Cenrcfi : il donna aux Thibétaiis , Se des Loix & l'Ecriture^
Ce lut dans ce même temps que le roi du Thibet époulà
la iili'e du roi de Necbal , pays de Tlnde ; & cette PrincelTe
apporta avec eHe une flatue d'or de Che-kki, le même que
Fo. Dans la fuite il épouiâ une féconde iemme qui étoit ujte
princelîe Chinoifè nommée Lhaci cotic'ioa : celle-ci apporta
dans le Thibet des livres de cette Religion avec une itatue
d'or qui repréiêntoit Chc-Pja à l'âge de douze anst Ce récit
, exige quelques éclairciflemens.
L'Ecrituie, des Loix &; une Religion, apportées dans îe
Thibet vers l'an 65 de J. C. iont des faits qui détruifent
toute l'antiquité qu'on veut attribuer à cette Nation, puif-
qu'elle avoue elle-même qu'elle les tient des Indiens. Je puis
citer encore le témoignage Aç.s Chinois qui atteilent que les
Thibétans tiennent leurs Livres, leur Ecriture & leur Re-
ligion , des Indiei's. L'ouvrage Chinois qui renferme les
Alpluilnts StiinfcretcU! , Tangout , Tliihctan & Tûrtare , le dît
ti"ès-clairement ; mais comme je ne faurois trop multiplier
.les preuves, & que d'ailleurs mon but dujis ce Mémoi!--e dt
DE LITTÉRATURE. 221
lie préfenter i'Hiftoire de celte Religion, je joindrai ici ce
<^jiie l'on fait de ce Légiflateur du Thibet.
Avant ce peifonnage , les Thibétans n'étoient que des Ahh.Th-tii.
fâuvages qui vivoient fans Loix &: iâns Ecriture. Le Roi du f'^''^ /'■'"'•
pays étonne du génie de Samtan-poutrn , l'envoya dans
i'indouftan : celui-ci y relia pendant quatre ans Tous la
difcipline d'un Brahine nomme Le-cïn : il apprit de lui
i'Alphabet Indien & toute la doctrine concernant C^unjt :
il apporta dans le Thibet ces connoillances avec deux livres
de la Religion Indienne; mais comme on trouva i'Alphabet
trop comjîliqLic , Samtcin-poutni en lit un autre plus facile
& accommodé au génie de la Langue Thibétane : il compodi
deux fortes de Loix, les unes morales & les autres civiles;.
il inftruifit le Roi dans la Religion Indienne, &: lui apprit
la formule de prière Honi-:iuirn-peme-hom. Le Roi lui-nicme
enfeigna ces chofes à fès peuples. Les àç.\.\K livres que J"<://,v/,r//;-
poutra avoit apportés de l'inde, étoient écrits dans la Langue
des Brahmes ; c'efl fans doute de-là qu'il tira ks Loix qui ne
confifloient qu'en trente-fix articles très-courts : dix concer- Jlij.p. r;p,
noient les vertus; dix, les vices; 5c feize, les devoirs des
hommes, les uns envers les autres.
Le Necbal ou Nehpal dont le roi du Thibet époula AU-tum-tin.
la fille , eft \.m pays de l'Inde , fitué fur les frontières du
7hibet. 11 |)aroît que l'on y cultivoit beaucoup les Sciences,
& principaleinent l'Aflronomie : ce font les Chinois qui nous
apprennent celte circonflance.
Le P. Auguflini Georgi rapporte que ««ces peuples fe 'A>ph,THtét,
nourrllfoient de la chair de bufle, ce luii les failoit regarder ^'.f''^^'
■par les autres indiens comme des Schilmatiijucs. "Cependant
il tfl coudant, comme on le verra dans L fuite, que plufieurs
autres Indiens, attachés à la nitMne Religion, mangcuicnt de
la chair des animaux.
Les Philofophes du pays de Necbul prétendent qu'avant lUJy.io:',
que le monde exillàt , il y avoit un cliaos immcnfe d'eau,
& un »^lrc nommé Nluinit , qui, fous la ligure il'unc IcLiilIc
de Lotos , tloit porté fur les eaux. Dans le centre de celte
i22 MÉMOIRES
feuille ctoit la femence de l'Univers, comme une goutte de
rofce qui, s'augmentant continuellement en rond, parvint à
former un œuf d'une grofîêur immenfè. Nharen l'avant fendu
en deux parties égales , Brahma fortit du centre. Une des
deux parties s'éleva en haut, l'autre refta en bas ; & Brahma
fit de chacune de ces parties (êpt continens , & autant de
mers ; & des fept pellicules qui enveloppoient l'œuf, il en
fit les lept cieux. Je ne rapporte ici ces idées que pour faire
voir lidentilé de cette doctrine communiquée aux Thibétans,
avec celle des autres Indiens ; mais en l'adoptant, les Thi-
bétans ont traduit dans leur Langue tous les noms Indiens
des différentes Divinités, en forte qu'on ne peut les recon-
noître que par le développement des idées qu'ils s'en font
formées : c'eit ce qui eft arrivé en partie aux Chinois.
Ce que l'on appelle ici Cenrefi ou Gcwcfi , efl: une Divi-
nité à laquelle les Thibétans donnent huit bras &. onze têtes
pofées en pyramide : ils la nomment encore Pacïo ; elle tient
à fa main la fleur appelée Pema ou le Lotos : elle efl; affilé
également dans la même fleur d'où elle eft fortie. Voilà à
'Alph.Th-lér. peu-près ce que nous venons de dire de Brahma. Ceiirefi eft
p,i6(,z28, l'anie univerfelle & le principe de tout ce qui exilte; c'eit le
Deftin ; il fe transforme en mille manières ; il s'ell changé en
fino-e, & fous le nom de Pmfrinpo , il eut de Khndronm trois
fils & trois filles qui font les ancêtres du genre humain.
Enfuite afin que les hommes ne reflaffent pas fans Loi, il
naquit de la femme de Mangkidba roi de llndouftan, &
publia fa do<5lrine fous le nom de Clie-km ou Fo ; il naquit
aufîl difciple de Che-lùa.
Il!d.p.iy;. J ai dit que Cenrefi avoit onze têtes pofées en pyramide:
la première qui eft au fommet, eft appelée Hopamé ( fplen-
dores itifinhi ) : c'eft une Divinité qui habite feule dans un
paradis exiftant de toute éternité , & ce paradis eft dans un
monde inviiible, également éternel, qui eft fitué du côté
de l'Occident. Il y enfeigne la Loi à ks difciples nommés
Cicviciuh , qui font une partie de lui-même. On rapporte
ainfi fon origine. Cenrefi en fê réveillant de fa profonde
DE LITTÉRATURE. 223
mcditation , dans laquelle les hommes lui avoient apparu
livrés à toutes fortes de crimes , il en fut fi affligé qu'il fe
rompit la tête en onze parties. Hopamé accourut promptement
du ciel , & raccommoda tellement ces parties , qu'il en fit
onze têtes. On prétend que la première qui régit les autres,
eft Hopamé lui-même qui s'elt ainû doublé.
Cctmfi a huit bras & huit mains dont fix lui ont été Alph.ThM,
donnés par Hopamé : les trois de la gauche portent ; l'un, l'''7^'
la Heur Pcma ou Lotos ; l'autre, un arc &: une flèche ; &
ie troificme, un vafe d'airain plein d'eau : les trois de là
droite tiennent ; l'un, une couronne; l'autre, une roue qui
marque que Cciircfi fe meut en rond &. fe transforme, par
Une mutation de lui-même, en toutes fortes de corps ; le
troificme a le doigt annulaire un peu penché, d'où fort une /Z'^. ;-. <<>/,
iiqueur qui eft comme un rayon de la nature divine : cette '^°"'
Jiqueur fert à tempérer le mal que la mauvaife nature de
l'homme peut inlpirtr. Les deux autres bras font pôles
coinme ceux d'un homme qui prie.
Toutes les têtes de Ceimft ont des couleurs différentes. UtJ.j>,tprg.
Le rouge indique fa tranfmutalion en Rois 6c en Princes :
le blanc en perfonnages doux Se humains : le vert , en
Propagateur de la Loi. La féconde de ces têtes efl noire &
a trois yeux ; elle dé'igne la cruauté. La tête noire de Ccnrrfi
porte une couronne laite de crânes humains qui font fur-
montés de petites boules d'un or obfcur ; ce qui dcfigne
le fecret de la Science profonde & de la Magie. Ce même
Cetirefi , fous un autre nom , commande dans les enfers, & Uij.p. i;r;;
punit les coupables : ainfi il efl comme le Brahma de l'Inde
qui efl ré[iandu dans toute la Nature.
On donne à Ccnrefi huit ornemens à l'ufîige àts femmes,
& deux mamelles , parce qu'il contient les deux fexes : ce
CeHrefi tW l'Hopamé vKible, tandis que l'invifible efl renfermé
dans un ciel (|iii eff à l'Occidc-nt : il tfl la Loi ; car Dieu Ibid.p.i^f.
^ la Loi chez les Thibétans, comme chez les Indiens & les
Samariéens de la Chine, font la même choie. Il y a appa-
rence que les Thibétans, ainfr que les Chinois, en admettant
224. MÉMOIRES
cette Religion Iiulienne, ont eu honte de la reprcfentalion
indcctiite du L'inmm ; mais que pour en confèrver l'idée, ils
ont imaginé une iigure d'homme , qui feml)loil tenir en
quelque chofe de la femme , & Uii ont donné quelques
oinemens à l'ufage des femmes.
La ttte d'Hopamé & les dix autres qui forment la figure
tie Cenrcfi , repréfentent celui qui a fait le Monde, & les dix
Gouverneurs qui préhdent aux dix parties des différens cieux.
Mais il s'agit ici d'un monde invifible, & non pas de celui-ci
t]ui n'a d'autre principe ou origine que le vide dans lequel
foufîia un vent impétueux qui raffembla des nuages fie des
atomes. Voilà ce qui a formé le monde vifible.
Dieu, dans le defiêin de faire connoître la Religion aux
tiommcs, fit dès le commencement du monde un vale pré-
cieux qu'ils comparent à la lettre A, & une. mer d'une eau
très-fainte & très-pme qu'ils comparent à la lettre Hum : ces
paroles énigmatiques que l'on trouve à peu -près fèmblables
chez les Indiens, défignent le commencement «Se la fin. Les
'Aîyli.Thiléi. Thlbéîans difent que A ell l'ornement du commencement,
^Ailn.'df l' Ac. ^ /:/w ou Chum , celui de la fin. Les Indiens parlent aufli
tomeXXXVlU, énigmatiquement de l'origine de la Loi ; car c'ell de la Loi
l'-Sif. ^^^>jj g'^gj^ jj.j^ Dans le cœur Au Dieu Souricn , di(ènt-ils,
furent produits les fons O, A, 0\} & MA. Voilà les quatre
VèJes. Le P. Augultini Georgi eft embarrafié pour faire
voir que ces deux lettres A 8c Hum répondent au commen-
cement & à la fin. L'alphabet Thibétan ii'efl: pas d'accord
avec cet expofé , puifque la lettre A e.H la dernière de cet
.alphabet, & la lettre Hum l'avant-dernière : en conféquence
il penfe que cela a rapport à une formule magique à laquelle
on attribue une grande vertu : c'efl; Om-mani-peme-lium , dont
h. première lettre eft un A qui fe prononce O , Sch dernière
JIuiu. Il y a beaucoup de ces formules dans cette Religion.
Le p. Auguflini n'a pas fait attention que cette doélrine
venant de l'hule , il devoit chercher, non dans l'alphabet
Thibétan, l'explication de ces à^ux lettres, mais dans celui
des IndieJis. Or dans l'alphabet Samlcretan qui eft imprimé
dans Is
DE LITTÉRATURE. 215
Hans le livre Chinois , où l'on rend compte de pîiifieiirs
traductions de livres Indiens concernant cette Religion, la
lettre A, dont le fou tire fur ÏO , eft la première de cet
Alphabet, Se la lettre Hwn eft la dernière. Ainli ces deux
lettres dcTignent parfaitement le commencement & la fin.
Ceci prouve manifeftemeiit que cette Religion vient de
l'Inde, d'où elle a palfc dans le Thibet.
Elle n'y fut pas plutôt introduite , que la Princeflê de
Necbal , femme du roi du Thibet , éleva un temple en .
l'honneur de Che-kia dans un endroit appelé L/iajfa PruJihmng, Alph. ThmA.
& par abréviation Piu/ihuui^. La Princelîe Chinoife e.w^'^^'''
éleva un autre dans la coiitrée de Ramocé. On conftruifit
enluite autour du premier beaucoup de bâtimens ; & ce
fut-là l'orit/ine de la ville de L/icijJa.
On ne nous apprend rien de l'état de cette Religion
Indienne dans le Thibet jufque vers l'an 225 de J. C. que
Tii-frong-tcu-t7jicii monta fur le trône. Ce Prince s'appliqua
beaucoup à lire les livres que Sunitan Poutra avoit apportés
de rindouftan , & qui avoient été traduits en Thibétan
par la Princelfe de la Chine, probablement d'après la tra-
duélion qui en avoit été faite en Chinois ; mais les Grands
du Royaume n'approuvant pas fa condmte , renversèrent la
flatue de Chc-k'ni , Se firent un Marché du Temple de LfuijJ'd.
Il paroi t par- là que celte Religion n'avoit pas encore fait de
grands progrès dans le Thibet, & qu'elle n'étoit pas du goût
des chefs de la Nation. On attribue à cet événement un&
foule de malheurs qui arrivèrent alors dans le Thibet. En
conlcquence le Roi , par le confcil de l'Empereur de la
Chine, fit venir de l'Indouflan un perfonnage nommé Pouti-
JfJto. Lorfque ctlui-ci fut arrive dans le Thibet, il engagea
le Roi A appeler auprès de lui un autre perfonnage nomme
Un/lien , (|u'il qualifie de gra/iJ Uuviui , &. qui éloit dans
l'Inde. Les l'hibélans appellent LImma les Prêtres de leur
Religion ; & t'ell im|>ropremcnt cju'ils donnent ce titre à un
jnilien , le nom de Uuima étant inconnu dans l'Inde. En
général, tout ce (ju'ils nomnieat Lhanui , réiiond à ce quç
Tome XL. \i
226 MÉMOIRES
les Chinois appellent Samanéen , qui efl: le terme Indien.
Pag. 20, Abraham Roger nous apprend que les différentes fecles des
Brahmes avoient chacune leur Chef. Ainfi celui de la fede
àei Tiulwacii Wà^nouva demeuroit dans le pays de Paliacate,
dans un endroit nommé Comheconite : celui de la ftole des
Ramanouva Wciflnouva , à Cansjevaram dans le royaume de
Carnate. Urchien étoit fans doute un perfoiinage de cette
efpèce, un Chef de fede : il fe rendit dans le Ihibet entre
l'an 2 50 & 260 de J. C. On prétend que, par le moyen
de la Magie , il appaila la colère du Ciel , Se détourna les
Alvh.Thihtr, malheurs dont les Thibétans étoient accablés : il efl l'Infti-
f, 2^2, tuteur de la fcience de la Magie dans le Thibet. Les Docteurs
dans cette Science font appelés Nga Ramha / & il y a à
Lhaffa deux monaflères où on en donne à^s leçons. Il y
en a parmi eux que l'on appelle Ciokhiong , inllitués par
Urchien : les uns vivent dans des monaltères ; les autres
dans leur particulier , &. font mariés. Dans chaque ville il
y a un de ces Ciok/iiong qui efl confulté dans tout ce que
l'on fait.
JUif' }>< } 0 } , Après l'arrivée d'Urchien, on rétablit les temples dans le
Thibet; & Pouti-fato qui étoit retourné dans l'Inde, revint
une féconde fois , &: fit conflruire à Samié un monaflère
dans lequel il établit douze Religieux & fept autres perfonnes
en qualité de difciples. Ce tut-là le premier monaflère
de cette efpèce dans cette contrée : on y lut les livres
de la Religion de Che-Kto, & on les traduifit en Thibétan.
On envoya plufieurs de ces Religieux dans l'Indouftan ,
pour fe perfectionner dans la Langue des Brahmes : ils
rapportèrent à leur retour un livre nommé en Thibétan
■ Khaghiour , c'eft- à-dire , les Préceptes & les Alyflères Ae la.
Loi , qui étoit en cent huit volumes; ils le déposèrent dans
leur monaflère de Samie , après l'avoir préfenté au Roi , &
tous s'étant réunis, ils en firent une traduélion. Les Thibé-
tans, comme je l'ai remarque, en traduilîmt jufqu'aux titres
même de ces livres Indiens, nous ont mis dans le cas de ne
pas les reconnoître.
DE LITTÉRATURE. 227
Ce Khaghiour eft un livre important dans cette Religion, ^/<^^;^^"^^''-
puifqu'on le voit encore à préfent dépofé dans le temple de
Lluilja, écrit fur des rouleaux fufpendus de manière qu ils le
déroulent ailcment quand on veut le lire. C'eft une dévotion
que de le toucher & d'en réciter quelques prières en entrant
'dans le temple : il renferme toute la Religion ; on y trouve
même le fyftème du monde & des détails géographiques U'd.p.470.
remplis de fables. ^
Dans le même temps que l'on s'occupoît de ces traduaions,
un favant nommé Perot-Jinna, & furnommé Lotihavaccnho , l'^-^-P-Soj,.
à caufe de fon habileté dans la Langue Indienne, traduifit en
Thibétan plufieurs livres de Magie qui avoient été apportés
de l'Inde; & un Afciaiig ou Hochang , ( c'eft un Bonze
Chinois), qui étoit venu dans le Thibet, y établit l'Ordre
des Contemplatifs.
Alors les Thibétans connurent toute la Religion Indienne
& les deux do(5lrines, l'une intérieure & l'autre extérieure;
c'eft ce que les Chinois nomment le grand Tcliing & le petit
Tching.
Le premier, ou la doarine intérieure & fecrette, eft ap- ^^^'^-^
pelé par les Thibétans Kiutc. On diftingue en deux clafles les
feélateurs de cette doélrine ; les uns nommés Kiupa , & les
autres Ritroha. Les premiers vivent dans des monaftères ; ils
font de l'inftitutior. du Bonze Chinois venu dans le Thibet.
Les autres vivent dans les montagnes &. les déferts, & ont
été inditués par Urchien : dans cette dcidrine , on n'admet
aucune cérémonie religieufe; on fe croit libre & indépendant
<le tout; il n'exide rien de vrai dans la Nature, &. tout n'eft
qu'une illiifion de nos fens.
Le P. Pons parle d'une École ou Se^e Indienne quil J;';^[lyf
api>elle l^edantam , c'ell-à-dire , /// de la Loi. File a été ^'_,^;..
fondée autrefois Y>^r Sankra-Charya ; pref(]ue tous les J'^z/yV///?'^
font de cel'c École : ils admettent l'imité fimple d'un cire
cxidant qui n'elt autre que le Moy ou \'Amc ; rien n'exifle que
ce Moy : ce Moy efl l'ame du monde ou l'Etre fuprème ré-
jiandu dans toute la Nature. Ils admettent encore un autre
F f ij
228 MÉMOIRES
Principe, mais purement négatif, qui par confcquent n'a au-
eu ne réalité; c'eft le Maya du A4oy , c'eft-à-ciire, erreur: par
exemple, je crois acfluellement vous écrire , je me trompe,
vous n'exiftez point, je ne vous écris. point : c'eft une erreur
qui n'eft point un être. La lîigeiîè confifte donc à fe délivrer
du A'Iaya par une application coudante à foi -même, en fê
perfuadant qu'on eft l'être unique, éternel & infini. Voilà la
Philofophie Indienne &. cette dodrine intérieure qu'on ne
communique point.
La dodrine extérieure, ou le petit Tclïtng , efl appelée par
les Thibétans Dote' : c'eft la Religion vulgaire ou le culte âes
Idoles établi dans toutes ces contrées différentes, où il eft
à peu -près le même. Mais revenons à i'Hiftoire de cette
Religion dans le Thibet.
A/f'LTkil/t. Entre les années 301 & 45 e, Tanna qui régnoit dans le
f.joC Thibet, excita une violente periécution contre les Lhamas ;
mais craignant enfuite les Grands du royaume qui leur étoient
attachés, il la fit cefTer, fe contentant de rendre leur Religion
méprifable autant qu'il le pouvoit. Il avoit fait brûler beaucoup
de livres , renverfer les ftatues &: rafer les temples. Les peuples ,
à l'inftigation des Lhamas , le détrônèrent & mirent à fa place
fon frère Revaken. Celui-ci rétablit la Religion, répara les
temples , en fit conftruire de nouveaux , &. exhorta les Grands
à fuivre fon exemple ; mais fa trop grande févérité le fit chalTer
du trône , & il fut tué. On remit à fa place fon frère Tanna.
Comme les perfécutions recommencèrent, les Lhamas fouler
vèrent les peuples , & Tanna mourut percé d'une flèche.
Plufîeurs Rois lui fuccédèrent ; mais il n'eft pas fait mention
.des affiires de Religion.
De-tihun-gong étant parvenu au trône, fît venir de l'Inde
plufîeurs Dodeurs & Pendets pour rétablir la Religion , &
corriger les abus qui s'y étoient introduits. 11 donna fon fils
Coure l inftruire aux Lhamas. Celui-ci devenu Roi appela
encore de l'Inde des Do(5leurs de la Religion. Les anciens
Do<5leurs avoient abufé de leur crédit , & n'étoient plus
occupés que du foin dç ramaflçj; des richeffes, & de fe livrçr
DE LITTÉRATURE. 229
à la débauche : les nouveaux les imitèrent bienlôt , & Coriré
en mourut de chagrin.
Lhcité fon fils & Ion fiiccefièiir fut animé du même zèle
que fou père pour la Religion. Il y avoit alors dan.- l'Iiuie
un perfonnage très-célèbre nommé Atifci a : il K.i écrivit (n<ur
i'engager à venir dans le Thibet au fecours de lu Religion
qui ctoit dans un grand danger. Atifcia s'y rendit , &. par
ks exemples, ainfi que par Tes prédications, il rétablit i;n-
cienne Religion de l'Inde dans ce pays : il mourut l'an 456
de J. C.
Alors le Thibet fut rempli de guerres civiles, & on ignore
ce qui concerne la Religion. Il y eut des Princes puiilans qui
foumirent une partie des Indes ; d'autres étendirent leur
domination jufquVi Kafchgar & Khoten , fe rendirent for.ni-
dables aux Chinois , & pénétrèrent ju/qu'à Sig::nfoii en 7^3
de J. C. Enfin vers l'an 838 , tout le Thibet fut dans le
trouble: les Thibélans fê divisèrent; les Chinois tes délirent
en plufieurs rencontres, & les foumirent entre l'an lono
& I 100. On donna le titre de grand Lhanui à Knng-ka-
vgiiin-bo : celui-ci de\int très-pui(îânt , parce que Ion crut
que la divinité réfidoit dans (a perfonne. Lui & lès fuccelîèurs
réunirent les deux puilîànces, l'cccléfiailique £c !a civile. 11
t'toit établi dans un monaftère conftruit depuis quelque temps yilpli. ThliAt
dans un endr(iit appelé Stcliia : il fut confirmé par l'empereur f' ^'^'
de la Chine qui lui envoya un fceau d'or & un diplôme; cela,
arriva vers l'an i 100. Enfuite il conllruifit un monaflère
dans le lieu appelé Bruouii , tloigné de L/uiffa veis i'Eft,
d'environ quatre jours de marche, 6c il y mil fon fils pour
en être le Chef ; ce qui dans la fuite forma deux s,r(iiids
Lhamas qui fe difputèrent l'autorité. L'empereur de la Chine
pacifia tout en doimant la fuprcme puilliuice à celui i.\Q Séchut;
puis divifmt le Thibet en trois parties, il en ait-ihua une au
Lhuma de Bricoun, (!s: les deux autres à des l.unilies T hilK-
tanes : il paroît que cela arriva dans le temps ijue les Mogols,
maîtres de la Chine, divisèrent ce pays en plulieurs provinces
fous le icgnç de Kuùlai-klutn , doiis le xiii.'' Uècle. Il ell
2^6 MÉMOIRES
difficile Je former une fuite Je ces grti/u/s L/iamas ; mais oit
voit qu'ils fuient toujours /ous la JcpenJance des empereurs
de in Cliine.
Alph.ThM. En 1232, naquit un Lhama ccicbre nomme Tihon-knpa,
f'^'^' qui fe livra aux Sciences j il compofi un Ouvrage fur la
jVIiinicre rlc parvenir à la Perfcâion ; cet Ouvrage tient le
fécond rang après le KhagJûour. Il en compofi encore d'autres
& fit beaucoup de difciples : il infHtua en l'honneur de
Cliekia-îiipa une fcte qui dura quinze jours ; & la première
fois , douze mille Lhamas s'adèmhicrent à Lhaiïà pour la
cclébrer. Ce CheUa-tupa eft un perlonnage qui vivoit dans
lhiJ.p.22i. un autre âge du monde : ce même TTjion-kapa bâtit piufieurs
IhicLy. ^ip. monaftères , Se mourut âgé de quatre-vingts ans , en 1312,
fuivant le P. Augufiini Georgi. Il doit être le même que
celui qui ell appelé par les Chinois Tfong-kcpa , qui réfidoit
à Lhaïîa, & étoit le chef des Lhamas. Suivant ces mêmes
Chinois, il fit fleurir la d()(5I;rine des Lhamas à cluipeau jaune,
qui font difFérens des Lhamas à chapeau rouge ; ceux-ci font
Urchienides , c'eft-à-dire, des anciens Indiens. On le place
vers l'an 14.26. En général, on ne peut rien flatuer fur ces
grands Lhamas qui étoient & font encore dans la dépendance
de la Chine. Mais il réfulie de-là qu'il y avoit même àçs
fèétes différentes parmi ces Lhamas, quoiqu'elles eulîènt pour
bafè les mêmes livres fondamentaux, les livres Indiens que
chacun avoit interprétés fLÙvant fon lêntiment.
llid p.^tff. Tous les peuples de la Tartarie, de la Chine, du Tonquin,
^^^' du pays des Uzbeks , de Kafthgar , relèvent de ce grand
Pontife : il ne s'agit que de ceux qui, parmi ces Nations,
fuivent la religion Indienne. Dans le nord même de l'Inde,
c'eft-à-dire, dans le royaume de Necbal, il y a beaucoup de
ces Budhiftes, les mêmes que les Samancens ou Lhamas : ils
vivent avec les Brahmes dans les villes de Batgao, de Pataii
& de Katmandou. La divinité tutélaire de la ville de Pataa
eft appelée Bugr-diw, & fon temple eft deflervi par les
Budhiftes. A Katmandou, c'eft unç. jeune fille, née de parens
Budhifles, cjui eft la Prêtrelîè du temple 1^ Indra. On fait que
DE LITTÉRATURE. 231
Indra ou huhen eft ime divinité de l'Inde : les Thibétans la A^h.TlU,
nomment Ghiel-cen-fyl Dans ce pays, les Budhiftes ont pour ^■
chef le orand Lhama, & les Biahmes leur chef Indien, en
forte que cela forme deux fcdes d'une même Religion. Nous
avons vu que celle du Thibet venoit des Indes ; que dans
les difFérens temps où elle s'efl altérée, on a appelé des
Docteurs de l'Inde pour la ramener à fa première origine,
ce qui n'a pas empêché qu'elle ne fe foit toujours plus altérée
que dans l'Inde; par exemple, il eft défendu aux Indiens
de tuer & de manger des animaux : la même dcfenfe exifte Ibulp.^^ji
dans le Thibet; mais par abus on s'eft permis d'en manger,
& ceux qui les vendent , croient' avoir fitisHiit à la Reii-
crion en avertilfant les acheteurs de ne point les tuer : on a
nicmè en horreur les Bouchers, mais on mange la viande
fans fcrupule. r > t
Celte Religion, née dans l'Inde, étant traniportee dans
'd'autres pays où les moeurs étoient différentes, a dû y louftrir
des chanaemens ; mais ce qui a dû infpirer une efpèce de
haine entre les différens peuples , c'eft la foumiflion au grand
Lhama du Thibet : par- là les Indiens ont beaucoup perdu
du crédit qu'ils avoient dans les Cours du Thibet ik de U
Chine où ils dominoient anciennement.
V.
ÉiaUifment de la Religion Indienne au-delà du Gange
dr dans les IJles.
Comme ce que les Chinois appellent Inde ou Tien-tfo ,
ne renferme pas la même étendue de pays que ce que nous
appelons du même nom >X Inde , c'eft-à-dire, que les pays
de l\-"ou, de Siam. & les autres, ainfi que les llles, ny
font p^ compris, il ne fera pas inutile d'examiner ici. autant
<iu'il eli poir.ble. comment & en quel temps cette religion
Indienne, qui cil étrangère à ces contrées, y a pendre. Ces
recherches, qui peuvent nous donner de nouvelles lumières
fur l'Hilloirc dç ces régions éloignéçs, nous feront voir que
23Î MÉMOIRES
Jeiirs habîtans n'ont elé polices qu'affez tard. Nous n'avon
fur ce fiijet aucuns monumens hiftoriques, autres que ceux
des Chinois ; ce fera donc d'après eux que je vais prcfenter
ce tableau : Je ne m'arrêterai cependant que fur quelques-uns
de ces peuples, parce qu'outre qu'il feroit trop long de les
indiquer tous, & que d'ailleurs il eîi à préfumer qu'ils ont
fuivi l'exemple de leurs voifins, les Chinois ne nous font pas
toujours connoître la Religion de ces pays : ainfi leur filence
doit autoriler le mien à cet égard ; mais je ne doute point
que, fi l'on pofTédoit un plus grand nombre de livres, on
n'en tirât <Je nouvelles lumières.
Matuon-lln , Je commence par le royaume de iJn-ye que l'on appeloit
v.'T4.^ ^ ' anciennement à la Chine le pays des Élephans ou Sinng-kiun :
il efl: fituc au midi de celui qu'on nomuie Kiao-tcln , & ce
dernier comprend le Tonquin & une partie de la Cochin-
chine : ainfi le royaume de Lin-ye qui eft tort étendu, doit
renfermer le pays de Siam & une partie de ceux qui font
dans le voifmage. Sous les Haii , fes habitans étoient encore
barbares ; & ce ne fut que vers lan 336 de J. C. qu'ifs
commencèrent à fè civilifer par le commerce qu'ils eurent
avec les Chinois. Alors ils fe mirent à bâtir des maifons &
des villes. On rapporte que dans ce pays il y a beaucoup
d'éléphans dont les habitans fe fervent pour monter ; que
la religion de Fo ou de Che~kia y eft établie ; mais on ne
dit pas en quel temps elle y fut introduite : il y a lieu de
croire cependant que l'époque de cet établifîèment ne doit
pas remonter avant l'an 336, puifqu'alors ces peuples étoient
encore barbares, & qu'ils tiennent leur Écriture àts Indiens:
dans la fuite ils font devenus très-puiffans.
Ainfi les Siamois ont été civilifés en partie par fes Chinois
& en partie par les Indiens. En effet, ils ont reçu de ces
derniers la Religion : ils adorent Sommona-Codom , c'eft-à-dire,
fuivant M. de la Loubère, le Samanéen Codom. Ce voyageur
éclairé aiïure que, dans la Langue Buli , qui eft la Langue
lavante des Siamois, Sommona fignifie un Talapoiii ou Boniç
des forêts : on le nomme encore Pouti-Jat. Les Thibétans font
mention
DE LITTÉRATURE. 233
mention d'un Indien qui paiïâ dans leur pays pour y rétablir
Ja religion Indienne : il vivoit vers l'an 260 de J. C. cet
Indien étoit appelé Pouti-fato. Comme les époques ne font
"indiquées que d'une manière vague, il ne /èroit pas impofllbie
que cet Indien, après avoir demeuré dans le Thibel, n'eût
fait \\\\ voyage à Siam, & n'y eût établi la religion Indienne,
puifque, fuivant les Chinois, c'efl: vers l'an 336 de J. C.
époque peu éloignée de celle de 260, également vague, que
les Siamois commencèrent à fè policer. On verra dans la fuite
de ces Recherches, que la diflance des lieux ne peut affoiblir
cette conjecture, puifque les Samanéens entreprenoient <Ss.%
voyages encore plus longs, pour étendre leur Religion.
Les Siamois ont une époque ou ère qui part de l'an 544.
avant J. C. & l'on fuppofe qu'elle commence à la mort de
Sommona-Codom. Dans le fyftème de la Mélempfycole,
Codom étant auffi appelé Pouti ou BoiuJ/ia: ct\a. fignifie qu'on
le regardoit coinme yn\e renaifTImce de ce Lcgiflateur Indien;
& par-là il peut avoir rapport à ditlérentcs époques, c'efl-
à-dire, à toutes celles où l'on fuppofoit que Boiuîha avoit
reparu dans le monde, parce que tout Réformateur ou grand
perfonnage dans cette Religion efl. regardé comme \\w Poiii't:
ainfi comme il cfl né pluiieurs fois, on a diflérentes époques
de (à naillimce, & l'on a adopté celles qui donnoicnt à une
Nation une plus grande antiquité.
Il efl alfcz fingulier que celte époque de 544, s'accorde
avec celle que j'ai indiquée plus haut, c'efl-ù-dire, avec la
féconde époque de la reli^ion Indienne. J'ai fait voir que
Ja première (jui commençoit à la mort de Boiullui , &: qui
avoit duré cinq cents ans, avoit dû finir vers l'an 543 avant
J. C. cju'à ce ternie commençoit la féconde Loi appelée
Suav^-ja ou la Loi des Idoles ; ce rapport méritoit tl'ctre
remarqué : il fera arrivé alors \\\\ changement dans la religion
Inilienne; &. les Siamois auront daté de cette époque qu'ils
ont fixée à l'an 544. Du rcfle tout ce que l'on rapporte de
cette religion des Siamois eft la même chofc que ce que
ion fiit de celle des Samanéens en général.
Tome XL. G g
i.4 MÉMOIRES
■ j
Au fuJ-ouefl: de Lin-ye ou de Siam , eflrune grande I(îe
Ma-mn-lin, OU Prefqu'île que les Chinois nomment Fou- mm ; te ns
Uv.cccKxxi, ij ^.jj.g q^g |,j prefqu'ile de Malaya, l'/4«/-^^; Cherfoinfus des
Anciens, & fans doute une partie des contrées q li lont au
Nord. Les Chinois di(ênt que l'on trouve beaucoup d'or
dans ce pays : il ctoit anciennement habite par des barbares
qui le peignoient le corps ; Se c'étoit une femme qui les
gouvernoit : cette Reine fut attaquée par des peuples plus
méridionaux, & le Chef de ceux-ci l'éj.oufa ; les enfans lui
fuccédèrent. Dans la fuite, le trô.ie palia à un Commandant
de troupes qui (oumit différens pays, & prit le titre de grand
Roi du Fou- nan.
ihhllh'. Ce Prince qui rcgnoit vers l'an 220 de J. C. envoya un
v.'^/V^^^ ' ' <^^ ^^^ parens dans l'Inde. Je crois qu'on ne fera pas fâché
de trouver ici un petit détail de ce Voyage que les Chinois
nous ont confervé. L'Envoyé partit du Fou-uan , 5c tourna
dans la grande mer vers le Nord-ouefl ; il y a apparence
qu'il partit des côtes occidentales de la Prefqu'île ; il fuivit
ces côtes , palîa le long de différens pays , 6c au bout d'un
an arriva à l'embouchure du Tien-tfo-kiang ou du grand
fleuve de l'Inde : il remonta ce fieuve l'efpace de fept mille
//. Le Roi du pays fut étonné de ce qu'étant fi éloigné du
bord de la mer, il voyoit de tels gens arriver dans fa capitale.
Il fit voir à ces Étrangers l'intérieur de fes États, Se les ren-
voya avec des préfens qui confifloient en chevaux Yue-chi
ou InJofcythes. L'Envoyé employa quatre ans à ce voyage.
Suivant fon rapport, la religion de Fo eft établie dans tout
ce pays qui eff très -fertile & très-arrofé. Le Roi porte le
titre de Meou-lun: fa capitale, environnée de murailles, eft
voifine d'un fïeuve divifé en plufieurs ruifTeaux, qui, après
avoir formé un grand canal, en fortent & deviennent un
Kiang ou grand fieuve. Tous les palais de ce pays font ornés
de peintures Se de fculptures : il y a des Marchés ; le com-
merce y eft très- libre & très-facile : on y trouve tout ce
qu'on peut defirer & des chofès très-précieufês. Ces peuples
ont des petites cloches, des tambours & une Mufique; leurs
DE LITTÉRATURE. 235
Iiabillemens font ornés de fleurs. La domination du Prince
efl fort étendue : feize grands royaumes lui rendent hom-
mage, le regardant comme étant au centre du ciel & de la
terre.
Ce voyage finguiier mérite quelques réflexions.
i.° Si la route par terre à l'eft du Gange avoit été prati-
cable & facile, il eft probable que l'Envoyé l'eût prife, au
lieu de s'embarquer. Se de mettre un an à faire le voyaae
du Fou-nan à la Cour du roi Indien.
2.° Il paroît que ce n'eft pas dans le Gajige , que cts
voyageurs pénétrèrent; ils n'auroient pas employé un an à faire
cette route. Le fleuve qu'ils nomment Tien-tfo-kiang femble
devoir être \ liuius : ce qui confirme celte conjeélure, c'efl;
qu'ils paroiflènt arriver dans un pays occupé par les Yue-chi
ou Indofcythes , puifqu'on leur fait préfent de chevaux de
cette Nation qui étoit alors très-puilîante du côté de ïlmlus.
D'après des Cartes Chinoifes que j'ai fous les yeux, on voit
que les Chinois confondent le Gange & l'Indus, c'eft-à-dire,
qu'ils donnent à ces deux fleuves une fource commune après
laquelle ils fuppofent qu'ils fe divifent en deux branches,
l'une au Couchant qui forme l'Indus, & l'autre au Levant
qui efl le Gange.
3." On doit encore conclure de ce voyage, que les habitans
du Fou-tum ne connoidoient guère les Indes ni la religion
Indienne. En effet, dans le fiècle fuivant, c'efl-à-dire, dans
le iv.^ il vint de llnde un Brahine qui fut fait Roi du
Fou-nan, & qui, après en avoir ralfemblé les familles par
dixaines, changea le Gouvernement, & établit les Loix de
i'Inde. C'efl (ans doute à cette époque, qu'il faut fixer l'éUi-
blilîêment de la religion Indienne dans ce pays.
On dit que dans le Fou-nan il y avoit depuis ce temps-là
des flatues de cuivre qui repréfentoient des Divinités. Les
imcs avoient deux vifages & quatre bras ; d'autres quatre
vKages & huit bras : toutes tenoient à chacune de leurs
mains un petit enfant, un oifeau, une bcte, le Soleil «Se la
Lune.
2^6 MÉMOIRES
P</^. r;r(f H pai'oît par Ptolcmée , que dans le Continent même , à
ir/ui». l'orient du Gange, il y avoit encore de Ton temps des Anthro-
pophages : tels font les Byfingi & les Samira qui doivent être
lîtucs dans les contrées dont ii s'agit ici. M. d'Anvilie fixe
la demeure des premiers vers le Pcgou.
AJa-mn-lin, Au nord-oucfl du pays de Fou-nan, depuis les frontières
iT^f^^^^' ^^ l'Inde proprement dite, vers l'endroit oij coule le Gange,
lbid,Uv. au fud-e(t du Thibet, jufqu'à la province de la Chine,
cccxxx, 3ppg[(^g Yuti-nan , étoit une Nation barbare que les Chinois
nomment Nan-tchao : elle doit occuper les pays fitués à
l'occident & au nord de Siam. On diftingue encore un pays
de la même Nation, nommé Puio , qui étoit au fud-oue(l:
celui-ci étoit limitrophe d'un royaume de l'Inde arrofé par le
Gange. Toutes ces Nations étoient originairement barbares,
mais braves. Dans la fuite, la religion Indienne s'y établit,
& l'on y lifoit les livres de Fo : o\\ dit même que dans le
dernier de ces pays, nommé Piao , prefque tous les enfans
s'y faifoient Samanéens , & qu'ils reftoient dans cet état
jufqu'à vingt-cinq ans : ce dernier pays étoit anciennement
peu connu des Chinois ; il le fut davantage fous les Coei
& fous les Tàn dans le iii.^ fiècle ; & c'ed à cette époque
que doivent être rapportés les faits que je cite.
Après avoir parlé A&s pays qui font renfermés dans le
Continent , il convient d'indiquer les Illes dans lefquelies
llid. liv. cette Religion a pénétré. Je commence par celle de Ceilan
^f,'^!/,^^'"' ou la Taprobane des Anciens : les Chinois la nomment
Su-tfu-koiie ou le Royaume des Lions, Ils rapportent que ce
pays qui efl; à côté de l'Inde & dans la mer Indienne, pro-
duit beaucoup de choies rares & précieufes, qu'il n'y a aucune
diftincTiion d'été ni d'hiver : ils ajoutent que cette llle qu'ils,
appellent encore Sin-chen & Polomuen-koue ou le Royaume
des Brahmes , étoit inhabitée anciennement ; qu'il y avoit
à.^s génies & des fèrpens qu'on ne voyoit point ; que les
Marchands d'une infinité de pays s'y rendoient pour y ramafîèr
ce qu'il y avoit de précieux ; qu'enfin frappés de fa fertilité,,
plufiçurs s'y étoient établis , & avoient formé un grand royaume
DE LITTÉRATURE. 237
que Ton appela le Pays des Lions , à caufe de la quantité
qu'il y avoit de ces animaux ; que les mœurs des habitans
font les mêmes que celles des Biahmes, & que l'on y adore
Fo ou Boiuiha. Vers l'an 405 de J. C. le Roi de ce pays
envoya à Gnn-t'i empereur de la Chine, une très-belle ftatue
de Fo , qui étoit de pierres prccieufes : depuis ce temps,
on a vu à la Chine en différentes fois des Ambalfadeurs de
cette Ifle.
Il réfulte de ce récit, que l'île de Ceilan a été long-temps
l'objet du commerce des Nations étrangères , mais qu'elle
étoit inhabitée ; que ce (ont principalement les Brahmes qui
l'ont peuplée & qui y ont porté leur Religion. Le P. Martini
prétend que des colonies Chinoifès s'y font établies ; fentiment
qui ne paroît pas fondé, puifque les Chinois n'en dilênt rien.
Au refle cet établi (îèmen t , s'il eft vrai, doit être poftérieur
au xil.*^ fiècle.
Les habitans de Ceilan ont encore la même Religion ; maïs Lacrojt.t. 74
elle eft plus conforme à celle des peuples du Malabar, qu'à celle ^' ^"^
des Siamois. Ils nomment leur principale Divinité Boiulou ;
c'eft le Boudhci Aç.s Samanéens : ils datent d'une époque qui
part du temps oij ils prétendent qu'il a vécu parmi eux , &
cette époque tombe vers l'an 40 de l'ère Chrétienne ; elle a
fans doute rapport à l'établillement de la Religion chez eux
par quelque Samanéen ou Brahme , qui , prenant le nom de
Boudiui , a voulu faire croire que c'étoit l'ancien Fondateur
de la Religion Indienne qui reparoiffoit en ^ perfonne ; im-
pofture qui a fouvent eu lieu dans cqs pays. Suivant CoHnas
Indopleuftes, vers l'an 520 tle J. C. il y avoit une églife de
Chrétiens Perlîuis à Ceilan. Un voyageur Arabe qui y étoit
en 877, rapporte qu'il y avoit beaucoup de Juifs &: de Anàtn.Rii,
Tauouïs ou de Manichéens, & que différentes autres Religions ''" '°^^
y étoient établies : il ajoute que les habitans de Ceilan ont
parmi eux beaucoup de Savans qui tiennent des alfemblées
& des conférences iur leur Religion.
Ce <|ue j'ai dit d'après les Chinois, que l'ile de Ceilan
n'ctoit ps d'abord habitée, quoique Içs Négocians y ailollçnt,
ijS MÉMOIRES
paroît être confirmé par le récit de Pline , qui dit d'après
Lib. VI. Erathoftènes qu'il n'y avoit point alors de villes, mais feule-
cap, XXII. j^gj^j- ^£5 villages au nombre de fèpt cents ; ce qui efl peu
confidéiable , s'ils éloient répandus dans toute l'île : d'où il
'Aniiq.de faut couclure , comme le remarque M. d'Anville, que ces
rinde,j>, i;o, infidaiies n'avoient point encore de villes fous le règne du
troifième des Ptolémées fous lequel vivoit Érathoftcnes, c'eft-
à-dire, deux cents cinquante-cinq ans avant J. C. mais ils
en avoient du temps de l'empereur Claude, vers l'an 50 de
J. C. comme on peut le voir par la Relation d'un voyat^e
que fit alors dans cette île l'afFranchi d'un Romain chargé
de recevoir les tributs de la Mer rouge : ce voyage eft
rapporté par Pline. Comme les Romains ramènent toutes les
Divinités aux leurs , l'affranchi dit qu'on adoroit Hercules
dans ce pays. Arrien parle auffi d'Hercules adoré dans
Rer. Mie. l'Inde ; & d'après Mégafthènes , il dit qu'on lui rendoit le
LH-e- lyf' même culte qu'à celui de Thèbes, 11 ajoute que, fuivant
les Indiens , Hercules étoit né dans l'Inde , 5c qu'il eut line
fille nommée Patulée , à laquelle il donna une contrée de
l'Inde qui porta dans la fuite ce nom : c'efl ians doute la
contrée appelée PanJionis Reg'io , qu'on place fur la côte de
Malabar. Les Indiens dans leurs livres parlent d'un Roi
Bagnvadam, qu'ils nomment Pandou ou Pandou raja. Mais comme il efl
^!"xxxvm' impoffible d'éclaircir toutes ces traditions, faute de monu-
V'Jif- mens, je reviens à mon fujet.
H n'eft pas toujours aifé de déterminer la pofition des
Ma-tmn-lm, différentes Ifles dont parlent les Chinois. Il ell fait mention
y.cccxxxi. ^' j^ç voifine du Fou-nan & de Un ye : ils la nomment
Kan-îodi , & difent que les habitans ont les mêmes mœurs
que ceux àQ% pays dont je viens de parler. L'an 502 de
J. C. le roi de Kan-îo-li nommé Kiu-tan-fieou-poiitia vit en
fonge un Bonze qui lui dit qu'il régnoit dans la Chine un
Prince fage qui avoit établi dans ks États la Religion de Fo;
il confeilla à ce Prince de lui envoyer ilcs AmbaHàdeurs, s'il
vouloit que fon pays devînt florilîant. D'abord K'm-tan-fieou-
f outra n'écouta pas cet avis ; mais il s'y rendit enfuite. On
DE LITTÉRATURE. 239
remarque que ce Prince étoit un difcii^e de Fo ; ainfi la
religion Indienne étoit établie dans les Etats. _
Dans les environs de cette Hle. on en place une autre qui ^.^_^W-K
«a fort grande, & qui c(t (c^^arce du pa)s de Lin-ye par un ^.^^.
bras de mer : elle elt éloignée de Kuio-tcheou , capitale du
Tonquin, de quarante jours de navigation ; elle a été connue
du temps des So,v^, vers l'an 424. de 1 ère Chrétienne ; on a
nomme Pnon-puon, Se Ton remarque qu il y a beaucoup de
Brahmes qui y viennent des Indes pour fan-e le commerce
& que le Koi aime beaucoup ces Indiens. On ajoute qu il
Y a dix temples de Fo . dans lefquels on lit les livres de ce
Léailliteur; que ceux qui fuivent Ion culte y mangent de la
viande, mais qu'ils ne boivent point de vin. Nous avons vu
ph.s haut que les Thibétans s'étoient relâches fur 1 ufage de
h viande; mais ce qui mérite une attention particulière, cSc
oui nous lailîè entrevoir des vdliges de communications qui
nous font inconnues, c'ell qu'il y a dans cette lile ^"^^temple
& des (edateurs de Uo-tfe . Philofophe Chinois, Chet de
la Religion des Tao-Je : nous en avons vu également des
veaigcfdans le pays de Khoten fitué dans la l'artane méri-
dionale. Dans fllk dont il s'agit ici . ces Tao-fc lifent le livre
intitulé O-CiCOu-lo-von^-kwg. ou le Livre Au Roi O-juou-lo ;
c'ea leur livre canonique ou facré. Ces Tao-je ^^t fcmt pas
fort ellimés : dans le pays on les nomme 1 an , Se les Bonzes
de Fo font appelés Pikou. Les Rois de cette Hle ont envoyé
pluf.curs fois des AmbalTadeurs à la Chine. On voit par ce
récit que le culte religieux dans plufieurs îles de Ihule peut
aauellementétre un mélange Se de la religion huhenne Se de
celle des Tao-(e , Religion née à la Chine avant Contucius.
11 ell encore fait mention de plufieurs pays ou îles au lud
ou fud-ouell de Siam. mais dont il ell difficile d indiquer la
véritable htuation. parce que les Chinois dans leurs d.tfcreiis
vovaues r>nt pu donner des noms différens au même pays. CSC
regarder comme une contrée différente ciuelcjue portion d une
grande llle où ils abordoient. Le P. Gaubil obferve au f.)et de m^M^
ces îles de l'Inde , que la plupart des Géographies Clunoiles ^,^,^.
240 MÉMOIRES
donnent très -mal les diflances & les rhumbs de vents entre
la Cochinchine , Manille , Sumatra , &c. de nicme que la
pofition des divers pays qui font fur ia côte orientale du
golfe de Bengale Si. fur celles de Coromandel Se de Mala-
bar. Il faudroit avoir fous les yeux tout ce qu'ils difeiit de
ces pays pour les reconnoître ; mais ce feroit un travail trop
long, & qui mecarteroit de mon fujet. Mon principal objet
ici eft de faire voir que la Religion Indienne s'efl répandue
dans les îles de l'Inde ; & celles dont il s'agit ici , doivent
être dans les environs de Java, de Sumatra, &c.
Ma-tuoit-liri , Le pays que les Chinois nomment Tchc-tou, eft également
liv.cccxxxi. ^^.^Q île où l'on fe rend après cent jours de navigation : il eft
habité par différentes peuplades forties du /b«-/iiW; on appelle
ce pays Tche-tou, c'eft-à-dire, de couleur de chair, parce
que la terre paroît de cette couleur aux yeux de ceux
qui le découvrent. Il y a des Brahmes qui s'y font établis
pour le commerce , & l'on y fuit la religion de Fo. Dans
le vil.^ fiècle de l'ère Chrétienne, ces peuples envoyèrent
àti Ambalfadeurs à Ya/ig-ti empereur de ia Chine. Sur une
grande Carte Chinoife , ce pays efl: encore appelé Lo-lo,
&. paroît être dans les environs de Sumatra, s'il n'en fait pas
partie.
JMJ.riv. Au fud-oueft de Lin-ye, efl le pays Tchln-la , dépendant
cccxxxu, A^y^T^ Pou-nan ; ainfi il doit être dans les mêmes parages : on
y facrifioit des viélimes humaines à des Divinités particu-
lières ; mais on obferve que plufieurs àt% habitans fuivoient
la religion de Fo , 5c d'autres celle de Lao-tfe. Il paroît
que ces Religions n'y étoient que tolérées , puifqu'elles n'y
avoient pas de temples, & que chacun avoit (ts images dans
fa maifon : ce qui prouve que ce pays a été long-temps
barbare. Vers l'an 605 de l'ère Chrétienne, ces peuples
envoyèrent des Ambatfàdeurs à la Chine. Dans la fuite ils
ont été fournis aux Tcheii-tc/iiiig , peuples de la partie méri
dionale du Tonquin.
liucp. y. Au midi de ce pays eft une autre Ifle qui a été connue Açs
Chinois au commencement du vu.^ fiècle de l'ère Chrétienne ;
elle
DE LITTÉRATURE. 241
die efl éloignée tie Canton vers le Siid-oueft:, cîe cent jours
de navigation ; on la nomme en Chinois Teou-ho : la Religion
Aç, Fo , & celle de Lao-tje, y font établies.
Je finis ce que j'ai à dire des iles de l'Inde, par celle de /.fa-taen-lm;
Tou-po qui efl fort grande : les habitans font policés ; ils ont ' ^F'"'*^'*'
une Religion particulière; mais plufieurs fuivent celle de Fo.
Vers l'an 4.36 de l'ère Chrétienne, ils envoyèrent des Am- Hiji-<its
bafîkdeurs à la Chine. Le P. Gaubil, après avoir rapporté ^^"f""/'
les differens fentimens des Chinois fur la pofition de cette Che-far.g-
île, penlè que c'efl Bornco. Dans un Truite (Je Géogmphie"'""^'''^^
C/iinoife, fait fous la dynaflie précédente, celle des Ming, on
donne encore à ce pays de Tou-po, le nom de Koua-oua.
Sortons àts îles de l'Inde pour nous tranfporter du coté du
Japon : ce pays forme, comme on le fait, un empire confi-
dérable, fort ancien, &. policé depuis très-long-temps félon le
rapport des Voyageurs ; en conféquence, Kœmpfer fait venir
ies Japonois Ati plaines de Sennaar ; mais examinons avec
impartialité cette prétendue antiquité. La fondation de la Mo-
narchie n'ed que de l'an 6(5o avant J. C. Pour tout ce qui
précède cette époque , les Japonois admettent les Empereurs
de la Chine, en commençant à Fo-hi ; ainfi toute cette tète
de leur Hiftoire ne leur appartient point, & il ne faut partir
que de l'an 660 avant J. C. mais il paroît qu ils n'ont été
policés que long-temps après. Les Japonois tiennent leur
Ecriture Si. toutes leurs Sciences dçs Chinois : ils ont les
mêmes livres. Dès l'an 54 de J. C. ils envoyèrent des Afa-wan-^a,
Ambadiuleurs à la Chine, mais ce ne fut que vers l'an 28 6 ''^•"'_'^'^'^''*'*
qu'ils reçurent par des peuples des environs de la Corée les
cara(flères & les livres des Chinois ; ainfi l'on ne peut hxcr
qu'à cette épocjue le commencement de leur application aux
Sciences , &. lans doute de leurs Loix &: de leur Police
perfedioniiées : nous ignorons ce qu'ils étoient auparavant.
C'efl donc à tort que Kœmpfer dit que la doclrine de
Confucius étoit trcs-ilorifîànte dans cet em[Mre vers l'an 65
de J, C. C'efl aulji à celte époque qu'il (ait entrer la Religion
Indienne dans le Japon. Si elle y pénétra dès-lors, &: ii celui
Tome AL. H h
24^z MÉMOIRES
qui l'apporta à la Chine , paiïà eiifuite dans le Japon , elle
n'y fît pas de grands progrès, puilque, fuivant d'anciennes
defcriptions du Japon , cilt'es par Ala-ttwn-lin , ce ne fut que
l'an 552, que les Japonois reçurent la Religion Indienne par
le moyen des Pe-tfi, peuples des environs de la Corée, les
mêmes qui auparavant leui' firent connoître les livres & les
caraéières Chinois. Mais depuis celte époque de l'an 5 5 2 de
J. C. cette Religion y devint trcs-Horillànte ; Se c'cfl vers
ce même tempi que Kœmpfer hxe l'établidèment folide
MaiNon-lin, & permanent du culte Indien au Japon. Kininei ou Kiinme
t'.'^y!^^^"' éloh alors fur le trône : ce Prince favorifa beaucoup cette
Kœmpffr. Religion qui fe rcpantlit dans tout ce pays ; il fit élever
''"'' "' plufieurs temples, &. fiire à la Chine des (tatues de Fo, que
l'on tranfjiorta enfui te au Japon.
Les Hiftoriens Japonois en racontent ainfi l'origine fuivant
Po^.id}. Kœmpfer :«il y a environ mille ans, di(ent-ils, qu'il y avoit
» à Tfiu-tcn-fi-kii , ( c'ed ainfi que les Japonois prononcent le
>j nom de Tcliong-tieii-tfo, qui en Chinois lignifie Xlmïedu milieu)
» un illuflre Fotoke , nom.mé Mokuren , dikiple de Che-kia. Vers
» ce temps-là , la docT;rine de JambaAdn goiuio iiiorai , c'efl-à-
» dire , d'Auiida, le grand Dieu & k Proteâeur des aines fe'parécs
» du corps, s'introduifit à Fakkufai ou à la Chine, d'où elle fê
» répandit dans les Etats voifins : elle pénétra dans le TJino-
» kuni ou le Japon, dans un endroit nommé Naniwa, où l'idole
■>-> d'/4/H/^/(? apparut à la bonde d'un étang, environnée de rayons
» dorés, fins que perfonne fut qui l'y avoit apportée. Cette
» ftatue merveiileufe fut conduite dans le pays de Sinano par
» Tonda jofijmits , Prince d'ime valeur héroïque &. d'une grande
« piété, & placée dans le temple de Sinquofi , où, fous le nom
» de Sinquofi Norai , c'eit- à-dire, Norai ou A/nida de Sinquofi,
n elle fit beaucoup de miracles qui rendirent ce temple célèbre
dans tout l'Empire. »
11 paroîtroit par-là que la Religion Indienne auroit pénétré
au Japon en même temps qu'à la Chine ; mais il efl confiant
qu'elle n'y fit pas de grands progrès, La confbuélion du
iiid.t.ll, temple de Sinquof efl du temps de l'empereur Kimme , &
DE LITTÉRATURE. ^43
i'appîirltion d'AmiJa eft un peu antérieure, c'ea-à-dire, un
peu avant Tan 550 de J. C. Les Jnponois en adoptant
cette Religion clranoère , ont traduit dans leur Langue tous
les noms propres des Divinités, ce qui les rend prefque me-
connoiflàbles. r , ^ 1 1 . /('^m.fi.r
L'an 586 de J. C. Joo-mci monta fur îe trône du Japon: , /^f^^^;
ce Prince eut un fils nommé Sotoktais , qui eR le grand AU-wo^-rm.
Apôtre du Japon : Kœmpfer le fait naître fous le règne de ^-/^f ^^'^'
Blat7 prédécelTeur de Joowci. Je fuis ici un hiitonen Chmois
nui vi'voit dans le x/ f.ccle, & qui avoit fait une HiRon-e
du Japon, dont Ma-tuon-lin donne l'extrait. Ce Prophète
cft nommé en Chinois, Oiins-te-îoi-tfou . que les J^pono!^
prononcent Soîoktah . &, fuivant les Chinois, , eft hls de
Joo-mel Penda.U que fa mère ctoit endormie, il fe prefenta ^^^-/.-.
•\ elle un perfonnage qui lui dit : Moï , le f^int Gufobajati,
rctwitrai encore pour inflruirc le momie , & pour cela je Acfcemlrm
Acws tonfein. En effet, elle accoucha enfuile d'un fils qui fut
nommé alors Fatffino . & après fa mort Tais Sl Sotokùns
c'elt-à-dire, le Prince he'ritier : en Chinois, Tai-tfou , ou le
très-vertueux Prince héritier, Ching-te-tai-tfou. Le même Hil-
torien Chinois rapporte qu'à trois ans il entendo.t parler
dix-huit hommes à la fois, c^ qu'à fept ans il s appliqua
aux livres de Fo dans le temple de Pouti : il commenta
quelques livres. Vers l'an 55,0, on envoya chercher à la
Chine le l\i-hon-Kwg : alors le culte de Po s accrut a un
point extraordinaire dans le Japon ; on y apportoit des pays
^-tranc^ers beaucoup de ftatues ; & il y arriva des Statuaires
& des Prêtres de cette Religion ; mais un no!-nmc Aiorui
s'éleva contre la dodrine de Sotoktciis , Si brÛia les ftatues
de fo ■ il fut battu Se tué; & l'on éleva, en mémoire de
cet événement , le temple de Sci-kn-ta-timi dans la province
de Tfimntfukuri. ,
On voit par- là que les Japonois ont augmente le nombre
des Dicaix I.Klien.<. Sotoktais étoil regardé au Japon^ comme un
homme divin , 8c fa réputation avoit pénétré jufqu a a Clnne.
Sous te règne de Suiko, fille de Kiiimci & veuve de I-itcits,
H h ij
344 MÉMOIRES
l'un & l'autre empereurs du Japon , on apporta Je fa Chine
un livre de ia Religion Indienne : les Japonois le nomment
Rekkdtofo ; cela arriva vers l'an 603. Deux ans après, l'Impé-
ratrice prit \.m^ fîatue de Fo qui ctoit de bronze, en fit faire
de la monnoie , & fubditua à (à place une flatue de plâtre.
L'or étoit encoF€ inconnu au Japon ; 5c ce ne fut que dans
cette même année qu'on y en apporta pour la première fois;
il venoit de la Corée. Ce fut fous le règne de cette Princefîè,
que mourut Sotoktû'is , âgé de quarante-neuf an5.
Suiko eut pour fucce(îèur Sfijoiiiei, l'an 6zc) de Jéfus-Chrifl.
La troifième année de fon règne , naquit au Japon un per-
fonnage célèbre dans cette Religion ; on le nomme Gienno
Gioja : il y fut le Fondateur des Pénhens ou Jammahos qui
vivent dans les montagnes, dans les bois & dans les déferts;
ce font les Pénitens des Indes. On apporta de la Chine des
livres de la Religion Indienne , & particulièrement ceux de
ia do(fl;rine du Ta-tclnng ou dodrinc fecrette ries Indiens.
Dans ce tenrps beaucoup de Japonois alloient à ia Chine,
& beaucoup de Bonzes fe rendoient au Japon.
Sous le règne de Tenhu qui monta fur le trône l'an dyi^
on bâtit le temple de ATukra , & on apporta de la Cliine
un livre làcré de cette Religion que les Japonois nomment
Jjfdikio , qui renferme des prières.
Sous celui de l'Impératrice Kenme'i qui commença en 708,
on éleva le fameux temple Koo-ho-kufi , où il y a une flatue
de Clie-kiû , faite de bronze 5c d'or. La Religion Indienne
le maintint ainfi en grande faveur au Japon : on ne cefîbit
d'y conflruire de nouveaux temples ; elle étoit devenue en
quelque façon la Religion de l'Empire ; ce ne fut que vers
i'an 867 de J. C. qu'on porta à la Cour du Japon les livres
de Confucius , 6c on les y lut avec plaifir. La Religion
Indienne s'y foutenoit toujours avec éclat. L'an f)86 de J. Cv
Kud-(jhn qui étoit fur le trône du Japon, en defcendit pour
embiader ia vie monaftique, & fe retira dans le monaflère
de QjKinfi : dans la fuite , d'autres Empereurs imitèrent cet
exemple. Oii peut voir dans Kœmpfer les cvènemçns qui
DE LITTÉRATURE. 245
concernent ce culte ; ils font trop ifoiés & trop peu détaillés
pour les rafîèmbler ici. Ce que j'en ai dit fuffit pour faire
voir que la Religion Indienne a pa(îé de la Chine au Japon ,
où elle fubfifte encore à préicnt ; & on peut juger par-là du
zèle de ces Indiens à étendre leur Reiitfion.
Les voyageurs Arabes dont les Relations ont été traduites Ar.cRtï,
par M. l'Abbé Renaudot , rapportent qu'il y a parmi les''*'"'"
Indiens des hommes pieux dont la dévotion confiHe à aller
chercher des îles inconnues ou nouvellement découvertes :
ils y plantent des cocotiers, & y creufent Aç.s puits, pour
procurer des vivres & de l'eau aux vailfèaux qui pafîènt.
Cette fingulière & rare dévotion a dû contribuer à étendre
fort au loin la Religion Indienne, &L à la faire palier dans
beaucoup d'iles de l'Océan. Voici un fait qui peut fervir à
le prouver.
L'an 4cjp de l'ère Chrétienne, il vint à la Chine un Ma-tum-ftHi
Samanéen nommé Hoeï-ihin, qui rapporta qu'à l'Orient de ^-^^^^^^"t
la Chine, à vingt mille li au-delà du pays de Tahan , il y ' '
a une contrée appelée Fou-fang , dans laquelle, l'an 4,58 de
J. C. cinq Samanéens originaires de Samarcande s'étoient
rendus : ils y avoient porté la Religion de Fo , &. des images
de cette Divinité : ils avoient cnfeigné aux habitans la doclrine
Indienne ; alors pluficurs quittèrent leur famille pour (e faire
Religieux ; ce qui avoit changé les mœurs de ces peuples.
J'ai donné dans \n\ Mémoire particulier la Defcription que AUm.JerAc,
ces Bonzes font de ce pays; &. j'ai conclu, d'après les mefures "^" ■^'■^^'J^h
indiquées, qu'il devoit être filué vers l'Amérique, s'iï n en ''''^''^*
fait pas partie. Tout ce que ces Bonzes difênt de ce pays,
n'a rien qui annonce le merveilleux, &: les foupçons que
Î[ueU|ues Géographes ont pu avoir fur ce fu/ct , ne font
ondes que (ur les mefures des diftances qui paroillcnt de
beaucoup trop longues , &^ (ur le peu d'habileté des Chinois
dans la Navigation. 11 cfl certain que ces mefures font
exagérées , Se que leur terme conduiroit bien au-delà de
l'Amérique vers l'Efl : mais cette erreur ne détruit pas le
fcntiment que j'ai propolé, puifque l'Amérique paroit devoir
■24<^ MÉMOIRES
être renfermée dans i'intervalle donne. Quand on examine
toutes les didunces rapportées par les Chiiiois, lorfcju'il s'agit
des îles , on les trouve également exagérées ; & le P.
Gaubil convient lui-même , comme je l'ai dit , qu'il ell
difficile de recoiinohre les îles dont les Chinois parlent,
parce qu'ils indiquent mal & les diilances & les rhumhs de
vent. Dans la quedion pré(ente, û la mefure n'étoit que jufte,
au lieu d'être exagérée, on pourroit conclure qu'ils n'ont pas
pénétré fi loin que je l'ai prétendu. Au relie, j'ai propofé mes
conjectures fur ce pays ù éloigné de la Chine & du Japon;
c'eft tout ce que l'on peut dire fur un fjjet de cette efpèce
qui n'ell: pas fulceptible de démonflration. Le peu d'habileté
des Chinois dans la Navigation n'eft ici d'aucune autorité;
il ne s'agit que d'ouvrir leurs livres pour voir qu'ils ont
entrepris des voyages de très-iong cours. Il réfLiUe toujours
de-là que la Religion Indienne a été portée dans des pays qui
font fitués bien au-delà du Japon vers l'Eft. Cet événement
fingulier, conforme à la dévotion particulière de ceux qui
ont embraiïé cette Religion, méritoit de n'être point oublié
ici. Dans ce qui précède , nous avons vu leur zèle pour la
faire connoître dans toutes les îles & dans tous les pays les
plus éloignés ; ainfi leur voyage au Fou-fûng n'eft point
impoflible.
Jufqu'à préfent je n'ai pas parlé de la Chine , parce que
j'ai cru devoir indiquer d'abord toutes les contrées où cette
Religion a pénétré, & fur lefquelles j'avois moins de détails.
Je réièrve pour le fécond Se le troifème Mémoire tout ce
qui concerne ce vafle Empire. Les livres que j'ai fous les
yeux, me mettront en état d'entrer dans un plus grand détail;
&: ce détai{ efl d'autant j)lus intéreilànt, qu'il fervira à nous
développer une partie de la Littérature Indienne, celle fur-tout
qui a rapport à la Religion : il nous fera connoître une foule
de livres Indiens dont nous n'avons pas la plus légère idée,
un grand nombre de Brahmes qui font pafîés à la Chine où
ils ont traduit ces livres en Chinois, & enfin les principes
de cette Religion qui font i-cnfermés dans ces monumens.
DE LITTÉRATURE. 247
Si l'on voiiloit mettre à contribution tous les livres Chinois
que nous avons ici ; ù l'on en avoit un très-grand nombre
tl'autres qui nous manquent, & dans iefquels on trouveroit
des détails infinis, on parvien.iroit à faire fur cette Relicfioa
un travail qui nous donneroit beaucoup de nouvelles connoif-
lances fur l'Inde. Tels font les iêcours que l'on peut tirer de
la Littérature Chinoise pour des objets qui paroiflent étrangers
à la Chine.
RECHERCHES HISTORIQUES
SUR LA RELIGION INDIENNE.
SECOND M É M O I R E.
Établïjjhnent de la Religion Indienne dans la Chine,
if fon Hijlolre Jufquen j j / de Jéfus-Clirijl.
Par AL de Guignes.
L
Hijloire de cette Rel/^iofi depuis l'un ô'j 'jnfm'cn 220
de Icfus-Chnfl.
J'a I dit dans le premier Mémoire, qu'il y avoit, fclon les Lu
Indiens, trois époques dans leur Rcli^noii. La première '^'°-'"''fe*
qui a duré cin(] cents ans, a fini vers l'an 543 ou 469 ^
avant J. C. La féconde qui a duré mille ans, a du iinir
vers l'an 531 ou 457 de J. C. Comme les livres Chinois
fournidcnt beaucoup de détails depuis l'an 6 5 de J. C.
juniu'à la 'îm. de cette féconde époque, j'ai cru devoir fuivre
celte diviliou, &: renfermer dans le fecoml Mémoire tout ce
qui s'ell pallé, concernant cette Religion, dans celle féconde
cpotjue; rcfervant pour le troidème l'Hilloire d{^% temps qui
fc lout écoulés depuis r.iii 531 de J. C.
:248 MÉMOIRES
Dans ces deux Mémoires, il ne fera prefqiie qiieflion que
de la Chine, parce que nous n'avons pas d'ancienne Hilloire
de l'Inde.
Lett. Edif. " De toutes les parties de la Littérature, dit le P. Pons,
Tl^T'^' » l'Hirtoire efl celle que les Indiens ont le n^.oins cultivée : ils
« ont un goût ininii pour le merveilleux ; &: les.Brahmes s'y*
font conlormés pour leur intérêt particulier.» Ce Miffionn»ire
croit cependant que, dans les palais des Princes, il y a des
monumens fiiivis de l'Hilloire de leurs Ancêtres, Tiu^-tout
dans i'indoudan , où les Princes font plus puilFans & Chefs de
Cafles. « I! y a même, dit-il, dans le Nord plufieurs livres
« qu'on appelle Natak , qui , à ce que des Brahmes lui ont affuré ,
» contiennent beaucoup d'Hiftoires anciennes fans aucun mé-
lange de fables. » Mais ce favant Miirionnaire n'en a point
vu pour en juger. 11 alTure que, dans les Poëmes Indiens, on
trouve mille reffes précieux de l'Antiquité, une notion bien
marquée du Paradis terrefîre, de l'arbre de Vie, de la fource
Aqz quatre grands Fleuves dont le Gange eiî: un, du Déluge,
de l'Empire ô^tts Affyriens, & des vi(5loires d'Alexandre fous
le nom de Jdvana Raja , roi des javans ou Grecs. Mais tous
ces vefliges qui ne prouvent point l'antiquité des Indiens ,
fervent plutôt à nous faire voir qu'ils ont copié les livres
ù^ti Juifs, à^s Perles, des Chrétiens & àts Grecs.
Privé du fecours des Hifloriens Indiens, je fuis forcé de
me borr.er à ce que rapportent les Chinois : ainli je vais
donner i'Hidoire de la Religion Indienne à la Cliine depuis
l'an 65 de J. C. jufqu'à l'an 531, temps où il paroît être
arrivé une révolution dans cette Religion.
Ceux qui prétendent que la Chine a été policée par les
Indiens, peuvent ouvrir {i:s Annales, & ils y verront que
leur fentiment n'eft qu'une conjeéiure deflituée de toute
vraifemblance, & que cette conjeélure ne peut pas être ap-
puyée fur le témoignage des Indiens, puifque les Annales de
ceux-ci font inconnues. Ces Ecrivains (uppofent qu'il y avoit
par le Midi une communication facile entre l'Inde & la Chine,
pils veulent parier de la route par Mer, nous avons vu plus
haut
DE LITTÉRATURE. 249
haut que les Ides n'ont été découvertes Se policées qu'affez
tard , & dans un temps où l'empire Chinois avoit déjà
toutes Tes Loix ; ajoutons que ia Chine méridionale elle-
même a été plus long- temps barbare & la dernière policée.
11 éloit cependant naturel que l'on eût commencé par cette
contrée, puifque la Navigation y conduilbit direclement.
Si l'on îprend la route par terre pour aller de l'Inde dans
ces mêmes contiées méridionales de la Chine, ces contrées
auroient dû encore cu-e les premières policées ; & elles ne
l'ont pas été , parce qu'il auroit fallu traverier des pays im-
menfes habités par des peuples barbares. Le Pégou & Siam
par leiquels il ialloit paffer, auroient dû également être fortis
de la bai-barie , avant qu'on eût porté des Loix dans la
Chine. J'ai fait voir que la civiiilation de ces peuples eft
moderne ; & ce que j'ai dit à ce fujet , eft conlirmé par
Ptolémée qui place dans le Pégou un peuple nommé Bcfyngi ; Jj^'^'^^
c'étoit alors une nation d'Anthropophages. Un peu plus au Ar.t.Géog.
Midi , & vers Siam , il fait mention d'un autre peuple qu'il %'''/; J^^
appelle Leflci ou Voleurs. Dans le mènie Chapitre , il parle de ;,. / 6^ irjuw.
quelques autres Anthropophages : ainfi ces peuples n'avoient
pas encore reçu les Loix des Indiens entièrement oppofées
à cette barbarie. Je vais plus loin : ia route de l'Inde à la
Chine par ce coté eft encore prefque impraticable, &: elle
devoit l'être davantage autrefois , puifqu'elle étoit remplie
d'Anthropophages & de brigands.
L'Auteur des Remarques fur l'H'tpoire génécihgujue Jcs F^s' ^f*
Tatiirs . obferve cjue « pour aller de la grande Tartarie par
le royaume deTangout dans les pays de Pégou, deTonquin, «
& les antres qui (ont dans le voifmage, il eft nécelfaire de «
côtoyer ou les frontières de la Chine, ou les Etats du grand «
Mogol ; car il eft impolhble, dit- il, de palier par le milieu «
du pays à caufe des vaftes iléferts (iiblonneux qui occupent u
Je dedans de ce royaume, ôc qui s'étendent depuis les fron- «
tières du pays d'Ava, jufque bien avant vers le Nord au-delà «
des frontières du royaume de Tangout : de -là vient (jne les «
fujcts lies États du grand Mogol n'ont, poui- ainfi dire, eu «
Tome XL. ï*
250 MÉMOIRES
» jufqu'ici aucun commerce avec les Chinois. Les uns Se les
» autres, ajoute-t-il, feroient obliges de faire un grand détour
» au Sud , & de pa(îer avec des fatigues incroyables par les
montagnes du royaume d'Ava pour commercer enfcmble. »
On voit qu'ils lèroicnt contraints de prendre la route où
PtoL'mce place des Anthropophages. Mais pour donner une
idée de la diHiculté dé pénétrer par-là à la Chine, le-même
Auteur des Remarques rapporte « qu'un des premiers Officiers
5> de la Cour du Grand Mogol ayant voulu ie lauver dans ce
» pays à travers ces délerts avec une fuite de trente perfonnes,
» il n'en arriva que trois avec lui fur les frontières de la Chine;
» tout le refte périt en chemin de ioif & de misère. Si les
» Chinois, continue-t-il , peuvent fe maintenir dans la pofîèf^
» fion de Chamil & de Turphan, ils feront à portée d'avoir
» dorénavant plus de correlpondance avec les Etats du Grand
Mogol. «
Ce que cet Auteur oblerve pour ces derniers temps, efl
ce qui arriva autrefois lous les Han. Les Chinois devenus
maîtres alors de Chamil & de Turphan , prolîtèrent de ces
conquêtes pour connoître tous les peuples qui s'étendent de-là
julqu'à la mer Calpienne ; & c'efl: dans les ditîcrentes courlès
qu'ils firent alors, qu'ils connurent enfuite les Indes. D'après
ces oblêrvations , il réfulte que les Chinois n'ont pu, dans
ces temps anciéiis , ctre en relation avec les peuples Occi-
dentaux, que par le nord-ouefl de leur Empire, & par la
province de Chenfi : effectivement c'efl le nord de la Chine
qui efl: le plus anciennement policé , ce qui ne s'accorde pas
avec la route de l'Inde, comrhe on le luppole.
Ma-tuon-lk. £)e l'àveu des Chinois eux-mêmes, l'Inde leur a été long-
pagej^: ' temps încounue ; & les Indiens, dit un Auteur Chinois,
cité par Mii-tuon-lin , n'étoient pas inftruits de ce qui con-
cerne la Chine. Sous la dynaflie des Hun, qui efl montée
fiir le trône i'an 207 avant Jéfus-Chrid, les Chinois firent
de grandes conquêtes à l'occident du Chenfi, c'efl:- à- dire,
dans les pays de Chamil ou Hami , d'igour , & même au-
delà, jufqu'à la Badrjaiie. L'an 126 avant J. C. l'empereuï
kv. cccxxxv m,
page 1^:
l. ccxxvi,
Vf?'
DE LITTÉRATURE. 251
Vou-ti envoya un de Tes Qcncraux dans le 71;-//<7/ ou Khorofuti :
ce Général nommé Tchang-kien vit dans ce pays différentes
marchandifes de l'Inde qiui ne connoliroit pas ; il demanda
d'où on les tiroit ; & les gens du Khorofan lui répondirent
que leurs Marchands les alloient chercher dans l'Inde : il
entendit paiIer en même temps de la Religion de Fo. A Ton
retour, il rendit compte à l'Empereur de ce qu'il avoit vu ;
& ce Prince, dans le delTcin de conno4tre davantage ce pays,
envoya piufieurs perfonnes par le fud-oueft; mais les peuples
de ces contrées ne les laifsèrent point palFer : ce font appa-
remment ces brigands & ces Anthropophages , dont parle
Ptolémée.
"Voilà les premières notions que les Chinois eurent de
rinde ; ainfi ce ne font pas les Indiens qui les ont policés :
d'ailleurs les Chinois font peu de cas de la dodrine Indieime.
Tchu-tfe, célèbre Phiiofophe Chinois, dit formellement que
les Ouvrages de Fo ne renferment rien que de très-commun.
11 femble même vouloir fiire croire que les Indiens, par le
commerce qu'ils ont eu avec les Chinois , Ibnt devenus plus
habiles, parce que, félon lui, c'efl avec le fecours des Lettrés
de la Chine, que ces Indiens ont entrepris de très-grands
Ouvrages. Ce ièntiment de Tchu-tfe ell entièrement oppofé
aux idées que l'on foutient en Europe, fur les Sciences àzs
Indiens. i>i, (.lepuis ce commerce, les Chinois ont emprunté
de ces peuples diHcrentes connoilTances, comme il c(l facile
de le démontrer, on pourroit faire voir en même temps que
les Indiens en ont également acquis des Chinois.
La tentative de l'empereur de la Chine, pour pénétrer
aux Indes, fut donc fms fuccès. Quelques Hiftoriens Chinois
rapportent ([ue l'empereur Gnaï-tï , vers la preinière année
de l'tre Chrciienne, envoya une perlbnne dansj'Indc, pour
avoir les livres de Fo : alors on entendit parler davantage
de cette Relirrion; mais comme on n'apporta point ces livres,
on ne l'embralfa point, &: ce ne fut que l'an 65 de J. C.
que l'on tut plu> de connoilfance <Sv du pays «Se de la Religion
Indienne. L'empereur /W///^-// qui régnoil alors, vit, dit-on,
li ij
252 MEMOIRES
en longe une figure d'homme qui étoit très -brillante ; Il
confulta , à fon rcvcil , quelle pouvoit être cette iigure î
On lui rc'pondit qu'il y avoit dans l'Occident une Divinité
nommée Fo , qui refiëmbloit à la figure qu'il dcpeignoit.
C'ell d'après ce rêve , rapporté dans les Aimales , que l'Em-
pereur envoya dans l'Inde deux perfonnes pour s'informer
de Fo & de fa Religion. A leur retour, ils apportèrent uwq
ftatue de ce Dieu, & un livre qui fut appelé en Chinois,
Su-clie-ulli-chû!ig-kii!g , c'eft-à-dire, le Livre des quarante-
deux paragraphes. Les Envoyés étoient accompagnés de deux
Samanéens ; l'un nommé Alo-teng, & l'autre Tfo-fa-lan ;
Si. comme le livre étoit porté fur un cheval blanc, on bâtit
dans la ville de Lo-yaiig un temple que l'on appela le Temple
du Cheval blanc : on dépofa ce livre dans une Tour que
l'on fit conftruire, & l'on fit plufieurs fiatues de Fo. Par la
même raifon, on appela encore le livre, le King apporte' dans
le Temple du Cheval hlanc. Voilà le premier livre Indien
concernant cette Religion, qui fut apporté à la Chine, &
traduit en Chinois par les Samanéens dont j'ai parlé : ii
contient les Difcours que Fo tînt à ks: difciples. J'ai dit
précédemment que ce Légifiateur n'avoit rien écrit ; que
fies difciples, dont Kia-ye & Onan étoient les principaux,
raiïèmblèrent toutes les inftrudions , & qu'après les avoir
mis en ordre, ils les tranfcrivirent. L'Ouvrage dont il s'agit
ici , en eft le commencement ; la traduction qui en fut faite
alors, en Chinois, efl déjà fort ancienne, puiiqu'elle a dix-
fept cents ans. On jugera fans doute qu'il feroit important
de la connoître ; elle eft à la Bibliothèque du Roi ; & c'efl
d'après cette tradudion Chinoife , que j'en ai fait autrefois une
en François, qui, à l'exception de quelques paragraphes, efl
Tomel, imprimée dans [Hifloire des Huns : je pourrois y renvoyer^
u.' parut, ^ j^g m'étejidre fur ce livre ; mais comme je n'avois
pas alors de cette Religion toutes les connoilfances que j ai
acquifes depuis, il ne fera pas inutile de m'y arrêter un
moment , & de faire quelques obfèrvations qui manquent
dans mon Ouvrage.
y- -2 -27-
DE LITTERATURE. 253
Fo parie à fes difciples & leur donne Tes inftruclions : il
leur recommande fur-tout de fe détacher entièrement de tout
ce qui exifle dans Je monde , pour n'être occupés que du
foin de puriher leur cœur. « Ainli il faut abandonner, dit-il,
fon père, la mère, fes parens, Ion bien, (ts richeffes & «
toutes les commodités de la vie, étouffer toutes les pafTions, «
jufqu'au moindre defir, afin de parvenir à un état d'ancan- «
tifîëment total de foi-mème, pour enluite méditer avec plus «
de liberté lur la Divinité. Il faut être dans cet état aulîi im- «
mobile que la montagne Siumi , » qui efl: le mont Merou ,
fur lequel les Indiens débitent tant de fables : les Thibétans
ie nonunent Righiil. Les Rois & les Princes , dit Fo , ne
font à mes yeux qu'une vile poiijfière , fcniLUiùle à celle qui
pénètre par la plus petite ouverture : l'or & les perles ne font
que comme des morceaux de vafes de terre hrife's : l'Univers
entier n'efl qu'un atome : la création de cet Univers , qui a été
tiré du néant, ne fi que comme le fimple changement d'une cliofe
en une autre. Cet abandon de Ion père , de fa mère &: de
toute la famille, pour fe faire Samanéen ou Religieux, cfl;
ce qui a rendu , &: ce qui rendra toujours cette Religion
odieufe 5c méprifable aux Chinois, chez lefquels la principale
&. la première de toutes les obligations de l'homme tll de
refpecîer, d'aimer &. de fervir toute là vie {ç% p;u-ens. « Les
bienfaits dont un père & une mère, dilent-iîs, comblent*
leurs enfuis, fjnt comme ceux dont le Ciel lui-même nous «
comble chaque jour. Conviendroit-il de les oublier, «Se de «
n'en pas avoir la plus parfaite reconnoilfance î »
Comme ils font perluadés que tout homme doit par Ion
travail contribuer au bien général de l'Etat, c'elt-là encore
chez eux un des motifs de la haine &. du mépris qu'ils ont
pour cette Religion, tloiU la morale les choque plus que les
dogmes fur la Divinité.
" Comme Ihomme, continue Fo , ne parvient pas aifémcnt
à cet étal d'apathie ou d'extafe &: d'anéantilfcment total, & «
que les padions le dominent fuis celle, il eil obligé de re- «
najtre plulieurs lois , afin d'expier dans chaque renaillànce «
^54 MÉMOIRES
» les fautes commiles prcccJenirncnt. Celui qui n'emhraffe pas
« ma Loi , dit- il, & qui meurt dans cet état, cjî oblige' de
» revenir parmi les hommes, jujqu'à ce qu'il la connoifje , qu'il
l'ohferve , & qu'il devienne un parfait Samanéen. » Voiià le
dogme de la Mctempfycofe. L'anie qui eft immorleile , &
qui fait partie de la Divinité, étant fouillée par des crimes,
ell obligée de pafler fucceliivement dans pluiieurs corps,
jufqu'à ce qu'elle fe foit purihée au point de renaître dans le
corps d'un Samanéen. On pafîè par plufieurs degrés, avant
que de parvenir au plus grand degré de pe;rfe(flion ; <Sc alors
on n'eft plus fujet à la Métempfycofe.
Le premier de ces degrés , dont j'ai dé/à parlé dans la
première partie de ce Mémoire, eft le Siu-ta-tan : celui
qui y eit parvenu, eft encore obligé de mourir & de renaître
fept fois.
Le fécond degré eft le Su-ta-che : celui qui le pofsède,
entre dans le Ciel après fa mort ; mais il faut qu'il revienne
encore fur la terre.
Dans le troifième degré nommé 0-na-che , on eft obligé
après la mort de parcourir les neuf Cieux , appai*emment
par des renaifîknces invifibles, & qui n'ont lieu que d'un
-Ciel à l'autre.
Enfin celui qui eft parvenu au quatrième degré nommé
0-lo-lian , a la faculté de parcourir les airs , d'opérer des
miracles, de prolonger ou de raccourcir la vie des hommes,
& même de mouvoir le ciel & la ;lerre.
Pour donner une idée de ces différens degrés deperfeétion
qui conduifeut infenfiblement l'homme jufqu'à être comme
un Dieu , Fo dit ailleurs : « Cent médians ne peuvent être
« comparés à un homme de bien, comme mille hommes de
» bien ne font point comparables à celui qui obferve les cinq
« préceptes de la Loi : de même dix mille de ceux qui gardent
« ces préceptes , font infiniment au-delfous de celui qui eft
parvenu au degré de Siu-ta-tan. » Il fuit ainfi fa comparaifon
jufqu'au dernier degré àiO-lo-han : un homme de cet état
€lt au-defTus de cent millions d'hommes du degré antérieur;
DE LITTÉRATURE. 255
maïs \0-lo-han n'eft" pa5 le dernier degré de perfe^ion,
& il y a encore bien loin de- in à la Divinité, dont cette
ame cependant eft une portion , & à laquelle , à force d'é-
preuves, elle doit enfin fe réunir. Un milliard lïO-lo-han ^
Ibnt bien iiifél'ieiirs à celui qui efl parvenu au degré de Pie-
hhi-fo , comme dix milliards de ceux-ci ne valent pas celui
qui a atteint le degré de San-îcki-tc/iu-fo : enfin cent milliards
de ce$ derniers font encore bien au-deflbus de celui qui ne
penfe point, qui n'agit point, & qui ell dans une infeniibilité
parfaite ou un anéantifîèmeiU total de Tes fens. Voilà la doc-
trine des Samanéens de la Chine, comme elle efl; encore celle
des Philofophes de i'Indouflan. «L'homme, difent ceux-ci, La. ÉJif.
élt un compofé d'un corps & de deux âmes; l'une fuprcme " .tlV-ji^Iw.
nommée Paramatma , qui efl la Divinité mcme ; l'auu-e ani- .< .à i'. /W,
maie appelée Sivatma , qui efl le principe fenfltif du plailir, «
de la douleur & de toutes les paffions. » Ils font partagé? fur
ïa nature de cette féconde ame : les uns veulent qu'elle foit
efprit ; les autres prétendent qu'elle efl matière, & un oirjcme
fens dans l'homme. C'efl; cette féconde ame qu'il faut anéantir
pour ne lailler fubfifter que la première ; & on n'y painient
que par la méditation & la contemplation de i'Ett-e llq^rcme
avec lequel on fe trouve identifié. 11 n'y a plus alors de
fentiment ni de volonté ; on devient cet Etre fuprêtne : ainfi
les Indiens ont encore la même doéirine que ks Samanéens
de la Chine, celle qui leur fut enfeignée par leur Légillateur
BouJIia.
Le leflè du livre de Fo efl purement moral ; ce Légiflateur
s'élève contre les vices ik les paffions, contre la cupidité &. les
ri'chellès : il dit que tout ce qui enveloppe notre ame, doit périr
avec le Ciel , la Terre & l'Univers entier ; mais que cette ame
iiUelligenie efl Pvuti ou la Divinité même ( c'efl le Para-
ikiilma des Indiens ) ; que le corps n'cfl qu'im compofé des
cjualre Klémens qui n'étant pas le moi, iloivent ttrc aban-
donnés 6c rejelés comme étrangers à ce moi, & qui l'empêchent
de le purifier. L'ame feule efl ce moi ; le relie n'elt rien.
Il iiaroîl par -là que Fo regardoit la féconde ame, comme
2 5^ MÉMOIRES
purement matcrielie. Nous avons vu que les Indiens font
diviics à cet égard, les uns la regardant comme efprit, &
ies autres comme matière ; ce qui aura donné naiiïance à
différentes leéles.
Fo, dans fon livre, parle d'un Philofophe qui enfeignoit
la même doélrine que lui, fur cette apathie ou abandon de
toutes chofes ; il le nomme Kia-ye , & cite un livre intitulé
Goei-kiao-kiiig , compolé par ce Philofophe qui étoit un de
ks difciples, & celui qui fut un des principaux rédaéleurs
de ks Ouvrages. Je parlerai ailleurs de celui-ci : je remarque
feulement que ce Kia-ye eft aufîl appelé Fo par Fo lui-
même ; ce qui fe rapporte avec ce que j'ai dit dans l'article
iles Thibétans, où Ccnreft , c'efl-à-dire, la Divinité parok
dans rindouflan fous le nom de Che-kia , publiant fes loix,
& en même temps comme difciple de Che-kia.
Telle efl la Religion qui pénétra dans la Chine, l'an 6^
de Jéfus-Chrift. iLa tradudion qui fut faite du premier livre
Indien en Chinois , a fans doute fervi de texte à la princefîe
Chinoife qui époufa le roi du Thibet , & qui traduifit en
Thibétan le même livre ; car il ne peut être queftion que
de cet Ouvrage.
J'avois cru d'abord, fondé fur quelques traits de reffem-
blance, que ce livre avoit pu être fait après la publication
de l'Evangile dans les Indes ; mais quand on fait réflexion
qu'il exifloit à€]7i. en Indien dès l'an 65 de Jéfus-Chrift, ii
efl difficile d'admettre cette fuppofition, & il paroît devoh*
être plus ancien. Cependant les Chinois qui ne font aucun
cas de toute cette doélrine Indienne, ne font pas perfuadés
qu'il foit auffi ancien que les Indiens le prétendent, & ils
demandent quels font ces perfonnages Kia-ye & Lo-han , qui
en font regardés comme les rédaéleurs.
Voilà ce qui fe paffa fous l'empereur Ming-ti. Sous fôn
fuccefTèur nommé Tchang-ti qui monta fur le trône, l'an 7^
de Jéfus-Chrift, cette Religion ne fît pas de grands progrès:
cependant un petit Roi tributaire, nommé Yng, dans le pays
4e Tfou, l'avoit embrafîée, & à fon exemple un affez grand
nombre
DE LITTÉRATURE. 257
nombre de Chinois. II arriva en mcme temps des Indes pîu-
fieurs Samanéens qui apportèrent beaucoup de livres Indiens.
Ouon-ti qui commença à régner l'an 14.7 de J. C. & qti
ctoit fort adonne aux Divinités éu-angères , ht piufieurs fois
des offrandes à Fo ; m.ais if en faifoit également à Lao-tfe ,
& peu-à-peu les peuples embrafsèrent la Religion Indienne.
Il n'eft pas rare de voir ainîl les Empereurs de fa Chine (e
livrer tout-à-la-lois à différentes Religions dans l'intérieur
de leur palais ; mais un événement qui mérite quelque
attention, c'eft que de fon temps il vint de l'Inde un Sa-
manéen nomme Gan-tc'mg , qui étoit originaire du pays de
Gan-Jie , filué vers le Gilioti ou \Oxus. Ce Samanéen
apporta à Lo-yatig piufieurs livres Indiens , examina les
traduélions qui en avoient été faites, &: y ajouta des Com-
mentaires. Il paroîtroit fmgulier de trouver dans la Baclriane
des Samanéens , fi je n'avois fait voir plus haut, que la
doctrine Indienne s'éioit établie de boiine heure dans cetie
contrée, & qu'elle étoit plus florillantc dans la partie de
i'Inde qui en étoit voilme, que par-tout ailleurs.
Du temps de Ling-li qui monta (ur le trône l'an i 6% de
J. C. un Samanéen originaire du pays des Yue-clii , peuples
qui habitoient le long de l'Indus julqu'à la BacT;riane, vint
à la Chine avec piufieurs autres Do<5leurs de la même Reli-
gion ; on le nommoit Tclii-tfin. Ces Sainanéens examinèrent
enlemble les anciennes tradué^ions, &. Tc/ii-tfm traduifit en
particulier l'Ouvrage Indien nommé Ni-yucn-king , qui elt
en deux livres. Alors on commença à entendre ces livres
qui étoient fort obfcurs , (Si. piufieurs embrafsèrent celte
do<5Irine.
Le Ni-yiien-king dont il s'agit ici, cft encore appelé Ni-
pon-hiiig, mot corrompu par les Chinois, fie que le Diélion-
naire Thibétan rend par Niroupun , qui eft le même que le
Hmipnn des Siamois : ce mot fignifie la Alort ou le terme
auquel eommciice la hcdùtudc éternelle. « Les Siamois, dit le v.y.tj'.dK
P. Tachard, croient qu'il y a uw grand nombre de Pénitens .. ''• ^'"ff'''
^ui , par lies mentes extraordinaires quils ont acquis dans.. /•;•■».
Tome XL. K k
ajS MÉMOIRES
» des milliers de tranfmigrations , font devenus des cfpèces de
» Dieux ; après quoi ils ont encore acquis de nouvea^^x mérites,
» mais fi grands, que ces Pénitens ont été anéantis. C'elt le
terme & la récompenle de tout ce cju'ils ont lait. » Par le
mot Nintpan ou K anéanti ffcment , les Siamois entendent ww
état permanent on ils feront comme endormis , fans rien foi/ffrir;
8i. c'eit en quoi ils font conliller leur bonheur éternel. C'ed
cet anéantifîëment dont parle Fo dans le premier Ouvrage
que j'ai cité, & on a vu que cette doélrine exifte encore
à-prélent dans l'Inde. Ainfi les Siamois, les Samanéens de la
Chine, comme les peuples de l'Indoultan , fuivent encore la
même Religion ; mais ils font à-prélent divifés pai- quelques
fentimens particuliers qui ont produit des lecles différentes.
Voilà quel ell le fujet du livre Indien, traduit en Chinois par
le Samanéen Tchi-tfn , venu àçs environs de la Badriane.
1 I.
Siiiie de l'Hflohe de la Religion Indienne à la Chine ,
depuis l'an 220 de J. C. jnfquen F an ^00.
' La dynaflie des Han qui avoit commencé l'an 207 avant
J. C. avoit fournis à fa puiiïànce toute la Tartarie , depuis
le Chenfi jufqu'aux environs de Kafchgar, & s'étoit rendue
redoutable jufqu'à la mer Calpienne : elle avoit remporté des
yidoires dans toutes ces contrées, & en dépofoit les Souve-
rains à fon gré. Un de les Généraux, nommé Pan-tchao , l'an
07 de J. C. avoit formé le delîèin d'attaquer les Romains;
les Parthes envoyoient des prélens à la Chine; Maix-Aurèle-
Antonin y avoit envoyé des Amballàdeurs , ou, au moins,
on vit dans la capitale de la Chine des gens qui fe dirent
fes Envoyés, & qui apportèrent des choies rares : ce font
ies Annales qui atteftent ce fait fur lequel on a voulu jeter
des doutes. Depuis que la Religion Indienne avoit pénétré
dans la Chine, plulieurs Rois Indiens y avoient envoyé
également des Ambafîâdeurs chargés de prélens pour l'Em-
pereur. Toute cette puiffance lut anéantie l'an 220 de J. C»
DE LITTERATURE. 25 c?
&. la Chine fe trouva divifée en tj-ois Empires : un reite
des Han fe maintint pendant quarante -trois ans dans la
province de Se-tchuen ; une autre faiTiiile appelée Goei ,
^'établit à Lo-yang dans le Honan , polîeda toute la partie
du nord ôc du nord-efl de la Cliine, &: eut quelques
liaifons avec les peuples Tartares de fon voifînage ; la troi-
fième famille nommée Ou , occupoit les pays qui font au
midi du Kiang , îk mit fa Cour d'abord à Vou-tchang-fou
dans le Hou-kouang, & enfuite à Naii-king.
Il paroît que la Religion Indienne n'avoit été connue
jufqu'aiors que dans le nord de la Chine : c'étoit vers ce
temps que le roi de Fou-nan avoit envoyé des Ambaffadeurs
dans les Indes, comme je l'ai dit plus haut. Ta-tï , empereur
de la dynaftie des Ou, qui régnoit dans le midi de la Chine,
Jui avoit envoyé de fon côté des Amballadeurs qui arrivèrent
dans le Fou-nan, dans le temps que les Envoyés du roi de
Fou-nan revenoient dts Indes. Ces Chinois qui paroilîènt Vid-fu/u
avoir été peu inllruits de ce qui concerne l'IndouflaJi , iirent !'''^^'
plufieurs queltions aux Envoyés, & c'efl; par leur moyen
qu'on a connu la Relation dont j'ai parlé.
Ce même Prince, c'eft-à-dire, Ta-ti , favorifa beaucoup Mn-mn-lk.
la Religion Indieiuie ; Se pendant fon règne qui lijiit en
252, il vint de l'Occident dans fes Etats un Samanéen qui
apporta ilts livres de cette Religion, & qui les traduifit; on
le nommoit Kang-feng-lioeï. D'un autre côté, dans les États
<ie la dynallie des 60a, dont la capit;ile étoit Lo-yang,
cette Religion faifoit de grands progrès. Les Ciiinois de
cette contrée commejicèrent à le rafer les cheveux & la
barbe, & à fe faire Samanéens, c'eft-a-dire, à entrer dans
des Monalléres où ils vivoient dans la retraite.
Julcju'alors tous \^i. Samanéens ({ui éloient venus d'Occi- '/''''
dent, avoient traduit en Chinois quelques livres de leur
Religion : je n'ai indiqué que celui qui eft en quarante-
xieux paragraphes , &. celui qui traite de \ Aiicaut'iffcmcnt
Je foi-mcnie ; on en cite encore un autre qui tll inliluK-
en Chijiois, Che-tJiu-king, qui m'clt inconnu ; il avoit été
Kk i;
liv. CCXXYl ,
p. }.
z6o MÉMOIRES
traduit par Tfo-fa-lan , celui qui porta le premier fa
Religion Indienne à la Chine. Les autres livres ne font pas
nommc's ; mais on oblerve que ces livres qui n'étoient
que du fécond ordre , étoient tous en contradiiflion les uns
avec les autres , parce qu'on n'en avoit p;i5 bien rendu le
fens : ce ne font donc pas encore là les livres fecrets de
cette Religion, ces livres qu'il eft défendu de communiquer.
En conféquence, vers la fin du iii."^ liècle, il y eut un
Dodcur de ceux qu'on appelle Rouges , qui alla dans l'Occi--
dent & dans le pays de Khoten, où il trouva un livre facré
qu'il apporta à la Chine. Il fe rendit à Po , qui étoit la ca-
pitale des Tcin ou Tjin. Les trois dynaflies dont j'ai parlé,
n'exiftoient plus , & celle des Tciu leur avoit fucccdé. Ce
Samanéen traduifit ce livre dont le titre eft, Fang-kiiang-
piion-jo-king. Ce récit de Ma-tuon-lin mérite d'être développé ;
je vais donc copier ce qui en efl rapporté dans le livre qui
renferme les Alphabets Indiens, Thibétans, &c. dont j'ai
pai'Ié plus haut.
Ou-yn-yun-toiig, Ce Samanéen ou Doéleur rouge étoit appelé Vou-lo-tcha',
iw.v.p.io. Qi^j ^ félon d'autres, Vou-tcha-lou : on le nomme le Doâeur
ronge, fans doute parce que cette couleur eft celle des Pénitens
Page 2 S. des Indes. En effet, Abraham Roger dit que les Sanjafîis font
T.JV.p, s</, vêtus d'un habit teint dans de la terre rouge. Suivant le P. da
Halde, le grand Lhama du Thibet a toujours porté le chapeau
rouge, quoique dans ces derniers temps plufieurs Lhamas, par
flatterie pour l'empereur de la Chine, aient pris le chapeau
jaune ; ce qui forme à préfent deux claffes de Lhamas ; les
uns à chapeau rouge , & les autres à chapeau jaune : ainli
quand on parle ici d'un Doâeur rouge , on veut défigner un
homme de l'Ordre (\es Pénilens des Indes. Les livres que
celui-ci traduifit, concernent donc la doélrine de ces Pénitens,
ou la dodrine la plus fecrète. Ce Samanéen que les Chinois
font originaire de Khoten, vint à la Chine l'an 2p i de
J. C. Il s'établit dans le temple de Fo qui efl dans la ville
de Tcliin-lieou , & y interpréta le Fang-kuang-puon-jo-king
dont on écrivit la traduélion fous fa diéléc. Depuis long-temps
DE LITTÉRATURE. z6i
\çs Doéîeurs ronges defiroient d'avoir ce livre qui efl la bafe
de la doélriiie du Ta-tching ; mais ils étoient retenus par
les fermens qu'ils avoient faits, apparemment de ne le pas
communiquer , & on ne l'avoit pas traduit. L'an 260 de
J. C. ils s'ctoient mis en marche pour aller en Occident,
& après avoir palfé le dciert de fable 6c plufieurs pays , ils
s'étoient rendus à Khoten, oii ils avoient eu ies Fa/i-ven du
premier ordi'e en quatre-vir.gt-dix paragraphes : ce font des
prières myllèrieules qui contenoient i\x cents mille mots. Ces
Samancens reftèrent à Khoien julqu'en l'an 282. Comme ils
fe difpoloient à partir, les habitans de Khoten qui fuivoient
la doctrine du petit Tching , s'opposèrent à leur départ, &.
dirent au Roi : Les Samanéens de la Chine veulent avoir les
livres des Brahmes. Cette exprelHon eil remarquable : ils prc-
tendoient que ce leroit altérer la vraie doclrine, que de leur
communiquer le Fang-kuang-piion-jo-king. Vous êtes le Roi de
ce pays , diloient-ils, fi vous n'empechei pas qu'ils n'emportent
ces livres , la grande Loi fera détruite, parce que les Chinois
font des peuples fourds & aveugles , & ce fera votre faute.
Les Indiens ibnl encore à prclent dans les mêmes prin- Mrafi. Rtge^^
cipes pour leurs yèdes qu'ils np veulent cqmmuniquer à^'^*^'
perlonne ; tous même ne peuvent les lire ; ce privilège c(l
rclervc aux Brahmes ; encore laut-il que ceux-ci ne le mêlent
point de commerce : ils ne peuvent pas non plus renfeigrner
à tout le monde indillinclement. Le peuple ne peut ni en
parler, ni en entendre parler. Ainli ces livres de la Religion
indienne doivent êti-e tenus lecrtts paimi quelques élus.
Celui dont il s'agit ici , &. dont la communication fouflre
tant de diliiculté.s, eit-il un dt's Vèdes ! 11 laudroit avoir
ceux-ci fous les yeux pour décider celte quelHon ; miiis il
eft annoncé comme étant la baie &, le fondement de toute
la dodrine Indieime la plus (ecrète. II paroit vrailemblable
que ceux qui luivoient dans la Chine la Religion Indienne,
durent enlui connoitre les livres les plui cachés de cette
Religion , & les pollcdcr à lu Chine où il y uvoit un grand,
«ombre d'Indiens.
^6% MÉMOIRES
Le roi de Khoten , fur les reprcleiUations de Tes fujets ,
ayant défendu que l'on emportât le livre, les Dodeurs qui
furent fâchés de cet ordre, demandèrent qu'on fit l'épreuve
par le feu, c'efl-à-dire, qu'on mît ce livre dans le feu,
pratique ordinaire dans l'Inde, quand il s'agit de découvrir
la vérité. Le Roi y ayant conlenti , on ralfemb-la dans le
palais les herbes néceflaires ; alors un des Douleurs dit : S'il
convient que la grande Loi fuit porte'e à la Chine, ces livres
ne doivent point être endommagés par le feu ; mais le contraire
doit arriver, fi elle ne doit pas y être portée. Enluite on jeta
les livres dans le feu : on prétend qu'il n'y eut pas un feul
caractère d'altéré , &. qu'ils n'en devinrent que plus brillans.
\^fis fpeélateurs étonnés regardèrent cet événement comme
un ordre de la Divinité, & les Docteurs prirent ces livres
qu'ils portèrent à la Chine. D'abord ils fe rendirent à Lo-
yang , enfuite à Tchin-lieou , & ce fut-là que Vou-lo-tcha &
Tjo-cho-lan publièrent la traduiflion du Fang-kuang-puon-
jo-king dont j'ai parlé : ce titre fîgnifie le Puon-jo qui fait
fortir la lumière.
■ Ou-yn-yun-mg, Dans le même temps , il parut un autre Samanéen très-
h.v.p.S. célèbre, nommé Tfo-tan-mo-lo-tja , que les Chinois appellent
Fa- hou, autrement Tfo-fa-hou. 11 étoit originaire du pays
des Yue-chi ou de ces Indofcythes établis vers la Baélriane
& rindus : les parens étoient venus demeurer enluite vers
les frontières de la Chine , dans un pays nommé Tun-hoang,
& ce fut de -là que ce Samanéen partit pour aller voyager
dans les pays occidentaux. Il parcourut trente-fix royaumes
difFérens dont il apprit les Langues & l'Ecriture ; il ramaffa
un grand nombre de livres qu'il rapporta à la Chine , &
s'établit à Lo-yang , l'an 266 de J. C. Aidé par plufieurs
perfonnes , il s'occupa jufqu'à l'an 313, à en faire des tra-
dudions : il publia celle d'un livre Indien intitulé Kuang-
tfan-puon-jo-king , & plufieurs autres, ce qui formoit cent
foixante-quinze/70« ou clajfes. Ce Puon-jo me paroît être le
même que le précédent ; fon titre n'en ditf ère que par l'épi-
thète de Kuang-tfan , mots Chinois qui fignifient lumière
DE LITTÉRATURE. 26^
admirable. Ce Samanéen, à caufe de fa célébrité, fut appelé
le Poiifa de Tun-hoang , qui efl: le pays où il dcmeuroit
avant l'es voyages : on le nomma encore le Poufa des Yue-
chi , dont ii éloii originaire, Se entin le Poufa des Indes :
ces titres doivent faire juger de l'eftime &: de la vénération
qu'on avoit pour ce perionnage. Il le retira dans des mon-
tagnes au bord d'un étang où il fe lavoit fans ceflè ; il y
vécut en Anachorète, comme ks autres Pénilens àts Indes,
& on lui attribue des miracles.
Depuis l'airivée de ces Samanéens , & après les iraduélions
qu'ils avoient faites, la Religion Indienne le répandit beaucoup
dans la Chine. 11 piu^oit que ces Philofophes avoient la même
doctrine qu'Apollonius deTyanes. On lait que cet impolleur,
mort vers l'an ^6 de J. C. avoit voyagé dans l'Inde, où il Tdiemsnt,
avoit eu des conférences avec Hiarchas, chef des Brahmes, l^fj''^"f^[l
après quoi il avoit repafié dans la Grèce : ce prétendu Philo-
sophe qui avoit renoncé au m;iriage, s'abllenoit du vin & de
toutes fortes d'animaux ; il ne portoit point de fouliers , lailîoit
croître les cheveux , ne s'habiiloit que de toile , afin de ne
rien porter qui vînt des animaux. Cette manière de vivre efl
celle des Samanéens, &. lur-tout de ceux qui le retirent dans les
déferts. Apollonius deTyanes s'ctoit entretenu avec Hiarchas
fur la Magie. Les Brahmes lui avoient dit qu'il feroit, vivant
comme mort, regardé comme une Divinité. 11 prétendoit
faire des miracles , & ola entreprendre la rélurrection d'une
fille : il avoit puilé en partie celte doclrine chez les Indiens ;
peut-être leur communiqua-t-il aulîi quelques-unes de fes
idées , qui le feront introduites dans la Religion Indienne.
En un mot il paroît être un véritable Samanéen. ^y
Le rôle qu'il joua dans la Grèce & dans la Syrie, après
fes voyages de l'Inde, lut renouvelé à la Chine l'an 334 T/m-chu.
de Jélus-Chrid. 11 arriva de l'Inde à Lo-yang uji Samanéen mi des Hum.
nommé Fo- toit- tching , qui s'aïuionça comme un homme '-'''P-'S^'
fmgulier, qui avoit déjà vécu pludeurs centaines -d'années,
ui avoit commerce avec les t.'priis , 6c qui pouvoit faire
es niiraclcs. Les Empereurs de la dynallie des Tchi n'éioicni
3
1^4 MÉMOIRES
pas alors maîtres de toute la Chine : plufieurs petits Souverains
s'ctoient établis en différentes provinces où ils ctoient indc-
pendans , & y avoient iormc autant de petits royaumes. Ce
Samancen Te rendit dans celui de Tchao où rcgnoit un Prince
nomme Che-le : il lit pluiieurs de les preftiges devant lui, &
par-là me'rita l;i confiance. Les Tau-fe toujours ennemis des
Bonzes de Fo , s'opposèrent inutilement aux progrès qu'il
faifoit dans l'elprit de ce Prince & du peuple. Fo-toii-tching
prc^tendoit pouvoir difpoler des pluies, des vents, des grêles
6c des orages ; il alla mcme julqu'à dire qu'il reiîûfciteroit les
morts. Che-le venoit de perdre un fils qu'il aimoit beaucoup,
oc on alloit mettre le corps dans le cercueil , lorlque ce Sa-
manéen jeta de l'eau fur lui, & prononça quelques paroles;
enfuite le prenant par la main , il lui dit : Leve-^-vous.
Auffi-tôt, dit-on, le mort reflùfcita.
C'eft par l'étude de la Magie, que ces Samanéens préten-
Atnlert-kmd, doieut faire de tels miracles. Pour y pai'venir, il falloit tracer
lomTx'xvi' ^^^ figures fur une table blanche que l'on regardoit avec une
p-7j>^\ attention extrême, fans détourner les yeux. Ils admettoient
fept efpèces de ces figures. L'une, quand on prononçoit le
mot Hom, qui eft une de ces paroles myftérieufes dont j'ai
pai-lé , procuroit le fecret de le faire aimer, & différentes
qualités. Par l'autre , en prononçant le mot Om , on n'a-
voit plus rien à craindre de ïts ennemis. Une iroifième,
lorfqu'on prononçoit le mot Rahïn , donnoit la faculté de
rendre la fanté aux malades. Par les autres, on devenoit
comme une Divinité; on pou voit fe transformer en animal,
entrer dans un corps mort. Ces prétentions des Samanéens
en impofoient à tous les peuples : Che-hou qui fuccéda à
Che-le l'an 335 de J. C. fut pénétré de refpeél pour leur
Religion. Tous les peuples fe rendoient en foule dans \çs
Monaftères , fe rafoient & quittoient leur famille pour fe
faire Samanéens : ils ne connoiiîoient plus alors ni père,
ni mère, ni parens, ni l'État même, ne vivoient que d'au-
jnônes, s'éloignant du monde, afin de parvenir plutôt à la
pureté. Les lettrés Chinois, viux yeux defqucls aucun motif
ne peut
DE LITTÉRATURE. 2^5
ne peut faire excufer une pareille conduite , les regardoient
comme des gens oilils & dangereux à l'Etat ; ils les traitoient
de fcclérats qui le révoltent contre les premières Loix de la
Nature ; mais bientôt après ils les virent le révolter contre
ies loix de l'Empire, 6c aipirer au trône. Un de ces Bonzes
nommé Heou-tfe-kouang-jo , prit en -^^j de J. C. le titre
fingulier de Fo-tai-tfou, c'eft-à-dire, de Prince héritier de Fo ,
prétendit s'emparer de l'Empire qu'il appeloit Siao-tfm ou la
petite Tfin, & le fit appeler Li-tfc-yang. 11 le trou\a en peu de
temps à la tcte d'un grand nombre de perfonnes , & le retira dans
ies montagnes oià il prit le tiue de Tn-hoang-ti , c'efl-à-dire,
de grand Empereur. Il nomma des Minilhes, des Officiers
&. des Généraux d'iirmée; mais il fut tué peu de temps après,
& on lui coupa la tète. Le peuple trompé par les impollures,
publia que pendant dix jours il n'en tomba aucune goutte
de iang , & que Ion vifage ne changea point ; preuve que
les piulilans le reg;u-doient comme \\\\ homme extraordi-
naire. Cette eutreprile qui pouvoit avoir des luites, fut ainfi
étouffée.
Cet événement extraordinaire a cela de particulier que
le Bonze qui en ell l'auteur, étoit originaire du Ta-tjln
ou de l'Empire Romain. Étoit-ce un idolâtre, né dans cet
Empire, qui ayant pafîc à la Chine, s'y étoit fait Samanéen!
Etoit- il un de ces Chrétiens piu-lilans des premiers Héré-
fiarques dont la doèlrine paroit avoir quelque conformité
avec celle des Indiens , tels que pouvoient être les p;u-tilaus
d'Apollonius de Tyanes , ou de quelques autres , qui le
iivroient à la Magie & à toutes fortes de fuperltitions con-
traires à l'elprit du Chriflianilmeî En général, il paroît que
les Indiens ont connu ces Héréliarqiies. Scythien qui a pré- IM.iiuManit,
cédé Manès , &. qui peut être rcg;u"dé comme l'Auteur du' ''**'■''
Al.uiichéilme, avoit voyagé dans l'Inde , 6c s'étoit fait inllruire
dans la doclrine Indienne. Les partilans de ces Héréfi;u-ques
pouvoient retourner dans \\:i Indes avec Iciquelles on avoit
alors un grand commerce. En eflet, Manès y voyagea ; 6c
c'eft fans doute piur ces communications, que les Indiens
Tome XL. Ll
^(,6 MÉMOIRES
auront adopté beaucoup de chofes tirées du Chriftianifine,
& qui chez eux font altérées & corrompues au point de
n'être prefque pas reconnoitîables.
11 y avoit depuis long -temps des relations entre l'Inde &
l'Empire Romain. M. de Tillemont place à l'an 336, l'arrivée
d'Ambalîadeurs Indiens vers Conftantin, qui alFurèi'ent ce
Prince que leurs Rois le reconnoilîoient pour leur Souverain,
& l'honoroient dans les portraits & les ilatues qu'ils en fai-
foient laire. Vers l'an 105, ils en avoient envoyé à Trajan,
& plus anciennement à Augufle. Par-ià les Sciences des
Grecs & des Romains, le Chriftianifme , les Héréliarques
Chrétiens & leur doélrine pouvoient pénétrer dans l'Inde.
l/la-tuon-h, P^u après l'an 337 de J. C. il y avoit à la Chine un
autre Samanéen nommé Tao-gan, Chinois de nailîànce,
qui le diltingua par fon favoir &l par fon zèle pour fa Reli-
gion ; il en lut tous les livres dont il récitoit par jour jufqu'à
dix mille mots : il examina les traduélions qui avoient été
faites , les reélifia , & éclaircit toute la doétrine Indienne :
on le difoit hilpiré par la Divinité. Comme il y avoit alors
des troubles dans le pays qu'il habitoit, il fe retira dans un
«iéfert fitué vers le Midi avec fes difciples ; ceux-ci répan-
dirent dans les environs leur Religion : enfuite il vint à
Si-gan-fou qui étoit alors foumife à une petite dynaflie de
Princes nommés les premiers Tfin. Fou-kien , l'un d'eux, qui
étoit monté fur le trône l'an 357, reçut ce Samanéen avec
honneur : ce fut dans cet endroit que Tao-gan entendit
parler d'un Samanéen Indien nommé Kieou-mo-lo-che , qui
avoit la réputation d'être très-verfé dans la doélrine Indienne.
Fou-kien roi de Tfin dehroit de l'avoir dans {^s Etats, où
jinn,t.XXiv. cette Religion étoit très-protégée : elle ne l'étoit pas moins
f.xxj,p.'f2, jj^,-jg jç5 pjjy^ jg j^ domination impériide. Hiao-vouti , alors
fur le trône, c'efl-à-dire, en 381 , étoit fort attaché à la
Religion de l'Inde, & malgré les remonti"ances de fes Mi-
niilres, il fit conitruire dans l'intérieur de fon palais un
temple & un vafte bâtiment où il logea un graitd nombre
de Samanéens.
DE LITTERATURE. ^Gy
D'un autre côté, Fou-kien avoit envoyé un de ks Généraux yinx. i.xxiv.
nommé Liu-kuang , pour porter la guerre dans l'Occident: •^^'■P-'f?'
ce Générai traverla le défert de fable, fournit le pays où eft
aujourd'hui Bifchbaligh Se plulleurs autres contrées voifmes ;
il ne fui refloit plus à réduire que Kiu-tfu ou Akfou dans
les environs de Kafchgar : il partit en 383, pour en faire
le fjége. Le roi ^ Akfou raffembla toutes fes forces & celles
de {^s voifms , fè mit à fa tcte d'une ai'mée innombrable ,
mais il fut battu , & obligé de prendre la fuite ; 6c
Liu-kuang entra dans Akfou qui étoit une ville très -belle.
On dit qu'elle reOembloit à Si-gan-fou ; qu'il y avoit des
marchés &: des palais magnifiques. Par cette conquête, tous
les pays occidentaux furent fournis à Liu-kuang qui , frappé
de la beauté de cette contrée, vouloit y établir fa demeure;
il y trouva ce célèbre Samanéen nommé Kieou-mo-lo-che,
dont je viens de parler : celui-ci qui n'étoit pas curieux de
voir les Chinois fe fixer dans Akfou , détourna de ce defîeia
Liu-kuang , en lui repréfentant que la Chine étoit un pays
plus agréable. Liu-kuang fe lailfà perfuader, &: reprit la route
de la Chine avec vingt mille chameaux, chai'gés de ti'élors
immenfes ; mais il emmena avec lui Kieou-mo-lo-che.
Ce Samanéen que les Chinois nomment Tong- cheou , On-yn^untong^
étoit d'une famille Indienne. Son père portoit le nom de ^^' /"•'■»•.
Kieou-mo-yen ; fa mère étoit fœur du roi à' Akfou, Se il étoit
né dans cette ville: dès l'âge de fept ans il le lit Samanéen,
& on dit de lui qu'il récitoit tous les jours mille //' ou pa-
roles myflérieufes. A neuf ans il fuivit fa mère dans un
voyage qu'elle fit; il traverfa \Lndus , & fe rendit cnfuite à
Ki-pin ou Samarcande. Il devint très -habile dans les livres
de la Loi : après avoir beaucoup voyagé, il revint à Akfou,
& ce fut-là (ju'il fut pris p;ir Liu-kuang, qui le conduiiit à
Si-gan-fou où on le reçut avec de grandes marques de dif-
tindion. Il fut fort affligé, en y arrivant, d'apprendre que
le Siunanéen Tao-gnn dont j'ai parlé, étoit mort depuis AUiium-n»,
vingt ans. On ordonna à huit cents SiUiianécns , parmi '' '■'^■'^■'^^''.
ielquels on en diflingue huit principaux, de recevoir les
Ll ij
2^8 MEMOIRES
inftriKflions , & d'écrire fous fes ordres : lis s'affembloîent
dans le temple qui ctoit à Si-gan-fou , &: il y expliquoit les
livres Indiens : il y lut & traduifit les livres fuivans :
I ." Le Siao-pin ou le livre du petit Ordre.
2." Le Kin~kang-puon-jo : je parlerai plus bas de ce livre
important.
3.° Le Che-îchu ou les dix Stations.
4.° Le Fo-hoa ou la fleur de la Loi.
5.° Le Su-ye ou l'utilité de la Méditation.
6.° Le Cheou -kng-yen.
7.° Le Tchi-chï.
8.° Le Fo-tfang ou le tréfor de Fo.
5.° Le Poufa-tjang ou le tréfor de Pcufa.
I o." Le Goei-hiao-king.
\\° Le Pûuti-vou-hing ou le Poutl qui n'agit pas.
1 2.° Le 0-yo-tfu-tfai-vang-yn-yuen ou le Yn-yuen du Roi O-y»
qui règne par lui-inêine.
13.° Le Kuon-fiao-vou-Uang-cheout
1 4.° Le Sin-hien-kie.
15.° Le Tchen-klng ou le livre des Contemplations.
1 6.° Le Tchm-fa ou la règle des Contemplations.
17.° Le Yao-lchen ou la nécefllté des Conteinplations.-
ï8.° Le Yao-Kiai ou les Explications néceiïaires.
19.° Le Mi-le-tching-fo ou Mi-k devenu Fo,
2.0° Le Ali-le- hia-feng ou les Defcendans de Mi-le.
2.\° Le Che-fong-Uu ou règle des dix Prières.
2 2." Le Poufa-kaï-pum ou fondement des préceptes de Poufa,
23.° Le Goei-mo-kk,
On traduifit encore plufieurs autres Ouvrages qui tous
enfemble formoient trois cents livres ( a ). Un Samanéea
(à) Un livre répond à ce que nous appelons un livre d'Hérodote o»
de Tite-Live.
DE LITTÉRATURE. ^6ç,
nommé Hoei-joui, écrivoit fous la didée de Kieou-mo-lo-che.
Toutes ces traductions Te trouvèrent conformes avec ce que ^^^f^^^^'^-Jf'
Tao-gm avoit revu, & on fut d'accord fur le vrai fens à^s ^'^,
iivres dodrinaux.
11 y avoit dans ces livres des Ki ou Prières myftcrieufes
que l'on chantoit au fon des inllrumens , iorlqu'on ttoit
devant l'image de Fo. On failoit de même , lorfqu'on ctoit Ou-yn-ptti-tmg,
en prcfence des Rois. Kicou-mo-lo-che qui ctoit tort reli- '"' '''* ^
gieux, les rcpétoit fans celfe ; iur-lout à Ion réveil il les
rccitoit trois fois : il recommandoit cette pratique à its
dilciples , prétendant qu'elles lervoient à donner de nouvelles
forces au corps. Le retour du réveil, leur diloit-il, eil dan-
gereux ; les forces font alfoupies, &: ces prières les raniment.
11 s'entretenoit toujours avec i(ti difciples lur la Religion ;
mais il ne vouloit pas que l'on publiât, de fon vivant, {qs
traductions que tout le monde eltimoit à caule de fa droi-
ture & de fon éloignement pour le menfonge. On relpec^oit
fes fermens, apparemment ceux qui concernoient les livres
qu'il étoit défendu de communiquer : il exigea qu'après fa
mort on fit à fon égard l'épreuve du feu, afin de lavoir
s'il n'y avoit pas d'erreur dans fes traductions. Il dit que,
quand on brûleroit fon corps, ..Kiivant i'ufage des Indiens,
fa langue ne devoit point être cônlumée , fi ^qs Ouvrages
ctoient exempts de fautes. 11 vivoit à Si-gan-fou qui avoit
cliangé de m;utre. La petite dynallie des Tjin , après avoir
fubfilié pendant quiU-ante-cinq ans, avoit été détruite; <Sc il
s'en étoit établie une autre du même nom, fous laquelle
'Kieou-mo-lo-che fut également relpec^é. /////^ roi de cette Ann.ixxui,
dynartie le legardoit comme une Divinité, &; l'avoit fait^'-'^'
fon premier Minillre. Ce Samancen mourut l'an 405 de
Jéfus-Chrift.
1 I I.
Jdce générale de quelques - uns des livres Imfiens, traduits
par le Samancen Kicou-mo-lo-clic.
Je viens d'indiquer lUie longue fuite de iivres Indien*
2J0 MÉMOIRES
qui ont été traduits en Chinois par le Samanéen Kieoa-mO'
lo-che ; je ferai mention dans la fuite de piufieurs autres. II
doit néceiîairement réfuiter de- là que les connoidances qui
nous font fournies par les Chinois lur la Religion Indienne,
ne font pas feulement des connoiflances acquifes par des
.Voyageurs, telles que peuvent être celles que nous tirons
de nos relations de l'Inde, mais qu'elles font prifes dans les
Ouvrages Indiens même , puifqu'il en exifte un fi grand
nombre à la Chine. Ainfi le témoignage des livres Chinois
fur cette Religion, mérite d'autant plus notre confiance, que
nous devons le regarder comme un témoignage national,
celui des Indiens eux-mêmes. On me permettra de m'arrêter
un moment lur les plus importans de ces livres, afin d'en
donner une idée générale.
Le n." z qui elt intitulé Kin-kang-puou-jo-king , efl encore
appelé Malia-puot!'jo , c'efl-à-dire , le grand Puon-jo, Maha
elt un mot Indien qui veut dire grand. Ce livre eft
celui pour lequel les habitans de Khoten s'étoient révoltés,
parce qu'ils ne vouloient pas qu'on le communiquât aux
Chinois , ce qui obligea d'en venir à l'épreuve du feu ,
comme je l'ai rapporté. I^es lermens de Kieou-mo-lo-che
concernoient lans doute ce même livre ; mais quoiqu'il fût dé-
fendu de le communiquer, la traduction de Kieou-mo-îo-che
étoit la ti'oifième, & on en a encore fait trois autres dans la
fuite. Sous la dynaftie des Tarig, dans le vii."^fiècle, le Bonze
Ma-tuon-lin, J-Joei-iietis donna une édition de ce livre , fous le titre de Lo-
f,to, ' tfu-kiai-kin-kang-kiiig , en un livre, c'eft-à-dire , le Kin-kang
avec des Commentaires fur les fix Anciens ( Traducteurs ) :
il y examine les caraélères ou expreffions des fix traduétions
qui avoient été faites, & cherche à en fixer le fens. Vers
l'an 830 de J. C. on fit imprimer toutes enfemble ces fix
traductions, fous le titre de Lo-che-kïn-kang-king. Dans la
fuite, on a donné une édition de cet Ouvrage, fous le titre
de Che-pueu-kln-kang-king , en un livre ; mais on n'y a pas
distingué les chapitres ou paragraphes. Dans le xiv.'^ fiècle,
fur la fin des Soug, & au commencement du règne à&%
DE LITTÉRATURE. 27?
Mogols à la Chine, on publia encore cet Ouvrage, fous le
titre de Tchen-tfong-kin-kang-king-kiai , c'e(t-à-dire, Commen-
taire du Kin-kang par les vénérables Contemplatifs.
On n'exigera pas de moi , que j'indique toutes les diffé-
rentes éditions qui ont pu être faites de ce livre, ni tous
Jes Commentaires qui ont été publiés foit par des Chinois,
foit par des Indiens ; ce qui prouve combien il devoit être
important, & qu'il étoit un des principaux livres de cette
Religion. En etiet on le regai'de comme la baie & le fon-
dement, non de la Religion populaire, mais de la doctrine
fecrète : ce livre avec deux auU*es , l'un nommé Su-U-ven-
king , Se l'autre Tcliu-ven-king , forme ce que l'on appelle le
San-tfang ou les trois Tréjors qui renlerment toute la doclrine
fecrèie des Indiens.
L'empereur Kang-hi , la trente- deuxième année de fon
règne, qui répond à l'an 1^5)3 de J. C. en a fait faire une
édition magnihque dans fon palais : elle ell fur une très-
iongue feuille d'un gros papier noir d'un côté & blanc de
l'autre, qui fe replie comme nos éventails. L'impreffxon eft
en cara(flères blancs fur un fond noir, & ces caradères font
tle la plus grande beauté. On a fait imprimer de même le
Tao-îe-kiug qui eft l'Ouvrage de Lao-tfe. 11 fcmble par-là
que celte manière d'imprimer foit affeèfée aux principaux
livres des Religions différentes de celle de Confucius.
Le Kin-kang dont il s'agit ici, eft intitulé Yu-cliii kin-kang-
puon-jo Polomi-king, c'e(t-à-dire. Livre Je Brahma appelé
kin-kang-puon-jo, de l'Imprimerie du Palais, Le texte eft
la tradudion même de Kieoii-mo-lo-che , ce célèbre Sama-
iiéen qui nous occupe acfluellement. Dans cette belle édition,
on lui donne le tilrc de San-tjang-fa-fii^ c'eft-à-dire, Z)ot7fwr
de la Loi des trois Tréjors. J ai celle édition même (ous les
yeux ; elle eft fans commentaires & fans préface : i'Ouvraae
eft divifé en trente-deux chapitres ou paragraphes, comme
il l'éloit anciennement.
Le P. Pons parle d'un Vède qu'il nomme Adharvana Lfin. É^.
Vedam ou Brahma Vcdum, dont la dodrijie étoit fuivie ^''"':J.;^'^''
272 MÉMOIRES
dans ie nord de l'Inde. Puiftjiie le livre Chîno's dont îf
s'agit ici, ell appelé le livre de Bmhma , qu'il efi un des
principaux livres de cette Religion, ^ qu il ctoit adopté
dans le Nord, il pourrojt être ce Bmhma y^edcim ou Vcdain
de Brahma dont parle le Milfionnaire.
A4a-tuon-hii , à l'occafion des différentes éditions de cet
Ouvrage qu'il indique, fournit des lumières & des connoif-
fances particulières que je crois devoir rallembler ici. II
'Aîd-mon-!m , nous apprend que ce livre Indien elt appelé Kin-kang, qui
'"^''^'iritih''' ^""^ deux mots Chinois, lans doute traduits de l'Indien : ils
lignifient me'tal très-dur & très-ferme ; c'elf une métaphore
qui veut dire que ce livre elt indilioluble & h ferme, qu'on
ne peut en délunir les parties. Le but de l'Ouvrage eît de
faire voir que le vide eil le principe de toutes chofes, &
que toutes chofes ne font que vide <Sc néant , qu'ils appellent
pour cette raifon le Vénérable : on appelle encore ce livre»
la Loi , ce qu'il y a de plus précieux dans le monde , le très--
dur qui peut détruire tout. Voici le développement de cette
métaphore. « Quoique le métal foit très -dur, la corne du
« Ling-yang peut le brifer : le métal relîèmble à la nature de
'■> Fo , & la corne du Ling-yang relîèmble aux pafîions qui
» détruifent tout. Ainfi quoique la nature de Fo foit très-dure
» & très -ferme, cependant les paffions peuvent la troubler;
» mais quoique ces pafTions elles-mêmes puiffènt la troubler,
» le livre Puon-jo peut les détruire : il réfifle à la corne du
Ling-yang. »
C'efl ainfi que s'expriment ces Philofophes pour dire,
félon le texte que je traduits , que l'homme efl; naturellement
foible, mais qu'avec l'attention & la prière il peut ramener
fon cœur à la vertu. Ils luivent encore cette métaphore en
ces termes : ce Pour découvrir le métal qui efl renfermé dans
» une montagne, l'homme emploie le Mineur qiii perce cette •
» montagne, & en tire le métal brut: on met ce métal au feu
» & on le purifie ; après quoi on l'emploie à ce que l'oa
» veut, & on en fait des ornemens précieux qui font la douleur'
}i du pauvre. 11 en eft de même de la nature de Fo, Le corps
rellèmblQ
DE LITTÉRATURE. ^j-^
refTemble au monde entier, & i'homme en pai'tîculier, ia «
perlonne ou le moi , reliemble à la montagne ; les paflions «
au métal brut ; ia nature de Fo qui eft dans l'homme, au «
métal purilié ; l'Intelligence à l'Ouvrier. Plus on puritie ce «
métal, plus il devient dur & ferme. An milieu du corps ou «
du monde, il y a moi qui iuis la montagne; au milieu de «
ce moi ou de cette montagne, réluient les paillons ou le «
métal brut ; c'eft au milieu de celui-ci que le trouve ren- «
fermé ce qu'il y a de plus précieux , la nature de Fo ; & au «
milieu de celle-ci l'Intelligence ouvrière. Lorlque l'on lait «
l'employer, on parvient à percer la montagne, on découvre «
le métal brut ou les pallions ; & avec l'attention nécedaire «
on le puriiie par le feu, &: on en tire un métal très-pur «
qui efl la partie la plus pure de la nature de Fo ou de la «
Divinité. C'ell: pour cette raifon que l'on a donné au livre «
dont il s'agit le titre de Kin-kang. »
Ce pailage cité par Ala-tuon-lln , efl: tiré d'un livre Indien
dont j'ai parlé plus haut, & qui ell intitulé Ni-pon-king,
ou le livre qui traite de l' Anéanti ffe m eut : on y reconnoît en-
core toute la doélrine Indienne. Clicz les Indiens, l'homme
efl regardé comme le petit monde que l'on ne celle de
çompaicr au grand monde : Ton ame efl une émanation de
la Divinité, ou la Divinité elle-même, enveloppée par le
corps ôc par les paiïions : c'efl en les écartant qu'on le réunit
à celte Divinité. Le P. Pons cite i\fii principes admis encore Ltttr.fjif,
a prtlcnt p;u" les Indiens, qui font entièrement conloimes a „, ^^j.,
ce que je viens de rapporter de la doctrine des Samanéens.
11 faut éteindre, dit-il, fuivant les Brahmes, ce principe
fendtif qui efl en nous, & celle extinction ne peut fe faire
que par l'union au Para-matma , l'amc immortelle, ou l'Etre
liiprcme : cette union appelée Yogam ou Jog, d'où vient le
nom dje Jogui , à buiuelle afpiient tous les Philoiophes
Indiens, de quelcjue ftcle qu'ils foicnt , commence par la
méditation 6c la contemplation de l'Etre lupréme , ÎK le
termine à une efpcce d'idenlilé où il n'y a plus de fentiment
ri de volonté. Julquc-là les travaux des métcmplycoles
Tome X L. M m
2.J4- MÉMOIRES
durent toujours, c'efl-à-dire , que tant qu'on n'efl: pas par-
venu à ce degré de perfedlon , on e(t obligé de renaître en
difîérens corps. Le mcme MilHonnaire remarque que, par
le mot aille, ils n'entendent que ie foi-inàne , le moi.
Ce livre Kin-kang efl: le fondement de toute la do<flrine
fecrette des Indiens, ou celle du Ta-tching. Cette dotfirine,
Ma-iuon-lin, dit un auteur Chinois, ne confille pas toute entière dans
p.' 12, ' l'Écriture : il ne faut pas cependant l'en fépai^er ; mais il ne
faut pas lire beaucoup de livres. Le Kin-kang en un livre
fuffit : c'eft à ce Traité que les Sages, qui ne s'occupent
point du monde, apportent toute leur attention.
Quant à fon antiquité & à Ion origine, voici ce qu'on
en rapporte : ce livre attribué à Fo , étoit très -étendu, ou
plutôt on comprenoit, fous ce titre de Kin-kang, huit fortes
d'Ouvrages qui forment ce que l'on appelle le grand Tréfor
ou Ta-tfang. Neuf cents ans après la mort de Fo , un Indien
appelé Tien-tfm Poiifa , voulut expliquer le Kin-kang ; il
interrogea fon maître nommé Vou-tcho : celui-ci, dit- on,
monta dans le Ciel où étoit le Philofophe Tfu-chi ; il reçut
de ce dernier quatre-vingts mots myllérieux avec lefquels
il compola le Kin-kang en un livre qui ell celui dont je
rends compte. Ainfi cet Ouvrage , dont l'origine eft enve-
loppée de fables, ne remonte guère au-delà de cent ou
deux cents ans avant J. C. lelon l'époque que l'on admettra
du temps où Fo efl né. 11 contient la Loi du Vou-goei ou
du Néant ; mais il eft arrivé au fujet de cette expreffion
une choie allez fingulière qui a donné nailfance à des feéles
différentes. Les uns ont lu Vou-goei , non-être ; les autres ont
féparé ces deux mots Vou , goei , c'efl-à-dire, néant & être.
Cependant on ajoute qu'elles s'accordent pour le fond. Ces
feéles nées fans doute à la Chine, au fujet de cette expref-
fion , ont pu repaffer dans l'Inde ; car j'ignore fi , dans la
Langue Samicrétane , les termes qui expriment la même
idée , font fufceptibles d'une femblable diftinélion : dans ce
cas, cette diverfité de fentimens auroit pu être née dans
J'Inde.
D E L I T T É R AT U R E. 275
Un autre livre qui fait partie du San-tfang ou àes trois
Tréfors , efl le n.'"' 23, dont le titre entier efl: Goei-mo-kic- Afa.tmn-Ha,
fo-choue ou Difcours de Goci-mo-kie. Cctoit un Dodeur '"'•^■^^^'"'
indien dont le nom eft traduit en Chinois par ces mots
Tcing-ming , c'eft-à-dire , nom pur. Fo ayant appris qu'il étoit
malade, envoya dix de les difciples & quatre Poufa , pour
l'interroger ; mais ils ne tirèrent rien de lui. Fo alors lui
envoya le Philofophe Ven-tchu qui converfa avec Coei-mo~
kie fur le Tao ou ï Etre fuprcme. Ven-tchu fit enfuite ce livre
qui efl: fans doute le même que celui qui efl intitulé Ven^
tchu-ven , c'ell-à-dire, Quejiïons de Ven-tchu, & qui ell un (\c%
trois du San-tfang : cet Ouvrage a ctc traduit encore dans
la fuite par Pou-kong , célèbre Samanéen qui vivoit dans le
vill. fiècle. U s'agit dans cet Ouvrage de ramener tout à un
feul principe : on y examine ce qui eft le principal objet de
la Loi ; lavoir, s'il faut reder dans le monde, ou le quitter:
on y diicingue ce qu'il y a de pur &. d'impur. Ven-tchu étoit
très-lavant dans ce qui concerne la Loi ; mais Goei-mo-kie
y étoit très-exercé par un long ufage. Leur conférence roula
fur ces deux objets , la Connoijjance &: la Pratique ; Se la
conclufion fut qu'il n'y avoit qu'une feule &: véritable ma-
nière de vivre. Goei-mo-kie n'avoit pas voulu converfer avec
\gs dix difciples & les quatre Poufa, quoique très-verfés
clans la connoilîance de la Loi , puxe cju'il ne les croyoit
pas auin exercés dans la pratique. Dans la fuite, on a fait
plufieurs Commentaires fur ce livre.
Le n." 4 efl un livre intitulé Fa-hoa , c'efl-à-dire , Fleur 1^em,r,p,
de la Loi ; mais fon vrai titre, dont celui-ci n'tll qu'un ^'^^^^'''
abrégé, efl Aluio-fa-licu-hoa-king, Kuon-chi-yn Pou-mucn-fni ,
c'efl-à-dire, le Livre de la jicur de Lotos , de la très-fultile
Loi , avec tous les Pin ou ordres de Kuon-chi-yn,
11 efl fuigulier de trouver un livre Indien qui porte le
nom ai: Fleur de Lotos, plante qui étoit fi célèbre en Egypte.
Celte métaphore ell prile des fables Indieimes. Abraham F^^ci^i»
Roger rapporte, d'après le Vcdam , que Dieu ayant dellèin
tic faire le monde, avoil luillc lioller fur l'eau ( c;u- il ny
M m \]
xjS MÉMOIRES
avoit alors que Dieu & l'eau ) la feuille d'un arbre fous la
forme d'un petit enfant qui jouoil avec le gros orteil dans
fa bouche, & qu'il tira de Ion nombril une certaine fleur
qu'ils nomment Tamara , d'où Brahma t'toit forti. Cette
Heur qui efl le Lotos , croît dans les étangs ; ils l'eftiment
beaucoup , & Laetfemi femme de Vifclinoii , un de leurs
fouverains Dieux, e(l toujours repréfentce avec cette fleur
nffrt.furk à la main. M. Dow dit à peu-près la même chofe. Dans
Rel.AcsBrahm. q.,elnues-uns de CCS renouveilemeus du monde, on repré-
fente Brimha ou la Sagejfe de Dieu, fous la figure d'un
enfant, tenant fon orteil dans la bouche, flottant lur l'abyme
des eaux, porté fur un Comala , fleur aquatique, ou quel-
quefois fur la feuille de cette plante. Les Brahmes, par cette
allégorie, dit-il, n'entendent autre chofe, fmon que dans
ce temps la fageffe Se les defleins de Dieu paroîtront comme
dans un état d'enfance. Brïmha flottant fur une feuille,
montre l'infliabilité des chofes à cette époque : l'orteil qu'ii
fuce dans fa bouche, fignifie que la Sagelfe infinie fublifle
par elle-même ; &. la polture de Brimha efl un emblème
du cercle fans fm de l'éternité. Dans le premier livre du
PageSs. Dirm Schafler, dont M. Dow rapporte la traduélion, il efl
dit que l'Etre fuprcme n'a point de figure ; que, fi nous
voulons nous en former une , nous devons nous repréfenter
fes yeux fembiables au Lotos, pour fiiire entendre qu'ils
font toujours ouverts , parce que cette fleur n'eft jamais
furmontée par l'eau. Dans ce que j'ai dit des Thibétans, on
a vu la même fable : ils donnent au Lotos le nom de Pema.
Le P. Kircher la raconte aufli à peu -près de même, & ii
Chm.{]hjlr, ajoute que les Chinois repréfentent la Déelfe qu'ils appellent
V-'4'> Poufa, affife fur une fleur de Lotos : ils lui donnent feize
bras, huit de chaque côté : chacun d'eux porte un attribut
différent, un labre, une lance, un livre, un fruit, unç
plante, &.c. Ils regai'dent cette Poufa comme la Nature, &
ia fleur de Lotos fur laquelle elle efl, indique que l'humide
e(l le principe de tout : c'efl pour cette raifon que Kircher.
la nomme la Cyùelk des Chinois,
DE LITTÉRATURE. 277
Cette Poufa eft la mcme que celle qui , dans le titre de
i'Ouvrage Indien dont il s'agit, eft appelée Kuon-chï-yn. Dans
le Diclionnaire Thibétan, Tangout, &;c. où l'on rapporte ies Di^.ThM,
difflrens noms de celte Poufa , le premier elt Kuoti-c/ii-yn ;
elle y e(t aiiHi appelée œil de Lotos , «Se dans les diffcrens
titres qu'elle porie , on remarque celui de née de la Jleitr de
Lotos. Kuon-clii-yn efl donc la Laetfemi des Indiens, puis-
qu'elle porie les mêmes attributs : elle eO la femme de
Vifthnou , comme elle i'ell de Fo ou Boudha. Ainii dans le
lyilcme des Samanéens, Fo déligne l'Etre fuprême.
Toute cette docbine des Philofophes de llnde ell: enve-
loppée des fables les plus ridicules qui font autant d'hiftoires
allégoriques de leurs Dieux , que le peuple prend à la lettre.
Dieu qui avoit pris trois formes malculines fous les Vioxn^ Dow.f. 1 ji,
de Brahma , de Vifchnou , & de Scliih ou Schiven , prit éga-
lement trois formes féminines : la première Druga/i , ou la
vertu, luppofée mariée à Schiven qui eft le deltructeur, pour
marquer que le bien & le niai font intimement liés : la fé-
conde eft Sarafvadi ou l'époufe de Brahma : la troifième efl
Laetfemi ou Litchmi époule de Vifhnou. Ces trois femmes
fe réduifent à une qui eft la Divinité lous la forme fémim'ne.
Abraham Roger, cjui rapporte ies fables ablurdes des Indiens r.j2, 1 ;o>
fur cette Laetfemi, dit qu'elle naquit de l'écume qu'excita le
tournoiement de la montagne Merou dans la mer. Elle
tloit 11 belle que tous les Dieux la vouloient avoir; mais on
la donna à Vijchnou : c'ell pour cela qu'elle elt toujours
placée à côté de ce Dieu, comme ies Chinois qui fuivent la
même Religion font leur Kuon-chi-yn compagne de Fo , le
même (|ue l'ijchnou ou la Divinité.
Voilà l'explication des objets que renferme le titre de cet
Ouvrage Indien : on voit par cela feul que cette Religion
établie dans la Chine efl encore abfolument ia même que
celle de l'Inde. Ce livre efl le même que celui dont parle
Kœinpler, fous le titre de Fo-kc-kio : c'eit ainfi (jue les lûmyf. HiU.
Japonols prononcent les mots Fa-hoa-king , qui eft le litre '^''-V'"«''^A
jde i'Ouvrage en Cltinois. 11 dit que ces mots fignilient'' ^'
ijS MÉMOIRES
livre des belles fleurs ; qu'on le compare à la fleur faînte
de Tarate ; qu'on lui donne auffi par excellence le llmple
nom de livre. 11 ajoute que c'eil l'Ouvrage le plus parlait en
fon genre, &. la Bible de toutes les Nations orientales au-
delà du Gange; qu'il a été rédigé d'après les paroles de Fo
ou de Che-kia par deux de fes plus illultres diiciples, Kasja
& Annan. Ce îont eux que les Chinois nomment Kia-ye
3c 0-nan : ces deux perfonnages, fui vaut Kœmpfer, ont été
mis au rang des Saints, &: on leur rend un culte.
Je n'ai point fous les yeux la traduction Chinoife de ce
livre ; mais comme Ma-tuon-lin cite à Ion occafion une
queltion à laquelle un Samanéen répond, je prélume qu'elle
a rapport à la dodrine contenue dans ce livre : je vais donc
la rapporter ; mais je dois prévenir qu'un Chinois qui dit
s'être occupé depuis fon enfance à lire ce livre, avoue n'a-
voir jamais pu parvenir à l'expliquer clairement, quoique
cependant il en ait aperçu le but général. Voici la queltion.
« Un perfonnage (a) nommé Li-ven-kong demanda à un
Doéleur contemplatif de la montagne Yo-chan , pour quelle
raifon le mauvais vent fouffloit toujours contre le vailfëau,
& le conduifoit vers le royaume àss, morts \ Pourquoi me
faites- vous cette demande , répondit le Doélcur ! Li-ven-kong,
parut mécontent de cette réponfe. Alors le Contemplatif lui
dit : Appaifez votre colère. Il efl nécellàire que le vent noir
pouffe le vailfeau vers le royaume des morts. La montagne
Yo-clian doit être regardée comme une montagne qui fait
parfaitement faire fortir les hommes. Le vent les poulfe &
les écarte : alors ils connoiifent les palfions qui font comme
' un abyme de feu. Ils défirent d'être plongés dans l'urine
' qui ell la mer d'amertume. Une penfée pure ell: une flamme
' qui forme un étang : cette penfée nous ranime, & le vailfeau
■ arrive à bord. Les infortunes & les douleurs l'y retiennent,
• & il y refte tranquille. Ainfi je ne crains rien, je fuis comme
• un homme qui efl enchaîné, & je fuis à l'abri des méchans.
(aj il vivoit fous les Taii§.
DE LITTÉRATURE. sjp
En attendant un vent contraire, je ne me mets pas en «<
colère, & je ne cherche pas, comme les bêtes, àm'enfuir. »
Ceux qui lifent ce livre, ajoute-t-on, & qui obfervent
fes préceptes, connoifTent le grand moyen de réparer ce qui
eft inégal, &: deviennent véritablement gens de bien ; ce qui
eft très- important.
Ce texte pai-oît avoir quelque rapport à celui de XAmbert-
ken<d,'\\\re Indien traduit en Arabe, que j'ai traduit autrefois Môr.dd'Ac.
en françois, & dont j'ai donné une notice. 11 y eft dit que ^'"^//f^^'
l'ame fort par des montagnes elcarpées ; qu'elle rencontre
enfuite les fens & les palfions qui viennent l'obléder ; qu'elle
doit leur réfifler. C'eft ce que veut dire le texte obfcur que
je viens de citer. L'homme doit lupporter avec patience tous
ies revers qui lui arrivent dans le monde : il e(t comme un
vailTeau pouffé par un vent contraire; s'il réfifte, il deviendra
heureux. Mais outre ce point de Morale, on y aperçoit en-
core l'origine d'une pratique Indienne dont les Voyageurs ne
nous ont pas expliqué le motif ; je veux dire ces alperfions
& ces ablutions faites avec de l'urine ou de la bouze de
vache : celte urine a toujours été regardée comme une elpcce
d'eau lultr.de qui fervoit à purifier ; & l'on a penfé que c'é-
toit par une luite du refpeél que les Intliens ont pour la
vache , qu'ils s'en fervoient. 11 paroît au contraire par ce
texte, que ce doit être par mortilication &. par humiliation,
au moins dans l'inllitution , puilque rien ne doit tant répu-
gner qu'une pareille ablution.
Le n." lo elt un livre intitulé Goei-kiao-k'tng , c'efl-à-dire, Ma-tun-lm,
le livre de la Doârine triinfmife : il contient les paroles de «'.'A'^^^lil'
Fo , pendant qu'il éloit dans le Ni-pon ou la be'atitiule e'ter-
nclle : fa traduction a été long -temps inconnue, ix. elle
n'a reparu que lous les Tchin , dans le vi.' hècle de l'ère
Chrétienne : c'cd principalement le livre d'une feéle de cette
Religion appelée Loui-ttii-kia : on y trouve les Dilcours de
Ktu-ttin &. de pludeurs de les dilciples. Quel(jues-uns , mais
en petit nombre, lilent fréqucnunent ce livre, (juoiijut- ceux
«qui s'adonnent à la contemplation, penlcnt qu'il n'cll pas
28o MÉMOIRES
nécefîâire Je lire beaucoup pour devenir Fo, Le but Je cet
Ouvrage eil la m'édilation iur la manière de reélilier fon c(xur,
(Se de parvenir au plus haut degré de la contemplation : il
ell: le guide du cœur, comme le Palleur l'ell du bœuf, &
l'Ecuyer du cheval : ce font les termes dont on le fert.
Le Philofophe Kiu-tan dont on parle ici , qui paroît jouir
d'une grande célébrité , <Sc être le Chef de la fecle appelée
Loui-chi-kia , c'ell-à-dire , du Tonnerre, ou \?i Foudroyante , ne
Levr. Ê,iif. feroit-il pas le mcme que ce Gottam ou Goutam dont pai le le
p!"l4i, ' ^' J^ons l Son nom diffère peu du Kiu-tan des Chinois. Ce
Gottam e(t le fondateur d'une École ou d'une Seèle philofo-
phique établie depuis long-temps à Tirât dans l'indoultan au
nord du Gange, vis-à-vis le pays de Patna. Elle a fleuri, dit-il,
pendant bien cies fiècles, 6c l'a emporté fur toutes les autres
Ecoles par fa niéihode de raifonner : on la nomme \ Ecole
de Niayam , c'eff-à-dire, raïjon , jugement. La doèlrine de
ce Philofophe confifle à éteindre en nous le principe fenfitif
du plaifir, de la douleur, du delir & de la haine; c'efl ce
que l'on appelle Sivatma , qui eft l'ame animale, différente
de celle qui eft appelée Para-matma , portion de l'Etre fu-
prême. C'eft-là en effet ce que pre'crit le livre Chinois dont
il s'agit ici ; il faut reélilier ion cœur par la méciitation , le
dégager de toutes les paffions, afin de devenir Fo , c'ell-à-
dire, la Divinité qui répond au Para-matma. Fo eft donc
l'ame de l'Univers ou la Divinité en général, &. convient,
à ce qu'il paroît, à toutes les feétes de l'Inde, ilans la ma-
nière de s'exprimer des Chinois qui n'ont pas adopté dans
ieur Langue les noms de Bralima, de Vifcluiou, alfouren,
de Schiven , &c. Ainfi il n'ell pas la Divinité des leuls
Boudhifles.
Df.fm-ks M. Dow parle auffi de ce Goutam , & dit, fur la foi des In-
Bralun.i'.j^i, jie„>; ^ (^^,'ij yjvoit il y a quatre mille ans; ce qui exigeroit
d'autres preuves, il eft l'Auteur du Neadirfcu , c'eft-à-dire.
Explication de la Vérité. Tous les Indiens du Bengale, dit-il,
& ceux de toutes les provinces feptentrionales de I InJouftan,
regardent ce livre cotnme lacré ; riiais ceux du Décan, de
Coromandel
DE LITTERATURE. 281
Coromandei & de Malabar, le rejettent abfolument : il ap-
pelle Pirum-attima , ce que le P. Pons nomme Para-matma:
c'eil, dit-il, la grande ame de l'Univers, immatérielle, une,
invidhle, éternelle &; indivilible, poifédant la pleine fcience,
ie repos, la volonté & le pouvoir. L'autre ame Jive-matma,
que le P. Pons nomme Sivatnia, ell i'ame vitale, matérielle,
fulceptible de différentes qualités. On peut voir dans l'Ouvrage
de M. Dow, toute cette doclrine qui y e/l développée ; &
en voilà alfez pour nous perfuader que la doclrine renfermée
dans le Goeï-kiao-k'wg , qui ell: celle de Kiu-tan , efl; la même
que celle du Philolophe Indien Gottam , & que celui-ci
femble être le mcme que le Kiu-tan ou Ku-tari dont parlent
les Chinois.
Les n. " 15, i(j & 17, font différens Traités particuliers qui
ont rapport à la Contemplation; doélrine, comme on l'a vu,
qui ell tort en vogue chez les Indiens. Ces Contemplatifs font
dej Pcnitens qui vivent dans la plus grande aullériié, qui ob-
fervent les pratiques les plus extraordinaires, & fe tiennent
dans les pofitions les plus ridicules. Quoique je n'aie pas
CCS Traités, &. que même je n'en trouve pas de notice à.wus
[es livres Chinois que je puis conlulter, je crois devoir
m'arrcter un moment fur ce lujet, &: e.xpoler ici ce que me
fournillent d'autres Ouvrages.
Les Indiens admettent pîufieurs efpcces difTérentes de
contemplations ; & de plus, ils prétendent que ceux qui
font parvenus à un grand degré de perledion, quand ils
ont (juiité ce monde, & qu'ils n'y doivent plus revenir,
font autant de Contemplateurs de la Divinité, à laquelle ils
afpirent d'îire identiliés, ck. ces cifTércntes conteniplaiions
(ont autant de degrés qui y conJuilcnt.
Pour (aire connoître ces différens Ordres , je pourrois
citer ce que le P. Auguflini Georgi en rapporte; majs il Alyh.Thilik
a tout exprimé en caraéUres Thibélans, .Se II ne donne pas ^"^'**^'
ia figiiilication de ce que ces moti veulent dire : d'ailleurs
il n'ell pas toujours d'accord pour l'ordre, avec le Diu-
iionnaire Thihélan , Tangout , Chinois, &.c, imprimé à I4
Tome XL, IS n
222 MÉMOIRES
Chine par ordre de l'Empereur. Quoique ce que rapporte fe
P. AugulUni Georgi loil tiré des livres Thitictans, ccpen-
diint comme ce ne font que des Extraits ou des Mémoires
qui lui ont été envoyés par les MifTionnaires, il a pu arriver
quelque dérangement que ce Religieux n'aura pu rétablir ;
èi. je crois devoir préférer à ces Extraits un livre imprimé
aulhentiquement, &: fait par des gens de cette Religion. Les
mots Chinois qui donnent l'explication des mots Thibétans,
lervent à en faciliter l'intelligence : ainfi cet Ouvrage fera
mo)i guide ; & lorfque les noms Thibétans du P. Augufiiini
Georgi feront d'accord avec ceux de ce Diélionnaire, je les
conlerverai ; autrement je les retranche, parce que dans la
tranfcription qui en aura été faite, on aura pu le tromper
ou en tranlpoïer quelques-uns.
'D!â.T/i:M. Le premier degré appartient à des Contemplatifs qui ont
t.ll,p,j.S ir jg5 corps, quoiqu'ils ne foient pas fur la terre : ils habitent
dans trois fortes de cieux. Ainli toutes ces contemplations
ne regardent qu'un autre monde.
Le i.*^' eft nommé Fan-tfong-îien ou le Ciel de ceux <jiiî
prient.
Le 2.^ Fan-foiHîen ou le Ciel de ceux tjut aident par leurs
prières.
Le 3 .^ Ta-f an-tien ou le Ciel des grandes prières.
On peut juger par -là de l'occupation de ces Contem-î
platifs : ils vivent , fuivant le P. Auguilini Georgi qui en
nomme également trois, des milliers d'années : ainfi ils font
^ encore fujets à des renaiflances, mais tout cela le pafTe dans
un autre monde invifible.
Le lecond degré appartient encore à des Contemplatifs
corporels qui habitent" dans trois elpèces de cieux ; ce qui
s'accorde avec le P. Auguftini Georgi.
Le i.*^"^ elt appelé Chao-kuang-tien ou le Ciel de la petits
lumière.
Le 2 .' Vou~leang-huang-tien ou le Ciel de la lumière fans,
bornes : en Thibétan, Tie-me~/io.
Le 3 .^ Kuang-in-tien ou le Ciel du concert de lumière : en
TWbttan, Hojel,
DE LITTÉRATURE. 285
Le troîficme degré concerne des Contemplatifs corporels
qui rcliJent encore dans ti'ois elpèces de cieux.
Le I ." Chao-îcing-tien ou le Ciel de la petite pureté' : en
Tiiibélan , Khe-cititig.
Le z." Voii-leang-tcing-tien , le Ciel de la pureté fans
bornes : en Thibétan , Tie-me-che.
Le j ^ Pien-tcing-tien ou le Ciel de toute pureté'.
Le 4,.^ degré appartient encore à des Contemplatifs cor-
porels qui demeurent dans neuf cieux.
Le i.'^', le Vou-yun-tien ou le Ciel fans nuages.
Le z.", le Fou-feng-tien ou le Ciel de la vie lieureufe.
Le j.*", le Kuang-ko-tien ou le Ciel très-é tendu.
Le 4.', le Vou-fang-tten , le Ciel où l'on ne penfe point.
Le 5.', le Vou- fan -tien, le Ciel où l'on n'a aucune in^
quiétude.
Le 6.^, le Chen-kien-tien , le Ciel où l'on voit bien : eu
.Thibétan , Kja-nong-nang-va.
Le j.'', le Chen-yen-tien , le Ciel des belles apparitions :
en Tiiibétan , Scin-tu-to-va.
Le 8.', le Se-kieou-king-tien , le C;V/ o« l'on connaît à
fond le corps : en Thibétan, Hoa-min.
Le c?.^ le Tai-tfu-tfai-tien , le Ciel du Cr and qui ex'ifîe
par lui-même.
Après ces quatre degrés, vient celui ô^es Contemplatifs
ïjui n'ont point de corps : ils réfident dans quatre Cieux.
Le i.*^' eil le Kung-vou-pien-tchu-ticn ou le Ciel du vide
fans bornes: en Thibétan, Nam-khata-jc-kje-cc.
Le 2.' e(l le Che-vou-picn-tchu-ticn ou le Ciel des connoif-
fanées fans bornes : en Thibétan, Nam-fce-ta-je-kje-ce.
Le 3."" ell le Vou-fo-yeou-tcliu-tien ou le Ciel dans lequel
il n'y a rien : en Tliibétan , Ci-jang-me-bc-kje-ce,
Le 4..'' eft le Ft-fang-fi-fi-fiang-tchu-tien , le C/V/ J^/z/^f
lequel on ne penfe ahjolument point : en Thibétan, Du-fe-
me - min - kj - kje - ce.
A l'exemple de ces Contemplatifs célcflcs, les Philofophes
iiiJicm ont également établi lur la terre diticrcns degrés de
Nn V)
224. MÉMOIRES
contemplation : ils ont inftitiié des règles pour y parvenir.
Chrifl.des Nous lavons feulement qu'ils font peu de cas de cette
■'"'^"'"""^^^' multitude de Dieux que le peuple adore, ainfi que de
Dif fur les toutes ies cérémonies religieules. Ln eriet ils ne lont occupes
rahm,f.^i. ^^^ j^ j^ méditation & de la retraite ; ils vivent dans une
auflcrité & dans une mortification qui palîènt tout ce qu'on
peut imaginer. Une de leur pratique ordinaire confiile à re-
tenir long -temps leur haleine , & à refier en cet état dans
une méditation profonde. M. Dow rapporte que quelques-
uns tiennent un bras levé , dans une pofition fixe , jufqu'à
ce qu'il foit devenu roide ; & ils demeurent ainfi le l'efte
de leur vie : d'autres tiennent leurs poings fermés avec
line telle force, que leurs ongles entrent dans la chair, &
percent à travers leurs mains. Quelques-uns le tournent le
vifage par-deflus une épaule, derrière le dos, de manière
qu'ils ne peuvent plus reprendre leur première fituation.
Piulleurs fixent leurs regards à leur nez, & parviennent à ne
plus voir que dans cette feule direc5lion : ces derniers pré-
]\Um.cîeVAc. tendent quelquefois voir le feu lâcré. U Ambert-kend , ancien
tome^A:xvi. jj^j.g ijidjç]-,^ pai-{e Je cette vifion : celui, dit-il, qui regarde
attentivement de fes deux yeux l'extrémité de fon nez , en
prononçant ces mots, Dieu efl pitijj'ûiit , parvient à voir la
Divinité, & à faire des miracles.
Au relie , tout cet Ordre de Contemplatifs , malgré ces
pratiques aullères & en même temps ridicules , ne forme^,
'Vofir,p.^o. au rapport de M. Dow, qu'un alîèmblage de fcéiérats qui,
quelquefois au nombre de dix ou douze mille, vont en
troupes, lous prétexte de faire des pèlerinages : ils font nus,
&. ne vivent que d'aumônes qu'on elf forcé de leur donner;
ils abufent de la crédulité des femmes , & tout leur eft
permis , en forte qu'on fuit devant eux. Voilà ce qui les
'rendoit méprifables aux yeux des Chinois. J'aurai occafion
de parler encore de ces Contemplations ; ainli je reviens à
la fuite hillorique des évènemens.
Ma-fuon-l'm, Daiis le temps que Kïcou-mo-lo-chc étoit occupé à traduire
hv.ccxxvi , .j^y^j ^çg \iyxQ% Indiens ^ un Samaiicen Chinois nommé Fa-hïeiti^
DE LITTÉRATURE. 285
forma le delTein daller en pèlerinage dans l'Inde , pour y
vifiter tous les lieux célèbres, & pour en rapporter en mcme
temps d'autres livres Indiens : il s'alFocia plufieurs autres Sa-
manéens avec lefquels, l'an 400 de Jélus-Chrifl, il partit
de Si-gr.n-fou qui appai'tenoit alors à une petite dynaftie de
Tfiii : il parcourut toute la Tai"tai"ie nicridionale , voyagea
dans toute l'Inde, d'abord le long de l'Indus, puis tournant
vers l'Orient , il alla à Benarès , & termina les courfes à
Ceylan , d'où il revint à Canton : il Icjourna en quelques
endroits plufieurs années, &; en rapporta beaucoup de livres;
enfuite il compofa une Relation de ce voyage fmgulier,
qu'il intitula Fo-koue-ki , c'e(t-à-dire , Hijloire du royaume de
Fo : nous la pofTcdons à la Bibliothèque du Roi. J'avois
delîèin d'abord de la traduire en entier; mais la longueur,
& les recherches qu'elle exige pour reconnoître les lieux,
m'ccarteroient trop de mon fujet. Plufieurs de ces noms de
Jieu font très -corrompus par la difficulté de les exprimer en
Chinois ; d'autres font traduits de manière que, pour les
reconnoître, il faudroit avoir l'interprétation des noms que
les Indiens donnent aux mêmes lieux ; & c'eft ce qui nous
rnanque : je me borne donc ici à en citer quelques traits.
Notre Voyageur (}ui traverfa le grand défert de lable, rap- Fo-huc-Vn
porte une circonrtance qui conhrnie la bonne foi de M. Paul.
Cet ancien Voyageur dit que dans le déiert de Lop, qui eil
Je déiert de fable, on entend fouvent pendant la nuit iXqs
voix de malins elprits qui cherchent à égarer du chemin les
palians, pour les attirer dans des précipices, & les y faire
périr. Celte fable que l'on racontoit à Marc- Paul, dans le
Xiil.*^ fiècle, exiftoit également l'an 400 de Jéfu^- Chriil,
puilque Fu-lùcn la raconte de même : il dit que dans ce
tlélcrt il y a beaucoup de mau\ais elprits qui font périr ceux
qu'ils rencontrent.
Avant que d'arri\er à Khoten, Fa-hien traveriîi plufieurs
pays dans Itlcjut-ls il trouva beaucf.up de Samanéeiis ou de
Jionzcs qui luivoiciU la ilodrine du petit Ti/iinii;. A Kholen,
iJ y en a une quantité prodigiculc qui luiNeut celle du ^niiiU
28^ MÉMOIRES
Tching. Dans un Kia-lan ou temple de cette vilîe , Il y en
avoit trois mille qui vivoieat enlomble : il les vit prendre
leur repas , & dit qu'ils étoient afTis avec un air fort grave &
fort majeflueux ; qu'il régnoit parmi eux un grand lilence;
qu'on n'entendoit aucun bruit ; que perfonne ne parloit ; cha-
cun avoit fon plat, & lorlque l'un d'eux deiiroit quelque cliofe,
il taifoit figne du doigt. 11 y avoit dans cette ville quatorze
de ces grands temples, & un nombre prodigieux de petits. Fa--
lûen airdta à une cérémonie qui commence le i.'^' jour de la
quatrième lune, & iniit au i^.*^'"'. On a loin, dit-il, de bien
nettoyer toutes les rues de la ville & les chemins du dehors :
on tend hors de la ville de magnihques pavillons où le Roi
& (es femmes (e tiennent : on conflruit un grand char qui
a l'air d'un palais ambulant ; au milieu efl la flatue de la
Divinité ( Fo ) accompagnée de celles de deux Pouffa. Le
Chef des Samanéens efl: à la tête de la ProcefTion : lorfqu'i(
efl près d'entrer dans la ville , le Roi vient brûler des par-
fums, & fe proilerner devant la Divinité : on fe rend de
fort loin à cette cérémonie.
Après avoir quitté Khoten, Fa-hicn marcha pendant vingt-,
cinq jours, (Scie rendit dans un pays nommé Tje-ho, où il y a
beaucoup de Bonzes qui luivent la doctrine du grand Tching :
de-là en quatre jours, vers le Sud, il entra dans les mon-
tagnes Tçong-ling ou des Oignons , & arriva dans un en-!-
droit d'où , après vingt - cinq jours de marche , il fe rendit
dans le royaume de Kie-cha, On y célébroit alors une fête
qui fe fait tous les cinq ans : on y invite tous les Samanéens
des environs, qui s'y rendent en grand nombre. Le Roi &
ies Grands leur fourniffent toutes les choies néceflaires à la
vie, pendant le temps de leur léjour : ce pays efl: plein de
montagnes; il y fait très- froid, & il elt peu fertile. Il y a
un temple célèbre dans lequel efl une Relique de Fo : il y
a mille Bonzes dans ce temple, qui fuivent tous la dodrine
4u p£tit Tching.
De-là en allant vers l'Ouefl, Fa-hien arriva après un mois
de chemin dans l'Inde feptentrionide ; il faut paflèr les monts
DE LITTÉRATURE. 287
Tçong-Iirig ( ÏLnaiis ) qui font couverts de neige , en été comme
en hiver : il y a beaucoup de ferpens venimeux , ce qui avec
Jes neiges qui voient en i'uir rend ce chemin fort diliicile &
fort dangereux : c'efl ce qui a fait donner encore à ces mon-
tagnes le nom de Siue-ling , c'eli-à-dire en Chinois, montagnes
de neiges.
C'efl après avoir pafTé cçs montagnes, qu'on enti"e dans le
pays appelé To-lie , qui fait partie de i'inde feptentrionaie :
ce lieu eft très- célèbre à caufe d'un Lo-han , c'efl-à-dire , un
perfonnage regardé comme un faint , qui autrefois monta au
ciel, y vit le Pou-fa Aîi-le. A fon retour, il en fit une figure
qui efl environnée de lumière. Tous les Rois voifuis ont
beaucoup de refpeél & de dévotion pour ce lieu , & y font
ile grands prélens. /
Le long des montagnes vers le fud-ouefl, pendant quinze
jours de marche, on trouve un chemin très-difficile & très-
efcarpé, à travers des pierres qui font fi tranchantes qu'on ne
peut y tenir pied : On y a taillé des degrés ; il y en a lept
cents. C'efl après cela qu'on traverfe l'indus : au-delà de ce
fleuve efl le pays de Ou-tc/uing , qui fait partie de l'Inde. La
Religion de Fo y efl très-Horiflante ; il y a beaucoup de
Kia-lan ou de temples dans lefquels vivent cinq cents Bonzes
<]ui fui vent la doélrine du peut Tch'ing. Lorlque des Pikou
■cUMiigers ( ce font tles Samanéens très -dévots ) y arrivent,
on les y nourrit pendant trois jours. On prétend que, dans
ce pays, il y a une trace du pied de Fo.
Nous ne hiivrons pas notre Voyageur dans tous les diffé-
rens pays (ju'il a vus. H a p;u"couru aiiili toute l'Inde ; mais
il elt très- difficile de recoimoitre ces lieux p;u- les noms
qu'il leur donne : il indique exaélement tous ceux qui font
l'objet lie la dévotion des Indiens, c'efl-à-dire, ceux où Fo
a f;dt de prétendus miracles, où il y a quelques-unes de fes
reli(ji;es, de les os ou de (es vclemens, où il a enfeigiié fa
dodrine, & où à celte occahon l'on a conflruit des temples:
pai' exemple, au lud de la ville Aq Na-kia , il y a une mon-
Ugne où l'on voit, dit-il, l'ombre Ue Fo qui lelicmblc
288 MÉMOIRES
exaiHiemenl à fa figure qu'il avoit. Les Rois des environs y
envoyeiU des Peintres, pour en prendre le deffin. Les ha-
bilans du pays difenl que mille l'o y ont iailîi^ ainii leur
ombre. Près de -là eft un temple très -célèbre buti par Fo
& pai* (es difciples.
Fa-liicn parle encore d'un fleuve qu'il nomme Pou-na,
dans le pays de A4o-teou-lo : à droite <Sc à gauche de ce
fleuve, il y a vingt Kia-lan ou temples dans lelquels vivent
trois mille Bonzes. Après ce fleuve efl ce que l'on appelle
X Inde occidentale. Les Rois de tous ces pays fuivent la Re-
ligion de Fo , & entretiennent tous les Bonzes. Au liid, eft
le pays nomme \ Inde du milieu : le froid &: le chaud y (ont
modérés ; il n'y a ni gelée, ni neige : le peuple y vit dans
l'abondance ; il n'y a point de regîlres de famille ( pour les
taxes ) : on laboure la terre du Roi ; on lui en donne les
produélions ; enluite on relie, ou l'on s'en va, fi l'on veut:
on n'y tue point ce qui a vie, on ne boit point de vin, on
n'y mange point d'oignon ni d'ail ; mais il y a une clalle
d'hommes que notre Voyageur nomme Tchcn-tcha-lo , qui
vont à la chalîé, & vendent de la chair; ils font méprilés.
Tous ces peuples fuivent la Religion de Fo , & fournirent
à l'entretien d'un temple : il y a chez eux beaucoup tie Bonzes
ou Samanéens qui de temps en temps s'affemblcnt tous, &
traitent des affaires de Religion. Vers le lud-eft, aprèi dix-huit
jours de marche, on arrive dans le pays de Seng-kia-chi qui efl
très-célèbre : c'c(l-là où Fo monta au ciel, & parcourut enluite
tous les cieux. Un Roi nommé Ho-yo fit confh'uire vers l'endroit
où commencent kir la terre les degrés par lelquels il monta,
un temple, & à côté, une colonne haute de trente coudées;
il y plaça la figure de Fo : ce fut-là que les Docteurs d'autres
Religions ou Seéies s'alfemblèrcnt pour difputer avec les Sa-
manéens. 11 y a mille Bonzes des deux iexes qui vivent chacun
dans leur monaflère : les uns fuivent la doèirine du grand
Tchiug ; les autres , celle du petit Tching.
On y voit auffi un temple bâti en l'honneur d'un Dragon
célèbre dans cette Religion,
Fa-hien
DE LITTÉRATURE. 28p
Fa-hien palEi par plufieurj autres endroits où Fo avoit
enfeignc la doctrine «S: fait plulieuri miracles. En s'avan^ant
toujours vers le Sud , il arriva à la ville de Che-goei où l'on
trouve beaucoup de monumens de la Religion Indienne :
cette ville dcpend du royaume de Kin-fa-lo ; on y voit
un teiTiple que des Brahmes d'une doctrine ditlè-rente
vouioient détruire ; mais le Ciel envoya des tonnerres qui
les en empcchèrent. Il faut remai-quer ici que, par Brahme,
on entend une Cuflc , &: non des Prêtres de la Religion. Près
de la ville il y a un auti-e temple devant la porte duquel on
a élevé deux colonnes : fur celle de la gauche , on a placé
une roue ; & fur celle de ia droite, la ligure d'un bau/*.
Fa-hien demeui-a très -long -temps dans ce" pays, & y vit
beaucoup de temples, tous cclèbres par quelques miracles. Il
p;u-le d'un endroit où Fo ralièmbla les Docteurs de quaU'e-
vingt-feize Sedes ou Religions diftcrejites qui dilputèrertt
avec lui : au milieu de la diipute, dit-il, une femme nommée
Tclien -uhe -mou -na , pleijie de jaloufie 6c de fureur contre
Fo, déchira Tes habits, Te découvrit dev;uit tout le monde,
& l'accabla d'injures : aulîitôt le maîu-e du Ciel fe change»
en Touris blanche qui rongea la ceinture de cette femme ; les
habits tombèrent dans l'initant ; la terre s'entr'ouvrit, & elle
fut précipitée dans l'enfer. Fa-hicn viliu tout ce pays, ali»
dans plulleurs villes qui avoient été la demeure de diirércus
Fo : c'efl dans ce pays qu'on dit aufii que Fo eft; né.
Dans le royaume de Lan-mo, fitué à l'eil du précédent,
eft lui temple au milieu d'un étang gardé par un icrpent ; ce
pays eft fort défert & fec ; il y a beaucoup d'éléphans qui ai>
portent différentes fleurs qu'ils viennent offrir dans ce temple,
& ils arrolcnt la terre avec de l'eau qu'ils prennent avec leur
trompe. Les peuples des pays voilins qui veulent venir
vifiter ce temple, rencontrent quelquefois ces éiéphans : alors
les Pèlerins fe cachent derrière les aibres , & regardent les
cléphans faire leur offrande, ce dont, dit Fa-hien, ces Pc-
ItTins lont fort touchés.
Les Arabes qui ont voyage dans fin Je, parlent d'éléphans
Tome XL. (jt,
2po MÉMOIRES
Mufulmans qui adorent la Divinité : c'efl la même fable;
on peut voir d'Herbelot au mot Fil.
Z^; -///>// parcourut dilicrcns autres pays, & vint dans celui
de Mo-k'tc-ti , qui a pour capitale la ville qui efl nommée
Pa-lien-fo , où rélidoit anciennement le roi Ho-yo : il s'étend
beaucoup fur ce pays. Dans la fuite de fa route, il palîa le
Heng-choni qui doit ctre le Gange , vint dans le pays de
K'm-chi , où elt la ville de Po-lo-iiai ; (c'efl Benarès , aufïi
appelée Vamnès Se Kafclii ) il rafiembla dans ce pays beau-
coup de livres, & après dillérentes courfes dans l'Inde, il iè
rendit à Ceilan, & de-là à la Chine.
On voit par-là combien il feroit important d'avoir ainfi les
différentes Relations de l'Inde & les Defcriptions ou Hiftoires
que les Chinois en ont faites dans leur Langue : elles nous don-
neroient fur ce pays des connoilîances qui nous manquent, li
ne feroit pas moins utile d'avoir tous les livres que les Indiens ^
ont pu compofer fur le même fujet à la Chine. Ce feroit
aux Miffionnaires qui y demeurent, à faire la recherche de
cette efpèce de livres peu eltimés des Chinois, & à les
envoyer en Europe. Mais ia plupart , rebutés par les diffi-
cultés de la Langue Chinoife , négligent d'étudier cette
Langue , pour s'appliquer à celle des Tartai-es qui efl plus
aifée. Par-là ils ne font plus à portée de connoître une
foule de livres dont les Chinois font peu de cas, & qui
pour cette raifon ne font pas traduits en Tartare. C'ell un
mauvais parti que ces Millionnaires ont pris , & qu'ils
tâchent d'infpirer même en Europe.
I V.
Hijlo'ire de la Religioti Ind'mine h la Chine , depuis ran
^i^ jufquai /^j».
Le voyage de Fa-li'ien dans l'Inde, ne fut pas le feul. L'an
^l«-mr,.rm, 419, un autre Samanéen Chinois nommé Tchi-nwng, fît le
Tir. ccxKvt, jj^^i-ne voyage , dans le delfein de rallèmbler des livres indiens.
DE LITTÉRATURE. z^i
H s'étoit rendu à la ville de Hoa-chi-tcftir.g , où il avoit
trouvé le Ni-heng-king , qui traite de Y Aneantiffemctiî , & le
livre Seiig-tchi-liu (a) : de-là il étoit revenu dans le pays
àî Igour, où il avoit traduit le premier de ces deux Ouvrages
en vingt livres.
Enfuite un autre Samanéen nommé Tan-mo-lo-tftn , vint
à la Chine avec beaucoup de livres étrangers. Dans ce
temps-là, Mûtig-fun (b) roi de la petite dynaflie appelée
Pe-leang , qui régnoit lur les frontières occidentales du
Chenfi , avoit fait demander dans le pays ^Igour les livTes
de Tchi-mong ; mais ce Prince ayant été tué l'an 43 3 ,
Tchi-mong ditféra Ton voyage, & ne fe rendit que quelque
temps après à Si-gûii-fou , où il s'occupa encore à faire des
tradu(n:ions. Tan-mo-lo-tftn , de fon côté, avoit traduit le
Kin-kuang-m'wg-king & plufieurs autres livres. Si-gau-fou
étoit remplie de Samanéens Indiens. Un autre Samanéen
auiîi Indien, nommé Tan-vou-tchan , avoit traduit le même
livre ; 6c le Samanéen Tan-mo-tclian , qui étoit Indien,
iraduifit encore le Isi-lieiig- king. Tous ces livres conte-
noient la doctrine du grand Tcliing.
On lit encore plulieurs autres traductions. Le Samanéen
Indien Fo-to-ye-clie traduifit le Tihang-ho-che Se le Su-fucn^
liu-teou-fa-le. Le Samanéen Tan-mo-nan-ti traduifit le Tj'cng-
ye-lio-che. Le Samanéen Tau-mo-ye-che traduilit \ O-pi-tan-lun
ou les Dijcouis dO-pi-tan. Tous ces livres renfermoient la
doélrine du petit Tching. Par ce moyen , cette Religion
5'éteiidit beaucoup datis la Chine où fe rendoient conti-
nuellement de l'Inde des Samanéens qui apportoient leurs
livres, traduiloient ceux (jui n'avoient pas clé U'aduits, ou
donnoicnt de nouvelles traduélions de quel{]ues-uns.
Un des plus importans qui ait été traduit alors, eft le Hoa-
yen-king; il cil en trente-fix mille /-/ ou paroles myllérieufcs :
(a J Ou Sfng-ki-liii,
(b) Il monta fur le irûnc l'an <f02 , & mourut !*an 43 j.
Oo ï]
2p2 MÉMOIRES
le Tradu(5leur efl; Fo-to-po-to-lo ; Po-to-lo répond au mot In-
Vu-yn-funmg, Jien Poutrcii ou Foutra: ce Samancen étoit d'une famille royale
'P''S- jg rinde; fon aieul & fon père faifoient le commerce dans
l'Inde leptentrionale : Fo-to-poutra que les Chinois nomment
encore Kio-hien, perdit fon père en bas âge; il s'appliqua
de bonne heure à l'étude, &: voyagea enfuite afin de connoître
les mœurs des diffcrens peuples : il paffa à la Chine , &
vint dans les Etats lîYao-h'mg roi de Tftn , qui monta fur le
trône l'an 3(^4 , & mourut l'an 415 : ce prince régnoit à
Si-gan-fou où il entretenoit plus de trois mille Bonzes ; mais
ils y étoient tous plus occupés d'intrigues & de débauches
que de Religion. Fo-to-poutra fe prélèrva de la contagion
qui régnoit parmi ces bojizes , & ne fe mêla point avec
eux ; il fe livra à l'étude, alla voir un Samanéen qui vivoit
dans la retraite, & s'appliqua aux livres qui traitoient de la
contemplation. Le mérite de ce Samanéen le fit rechercher
par les Grands. Autrefois un Samanéen nommé Tchi-fa-ling,
avoit apporté de Khoten le Hoa-yen-khig ; mais il n'en avoit
pas publié la traduélion : vers l'an 418 de J. C. on chargea
Fo-to-poutra de cet ouvrage , & on lui aflbcia une centaine
de Samanéens pour l'aider : il y travailla dans le temple
appelé Tao-tang, & le publia, ainfi que plufieurs autres
tiaduélions qui formèrent un Recueil de quinze pou ou
claies en cent dix-fept livres : il mourut i'an 42 (^ , âgé de
fbixante-onze ans.
Arrêtons -nous un moment fur ce iivre dont il s'efl fait
Ma-mon-liit, jufqu'à cinq traduélions , comme on le verra dans la fuite.
^.ccxxvii, Q^ jjj. q^'jj ^^qJj. renferm^^ ^lans le palais du Dragon, où i{
étoit en trois parties. Six cents ans après la mort de Fo,
c'efl-à-dire , quatre à cinq cents ans avant J. C. un Poufa
nommé Long-chu, entra dans ce palais, & y lut la troilième
partie de ce livre qu'il rît connoître, & qu il publia dans Tlnde x
c'eft cette pai'tie que Tchi-fa-ling apporta à la Chine , & que
Fo-to-poutra traduiflt. Il e(t inutile de faire remarquer ici
que l'antiquité & l'authenticité de ce livre 'ont fort fulpeéles:
à la Chiiie , on a beaucoup travaillé iùr ce iivre ; on y a
DE LITTÉRATURE. 293
joint des Difcours & des Commentaires de toute efpèce ;
on en a fait des Précis ou Abrèges qu'il eft inutile de citer
ici.
11 s'agit dans ce livre des principes de toutes chofes, qui
font au nombre de fix ; c'eft ce que l'on appelle les Jix ken.
Goutam , Philolophe Indien dont parle M. Dow, réduit Dow.f.^},
également toutes chofes ious fix chefs principaux : on {■>eut
voir ce qu'il en dit. Dans le Didlionnaire Thibétan-Chiiiois Tomd.p.S^
il eft fait mention de ces ken ou principes ; mais on n'en in- '^^^'
dique que cinq qui font les yeux ou la vue, les oreilles ou
l'ouïe, le nez ou l'odorat, la langue ou le goût, le corps
ou le toucher. On y donne encore ce nom à cinq vertus
morales : Sin , la fidélité ; Tcin , la prééminence fui* les
autres ; Nien , la penlée ; Ting , la Habilité ; &. Hoei , la
perfpicacité.
Dans le Hoa-yen-king , il eft encore fait mention de fîx lUd-f-sS^
Tcliin , c'eft-à-dire, ii^s fix poujjicrcs , qui lo.u le corps, la
voix, l'odorat, le goût, le toucher &: la volonté. On y
parle aufTi de fix Che , ce mot veut dire connoijjance ; de
quatre Ta ou Grands , ce font la terre , l'eau , le ku &: l'air ;
6c enfin de douze la-yucn , c'ell-à-dire, grunds principes.
On ne fera peut-ctre pas fâché de connoitre quels font ces
douze principes. Le P. Auguliini Georgi a fait graver une
Table qui repréfenie l'Univers. On y voit le ioleil, la lune AlyhThibi^
& des nuages avec la liguie de la Divinitc cjui cmbralîc tout, f"^^^'
Autour elt un grand cercle lur lequel iont reprclcnlés douze
iymboles qui femblent être les douze lignes du Zodiaque :
ceUe Table efl tirée du Khaglmur , le principal livre de la
Religion Thibétane, & elle elt précédée d'une defcriplion de
la terre qui e(l à peu -prés la mcine que celle qu'on trouve I.'" Partir,
dans \' É^our-vedam. Ces douze (ymboles Iont défignés par ''' ■>"'
des nom- qui Iont les mêmes que ceux de ces douze prin-
cipes Chinois, tels qu'ils Iont exprimés dans le Dictionnaire Tomtl,f.;^j,
Thiiiéiin. Scroient-ce-l.i les douze lignes du Zodiac^ue des
anciens Indiens \ c'elt ce que j'ignore. Je crois devoir par
celle rai(on"les indiquer ici ; mais comme il y a quelque
?.5)4 MEMOIRES
légère diffcrence entre le P. Aiiguftini Georgi 8c fe Dîolion-
naire Thibétan- Chinois , pour éviter toute coniulion dans
i'explication , je les rapporterai ici Itparémejit ; je commence
par le P. Auguflini Georgi.
Les doiiie Symboles fiàvant les Tlùbêtans.
1. Marikpa , c'eft-à-dire , intelleâii carens , reprclentc par
un Crocheteur qui porte un fardeau kir Ion épaule.
2. Du-fce , ou propetifio ad malum , Spiritus ïmprohus , re-
prélènté par un Voyageur qui marche le bâton à la main.
3. Du-cje , ou malè agere , Figulits ; c'eft un homme qui
fait des valës de terre, & qui en a trois à côté de lui. Dans le
Di<ftionnaire Chinois -Thibétan, le mot de Du-cje appaitient
au précédent : C'eft donc une faute dans le P. Auguftini
Georgi.
4. Natn-bare-fce-ba , ow fymholum anima, Simia comedens ;
c'eft un Singe qui mange un h-uit.
5. Ming-tatig-iu , ou tiomen & corpus , Navis & Guber-
nator ; c'eft un homme dans un vaiffeau qu'il conduit.
6. Kje-ce-îrung , ou cor & fex corporis faifus , deferta &j,
imperfecîa domus ; c'eft une maifon à moitié ruinée.
7. Rekpa , ou Taâus ; c'eft un homme & une femme
couchés enlemble.
8 . Tiprva , ou Vis fcntiendi ; c'eft une flèche dans i'œil
d'un homme.
p. Srcpa , ou Cupiditas ; c'eft une femme qui préiènte un
valë à un Lhama.
I 0. Lenba, ou Ablatio ; c'eft une femme qui cueille un fî'uJt.
I I . Kjeva , ou Nativitas vel Tranfmigratio ; c'eft un maii
& une femme couchés enfembie.
12. Ke-fci , ou Senex nwriens.
Ce cercle a rapport aux Tranfmigrations , apparemment
parce que les hommes paftènt après leur mort dans les fignes ;
ce qui revient à ce que quelques Anciens ont dit, que les
âmes, avant que de revenir fur la terre, demeuroient dans
les aflres.
DE L I T T É R AT U RE. 2^5
Dans le Dictionnaire Thibctan-Chinois , &c. ces douze
principes font appelés les douie In-kuen ; l'article eft intitulé
ainfi. Cependant il y a un plus grand nombre de caractères ,
ce qui vient de ce que pluiieurs doivent être réunis pour ne
former qu'un In-kuen; c'eft ce que l'on n'a pas diltingué :
j'y joints les noms Thibétans.
Les douTe In-kuen félon le Dlâ'ionna'iré Thihctan.
I. Vou-ming , fans intelligence ; enThibétan, Marikpa.
7.. Hing , le Voyageur; en Thibélan , Du-cje, &. non
Du -fce.
3 . Tchi ou Cke , Sapiens , Scientia ; en Thibétan , Nam-
hare-fcepa : c'eH: le Symbolum anima.
4. Aiing-fe , nomen & corpus ; en Thibétan , Ming-
tang-iu.
5 . Lo-je , les ftx Entrans , c'eft-à-dire , les /a Sens ; en
Thibétan , Kje-ce-trong.
6. Tilio, le Toucher; en Thibétan, Rekpa.
7. Clieou , ïadion de recevoir ; en Thibétan , Tiorva :
c'efl ce que le P. Auguflini Gcorgi rend par Vis fentiendi.
8. Ngai , Amor, Cupidtas ; en Thibétan, Srepa.
5>. Icin, prendre , recueillir ; en Thibétan, Lenba.
,10. ïeou, ÏEtre,
lli. Seng, la vie ; en Thibétan, Kje-va.
Il 2. Lao-fu, un Vieillard mourant; en Thibétan, Ke-fci
Kou , la douleur, \a foihUjfe.
I^an, \'a§liâion.
Luon-fm , ce tjui trouble le cœur.
Teou-tfeng, les Combats.
Ces derniers paroilient devoir ctre réunis ; mais nous ne
ibtnmes pas allez inllruits de cette Philolophie, pour éclaircir
ces ditficultés. Par le moyen de ces livres, la Religion In-
dieiuie s'étoil répandue de tous côtés ; clic éloit protégée &
par Ici Empereurs ik par Jci petits iJouverains.
La Chine cliuya alor;. une grande révolution : il s'éloit établi
dans les provinces iepienuionales une Puillance formidable,
ap(î MÉMOIRES
& l'Empire fut divifé en deux parties qui eurent chacune
leur Empereur. L'empire du Midi ctoit occupé par une
flmiille Cliinoilè nommée Song : celui du Nord par des
Tartares Topa, apjwlés en Cliinois Goei , originaires de la
Taftarie orientale : ces Tartares commencèrent par détruire
les petites Principautés qu'ils trouvèrent établies dans la
paitie qu'ils occupèrent ; enluile devenus en quelque façon
Chinois , ils fe rendirent redoutables dans toute la Taitarie
occidentale , & les Souverains de cette contrée , julqu'à
Kâlclighar, recherchèrent avec €mprefîèment<''imitié de Tai-
vou-ti , troifième Empereur de cette famille Tartare : il étoit
iYionté lùr le trône en 4.24,. D'un autre côté , les Sûtig qui
régnoient dans le Midi , bornés au Nord par des Princes fi
puifiàns, étendoient leurs conquêtes du côté du Midi, vers
Siam , & avoient obligé les peuples de ces contrées de le
foumettre à eux. Ainli par le moyen de ces deux Empires,
ie nom & la puiiïànce àQ$ Chinois étoient portés fort au
loin, l'en-ti empereur des Soiig reçut des Ambaffadeurs de
divers pays de l'Inde.
Toutes ces liaifons entre la Chine & l'Inde durent contribuet
Gaul'L t. Il, aux progrès de l'Altroiiomie chez les Chinois. Julqu'alors ,
F'47''"' c'efl-à-dii'e , jufque Véïs l'an 44.0 4e J. G. les Chinois Ji'a-
voient pas encore de méthode exade pour oblèrver & calculer
les folftices , & toutes les làifons dévoient être mal indiquées
dans le Calendiier. Il vint en ce temps -là un Bonze Indien
nommé Hoei-yen , verfé dans l'Aftronomie : il étoit d'un lieu
de l'Inde, fitué vers le vingt -cinquième degi'é de latitude
boréale. Il y avoit alors a la Chine un Aftronome nommé
Ho-ching-ûen , qui a donné plufieurs Ouvrages : ce Chinois
^ iapprit beaucoup de choies du Bonze Hoei-yen, concernant
l'Afh-onomie & la Géographie à.G$ Indes. Ces deux perfbn-
nages eurent enfemble beaucoup de conférences. Il eft fur-
prenant, dit le P. Gaubil, que les Chinois n'aient commencé
qu'au temps de Ho-chïng-îicn à employer la véritable irtéthode
de ti'ouver les folftices. On foupçonne beaucoup l'Indien de
iui avoir procuré cette connoillance.
En général,
DE LITTÉRATURE. r^y
En vénérai , les Chinois ctoient peu verd's dans l'Aflro-
nomie. « Que peuvent faire, dit le P. Gaubil, des gens qui, Ce-An, uu,
fans des connoillances fort étendues de la théorie des Aftres, <.J"^'
fans livres doctrinaux, lans inftrumens, ians obiervations «
anciennes , enU"eprennent de faire un Calendrier ! » Tel étoit
l'état de i'Aftrononiie chez les Chinois vers l'an 206 avant
J. C. On dit qu'ils avoient perdu leurs anciens livres ; mais
il faudroit conltaler jufqu'à quel point s'étendoit cette perte.
Ce ieroit fort inutilement, dit encore le P. Gaubil, qu'on iHJ.p.r^i
chercheroit quel étoit le lyflcme d'Allronomie des Auteurs
des Han qui régnoient auparavant : ils n'avoient aucune
connoilîànce de la Trigonométrie fphérique ; ils n'avoient
aucune méthode pour le calcul des cinq Planètes & des li\es«
Les Han s'attachèrent à rétablir les Sciences à la Chine : ou
cultiva l'Aflronomie, &: on y fit quelques progrès; mais les
Chinois en font-ils redevables à leurs feules réflexions î c'efl ce
qui efl fort douteux. L'an i 64 de J. C. ils eurent connoiflance ^-ô' " ^*-
d'un Traité d'Aflronomie, qui leur fut apporté du Ta-tfui ou de
l'empire Romain. Les Chinois parcouroicnt alors tous les pays
qui s'étendent jufqu'à la mer Cafpienne ; ils examinèrent ce
Traité d'Aflronomie qu'ils comparèrent aved#feurs connoil-
fances : il y a lieu de croire qu'ils en ont beaucoup profité,
tomme ils ont fait dans la fuite pour les autres Traités d'Aflro-
nomie qu'ils ont pu connoître. 11 faut ainfi rapprocher les faits,
& il en réfulte des conféquencesfmg;ulières relativement aux
Chinois. Nous venons de voir qu'ils ont également prolité du
Bonze Indien Hoei-ycn, qui étoit verlé dans l'Aflronomie:
dans la fuite ils ont encore eu pludeurs occafions lemblablcs
qu'iU n'ont pas] négligées. Je reviens à la fuite de l'Hifloire.
Tiii-vou-ti qui régnoit dans le Nord, étoit attaché à la
Religion des Tao-fe , emicmis de celle de Fo , Se n'aimoit
pas les Samanécns qu'il morlihoit dans toutes les occafions.
L'an 446, il le rendit à Si-gtin-fou , accompagné de plu- AnMichtiUi
Ijcurs Oliicicrs qui ne ceflôient de lui rcprclcntcr le m;il que
celte Religion étrangère caufoit dans fes États : ce Prince
>oulut entrer dans lo lem^>lcs 6i. dans les jnonaflères des.
Tome XL. Pp
acjS MEMOIRES
Samanéens ; car ils vivoient en communauté, comme cîes
Religieux. Quelle fut fa furprife d'y trouver une quantité
prodigieufe d'armes & de munitions de guerre ! 11 en fut
irrité. Sont -ce- là , dit ^ il, les iiijirumctis dont les Samanéens
'Ma-tuon-lln , doivcnt je fervir ! Vous ave^ Ae mauvais dejfeins. De plus
Iv.ccxxvj, jj j(^^ trouva encore divisés entr'eux fur différens points de
ieur doc^lrine : ils n'étoient occupes que de di (putes & de
haine les uns à l'égard des autres ; ce qui caufoit parmi eux
& parmi leurs difciples de grands troul:)les. Telle fut la fuite
du trop grand crédit qu'on leur avoit iaifle prendi'e, & des
richelîes immenfès qu'on leur avoit données. Pour mettre fin
à ces troubles, l'Empereur fit raferj les [temples Se les mo-
nafières , enlever tous les tréfors qui y étoient renfermés,
brûler tous les livres, & enterrer vifs les Samanéens : inno-
cens & coupables , tous furent enveloppés dans la même
dilgrâce. En un inftant cette Religion iut anéantie, & il
n'échappa du mallacve qu'une douzaine de Samanéens qui
allèrent le cacher. Cet exemple terrible devoit rendre [qs
autres plus fages ; mais la cupidité , l'ambition & l'envie de
dominer fous le voile de la Religion, les occupoient entière-
ment. Hiao-vou-ti qui avoit fuccédé dans le Midi à Ven-ti,
Se qui n'étoit pas moins puiflant que lui , avoit reçu des
Anibafladeurs & des préfens de pluheurs Princes Indiens :
avec ces Ambafladeurs il arrivoit toujours quelques Sama-
néens. Sous le règne de ce Prince, c'eft-à-dire, en 458,
ils tentèrent d'exciter des troubles, pour difpofer enfuite du
trône impérial. Un d'entr'eux nommé Tau-piao, avec une
troupe de canaille, voulut faire déclarer Empereur un homme
de la lie du peuple ; mais le complot ayant été éventé , on
fe contenta de faire mourir les coupables, & de diminuer le
nombre des Samanéens. Cependant bientôt après ils recou-
vrèrent leur ancien crédit dans le Nord & dans le Midi , &
Siucn-vou-îi qui régnoit dans le Nord, l'an 509, fe rendit
Tiv. XXVI . <^^"^ lnuïs temples où il lut &: expliqua publiquement leurs
K-S'-^o; livres, aélion qui fut très-blamée''; & cette Religion k ré-
f^.'i^. ' piuidit plus que jamais dans ia Chhie. Plus de tiois mille
DE LITTÉRATURE. 2pp
Samancens venus d'Occident ie trouvoient alors à Lo-yang,
& l'empereur du Nord leur avoit fait bâtir des temples &
des monaflcres pour {es loger. On comptoit alors dans ks
États treize mille de ces bâtimens. Ce Prince avoit eu de
grandes liailons avec l'Inde, & avoit reçu des Ambaiïadeurs Mu-mn-lki
de la part du roi de l'Inde méridionale qui lui avoit envoyé
beaucoup de préfens : ces Indiens dirent aux Chinois que,
du côté de l'Occident , ils failoient le commerce avec les
Romains Se les Perles; &, du coté de l'Orient, avec ceux
de Siam & de la Cochinchine. On rapporte que ces Indiens
ctôient trcs-habiles dans l'Arithmétique Se l'Aftfonomie.
Ces grandes liailons amenèrent à la Chine de nouveaux
Samanéens, un entr 'autres nommé Pouti-licou-tcln , qui fit
beaucoup de traduiflions. On les compara avec celles de
Kieou-mo-Io-c/ie , & elles eurent le mtme degré d'autorité:
elles concernent toutes la dodrine du Ta-tc/iin^ ; ce Sama-
nten éloit aiTivé à la Chine vers l'an 500;.
Un peu avant ce temps , & pendaJit que la dynaflie des
Song étoit iur le trône dans le Midi , c'eft-à-dire , avant lan
47c;), qu'elle fut dépouillée de l'empire, un Indien nommé ibid.rt».
Kïeou-na po-to-lo ou Kicou-na poutni , traduifit un ^,^^^^'''
Ouvrage intitulé Letig-kia-king , qui eil en quatre livres.
On dit que Lcng-kia eft le nom d'une montagne où Fo
médita fur la Loi. Leng-kia efl prononcé Lang-ka dans
le Diclionnaire Thibéiaii , & c'cfl le nom cjue les Indiens Al r,:h. Roger.
donnent à l'jle de Ccylan , célèbre dans la Mythologie In- /'• '<^'^«''"*
dienne : les Chinois donnent allez fouvent aux )Ïqs le nom
de montngnc.
Ta-mo ou Dnrma , autre Indien dont je parlerai dans la
fuite, donna auffi cet Ouvrage au 13on^c Hoci-ko\ il pré-
îendoit qu'il fulliloil pour former le cœur, & en guérir les
inaladies : il en ell , difoit-il, le médecin, & il contient
les paroles de Fo. On ne traduidt d'abord que quatre livres;
fiifuilc, fous les J'aug, on en traduifit fept auties : on le
nomme encore Lcng-kia O -po-to-lo pao-king , c'elt -à-dire,
ic |)récicux livre amielc O-vo-to-lo de Lcng-kia. Ce uojij
'300 MÉMOIRES
A'0-po~to-lo reffemble beaucoup à celui àîOhatar, qui eïl
le nom d'un Vède.
■Aiinai.ixxx, Les Princes Goei protégèrent de plus en plus cette Reli-
^' ' gion ttrangcre. L'an 515, un Samancen nommé Fa-kïng,
non moins ambitieux que ies autres, époufa une Bonzefiè,
& fe mit à la tête d'une troupe de gens de fon efpèce. Alors
il prit le titre de Ta-tchitig , c'efl-à-dire, ejui cjî parvenu au
plus haut degré de pureté' , & tjui ejî comme un Dieu, il or-
donna que tout le monde le luivît : Tes partifans n'étoient
occupés qu'à égorger ceux qui s'oppofoient à eux. Le père,
les enfans & les trères, ne fe connoilîôient plus. L'empereur
àes Coei envoya contre eux des ti'oupes qui les uilfipèrent.-
llhhl.xxx. Malgré ces déiordres , l'Impératrice femme de Hiao-ming-tï ,■
C' ^^' entièrement livrée à cette Religion , envoya un de fes Offi-
ciers, nommé Sorig-yun, avec un Samanéen appelé Hoei-feng,
qui prcnoit le titre de Pi-kieou , c'eft-à-dire , de Bikouk (ce
font les plus dévots & les plus parfaits dans cette Religion)
pour aller chercher de nouveaux livres dans l'Inde. Ils en
apportèrent cent foixante-dix. En même temps, à la folli-
citation de celte Princellè , l'an 516, on fit conftruire de
nouveaux temples qui étoient fi magnifiques qu'on n'en avoit
pas encore vu de pareils.
Dans le Midi , les Song avoient été détruits, & ïa dynaftie
des Tfi leur avoit fuccédé l'an 479. Cette nouvelle famille
avoit beaucoup protégé la Religion Indienne; mais elle n'a-
voit régné que vingt-trois ans ; & une autre appelée Leang,
avoit pris îa place en 502. Vou-ti qui en fut le premier
Empereur, devint un des plus zélés prote<5leui"s de ce'ite Re-
JhiJ.lxxxr, iigion : il alloit aux temples des Samanéens , prenoit leur
^' Ma-iu0Blin, ïiabit, y expliquoit leurs livres, & diftribuoit de gi'andes
aumônes. Il avoit fait raffembier un fi grand nombre de
livres de cette Religion , qu'on le fixiiôit monter à cinq mille
quatre cents khien ou livres : un Samanéen en avoit drefle
ie Catalogue. Les Chinois qui blâment cette conduite, on$
Du Haleter regardé ce Prince comme incapable de gouverner ; & ils
fj/v;,/' ./■?. ^ttjj]i)uci)t ie mdheur qui liii aràva de mourir de faim 4anjï
DE LITTÉRATURE. jot
Tai-tc/iiiig , à Ion attachement pour cette Religion. Elle en- DuHaHU-,
feigne, difent-ils, que le corps n'efl que notre domicile; '■'^^''''''^'*
que l'ame eil l'hôtefTë immortelle qui y loge; que, fêmblable
à un Voyageur , elle païïe d'un logement à l'autre ; que
J'enfant le nourrit du lait de fa mère , de nicme que les
habitans d'un pays boivent l'eau du fleuve qui i'airofè.
De-là le corps de nos pai-ens n'eft qu'un logement , «Se il eft
naturel de le regarder avec le même mépris qu'on a pour
«n amas de bois &: de terre dont une maifon eft conllruite.
N'e(t-ce pas là, difent les Chinois, vouloir arracher du cœur
de tous les hommes la piété filiale , l'amour relpec^ueux
pour les parens, tk étoufTer dans nos coeurs les fentimens
qui nous unifient fi étroitement avec eux ? Ce même prin-
cipe, ajoutent- ils, porte à négliger le foin du corps, & à
iui refuler l'affedion &; la conipalîion fi néceliaires pour /à
conlêrvation, c'efl ce qui engage ces difciples de Fo, qui fè
dégoûtent de la vie préfente, à chercher les moyens de ^tn
procurer au plus tôt une meilleure. On en voit qui vont en
pèlerinage aux pagodes placées fiir ia cime àç% rochers , &
qui, après avoir fini leurs prières, comme fi elles avoient été
exaucées, fe précipitent, la tête la première, dans d'afireux
abymes. D'autres prodiguent leur vie en fe livrant aux ç\ck%
les plus honteux. Quelques autres qui trouvent des obfiacles »
leurs indignes pafiîons, vont de concert le pendre ou le noxcr,
afin de renaître maiis &: femmes. \'oilà les fuites du dogme
Mi/enlé de la Métemplycole luivant les Chinois.
En s'accoutumant , difent-ils encore, à ne regarder fon
corps, que comme ini lieu de palfage, il efl ailé d'oublier
i'eflime, le refpec^ & les égards qui lui font dûs. C'efl ainfr
que des femmes &. des filles , grandes dévoles z Fo , Ce
]aiflènt léduire par les Bonzes qui leur débitent que ce
corps, où l'on n'eft qu'en pallant, eft une vile maiure dont
on ne doit point fe mettre en peine. D'après cela , ils leur
înfinuent qu'elles ont commerce avec Fo , qu'elles rcnajtront
hommes ; ik les lemnits ainli corrompues renoncent à toute
pudeur, & déshonorent Icuii familles. Ces lîojues leur ioat
<yoi MÉMOIRES
accroire encore que dans une naifîànce antérieure elles leuf
étoient proiiiiles en mariage. Ils en iifent de mcine pour
5 approprier le bien d'autrui , en ruppofaiit qu'on leur ctoit
redevable d'une telle iomme dans d'autres nailTances. Ils fe
perfuadent qu'ils peuvent fe livrer aux aélions les plus crimi-
nelles, pourvu qu'ils brûlent pendant la nuit un peu d'encens:
par-là leurs crimes (ont effacés. Leurs dévots, ajoute-t-on,
ne font occupés que de pèlerinages qu'ils font à certaines
montagnes : ils vivent dans la plus grande épargne, ahn de
pouvoir fournir aux frais des parfums ; eu même temps ils
ïbnt infenfibles aux befoins d'un père & d'une mère qui
foufïl-ent le froid & la fainî , faute d'habits & de nour-
riture. Leur unique foin efl d'amalfer de quoi faire un riche
cadre à l'autel de Fo : ils abandonnent leurs parens 8c lailîènt
leurs ancêtres , fans leur accorder un lieu pour les honorer.
Peut-on, dilent les Chinois, ne pas avoir horreur d'une doc-
trine qui va jufqu'à éteindre la mémoire des parens défunts g
6 priver de tout fecours ceux qui font en vie î
Telle efl; l'idée que les Chinois donnent des fêélateurs de
JFo : elle efl exagérée , puifque dans cette Religion on penle
que les fautes commiies pendant la vie font puiiies après la
mort par des renailfuices plus ou moins viles & honteulès.
Il peut arriver que des libertins abufent du principe général ,
& s'en autorifent pour foutenir leurs crimes & leurs débauches ;
mais il le faut avouer , c'eft un abus qui n'a pas été général
parmi ces Samanéens. Que le corps ne foit que la demeure
de famé, demeure périlfable, c'eit le Icntiment de prefque
tous les peuples & de tous les Philofophes ; & ce fentiment
ïie conduit point aux conféquences que les Chinois en tirent
envers les parens ni envers foi-mcme. Les Chinois haïifent
.& méprifent la doclrine des Samanéens, & par cette raifoil
ils cherchent à la rendre méprifable dans tous leurs Écrits ,
& fouvent ils vont au-delà des bornes de la vérité, ou ils
s'autorifënt des fautes & des crimes de quelques-uns, pour
les attribuer à tous les membres, ce qui eil contraire il ijk
fahie critique &. à l'équité.
DE LITTÉRATURE. 303^
Dans rinde , les Bralimes puniflent la trahifon , l'incefte ,
le facrilége , le meurtre , l'adultère avec la femme d'un
Brahme, & le vol : cependant leur crédit & leur caradère Dow.f.j^
de Prêtre eft fi facré, qu'ils trouvent moyen de le fouftraire
au châtiment dans des cas où tout autre n'auroit aucune
grâce à efpérer. Les petites fautes font punies par des excom-
munications momentanées, par des pèlerinages, Ati pénitences
&: des amendes proportionnées à la grièveté du délit &. à la
fortune des coupables. Ainfi cette Religion n'autorile pas
tous les crimes que les Chinois reprochent aux Bonzes.
L'empereur Vou-ti, trop zélé protecleur de cette Religion,
a toujours été depuis regardé avec mépris par les Chinois. Il
^toit l'afiie de tous ces Indiens : de fon temps , il arriva un
Samanéeii du pays de Fuu-tmn , à l'ouefl de Siani qui (e
rendit également à la Cour : on le nommoit en Indien
Seng-ki(i-po-lo ; les Chinois l'appellent Seng-yang ou Seng-
ka'i. Dès fi plus tendre enfance, il avoit montré beaucoup Ou-m-yun-to!<gi
de fagacité ik. de pénéuration, & fur-tout un grand attache- '"•''/'•■?•-
ment à la Religion : dans un âge plus avancé, il quitta fk
famille, & fè livra tout entier à l'étude des Dilcours d'Opi-
lan , &. enfuite à différens autres Ouvrages. Sur le bruit qui
s'étoit répandu que la Religion Indienne éioit trcs-protéejée
& trcs-Horiliiuite dans les Etats de la dynaÛie des Tji , il
s'embarqua, & vint à la Chine : il y étoit vers l'an 506.
Les Tji avoient été détruits, & Vou-ti empereur des Lcoug
régnoit alors : Scng-kia-po-lo étant à la Cour, s'appliqua à
traduire plulieurs Ouvrages Indiens qui réunis lormenl onze
dalles, cnlr'autres le Ta-yo-vaug-kïng , ou le livre du roi
Ta-yo, Il en expliqua & en coinmenia plulieurs autres
penilant dix-kpt ans, avec le fccours de ditlérons bamanéens.
il mourut l'an 524, âgé de loixante-ciiiq ans. Le livre k?
plus important qu'il ail traduit, ell intitulé Su-li-ven-kiner ,
qui fait partie du San-tjong ou îles trois Trejors : ainii il
doit Lin- un des princijiaux de la Religion Indifiinc. Lll-il
le même (|ue le I/vre Ju roi Ta-yo ! c'ell ce que j'ignore.
Vou-li cloil alors en grande relation avec les Indiens, & iJ^^^u^
■304. MÉMOIRES
dès le commencement de fôn règne , il avoît reçu i\es Am-
badiideurs d'un roi Indien nommé K'io-to, dont la Étals
ctoient voifnis d'un grand fleuve nommé Sin-tao , probar
blement \ Indus ou Smd , qui tire fa iource des monls Kueri'
liiti ou Ima'iis. On dit qu'il le Tépare enfuile en cinq branches,
dont l'une cft le Heng-choui , qui doit cîre le Gange,
comme je l'ai déjà obfervé.
Ammt. C'eft dans ce grand concours d'Indiens qui aiîoient à la
Zxxxi, Cliii^e , qu'un autre Samanéen s'y rendit également : il y
étoit en 529; on le nomme Ta-mo. C'étoit un Pliiiofophe
Contemplatif, originaire de l'Inde méridionale : la rellëm-
biance de fon nom avec celui de Thomas a fait croire à
quelques Millionnaires qui n'ont point examiné les époques,
Kœmifn. que c'étoit Saint Thomas. Les Japonois nomment ce Philo-
î,Jl,l'.6^, fophe Darma , & ce nom ell probablement le véritable, hei
Chinois qui n'ont pas la lettre R, ont <ïiiTa-mo.
Ce Darma ou Ta-mo éîoit venu dans le TchiniJIan ( c'eft
ainfi qu'il appeloit la Chine ) avec beaucoup de livres de
Contemplation , & fur-tout avec un livre appelé Puon-jo-.
îo-lo. L'empereur Vou-ti le ht venir à fa Cour, pour
conférer avec lui fur la Religion Indienne : enfuite Darma
fe retira fur une montagne au nord du Kiang , dans un petit
temple où il fe livra tout entier à la Contemplation , ayant
la face tournée vers une muraille qu'il ne cellà de regarder
pendant neuf ans. Telle étoit la méthode de cçs Contem-<
platifs qui, pour n'être pas diftraits par aucun objet, fixoient
ainfi leur vue fur un lëul point. YlAmhcrt-kend, livre In-
dien dont j'ai déjà parlé, indique pkifieurs de ces manières
de contempler. Une confiftoit à s'alîëoir les jambes croifées,
à mettre enfuite fes mains fur fes genoux , en appuyant {çs..
coudes, & regardant hxement fon nombril, Il falloit relier
immobile dans cet éîat , & prononcer des paroles myfté-
rieufes, particulièrement le mot Om , que nous retrouvons
chez les 5amanéens de la Chine, chez les Lhamas, comme
che?; les Brahmes. Il y avoit des fituations encore plus dilfi-
jejies ; eilps CQnliiioieat à fe foulenir en l'air, uniquement
DE LITTÉRATURE. 305
ppuyé fur les deux mains ; & après ces exercices pénibles, on
prétendoit avoir vu ia Divinité, être parvenu à connoître l'ave-
nir, & à opérer des miracles. Darma ou Tci-mo qui avoit la
même doctrine, faiioit alors la mcrne choie à la Chine ; &
c'efl pour pai'venir à ce haut degré de perfeélion , qu'il regarda
pendant neuf ans fa muraille. Voilà le fublime de la Philo-
fophie Indienne. Comment concilier ce comble de la folie
avec ces grandes & belles idées que ces mêmes Samanéens
nous donnent de la Divinité î Ce fainéant Contemplatif, DuHalJe/
dilent les Chinois, ne manquoit d'aucune des choies nécetfaires '' '^' ^^'
à la vie. On lui fournllfoit abondamment de quoi vivre &
fe vêtir. Suppolons , ajoutent- ils , qu'à Ion exemple, chaque
paiticulier fe mette en tcte d'imiter ce genre de vie, que
deviendront les profelTions les plus néceflaires î Peut- on
croire qu'une doélrine dont la pratique , fi elle étoit univer-
felle, bouleverferoit tout l'Empiie, puiiïe êti"e la véritable
doctrine!
L'empereur Vou-ti témoin de l'auftériié de Darma, n'en
devint que plus zélé pour la religion Indienne : il oblerva
religieufement fes préceptes & vifita les temples. Dans l'em-
pire du Nord, cette Religion n'étoit pas moins bien établie.
Depuis le règne de Hiao-ming-ti , qui monta lur le trône
des Coei , l'an 516, ce Prince & ks fuccelTeurs avoient
également protégé cette Religion. Tout le monde fe faifoit
Bonze , &: dans l'empire du Nord on comptoit en 538,
deux cents mille hommes qui avoient pris ce parti, & il y
avoit trente mille temples. Dans ce nombre des Bonzes,
il ne faut pas comprendre ceux qui éioient fimplement at-
tachés à la religion Indienne. L'empereur Vcti-ti qui régnoit
alors dans le Nord, crut devoir en arrêter le progrès. Dans
le Midi au contraire, Vou-ti faifoit tout ce qu'il pouvoit pour
1 étendre.
Sous le règne de ce Prince, un Bonze nommé Hocî-mtn, Mattm&t:
compofa une Hifloire des Bonies célébra, en fix livres , ious ''^'/^^^l'^^'
le titre de Kao-Jeng-ichuen. Vers le même temps , un auU-e
Bonze nommé Hoci-kiao , en compola une pareille fous k
Tonie XL. Q (j
3o5 MÉMOIRES
même titre, en quatorze livres. 11 y fait mention des Ou-
vrages des Bonzes des différentes Sed^es, qui ctoient au
nombre de dix, donne une idée de leurs fentimens, remonte
jufqu'à l'origine de ces Seéles, Se fait l'hiftoire de deux cents
cinquante-fept perfbnnages , depuis l'an 67 de J. C. jufqu'en
,510); ce qui fait un intervalle de quatre cents cinquante-
deux ans. 11 y a ajouté la vie de deux cents autres per/on-
nages qui ont expliqué ou traduit les livres Indiens. Cet
Ouvrage & quelques autres dont je parlerai dans la liiite,
qui contiennent l'hiftoire des Bonzes Indiens & de ceux qui
ont voyagé dans les Indes, feroient très-intéreiïans pour nous :
ils pourroient nous donner fur l'Inde des détails curieux.
Vers le même temps, un autre Bonze nommé Pao-tchaug,
compofa une Hijloire des Boniejfes célèbres , appelées Pe-
kieou-ni, en quatre livres : il commence vers l'an 357,
& finit en 5 ip : il y fait mention de foixante-cinq de ces
Religieufes.
Voilà ce qui fê pafla à la Chine dans la féconde époque s^
de la religion Indienne. On voit pai'-là que les Indiens ont "*
porté à la Chine un très -grand nombre de leurs livres,
qu'ils les y ont traduits , & que par le moyen de ces livres
nous pouvons connoître la doctrine Indienne : nous pouvons
même en juger d'après les Extraits que j'en ai donnés. Je ne
préviens point le jugement que l'on en peut porter; mais
il le faut avouer, cette Philofophie efl bien extraordinaire;
& la Religion populaire que ces Philofôphes enfeignent , &
qu'ils ne croient pas, eft bien abfurde.
DE LITTÉRATURE. 307,
RECHERCHES HI STORKIU ES
SUR LA RELIGION INDIENNE.
TROISIÈME MÉMOIRE.
Suite de tHiJloire de la Religion Indienne à la Chine.
Par M. DE Guignes.
I.
Hijloire de la Religion Indienne h la Chine , depuis l'an
^^ pif qu'en â'^S.
JAi dit précédemment, que vers l'an 53 i de J. C. ii étoît Lu
arrivé une révolution dans la religion Indienne, & que '^'çNor.
cette révolution lui avoit fait donner le nom de Mo -fa par
les Chinois, c'efl-à-dire, dernière Loi, qui, comme on le
prétend , doit durer trois mille ans. Je crois pouvoir conjec-
turer ici que ce Darma dont je viens de pailer, ell l'auteur de
cette révolution. 11 exifle dans l'Inde un livre intitulé Z)<rir/;;^
Scliajîram ou Dinn Seliaflram , c'e(l-à-dire, Explieation de
Darma ; & la do(flrine contenue dans ce livre eft adoptée
par un grand nombre d'Indiens. Darma paroît avoir joue
ww grand rôle dans l'Inde ; c'ell ce qui m'autorile à le re-
garder comme l'auteur de ce changement dans la Religion.
Au relie, ce n'ed qu'une conjecTiure que je propole ; conjec-
ture que l'hiltoire indienne peut conlirmer ou détruire. Je
reviens à la fuite de l'hilloire de cette Religion dans la
Chine où les monumens ne ceflênt de me fournir des détails
fmgulicrs qui méritent d'être raflêmblés.
L'an 556 de Jélus-Chrill, les Tarlares Goei furent détruits, AnifjliUU
& une dynaftie Chinoife d'origine leur fuccéda dans le Nord ^ '^'''''
de la Chine ; on la nommoil les Tf du Nord. Ven-fiuen-ti
3oS MÉMOIRES
qui en étoît le fondateur , avoit établi fa Cour à Tchang-
le-fou dans le Ho-nan. Ce Prince ne voulant pas que les
deux Religions de Fo & de Lao-tfe fubfillalfent tout-à-la-
fois dans lès États , prit le parti d'en détruire une. A cet
effet, il ralîëmbla les Savans des deux Religions & leur
ordonna qu'ils fe rcunilfent. C'étoit traiter les affaires de Re-
ligion en Politique. On difputa beaucoup afîèz inutilement:
chacun vouloit que fa Religion fût prcfcrce. Comme on
ne s'accorda point , ainfi qu'on devoit s'y attendre , cette
conférence aboutit à lui ordre de l'Empereur qui pref-
crivoit aux Tao-fe de fe fu're Sanianéens , Se d'en prendre
l'habit. 0]i fit mourir ceux qui ne voulurent pas obéir , &.
quatre de ces Savans Tao-fe lurent la vicT;ime de cette
Politique.
Dans le Midi où les Leang avoient été détruits , & où
les Tclnii leur avoient fuccédé , l'Empereur nommé égale-
ment Vou-ti, qui étoit monté fur le trône en 557, ne fut
pas moins favorable aux Samanéens : il alla vifiter leurs
temples ; mais l'ambition dévoroit toujours ces efpèces de
Religieux qui fe mêloient des intrigues de la Cour , &,
cherchoient les moyens d'exciter des féditions. Dans le Nord
régnoit un Prince nommé Heou-tchou : fa dynaftie portoit le
nom des Tft du Nord. L'an 57 i, un des Samanéens de cette
contrée, avec f Impératrice mère, forma un complot contre
l'Empereur. Ce Prince Hit obligé de faire renfermer fa mère :
il punit en même temps le Samanéen & fès complices.
Jufqu'alors toute cette partie de la Chine feptentrionale
avoit été occupée fucceffivement par les Taitares Goei &
par les Tfi du Novd dont je viens de parler : elle tonîba
enfuite fous la domination d'une autre dynaftie appelée
'Annal Heou-tc/ieou , Tartare d'origine. Les Princes de cette dynaftie
'Z'xxxv' ^voient laiffé fubfifter les trois Religions dans leurs États r
t."}-. ' celle des Lettrés tenoit le premier rang; celle de Lao-tfe ^
le fécond; celle de Clie-kia ou des Samanéens , le troifième.
Vou-ti qui régnoit alors, c'eft-à-dire, l'an 574, confidé-
yaiit ie défordi'e que ces deux dernières occafiannoient dans'.
DE LITTÉRATURE. 30c?
i'Empîre, fe détermina à les détruire : il fit prendre ies
livres & les flatues ou idoles , ordonna aux Samancens &
aux Tao-fe de rentrer dans le monde , & fit cefîer toutes
ieurs cérémonies. Mais bientôt après, c'efl-à-dire^ en 575),
Ion fuccelFeur rétablit les images de Fo dans les temples ;
& , l'année fuivante , il permit le libre exercice des deux
Religions.
La Chine qui depuis long -temps avoit été divifée en
deux Empires, l'un du Nord, &: l'autre du Midi, le trouva
enfin réunie, en 581, fous une feule dynaflie appelée Soii'i,
dont Ven-ti fut le fondateur.
Ce Prince, dès la première année de fon règne, publia ^Jd-mn-im,.
un Édit par lequel il étoit ordonné que tous les Samancens
abandonnalfelit leur état, c'eft-à-dire , fortident de leurs
monaflères pour rentrer dans le monde ; qu'on en fît le
dénombrement, Se qu'ils payaffent le Uibut dont ils avoient
été exempts julqu'alors : il ajoutoit qu'il veilleroit aux livres
& aux flatues ou idoles ; mais cet ordre n'eut point de fuite.
Ce même Prince devenu vieux protégea les Samanéens Se les
Tao-fe : il eut pour fuccelfeur Ion fils Yang-îi , en 60 y
Celui-ci étendit fon Empire fort au loin du côté de Siam ,
& voulut cûnnoître les pays occidentaux , dont les peuples Annaf.
venoient commercer dans fês États , Se d'où arrivoient tous T'-!-^à,^!^
ces oamanéens. Lan 607, il envoya un de les Officiers z'^-^-
nommé Poei-kiu, qui voyagea beaucoup dans les Indes:
celui-ci fâchant que l'Empereur étoit curieux de tout ce qui
concerne les Etrangers , compofa une Hiftoire de tous les
pays' qu'il avoit parcourus, en trois livres, &: la préfenta à
l'Empeicur. Cet Ouvrage étoit accompagné d'une C;u-te fur
laquelle étoiciii tracées les diflcrentes routes. L'auteur donne
une idée de tout ce qu'il y a de curieux dans ces pays ,
depuii la mer Occidentale julqu'à la Chine, &; y décrit les
maurs des habitans. A cette occafion , il ;uriva beaucoup
d'Etrangers à la Chine.
Vers le même temps, c'efl-à-dire, vers Tan 610, ce Ma-niea-Jùu
Prince permit à un S;unanéeii nommé Tchi-ko, d'avoir un
3IO MÉMOIRES
petit temple dans l'intcrieur de la Cour : celui-ci raflembla
tous les livres de la Religion, les mit en ordre, & en lit un
Catalogue : il les diltribua en trois clafTes.
La première contenoit les livres de la do<5lrine du 7^7-
tc/iing ou du premier degrc.
La féconde, ceux de la doélrine du Siao-tching ou du
fécond degré. i
La troiiième, les livres appelés Tfa-king ou Mélanges.
11 en ajouta une quatrième qui contenoit tous les autres
iivres que le peuple rechercholt : il les nomma Y-kiiig, c'efl-
à-dire, livres douteux.
Il y eut alors un célèbre Pou-fa nommé Kie-tchu, qui fit
de nouveaux Commentaires, éclaircit les préceptes de Fo ,
& compofa différens Difcours.
^Aimal. Cependant cette Religion ne jouit pas d'une entière tran-
*ixxxix' ^'^^^^^^ ' '^^ Minières qui lui étoient toujours oppofés , re-
préientoient fins cefîe les malheurs qu'elle avoit caufés dans
l'Empire, & demandoient qu'on la détruisît. Yang-ti avoit
été affaffiné : à cette occalion, il s'étoit élevé de grands
troubles; la dynaftie des Soui avoit été détioiite, Se l'Empire
étoit paffe à Kao-tfou en 6 i ^ : celui-ci efl: le fondateur de
celle des Tang , une des plus célèbres & des plus puiffantes
qu'il y ait eu à la Chine. Ce fut à ce Prince que les Mi-
niftres firent les repréfentatiorts dont je viens de parler. En.
6z6, il le contenta de diminuer le nombre àes Samanéens.
Il mourut dans la même année, & fon fils Tai-tfoug lui
luccéda. Ce fut fous le règne de ce Prince, l'an 6-^'y, qu'il
arriva à la Chine des Bonzes du Ta-îfin , & qu'ils y étabfirent
leur Religion : ces Bonzes s'appellent eux-mêmes Seng, nom
que l'on donne dans les Annales aux Bonzes de Fo ; ce qui
Mc'm.iîel'Ac, peut les faire confondre avec ceux-ci. Ces Bonzes du Ta-tjhi
'p"Vol, ' ^°"' ^^^ Chrétiens Neftoriens, comme cela eft prouvé par le
monument Chinois qui a été découvert à Si-gan-fou , &
dans lequel on trouve un Précis de la religion Chrétienne :
il en elt auffi parlé dans les Annales. L'empereur Tai-tfoug,
lûivant ce monument, fit examiner les livres que ces Chrétiens
DE LITTERATURE. 311
àpportoient, 8c permit leur religion dont il fait l'éloge. En
général, les empereurs de la Chine ont fouvent favorilé les
religions étrangères ; ils ont paru iricme les embralfer ; mais
ce n'étoit pas exclufivement , & ils tenoient également à
d'autres.
Ce mcme Tai-tfong avoit alors de grandes relations avec Ma-mon-im.
îes Indes que les Chinois, & fur-tout les Samanéens de la
Chine paixouroient. Vers l'an 622, l'Inde étoit remplie de
troubles : un Roi nommé Chi-îo-ye-îo , avoit réuni toutes
lès forces pour attaquer fes voifins, & en avoit fournis plu-
fieurs. Dans ce même temps, il y avoit dans l'Inde un
célèbre Samanéen Chinois nommé Fo-tou-h'iuen-tchoans: ; le
Conquérant voulut le voir : le Samanéen lui vanta beaucoup
les grands exploits de Tai-tfong. Ce fut d'après cela que ce
Prince Indien envoya une ambalTade à la Chine : il prenoit
ie titre de roi de Mo-kia-to. Ce pays étoit litué dans l'Inde IJ. f.v.
du milieu, & avoit pour capitale une ville appelée Kic-tou- l^^J^''^"^'
kie-lo-pou-lo ou Kiu-fou-mo-pou-lo , autrement encore Po-
tcha-li-tfe ; elle avoit au Nord le fleuve King-kia qui eft le
Gniiga ou Gange. Il efl difficile de reconnoitre les ditFérens
noms de cette capitale qui font corrompus par les Chinois ;
mais il n'en réfulte pas moins que ce pays eft fitué dans le
centre de l'Inde. L'an 6^'è , l'Empereur envoya à fon tour
dans ce pays un Ambaffadeur Chinois nommé Hiucn-tfe, Amallxz,
qu'il fit eicorter par quelques troupes. Quand Hiiien-tfe^'' ^^'
arriva dans l'Inde, le prince Indien étoit mon, & il y avoit
beaucoup de troubles dans fês États : un Miniffie nommé
Na-fou-ti-o-lo-ua-i/iun , s'étoit emparé du trône; celui-ci vint
avec des troupes au-devant de l'Ambalfadeur pour le chalfer;
les Chinois furent battus & mis en fuite : Hiucn-tfc fe lauva
dans le Thibet où il raffembla des troupes ; les Thibétans
lui donnèrent mille foldats ; ceux du pays de Necbal , fept
mille cavaliers: ik avec cette petite armée Hiucn-tfc alla at-
taquer la ville de Tclia-po-lio-lo ou Tou-po-ho-lo ; il y tua
trois mille hommes, & en précipita dans les eaux dix mille:
le roi Indien le lauva ; mais ayant rallié fes troupes qui.
312 MÉMOIRES
avoient <?té difperlees, il revint, & livra un fécond combat;
il fut pris ; on lui tua beaucoup de monde, Ôc l'on fit
prifonniers environ mille hommes : toute la famille & (es
domeftiques fe retirèrent vers le fleuve Kien-to - goei-kiang ;
le gênerai Chinois les y attaqua de nouveau, les battit, prit
fes femmes, {ç:?, enfans, douze mille prilonniers, & vingt
mille têtes de bétail ; il foumit enluite cinq cents quatre-
A'ingts villes, villages ou bourgades. Chi-kieoii-mo qui régnoit
alors dans l'Inde orientale, envoya aux Chinois une quantité
prodigieule de boeufs , de chevaux , d'armes , & pludeurs chofes
rares , une C;u"te du pays , &: des flatues de Lao-tje.
Pendant que Hiuen-tfe éloit dans ce pays , il alla voir un
Docleur nommé le Dormeur Na-lo-ulli-po-po : celui-ci vivoit,
difoit-il , depuis deux cents ans , &. avoit le fecret de ne pas
Ma-nion-li». mourir. Hiuen-tfe revint enluite à la Chine, & fous le règne
f.2^., luivant, celt-a-dire, lous Kao-tjoiig , ce rrince le renvoya
dans l'Inde ou dans le pays de Mo-kia-to : Mo-lio-pou-tt y
régnoit alors; le Chinois y fit élever un monument de pierre
pour conlerver la mémoire de ks viifloires.
Dans le récit de cette expédition fingulière dont on n'au-
roit jamais foupçonné les Chinois , nous devons nous aiTeter
un moment fur les ftatues de Lao-tfe dont il y eft fait men-
tion, & qui prouvent que la doârine & la religion de ce
Philolôphe Chinois étoient connues des Indiens ; mais ce
qui eft plus intéreiïant pour l'objet qui nous occupe, & qui
a un rapport dired à l'hiftoire de la religion Indienne, efl;
ce qui y efl: dit du Samanéen Hiuen-tchoang , qui fut très-
célèbre à la Chine par lès Écrits ; il prenoit le titre de Fo~
OuyHyun-tong, tofi OU de Boudha .' il étoit Chinois de naifiance ; dès l'âge
iiv.v.f.i^. de onze ans, il lut les livres fecrets de la rehgion Indienne,
y devint très-habile, & acquit dans la fuite une très-grande
réputation ; il fe mit à voyager, & pafla dans le pays à^Igour:
le Roi du pays envoya au-devant de lui pour le recevoir;
de-là il fe rendit dans le Turkeftan où il fut également bien
reçu : il palfa la porte de Fer vers Harafchar, parcourut un
grand nombre de pays , vifita les Indes , & s'en revint à la
Chine ,
DE LITTÉRATURE. 313^
Chine, après dix-fept ans de voyage, vers l'an (^44. II fè
fixa dans un monaflère où il travailla & traduifit le grand
Puon-jo , le même qui avoit cte' traduit par le Samanéen
Kieou mo-lo-che ; mais il y ajouta àts Commentaires. C'eft
à cette occallon que l'on dit que le mot Indien Puon-jo
fignifie la mtme chofe qu'en Chinois Tcki-hoci , c'eft-à-dire, ^^atuon-Tm,
très-intelligetit ; que le mot de Brahma figniiie la même choie ^.Vy,
que Tao-pi-gcm , c'eft-à-dire , (]ui ejl arrivé à bord: on entend
par- là celui qui a fu cotmoitre les chofes & parvenir à la
fainteté. Plufieurs autres Samanéens ont aulTi commenté ce
livre.
Hiuen-tchoang a fait encore un Ou\Tage intitule Sin-PÀng-
koei-kiai , c'eft-à-dire, Traité du cœur, avec des Commentaires,
en un livre qui contient toute la lubflance du Puon-jo. Oa
a encore de ce Samanéen un autre Ouvrage intitulé Pe-fa-
lun , en un livre, c'eft-à-dire, D if cours fur les cent Règles ,
compofé par Tien-îfn qui étoit un Douleur d'Occident;
Hiuen-tclwang n'en eft que le Traducfleur : ces cent Règles
fe réduilent à cinq chefs.
1.' Les Règles du cœur, qui font de huit efpcces.
2." Les Règles de ce que pofsède le cœur, qui font de cin-
quante-une efpèces.
3 ." Les Règles du coqis , qui font de onze efpèces.
4,° Les Règles du cœur , qui ne s'accordent pas avec les aclions ;
elles lont de vingt -quatre elpèces.
j." Les Règles du non-être ou du ne'ant, qui font de fix efpèces:
ce cjui forme le nombre de cent.
Ttii-tfong faifoit tant de cas de ce Samanéen, qu'il travailla
lui-même à la Prélace de là U'adudion du Puon-jo.
Nous apprenons pai" le monument Chinois, que ce Prince
protégeoit beaucoup les Chrétiens Neftoriens qui étoient
venus à fa Cour ; qu'il approuvoit leur doelrine & leurs
livres ; mais celte protection ne l'cmpcchoit pas d'être éga-
lement attaché aux Samanéens. 11 elpéroit que ceux qui
lùivoient ces religions, trouveroient le moyen de le rendre
Tome XL Rr
314 MÉMOIRES
Jln»al. 1, XL, immortel. Les Brahmes prétendoient avoir ce fccrct ; &
^ JP' Teii-tfong c]ui y ajoutoit foi , envoyoit dans tous les pays de
l'Inde des perfonnes pour chercher la plante qui procuroit
i'immortalJté : il mourut dans l'eipérance qu'on la tnniveroit;
&L fon fils Koo-tfoug qui lui fucccda, hérita de lui la mcme
folie. L'an 657, il ordonna qu'on allât également chercher
cette plante dans les Indes. En vain fcs Miniflres lui repré-
lentoient combien il étoit inutile Se ridicule de faire ces
recherches qui avoient amufc Se trompe plufieurs anciens
Empereurs.
Ma-mn-Vn, Comme on avoit fait alors beaucoup de voyages dans
liv.ccxxvii.Yi^^Q pour le progrès de la religion Indienne,- un Bonze
nommé Tao-fiucii , que d'autres appellent Tao-tfoiig , entre-
prit d'écrire l'Hifloire de ces voyages : il examina celle que
le Bonze Hoei-kiao avoit compofee ious le règne des Learig,
& y fit un fupplément qu'il intitula So-kao-feng-tchuen , en
trente livres, c'eft-à-dire. Supplément à l'Hifloire des célèbres
Bonies : il commence vers fan 502 de J. C. ôc finit vers
l'an 646 ; ce qui fait un intervalle de cent quarante - quatre
ans : il y donne i'hifloire de deux cents quarante-huit Bonzes ,
& y joint des Recherches fur cent foixante perfonnages qui
ont commenté & expliqué les livres Indiens que foJi tradui-
foit. Il y a lieu de croire que les Chrétiens Nefloriens, établis
alors à la Chine , ont également compofé des livres concernant
leur religion, & ti-aduit les principaux. Il feroit très-important
de retrouver ces Ouvrages à la Chine.
La religion Indienne Ce foutenoit toujours dans ce pays,
recevant de temps en temps des marques de la proteélion
des Empereurs, mais fur- tout des Impératrices & des autres
Princeiïès qui étoient fort attachées aux Samanécns. Tchotig-
ifong avoit fuccédé à Kao-tfong , l'an 683. Sous Kao-tfong,
flmpératrice Vou avoit eu un très-grand crédit, & avoit eu
quelque façon gouverné l'empire : c'étoit une princeffe fort
înflruite dans ï'hiftoire Chinoifé , qui avoit de l'elprit &
encore plus d'ambition. Après la mort de Tai-tfong , dont
«lie avoit été concubine , elle avoit été renfermée dans mi
DE LITTÉRATURE. 315
monaftère de Bonzefles avec les auti'es concubines de ce Prince :
Kao-tfong qui en ctoit devenu amoureux, l'en fit fortir, &
ia nomma Impératrice : ce Prince ell: regai'dé avec mépris
par les Chinois, pour avoir époufé la concubine de Ion père,
& lui avoir abandonné le gouvernement de l'Empire. Cette
Princefle accoutumée à gouverner, ne laifTa au nouvel em-
pereur Tchong-tfotig Ton fils, que le titre d'Empereur, &
s'étoit réfervé toute l'autorité. Elle avoit auprès d'elle un de
ces Bonzes nommé H oui -y , qui jouifîbit d'un crédit fi grand, Afinat.
que tout le monde en murmuroit : on étoit choqué de Ion ^•,_ .^,2/^
fafle & de Ion infolence; lorlqu'il fortoit, il le lërvoit des ?• ^Oy
voitures impériales : ceux qui en étoient le plus mécontens,
ne laifFoient pas que de s'emprelFer de lui fiiire leur cour : il
avoit tout pouvoir auprès de l'Impératrice mère : cette Prin-
cefie, l'an 685, lui avoit donné le titre de Chef du temple
appelé Pe-ma , près de Ho-tian-fou. C'étoit le lieu où l'an
avoit apporté pour la première fiDis les livres de Fo , & par
conléquent ce lieu étoit comme la métropole de toute cette
Religion. Ce Bonze avoit ramalfé un nombre de jeunes gens
de la lie du peuple qu'il avoit fait Bonzes : il commcttoit avec
eux beaucoup de délordres , Se iailoit périr ceux qui vouloient
les arrêter : on ne pcuvoit en avoir juftice , &: perfonne
n'ofoit parler. Comme d'ailleurs il avoit des talens, il ctoit
employé dans le Gouvernement par l'Impératrice mère.
Dans la (uite, ces délordres allèrent encore plus loin. L'an
6^0, un de ces Bonzes nommé Fa-ming , conipola un livre
intitulé Ta-yun-king, qu'il prélenta à l'Impératrice : l'impolleiir
y foutcnoit que cette Princelib delcendoit du Fo Mi-le , fie
prétendoit par-là que 1 Empire lui app;u-tenoit légitimement.
L'impératrice fit publier ce livre dans toute la Chine, mais
fur -tout dans les deux Cours, à Si-gan-fou fie à Lo-yaiig ,
oii elle en fit mellre un exemplaire. D'après cela, elle lit
dépoler Ton lils qui, quoitjue dépouillé de toute autorité,
avoit toujours clé regardé julqu'alors comme Empereur : elle
lui enleva ce titre, fie prit elle-même celui d'Impérairice :
flic changea le nom de la dynaflie régnante, qui éioii Tuti^,
Rr ij
3i6 MEMOIRES
pour prendre celui de Tcheou ; elle le fît appeler Tcheou-
vou-chi , c'ell-à-dire , Vou-chi Impératrice des Tcheou.
^Am, Chin. L'an 6p4 , le mcme Bonze Hoai-y fut charge par l'Impé-
ratrice, de conflruire un très- grand temple : on y employa
dix mille hommes. La dcpenfe fut fi exceffive, que le trclor
en fut tpuilé. On murmura beaucoup, & on porta des
plaintes à l'Impératrice ; en coniéquence elle chalîà mille
jeunes gens qui éloient les dilciples de Hoai-y : quant à
celui-ci, elle le iaifla tranquille, & lui ordonna de teindre
de fàng de bœuf une ilatue de Fo , qui avoit deux cents
pieds de haut ; enluite Hoai-y jaloux du crédit qu'un Mé-
decin comniençoit d'acquérir , mit lecrètement le feu à ce
temple qu'il faiioit bâtir ; prefque tout le palais impérial fut
réduit en cendre : Hoai-y ne fut pas inquiété ; l'impératrice
avoit trop de foibleffe pour lui : elle lui ordonna au contraire
de reconftruire le temple & le palais ; de- là de nouveaux
murmAires & des remontrances de la paît des Miniftres qui
vouloient que l'on prokrivît cette Religion, caule de tant de
défbrdres.
Il arrivoit alors à la Chine desSamanéens de tous côtés, &
ils fe rendoient à la Cour, où ils trouvoient des honneurs,
du crédit & des richeffes : tous cepeivdant n'avoient pas cette
Ou.yn-yimmg, ambition : quelques-uns n'étoient occupés que de l'étude. Le
ky,v.i>.ij). Samanéen Ti-po-ho-lo que les Chinois nomment Ge-tchao',
& qui étoit originaire de l'ijide du milieu, s'y étoit rendu
quelque temps auparavant : dans fôn pays, il s'étoit livré à
l'étude, & avoit approfondi toute la doéfrine Indienne. Ar-
rivé à la Chine, il s'y éloit renfermé dans un monaftère,
où il traduifit les livres Indiens concernant la dcdrine du
Ta-tchiiig.
Plufieurs Samanéens s'étoient joints à lui pour l'aider, &
l'Impératrice qui fe piquoit d'érudition , avoit cru devoir y
faire quelque chofe, afin d'avoir pai't à l'ouvrage. Le principal
livre qu'il traduiht, e(l intitulé Hoa-yen-king, Dans le même
ljnd.f,iy, temps un autre Samanéen, nommmé Che-tcha-nan-to , que
les Chinois appellent Hio-hi , traduifit le même livre : ce
DE LITTÉRATURE. 317
Samanéen étoit originaire du pays de Khoten ; il ctoit venu Ma-nton-lin,
à la Chine, à la follicitation de l'Impératrice, pour traduire t'j'i^fjy'/'
ie Hoa-yen-king qu'il apporta avec lui de Khoten ; aiTÏvé à la
Chine , il y ti-ouva plulleurs Samanéens en état de le féconder :
il y travailloit en 6^8 , aidé entre autres par un Samanéen
de l'Inde méridionale nommé Pou-ti-heou-tchi. 11 fit plufieurs
autres traductions : enluite , comme la mère étoit fort âgée,
il s'en retourna dans Ton pays pour la voir , après quoi ii
revint une féconde fois à la Chine vers l'an 710, & il y
mourut âgé de cinquante - neuf ans. On brûla fon corps;
mais on prétend que fa langue refta entière , & ne fut
point endommagée par le feu, on la porta à Khoten, &
ion éleva un monument à l'endroit où on avoit brûlé Ion.
corps.
On a compolt à la Chine un grand nombre d'ouvrages
relatifs à ee livre, foit Commentaires, loit Extraits ou Abrégés:
ils font indiqués dans Ma-tuon-lin ; mais comme on le borne llld.lv.
à donner fimjîlement le nom des Auteurs de ces Commen- i'^^,^jJJ,*
taires , cette énumération feroit trop longue ici , & ne nous
apprendroit rien (ur le lond de ce que renferme ce li\re
dont j'ai déjà p;ulé.
Je ne dois pas oublier ici un autre ouvrage important con-
cernant la religion Indienne, compofe pai" le Bonze Y-tfing : lUd.li
il e(l intitulé, Kieoii-fd-kao-fciig-tc/iiicn , en deux livres, c'ell-
à-dire, HiJIoirc des illujlrcs Bonics rjui ont voyage pour aller
ilicrchcr la Loi. Ce Bonxe , vers l'an 687, avoit pallé dans
l'Inde pour y chercher des livres de la religion Indienne,
& à (on retour , il le propoia de faire l'hilloire de tous ceux
■<|ui, coinme lui & dans le même deifein , avoient entrepris
ce voyage pendant le règne de la dynalUe des Taiig. Il y
donne l'hifloire (Se les voyages de cinquante- huit de ces
Perfonnages. On trauuidl aulli dans le même temps un livre liu, H:
intitulé, ïucn-l.io-leao-y , en dix livres. Le Traducteur étoit
un Uonze de Samarcande nommé Fo-to-to-lo : cet ouvrage
Irailoit de la Métempfycolè. Il efl encore fait mention d'un
aulrc livre du nitnic genre, intitulé Yucn-kio-lùug-fu ; c'ell un
CCXWll ,
cccxxvi,
y. ij,
3i8 MÉMOIRES
Commentaire tlu précédent, il pai'ut en 6p-} , & le BonZe
Tfong-mi en efl; l'Auteur.
I I.
Suite de l'HlJlohe de la Religion Lidiemie à la Chine ,
depuis l'an âj^S /ufqtt'en j)â^j.
L'ÉTABLISSEMENT des Chrétiens Neftoriens à la Chine, Se
fur-tout à la Cour, ne tarda pas de cauier de la jaioufie aux
Samanéens, & bientôt, c'efl-à-dire en 65)8 , ceux-ci tentèrent
de leur fufciter quelques orages , mais cela n'eut pas de fuite;
& les hifloriens Chinois qui confondent ces Nefloriens avec
les Bonzes Indiens, affurent que l'on murmuroit beaucoup de
la proteélion que l'Impératrice accordoit à tous ces étrangers.
Ce qui doit les avoir induits en erreur, comme je fai déjà
remarqué, c'eft que ces Nefloriens prennent eux-mêmes le
titre de Seng qui eft celui des Bonzes Indiens.
Annallxui, L'Impératrice toujours attachée à la religion de Fo , avoît
p. 12, formé , l'an 700, le deiïèin de faire jeter en fonte une très-
grande flatue de cette divinité ; mais elle vouloit que les
Bonzes y contribuaflènt. Un Officier profita de cette occafion
pour lui reprélenter les dépenles exceflives qu'elle 1 ailoit alors
en faveur de ces Bonzes qui avoient , difoit-il , une multi-
tude de Kia-lan , ou de temples trop magnifiques ; il ajoutoit
que toutes ces dépenfes qu'elle deftinoit pour Fo , feroient
beaucoup mieux employées au foulagement des peuples qui
étoient épuilés & dans le befoin : l'Impératrice adopta ce
confeil. Le mot Kia-lan dont on fe lert ici , ell: un mot
Indien qui fignifie , félon les Chinois, un lieu d'aiïèmblée :
on dit encore Kia-lan-mo ou Kia-lo-mo & Pi-ho-lo.
UiJ.p.2!, Quelques années après, c'efl-à-dire l'an 704, malgré les
avis qu'on lui avoit donnés, l'Impératrice revint encore à
fon projet pour la llaîue de Fo. On lui fit de nouvelles
repréfentations : mais elle fut dépofée l'année fuivante &
l'Empire fut rendu à Tchong-tfong. Ce Prince ne fut pas
plutôt fur le trône, qu'il fe lailîà entièrement gouverner par
DE LITTERATURE. 319
l'Impératrice fa femme , auprès de laquelle un Bonze nommé
Hoei-fan avoit tout crédit : l'Empereur étoit incapable de
gouverner, & ne s'occupoit que de plaifirs ; il dépenfa àts
fommes exceiïives à orner des temples de /o , & ne faifoit
aucun cas des remontrances qu'on lui adreffoit.
Sous fon règne pai-ut le Leng-yen-king , livre célèbre dans ,.f/^-'^'^;!^^'
la religion Indienne. L'an 706 de J. C. il vint à la Chine un j,' ,^,
Bonze Indien qui traduifit cet ouvrage. On en a fait cnluite
difFérens Commentaires. Sous cette même dynaftie des Tang ,
car on ne donne pas l'époque précife, un Indien nommé Puon-
li-mi examina la traduction que Mi-kia , originaire du pays
de Ou-tclumg . avoit faite de cet ouvrage; enfuite un Bonze
nommé Yno-yue en fît un Précis , «Se un autre Bonze en fît
un Commentaire. Sous les mêmes Tang, on a fait une édition
de la tradudion de Mi-kia en dix livres , & on y a joint les
Commentaires anciens ik. modernes des douze Sedes, preuve
que l'on comptoit alors douze Secles dans cette Religion.
Ce livre tend à prouver que tout revient à l'unité d'où tout
eft forti : on y traite dçs principes des choies , des fens &
des paillons qui coulent dans le monde fans pouvoir revenir.
Ju-lûi qui eft un nom de Fo , touché de compalîion, fît
connoitre aux hommes, dans ce livre, la porte defbrtiequi
efl le chemin du retour. On appelle porte de fortie, la porte
du Ni-pon ou de la mort : c'eft toujours la mCme morale ,
cette apathie, cette infenfîbilité générale qui , anéantilîant tout
nos fen? , ramène tout à l'unité, fo craignaHt que les hommes
ne pénétrafTent pas cette dodrine, leur envoya vingt -cinq
difciples pour la leur expliquer; & Â'//o/;-t/^/-///, cette divinité
femelle dont j'ai parlé, fit un chapitre fur la Métempfycolè :
elle y traite des fens qu'il faut anéantir; elle fait connoître
ce que l'on appelle le l^uic, dans lequel l'on eft confondu
avec la divinité : toute cette doéirine efl fort obfcure.
/fiiien-tfoiig Liant parvenu à l'Empire, ordonna, l'an 714,
fur les reprélenlations t|ui lui furent faites , qu'on diminuât
le nombre des Bonzes & Bonzelfes qui s'étoit trop multiplié
ifbus les règnes précédens ; il en fupprima douze juille , fit
'3 20 MÉMOIRES
détruire plufieurs temples & quantité de flatues. Ce Prince
fe livra tout entier au Gouvernemejit qui depuis long-temps
étoit entre les mains des femmes : il ne fe borna pas à réprimer
le luxe qui régnoit dans les temples de Fo , il fit lortir du
palais beaucoup de filles qu'il renvoya à leurs parens, brûler
une quantité prodigieule de meubles, d'habits & d'équipages,
diftribuerdes fecours à ceux qui en avoient befoin , & donna
le premier l'exemple de la frugalité & de la modellie : il fut
en relation avec tous les peuples occidentaux ; les troupes
battirent en TaVtarie les Arabes , & les Chinois redoutés
dans toute cette contrée, y étoient regai'dés comme les
protecfteurs du pays.
Pai'mi tous les Bonzes qui étoient alors à la Chine, il y
Gmhil.OlJ. en avoit quelques-uns qui le livroient aux Sciences & qui
y^/c. ww:r , ^,y jjf^jjiguoiej-jt. L'an 72 I , on calcula une éclipfe, & le calcul
le trouva taux. L'Empereur fit venir à fa Cour Y-hang , Bonze
Chinois de la religion de Fo ; celui - ci travailla beaucoup
flir l'Albonomie. Dans le defiein de connoître la fituation des
principaux lieux de l'Empire, il fit faire un grand nombre
d'inftrumens , des gnomons, desiphères, des aflrolabes , des
quaits- de-cercle , &.c. il envoya des Mathématiciens dans le
Nord & dans le Midi pour oblèrver la hauteur méridienne du
Soleil, celle die l'Etoile polaire, &: pour prendre la hauteur
de quelques lieux dans ces deux extrémités , afin de favoir
au jufte le nombre àts li qui répondent lîar la Terre à un
degré de latitude. Ceux qui lurent chargés d'obferver dans le
Midi , allèrent dans le Tonquin & la Cochinchine : ceux
du Nord allèrent dans le pays des Tai'tai'es Tie-le , vers le
lac Paikai en Sibérie. Tous avoient ordre d'examijier la durée
des jours & des nuits, & d'oblerver les étoiles que l'on ne
peut apercevoir iûr l'horizon de Si-gan-fou. C'eft alors que
les Chinois commencèrent à parler de l'étoile que nous nom-
mons Canope , & des autres qui font au Sud. D'après ces
obfervations , & celles qu'il avoit faites lui-même, Y-hang
conclut que trois cents cinquante -im // & quatre-vingts pas
lépondoient fur la Terre à un degré de latitude ; elles lui
fervirent
DE LITTÉRATURE. 321
(èrvîrent beaucoup f>our les catalogues qu'il fit de la grandeur
des jours , de la difTcrence des méridiens , jiour le calcul des
écliples, des dcclinaifons du Soleil , de la grandeur des ombres
méridiennes du gnomon, des latitudes de la Lune, &c. il a
drelîe un catalogue des longitudes terreflres , un auti^e d'un
très - grand nombre d'cloiles dont il a fixe la pofition lur
des Cartes cclefies qu'on ne trouve plus, à ce que l'on
prétend. Son Ouvrage efl intitulé, Tang-ta-yen-lie-y , en Md-tuan-iùit
dix livres. 11 mourut âgé de quarante- cinq ans, l'an 727, ."'/f,^^^'
avant que de l'avoir achevé ; d'autres Agronomes le finirent.
Ta-yen défigne un nombre de \'Y-kiiig propoic par Cofifi/diis :
par-là Y-hang avoit voulu flatter its Chinois, en leur failânt
entendre que toutes les connoiflances allronomiqiies venoient
de ks réflexions &. de fes méditations fijr ce nombre. Le
titre de fon Ouvrage fignifie Traité d'Aflronomie du Ta -yen
fait fous les Tang.
Vers ce même temps , l'Aflronomie àe^ jîeuples d'Occident
ne devoit pas être inconnue aux Chinois, & p;u-ticulièrement
au Bonze Y-hatig. Les Nefl;oriens étoient établis à la Chine;
le dernier roi tie Perle s'y étoit rélugié ; il y avoit égale-
ment beaucoup d'Indiens, & l'an 7i<?, le roi de Samarcande
avoit envoyé à l'Empereur un Traité d'Aflronomie ; c'étoit CiuUi, obf.
du temps même de Y-hang. Il y avoit auflt alors un autre J/s'ÔT" '
Alalhématicien nommé Kit-tan , qui, fikhé de n'avoir pas été
nommé pour rédiger, avec les autres, l'Ouvrage (XY-hang,
prétendit que cet Ouvrage n'étoit pas complet : ce Kit-tan ,
Indien de naiflànce, étoit Aflronome tic l'Empereur. Ce fut lui J^i^p- J.f.
qui traduilit en Chinois, en 718, un Traité d'Aflronomie
apporté d'Occident. Le P. Caubil nomme ce dernier Ouvrage
Kieou-tche , &. l'on prétend qu'il avoit été compolîi p^x (\*is
Bruhmes. On accufoit Y-hang d'en avoir beaucoup profité
& de l'avoir diflimulé : on dit <jiie c'eil de cette Aflroinfcmie
qu'cfl venu à la Chine l'ulage de donnes" encore aujourd'hui
à chaque jour le nom d'une des vingt-huit Con(lcllation> ,
*n Ibrle que les quatre Conflellations tang, Hiu, Mao, Sin,
fe trouvent toujours au jour que jious appelons Dimanche,
l'orne XL. SI
3i2 MÉMOIRES
■Ca-J,!!. Olf. Il exiftoît encore à fa Chine pliifieurs autres Traités J'Aftro-
^^"^'"'"f"' nomie qu'on avoit apportes de i'Ijicle.
Y-hau^ ne s'c'îoit pas borne à i'Aflronomie ; comiTie il
avoit beaucoup d'érudiiion , il examina la Chronologie Chi-
noife, & entreprit >}^i:\\ hxer plulieurs époques : il calcula
les anciennes éclipfes ; mais il le trompa lur une qui devoit
arriver de ion temps, &. pour l'oblervation de laquelle on
JliJ.p.Sd. s't'toit préparé : il ellaya d'excufer Ton erreur pai* une abfur-
dité , fuutenant que le Ciel avoit changé les règles ordinaires
du mouvement qui produit les éclipies, Se il prétendit en
donner des preuves.
J'ai cru qu'au milieu de tous les détails qui concernent
Ja religion Indienne , cette digrelFion fur les Sciences ne
feroit pas inutile : elle peut faire naître des réflexions fur
leur origine dans l'Inde même. Nous voyons qu'elles le
font établies d'abord dans le Nord de l'Inde &. vers la
Baétriijne, pays que les Grecs avoient habité autrefois. Quant
à la chronologie Chinoife , ceux de ces étrangers qui s'y Ibnt
appliqués, ont pu & ont dû efTayer de la concilier avec la
Chronologie des peuples occidentaux dont ils avoient con-
jioi(îànce:ainfi cette Chronologie, telle que nous la trouvons
à préfent , n'eft pas l'ouvrage d'un peuple à qui toute autre
Chronologie étrangère étoit inconnue ; & ce qui s'eft lait
fous les Taiig , dans le viii.*^ fiècle, a pu être fait auparavant
fous les Han qui étoient également en relation avec les
peuples d'occident dans le i" & le ii.^ fiècle de i'ère
Chrétienne.
Hhien-tfoiig , fous le règne de qui tout ceci fe pafTa, étoit
fort adonné aux fec51es de Tno 8^ de Fo , & au culte de
quelques divinités particulières pour lelquelles il employoit
des eipèces de charlatans & de magiciens ; mais cela ne lui
faifoIt.^as négliger ce qui coJicerne Confiiciiis, ni la doétrine.
En général , ce Prince fut dominé par les eunuques &
les femmes le gouvernèrent, il étoit entêté de devenir ini-
jnorlei par le moyen d'un breuvage que ies Tao -fe lui
jLjrûJtneUoient , aulTi les prctégeoit-il plus que tous .les autres.
DE LITTÉRATURE. 323
So-tFons qui luccéda à Hiuen-tfons , étoit fort attaché à la Amaii.xir,
religion de ro. On le vit pendant ion règne, & iur-tout ^^^
i'an y6i , faire les ce'rémonies de cette Religion avec les
Officiers de /on palais : les uns reprélêntoicnt Fo , d'autres
ditférens Pou-fa; les Gardes reprélentoient les génies des
Kin-kang, & il ordonna à tous les Officiers de leur faire
la révérence à la manière des étrangers. A cette occafion, on
explique les mots de Pou- fa &. de Kin-kang : le premier
figniiie <jui porte du fecours par-tout, & de plus très-pénétrant.
Le iecond efl un des titres d'honneur donné à Fo ; il défigne la
dureté du métal , ce qui veut dire que Fo e(i impénétrable &
indcfîruâible. C'efl: ce mcme titre que l'on a donné au livre
Puon-jo dont j'ai parlé. Cet emblème eft reprélenté par àçi
llatues qui font placées aux portes des temples de Fo.
L'empereur Tai-tfong qui monta fur le trône en 76^2,
fut en général également attaché à cette Religion ; il fit
conflruire de nouveaux temples, & favorifa beaucoup les
Bonzes. En 765 , on le ^it aller en cérémonie au temple
de Fo , accompagné des grands Seigneurs qui reprélentoient
différentes divi.'iités : on portoit avec un tiès-grand relpecfl
ies livres de Fo. L'Empereur aflîfla aux explications que les
Bonzes en firent dans ce temple; on remiuque que ceux-ci
éloient affis fur des fauteuils fuperbes.
Dans le commencement de {on régne, ce Prince ne s'é-
toit pas livré au culte de Fo , mais deux grands Seigneurs
lui infpirérent ce goût, en lui parlant fans celle de la pro-
tecT^ion de Fo ; ils avoient fait bîxiïv beaucoup de temples , U,j.
& entretenoient à leurs frais julcju'à mille bonzes : l'Empereur
qui les crut, en fit nourrir dans fon ])alais plus de cent, &
le plut à entendre leurs explications.
Pendant Ion régne , il y avoit à la Chine un favant Sa- Ouya-yuniatg.
manéen nommé Pou-kong, qui étoit d'une famille de Bralime ^''' ^'i'-^'
tlalilie dans l'Inde leptentrionale. Il s'appliqua dès l'âge de
quinze ans au San-tfing ou trois Tréfors. 11 étoit venu à
la Chine vers l'an 732 : il avoit pafié à Ceilan pour avoir
les livres fecrets & une infinité d'autres Traités au nombre
Sfij
324 MÉMOIRES
de cinq cents. De -là ii avoit repafîé dans l'Inde, d'où îl
étoit revenu à la Chine l'an 746. 11 courut encore les mers,,
retourna dans fon pays , & revint à la Chine vers l'an 755,
où ii demeura dans un monaftère. Ce fut pendant le règne
de Tdi-tfong qu'il acheva la trauiidion des deux ouvrages
Indiens, le Mi-yen-king , &. le Gin-vang-king ; l'Empereur
qui travailla à la Préface, doinia à ce Samanéen le titre de
trcs-profûiul dans la covniwijfûnce des Scin-tfang, & en 7<i5,
l'Intendance du tenipie de 'iclmtig-ldng avec le titre de Kong.
Pou-kong entroit librement au palais , &: tout le monde le
relpeéloit : ii fut fort utile à ceux de fa Religion qui par {ox\.
crédit firent l'acquifition de terres & de revenus confidérables..
Cet attachement de l'Empereur pour ces Bonzes fut caufè
qu'on lui reprocha de négliger le gouvernement de l'Empire..
Pou-kong, après avoir fait un grand nombre d'Ouvrages,
mourut âgé de fb ixante-dijc ans; il avoit été cinquante ans
Samanéen. Les principaux de ces Ouvrages font,
1.° Le Ven-tcliu-ven-king , un des livres du San - tjang ;
c'eft celui de Goei-tno-kie dont j'ai parlé plus haut :
.2.° Le Kin-kang-ting-king :
3.° Le Hoa-yen-king , dont j"ai parlé également.
Pou-kong ne borna pas fes travaux aux livres de Religion ,
Hiff.dfVAllf, il s'occupa aufTi d'Afîronomie. Le P. Gaubii qui le traite
r. / ,p.i22, j'Afii-ologiie & de grand impofleur, dit que ce fut lui quj
apprit aux Chinois les noms que nous donnons aux douze
f Ignés du Zodiaque, Bélier, Taureau, &c. qu'il avoit une
grande connoiffance Aq^, étoiles , &; qu'il a très-bien décrit
celles que les Chinois ont mifes à la tête des vingt- huit
Conflellations. Ainfi Pou-kong fut de fon temps un homme
célèbre , qui procura aux Chinois des connoilîances aftrono-
miqucs prifes des aftronomies Grecques qui étoient connues
des Indiens. Le P. Gaubii lui - même penle que tous ces
Alh'onomes étrangers qui vcnoient à la Chine, avoient tiré
leurs principes de Ptolémée & d'Hippai"que. C'eft ainfi que
ÏSi Sciences fe font répandues infenfiblement, & ce n'eft qu'tn
DE LITTÉRATURE. 325
ïifant les monumens propres des Nations que nous pouvons
nous en apercevoir.
Tai-tfong entièrement livré aux Bonzes, alla, i'an ~6% ,
à un de leurs temples où plus de mille perlonnes, hommes
& femmes , le tirent Bonzes &. Bonzelîes. Quelque temps
après , il s'y rendit de nouveau , & y fit placer les tablettes
. de lès Ancctres; en mcme temps, il ht porter de fon palais
avec beaucoup de pompe le plat nomme Yu-lan : ce mot
Indien hgnihe la compajjîon , la ynié , la charité. Les livres
de ia religion Indienne rapportent que la mère d'un certain
Indien nommé Alou-Iien , ayant vécu dans une grande difette
pendant fa vie , après la mort Fo ordonna qu'on lui porteroit
tous les ans , le quinzième jour de la ièplième Lune , un
plat rempli de toutes fortes de chofès bonnes à manger. C'eft
cette cérémonie que l'Empereur eut la dévotion de faire, &
depuis ce temps, elle ell encore en ulage. Cependant, l'an
y-p , ce Prince informé du trop grand nombre de Bonzes
& de Bonzelîès qu'il y avoit dans l'Empire, fit cp.ielqucs
règlemens pour empêcher qu'on n'entrât dans ces monallères.
Ce Prince mourut l'an 805, &: il eut pour fucceffeur
Hien-tfong fon fils qui ne fut pas moins attaché à la religion
Indienne ; mais il protégeoit eu même temps las Tao-fe , parce
qu'il vouloit devenir immortel : on ellàya de le défabufer , &.
on lui déplut, il y avoit dans la ville de Fong-fiang-fou , dans
\eC/icn-fi, un doigt de Fo auquel on atlribuoit des miracles: AmaK
il étoit renfermé dans le temple de Fa-men-ilii. On diloit que ^"'xYÀyJ/l
tous les trente ans il s'entr'ouvroit , & qu'alors l'année éio'il p./.
très - alîondante , ce qui cauloit une grande joie parmi le
peuple : on avoit beaucoup de dé\otion peur cet os. Comme
on approchoit de la trentième année , l'Emptreur, l'an 810,
par le conleil de quelques eunuques , ordonna qu'on l'apportât
dans fon palais , ce qui s'exécuta avec beaucoup de cérémonie :
tous les Grands 6i le peujile allèrent au-devant ; on fit des
prières is: des offrandes. Han-yu prélenla à cette occafion les
remontrances luivunles. Jeles tranfcris en entier, parce qu'elles
nous donnent une idée de toutes celles qui ont été faites ea
32(r MÉMOIRES
difîcrens temps contre les Bonzes de Fo : elles fe trouvent
dans un recueil de pièces intitule Ku-vcn-yuen-kicn , publié
par ordre de Kang-hi ; plufieurs ont c'tc traduites par nos
DuHnMe. MilHonnaires, &: imprimées dans le P. du Halde : celle de
t,U.i:.;2j. j^^ii^yii efl du nombre. Dans les annales que j'ai fous les
yeux, on s'eft contenté d'en mettre un précis.
« Prince, qu'il me loit permis de vous repréfénter avec
» refpeél, que la doélrine de Fo n'efl; qu'une vile fecfle de
» quelques peuples barbares qui ne s'eil introduite dans notre
» Empire que (ous les Hun : elle n'y étoit point connue aupa-
» ravant. Hoang-ti régna, dit-on, cent ans, & vécut cent dix;
» Chûo-hûo régna quatre- vingt -tlix ans, & en vécut cent;
» Tthitcn-liio régna loixante-dix-neuf ans, & en vécut quati'e-
» vingi-dix-huit; 7"/-/^c> régna foixante-uix ans, & en vécut cent
» cinq; Y'ao régna quatre-vingt-dix ans, & en vécut cent dix-
>> huit ; Chiiti 8c Yii vécurent auffi chacun cent ans : ious ces
» Princes, l'Empire jouilîbit d'uiie paix profonde, & leurs lujets
« heureux 6c conlens pai-veiîoient à une extrême vieilleffe. Fo
•» & fa doélrine étoient alors inconnus à la Chine. Tching-tang
" vécut cent ans, Ven-vung quatre-vingt-dix-lept, & Vou-vang
« quatre-vingt-treize : ce n'eft pas Fo qui leur a procuré une
" vie Se un règne fi longs ; ils ne le connoifloient point.
» Mitig-ti , qui a introduit cette doctrine parmi nous, n'a
« régné que dix-huit ans : fes defcendans , toujours en troubles ,
» fe font fuccédés rapidement, & ont bientôt perdu l'Empire,
» mais le culte de Fo ne fut point éteint avec leur dynaflie ; il
» prit de nouvelles forces Ious les dynaflies luivantes : aulTi
» ne reftèrent-elles pas long-temps fur le trône. On vit en peu
« de temps s'alTeoir fur ce trône les Sotig , les Tfi , les Leang,
" les Tchin , &c. & de tant de Princes , il n'y eut que Vou-ti
» qui régna long-temps , quoiqu'il fût attaché à la feéle de Fo.
» Ce Prince , conformément aux principes de cette Religion ,
» cefla de tuer des animaux (a) , même pour les facrifices de
» les Ancêti'es ; il ne failoit plus qu'un repas par jour, ne
T-' - ■ ■ ■ I •
(a) Pour y fupplécr, il en fairoit faire de pâle.
DE LITTÉRATURE. 527
mangeoît que des légumes & des* fiiùts ; enfin jufqu'à trois «
fois , pour honorer Fo , ii clelcendit à des baiïeïïes indignes «
de Ion i-ang. Quelle en fut la rccompeniè ! Prefle.par un «
rebelle dans Tûi-tching , ii y mourut de faim, &: fon Empire «
pafTa à d'autres. Ce Prince & tous ceux qiu', comme lui, «
ont fait confifler leur bonheur à honorer Fo , n'en ont été «
que plus malheureux : concluons donc que ce culte eft au «
moins une chofe inutile. „
L'illulh-e Fondateur de notre dynaftie, devenu maître de «
l'Empire , le propofa d'abord d'exterminer cette itcie ; mais «
par malheur ceux qui le trouvèrent en place, peu infhuits «
dans la doctrine de nos anciens Rois , ne le fécondèrent pas. «<
Votre Majeilé que tant de fagelfe & tant de valeur mettent «
au-delfus de la plupart des Princes qui ont régné depuis «
long-temps , votre Majefté , dis-je , dès fte commencemeiit <c
de ïbn règne, défendit qu'on batjl de nouveaux temples & .<
qu'aucun Chinois fe fit Bonze; cela me fit croire, & je le «
dilois avec joie, les vues de Kao-tfou vont s'exécuter: vos «
ordres cependant font reliés jufqu'à préfent fins effet ; & «
comment vous-même avez-vou^ pu les annullcr en tenant une «
conduite toute oppolée! C'eil, dit -on, par ordre de votre «
Majeflé que tous les Bonzes font alfemblés pour conduire , «
en procelfion dans votre palais , un os de Fo que vous y «
voulez placer avec honneur. Malgré mon peu de luinièrcs , «
je fiis que votre Majeilé, quoiqu'elle ordonne tout cet appa- «
reil , n'eit nullement attachée à la lèèle de Fo ; die veut «
rendre plus marquée la joie que l'abondance de cette année «
a caulée dans tous les ccxurs ; elle veut donner quelque «
fpeélacle ou \\\\ diveriidement nouveau , &: c'efl pour cela «
qu'elle a pemiis cet apparcU : c;tr enfin y a - 1 - il quelque «
apparence que votre Majeilé ait confiance en Fo ! Non: «^
mais le peuple aveugle & grollier efl aufll facile à féduire «
qu'il cûdilHcilt*à corriger; lorlqu'il voit votre Majeflé rendre «
ces honneurs à Fo, il voui imitera. Que fbmmes-nous, dir;-.- «
t il, pour épargner nos corps &: nos vies, pendant que notr<?^«
grand iJc fage Empereur ne s'épargne pas lui-même? On «
328 MÉMOIRES
verra alors ce peuple aller en foule fe brûler la tête 8c les
doigts, dilTiper fou bleu ik fe revêtir d'un habit de Bonze,"
ou courir en pèlerinage dans les dilfcrentes boiizeries, fe
dépouiller de tout ce qu'il a, & fe taillader les bnis & tout
le corps en l'honneur de Fo : cet abus contraire aux bonnes
mœurs & aux Loix nous rendroit ridicules à tout l'Univers.
Qu'ctoit donc ce Fo ! un barbare étranger qui n'a jamais
connu nos Loix <?c nos ufages , qui a ignoré les devoirs \q%
plus elfentiels du Prince au lùjet , & du fils au père. S'il
étoit vivant, s'il venoit à votre Cour, comme Député de
Ton Prince, vous lui donneriez une courte audience, vous
lui feriez quelques prélens , & vous le feriez reconduire
hors de vos frontières. Pourquoi donc le tant révérer après
ia mort ? Les triftes & fales relies de foji cadavre, un os
pourri , entrent aujourd'hui en pompe dans votre palais , &
pénètrent même julque dans l'intérieur, dont la clôture efl
Il fëvère ! Confucius difoit : Refpeclez les elprits ; mais ne
les approchez point. On a vu dans l'antiquité un Prince
obligé de faire hors de fes Etats une cérémonie funèbre,
en craindre de fàcheules fuites , Se pour ie ralfurer contre
ce mauvais augure, faire venir de ces Magiciens qui , en
employant le pêcher , l'herbe lie , & certaines formules ,
détournent les infortunes. Aujourd'hui , fans aucune précau-
tion & fans néceffité, Voti'e Majeflé approche d'un ofTement
fale & infeél, & s'arrête à le regai'der. Tous vos Ofîiciers
cependant fe taifent ; les Cenfeurs même ne font aucune-
remontrance : j'en rougis de honte. Remettez,, je vous en
conjure , cet os à vos OfEciers de Juftice ; qu'ils le jettent
dans les eaux , ou qu'ils le brûlent. Pa*- là vous couperez
la racine du mal ; vous ferez cefîer les ioupçons que vous
avez fait naître : prévenez la pollérité contre ces erreurs.
Quelle joie fera -ce pour moi & pour tous ceux qui font
» vraiment zélés ! N'en craignez point de fuites fâcheufes ; je
M les prends toutes fur moi. Le Ciel qui nous voit de près , efl
3> témoin que mes fentimens répondent à mes paroles , & que
je fuis incapable de m'en dédire. »
L'empereur
DE LITTÉRATURE. 329
L'empereur Hien-tfoiig irrité Je cet Ecrit, dépoia Hmi-yu,
& l'envoya en province avec un emploi médiocre. Le P. du
Haide qui l'a rapporté tout entier, dit qu'on connoîtra par-là
comment les Chinois s'y prennent , quand il i'agit de réfuter
des Religions étrangères. 11 faut avouer que cette Pièce n'ell
tju'une pure déclamation, dans laquelle l'Auteur ne touche
point aux principes de la religion Indienne.
On a dû remarquer dans ces remonti-ances des ufages qui
fe pratiquent encore dans l'Inde. Pendant le jeûne d'Opojtf,
<iit M. Dow, plufieurs Indiens fe pendent avec des crochets ^"S'^^s-
de fer, pointés dans la chair fous l'os de l'épaule, à un
morceau de bois : ils ne paroilîent pas fenliblcs à la douleur
qu'ils doivent reffentir, puifqu'ils iont ditléreiites pirouettes,
fonnent de la trompette , & chantent à différentes repriles
des Cantiques. D'autres fè font avec un ter chaud lur le Lacroif.t.ll,
haut des deux épaules des brûlures. Ainfi toutes ces incifions ^' ^^^'
xjue l'on fe faifoit à la Chine , font des pratiques obiervées
xians les Indes.
Sous le règne de ce même Prince , il parut dans fa Cour 0_u-y>iynn-mg,
un célèbre Samanéen nommé Piion-jo , qui étoit de Samai"- '' '''
cande : en 792, il travailloit à une nouvelle traduction du
Hoa-yen-king , livre Indien dont j'ai parlé plus haut. On
dit, à cette occafion , que ce livre avoit été publié par le
Roi du pays appelé Ou-tcha ou Ou-tou. La traduction de
Puon-jù ne parut que vers l'an 810 de J. C. J ignore où
peut être filué préciiément le pays à'Ou-h/ia dont il tiï ici
<]ueflion ; mais, par ce qui en elt dit dans Ma-tuon-liii , il Mawonlîn.
doit être dans le nord de l'Inde vers les montagnes de neige ^,'0'.' ' '
ou \' Inuius.
Sous le règne de Mou-tfong qui fuccéda à Hien-tfong , en
820, il efl peu fait mention de la religion Indienne qui le
ibulenoit toujours .î la Chine. On rapporte qu'un Grand de
i'Enipire nommé Lteou-ifong , qui avoit Uié (on oncle, en
eut tant de remords, &. vil dans Ion déklpoir tant de (peches
attachés à le pourfuivre, q«e , pour les appailer, il failoit
beaucoup de prières à Fo , cnlreieiioil un gnuid nombre de
Tome XL, T t
330 MÉMOIRES
Bonzes : enfin que, n'ctant pas encore tranquille, ij abJiqua
toutes Tes charges , & fe fit Bonze. 1/Ëmpereur éîoit lui-
mcme livré à ces Bonzes qu'il combloit de bienfaits. Pendarit
ion règne, tout fiit dans le dtfordre ; il fiit alîafliné , étant
ivre, au milieu d'une troupe de dcbauciiés, en 826.
L'an 840, l'empereur y'ou-tfong monta iur le trône : ce
Annal h: L, Princc étoit fort adonné à la fede Açs Tao-fe ; il efpéroit
/'• ^/" par leur moyen parvenir à être immortel ; il avoit même bu
un breuvage que l'on difoit devoir lui procurer l'immortalité.
Ce fi-it en vain qu'on lui fit des remontrances à ce fujet : cet
/W.p.^o. attachement aux Tao-fe devint fijnefte aux Bonzes Indiens.
L'an 845, on préfenîa à ce Prince un état du nombre de
ces Bonzes & dits temples de Fo : en conféquence il donna
un Edit qui en fixa le nombre, & tout le refte fut chafié.
On ne laiffa, dans les deux Cours, que deux temples ou
monaflères, dans chaciui deiquels on conferva trente Bonzes.
Dans les autres villes, on ne lailfa dans chacune qu'un temple
avec quelques Bonzes : tous les autres eurent ordre de lortir
de leurs monafières, pour rentrer dans le monde, & y payer
leur contingent des tributs. On ordonna à ceux qui étoient
étrangers , Indiens ou autres , de s'en retourner dans leur
pays. On trouva qu'il y avoit dans l'Empire quatre mille
îlx cents de ces temples ou monaflères autorifés ou bâtis par
ordre des Empereurs , & plus de quarante mille bâtis par
des particuliers. Il y avoit deux 'cents foixante mille tant
hommes que femmes, qui étoient entrés dans les monaflères,
& ils avoient plus de cent cinquante mille efclaves, un
nombre prodigieux de terres & de biens , & des richefîës
immenfes de toute efpèce dont on s'empara.
Le principal établiliement de ces Bonzes étort à la mon-
tagne Ou-tui près de Ta-yuen-fou dans le Chan-fi : cette
montagne efl au nord-efl de Ou-tai-hien , ville dépendante
de la précédente, à cent quarante // ; elle a de circonférence
cinq cents //, & a cinq fommets qui fe perdent dans \ts
nues ; c'efl pour cela que l'on a appelé cette montagne Ou-
tm , c'efl-à-dire, les cinq Tours. Ces Bonzes prétendoient
DE LITTÉRATURE. 331
que Ven-tclw & Su-li, qui font deux de leurs Phllofophes
y avoient demeuré ; & c'eft pour cela qu'ils avoient un fi
grand refpecl pour cette folitude : ce lieu étoit rempli de
temples & de monaftères dans iefquels il y avoit un nombre
prodic/ieux de Bonzes & de Bonzeffes ; on le dctruifit ; les
Bonzes prirent la fuite , & fe retirèrent vers la province de
Pe-îche-li, pour s'y enrôler dans les troupes ; mais il y eut
^çs, ordres aux Commandans de la province de ne pas les
recevoir, ni en qualité d'Officiers, ni en qualité de Soldats,
&: de tuer tous ceux qui fe prélenteroient lur les frontières.
L'Édit qui profcrit ces Bonzes, eft imprimé en entier dans
Je P. du Halde & dans les Mémoires de l'Académie : on y ^ ^f " ^"/'J;
voit que toutes les terres polfédécs p:u- ces Bonzes, furent '" '^"^^ '
réunies au domaine. Dans cet Édit font compris également
les Chrétiens fous le nom de Bonzes de Ta-tfm ; ce font les
Neftoriens qui s'appeloient ainfi eux-mêmes, ils étoient
environ trois mille avec d'autres Bonzes, appelés Bonzes de
Mou-hou ou de Mou-hou-fou. Ceux de ces deux Religions
qui étoient étrangers, eurent pareillement ordre de lortir de
la Chine. 11 paroit que ces Bonzes de Mou-hou (ont les
Ghchrcs qui étoient alors en allez grand nombre à la Chine.
On ne lailfa dans tout l'Empire que quatre à cinq cents
Bonzes ; les teinples furent démolis, & les matériaux employés
à des bîtimens publics; les Itatues & les cloches furent fon-
dues pour faire des pièces de monnoies.
Cette grande perléculion avuit été excitée par les Tan-fe
auxquels l'Empereur étoit fort attaché : les repréfenlations
qu'on lui avoit faites , y avoient également contribué. On
lui avoit fait voir que ces Bonzes Indiens cloicnt en trop
grand nombre, trop riches, 6c cpils abufoient de leur crédit
& de leurs biens.
Au commencement de l'année fuivante , en 846. 1 Em-
pereur mourut : fon fuccelleur Siuen-tfong ne fut pas plutôt
lur le trône, (lu'il rétablit dans la capitale huit monallcres de
Bonzes , & permit à les fujels d'y entrer. 11 punit en même
temps les Tao-fe qui avoient ainufé ie feu Empereur avec
^ ■' ^ Ttij
331 MÉMOIRES
Amal.lw. L, leur breuvage d'immortalité. L'an 84.7, il permit qu'on réparât
f.}é, jçj temples qui avoicnt été démolis ; &. les Annales remarquent
que, par cette conduite entièrement oppofce au Gouverne-
ment précédent , les Bonzes de Fo recouvrèrent leur ancien
llUp.^y, crédit. Mais l'an 852 , les Minillrcs qui délapprouvoient ce
rétablilTement des Bonzes, reprélentèrent à l'Empereur, que
\^% peuples pouvoient à peine lubfifter , les hommes en
s'épuiflmt à labourer k icrre, & les femmes en filant, pendant
que CCS Bonzes & Bonzelîës vi voient dans l'abondance, le
luxe Se l'oiliveté; qu'à peine le travail de dix familles pou-
Yoit fuffir pour nourrir mi de ces Bonzes : que Vou-tfoiig
qui avoit été indigné de leur conduite , les avoit détruits ;
qu'alors l'Empire avoit été tranquille. L'Empereur accédant
à ces remontrances , défendit aux Chinois de le faire Bonzes
fans permiiîîon; &. bientôt après ce Prince entêté du breuvage
d'immortalité, favoriia fingulièrement les Tao-fe : il ht venir
à fa Cour un de leurs Doéleurs , en qui il avoit confiance ;
il but, en 85c? , ce breuvage qui affoiblit tellement la fanté
qu'il mourut peu après. Y-tfoiig qui lui fuccéda, fit punir de
mort les Tao-fe qui avoient donné le breuvage.
Son averfion pour ceux de cette Religion , tourna toute
entière à l'avantage des Bonzes de Fo qui revinrent en crédit.
Ce Prince le livra à eux, alors Jeur nombre augmenta, on
Ui,{.p, gj. conftruifit de nouveaux temples; l'Empereur afliftoit à toutes
leurs cérémonies, récitoit lui-même leurs prières, copioit
leurs livres , & les combloit de préfens & de biens. L'an 8 6^ ,
les Miniftres lui firent inutilement des remontrances à ce
fujet, & ce Prince perhfta toujours dans fon attachement à
f/M !!,:u, ia religion de Fo. L'an 873 , il ordonna qu'on apportât à la
TTi!'*^^^'^' ^o"^" ^'o-^ ^^ ^^ 'l'-'^ ^'^"'^ <^^'"^ ^^ temple de Fa-men, le
mcriic que celui dont j'ai déjà parlé : tous les Miniftres lui
reprélentèrent que l'empereur Hicn-tfong étoit mort peu de
temps après; c'étoit, fuivant eux , un mauvais augure; l'Em-
pereur perfifla dans fon fentiment. Qua)id l'os arriva à
Si-ga/i-foii , tous les chemins étoient remplis de monde pour
ie voir ; on le conduifit avec relped au Pdais ; l'Empereur le
DE LITTÉRATURE. 335-
reçut les larmes aux yeux, Se le plaça dans un endroit où
tous les Grands vinrent avec des prtlens rendre des relpecls
à cet os. L'Empereur mourut quelque teinps après, & fe
nouvel Empereur nommé Hi-tjong , tit reporter l'os dans le
temple de Fa-muen ou Fa-men , où il étoit aupai'aviint.
Sous le règne de ce Prince, l'an 87c?, un rebelle nomme Anc.RelJc$
Hoang-tchdo , fe rendit maître de Canton, où, kiivant un '"'^^'P-S4'
voyageur Ai'abe qui vivoit alors , il fit périr un nombre Ann.il
prodigieux de Chrétiens, de Juifs, de Mahomélans &: de
Guebres; ce qui lait connoître quelles étoient alors les diffé-
rentes Religions étrangères qui étoient étiiblies à la Chine. Cet
événement interrompit pour quelque temps le commerce avec
les peuples occidentaux : les révoltes fe fuccédèrent , & let
Empereurs de la dynaflie des 7"c7/7^qui avoient été fi puilfans,
furent enfin détruits l'an 907.
La Chine fut pendant quelque temps livrée à des Princea
de différentes familles qui ne fiiiloient que paroître lur le
trône : depuis l'an 5^07 jufqu'en p6o , cinq petites familles
fe fuccédèrent rapidement. Ces Princes portoicnt le titre
d'Empereurs, mais ils ne régnoient pas fur toute la Chine;
plulieurs Principautés indépendantes s'étoient établies en
diriérentes provinces. Pendant cette efj:)èce d'anarchie , on
ne piu'Ie guère des Bonzes : ils fe foutenoient cependant
toujiHirs; mais Kao-tfoit , Empereur de la petite dynaltie des
Tfin en 940, défendit que l'on conftruisit des temples de Fo.
D'un autre côté, dans la même année, Tchu-hi , roi de Min,
dans le Fo-kïcn, favoriloit celte Religion, & un grand nombre
de ifii fujets fe failoient Bonzes.
Y^n 955, Chi-tfong , empereur dçs Tcficou qui régnoit à [HJJh-.ux,
Kai-fong-fou , fit détruire les temples de Fo , &. défendit qu'on '<»>" ^^m»
fe fît Bonze: il intertlit toutes les cérémonies îk les pratiques
de cette Religion, fur-tout celle de ie taillader les membres
pai' dévotion. Cette dynaflie efi Ir dernière des cinq dont
j'ai parlé; elle fiit détruite parcelle des Song qui rétablit en
partie le calme dans lEmpire, &: régna long-temps.
Pendaiil le règne de lu dynaflie de> Tong, que je viens de liIaniM-!m»
334 MÉMOIRES
parcmivir, on a fait un grand nombre de livres concernant
Ja religion Indienne : comme je n'ai pas la date prccife de
leur publication, & que d'ailleurs il feroit trop long de les
indiquer tous , je me borne à parler d'un feul qui efl affez
important : il cil intitule 0-mi-to-kitig ou le livn J'0-mi-to ,
le même qu'Ainic/ci, en un livre; il fut public fous les Tû/ig
par Tchin-gin-leiig ; c'eft tout ce que l'on en dit-
mfl.dHjapnn, Suivant Kœmpfer, AmiJa eft le Chef fuprême des habita-
wmcll.p.a^. j.|q,^^ céleftes où chacun eft rccompenlc fuivant fes adions.
Il eft regardé en général comme le Patron & le Proteéleur
âçs âmes humaines; mais il efl en particulier le Dieu &: le
Père de ceux qui ont paffé heureufement dans ces endroits
où l'on jouit d'une félicité éternelle : c'eft par fon moyen
& par fa feule médiation que les hommes doivent obtenir la
rémilTion de leurs péchés, & une portion du bonheur dans
la vie à venir : c'eft en fe conformant à la loi de Tche-kia,
que l'on devient agréable à AmiJa. On l'invoque par cette
Chin. illujlr, formule, Namou Amida luth, c'efl- à-dire , bienheureux Amida,
P-'S9' fduvei-nous ; ils répètent fouvent ces mots.
Le Juge de l'enfer efl appelé Jemma ou Jemma-o : c'efl
infl. du Japon, fous ce dernier nom, dit Kœmpfer, qu'il efl connu des
^' '^' Brahmes, des Siamois & des Chinois. En effet, chez les
Pa^. 1^8, Indiens, fuivant Abraham Pvoger, l'enfer efl appelé J^w//;^-
locon , c'eft - à - dire , le lieu de Jamma; ce qui prouve la
conformité de toute cette doctrine.
I I I.
Suite de l'HiJloïre de la ReligioJi Indicime à la Chine ,
depuis l'an ^^^ pifquen i^^S.
Sous le premier des Princes de la dynaflie des Song , nom-
Ma-fu<m-!m, mé Tcu-tfou , en Q65, il arriva de l'Inde uji Bonze nommé
/>. /_j>. Tcio-yuen , avec un très-grand nombre de livres Indiens qu il
of&it à cet Empereur : c'étoit un Chinois qui avoit parcouru
toutes les Indes , où il avoit demeuré long-temps ; comme il
éloit fort inflruit de ce pays , l'Empereur lui en demanda une
iSÉ.
DE L I T TÉ R AT U R E. 335
relation. L'année fuivante , cent cinquante-fept Bonzes entre
kfqueis étoit Hang-kin, prièrent ce même Prince de leur
accorder la permiltlon d'aller chercher dans Ilnde des livres,
elle leur fut accordée : ils payèrent par le Kafclmir d'où ils
entièrent dans l'Inde, traversèrent le Gange, & vifitèrent
tous les endroits qui étoient célèbres, & fur-tout ceux où l'on
difoit que Fo avoit prêché fadodrine. 11 paroît qu'ils allèrent
;\ Benarès, puifqu'ils pafsèrent dans un pays qu'ils nomment
Po-lo-tiûi près du Gange. Ce nom eft une corruption de celui
de Varanès qui efl un nom de Benarès. Us allèrent de -là
dans le pays de Mo-kie-ti , où il y avoit un temple & un
monaflère de Bonze Chinois dans lequel ils logèrent. Près
de-là eft une montagne où l'on dit que Kia-ye, difciple de
Fo , avoit demeuré. Près d'une autre \\\\t nommée Kia-ye-
icli}ng(a) , elt une autre montagne auiii appelée Kia-ye, &
c'eft-là, dit-on, que Fo a publié fon livre intitulé Pao-yun-
king ; le livre des Nuées precieitfcs. C'eft fur la montagne
appelée Tfteou-fotig, c eft-à-dire montagne Ae loifcau Tfieou (b) ,
<iue Fo , dit-on , a publié fon Fa-lioa-king. Ces \'oyageurs
trouvèrent dans tous ces pays beaucoup de temples & de
monaftères Chinois. Ils vinrent à une ville appelée Hoa-^
tchi-îching, qui étoit anciennement la Cour du Roi nommé
Yo-mng : il ell fouvent flùt mention de ce Prince dans les
livres Indiens traduits en Chinois. Nous avons déjà vu qu'on
lui attribue un livre fur la Religion : il eft également parlé
de k capitale qui fut ie terme de ce voyage. Ce nom de
Hoci-tchi-tching fignitie ville de la famille de la Fleur ou des
Fleurs, comme celui de Yo-vang W^niha \eRoi nourricier.
Je mets ici ces fignilications, alin que ii l'on avoit celles
des noms de villes ^& de Princes Indiens, on pût les recon-
noître. 11 réfultc de ce voyage, cju'il y avoit alors dans l'Inde
beaucoup dt' Monaflères conltruits par les Chinois, & deftinés
à ceux d'cntr'eux qui fuivoient la religion Indienne.
(a) C'cll un autre ciraflcrc que celui de Kid-)<:,
(b) J'en ai parié plus haut.
^^6 MÉMOIRES
M^itMii-fm, Incicpendamment de ces voyages faits par les ChJiioîs , il
'p. """'"""■ arrivoit de l'Inde à Ja Chine l)eaucoiip d'Indiens. Vers i'an
^75 , un lils du roi de l'Inde orientale qui étoil Samancen,
ië rendit à la Cour de la Chine; on le nommoit Nang-kte-
kuang-lo. C'étoit un ufage dans l'Inde que, lorfqu'un Roi
mouroit , Ton lils aîné lui fucccdoit , & les autres enfans le
faiioient Samanéens ; celui-ci luivit des Samanéens Chinois,
& vint à la Chine où il fut reçu avec beaucoup de diilin(?lion.
Ikid. Sous le règne luivant , celui de Tai-tfotig , diffcrens Chinois
allèrent encore courir les Indes : c'étoit alors un Roi nommé
Mo-tou-tuing qui y l'égnoit. Us parcoururent toutes les Indes
d'un bout à l'autre, juîqu'aux fi'ontières de Perfe, & jufqu'au
cap Comorin ou la mer du Midi ; ils ont écrit leur relation.
On voit qu'ils revinrent par mer avec beaucoup de livres.
Peu de temps après, vers l'an 985, on vit airiver de
l'Inde feptentrionale un Samanéen Chinois avec un Brahme
Samanéen nommé Youg-chi. En général , dans les livres Chi-
noisj le nom de Brahme efl: un nom de cafte ou de famille,
.& non pas un nom de Prctre, mais un Brahme le devenoit
jorfqu'il le faiioit Samanéen. Ce Brahme ctoit accompagné d'un
Perlan nommé A-li-yen : on dit que celui-ci étoit d'une religion
différente ; c'étoit fans doute un Mufulman , puifqu'il parle
àfis Khalifs Abbalfides dans l'idée qu'il donne de ion pays.
Cependant ce même Tai-tfong , iecond Empereur de la
dynaftie des Song , en 985, févit d'abord contre cette reli-
gion; miiis, en 989, il la favorila, en permettant qu'on
élevât un temple magnifique qui coûtoit desfommes immenlès.
Annal. t.XLV, Tih'uig - tfoMg , qui réguoit en 1020, fit faire une grande
bv.m.p.^f. alfemblée de Bonzes & de Tao-fe d'Ans le palais de Tien-gan:
ils étoient treize mille quatre-vingt-fix perionnes.
En général, ce furent les Tao-fe qui, pendant le règne de
cette dynaftie , eurent le plus de crédit. On ne vit plus dans
la fuite aiTiver de l'Inde cette foule de Samanéens avec leurs
livres : on avoit traduit, fous les règnes précédens, tous ceux
qui étoient nécelîàires pour faire connoître aux Cliinois la
jdo(5trine IndieJine; & les Empereurs à qui il falloit toujours ,
outre
DE LITTERATURE. 337
outre la Religion de l'Empire , une auU-e Religion particulière,
adoptèrent celle des Tao-fe qui leur promettoit l'immortalité
par le moyen d'un breuvage ; on rechercha avec foin les
livres de cette Religion: Hoei-tfong . huitième Empereur de
cette dynadie , s'en déclara le chef, & ofa donner le titre
<le Chang-ti à un des Sed.ateurs de Lao-îfe qui avoit vécu
fous les H/in.
Malgré le grand crédit des Tao-fe, les Bonzes de Fo fo
ioutinrent toujours. Ngheou-yang-fteou qui vivoit lous Giti-
tfoug , au commencement du onzième hccle, &: qui fut un
des plus favans Hommes de fon temps , écrivit contre cette
Religion. « Il y a mille ans & plus , dit-il , que la Chine a Du HalJt.
le malheur d'être infeiflée de cette iècle de Fo , fie pendant ^'^'■"•i'-/jO'
tout ce temps les gens éclairés l'ont dctefiée & en ont (ouhaité «
la deflruclion : pludeurs fois les Empereurs l'ont profcrite par «
leurs Edits; mais elle s'eft toujours relevée, & avec un tel «■
foccès, qu'on a regai'dé ce mal comme incurable. » 11 en
attribue la caule à l'abandon des anciennes loix &: deiîancien
Gouvernement, à ce que l'on a négligé d inftruire les peuples
comme on le faifoit autrefois, & à ce qu'on s'efl; écai'lé des
anciens rits : il expofo à ce fujet la forme de cet ancien
Gouvernement. « Depuis la capitale, dit-il, julque dans la
moindre bourgade, il y avoit des écoles publiques où l'on «
<ormoit les jeunes gens lous de bons maîti-es. En réiablilîant «
cette inllruciion, & en fuivant les anciens rits, la iecle de «
Fo tombera d'elle-même : » on voit par-là que celle Religion
n'étoit pas anéantie. Julqu'ici ces Empereurs de la Chine qui
ob/ervoient, par ulage Se par habitude, la Religion de lEmpire
confignée dans les king , avoient lans celle Hotte entre les
deux autres Religions, celle de Lno-tfc 6c celle de Fo ,
auxcjuelles ils étoient luccelllvement attachés, fie avec eux
leurs femmes , les Eunuques , une foule de Grands , fie
prclque tout le peuple. Les iJamanéens , en leur prêchant
le culte de Fo , leur failoienl efpérer la proteélioa de celte
Divinité, un bonheur éternel dans les autn-s mondes, des
renaillantes plus heureules dans celui-ci. Pour cela il falloil
loiiie XL. U u
338 MEMOIRES
faire tics prières à Fo , de grands préfens aux lcn)ples &
aux Samanccns, & s'abftenir de tuer des animaux.
Les Tao-fe enleignoient une autre doctrine : elle confifloit
BulhUe, à écarter les delirs vioiens & toutes les pallions qui peuvent
uni,f.iÉ, jj-oubler la tranquillité de l'ame. S'agiter de lôins, s'occuper
de grands projets , fe livrer à l'ambilion , à i'aviuice & aux
pallions , ctll , diioient-ils , travailler plutôt pour fes de/cen-
dans, que pour foi-mcme : c'efl une tolie d'acheter ainfi le
bonheur des autres aux dépens du fien. 11 faut oublier le
pallé , & ne point longer à l'avenir. A l'égard de fon propre
bonheur mcine , il ne faut fe le procurer qu'avec à^s foins
modérés , parce que , ce qu'on regarde comme bonheur , celle
de l'èti'e , s'il eft accompagné de troubles & d'inquiétudes.
Ainli ces Tao-fe afFeélent un repos qui lufpend toutes les
fondions de l'ame, en quoi ils fe rapprochent des Contem-
platifs de l'Inde ; mais comme ce repos peut être troublé
par la penfée de la mort, ils fe flattent de trouver un breu-
vage qui rend immortel ; c'eft pour cela qu'ils le livrent à
la Chimie & à la Magie , dans l'elpérance de découvrir la
compoiition de ce breuvage. C'eft ce moyen qu'ils emploient
auprès des Grands & des Riches , pour les féduire : aulTi les
Empereurs plus en état que les autres , de faire les dépenles
nécellaires, fe flattoient-ils de devenir immortels; Se quoi-
que plufieurs ioient morts empoilonnés par ce breuvage , ces
exemples n'en ont défabufé aucun : les Impératrices iur-tout
fe livroient avec ardeur à cette Religion, & au culte de les
Divinités qui pouvoient procurer la connoiflance des diogues
nécellaires.
A ces deux Sed;es dont les Partilàns obfëdoient les Em-
pereurs, fous les Song il s'eji joignit une ti-oifième fortie de
l'École des Lettrée. Pendant le règne de cette dynallie, les
Chinois fe livrèrent à l'étude de la Philofophie, & ce lîècle
fut appelé le ftècle phiJofophitjue. Ils commentèrent les anciens
livres , les expliquèrent à leur gré ; de-là lortit , lur l'origine
du monde, fur la formation, lur Ion auteur, une nouvelle
dodrine & (^^s fentimens que n'avoient point eus les Anciens :
DE LITTERATURE. ^^c,
îirreîi<non en fut la Iiiiie. Un de ces Philofophes, nommé /^rrd.i.vr,
Vang^^ûn-che , o(a dire à l'empereur Cliiii-tfong, qui failoit J;^;,^ ' ^•
des prières au Ciel , à caufe d'une grande iécherelie , que
tout étant l'effet du haiard , il étoit inutile de s'adreller ai*
Ciel, & de fe tourmenter ainfi. Ce Vang-gan-che s'étoit
appliqué aux King , mais il en aîtéroit la dodrine. Tous les
Lettrés n'admirent pas de tels fentimens ; Sc-ma-koiuwg Sz
d'autres les combattirent , & fous les différens règnes on
s'oppofa toujours à cette doclrine. « Craignez le Ciel , dit
un autre Lettré, au fucceffcur de Cliin-ifong ; aimez votre «
peuple; travaillez à votre perfection ; appliquez -vous aux «c
Sciences ; élevez aux charges les gens de mérite ; écoutez «
volontiers les avis qu'on vous donne ; diminuez les impôts ; «
modérez la rigueur des fuppîices ; évitez la prodigalité ; ayez «
horreur de la débauche. » Ainfi fous chaque règne il y eut
toujours parmi les Lettrés, des gens fages & vertueux qui
infpircrent au Prince le refpec^ pour le Ciel. Les deux reli-
gions de Lao-tfe Se de Fo fe maintinrent à la Cour & dans
ie refte de l'empire ; & les nouveaux Philofophes fe conten-
tèrent de gai-der entr'eux leur dodrine qui s'ell perpétuée
jufqu'à prélent.
Quoique les Tao-fe aient été les plus puiffans fous fa
dynalUe des Sorig , cependant on ne laitîa pas, lous ces
Princes, de publier plufieurs Ouvrages concernant la religion
Indienne, iious Gin-tfotig qui ileurilioit en 1023, le Bonze ^M.,inm,.im.
Siang-tjing & plufieurs autres firent, en fept livres, uwTraité '^'-l'^^^'"'
fur les Carcidèrcs J/ulicns : ils rangèrent ces caraclères par
voyelles au nombre de douze, & p;u-confoiiiies au noml)re de
trente : enluile ils divisèrent celles-ci en dentales, linguales,
palatiales , &c. ce qui forma cinq clalfes ; cet Ouvrage eil
intitulé King-yeou-ticti-tfo-lfe-yucii, c'ell-à-dire. Origine des
Gmiâères Indiens. L'Empereur, comme je l'ai dit ailleurs,
travailla à la Préface.
Vers le même temps la religion Indienne reçut dans l'Inde
un grand échec. Mtihmoud , (ullhan de Uhtiina , entra, l'an ^^jj-'^^'jjl"^'^'
looi , dans Ici Indes où régnoit alors un Prince nommé '" "''"'
U u ij
340 MÉMOIRES
Dgehal qui en étoit le plus puilfaiit roi : Dgehal fut fait
deux fois prilonnier , & renvoyé deux fois gc'iicreufc aient:
pris une troifième fois, il fut obiigc, fuivant les Loix de
fou pays , de ccdcr (a couronne à Ion <i!j , Se de le hruier
iui-mcme, pour expier les tautcs. A'Inhmoud iit un buliiv
immenlë, 5c ctai:)iit dans ce pays la religion Muliiiniane.
L'an 1004,, il retourna dans les Indes, prit le ch.'iteau
(^ Hehatcih vers ï Indus , (oumil le A'iouhan , en chafïà le Roi
nommé Bida, & le contraignit de le réfugier dans le château-
de Kalidgiar , où il i'affiégea : il le força de fe rendre & dc'
lui abandonner tous fcs trt'fors.
L'an 1007, il poulla plus loin fes conquêtes , punit le roi
Nevûfcha qui avoit abandonne le Muiulmanifme. Quelques-
années après, il revint dans le même pays, délit Bal, his.
^Andhal, un des plus piiiiians rois de iinde, & emporta,
tous (es trélors.
Le nom de Mahmoud fut redoutable jufque dans le Gu-
larate : le Prince qui y régnoit , & qui portoit le titre de
Balhara, le diioit le Roi de ceux qui ont les oreilles percées.^
Tous les autres rois de l'Inde étoient fes vaiTaux ; fa domi-
nation s'étendoit fort au loin : ce Prince fit demander la.
paix à Aiahmoud qui la lui accorda moyennant un tribut
d'éléphans & d'argent. Cette paix contiùbua beaucoup à faire-
fieurir le commerce dans l'Inde ; & les caravanes des Maho-
métans s'y rendirent depuis ce temps-là avec plus de fureté
qu'auparavant.
En I G I 3 , Mahmoud revint encore dans les Indes , & /è
rendit maître du royaume & de la ville île Marvin. En \o\6,
ce Prince qui vouioit étendre la religion Muiulmane, traverla
toute la grande province de Mouhav.., pénétra julqu'au Gange ,
prit les villes de Kanoudgc , de Cafam , & le pays d'Oiiga-
uam ; il étoit alors dans le voifmage de Renarès : enfuite il
porta la guerre dans l'Inde feptentrionale , & pai-vint en i o 1 7^
jufque dans le pays de Kifiadge , dont il enleva toutes les-ri-^
eheifes ; il fit un fi grand nombre d'eltlaves , qu'on les donnoit
au plus bas prix. Son zèle pour porter le Mulùlmaniiîne dans
DE LITTÉRATURE. 341
ces contrées lui niettoit toujours les armes à la main. En
1025, il revint dans le Guiarate , & le rendit maître de la hVji. dfs Hum,
ville appelée Sanem Soumeiiat , c'eft-à-dire , Liale de Soume- '' 'f''°7'
ttat ; c'ell auffi le nom d'un grand pays : il y trouva une
grande Idole que les Hifloriens Perfans & Arabes appellent
Sounieiiût ; je crois qu'il leroit plus exaéi; de rendre cette
exprelfion p ir Idole des Samane'ens. En elfet , c'ctoit un
temple fameux dans lequel Miihmoud trouva une Idole de
pierre que l'on diloit avoir cinquante coudées de hauteur;
lii-.e grande p.u'tie étoit cachée ious la terre : le temple avoit
cinquante-fix colonnes que l'on diloit être d'or, &; toutes
chargées de rubis & de pierres précieufes ; c'ctoit la plua
grande Idole de l'Inde : tous \ts peuples y venoient en
pèlerinage, &: on lui avoit conlacré une valle étendue de
campague. Ahihmoud enleva toutes ces richelTes, brila l'Idole,
&. fit égorger plus de cinquante mille de ces Idolâtres. On
prétend qu'outre le butin que hrent les loldats , il eut pour
lui plus de vingt millions de pièces d'or ; niais il en eut
encore davantage à la prife d'une ville appelée Baarca ; l'or,
l'argent, les perles, les diamans montoient à des lommes
immenles : il établit dans la ville de Sanem Soumcnat un
Roi qui Te prétendoit de la race de Dabfcliclim , ancienne
famille qui a régné long-temps dans l'Inde. Mahmoud , de
retour dans fes Etats , fit de riches préfens aux Molquées.
M. d'Herbelot place ce temple de Soumenat à llfapûur ;
M. d'Anville à la pointe de Jaqueîe ; ce qui en eit fort
éloigné; mais fans entrer dans cette dilcuffion géographique,
nous croyons devoir oblerver que ces conquêtes de Alahmoiid ,
les progrès du Mululmanilme tk le mallacre des -Indiens, ont
dû afloiblir la puillance des Samanéens, peut-cire contribuer
à l'extinélion de leur nom dans l'Inde, & y occalionncr une
grande révolution, d'aulaiU plus que les Sulthans fucce(feurs,
de AUihmoud, continuèrent de jiortcr la guerre dans ce pays
qui lut alors rempli de Mahométans. En conlcqueiKe , tous
les voyageurs qui venoient de la Chine, du l'hibct, & des
autres contrées, pour vilitcr [i^i lieux de dévotion «Sy. les
342 MÉMOIRES
pafTocIcs de l'Inde, durent être inquit'tt's. Ces guerres înter*-
rompireiit cette efpèce de pèlerinage ; on ne vit plus guère
d'Indiens Te rendre à I;i Chine , ni de Chinois dans les
ïndes , Se il y a apparence que c'efl ce qui aura déterminé
les Thibctans à établir dans leur pays des grands Lhamas :
c'efl: en efîet à cette époque qu'ils ont commencé à en avoir,
comme je l'ai dit précédemment. Cette Religion fe foutint
cependant toujours à la Chine; elle y étoit trop bien établie,
& les chofes relièrent dans cet état pendaiit tout le règne de
la dynaflie des Song.
Les Mogols , fous le nom à'Yueii , leur fuccédèrent dans
l'empire de la Chine , & comme ils ctoient étrangers & Tar-
tares, cet Empire fe trouva ouvert à tous ceux qui voulurent
y entrer : il y eut beaucoup de Chrétiens & de Mahométans;
les TiW-fe eurent le delîbus, & ce furent les Bonzes de Fo
qui revinrent en crédit, quoique dans le commencement,
c'eft-à-dire, lous Gcrigliii-khan <k Oktai-khan , ils ne fufTent
HW.dfsMovg.^zs vus de bon œil; mais, lous Gàiouk-khan , ils occupèrent
/'• ' "-'■• , ,,, les premiers emplois : c'efl un des reproches que l'on fait à
Ain, t, LUI, r ^^ ^ i ■ o at i/-x/i i
ù'y.xx.i', ,1. ce Fnnce. Ouo-to-tc/it & JSamo , deux Ireres nés dans le
pays que les Chinois nomment Tfo-kicn , qui étuient fort
' inlbuits dans la religion Indienne, étoient en faveur, en
124.6, auprès de ce Prince. Le premier en reçut un fceau
d'or qu'il portoit à fa ceinture, & fut nommé Commilfàire
pour examiner dans tout l'Empire la fituation du peuple qui
étoit fort miférable : ces princes Mogols qui polfédoient alors
ia Tartarie, n'étoient cependant maîtres que d'une partie de
la Chine.
Le P. Gaubil , dans toute fon Hifloire des Mogols , en par-
lant de ces Bonzes , s'efl: fervi du terme de Lhania ; & même
eu quelques endroits il s'exprime de manière à faire croire
que les Bonzef & les Lhamas font deux clallës différentes,
puifqu'il dit, les Lhamas & les Bonzes de Fo, ôcc. Cependant
les auteurs des Annales , en racontant les mêmes faits , n'em-
ploient que le nom de Seng , qui défigne les Bonzes ou
.Samanéens, les mêmes que les Thibctans appellent Lhamas, \
DE LITTÉRATURE. 343
aînfi il devoit dire, les Lhamas ou Bonzes; mais il paroît
que le P. Gaubil , quoique très-verfe dans la Litîéiaîure
Chinoile, n'étoit pas (uffiùmment inltruit de cette Religion,
puilque dans une de les notes il s'exprime ainlî : « L'origine
des Lhamas du Thibet, leur doctrine, leurs livres, leur»
gouvernement, font des points fort ignorés. 11 feroit fort à «
ibuhaiter que , par le moyen de quelque habile Lhama , on •
pût être éclairci fur ce fujet. » Nous avons vu dans la pre-
mière partie, que la religion des Thibctans & leurs livres
avoient été apportés de l'Inde, Se que ces Lhamas font
ie5 mêmes que les Samanéens ou Bonzes de Fo , pour la
dodrine.
Ce qu'il y a de certain, c'efl que depuis les conquêtes
de Mahmoud, & l'établilTement des Mogols à la Chine, les
Samanéens de l'Inde ne vinrent plus dans ce pays, comme
auparavant ; ce furent ceux du Thibet ou les Lhamas qui
prirent leur place , jouèrent le même rôle , & qui eurent le
même crédit à la Cour : ils furent alors regardés comme les
Chefs de la religion Indienne dans la Chine. Il y a appa-
rence , comme je l'ai déjà remarqué , que la nomination
d'un grand Lhama , qui fe fit vers ce temps, occafionna ce
fchifme avec l'Inde , &. fut caufe que les Indiens n'étant
plus regardés comme Chefs de la Religion à la Chine, n'y
vinrent plus en fi grand nombre.
Sous Mangou - khan , en i 2 5 2 , les deux mêmes Bonzes
eurent également de grandes charges , & Namo en parlicuiier
fut déclai-é Chef de la Religion dans tout l'Empire , avec le
tilxe de Doâeur & de Maître de l'Empereur. En 1256,
Holin ou Caracorom, capitale des Mogols en T.u-taiic, ayant
paru trop iucommode pour les aliemblces générales , un Boirze
Chinois nommé Lieou-ping-tihong , verlé dans les Mathé-
matiques , dans l'Hilloire , &: dans toutes les piulies de la
Litléralure, fut nommé pour choidr un autre lieu : il (e dé- Àr.Hi. Llir.
termina pour Long-Liiig où il lit conllruire une ville fuperbe ' '/''*'
que l'on appela Kai- ping- fou. il paroit que les Bonzes le
diUinguuieui à la Ciùae dans les Sciences.
344 MEMOIRES
Miifigbn-khan eut pour fucceireiir Kv.blai-khan que fes Chi-
nois nomment C/ii-tfou : c'eft ce Prince qui le rendit maître de
tout l'Empire, Se que pour celte raifon les Ciiinois regardent
•comme le premier de cette famille. Alors ces empereurs Mogols
avoient adopte toutes les Loix, la forme entière du Gouver-
nement Chinois, & la Religion de l'Empire; mais cela ne
les empêchoit pas , comme tous les anciens Empereurs , d'avoir
une Religion à part , dont ils obfervoient les pratiques ; &
c'eft par ce moyen que les Tao-fe & les Bonzes jouifloient l'un
après l'autre d'un grand crédit, lelon la Religion du Prince;
<jueiquefois même ils étoient également en faveur. Kiiblai qui
aimoiî particulièrement les Bonzes , fit venir auprès de lui ,
'Ann.t.Llv, en i2(jo, un d'entr'eux nommé Pa-fe-pa , né dans le Thibet
'''"''' où fa lamille depuis long-temps étoit en poffeflîon des pre-
mières charges du pays : il lui donna la Surintendance de fa
religion de Fo , & le déclara Chef de tous les Bonzes ou
Lhamas , Docfîeur & Maître de l'Empire & de l'Empereur.
BiJ.p.zr. Lorfque ce Prince, félon la religion Chinoife, fît faire, en
1263, les facrifices ordinaires dans le temple de fes ancêtres;
il voulut que les Bonzes affiftalTent à cette cérémonie, &
qu'ils récitalfent pendant fept jours & fept nuits \gs prières
<le Fo , ulage qui s'eft ohlervé depuis , tous \çs ans , malgré
les murmures des Chinois.
JliA. p. ;/. Les Mogols fe fervoient depuis quelque temps des ca-
p.'iA'. '"'•^' i'ac^^ères Igours qui leur avoient été communiqués par un
perfonnage nommé Ta- ta -ton g -ko : alors ils avoient acquis
quelque cojinoilîânce dans l'Hifloire ; mais Kuhlai crut qu'if
étoit de fa grandeur & de celle de la Nation, d'avoir des
caractères paiticuliers. Ce fut Pa-fe-pa qui, en \x6^ , fut
chargé de les faire : ce Bonze ou Lhama connoilîoit non-
feulement les caraélères Chinois & ceux du Thibet , mais
encore ceux des Igours, des Indiens, & des divers autres
peuples occidentaux. Il examina tous ces cai'acT;ères , ce qu'ils
avoient de commode ou d'incommode, écarta d'abord ceux
des Chinois, & ne s'occupant que de ceux qui pouvoient
exprimer les fous, il en inventa mille avec des règles pour
leur
DE LITTÉRATURE. 345
feur prononciation & la manière de les écrire. Kitblai fut fi
content de ce travail, qu'il combla d'éloges Pa-fe-pa , & lui
donna le titre de Roi. On appela ces caradères , nouveaux
caraûères Mogols ; &. il voulut qu'ils fullènt employés dans
tous les tribunaux par les Tai'tares, ce qui fut exécuté; mais
les Chinois conlervèrent toujours les leurs dans ces mêmes
tribunaux : les Déclarations le failoient en deux langues,
yoilà l'origine des caradères Mogols qui font encore en
iifage chez ces peuples 6c chez les Aiantcheous , adueilement
maîtres de la Chine. Il ne faut pas croire que l'Alphabet de
Pa-je-pa fût compofé de mille caraétères différens ; il le ré-
duilbit à un petit nombre de confonnes & de voyelles ; &
c'eft la combinailon àts unes & des autres , qui forma un
Syllabaire de mille figures ou liaifons.
En 1270, les Tao-fe firent des tentatives pour contre-
balancer le crédit des Bonzes, en offiant à l'Empereur le
breuvage d'immortalité ; mais on en détourna ce Prince qui
paroiffoit s'y lailfer lurprendre, puifqu'il conlulta. Les Bonzes
conlervèrent toujours leur crédit, &. Licou-ping-tc/iong, ce Bonze Ann.t. in^.
dont je viens de p;irler à l'occalion de Caiûcorom , confeilla à 'i^n,'^'J}\fç^à.
Kublai de donner à la dynallie des Mogols le nom àîYuen: il />• >s''
fe fondoit pour cela fur deux caradères de ÏY-king des Chi-
nois, Se dit à l'Empereur des choies fort obicures, auxquelles
perlonne jie comprit rien. On admira fes grandes connoil-
îances ; il fut approuvé de tout le monde, & l'Empereur fit
publier que fa dynaftie feroit appelée déformais )[ucn : ce
Prince reçut à celte occafion des complimeiis. De tels exemples
ne lont pas rajes auprès des Grands.
En i2jp, le Bonze Pa-fe-pa mourut; on le combla de Ann. t. Liv.
titres 6c d'éloges après fa mort : on l'appeloit celui (jui cjl au- '^^^'■l'-i"'
Jeffus des hommes , & qui n'a que le Ciel au-flcjjus Je lui ;
le Sage accompli , l'homme de la plus haute vertu. , le fis du
fo de ijiule, le Doâeur & Alaitre des Alogols , Sic. Mais
les Lettrés Chinois , d'un autre côté , accabloient d'injures
Pa-fe-pa Se tous les Bonzes ou Lhamas ; ils traitoient kublai
Iiii-mcme de Prince barbare , fuperjlitieux , qui fc biij/ois
Tome XL, X X
34^ MÉMOIRES
gouverner par les femmes & par les Lhamas , rjui n'avoit ni
efprit , ni courage. On voit encore à Pcking un temple bâti
en l'honneur de ce Pa-fe-pa.
Les Tao-Je Se les Bonzes avoient été de tout temps rivaux ,
& ne tendoient qu'à la deftrudion les uns des autres. Sous
les Mogols, les Bonzes ou Lhamas étoient en faveur; l'Em-
pereur leur étoit fort attaché : les Annales nomment ici
cette doélrine , la fourberie des Samanéens : aufll ces Bonzes
Ann.t.LV. abusèrent -ils de leur crédit pour demander, en 1281 , la
Ixxiii.iuy. ppi-^-iiiîJQ,^ Je rechercher & de brûler tous les livres des
Tao-fe ; elle leur fut accordée, & ion ne conferva que le
Tao-te-king à caufe de fon ancienneté : c'elT; l'Ouvrage de
Lao-tfe fondateur de cette Religion.
Comme les Bonzes de Fo étoient en grande confidération
au Japon , & que l'empereur Kuhlai avoit toujours delîeiii
dç le rendre maître de ce pays, il y envoya fecrettement ,
en 1284, des Bonzes pour s'informer de l'état de ce pays,
& lui en rendre compte. Les matelots ayant pénétré leur
deflein , les jetèrent à la mer. On avoit beaucoup de répu-
gnance à la Chine pour cette expédition.
lbid.p.;o. En 128^, les Bonzes de Fo tinrent une grande affembléè
HijhdcsMong. s j^ Chine ; ils étoient au nombre de quai'ante mille : ils
convinrent d'une forme de gouvernement entr'eux , firent
plufieurs flatuts & des règlemens pour leurs prières & leurs
pénitences.
Ann.t.LV. En 1288 , d'après les confeils de Sang-ko & de quelques
hv.xxui, autres, on prit les temples des ancêtres de la dynaftie àt?r
HijUesAUng. Song , pour en faire des temples de Fo : on voulut même
piop, prendre les pierres fur lefquelles Kao-tfong , empereur Aç.$
Song, avoit fait graver les King , pour en faire les fonde-
mens qui dévoient porter la flatue de Fo ; mais on n'ofà le
faire. Vers la fin de la même année, Kuhlai envoya dans le
Thibet Hiao-kong-ti. autrement Kong-tfong , empereijr des
Song, qui, en 1276, s'étoit rendu aux Mogols. Le defîèin
de Kublai étoit que ce Prince y étudiât la docT:rine de Fo à
Pou-îa-la chez les Lhamas ; axn,û le Thjbet étoit devenu le
DE LITTÉRATURE. 347
chef-lieu de la religion Indienne pour ces contrées orientales.
Les Chinois blâment beaucoup l'empereur des Song, qui,
après la ruine de fa famille, devoit, difent-ils, plutôt mourir
aux pieds de fes anccU-es , que d'effuyer un tel affront. L'an-
Am.uLV.
XXII I,
/■
née fuivante, on fit rechercher les li\Tes de Fo , qui etoient ^^
dans les temples ruinés , & on les ralfembla. p.' ,
11 arrivoit alors à la Chine, par la province de Fo-kien.
un grand nombre d'étrangers du Malabar & de toutes les
contrées de l'Inde & des pays plus occidentaux ; & par le
moyen des Bonzes de Fo , qui étoient favans, les Chinois
s'inlhuifoient de ce qui concerne ces pays. L'Empereur lui-
m^^e, en 12^0, envoya dans les Indes, pour engager ceux H.ft.J.sAU.g.
de ce pays , qui étoient verlés dans les Sciences , a palier a
la Chine : il lit demander aufîi des Ouvriers habiles, àti
Officiers de terre & de mer, & des Interprètes pour diverfes
Langues. On peut juger par-là combien il a dû arriver encore
à la Chine de Bonzes Indiens ; mais tout le pouvoir relati-
vement à la Religion étoit enue les mains des Lhama|. On
acheva dans le même temps d'écrire en grandes lettres d'or
les livres dodrinaux de ces Lhamas, qui étoient des traduc-
tions des livres Indiens. , ,
Sous le règne de ce Prince, l'Aftronomie Chinoile tira
encore des lecours des Aibonomes éu-angers. Il y àvoit un ^^f['-^^
tribunal de Mathématiciens d'Occident, & les Chinois imi-
tèrent leur méthode. Un Mathématicien Mululman , nomme
D"enuilcMin, compofi une Alhonomie à l'ulage des Cliinois ,
^Çm faire dilfciens inflrumcns. Le P. Gaubil convient que
depuis rétablKTement des Han , deux cents cinq ans avant J. C.
les Chinois ont été en relation" avec tous les ditfcrens peuples
de l'Occident, Romains, Perles, Arabes, Indiens, Sec. &
qu'il leur a été facile de ^'i^^lruire de l'Alh-onomie de cts
pays. On voit par-là, & je l'ai déjà fait remarquer, que les
Chinois ont beaucoup plus profité qu'on ne le penfe, pour
le progrès des Sciences chez eux , du commerce qu'ils ont
eu avec l'Occident. Sous les Mogols, il y avoil à la Chine
beaucoup de Malioméiaiis; mais les Lhamas, parmi tous ces
X x ij
•348 MÉMOIRES
étrangers, ctolent ies plus piiiffans à caufê de la religion
Iiulicnne répandue dans toute la Chine.
La proteélion extraordinaire que l'empereur Kithlai leur
accordoit, les rendoit infolens. Un d'entr'eux, originaire du
Thibet , jouilibit en i 25) i d'une grande conddcralioii parmi
'Ann.t.LV. les Mogols, daiis les provinces méridionales de la Chine;
h. XXI II, j^^jj jj j^'jîfQit qu'un hypocrite, un débauché, & un homme
avide d'argent, qui contrelit des ordres de l'Empereur, donna
de fauffespermiffions, promettant & procurant des portes, & fè
failant craindre de tous ceux qui étoient riches. SapafTion pour
i'argent le porta jufqu'à fouiller dans les tombeaux des anciens
Empereurs & grands Seigneurs qui étoient près de Chao-hing; il
en tira beaucoup d'or, d'argent & des bijoux ; enfuite il prit
leurs oflémens qu'il mêla avec des ofîëmens de boeufs & de
chevaux , & en fit une pyramide : tous les Chinois en furent
outrés , & étoient fur le point de fè révolter ; les Magiftrats du
lieu firent aiTcter ce Lhama , conhfquèrent (as biens , & le
condamnèrent à mort; mais ceLhamaétoitfoutenu à laCour
par plusieurs Seigneurs Mogols, & fur-tout par les Princeiïes
qui étoient fort attachées à la religion Indienne, & Kuhlai eut
la foiblelfe de le faire élargir Se de lui rendre la plus grande
partie de ks biens. Cette conduite le déshonora dans l'efprit
des Chinois, & on renouvela les plaintes contre les Lhamas
qui étoient, difoit-on, au moins fort inutiles dans l'Empire.
La mémoire de ce Prince qui mourut en 12^3 , fut toujours
ternie par fon trop grand attachement pour ces Bonzes ou
Lhamas.
IbidA.xx}v, Timour-khan que les Chinois nomment Tching-îfong , lui
^'lÉl j ,^ fuccéda : il protégea également les Bonzes de Fo. L'hnpéra-
Jiijl.des Mong. . r ^ ■ r- n • >i yo-
^>'^i;. trice la mère avoit lait conltruu'e, a la montagne Uu-tai,
ce lieu fi fameux dont j'ai parlé, un temple en l'honneur de
Fo : en i 25)7, elle voulut aller le voir ; ce voyage devoit
coûter des fommes prodigieufes , & être fort à charge aux
peuples. L'Empereur, pai' refpeél pour cette Princefle, n'o-
îoit l'en détourner ; mais les Grands qui favoient combien
die éloil attentive à faire procurer des foulagemejis aux peuples,
DE LITTÉRATURE. 345,
parvinrent à la dilTuader, en lui expofant les maux qu'un
tel voyage occallonneroit aux habitans du Pe~tche-li & du
Chan -fi.
L'Empereur toujours attache aux Bonzes, les empioyoit Ann.t.LV.
par-tout. En 125J9, il en envoya un, en qualité d'Am- ^"['^^^'^'
halîadeur, au Japon. \.its Chinois le blâmèrent, en difunt Hiji,/esMpKg,
que, pour de femblables commiïïlons , il falloit choifir des''"^'^'^*
gens d'honneur, titres, & qui donnaflent une grande idée
de l'Empire, par leur magniticence , leur gravité, & par un
air de grandeur digne du Prince qui les envoyoit. Cependant
malgré la grande protection qu'il accordoit aux Bonzes, ce Ani.i.Lv,
Prince rendit dans la même année la liberté à plus de cinq ^'"'^ ■^^'*'-
cents mille familles de payians, dans les provinces du Midi,
que le Bonze du Thibet, dojit je viens de parler, avoit mis
fur le rôle des elclaves des Bonzes. On peut juger par- là
de la tyrannie que ces Bonzes étrangers exerçoient lur les
Chinois.
L'Empereur mourut en 1307, & il eut pour fucceffeur lHJ.p.^S.
'Hai-cAd/i fon neveu, que les Chinois nomment Vou-tfoiig.
On fe plaignit inutilement auprès de lui de l'inlblence de
ces Lhamas, &. des excès qu'ils commeltoient. L'un avoit
maltraité des gens du peuple ; on voulut le punir : les
Lhamas forcèrent le Tribunal avec des bâtons : un autre
ofa arrêter en route le chariot d'une Princellë , pour pafTer
devant elle , fit infuiter & battre cette Princelfe. L'Em-
pereur, au-lieu de punir les coupables, fit publier un Édit
par lecjuel il éloit ordomié de couper le poing à celui qui
frapperoit im Lhama, &. la langue à celui qui 1 inlulteroit ;
mais le Prince héritier fit révoquer cet ordre. Les Hifloriens
s'élèvent beaucoup contre ces injuflices, &. attribuent la ruine
des Mogols dans la Chine aux Lhamas.
Cependant ce même Prince , l'an i 3 op, voulut que toutes liu.p. ;/,
les terres pollédées par les Bonzes de Fo & par les Tao-fe, ^l'i^-''"^^'"^'
qui julqu'alors avoient été exemples de payer le tribut, Je
payalienl comme celles du pc uple : il mourut en i 3 1 1 . Alg'uip-
tou-kJiiin appelé par les Clùnoi» Oifi-fjon^', fut ion iuccelicuf :
3 50 MÉMOIRES
on le preiïa Je détruire le culte de Fo ; mais il ne voulut
jamais y conièntir : on altribuoit a ce culte une fuite de
malheurs qui venoient d'accabler l'Empire. Ce fut fous fon
Ann.t.LVI, règne, en 13 i8, qu'on écrivit en caraélères d'or plufieurs
^IjTf^''^'/"' livres de la religion de Fo , ce qui coûta des lommes
IlijhdcsMong, - ,, , I °
}>. ^fS. conddérables.
Anit.t.Lvr, Cho-te-pa-la que les Chinois nomment Jng-tfotig, qui
i/^/v''^/'' fuccéda à ce Prince, fut encore plus attaché aux Bonzes de
C'-ii' Fo , & fur-tout à ceux qui ctoient étrangers, celt-a-dn-e,
aux Lhamas du Thibet ; c'étoit un de ceux-ci qui l'avoit
inftruit : comme ce Lhama vouloiï s^w retourner dans le
Thibet, il le combla de préfens. Dans le même temps,
c'eit-à-dire , en i 3 2 i , il fît des dépenfes confidérabies pour
la conflrudion d'un temple de Fo , dans les montagnes qui
font à l'oueft de Péking. Cette prodigalité excita le zèle &
le courage des Cenfeurs de l'Empire : ils firent à ce Prince
de très-vives reprcfentations. L'Empereur irrité en fit mourir
plufieurs ; d'autres Hu-ent exilés : les Lettrés Chinois qui
eftimoient ce Prince à caufe de {ç^s vertus, approuvèrent
cependant le courage des Cenfeurs. Dans la fuite, on rétablit
leur mémoire, & l'Empereur fe repentit de s'être trop livré
à fa colère , foible dédommagement pour des gens zélés
qui avoient perdu la vie. Il envoya auffi dans le Thibet
pour avoir de nouvelles infh'uélions fur la Religion , & fit
à ce fîijet de grandes dépenles. Ainfi le Thibet étoit devenu
le lieu oià l'on alloit s'infh'uire : l'Inde avoit perdu cet
avantage.
Ann.t.LVI, Un jour, ce Prince ordonna que l'on fît des prières à
i^/j'''!;/^' Fo : Pai-îchou fon premier Miniflre l'en détourna, & fit
l>. 2sf, fes efforts pour 1 engager a renoncer a cette Kehgion. Les
Lhamas prétendoient que ces prières &: ces ofîrandes étoient
le feul moyen d'écarter les malheurs dont l'Empire étoit
menacé. Pai-tchou les renvoya, & les traita comme des
gens qui ne fongeoient qu'à ramaffer des richeffes , & qui
ne protégeoient que les fcélérats. Les Lhamas mécontens &
allarmés , s'afTemblcrent pour prévenir Pai-tchou dont ils
DE LITTÉRATURE. 351
redoutoient la probité, la vigilance &: la valeur : Pai-tchou
fut atralîiné ; & enluite les mécontens allèrent tuer TEm-
pereur, alors âgé de vingt-un ans. Cet événement arriva
i'an 1323. Yefuntimour appelé Tai-tfong par les Chinois,
étant monté fur le trône, lit punir les coupables. Les Chinois
^'empreffoient de faire connoître à la pollérité quels étoient
leurs lentimens fur l'attentat horrible qui venoit d être com-
mis, & fur le culte de Fo. « Un Prince, diioient-ils, ne doit
penfer qu'à gouverner l'Empire en père , & ce n'eft pas par ..
ie moyen des Bonzes qu'il^ doit chercher à être heureux. «
Depuis que ces Bonzes & les Tao-fe font tant de prières & «
d'offrandes à leurs Divinités , le Ciel a donné des marques <c
de fa colère; & jufqu'à ce qu'on ait aboli le culte de Fo, ce «
chafTé tous les Bonzes , on doit s'attendre à être malheureux. »
Il y avoit lieu de croire qu'ils alloient être détruits : le Prince
lut avec plaifir ces remontrances ; mais il n'ofa abolir le culte
de Fo, de peur de révolter les Mogols qui y étoient tort
attaches. Ainfi les Lhamas ou Bonzes furent toujours îrès-
puillans à la Cour, & fur-tout auprès des Princelfes.
En 1326, ils avoient obtenu des Patentes qui leur per-
mettoient de prendre par-tout des chevaux de porte : en
conféquence ces Lhamas m;irchoient avec le train & l'équi-
page de Prince ; ils étoient à charge au peuple qui éloit A,m.t.LVl.
obligé de leur fournir i\qs chevaux &L des provilions ; '1^^^''^^.^'^^'
menoient une vie fort déréglée : on en murmuroit par-tout,
en forte que l'Empereur qui en fut inlhuit, fut obligé d'y
remédier; mais il leur étoit toujours dévoué : il reçut avec ibid.f.^0.
beaucoup de dillinclion un de ces Lhama nommé Poci-
tchiii-hi-tfu-fe , auquel il doima le titre de Aluitre ou Doâcur
de rFmpereur.
Apres la mort de ce Prince, arrivée en 1328, Couclii-
hn-klinn appelé Ming-tfong par les Chinois, monta lur le
trône; mais il ne fe palia rien d'important concernant les
Bonzes, ni fous fon règne, ni (ous celui de (on luccelleur.
Tocatmour-khm ou Uiiin-ti eft le dernier des Princes
Mogols qui ait régné à la Clùne ; il parvint au trône
35i MÉMOIRES
en 1 3 3 3 : ce Prince voulut que Ion fils fût inftruit dans
les caraélères & dans les Sciences des Chinois ; mais en
même temps il y joignit des Lhamas pour lui apprendre la
dodrine de Fo. Aijid ces Bon;£es eurent beaucoup de crédit
fous ce règne , Se ils obtinrent les plus grandes charges de
l'Etat. En 1353, ces Lhamas qui n'étoient que des débauches,
<5c qui fe livroient à la Magie & aux fortiiéges , avoient un
libre accès dans le palais. Leur Science magique éloil appelée
Yencher & Pimi. Ils perfuadcrent à l'empeieur Chun-ti qu'il
parviendroit au comble du bonheur, s'il fe livroit à cet
art. 11 les crut, & commit dans fon palais avec ces Lhamas
toutes fortes d'excès. Les repréfentations des Minières furent
inutiles ; il n'écouta rien , & ne s'occupa que de {^s plaifirs.
Il y avoit dans l'intérieur de fon palais leize jeunes filles ap-
pelées ïesfeiie Efprits célefles, deltinées à la danfe & à toutes
fortes d'aiiominations : d'autres faifoient continuellement àç%
prières & des offi'andes à Fo ; prétendoient faire des forti-
iéges , 5c prédire l'avenir. Livré à toutes ces débauches ,,
l'Empereur lie connoifîbit rien de ce qui le palîbit dans
l'Empire : il s'éleva par-tout des révoltes ; les Mogols furent
battus, & ce malheureux Prince fe vit bientôt contraint
d'abandonner la Chine , &: de fe réfugier dans le pays de
fes Ancêtres en Tartarie. C'eft ainfi que la domination des
Mogols tmit à la Chine, en 1368.
De l'aveu des Chinois , la l'uine de cette dynaflie ne fut
occafîonnée que par les Lhamas : après un pareil événement,
la religion de Fo paroilloit devoir être près de fa ruine ;
la dynaltie des jMiiig qui fuccéda aux Mogols , la protégea
Hijf.desMmg, de nouveau. Celui d'entre tous les rébelles qui eut le p'us
'^''' grand fuccès , & qui parvint à l'empire, efl nommé Hong-
vou ; il avoit perdu de bonne heure fon père & fa mère:
n'ayant pas alors de quoi vivre, ni s'habiller, il fe jeta dans
un monaltère où il prit l'habit de Bonze : il y relia alfez long-
temps , & ce fut de-là qu'il fortit pour fe mettre à la tête
des troupes, 5c il fut alfez heureux pour parvenir à l'Em-
pire ; il donnai à fa dynaltie le nom de Aiing, 5c il eft
connu
DE LITTÉRATURE. 553'
connu dans l'Hiftoire, fous le titre de Tai-ifou. On voit
par-là qu'il ne fut pas, comme le dit le P. du Halde &
plufieurs Miffionnaires , un valet de Bonzes : les Annales
de fa dynaflie attellent qu'il fut Bonze.
En 1382, à la mort de i Impératiice , il appela les ^■'/"^fe^.
Bonzes ou Lhamas, & ordonna qu'ils rccitalfent leurs prières. '}[,,' i',l y 'p,',^g\
Tching-îfou , le mêmequ'yc>//^-/o, en 1404, conlîa en partie
l'éducation du Prince héritier à un Bonze, nommé Ta -yen :
alnfi les Lhamas n'avoient pas perdu leur crédit à la Chine;
ils étoient encore les chefs de cette Religion. En effet , tous ces
Bonzes, &: ceux des Chinois qui font attachés à la religion de
Fo , relevoient & relèvent à préfent des grands Lhamas du
Thibet. En 1407, l'Empereur donna le titre de Roi de Ann.daMwg.
la précieufe Loi de Fo au Lhama Ho-li-mo. Il paroit qu'il y '7/ ?.' '^'''''
avoit alors dans le Thibet plufieurs grands Lhamas. Quand
celui-ci arriva à la Chine, l'Empereur le fit loger dans un
temple de Fo , & le combla de prélens : il le regai^doit
comme un perfonnage en qui rcfîdoit le Fo de l'Inde, &
comme le Chef de toute la Religion. 11 donna également des
titres d'honneur à trois de les dilciples qui l'accompagnoient :
cependant il tint la main à la Loi que Ion père avoit portée
relativement aux Bonzes ; elle détendoit qu'on embrallat cet
état avant l'âge de quarante ans : comme plufieurs y avoient
contrevenu , il les ht fortir de leurs monaflères.
Sous Ing-tfong, en 1440, vingt mille hommes prirent l'habit H'.Lvr.p.tst
de Bonzes : l'année hii vante, quelques-uns s'élant révoltés,
on les fit mourir. Ce même Prince fit conlbuire un temple ll'.l.vii.f.j.
magnifique auquel il attacha un grand nombre de Bonzes ,
&. encore ui\ plus grand nombre d'elchn es ; il s'y rendit en
perlonnc, &. y prit le titre de difciple en 1448.
Sous fon luctelieur King-ti, cinquante mille hommes,
en 145 I, (e ilrcnt Bonzes. Les Miniihes lui reprélentèrent
la trop grande puilliince & le trop grand nombre de ces
Bonzes dans l'Empire ; mais ils ne furent point écoutés. Se
faire Bonze, n'éloil pas leulement embrallèr la religion de Fo.
mais c'éloit enurer dans un monaltère, & prendre l'état de
Tome XL, Y y
3 54 MÉMOIRES
Religieux : ainfi il ne faut pas compter dans ce nombre ceux
qui, parmi le peuple, lui voient limplemcnt celte Religion,
fans le faire Bonzes. On peut juger par-là du nombre prodi-
gieux des lècflateurs de Fo, qu'il devoit y avoir à la Chine.
C'ed une rcHexion que l'on ne doit pas perdre de vue.
'Ann.desAîing, Sous H leii-tfoiig , en 14.68, on donna au Lhama Ta-pa'
pH'Jl"'^'"' J<i^"-f^'i tl^s titres plus faftueux que ceux qu'on avoit donnes
à Ho-li-mo. Ce Prince protégeoit beaucoup ces étrangers
qui n'ctoient occupés que d'ambition, tellement qu'après fa
Jb.Lx.p.io. mort un Bonze le révolta &. le mit à la tête d'une troupe
de féditieux en 14,88 : on lui coupa la tcte.
Malgré ces évènemens , cette Religion fe foutenoit toujours.
En I 507, (ous Vou-tfoiig , on vit encore quarante mille
hommes le laire Bonzes , & les Princes de cette dynaftie y
furent toujours attachés, malgré les rernontrances qu'on leur
faifoit. Mais on ne voyoit plus arriver de l'Inde des Savans
qui apportaient des livres à la Chine ; ainfi je termine ici
mes recherches , parce que les évènemens deviennent peu
importans. Les Relations modernes nous infiruiient alfez de
l'état aèluel de ces Bonzes qui n'ont plus de liaifon avec
i'Inde, & qui relèvent des grands Lhamas.
Les Tartares qui , fous le nom de Tjitig, ont fuccédé aux
Ming dans la Chine, protègent encore ces Bonzes & lou-
tiennent le grand Lhama auquel ils donnent des litres. Tous
ces Bonzes vivent en communauté; les Bonzelfes lont à part ;
mais , félon les Voyageurs , elles gardent allez mal leur clôture.
A préfent, on diilingue à la Chine les Lhamas du Thibet &
Conquêtes de lés Bonzes que l'on nomme Ho-chaiig: ceux-ci lont originaires
fl^lT' '' ^' ^'^ l'Inde; mais les uns & les autres adorent Fo, On remarque
que l'ordre Hiérarchique eft plus fenfible chez les Lhamas ,
que chez les Ho-chang. Le temps & la dillance des lieux ont
dû occalionner dans cette Religion des divifions qui proba-
blement forment à préfent des eipèces de Sedes.
liid' A la deftruèlion des M'ing , un de ces Ho-chang ou
Bonzes fe diftingua par fon zèle pour celte dynaitie. Avant
que d'être Bonze , il avoit fervi avec diitindion ; eiiluite il
DE LITTÉRATURE. 355
s'étoit jeté dans un monaflère, mais ias de s'y voir renfermé
peiidant que la patrie alloit tomber lous la domination des
Tartares ; à l'ombre de fon habit , & fous prétexte de porter
en difFérens lieux ks idoles , il parcourut toute la province
de Fo-kien , Se s'attacha à un fameux Corfaire. Son defiein
ctoit de rétablir la dynaflie des A'Iing ; il fe mit à la tète
Ans troupes des provinces de Kouang-tong &: de Kïang-fi
qui avoient repris les armes en i 648. Cet événement alhu-ma
les Tartai'es qui commencèrent à délefpérer de pouvoir fe
maintenir dans toute la Chine. Le Bonze vouloit remettre
fur le trône un Prince de la famille des Aîïng. Devenu
Général des Chinois, il n'ép;irgna ni foins ni travaux pour
achever promptement la conquête de la province de Fo-
kien ; mais ayant négligé de gai'der quelques défilés , les
Tai-tares s'approchèrent de lui , & fon armée fut dilfipée. Il
alla fe renfermer, avec ce qui lui reçoit de monde, dans
Kien-ning-fou , où il fit une défenfe fi vigoureufe, que les
Tartares furent contraints de changer le fiége en blocus.
De nouveaux fecours les mirent en état de recommencer
les attaques ; l'allaut dura trois jours , &. ce brave homme
fut tué fur la brèche en combattant comme un tigre.
Si pluficurs de ces Bonzes, depuis leur établilfement à fa
Chine, ont éié des traîtres , des perfides , des ambitieux & des
gens avides de richelfes , d'autres fe font dillingués par leur zèle
pour leur Prince, par leur fcience & par leur mérite. En
général , s'ils ont fait beaucoup de md à la Chine , on ne
peut s'empêcher de reconnoilre qu'ils ont procuré aux Chi-
nois beaucoup de connoilHuices dans les Arts & dans les
Sciences, dont on croit les Chinois inventeurs, faute de
connoître ces liaifons avec les peuples occidentaux ; mais il
paroît en même temps que les Indiens leur font redevables
de quelques connoiliaiices.
^4^MMt/«^lS£«â»<9^s'i^"*^
Yy ij
35^ MÉMOIRES
MÉMOIRE
Dans lequel on ejffaie de concilier les AUTEURS C RECS ,
^principalement HÉRODOTE à" CtéSIAS, fur
le commencement if la durée de V Empire Assy-
rien, (1/ ces Écrivains avec les Perses, fur les
règnes qui forment ce que les ORIENTAUX appellent
la Dynastie des Peschdadiens.
Par M. Anquetil du Perron.
Lu T 'histoire des anciennes Monarchies efl; un champ vafte
ài'Academie, J j ^j^pg lequel les recherches font iemées de difficultés
^77^- pi'efqLie inlurmontables. Les Savans les plus verlés dans la
haute antiquité , ont tâché de lever celles qui regardent l'o-
rigine & la durée de l'empire AlTyrien. Que rélulle-t-il de
leurs travaux ! L'époque qu'ils afljgnent au commencement
de cet Empire immenle, qui, indépendamment de l'Alîyrie,
de la Chaldée, comprenoit la Perle, & s'étendoit d'un côté
jufqu'au Pont-Euxin, & de l'autre julqu'à l'Inde; peut-on la
regarder comme prouvée, cette époque! Elt-il certain que les
Princes qui forment le catalegue des rois d'Aliyrie, fulient
les leuls Monarques de ces contrées ; qu'ils ne relevaient
pas eux-mêmes d'autres Rois, maîtres par droit d'héritage
ou de conquête , de la plus grande paitie des États qu'on
donne aux rois d'Aliyrie ! 7 outes qudiions auxquelles il eft
également difficile de répondre.
Les Écrits des Grecs & des Latins font regardés comme
les feules fources dans le/quelles il foit permis de puiier des
lumières iur l'Hiftoire ancienne, parce que ceux des Orientaux,
avec lefquels on n'eft pas aiïez familiarifé , lemblent ne pré-
(enter que des chofes incroyables. Cependant l'Écriture, dans
les traits hiftoriques, eft quelquelois aulTi difficile à concilier
DE L I T T É R AT U R E. 357
avec elle-même, qu'avec les Auteurs anciens : & de-là on
devroit liaiplemenl conclure que d'épailîes ténèbres couvrent
i'origine des peuples , les premiers âges du monde, lans cepen-
dant rejeter aucun des moyens propres , finon à les diliiper
entièrement, du moins à les diminuer.
Je luivrai dans ce Mémoire la marche que je me fuis
prelcrite dans l'Expolition du Syllème Théologique des Perles.
Je rapproclierai , lur la première dynalliie de leurs Rois ( celle
des PeJc/tc/aJie/is J , les Ecrivains Orientaux, des Grecs & des
Latins : ces rapprochemens jetteront quelque jour lur la durée
de l'empire Allyrien, lur la luile de les Rois.
Je n'ai que des conjeé^lures à propoier, & je ne penfe pas
qu'on attende rien de plus fur des temps aufti éloignés.
Hérodote faj donne à l'empire des Aliy riens lur la haute
'Afie, cinq cents vingt ans, après lefqueis il place la révolte
des Mèdes, qui tut luivie de celle de plulieurs autres peuples
fournis à cet Empire.
Cet Hiltorien ne parle ici des Aiïyriens, que pour pafîèr
aux Mcdes , 6c de-là à Cyrus. 11 commence par déclarer qu'il
y a trois manières de rapporter ce qui regarde ce Prince;
mais qu'il luit dans fon récit les Perles , qui , fans vouloir
faire le panégyrique de leur Monarque, ont prélenté les
chofes telles qu'elles étoient. Ce préambule tait voir qu'Hé-
rodote avoit conlulté les Perles lur leur propre Hilloire, &
que, de fon temps, les Écrivains de cette Nation étoient
partagés fur des traits alfez récens de cette Hiftoire. Doit-on
être lurpris , après cela, de les trouver divilés, quand il eft
quellion d'évèneniens placés dans l'antiquité la plus reculée!
Ctéfi.is, f l) J qui avoit conlulté les Archives des Perles,
(o) Ataj/più't cLo^niurTtiç dina'Acinç
t* *T\aftiifrt icj -nvTaxijta, '!SÇ^-ni «t
««Tt. zrt 7»f «Afi/Stg/HC /Mtpfvauinii tjin
Ao»i'û«.(7» , fy^torn àu/J^K ayzdti ' K.
MiTB Ji Tï7¥f, j 7 «M« iiiia i-n/fi
TtM/it Miji/iiffi. Lit. I , pag, ^6, tdit,
H. Steph. I J Ç 2.
(b) noftf^mnuç Ji Iktù» , i, cl Acitw
mv , f^Xi^ ^of Jïc'caxiMi. im TiTV yifl
35'
MÉMOIRES
tlonnoît, û l'on en croit DioJore Je Sicile, plus de treize
cents loixante ans à i'empire Allyrien, durant une fuite de
trente Rois qui le fucccdcrent de père en iiïs, depuis Ninus
jurqu'à l;i deftrudion de la Monaichie par les Mèdes fcj.
Eil>liot.}>.fi. Diodore de Sicile, qui fait profeffion de luivre Ctcfias,
étend cette durée au-delà de quatorze cents ans. Selon lui ,
Pageiojf- le règne de Teutamus , vingtième depuis Ninyas Ids de
Sémiramis , répond au temps du fiége de Troye , &. il y avoit
alors plus de mille ans que les Alfyriens pofleduient l'empire
Chron. l II, de l'Afie. Ce dernier réfultat fe retrouve à peu-près dans
e<Vr. 2.' Seal. £Lisèbe : mais Diodore croit devoir faire mention des cinq
\ih.'ch!' c^"^^ ^"^ d'Hérodote ( c'efl ainfi qu il s'exprime); ce qui
p. Il g. prouve, je crois, que l'opinion de cet Hiflorien avoit des
partifans du temps de Diodore de Sicile.
Nous voyons en effet, un fiècle & demi après, Appien
Alexandrin ( J) avancer que la durée des truis plus grands
Empires , celui des Alîyriens , celui des Mèdes & celui des
^ Choitol. dt Perles , n'a pas été à neuf cents ans ; & M. Defvignoles
[Hf'v.Tyé, prouve fort bien que cet Hiflorien calcule d'après Hérodote.
'77- Malgré cela, le plus grand nombre des Ecrivains paroît
Strom. fil']', avoir copié, ou du moins fuivi Ctéfias , ou bien avoir confulté
.;-. -,20, (dit, Je5 monumens qui s'éloignoient peu de ceux que cet Hifti^aien
' ^'' avoit fous les yeux. Caftor qui écrivoit vers le temps de Jules
Céfai", donnoit, au rapport d'Eusèbe & de George-le-Syncelle,
douze cents quatre-vingts ans à l'empire Alfyrien. Selon
Velléius Paterculus , cet Empire n'a duré que mille foixante-
dix ans ; treize cents félon l'Abbréviateur de Trogue
Kf Tei-aMiaiwv , t7i «T' i^tîitovTa , KS^Sà-mp
ÇK(7j 'KTnaîaj; ô Kw'tftoç- iv -ri Siuiif^a fii-
^Aw. Diod. S'icul. Bibl. l. II , p. 10 S,
loç , edit. Wechi'l. i6o^.
(c) '2.oLfJiiMa.7Ta\oç Ji, TeMMo-nç /Sjj
ïo^Tjf Jt jtKjf^of 'AameA-cùy BanMvç.
Bibliot. i^c, p. I 0 g.
'H /i8ft OUI iiyiM9yIa, t 'AemeÂu* ^
yi-viio]/ icstTiAu'én liv 'srtffipnfj.ivov TçJ-mu
Id. p, ll^-
(d ) 'Acmtlct'V Ti oii , j, liyJioy , x^
nê/Jcrac , Teiù^v tÙv Si fjLiyiçziiv Kytfjsyim
îiç AAt^ai't/yoi' TTV $;A/7rTX iwVTtdif^vwtf
i-r'av 0 XiP'^'i f'?'"""' ^ àuMaicov imVp
hm 'Six Vo/ÀOioiç m tcv ■nu.ç^rm. ^gpror»
Rom. Hijt. Fref.p. j. edit, H. Stepfi,
1JP2.
DE LITTÉRATURE.
35P
Pompée ( e ). Eusèbe nous donne une fuite de trente-fix rois
Aflyriens qui , de Ninus à Sardanapaie , monte à douze
cents trente-neuf ans (f). S/ Augullin compte poui" la Mo- DeCmi.Dei,
narchie Alîj'rienne près de treize cents cinq ans, compris ■^^^^'•'''^"
le règne de Bélus père de Ninus , & dont l'Empire fut peu
conlldérable. Enfin l'on voit dans George-le-Synctlle , un
catalogue des Rois d'Affyrie, tiré de Jules Africain, lequel
préiente quarante-un Rois de Bélus à Sardanapaie, & donne
quatorze cents cinquante-neuf ans.
Ces différens calculs dévoient caufèr, & ont caufé en effet
un partage entre les Savans modernes , fmon flir le fond de
fhiftoire d'Affyrie, du moins fur la manière de concilier les
deux Écrivains qui en ont parlé les piemiers.
Je divife ce Mémoire en deux Parties.
La première préfentera dans un grand détail, & le plus
(ôuvent félon le temps auquel elles ont pai"u , les différentes
(e) Iinperium Affjrii , qui pcjlea
Syri diili funt , mille tTfCentis aniiis
tenuere. Juftin. I. 1, c. 2.
ffj Si Josèphc ne nous donne
pas les trente-fix rois AfTyrii-ns, il
aiïurc au nii)ins l'aniicjuité de la Mo-
narchie. Scion lui , Ninivc a été bâtie
par AfTur, qui a appelé fon pcu])le
Aflyricn , peuple plus puiflant que les
autres. (Anlii/. Judaic, lih. I , cap, y.
jing. 1^. Edit. Aurd. AlLb. i6 1 1.)
Cet Hiltoricn nomme roi des AlTyricns
Choufart /C/iiifiin Hainataiin) auquel
les Ifraëlitcs, après Jofué , obéirent
pendant huit ans- ( Lib. V , cap. j ,
pag. t^o.) il fait (Lib. l, contr.
yipion. pag. tcfij foumcttre les
AfTyricns à Sethofes , roi d'Egypte ,
que M^rsham place environ au temps
de Hohoani. Enfin, dans Joscphc,
//hi'i. pafi. fojpj le premier Hoi
Paflcur fc fortifie contre les AHy riens,
& à la fonie de ces rois de l'Egypte,
les AfTyricns font dits niaîtresderAfic.
£n ne les J)l.><;ant mime , ces Roii ,
que du temps des Juges, cela prouve
toujours que l'empire AfTyrien étoit
alors puiflant : on verra dans la féconde
Partie de ce Mémoire , qu'il l'étoit
en etfet , fi l'on en croit les Orientaux.
Et quoique Josèphe ne nomme des
rois d'Aflyrie, antérieurs aux Mèdes,
que Sémiraniis (ptig. 104^) ; que
parlant (pag. toj8) des Phéniciens,
des Égyptic.is, des Mèdis, (Se des
Pcrfcs, qui ont régné en Alic, il ne
fafle pas mention des Aflyriens; qu'il
ne di e rîen de la durée de Cette
Monarchie, du catalogue de fes Rois,
qu'il n'a peut-être pas connu ; on
peut cependant conclure, des traits
que j'ai rapportés , qu'il croyoit cet
Empire cxiltant dés Afl'ur. A l'en-
droit où il rapporte la ruine de l'em-
pire d'Aflyrie par les Médes A:ituj.
lib. X , pag. ^j I ) , cet Hilloricn
ajoute (|u'il en parlen ailleurs : ce
qu'il peut en avoir dit, ne le trouve
j as dans les Ouvrages que nous avons
de lui.
3^0 MÉMOIRES
opinions des Savans modernes (ur la durée Je l'empîre
Allyrien, & fur les Ecrivains qui en ont pailc. L'avantage
de cet ordre eft de fixer l'époque d'une opinion , d'aitier à
en fîiivre le cours , à en faiiir les différentes nuances , de
montrer en même temps ce que les Savans s'empruntent
mutuellement, ce qu'ils ajoutent aux connoiiïîuices acquiles^
& par-là de développer les progrès de la critique.
Dans la féconde partie de ce Mémoire, je tâcherai de faire
voir qu'Hérodote, dans ce qu'il dit de l'empire Alîyrien,
n'eft pas oppofé à Ctéfias , & que ces «feux Hiftoriens , ainfi
que la plupart des auties écrivains Grecs & Latins, concourent
avec les Orientaux à nous faire connoître d'une manière plus
exaéle que l'on n'a cru jufqu'à prélent, l'hiftoire des princi-
pales Monarchies qui ont occupé ou paitagé l'Afie jufqu'au
neuvième ou dixième fiècie avant l'ère Ciiiétienne.
PREMIÈRE PARTIE.
Je ne m'arrêterai pas aux Chronologiftes qui croyent au
Berofe d'Annius de Viterbe : on lent qu'ils doivent admettre
le catalogue des rois d'Aiïyrie donné par Eusèbe.
Chrouol p. t o , Tels font entre autres , i.° Funccius qui commence
tit.ijyo. l'empire des Aflyriens à Nemrod, l'an du monde 178^,
& lui donne treize cents cinquante - huit ans de durée
llid. p. //, jufqu'à Sardanapale. Chez ce Chronologifte , cet Empire
porte le nom d'Alfyrien , même après la révolte des Mèdes ,
jufqu'à l'an du monde 3263, fept cents ti'ente ans avant
Jéfus-Chrift.
Dt Scriipul. 2." Schubertus qui compte, d'après le faux Mégaftène ,
cap. ^, edit. quarante - deux rois Allynens dans un elpace de douze
' S7S' cents trente-quatre ans, & tâche de concilier ce calcul avec
Ctéfias, en fuppofant un Saturne & un Jupiter Babylonien
( Bélus ) , antérieurs à Ninus ; mais fans faire mention
d'Hérodote.
3.° Chytrseus qui, dans fa Préface ilir l'ouvrage de Schu-
bertus , après avoir rapporté à i'an du monde 1 7 3 i , les
Obfervations
Id.
DE LITTÉRATURE. 3<5r
Obfêrvatîons Babyloniennes ( ^) envoyées à Ariflote par
Callifthène , place le commencement de l'empire Babylonien , Cmhtrlah.
fous Nemrod , à l'an du monde 1788, cent trente-un ans „ ^'7"^'
après le déluge; ce qui, dit-il, s'accorde avec Ctéfias qui '■'^''' '^/^■
donne treize cents loixanie ans à l'empire Aliyrien, de la
fondation de cet Empire à Sai-danapale.
4." Reinerus Reineccius qui fait de même commencer à Symagm, de
Ntmrod la première monarchie du Monde , fous laquelle il j\i'!'J"iu 1%.
comprend les Aflyriens & les Babylonien.*., Se déclare qu'il z'™"/-. rm/n
fuit Funccius. Eélus, félon cet Écrivain, eft Arphaxad; Ninus, Ç.'-^sT9-'f<ii'i.
Alfur ; &. après avoir fimplement fait mention des cinq cents ',
ans d'Hérodote, des treize cents foixante de Diodore de
Sicile, àas mille loixante-dix de Paterculus, & des onze cents
fcixante d'Orolc, lans concilier ces Auteuri;, il admet trente-
cinq rois, de Ninus à Sardanapale, qui lui donnent environ
douze cents trente-huit ans.
On s'attend bien à voiries Rabbins , dans leurs chronologies,
fuivre ces longues liltes. Le Rabbin David Ganz ne fait qu'un ChoKolfair.
Empire de celui de Babylone &: de celui de Ninive , pendant £','f'''X^>A
environ treize cents trente-fept ans, de Nemrod, qii'il place
à l'an du monde 1788, Ninus, &:c. jufqu'à Sartianapale.
Cet Empire hnit à la mort de Balthazar, après avoir duré
feize cents un ans lous cinquante-un Rois.
Pontac devoit de même admettre le catalogue d'Eusèbe , h Eufd,
quoiqu'il doutât que Ninus ei'it été le premier roi de i'Alie, Ch'^nic. not.
éc cela fur l'autorité de Diodore de iJicilc, &: fur celle de^'eJi'rfit^f'
Terlullien qui dit : Si tamcii Ninus regiuivit primas , ut autuinat De PJHo,
fuvcrionim vrovlianitas. ^ '',' ', ' ,
\ii • < ' • i roi .r Saliras, 1 022.
Mais c doit alors, malgré les travaux de Scaliger , 1 enfance
y. y. ij.
(5) Quelques-unes des Ubler-
vations que Callilllùne envoya de
Baliylone à Arillotc, avoient alors,
au rajiport de l'orj)liyrc , dix-neut"
cents trois ans. Voici les paroles de
Siii)|)!icius : A.a ir/utrTb toV 'Ùwb Kccmc
Tomc XL,
p.iffiiç àjituicda^ ii( mil tM«A, -5 Aet-
ç^nffuç wn iTiffun-caiTtr au, (à Ac 7ira<
me lit, XLVl, in Ht. Il, de Coh,
Z z
3<Sa MÉMOIRES
de la Chronologie. PalFons aux Savans qui paroiflent avoir
mieux connu les principes de cette Science.
Quelcjues - uns donnent Timplement des rcTultats , fans
yîffW. difcuter les autorilcs. Ainfi Ulfcrius fe contente de celle
^tdiuiyi'z. d'Hcrodote & d'Appien, pour placer le commencement de
i'empire Allyrien fous Ninus, à l'an ^J^J du monde,
I 267 avant J. C. Dans ces Annales, le règne de ce Prince
eft prt'cédé de celui de Bélus qui tombe à l'an 1305 avant
J. C. les Affyriens fucccdent aux Arabes , dont le premier
U.f.i2, Roi avoit foumis les Chaldcens l'an 1528 avant l'cre Chré-
tienne , & le règne d'ÉvéchoLis , premier roi Chaldéen, tombe
Uf.s. à l'an 1762.
Chron.-i'. 1 7 } , Calvifius , au contraire, fans prouver la vérité de fon
tdit. 1 J. fçntiment, fait régner (d'après Ctélias) Ninus l'an du monde
1005 , deux mille quarante - trois ans avant J. C. Appuyé
de Calvifius, de Diodore de Sicile & de Jullin, Rupertus ,.
dans fes Ohfervatioiis fur le petit abrégé d'Iiifloire universelle
Idtnu Ar/'JI'. ^'-' BcfoUus , donue plus de treize cents ans à l'empire
jCjp. Aifyrien , qu'il fait commencer environ cent vingt ans après
Can.Chm. le déluge, Ibus Ninus, lelon lui, fils d'Adiir. Ubbo Emmius,.
r/'"'/ /•'""" ^^^ l'autorité de Ctéfias , place le commencement de l'empire
r.iS-f' ' ' Afîyrien à l'an du monde 17 17; & dans les Tables chro-
Pagei.Mi. tiologiques de Schraderus , l'empire Alîyrien commence à
^7"' Bélus, l'an du monde 1843, & finit à Sardanapale, l'an,
Uf.^, 3077.
D'autres Savans rapportent les autorités , & ne fe déter-
minent qu'après les avoir balancées.
Chrowgr. Génébrard (vers la fin du xvi.' fiècle ) déclare que la fuite
*'• 'J° ~ des rois d'Afîyrie, donnée par les Auteurs Grecs, lui paraît
^jp'^' très-fufpeéle : il place ce qu'il appelle l'enfarjce de l!empire:
Aflyrienàfan 1722 du déluge, 680 avant J. C. Le témoi-
gnage d'Hérodote qui donne cinq cents vingt ajis à cette;
Monarchie; ce que cet Hiftorien dit de Sémiramis, lavoir ,
qu'elle a précédé Nitocris de cinq générations ; & un paffage.
Gap.'.j^'37o, de Porphyre qui nous apprend que cette Princelfe, au rapport
DE L I T T É R A T U R E. 3^3
<Ie quelques-uns, a vécu du temps de la guerre de Troye:
voilà les feules preuves de fait fur lefquelles Génc'briU-d fonde
fon fentiment. Ce Savant argumente encore du filence que
l'Écriture garde lur les Alf) riens a\-ant Phul , & préfenle
d'autres railons de convenance que M. Defvignoles a très-bien Libr. àt.
rcfutces. Dans les matières de fait , c'eit d'après les témoignages ^\l^^ ""
qu'on doit décider , &: non pas fur de llmples raifonnemens.
Aulfi les objections de Génébrard n'empêchent - elles pas
Tornielle d'admettre le catalogue des rois d'Alîyrie. Cet
Annalifle réunit la monarchie AlTyrienne à celle des Babylo- Amnljacul,
niens ou Chaldéens ; il prétend que quoiqu'elle eût été atfoiblie ^i^ui ètof'
par la révolte des Mèd'.^s, fous Sardanapale, l'an du monde
3234, elle reprit vigueur, &. ne fmit qu'à Balthazar Ion id.'omtn,
dernier Roi, à la mort duquel, l'an du monde 3516 (525 î}^, '19L
avant J. C. ) a commencé la féconde monarchie du monde, l'i^'JJ"''\
celle des Mcdes &: des Perfes : de manière que, de ce qu'on
appelle la monarchie des Alîyriens , de celle des Alèdes &
de la féconde des Babyloniens, il ne fait qu'une Monarchie,
à laquelle de Ninus (l'an du monde 2016) à Balthazar,
dernier Roi de Babylone, il donne quinze cents ans de
durée.
Mais en même temps Tornielle ajoute qu'après Ninus, Tomel.
l'empire AlTyrien ne comprit pas toute l'Afie. Entre les Rois, ^'^^
dit-il, qui vinrent au liége de Sodome & de GomoiTe, le CtntJ.i^,
trouvent le roi de Sennaar (Babylone) &; celui des Élamites
(les Perfes); & dans le même temps Zamœis (Ninias),
fuccelfeur de Sémiramis, régnoit en Alîyrie. Or on doit
llippolèr que ces premiers Rois étoient indépendans , puisqu'on
ne peut j^as prouver qu'ils reievallent de perlonne.
Pour montrer le foible du railonnement de Tornielle, îi
fuflk de dire qu'on a également droit de les fuppofer (ces
Rois) dépendans de l'Alfyrie : fc voilà la monarchie univer-
felle des Àiryriens établie.
Ce que ce Savant dit des Cananéens, qui n'appelèrent
pas les Alfyriens à leur fecours, lorkjue Jolué s'emparn de
leur pays, n'elt pas plus concluant. Des peuples aulli peu
Zz ij
364. MÉMOIRES
coiificlcrabics faifoient à peine fenfation dans un Etat tel que
ceiui (ies Aliyiiens, de mcnie que les rois de Syrie, iorlque
David prit Damas. Aulîi ne voit-on clairement paroître ies
Atryriens dans ï Ecrhure f /i J , qu'après la divilion des deux
Rig'4,'j- royaumes de Juda & d'iiraé'l. Manafîc demande du fecours
à PhuI, roi d'Afiyrie, contre Olias, roi de Juda.
On peut dire encore que ies différentes révolutions &
les temps de foiblelle de l'empire Affyrien, permirent aux
Cananéens , aux liraëlites , aux Syriens , qui peut-être n'eu-
dépendoient pas alors , tie fe faire impunément la guerre.
Ceci fera développé dans la (econde Partie de ce Mémoire.
Ces objeélions loivt priles de Génébrard; & Tornielis
conclut , avec ce Savant , qu'avant le règne de PhuI ,
ies Alîyriens ne s'étendoient pas à l'Occident au-delà de
l'Euphrate.
Tome II, Je trouve dans Tornielle, deux obiervations qui ma
f, 1^6. paroilîent importantes. La première eft qu'il peut y avoir eu
deux Sardanapales rois d'Afiyrie ; le premier détrôné par
Arbace; le lecond, Aiarhaddon , dernier prince Airyrien qui
ait régné à Ninive , mort du temps d'Ezéchias , l'an du
monde 3335. Nous verrons dans la luite M. Fréret propofer
ce fécond Sardanapale , fans en faire honneur à Tornielle.
La féconde obfervation de cet Annalifle eft, que le fiége
de l'empire Aiïyrien a été tantôt à Ninive, tantôt à Babylone;
qu'il y avoit quelquefois un Roi dans chacune de ces deux
id.p.i^;. villes, & un troiilème en Médie, de qui dépendoient les
deux auires , comme il penfç que cela, eft arrivé lous Arbace..
'Annal Ecchj, Le P. Sulian , plus difficile que Tornielle, croit que les
^uTy.tTd— Auteurs anciens, divilés entr'eux, ne fourniflènt rien de
^og.edii. certain fur le commencement de l'empire Aiïyrien; & par
'^'' cet Empire, il entend auflî celui des Babyloniens, dont
Bélus, qu'il prend pour Nemrod, a été le premier Roi. Les
(h) Cepcndaqt le Pfc■^umc LXXXII nous montre AfTur uni aux Amnio-
pkes , aiu Anialccites , & donnant du fctouri aux entans de Loih contre.
DE LITTÉRATURE. 3^5
Pères de i'Églife & les Commentateurs de l'EcritLire, loiit
les fondemens lur lelqueJs il appuyé Ion lentiment.
Dans une Scholie , il donne les paifages d'Hérodote, à.Q Am.EccL&c^
Diodore, &: prouve allez bien que l'époque qu'il alfigne au''''"''^'
commcnceiTient de l'empire Ali) rien ( l'an du monde 103 2,
deux mille cent vingt ans avant J. C.) s'accorde avec celle VdlPaienvi,
d'Emiiius i)ura (i). 11 compte en conlcquence treize cawxs ^ ' • f' i > "^'■
quatre ans de Bélus à la mort de Sardanapale ( i an du monde ^^^'
3235, 8i8 avant J. C. ) , & quatorze ceiits deux ans
jufqu'a celle d'Alardaddon, où l'Empire lut entièrement déu'uit
(l'an 3333 du monde, 720 avant J. C.
Plus bas, en parlant de Ninus, cet Annalille remarque Lih.cU.
que plufieurs Criticjues fe plaignoient de ce qu'on a\ oit '"' ''■'*■
attribue à vm leul Ninus ce qui appartenoit à plulieurs rois
d'Aliyrie : il répond enfuite alFez bien aux objcclions de
Généi^rard , de Beroald & à^s autres Savans , lur le lilence
que l'Ecriture garde au Jiujet à^ti, Airyriens juiquau rcone
de PbuL ""
Saiian préfère les Anciens qui nous parlent de l'antiquité,
de la puillance & de la longue durée de l'empire Aliyrien,
à Denys dHalicarnafle (k) qui, peut-être pour rele\er id.i-.nj,
l'empire Romain, le plait à rabailîer celui ù^$ Alîyriens; &
comme li la thtle qu'il loutient étoit inconttltabie : Exfuf-
jlantur , dit-il, illa Chaldieorum & Arahiim , qua ex Atikano U, 1.2.0 j-
& Aldiicthone rcferuntur (Jjiuijlia , cum tredecim Rcgihits tiui
ante Bclum Jive Nemrod in Bahylone rc^uttjfe dictiniur cinnis
4]U(ulnn^,ciitis quadrageiûs. Il rejette de même les d\ nalties
Egyptiennes données par Eusèbe, dont quinze précèdent
Abraham; & met au rang des fables ce que Juflin dit de
(î) Le P. Saiian prend, avec
Jufli-Lipfc , ciicc l'poquc , en re-
montant df la défaite d'Antiochus
par lis Homaiii* , l'an 365 de Konjc,
du monde ^866.
( k } W MÎr yif Asavtî'.y a>^ TOAo/a
«f ti«B, j ùc tkV /M/^xiç atay^ktn
XiS'^f > «A/>t< Ttwf oV^aTHffi -nç 'Aaiaf
in) -nç ■n-mfnnf lytnAuSii >tiia(. Aiitiq..
Uoinaii. lib. 1 , pas. 2, a/it, WtcheL.
1586,.
p. IJ^.
^66 MÉMOIRES
Vexorcs roi d'Egypte, Se de Tanaiis roi de Scythie, avant
les Afîyriens.
Nous verrons dans la fuite fr toutes ces aiïertions du
LU', n , P. Salian font fondées. Diodore de Sicile, dont le tcmoi-
c;iiage lui paroît ctre d'un û grand poids, pouvoit lui apprendre
qu'avant Ninus, l'Afie avoit en des Rois.
Au relie , le P. Salian n'efl pas le feu! qui rejette les
Thefdur, dynaflies Chaldcenne & Arabe. Aiitedius les compte your rien,
^—l'ô^'léS, p:ii't:e que l'origine de l'empire Adyrien , fous Bckis , tomtxint
tdit, 1 6}-pr. à l'an du monde i/icj, il faudroit qu'elles eullent précédé
Hift.fair.ir ]g tléluge. Jacques Cappel n'en fait pas même mention : ce
^g,fki6i S- Savant, a lan du monde 1022,2170 avant J. C rapporte
les ciifFérens calculs des Anciens fur le commencement & la
durée de l'empire Aïlyrien : & pour les concilier, il fe con-
tente de dire , dans un ouvrage qu'il annonce comme appuyé
fur des démonllrations mathématiques, que les treize cents
ans de Trogue Pompée , &:c. commencent à la mort de
Bélus , dont plufieurs Ecrivains ont omis le règne, parce qu'on
le regai'doit pluiôt comme un Dieu que comme un Roi ; que
les foixante ans (foixante-cinq ou cinquante-cinq) qu'Eusèbe
(dans Pontac & dans le Grec de Scaliger) donne à Bélus,
& les treize cents loixante deCtéfias, doivent fe prendre de
la fondation de Ninive; qu'il faut lire dans Velléius Paterculus
treize cents foixante-dix ans au lieu de mille foixante-dix ;
que les quatorze cents ans de Diodore de Sicile commencent
à rétablilfement de l'empire de Babyione par Bélus, lequel
a précédé le règne de ce Prince à Ninive; & qu'enfin au lieu
de cinq cents vingt ans , on doit lire dans Hérodote quinze
cents vingt ans qui remontent à la naiffance de Cus tils de
Cham.
Cappel place la naiffance de ce perfonnage environ l'an
du monde 1662, deux mille trois cents trente-huit ans avant
J. C. Nemrod fon fils , que ce Savant prend pour Bélus , aura,
félon lui, commencé à régner à Babyione l'an du monde
178 I , à Ninive l'an i 82 i , & fera mort l'an i 88 i , huit
IJ. p. 170. ans après la naiffance de Tharé. Ces différentes dates fuppofées.
DE LITTÉRATURE. 3^7
Cappel place la fin de l'empire Allyrien. auquel il donre
treize cents loixanle ans de durée, a l'an 8 19 avant J. ^.
aprèi la mort de Sardanapale.
11 s'en faut bien que toutes ces époques loient prouvées
mathématiquement : mais ce qui mérite d'être oblervé c e
ia marche de Cappel ( lemblable à celle de Scaliger). Il
trouve, dans le calcul d'Euscbe, que Sardanapale eit mort
i'an 8 l's avant J. C. Voila le point hxe, comme plus connu,
parce qu'il elt moins ancien, d'où il remonte à i'ongme de
f empire Affyrien; & les variétés, il les cherche à 1 origine
de cet Empire. Nous verrons dans ia luite M. Frcret prendre
la route oppolée ; en quoi, je fuis obligé de le dire, la manière
dont il procède, eil moins critique que celle de Cappel.
Ce dernier Savant remarque judicieulement au lujet de g^'^fj
Ninus que les Anciens, peu in(h-uits de 1 hiltoire de les SaH^n.d-d.
fucceiréurs, lui ont attribué, ainli cjuà Scmiramis , ce que p-j^S-
ies autres Rois d'Alfyrie ont fait dcclatant, & même les
grandes actions de Bélus. , r- r ■ ^, ^ , ,
Cette oblervation elt adoptée par Edwai-d Simfon qui, Chlon.CaM.
fur i'empiie Allyrien , & la conciliation des Anciens a ce V-.V./.'/k/^;
fujet, ne fait exactement que copier Cappel, mais en avançant Fan.ll.p.s^,
ks époques de trois ans , paixe qu'il place la nailllmce de J. C.
trois années plus tard que Cappel, l'an du monde 4003.
Chez Bucholccr, l'empire Allvrien commence lous Nemrod, w« aw.
premier Roi , luivi de B.lus , environ deux mille cent quatre- F->-^-' ' '-
vin^t-lrois ans avant J. C. & hnit, d'après Diodore de
Sicile, au bout de treize cents loixante ans, 1 an 823 avant
J. c' , ^ . r
Nous allons voir maintenant des CriUques qui, lans
pourtant abandonner l'Kcrilure ni les Pères, lavent trouver
dans Ihiiloire profane un poijit tixe duquel dépende leur
Chronologie.
Chrillophorus Helvicus , dans Ton Théâtre hijlorique chrom-
lo^umc, donne, d'aprc.^ Scaliger , la luite des rois d'Alfyne,
^ lans f.ùre mention u'Hérodote. procède de cette manière ChoM-f^^
j.our trouver le commencement de l'empire Allyrien.
J. 6 I s..
3^8 MÉMOIRES
T/!e,1r. T-/'f?. ]| obferve d'abord, touiours d'après Scaliger, qu'il fauf.
i^^, .,„„..-, pour lixcr ce commencement, remonter, comme dans le»
dcnuml. autres points de l'hiftoire profane, n pojfenori , c'efl-à-dire,
de la chute mcme de cet Empire, &c du commencement de
Pag.jS.jy. celui des Modes par Arbace ; Se partant du règne de Cyaxare
qui tombe à la deuxième année de la xxxvii/ Olympiade,
iix cents vingt-huit ans avant J. C. il place celui d'Arbace
à l'an 871 avant la même époque.
Mais l'embarras , félon Helvicus , c'eft que les Écrivains
ne s'accordent ni fur la durée de l'empire des Alfyriens, ni
fur le nombre de leurs Rois. Ce Chronoloc/ille s'arrête à
deux principaux calculs; le premier de Jules Africain , lequel
donne une fuite des Rois d'Affyrie qui, félon Helvicus, doit
remonter au-delà du déluge ; le fécond de Jullin , dont le
réfultat s'accorde mieux avec l'Ecriture, &: avec ce qu'il appelle
Lih.i,c.2, l'ère de Babylone. Car, dit Helvicus, félon l'Abréviateur de
Trogue Pompée , l'empire (Ses Affyriens a duré treize cents
ans, de Ninus à Sardanapale : ajoutant à cette fomme cin-
quante-cinq ans, de Bélus (Nemrod), & la fomme totale
treize cents cinquante - cinq , à huit cents foixante - onze
( commencement du règne d'Arbace ) , on a deux mille deux
cents vingt-fix ans avant J. .C. ce qui tombe prefque à l'époque
de l'ère Babylonienne fixée ( par Scaliger ) à l'an du monde
17 17 ou 17 18, 24.82 de la période Julienne, 22 jo
avant J. C.
Une autre raifon qui engage Helvicus à préférer ce dernier
calcul , c'efl qu'il s'accorde mieux avec Ctéfias qui donne
tJ'eize cents foixante ans de durée à l'empire Afîyrien. L'ère
Ci-d.f,^6i. Je Biibylone, dans Helvicus, eft l'époque des obfervations
dont j'ai parlé ci-defTus. Delà prife de Babylone par Alexandre,
à la chute de l'empire Alfyrien , fous Sardanapale , on compte
cinq cents quarante - trois ans , lefquels ajoutés à treize cents
foixante, donnent dix-neuf cents trois, date des obfervations
Chaldéennes.
Helvicus finit en obfervant que la plupart des Chronolo-
giftes, pour trouver le commencement de l'empire Affyrien,
prennent,
DE LITTÉRATURE. ^6c,
prennent, non celui du règne de Cyaxare, mais la fin du
règne d'Alhage, qu'ils font de trente-cinq ans avec Hérodote:
ils unifient cette lin au commencement du règne de Cyrus, ce
qui, dit-il, peut faire une différence de cinq ans de moins.
Ces raiions ne font pas impreffion fur Marsham. Après
avoir parlé des Rois d'Alîyrie, dont l'Ecriture fait mention,
ce Savant donne d'aJîord la fuite des Rois de cet Empire , Ca». O-ryn.
d'après Diodore de Sicile , Eusèbe & le Syncelle; il ajoute 'jf/°fj~
les témoignages qui peuvent l'appuyer , & termine les réflexions Frmrq.tfp g.
«ju'ii fait fur cette fuite, en dilant qu'elle n'efl: proprement ^"S-S'^^ —
fondée que fur l'autorité de Ctéfias, qui prefque en tout efl pà^c jn.
d'un fentiment différent de celui d'Hérodote : & quoiqu'il
croie la Chronologie du premier de ces Hifloriens très-
incertaine, voici cependant comment il en préfente le réfultat
le plus vraiiembiable.
Selon Juflin, les Mèdes régnèrent trois cents cinquante P^gt s^^'
ans; ce qui tait loixante-huit ans pour les deux derniers rois
Mèdes dont Ctélias ne donne pas les années de règne. La
première année de Cyrus , ou la dernière des Mèdes , tombe
à l'an 4.1 54 de la période Julienne : de quatre mille cent
cinquante-quatre, ôlez trois cents cinquante, refle trois mille
huit cents quatre; de ce refte ôtez treize cents (avec Juflin),
le commencement de Ninus tombera à l'an 2504. de la
période Julienne. N'ihil occurrit , ajoute Marsham, quod ad
Ctejîa calculos propiùs acccdere v'idcatur.
Ce Chronolog'Ite donne de même la durée de i'e«ipire
d'AfTyrie d'après Hérodote, ainfî que celle du règne des P«g'S'- —
Mèdes; Se abandonnant une idée que la leélure de Cappel
lui avoit (ans doute fournie , pour rapprocher Hérodote de Diatrii.
Ctélia> , laquelle éloit de lire quinze cents au lieu de cinq .'.//'
cents, il ajoute les paffages des Anciens qui peuvent favorifer Cid.y.^gf.
la Clii'onologie du premier de ces Hifloriens.
Voici comment il calcule d'après celte Chronologie :
Adyage ell déironé par Cyrus la première année de la
LV.' Olympiade, 188 de Nabonallâr; ôtez de-là cent cin- L'-.nt.
quaiUe ans ( le règne des Mèdes) , vous retombez à Dcjocès, ''" •^*'^'
Tome XL. A aa
370 MÉMOIRES
& à l'an 38 de Nabonaffar, 4,005 de la période Julienne;
retranchez de quatre mille cinq, cinq cents vingt ans des
Adyriens , vous aurez l'an 34.8 5 de la période Julienne pour
le commencement de leur Empire : mais comme Hérodote ne
nous dit pas combien de temps dura l'autonomie des Mèdes,
on ne peut fixer d'une manière ablolument certaine, d'après
fon calcul , le commencement de l'empire Aflyrien.
Plus bas, Marsham oblerve que la défec1:ion de Déjocès
diminua bien l'empire Alîyrien, mais ne le détruilit pas; il
Likcit. finit' par ces mots : Ob incertitudines tantas, Ctefianœ Afy-
p. ;2S. riorum Medorumque regum fuccejjiunes ad fcientiam temporian
panim conducere vidcntur. 11 hiudroit d'abord , ajoute-t-il , fixer
l'époque d'Arbace ( on voit qu'il railonne comme Helvicus ) ,
ce qu'aucun des Anciens ni des Modernes n'a fait. Ce Chro-
Id,f. ;2j. nologifte va plus loin : Neque aiite priinum Cyri ainium , dit-il
ailleurs, occurrit certum Chronologie? fundameiitum.
Julqu'ici nous avons vu les Critiques & les Annaliftes fe
contenter pour l'ordinaire de choifir entre Hérodote &.Ctéfias,
ou même relier indécis entre ces deux Hiftoriens , fans que
aucun les concilie ; peut-être les Chronologiftes de profelfion
nous faiisferont-ils davantage lur cette matière.
A la tête de ceux-ci paroît Jofeph Scaliger , le premier,
fans contredit , qui ait polé les fondemens de la Science des
temps.
£M. On fait que Porphyre , dans fon Ouvrage contre les Chré-
Prap.Erang. tieus, plaçoit Sauchoniaton du temps de Sémiramis , reine
<dh. v'ofr'' des Ailyriens; & cette Princelfe, avant le fiége de l'roye»
'^Yf ■ ^'■^ ^^''^ ^^ temps-là. Selon Marsham, le calcul de Porphyre
p-j-zl. ' eÛ ici le même que celui d'Hérodote; & Dodwel paroît
Adifcourfe. approuver cette explication. This matter , dit -il, is exiel-
cencern. San- jg^fiy accoutitcd for bv t/ic leanied and judicious Sir John
léSi. Marsham, who shews thaï Porphyry lierein Jollowed t/ie more
likcly accoiiiit of Herodotus , thoiigh Cîejias's larder account
Noi.infragm. had the îiuk to bc more receivtd.
"Éifnd.fmo' Mais Scaliger prétend que l'époque afljgnée à Sémiramis,
r-i^—i!/. dans le fragment de Porphyre, elt faulîë; & pour prouver
tdh, i j^a^
DE LITTÉRATURE. 371
que le règne de cette Princeiïè a précédé le fiége de Troye
au moins de mille ans, il détermine le commencement de
celui de Ninus. Dans ies livres des Grecs, dit-il, l'Empire
le plus ancien eft celui des Alîyriens, dont le fiége principal
a été Ninive, bâtie par AiTur, félon rÉcrilure. Ctcfias &
Diodore de iiicile comptent trente Rois, de père en fils, de
Ninus, mari de Sémirainis à Sai'danapale , & treize cents
foixante ans de règne; ce qui donne de Ninus à Cyaxare
feize cents deux ans, 8c l'an 2481 de la période Julienne
pour la première année de Ninus , puifque le commencement
du règne de Cyaxare tombe à l'an 4083 de cette période.
Ce calcul s'accorde avec l'époque de l'ère Chaldéenne. La
prifc de Babylone par Alexandre tombe à l'an 4383 de la
période Julienne; cie ce nombre ôtez dix-neut cents deux
ans, refle deux mille quatre cents quatre-vingt-un. Scaliger
conclut de-la que les Chaiuéens datoient de la première année
de Ninus, & non du rèc^ne de Nemrod , parce qu'ils ne
connoilioicnt pas de Roi plus ancien que Ninus, ni d'Empire
dont le commencement remonuit plus haut que celui des
AlFyriens.
Ce Savant place en conféquence le A'b rou^ Chaldaïque,
(le commencement du Printemps) au 8 Avril de l'an du
monde 1717, lequel répond à l'an 2481 de la période
Julienne, & réfute Eusèbe qui ne compte que douze cents
dix-huit ans du commencement de Ninus à Sardanapale.
Rcde, fur Sémiramis, la difficulté des cinq générations
qu'Hérodote f/J met entre cette Princeffe & Nitocris femme
de Labynite (ou Nabuchodonolor ) , à laquelle ScAlgct LH.di.r- jS.
prétend que l'hiflorien Grec a raifon d'attribuer les ouvrages
f;uts pour la fureté de Babylonc , que Diodore donne à
Sémiramis. Troii générations , dit- il, font cent ans, (elon
(yifU( . . . . 'H Ji Ji ifiiJT\^> ^ir^iwm
A aa ij
372 MEMOIRES
le caicLii d'Hcrodote; ies ciiKj donueroient donc à peine
cent foixanle - fept ans. Comment accorder cela avec le
même Hcrodote qui venoit de donner cinq cents vingt ans
de règne aux Alfyriens dans la haute Alie, aux Mcdes une
autonomie de quehjues jiècla ( cela n'elt pas dans Héro-
dote ) , avant qu'ils fe loumillent à Dejoccs î 11 faut encore
ajouter quatre règnes jufqu'à Aityage qui commandoit aux
Mèdes dans le même temps que Nitocris rcgnoit lur les
Chaldcens. Tout cela réuni fait certainement plus de cinq
générations ou cent loixanle-dix ans. De-là Scaiiger conclud
qu'il faut lire dans Hcrodote -m'iTi'ixovTou , cinquante, au lieu
de làwi^ ce qui donne plus de leize cents ioixanie-fix ans,
en remontant de la fin de Nabuchodonolor à Ninus.
L'erreur, ielon ce Savant, eli; venue des copiftes , Se ne
doit pas étonner. Ils ont fait dire à Diodore de Sicile, que,
félon Hérodote, le règne de Cyaxare avoit commencé la
deuxième année de la xvil.^ Olympiade , tandis qu'ils dé-
voient lire la xxxvii.^
Cette preuve n'efl: pas d'une grande force. UfTérius, &,
i;ï. fiV, /.//, après lui , Defvignoles , ont fort bien remarqué que Dio-
^"^■'■^'■^^-^' dore, dans le paliage que cite Scaiiger, donne le nom de
Cyaxares à Dejocès dont le règne a dû en effet commencer,
félon le calcul d'Hérodote, à la deuxième année de la xvii/-
Oiympiade.
On, voit au refle que Scaiiger fuit en tout Ctéfias &: Dio-
dore de Sicile. Comme il foutient qu'Alfur, fondateur de
Ninivé, eft le même perfonnage que Ninus, mari de Sémi-
2//*. «>./'. j'^p; ramis, & qu'il trouve foixante-un ans entre le déluge &
tÉ^Xp'7{'. ^^"^' ' ^^ prétejid que le calcul de l'Écriture s'accorde avec
les Auteurs profanes , & s'élève contre ceux qui fuppofent
im fi grand nombre d'années entre le déluge &: la fortie
d'Egypte.
On verra plus bas fi la correélion de Scaiiger fur le
T^y^i d'Hérodote eft néceffaire. Le commencement d'im
Empire, tel que celui des Afiyriens , moins de cent ans
après le déluge, doit déjà faire quelque difficulté : il eft
DE LITTÉRATURE. 373
bon d'ailleurs d'oblerver que ce Chronoiogifte ne dit rien
de la conn-adiction qui fe trouve enU"e les cinq cents vingt
ans d'Hérodole & les treize cents loixante de Ctélias, quoi-
qu'il remarque les autres ditFcrences qui partagent ces deux
Hilloriens, & qu'en adoptant ie calcul de Clclias, il l'accule
de vouloir le plus fouvent contredire, 6c par erreur & par
jaloulie, Hérodote, le père de l'hiftoire.
Dans Ion grand ouvrage fur la chronique d'Eusèbe, Scaliger
fuit le mcme calcul. D'abord, dans fes notes lur le Grec, il P-igi^i^.
fait naître Moyle l'an 780 de l'empire Ali^-rien, 17 de
Sofarcs, vingt-deuxième Roi. Dans. les remarques fur les
Ouvrages chronologiques du (avant Evêque, il prétend que Ammadverj,
fon objet (d'Eusèbe) en retranchant quatre Rois du catalogue ''' ''^' ^''
de Jules Africain, a été de faire coi/uiJer le temps de la prife
de Troye avec le règne de Theutanen, vingt -lëptième roi
Afîyrien , qu'on difoit avoir envoyé du lecours à Priam , &
de rapprocher la nailiance d'Abraham, qu'il place à l'an 43
de Ninus, &: par-là l'époque de Moyie.
Scaliger trouve que , dans le calcul de Ctéfias & de Jules
Africain , lenipire Alfyrien a hni l'an c^y avant la première
Olympiade. En conléquence, dans les Canons Ifagogiques , L, 11,^.12^,
après avoir placé le connnencement du règne des anciens
Chaldéens à l'an 1985) de la période Julienne, celui du
règne des Arabes dans la Babylonie à l'an 22 13 , il compte
de la première aimée de cette Période au commencement
du règne des Allyriens, c'e(t-à-dire , à BlIus, ielon Jules
Africain, 2356; — au déluge univerlel, i/^\cf; — à l'ère
Babylonienne &. au commencement de Ninus, félon les re-
gillrcs des Mèdes, 24.80; — au commencement de Ninus,
lélon £u.--èbe, 26^7.
Cela fait voir que Scaliger adopte de préférence le
catalogue & le calcul de Jules Africain : & en etfet il donne
plus b;Ls, d'après cet Ecrivain, la d) iiadie «.les Chaldéens de P^S"S7-
k'pt Princes, pendant ileux cents vingt-quatre ans; celle (\(i$
Arabes de (ix Princes, pendant deux cents leize ans. Ces
deux dyna/ties font fuivics de celle des Allyriens, qui, de
374 MÉMOIRES
Page 13 s. liclus à Sardanapale , comprend quatorze cents quatre-vingt-
quatre ans , lefqueis, avec les quatre cents quarante des deux
dynaities précédentes , font du premier roi Chaldcen à
Sardanapale, dernier roi Allyrien, dix-neuf cents cinquante-
deux ans.
Mais il place le commencement équinoxial de l'ère àfts
Chaldéens à l'an 1 8 de Sémiramis , au lieu que dans (ou
ouvrage de Emendatione tempQrum , ii l'avoit placé à la pre-
mière année de Ninus. Scaliger rend plus bas railon de ce
Pages iS 6, changement. Après avoir répété ce qu'il avoit dit ailleurs lur
iSp.s^t- je commencement de l'empire Alîyrien , il ajoute que c'efl
fclon le calcul de Ctéfias, que la première année de l'ère
Alfyrienne (ou Babylonienne) tombe au commencement
du règne de Ninus; mais que, fuivant Jides Africain , qui
préfente quarante -un Rois, elle aura commencé à l'an 18
de Sémiramis : ce qui lui paroît plus vraifemblai^le , à caule
de la célébrité du règne de cette Princelîb qui a rejâti,
augmenté & embelli Babylone l'an i 3 de fon règne , lelon
le calcul d'Orofe; & cet événement, comme l'on voit, ji'efl:
éloigné que de cinq ans de l'ère de Babylone.
Page s 2 1. Ces rapports lui font dire: Ctefiam ut emt homo vûniJjJmus ,
(ilicjuot Rcges detraxiffe minime duhitamus , utaram Chuldxofuni
i/iitio Ni/ii accommodareî.
Certainement c'eft faire un crime à Ctéfias d'une chofê
à laquelle il y a apparence qu'il ne penfoit guère.
Ce que je trouve de plus important dans Scaliger, c'efl
Page j ry, ce qu'il ajoute lur les dynaities antérieures aux Aflyriens. Non
primas Belus , dit ce Savant, in partions Orientis regnavit, ut
maxima parti Hifioricorum placuit. Nam ante Belum Arabes
in Babyloniâ ; ante illos Chaldai iùidem regnum obiinuerunt.
Et ut Chaldaos Arabes , fie illos Ajjyrii de regni pojjejjione
deturbârunt.
Page } 20, Ce qu'il dit pour concilier les Anciens fur la durée de
l'empire des Aiîyriens , & du nombre de leurs Rois , ne
regarde prefque que Veîléius Paterculus , lequel, félon lui,
bien entendu & combiné avec yEini/ius Sura , donne , comme
DE LITTÉRATURE. 375
Juflin , treize cents ans à l'empire Aflyrien ; mais ce Savant
ne fait aucune mention des cinq cents vingt ans d'Hérodote.
Les auroit - il pris pour la durée du règne des Alîjriens
fîmplement dans la haute Afie î
En deux mots, voici les principes de Scaliger. Sans les Page ^21.
rois Medes , on n'auroit pas l'époque dé Bélus ; ni celle
d'Arbace, premier roi Mède , fans la première année de
Cyaxares, laquelle tombe à la deuxième année de la xxxvii.^ rage ^22.
Olympiade.
J'ai cru devoir m'étendre fur ce que Scaliger dit de la
durée de l'empire Alïyrieii , parce que ce Savant peut être
regardé comme l'Auteur de la Science chronologique. Nous
allons voir le P. Pelau, (on émule, réhiter une partie des
raifons lur lefquelles pofe Ion lyilème : Ne , dit le lavant Dodr.Tempor.
Jéluiie pars ulla Scaligeriana Joârina edcieni contagione 'f^y//^'^"'
jaljitatis infeâa , aniiiiadveiiioneni iioflram efugiat.
D'abord le P. Pelau, dans Ion premier volume, attaque U.wmel.
Je commencement de lère Chaldéenne, que Scaliger place ^^''^■/'^*'
à l'an du monde 17 17, 2481 de la période Julienne. Je
ne prélenterai pas ici les calculs qu'il emploie pour cela.
Indépendamment de la contradiction où Scaliger tombe avec C!-d.p.^^i,
lui-même, (ur le règne Alîyrien dans lequel il place cette ^'^'^'
époque, une railon qui paroït décifive contre lui, c'eft que,
dans les principes , l'origine de l'empire Alîyrien doit remonter
au-delà du déluge, fi 1ère Chaldéenne a commencé l'an i8 Doélr.Trmp,
de Scniiramis; ou du moins à l'an p du déluge, li t-lle y^'-'^-P' ^^S-
commencé au règne de Ninus, puilque ce Chronologille
place ce Prince, luccelfeur de Bélus qui a régné cinquante-
cinq ans, à lan 64 du déluge.
L erreur de Scaliger venoit, comme le remarque fort bien
le P. Petau , de ce qu'après avoir hxé lépotjue de l'ère
Chaldéenne au commencement de Ninus, l'an ^Xv\ monae
1717, il l'avoit enluite placée à l'an 18 de Sémiramis, la
failant toujours répondre à l'an du monde 1717; ce (|ui
devoit rol)ligcr de rcjcler au-deia de ce ternie le règne
de Ninus, & de placer Bélus avaiu le déluge. Hoc Jtvuii
^y6 MÉMOIRES
Chroriolugt cîecretum , ajoute le P. Petau , Belum f]tn ejl
Nemhrodus , Babylonicœ Turvïs adijicator , fexaginta & qua-
tuor atinis ante diluvium regnare ca-prjffe , Ni/mm vero novem.
Nefcio an îurpius aliquid idli mortalium excidere pojjit : hoc
fcio inillum ad haiic diem ïnfigmus cujiifquam erratum & ad
jhiporem vehementius extitijjc. Tel eft le ton dont les b'avans
le rclutoient dans le xvii.*^ liècle , & qui commence à re-
prendre fur la fin du xviil.'^
Le P. Petau répète les mêmes raifonnemens dans Ton
Pagt S»' fécond volume , mais lur-tout le rcfultat qui , dans le
fyftème de Scaliger , recule l'origine de l'empire Air^rien
Pageji. au-delà du déluge. Scaliger place la création à l'an 764, de
la période Julienne ; le déluge à l'an 1657 du monde: les
Aflyriens ont régné quatorze cents quatre-vingt-quatre ans ;
ôtez de ce nombre quatorze cents vingt, du déluge à Sar-
danapale, dont la mort tombe à l'an 3077 du monde;
refte ioixante-quatre ans avant le déluge , pour le commen-
cement du règne des Alîyriens.
Le P. Petau prend enluite la défenfe d'Eusèbe, qui a cru
devoir plutôt fuivre Ctéfias 6c JulUn, que Jules Africain, &
dont le calcul moins long s'accorde mieux avec l'Ecriture.
La méthode que fuit le P. Petau pour fixer le commen-
cement de l'empire Aifyrien , paroît allez fimple ; mais , dans
le fond , & quoiqu'elle mène à un rélultat vraifemblable ,
elle n'efl pas plus certaine que celle qu'emploie Scaliger. Il
fait, comme ce Savant, des iuppoiitions qu'on peut avec le
même droit lui contefter. Après avoir rapporté les fentimens
/'ûg'« / 2, _,V. d'Hérodote , de Ctéfias, de Diodore de Sicile, de Juftin,
d'Eusèbe, fur la durée de l'empire Aflyrien, le P. Petau,
fans les concilier, choifit les treize cents ans de Juflin, à
compter de Bélus, avec trente-fept Rois. Pour en fixer Iç
commencement, il prend la première année du règne de
Cyrus , laquelle , à ce qu'il prétend , du confentement de
tous les Chronologiftes , tombe à la première année de la
LV.* Olympiade, & elt la plus fûre de toutes les époques.
Cette première année, félon le même Savant, répond h l'an
415s
DE LITTÉRATURE. 377
4155 de la période Julienne : du Déluge à Cyrus , on
compte dix-/ept cents loixante - neuf ans. C'efl dans cet
intervalle, dit-il, qu'il faut placer tous les Empires qui ont
précédé celui des Perles , & mtme dans un intervalle plus
court, parce qu'ils n'ont commencé qu'après la divifion des
Langues. 11 ôte en conféquence cent ans , du Déluge à
Phaleg ; rcfîe feize cents loixante-neuf. D'après Ctéfias &
Diodore, le lavant Jéfuite donne trois cents dix-fept ans
à l'empire Mède , lelquels ôtés de 4154 de la période
Julienne, il relie trois mille huit cents trente-fcpt pour la
fin de l'empire Allyrien, Le mcme calcul donne quatorze
cents cinquante-deux ans, du déluge à l'empire des Alèdes;
delquels otant les treize cents ans de l'empire A(î)ricn, on
retombe, pour le commencement de cet Empire, à l'an
1805? du monde, 2535? de la période Julienne.
Mais il me iemble que ce n'eil pas là fixer alTez foli-
dement' une des plus importantes époques qu'il y ait dans^
l'Hiltoire ancienne : car on peut contelttr au P. Petau les
treize cents ans de l'empire Alîyrien , fes trois cents dix-
fept de celui des Mèdes ; & alors il eft dans le c<is de
ce qu'il reproche à Scaliger.
C'elt cependant en conléquence de ce calcul , que le
favant Jéluite traite de fables les règnes des Chaldéens Se des
Arabes, qu'Eusèbe nous a donnés d'après Jules Airicain. 11
remarque avec railon que, dans la Chronologie de Scaliger,
ces dynaflies leroient de beaucoup antérieures au déluge.
Cependant il veut bien les louihir , ft on les place dans le
temps mcme oij l'empire AlTyrien exilloit : Ai/t iifilcm , dit-il,
^lùbits ÀJJyrii jlorcbdtit , teniporibtts cxtitijje. En elfet , dans
lès Tables Chronologiques, il place le commencement du r.i^tjiS,
règne des Arabes à l'an du monde i8ocj, collatéralcmcnt
au règne de Bel us.
Rupcrlus qui reproche au P. Petau le jugement qu'il porte U Sj-nepf.
(le ces ilynadics, devoit faire atUiilion à ce que vient Jg f'/-'-'^ •/'•-"*''
dire le lavant Jcluile, d'autant (ju'il ( Kupcrtus ) fait régner ''
les Chaliléens & les Arabes à lîabylonc, dans le nitme
Tome X L. B b b
378 MÉMOIRES
temps que Niniis & fes fiiccelîèurs commandoient à Ninive.
La conqiicte de la Babylonie par Niniis, qui fait mettre à
Page 3 y. mort le Roi de cette contrée, le conduit à cette foiution ; &
comme il prend Nemrod pour la tige des rois Babyloniens,
il conciud que Ninus ne pouvoit lortir de ce perlonnage.
Je reviens au P. Petau. Sur les obfervations Chaldéennes
citées par Callifthène, lefquelles , félon le calcul du P. Petau,
doivent tomber à l'an p 5 du déluge, 175 i du monde:
ce Savant déclare que, fi elles ont cette antiquité, il faut
qu'elles aient précédé l'empire Alîyrien , & même la difper-
iion du genre humain , ce qu'il n'efl: pas éloigné d'accorder.
Pûgf! }4 , Le P. Petau préfente enfuite une Table de la multiplication
js:^'^"'f <'■''■ clii genre humain par un leul des enfans de Noé, qui efl
fi.jdo, ^62, luppole avoir des enrans a dix-lept ans, ainli que les delcen-
(dit. t (Si. fjans , & prouve par cette Table qu'à l'an 153 du déluge
( commencement du règne de Béius) , & iur-tout à l'an 208
(règne de Ninus), l'empire Ailyrien a pu répondre à ce
qu'en dilent les Anciens : mais en même temps il regarde
comme fabuleux le récit de Diodore fur l'armée de Ninus.
On verra , dans la féconde partie de ce Mémoire , que
le calcul du P. Petau , quand on ne l'admettroit pas dans
toute la rigueur, luffit poux l'époque qu'il affigne à l'empire
des Aliyriens.
Ce Savant reconnoît que leur Monarchie , loin de fè
foutenir dans le même état de grandeur , n'a quelquefois eu
que l'ombre d'un Empire. C'elt pour cela, dit-il, qu'il n'eft
pas fait mention de leurs Rois dans l'Hifloire ancienne, &
que l'Ecriture n'en parle pas.
Quand à ce Teutanes , vingt-fixième Roi depuis Ninus ,
que ion prétend avoir envoyé du fecours à Priam , le P,
Petau croit prouver par l'époque qu'il dojuie de la prile de
Troie , qu'il y a dans cette fuppofition un anachronilme de
foixante ans environ ; cette cataflrophe étant de l'an 2530^
de la période Julienne , qui répond à l'an 1 3 de Thineus ,
vingt-huitième roi Alfyrien, félon Euscbe que fuit le favant
Jcluite.
DE LITTÉRATURE. 37^
Conringius , après avoir préféré Hérodote à Ctéfias pour H'm. Ccn-
l'époqiie du commencement de l'empire Mède, Tuit le même à-'^^Liljfan-
plan pour 1 empire Airyrien. Ce Savant reconnoît d'abord V'i^ D^naft.
que la première queltion eclau-cie conduit a la ioJution de Hehij},, Ca^s.
la féconde, & prélente enfuile les difîérens témoignages des C.vi.p.jt^
Auteurs anciens lur la durée de l'empire AlFyrien. 11 lit àzns
Diodore de Sicile treize cents ans au lieu de quatorze cents, L.n.p./i;,
& les (entimens ne lui paroiiîent pas moins partagés, quand 'lih.'cii.p. ^2.
il eil quedion de l'étendue de cet Empire & du nombre
de {qs Rois.
Dans le confliél d'opinions, qui réfultent à^% difTérens ^^'3' s S'
témoignages qu'il rapporte, Conringius croit devoir adopter
ceux qui s'accordent le mieux avec l'Ecriture lainte. On voit O-d.p.^f^.
qu'il procède comme Génébrard." En conléquence ce Critique Lé.duf.i^.
penfeque, du temps d'Abraham , l'empire Alîyrien n'exiltoit
peut-être pas encore , ou qu'au moins il eii vraiiembiable
que cet Empire dépendoit alors de celui d'Eiam. Ce que
Bala;im dit des AlTyriens , en s'adreflant aux Cvnéens , Numer.:^.,
détermine Conringius à regareler l'empire d'Alîyrie .comme ~^'
exiflant alors: mais ce n'ell proprement que lous Phul qu'il LH.dt.p, ^ s-
lui donne cjuelqu'étendue en-deçà 6c au-delà de l'Euphrate.
Ces principes pofés, plus que prouvés, Conringius, pour C.vii.p.ss'
tirer quelque choie de certain de ce qu'on trouve dans les
Anciens relativement à l'empire AlTyrien, commence par
afîurer ( iit'ujue j<im foie cfl chirius , dit - il ) que l'étendue
immenle île cet Empire pendant plus de treize cents ans, r^'gt s^'
efl une fable, puilque c'efl fous Salman;ilar &. Sennacherib"
que les Alfyriens ont été maîti'es de l'Allyrie.
On peut répondre (jue ces nouvelles conquêtes n'excluent
pas des conquêtes antérieures.
Conringius ajoute que , (1 l'époque du fondateur de Ninive
remonte au temps de Nemrod, il ne voit rien dans l'Ecriture
qui dérruife ni qui confirme ce qu'on dit de fes conquêtes
en Alic : tout cela lui paroît pris de Ctéfias. Qiiis autcm ,
dit-il , fahulofû, iinù iiieruJ/u ijfîmo Si riptoii fJciii tutu coriiwoJct!
Le lavant Allemand croit de même, qu'on ne peut ;itHrmer
Bbb V)
380 MÉMOIRES
De Lfg!!,. quelle a été ictendue de l'empire des Alîyrieiis en Afie^
'^S '' fdi'i combien de temps leur Puiflance y a duré: & quoique Platon
Stn.jj/S. (peut-être, à ce qu'il croit, d'après Ctélias ) rapporte cjue le
royaume des Troiens dépendoit des Affyriens de Nijiive,.
Lib,cit.p.^j. il aime mieux, en luivant Hérodote (qu'il prétend être plus.
d'accord avec l'Ecriture) & Denys d'Halicarnaffe , ne faire
mention que des cinq cents vingt ans de règne des Alîyritns
■%'i7' dans la haute Afie. Par ce calcul , l'époque de cet Empire
tomberoit à l'an 3478 de la période Julienne, & pielque
au temps de l'expédition des Argonautes. Dïit altos mite m ^
ajoute-t-il , ante condidijfe aliquod regnum Ajffyrios , exiruélis
urhïhus maximis , certuin ejî\
Pourquoi donc , fi l'empire Affyrien peut remonter à-
Nemrod, s'il a précédé, dans quelqu'état qu'on le luppofe ^
i'époque donnée par Hérodote, pourquoi traiter 11 durement
Ctéfias à qui nous devons ces traits importai>s!
Conringius croit que Céphalion & Velleïus ont pu , par
erreur, en liiant Ctélias, confondre la défecl:ion des M -des
avec la guerre de Troye , & dire qu'il y avoit alors plus de
mille ans que Tempire Airyrien exiltoit.
Mage ^ S. Ce Savant montre, après cela, qu'en fuivant Hérodote
pour la Monarchie des Mèdes, l'empire Aflyrien fuppofé de
treize cents foixante ans d'après Ctélias, commenceroit à l'an
2.638 de la période Julienne, qui eft l'an i i 8 de Phaleg,
ce par conféquent de fa confufion des Langues. Quo tempore ^
. dit-il , Nïinim urbem condiîam , aiit imperhim aliquod Ajjyriorunt
c^pijfc , latè per Afiam jadis excurfionihus non ejl vero abfimile.
Mais il prétend que dans le calcul de Ctélias pour l'empire
des Mèdes, celui des Alf) riens précéderoit de cinquante-
trois ans la naiflance de Phaleg & même la fondation de
Babyione.
La vérité femble arracher un aveu à Conringius en faveur
de Ctéfias. On verra plus bas s'il eft impolTible de fuivre
le témoignage de cet Hifl:orien , fans placer l'origine de
i'empire AfTyrien avant Babylone».
DE LITTÉRATURE. 381
Conringius , après avoir fait mention des Auteurs qui Pa£t s fi,
paroiflent Ibutenir Ctcfias ( Trogue Pompée, Juftin , Caflor),
ne voit qu'une manière d'expliquer railonnablement Jules
Africain. Fortafis vero ille, àh-'A ,Jeciitus ejl aliqu m Autorem ,
^jui ûtmos ïllos Ajfyriacos dejinient iiltimo Nini iirbis excidio ,
^uod il/m ultinuî Cïaxaris aîate conveiiit. Dans cette fuppo-
lition , la lîn de l'empire Allyrien répondra à l'an 4. i i 8 de
la période Julienne, & le commencement à l'an 2641,
121 de la confufion des Langues. Conringius obferve que
ce réfultat approche beaucoup de ce qiid vient de dire : Neque
aliqua , ajoute-t-il , /// multitudinc annorum fuerit ahfurd'itas.
Ce Savant abandonne Scaliger , dont le calcul remonte
au-delà du Dcluge, ck remarque qu'Emilius Sura qui, ielou
lui, fuit Hérodote pour l'empire Mède , approche beaucoup
de Ctéfias pour l'empire Affyrien ; il lit , dans le palFage
d'Émilius Sura, dix - neuf cents cinq ans, (Se les compte,
non de la deftruélion de Ciu'thage dans la troifième guerre
Punique, mais de la fin du royaume de Macédoine, qui
répond à la dernière année de Perlée. Polybe de même F.igt 40,
compte cinquante-trois années au commencement de Philippe
à la lin du ro)aume de Macédoine , celles de Perlée comjirifes.
Or la dernière année de ce Prince tombe à l'an 4545 de la
période Julienne; ôtant de cette fomme dix-neut cents cinq,
on a l'an 2641 : lllum ipfum , dit le (avant AWçmivuX , qucin
modo collegimus putauîes tempora Affyïoci impcrïi ami ultimo
Cynxoris , quo praterprophr vulctur Ai nus c.xcija.
On voit avec étoiniement Conringius appuyer par des
témoignages formels £<: des folutioiis heureules Ctélias, qu'il
ne qualifie que de Conteur de fnblcs. Cette manière de pro-
céder lait voir que ce Critique ne lavoit trop à quoi s'en
tenir (ur celte matière.
Ses doutes s'éienilent fur les années de règne &; jufque c. viir.
fur les noms des Rois qui forment le Catalogue de Ctéfias,''"^'''
peul-cire le premier cjui ait Liii connoitre ces Rois aux
Grecs. Conringius croit que cet Hillorien doutoit lui-même
de ce qu'il rapporloil, paice cj^u'il dil (dans Photius ) quc^
^î^ MÉMOIRES
félon les uns , Sardanapale cloit fifs d'Anakindarax ; félon
d'autres , d'Anabaxare.
D'autres Critiques trouveront dans une pareille obferva-
tion de la pai't de Ctélias , une preuve de Ton exactitude,
bien loin de dire comme Conringius : Uiidè Ctejias illa fit
tmélus , incertiun ; procul diihio autem cndem fide îradidït quâ
cetera , hoc ejï milla , vcl vehementer dubid.
Ce Savant avoue de même qu'il ne fait d'où Jules Afri-
cain a tire les noms qu'il nous a confcrvcs , & qu'Eusèbe a
interpolés à fa manière. Il croit vrailemblable qu'ils (ont
r^i'e^i, différens de ceux de Ctéfias , parce que Jules Africain
compte onze Rois de plus , 8c que le nom du dernier
( Monofconcholcros ) n'a, à ce qu'il prctend, aucun rapport
avec celui de Sardanapale.
Conringius obfèrve qu'on ne voit, dans ce Catalogue,
aucun des Rois Alîyriens dont il ell fait mention dans
l'Ecriture , malgré la célébrité de Salmanazar dont le nom
fe trouvoit dans \es Annales f\(is Tyriens , & de Sennachérib
dont les Prêtres d'Egypte avoient parlé à Hérodote.
La réponfe efl; bien fnnple. Ces Princes font poftérieurs à
la prile de Ninive par les Mèdes.
Enfin après avoir dit : Regum illonim ciim nomina , (uni
anni , inccrtâ admodiim fide videntnr nitl , imb confiâa potiiis
videtitur , (juhm verd accepta tmdïtione. Le favant Allemand
propofe une conjeékire fur Ninus. Ce nom, dit -il, eft
peiit-ctre une corruption de celui de Nemrod ; & de cette
façon , ce monarque Babylonien a été mis au nombre des
rois d'Aflyrie , comme Bélus , dieu Chaldéen , efl le pre-*
mier roi d'Affyrie chez Jules Africain , quoique Ctéfias \\q\\
parle pas ; comme on attribue la conffruélion de Babylone
à Sémiramis reine d'Affyrie, contre le témoignage de Bérofe
& celui de Firmicus qui cite Philon de Bibios & Dorothée-
ie-Sidonien.
C. IX. /'. ^2, Ces réflexions conduifent Conringius aux antiquités Ba-
byloniennes, dont il montre fort bien l'incertitude «Se même
P.^2 — 4y, la fauffeté. En conféquence, fi Epigène, dans Pline, ne parle
DE LITTERATURE. 383
cjue de iept cents vingt ans d'obfervations faites à Babylone,
Si. Callyithène de dix -neuf cents trois ans , tandis que,
félon lui , les Babyloniens , au rapport de Panastius , ont
oblervc pendant quatre cents foi,\ante-dix mille ans , le
thème des enfans à leur nailfance , ces dilicrences confidé-
rables le- décident à regarder tout cela comme autant de
fliulîètcs ; d'autant que Bcrole , à ce cju'il prétend , n'en
parle pas , que les obfervations Chaldéennes connues des
Grecs ne paiîent pas l'ère de Nabunalfar. Mais ce Sa\ai\t
donne en niéme temps deux folutions importantes : la pre- Page ^6.
jnière, qu'Epigène qui vivoit peut-être l'an 720 de l'ère de
Nabonallàr , a pu compter les oblervations Babyloniennes
depuis le commencement de cette ère jufqu'à Ion temps ;
la féconde , qu'il peut le faire que Callililiène ait plutôt
parlé de l'hKloire de Babylone, que des obfervations faites
dans cette ville. En effet , ulant de 43 84 de la période
Julienne, temps auquel Babylone a été prile par Alexandre,
dix-neuf cents trois ans, on retombe à 248 i de la même
période, 62 du Déluge ; & alors terra , nommée enluite
Babylone , maximâ homïnum parte , tlit Conringius, viJctur
haiïtata.
Je paffe ce que ce Savant dit de Bérofe , dont il ne croit C.x.p.^s.
pouvoir défendre l'autorité, l'exaclilude , qu'en prenant Ces
cent cinquante mille ans d'antiquités Ba[)yloniennes pour des
jours; ce qui donne quatre cents (ei/e ans , cent loixante P^t ^p,
jours : & ce nombre répond au temps ccoulé entre NabonalJiu:
&: Alexandre.
C e(l par l'Ecriture que Conringius croit devoir fixer
la certitude de l'hiitoire de l'empire Bal)ylonien ; il penfe C.xt.y.jo,
que les dix générations d'Adam a Noé ont donné lieu à ce •* '*
qui efl dit des dix rois de Babylone qui ont précédé le
Déluge.
Ce Savant ne pou\oit parler des antiijuités Bab\ Ioniennes,
fans faire mention des deux dynallies CiialJ.éenne <!x Aral)e P-s' S'>
données pur Jules Africain. 11 les cite fur la foi de ScaliL;er:
«3/ creJi/iius Sia/ft^eri Eufeb'uuns G'ritcis , dit -il, lâns lavoir
3f?4 MÉMOIRES
d'où Juies Africain les a tirées. Cependant il trouve dans
l'Écriture que c'ell à Babylone que le premier royaume un
peu confiticrablc a commencé. Etiam vero , ajoute ce Savant,
P"g' /'■ Ctc/uv fabulii conflcit , antc Ajfyrios iinperio Babylonios jloruiffe.
BihLot.i.ii, C'efl ce que lui apprend Diodore de Sicile.
^'^''' Mais les Chaldéens ont -ils eu un Empire indépendant
pendant quatre cents quarante ans, & relevant en(u ite des
Afîyriens l C'ell: ce qui elt tout-à-fait incertain , dit Conrin-
gius ; fi cet Empire, ajoute - t - il , a exifté, les Chaldéens
auront été loumis par les Aflyriens vers l'an ^«jéj de la
période Julienne, puilque Nemrod, fondateur de Babylone,
a commencé à la naillknce de Phaleg. Mais Jules Africain
ne peut être expliqué qu'en dilant qu'Aflur, premier roi de
Ninive, aura peut-être loumis les ChaldéeJis qui, après avoir
recouvré leur liberté, & régné quatre cents quarante ans,
feront enfiiite tombés fous le fer des Affyriens.
Çld.p.^^p-, Le P. Petau avoit déjà propofé de placer ainfi ces deux
dynaflies collatéralement aux rois d'Afîyrie : on verra dans
la fuite l'ufage que je f^rai de ces vues.
Ce qui réfulte des réflexions de Conringius , c'eft une
grande incertitude fur l'hiftoire des Afî^'riens : les préjugés
contre Ctéfias l'empêchent d'appuyer fur les vues de conci-
liation qu'il propofè fans paroître s'en apercevoir. L'Ecriture,
même d'après la lecture de fes Adverfaria , paroît aulTi favo-
rable à Ctéfias , qu'à Hérodote. Mais accoutumé à traiter le
premier de Conteur de fables , il ne peut prendre fur lui
de fuivre les conje<5lures qui lui échappent : de manière qu'on
ne voit dans cet Ouvrage, plein d'ailleurs d'obfervations
judicieufes , que deux points d'établis ; i.° que l'empire
proprement dit des Aflyriens a commencé cinq cents vingt
ans avant la révolte des Mèdes ; 2." qu'avant ce temps, il
y avoit déjà une Puiffance A(îyrie;ine , au moins antérieure
à Moyfe.
Nous avons vu le P. Petau adopter le calcul d'Eusèbe : le
P. Riccioli , fon confrère , s'attache à Jules Africain ; & tous
deux font pour la longue durée de l'empire AfTyrien.
Ce
DE L I T T É R AT U R E. 385
Ce dernier fuppofe d'abord, ce qu il prouve plus bas, Chronolreformi
<jue , félon la Vulgate &: le texte Hébreu, combinés avec ''Ji-' ^''A"^ '
l'Hiftoire profane, i.° il efi; -plus -probable que, de la créa-
tion au commencement de l'ère Chrétienne , il s'cit écoulé
quatre mille cent quatre-vingt-quatre ans : 2." qu'il efl:
certain qu'il ne sen elt écoulé ni plus de quatre mille trois
cents trente, ni moins de trois mille lêpt cents cinq. Le
Déluge eli placé en i6<)6 dans les deux premières fiippof;-
tions, tk. en i6^6 dans la troifième.
La première preuve qui paroille au P. Riccioii, établir
avec allez de probabilité l'antiquité des Chaldéens, eft pri(e
des obrcrvations envoyées de Bab\ lone par Callifthène ,
Iciquclles remontent, fclon lui, à l'an 2233 avant J. C.
Ce Chronologifle donne enfuite les rois Chaldéens &
Arabes , & le Catalogue des rois Alfyriens , de quatorze
cents quatre-vingt-quatre ans, d'après Jules Africain. On Pagezi^
iàit qu'Eusèbe retranche quatre rois Alfyriens , &: omet
( dans la traduéfion de S.' Jérôme ) les treize l'ois Chai- r^igc^^j,
déens & Arabes. Le P. Riccioii croit devoir rapporter les
ruifons qu'allèguent les Ecrivains qui préfèrent le calcul de
cet Kvcque ; par exemple , que dittérens Auteurs ont beau-
coup raccourci la durée de l'empire Allyrien, tel qu'Hérodote
qui ne compte que cinq cents vingt ans a Dcli iiûtio , dit
ce Chronolugide. Mais il le décide pour Jules Africain
( qui d'ailleurs s'éloigne peu de Diodore de Sicile ) , comme
plus habile d;ins la connoiliaiice de l'antiquité : D'autant,
dit-il , que i'efpace qui ie trouve entre le Dcluiïe «Se l'ère
Chrétienne, mtnie félon le texte Hébreu, permet d'admettre
ces quatorze cents quatre-vingt-quatre an^. Car en ajoutant
aux quatorze cents quatre-vingt-quaU'e ans des Aflyriens,
cinq cents cinquante-neuf ans de C>yrus à Jéfus-Chrilt , &
le règne des Mèdes de trois cents dix-lept ans (-dans Dio-
dore ) , ou de deux cents cin(]uante-neuf (dans Eusèbc ) ,
on a deux mille trois cents loixanle ans ou deux mille trois
cents deux ; & ces deux Ibmmes peuvent ttie comprilcs
idans rinier\alle moyen ( deu.\ nulle cinq cents vingt-huit)
Tome XL, C c c
38d MÉMOIRES
du Déluge à J. C , & à plus forte raifon dans le grand de
deux mille fept cents quatre-vingt-treize. Mais comme ce
Savant ne compte que trois cents quatre ans, d'Arbace à la
mort d'Alfyage ; ce qui, avec les cinq cents cinquante-neuf de
r. 22S, 32j!.Qyn\s à J. C. donne iiuit cents foixante-Uois ans avant i'cre
Chrétienne pour le commencement des Mèdes & la fin de
l'empire Affyrien lous Sardanapale, la fomme totale devient
moins conlidérable : ces huit cents foixante-trois ajoutes aux
quatorze cents quatre-vingt-quatre des Aliyriens , le com-
mencement de Bclus tombe à fan 2347 avant Jélus-Cluilt
ou 2 j 46 , les extrêmes compris.
Quant aux dynalties Chaldéenne & Arabe, le P. Riccioli
convient qu'elles ne peuvent fe loutenir que dans la Chro-
Tagezi;. nologie des Septante. En efîet, s'il place le commencement
de ces dynaflies après le Déluge , deux mille fept cents quatre-
Tome]I,p.y: vingt-fix ans avant J. C. c'elt dans la Table Chronologique
où il luit le calcul de ces Interprètes ; calcul qu'il regai'de
comme plus probable que celui du texte Hébreu.
Tome J, Au relie, lorfque le P. Riccioli cite Hérodote fur l'empire
F^s- ^'f/' Affyrien , ce n'eft prelque qu'en palfant ; & il lui fait dire ce
qu il ne dit pas, cmq cents vjngt ans a Belt itntio. Lhilto-
rien Grec ne tait aucune mention , pas même dans tout ion
Ouvrage, du Bélus fondateur de f empire Aliyrien.
Breviar. Chort. Strauchius n'a pas plus d'égard pour Hérodote , que le
in: IV, c. IV, p^ Riccioli. Ce Chronologille prétend qu'on ne doit pas
j)-s. edir, ' préférer le témoignage de cet Hiilorien à celui du plus grand
"^'^^' nombre des anciens Ecrivains, lui cjui s'eit trompé plulieurs
fois, par exemple, lorfqu'il avance que, julqu'à I)éjocès, les
Mèdes n'eurent pas de Chef. D'ailleurs Hérodote ne pai'le
des Afîyriens qu'en pallànt ; & comme il ne marque ni le
Roi auquel a commencé leur Empire , ni celui auquel il a
fini , on ne peut tirer de ks paroles aucune lumière : aufli
Pige j^S. Strauchius lui préfère-t-il Ctéfias. Le lavant Allemand défend
Des.'/Euit. ce dernier Hiilorien contre Schotanus qui, avec Ufîérius,
Mundi.f.iié. ^^^^-^^ devoir s'en tenir à Hérodote. Selon Strauchius, les
reproches que i'oia lait à Ctéfias , portent également iur
DE LITTÉRATURE. 387
Hérodote ; &, comme l'obferve Ulric Huber, quarante ou J^J^sp'-^^
cinquante ans que celui-ci a fur Ctéllas , ne font point un """ ^^"""
préjugé en fa\eur d'un Hiftorien, lorlqu'il eft queftion de
faits palîcs quinze cents ans auparavant , & que celui qu'on
iui oppofe, a été à portée de confulter lui-même les anciens
monumens.
Pour ce qui eft du fentiment de Ctéfias , comme Diodore
■Je Sicile ne le préfente pas d'une manière Uniterme, Strau-
chius croit pouvoir fuppofer que la durée de l'empire Affyrien /-^'f,^^
ne pafToit guère U-eize cents ans dans cet Hiftorien ; &: ces '''''^^' ^
treize cents ans comprennent audi le règne de Béius. Ainft
ce Chronologiilc fait commencer f empire Allyrien du temps r.j^i.^^/.
de Phaleg, ? Bélus contemporain de Nemrod, s'il n'eft pas
iui-mcme Nemrod, l'an 2538 de la période Julienne,
cinquante -fept ans après l'époque de l'ère Babylonienne
( c'e(t-à-dire, des obfervations fiites à Babylonc), laquelle,
lllon lui, a dû commencer, ou à la fondation de cette ville,
ou à i'élûblilîement de la monarchie Babylonienne : &: comme
il palTe dans le Catalogue des rois d'Alîyrie, les quatre Princes
omis par Eusèbe, il place la fin de cet Empire à l'an 3 8 3 8 de
la période Julienne.
Après avoir rapporté, fur ces quatre Rois, les fentimens P-iss-y/-
contradidoires de Scaliger & du P. Petau , Slrauchius fe ''^•^■^•
déclare pour Eusèbe, parce que fon calcul s'accorde mieu.v
avcc le texte Hébreu oc avec ce que Diodore de Sicile dit
du monarque Allyrien fous lequel arriva la prife de Troie;
tandis que le Catalogue de Jules Africain ne peut fe loutenir
que dans le calcul des Septante, à moins qu'on ne fxlfe
commencer l'empire Allyrien avant le Déluge.
D'après ces raifoimcmens , Slrauchius traite de fabuleufes les P-s ^î- S'^i'
dynalUes Chaldéenne & Arabe, antérieures à l'empire Allyrien.
H ne paroît pas que l'autorité des Clironologiiles partilans
de Ctéllxs, dent je viens d'cxiofcr le femiment, ait <"'i't ,^,;^^^,^^^
imprediun fur le P. de Tournemine. Cet habile Jéluitc, ilans „„,.... r.j m;./.
fcs Difruuions Chronolosi,;ues\ lui préfère Hérodote. A -"-^'^^r^r/-
l'entendre, le nombre dei porlifans de Ciéhas, étoit de fon ùt. lyi^.
Ceci)
388 MÉMOIRES
temps, fort diminue. Cependant les raifons qu'il allègue, ne
font proprement que celles de Gcncbrard : il parle, d'après
P.^};,4jg.\Q P. Abram, d'Amraphel roi de Chalclce, du temps d'A^
hniham , & qui a dû précéder l'empire Afiyiicn ; du lilcncc de
(?/V./.,^(fj', l'Écriture (ur cet Empire; des conquêtes de David JLifqu'à
3^i-' l'Euphrate, fans que l'on voie paroître ni roi Babyloniei>,
ni roi Afîyrien , pour s'y oppoler ; des noms Grecs que portent
plufieurs Princes dans le Catalogue àes rois Allyriens &
• Mèdes : enfin il prétend que le calcul d'Hérodote eft le ièui
qui s'accorde avec l'Ecriture , & place l'empire des Alfyriens
fin- l'Afie , vers la fin du xili/ ilècle avant l'ère Chrétienne»
parce qu'il croit que la révolte d'Arbace tombe à l'an 770-
avant la même ère.
Jufqu'ici le P. de Tournemine fuit des opinions qui ont
été propofées avant lui. Mais ce qui lui eft particulier, c'eft
de prétendre qu'Aiarhaddon, iils & luccedeur de Seiuiachérib,
'jS,4;o,^ji. elt le mari de Sémiramis, le Ninus de Diodore de Sicile,
& qu'il a commencé à régner l'an 70^ avant J. C. Il eft
fingulier de voir le même Prince porter, dans Tornieiîe, le
Ci-d.f,} 6^, ViOm. de Sardanapale , & chez le P. Tournemine, celui de
Ninus : c'eft réunir les deux extrêmes.
De-là le P. Tournemine attribue à A(arhaddon les con-
quêtes que Diodore donne à Ninus ; & , félon lui , il fuffit
X, o';, /', ^/ / . . de comparer les exploits des dtux Princes, pour voir que
Diodore ne s'efl trompé que dans les temps.
Pour ce qui regarde Sémiramis , {ts preuves font qu'Hé-^
rodote comptant cijiq générations entre cette ■ Princelîè &
Nitocris ,. femme de Nabonaffar ( Nabuchodonofor ) , Sémi-
ramis doit être la iemme d'Afarhaddon. Les années à trente
par génération , & le nombre d^s règnes fe rapportent. Entre
la première année d'Afarhaddon & la dernière de Nabucho-
donofor, on com.pte cent quarante-fept ans ; & le Canon de
Ay. Sieph. Ptolémce, cinq Rois. D'un autre côté, Hérennius Philon
^^■g^'J"''""^'' place Sémiramis deux mille ans après la fondation de Ba-
bylonc. Eufiliate, dans fon Commentaire fur Denys Pcriégètes.:
(.vers 1Q06 ) , parle de dixrhuit cents ans.
DE LITTÉRATURE. ^B^
Enfin pour répondre aux difficultés tirées de Diodore, le
P. Tournemine diflingue trois Sémiramis.
La première ( lits ) femme du vrai Ninus ( Nemrod
Offris ) , à peine connue des Chaidéens , & à laquelle it
attribue ce que Diodore dit du commerce de Sémiramis
avec fon fils.
La féconde , Atoffa , fîile de Belochus roi d'Adj'rie , lïg
vraie fondatrice de l'empire Allyrien , auquel elle a ajouté la
haute Afie. Cette Princelîë de\ oit ctre chère aux Chaidéens ,
qu'elle mit en pcflelfion de Babylone ; auifi l'appelèrent- ils-
Be/et/iras, Princeps mania : & de Bélétaras à la révolte des-
Mèdes, on compte, dit le P. Tournemine, félon Ctéfias,
cinq cents vingt ans. Ce lont les cinq cents vingt ans qu'Hé-
rodote donne à l'empire AIT) rien. A ce Prince, commence
line nouvelle famille dans la luite des rois d'Alîyrie : en efîet
Je fils, le fuccelîeur de Sémiramis Atoffa, ou du moins de
Bélataran, ne tenoit à la famille précédente que par fa mère.
Je lerai dans la fuite ula^e de ces réHexions.
Le P. Tournemine trouve dans Poliœne le nom de la
troilième Sémiramis, Rodogune. C'elf celle dont Diodore
de Sicile, Hérodote, Pline, ont rapporté les conquêtes, les
travaux , &c. Bérofe , ajoute-t-il , le plaignoit de ce que les
Grecs avoient altéré l'hiltoire de Sémiramis.
Cette manière de couper en quelque forte un perfoimage
en trois , pour aiïigner à chacun une portion de ce que les
Hilloriens n'attribuent qu'à un leul , peut tlomier lieu à des
conféquences dangercufes. Cependant il faut convenir que
les Hilloriens, & fur- tout ceux qui font des hiftoires géné-
rales, lont fujets à réunir lur une même perfonne les traitS'
qui ont cpielque rapp>ort.
Quant à l'explication que le P. Tournemine donne des
<'viq générations d'Hérodote, il fulîil de il ire que, dans fon
fvdème, Alarhaddon eA polléricur à l'empire AfTy'rien qui,
kion rHidorien Grec, a duré cin<] cents vingt ans : Sémi-
ramis, une des H«Jnes de cet Empire, félon Hérodote, ne
peut donc être la l'enimc U'Aliu-hadJoii,
3po MÉMOIRES
Lilir. cit. Dans une autre DifTertation , le P. Toiirnemîne, d'après fes
f'i-'^^' mcmes principes, obferve que ies Ecrivains confondent en
une des Nations très-diffc'renles, telles que ies Babyloniens,
ies A(î)riens , les Syriens & les Chaldéens. Les premiers,
continue ce Savant, qui aient été maîtres de Babylone, font
les Ciiufiftes ou Ethiopiens fous Nemrod & fous fix Princes
qui lui fuccédèrent. Vaincus Se chaires par les Arabes Jec-
tanites , les Chufifles fe retirèrent en partie dans l'Inde ;
plufieurs ie fixèrent près de la Colchide ; d'autres, après
quelques fiècles , s'ejTiparèrent du pays des Ludéens , qui e/l
au-defTus de l'Egypte , & de-là fe répandirent dans l'ijitérieur
de l'Afrique. Lei Arabes , après avoir été long-temps maîtres
de Babylone, furent à leur tour foumis par les Afîyriens qui
les traniporicrent ailleurs, & donnèrent entrée aux Chaldéens
dans la Babylonie : ces Chaldéens defcendoient d'Arfaxad,
par Cheled fils de Nachor ; & c'eft le fèns que le P. Tourne-
3;.T}. mine donne à ce paflage d'Iiaïe : Ecce terra Chald^orum ;
Çhrolïut'7^'. ^^^'^ populus iioii fuit : AJfur fundavit eam ; in captivitatenh
traduxerunt robuftos ejus.
Les A ffy riens delcendans de Sem par AïTiir, font ceux que
Nemrod a foumis. Après la defh'utTiion de l'empire Éthio-
pien , ils eurent leurs rois particuliers : ce font ceux dont
Çi-J.p.jSS. le P. Tournemine a parlé précédemment.
Ce Savant fuppole ici l'exiflence des deux dynaflies
Chaldéenne & Arabe , mais ne la prouve pas ; & c'efl le
même Jules Africain, dont il rejette la Chronologie, qui
les lui fournit.
P.>gf çj. De mcnie, le Clerc, dans fon Commentaire fur la Gé-«
a.t.iyio. j^^fç ^ parlant de Nemrod, dit d'abord que le P. Petau le
prend pour Bélus , fondateur de l'empire Babylonien ; mais
Diffeyt. de qu'Ifaac Voflius, d'après Jules Africain, prétend qu'il y a eu
■^taumundi, ^^.^^^^ ^(\m des rois qui ont régné deux cents quinze ans
ùh.ciu dans la Babylonie, à la tête defquels il met Evéchoiis. Ce
f-S^' Critique attaque l'ancienneté & l'étendue du royaume à&%
Affyriens, par les mêmes railons &. les mêmes autorités que
.Çéuébrard, Uirénus, Miu^sham ; il iafifte fur la puiflàncç d©
DE LITTÉRATURE. 3^,
Chodorlahomor roi de Perfe, fupcrieure à celle d'Amraphel
roi de Babylone, du temps d'Abraham ; fur ce que dilcnt CU.p.^jS,
Hérodote, Denys d'Halicarnafle, Appien Alexandrin ; Tur ^-^^'^ ^'
Juftin qui place deux monarques fameux avant Ninus, l'un
en Egypte, l'autre en Scythie : il finit en difant : Quanquam Lih.à:.
initium regni Newrodi Babel fui ^e didtiir , non ejl cur Bahy- ^'^^'
loneni ab eo tempope ad Arbaicm ufque Medum rcriim cjfe
potitam exifliuicmus. Le Clerc prétend qu'il efl: ridicule de %fj?j.
prendre pour Bélus, Nemrod qui a précédé de beaucoup ce
perfonnage ; & plus bas, il place Ninus fils de Bélus, au /'••p^'^.
temps de Débora (avec Uflérius ) : Ex accuraîorum , dit-il, Pnj.firVfr.
Çhronohgorum calciilo.
L'auteur de la Chronologie qui cfl à la tête de fa nou-
velle Bible de Vatable, après avoir répété [qs reproches que Tomel.r-'},
\qs anciens Se les modernes font à Ctéfîas , place { avec ''^'" '^^^'
Uirérius) Ninus fondateur de l'empire Alîyrien , douze cents
foixante-fept ans avant J. C. Eji conféquence , il ne re^ai-de pas
ies dynallies Chaldéenne & Arabe, comme fabuleiifes.
Le même fentiment fiir ces dynaflies efl développé par Pé-
rizonius dans les Oiigina Babyloniennes, Ce Critique loutient ^og' j'^t
d'abord que Ninus n'éloit ni iils de Nemrod (ce qu'il donne '' '^"'
pour un point de fiiit avoué des Savans ) , ni à beaucoup près
aufTi ancien que lui : il défejid enfuite , d'après le P. Goar, P-'S' S'f'
contre Salian , la réalité des deux dynallies Chaldéenne &, Ci-d.f,^C;.
Arabe, antérieures aux Aflyriens ; inlKlant fur ce que Ninus
n'a pas reçu de ion père Bélus, l'empire de Babylone, mais
l'a enlevé aux Arabes. iJes raiiùns font que , félon Diodore
de ijiciie, du temps de Ninus, la Médie avoit un roi, ainii
que l'Arménie, l'Arabie &. la Babylonie, &: que le monarque
Aliyrien lit nicllre à mort le dernier de ces Rois. Périzonius
paroît enluiie incertain fi Évéchoiis efl Nemrod, comme le
dilenl Eusèbe & le Syncelle : mais il donne en même temps
pour l'opinion contraire, une railon cjui , dans ion fyllème,
tll trè.s-lorle ; (avoir, que ce qu'il appelle la vraie époque
tie Ninus, ilemandc depuis Nemrotl jdus de temps que ces L.duf.jij.
Auteurs n'en luppolèm entre Évcchuiis & Ninus.
'3pi MÉMOIRES
Enfin, h plupart des Écrivains c^ui traitent des anclené'
peuples, ont dit leur fenliment fur cette longue dur^e de
i'enipire AHyrien, &. fur les traits qui en caraélcrifent les
De Idohktr. commenceniens. Ainli Gérard Voffuis doute même qu'il y
ni'i^Eldefiafl. ^''^ ^" ""^ Scniiramis. M. Buddéus veut bien qu'elle ait
vet.Teflnm. t. f, exilté uvec Niuus ; mais il met au rang àçs fables les traits
^ITc — l'ij, merveilleux que Diodore en rapporte lur la foi de Ctcfias ;
<;7o — .97 s > & pour fe rapprocher d'Hcrodote qu'il préfère à Ctéfias, ce
^' ^' Savant prétend que l'empire Aflyrien , foible & peu cojifi-
dérable dans les eommei^cemens , n'elt devenu célèbre que
du temps des Juges. C'eft dans ce temps qu'avec UfTérius,
il place Ninus & Sémiramis : il rejette en conféquence la
longue fuite de Rois , -ilonnée pai' le Syncelle , &. traite de
fable la haute antiquité de l'empire Aflyrien, telle que Cté-
fias l'a dépeint.
Le iêntiment de M. BuJdéus eft une fuite du jugement
^"S- n- Si' défavantageux qu'il porte de Ctéfias dans les Prolégomènes.
D'un autre côté , cet Hiltorien a eu un défenfêur habile dans
De genmnâ Ulric HuBer : mais, comme je l'ai déjà dit, je ne m'attache,
j^tai. Aprior. ^^^^ ^^ Mémoire, qu'à ceux qui ont traité la matière en
Chronologiftes.
On a vu jufqu'ici des Savans du premier mérite, partagés
fur la durée & fur le nombre des rois de l'empire Aliyrien,
& fur les temps qui l'ont précédé.
Cela forme deux opinioJis.
La première admet les trente ou quarante rois AiTyriens/
& rejette \qs dyiiadies Chaldéenne &. Arabe , & les cinq cents
vingt ans d'Héi'odote. La féconde, ians tenir compte de
Ctéiias , adopte pour la durée de l'empire Aflyrien les cinq
cents vingt ans d'Hérodote ; & cet Empire fuccède aux:
Arabes qui font précédés àçs Chaldéens. Ainfi la différence
efl entre treize ou quatorze cents ans d'un côté pour une
feule monai-chie, & neuf cents foixante de l'autre, pour trois
monarchies confécutives.
a-J.v.^S;, Nous allons développer un troifièine fentîment , propofè
/ Si:, .4'abgrd par Riccioli , ièloii lequel ces raonarchies fe luivent
dan$
DE LITTÉRATURE. 39.
dans le mcme ordre, mais avec les treize cents (ôixante ans
de Ctéfias pour l'empire AfTyrien.
La manière dont le P. Goar , dans fes notes fur îe Eir.tnJat.ir
Svncelle, défend contre le P. Petau l'exidence des deux A'!Z'r'^f'^"''
dynafties antérieures à Ninus, prcpai-e à ce lentiment. Selon (Jit.iôjz.
lui, fi le favant Jéluite rejette ces deux dynalUcs, c'eft que,
dans la Ciu-onologie de Scaliger, elles auroient précédé le
déluge ( &: le même inconvénient auroit lieu dans celle du
P. Petau, fi les trois dynafties étoient conlécutives). Il ajoute
que les autorités , citées par Jules Africain , méritent d ctre
refpeclées ; que George - le - S) ncelle , d'après l'Écriture, Crr.tf.x,
difUngue, &: mcme pendant un long efpace de temps, le '"•'''
règne des Chaldéens de celui des Allyricns ; lefquels règnes
le P. Petau réunit & confond à l'an du monde iS"^. II
prouve enfuite qu'Affur, fils de Scm , ne peut ên-e ISi.iu.s
defcendant ou fils de Nemrod , petit- fils de Cham ; crue
d'ailleurs il n'elt pas pollible de faire répontQ-e trois géné-
rations, favoir, Chus, Nemrod, Ninus, aux neuf lorties de
Sem, qui fe trouvent d'Arfixad à Abraham, lequel, lèlon
la majeure p;irtie des Chronologilles , cft né lous Ninus ;
mais que tout s'arrange très -bien chez le Svncelle qui fuit
Je calcul des Septante.
En effet, à l'aide de ce calcul, le P. Pezj'on ne fe trouve
cmbarrafîé, ni par les deux dynafties antérieures à Ninus, Àml^iu. ^t
ni par les quatorze cents foixante ans de l'empire Allyrien. ^"V^ '''■"■'■'■^
fous quarante- un Rois, que donne le Syncelle : il admet Cas. chr.m.
tout, c'e(t-à-dire , la durée la plus longue ôc la plus longue 'JfV.t 7}/-.
fuite de Rois ; & il faut con\enir que la Chronolotiie des Tranevimmio
Septante cil: celle qui s'accortle le mieux avec les Chrono- ^Jj-, /rC'r.'
logics orientales , telles qu'elles ont été doimée5 «Se entendues ^- ^^acca m^
juîqu'ici. Mais ce n'elt pas refondre les diilîcultés , que LniV/.'^nV,
d'augmenter de douze cents loixante-ti'eize ans l'efpace qui /"'.?•;'/•
fe trouve entre le déluge & la nailfance de Jéfùs-Clirift. La ///.Tv!'"^'
Critique reflcrre les temps, les opinions &: les grandeurs.
Cependant , conune le P. Pezron entre dans le plus grand
détail fur les deux dynafties antérieures aux Allyricns , je
Tome XL. D d d
3P4 ^'^ É M O I R E S
crois devoir préfenter Je fommaire îles meilleures preuves
tju'il emploie pour les défendre.
Ces preuves font i."que nous devons ces dynaAies à des
Ecrivains reipeclables & favans dans i'Antiquilc ; à Jules
Africain qui leur a donné place dans fon Hiftoire des
Temps ; à Eiisèbe & à George-le-Syncelle qui en ont cru
i'exiflence ; à Alexandre Polyliiflor qui ccrivoit lous Scylia,
'Sj'nee>!e,p.p'S. lequel, dans fon Hilioire des Chaldcens, faite d'après Bcrofe,
pailoit de ces premiers rois Chaldcens , d'Evéchous , mais
de manière à faire croire qu'il avoit confultc d'autres monu-
mens que Jules Africain.
Lil.ar. ^" Êes dieux Babyloniens dont parlent Jérémle Si. Ifaie,
^''/'\ Jvltrodach & Nabo , lefquels , félon le P. Pezron , ne font
xLvl.i'. que Mardoccntes ( premier roi Arabe ) un des premiers rois
Injertm. de Babylone , félon Théodoret; ôc NaJius , le quatrième
des rois Arabes.
Lib.cir. 3." Ce que Diodore de Sicile rapporte des expéditions
T- ' s J- ' Si^- ^Q Ninus , aide des Arabes, contre Babyione , prouve que
Ciii.p.jpi.cetie ville avoit alors des Rois, ainli que les Arabes. Le
Lili. cil. P. Pezron prétend que c'efl Bélus , delcendant de Sem par
''' ■'£,^- V''^' AlTur , qui a fait la conquête de Babyione; & comme il
r- s^'^.cdit, prend Bel ou Daal pour Bélus apothéolé , & que Moyle
'^i>'- défend le culte de Bel ou Bad, introduit chez \e$ Phéni-
ciens, il conclut que ce feul- argument fuffit pour détruire
l'opinion de ceux qui, fur le témoignage d'Hérodote, ne
donnent cjue cinq cents vingt ans à l'empire Afîyrien.
Mais il fauJroit d'abord prouver que Baal , dieu Phéni-^
cien ( ce mot fignifie Maître , Seigneur, & peut fê dire de
tout Dieu ou Prince ) , eft le Bélus des A(fyriens : feconde-
ment , en ne prefîlmt pas trop les calculs, on pourra, dans
ie Xyftème de ceux qui fuivent Hérodote, trouver Bélus
quatorze ou quinze cents ans avant l'ère Chrétienne.
Pêgi ji^. Dans la défeniè de fon Ouvrage , le P. Pezron revient
fur les deux dynasties en queflioji , &; prétend que ce iont,
uinli que les rois de Ninive antérieurs à Bélus, ces 'E'y;;^^;-
Li,.i!,j'.po. tJ.01 ^%<nXw de i'Afie, dont parle Diodore de Sicile, lefquels
DE LITTÉRATURE. 3^5
avoîent précédé Ninus, mais qui étoient refiés inconnus,
parce que leurs actions ne ies avoient pas rendus célèbres :
il obierve que piufieurs des rois Chaldéens, lucceflèurs de
Nabonaflai", prirent les noms des anciens rois Chaldéens &.
Arabes, & non celui de Ninus.
Dodwel avoit déjà remarqué cette relîèmbiance fur les AppmJ.aj
noms de Nad'ios , C/iiniiros , Poros Se Aiardokenipacîos. ya^e's'l ^H',,
Enfin le P. Pezron s'appuie de l'autorité d'Ulférius, lequel t'is^.
a inféré les deux dynaûies Chaldéennc 6c Arabe dans les
Annales, qui , dit-il, font aujourd'hui en ejlire,
UfTérius adopte ces deux dynaities, pour remplir le vuide
qui (ê trouve chez lui entre le délupe & l'an iz6y avant
J. C. première année de Ninus. Le P. Pezron n'a pas affez
<les quatorze cents ibixante ans de l'empire AfTjrien pour
l'intervalle (jiie lui fournirent hs Septante. \'oilà ce qui le
rapproche d'Uilérius.
hc P. Pezron, comme on le voit, étend la durée ces
temps, &. reçoit tout ce qui eft: propre à la remplir. Mais H
faut qu'il y ait, fur toutes les matières, des opinions contra-
dictoires. AL Newton qui la relîèrre fi fort , cette durée , Ch^v;. dtsanc.
rejette d'abord la longue fuite de rois, donnée par Ctéfias. ^'^'""•T^- />•
pai'ce que leurs noms, lelon lui, nont pas une forme Ally- ly^S.
Tienne; il traite Ninus de fds imaginaire de Bélus, «Se trouve
même le calcul d'Hérodote , de cinq cents vingt ans , trop
iong. P.2Sp;2Sjp.
Ce Savant convient que Nemrod fonda un royaume ^
Babylone, 6c l'étendit peut-ctre jufque dans rAlfyrie ; mais
il prétend que ce royaume ne fut que d'une très -petite
ttentîue , fi on le compare avec les empires qui s'élevèrent
dans la luite ( ceci approche du lentiment de Buddéus ) ; CiJ.y.p^i.
que de Nemrod à Plud , on n'entend plus parler de l'empire
Al fy rien.
M. Newton obferve que les conquérans Sélàc & Memnon Lit- f*.
régnèrent fur ht CliMcc , l'Afyric & la Pcrfc . fans qu'il ''' -•«""
loit mar(jué qu'ils aient eu aucun obflacle à lurmoiutr
de la p.ut de l'empire Alfyrien alors ex i (tant : il ajoute
D d d ij
3p6 MÉMOIRES
Odyf IV. (yj Homère parle de Bacchiis & lie A'icmiioii , rois {l'Egypte
'nhd.'jJÂ'i èr Ae Perje , mais qu'il ig/ioroit s'il y avait un empire
Biùi.'i, ,4; JAjjyrie.
'lô',°iv'.2:i'. On verra dans la cleiixicme partie de ce Mémoire, que
''J'J^'w/'î'tfyj*. ces difFcrens traits , qui d'ailleurs ne lonl rien moins que
Strab. Ceogr. prouvcs , peuvent aifc'ment le concilier avec l'cLat dans lequel
y. f S 7, 7-2 "J < , . I I A /r •
■ -r^ ;. etoient aiors les Allynens.
Ui.cit.pag. Dans le fyftème de M. Newton, PhuI l'AfTyrien, dont le
Vi^~7j°~À règne répond à l'an 7(^0 avant J. C. efl Bélus, premier roi
d'Affyi'i^' Sémiramis, qui, lelon Hérodote, étoit de cinq
<i-cnérations moins ancienne queNitocris, mère de Labynète,
fe trouve placée Tept cents loixante ans avant Jélus - Chrill: ,
cent trente-quatre avant Nabuchodonofor : ce Savant prétend
qu'elle fut fennne de Nabonadar, le plus jeune des fils de
Phul , & roi de Babyione ; que Phul jeta les fondemens àts
murs & des palais de Babyione ; que Nabonallar les acheva,
éleva le temple de Jupiter Bélus en l'honneur de ion père,
& qu'on donna à une des portes de Babyione le nom de
Sémiramis , femme de ce dernier Prince.
Les raifons fur lelquelles ce célèbre Anglois appuie ion
fyfième Chronologique, font très -bien réfutées dans \çs
Ouvrages de M. Fréret, & dans XHijîoire du monde , facrée
& profane , de Schuckford. Je parlerai plus bas de ce der-
nier Ouvrage.
Mais je dois rendre juflice au fameux Agronome Anglois,
fur les vues de comparaifon qu'il nous donne entre l'Hiftoire
ancienne préfentée par les Grecs, & ce qu'on trouve fur
celte matière chez les Orientaux.
LH.cit.p.^ié. « Pendant que les Aifyriens , dit Newton, régnèrent à
» Ninive, la Perfè fut divifée en plufieurs royaumes : entr
» autres , il y avoit le royaume d'Élam qui florifioit du temps
^> d'Ézéchias , de Manafsès, de Jofias & de Joachim, rois de
» Juda : fa chute arriva du temps de Sédécias Ce
» royaume paroît avoir été puilîant, & avoir eu des guerres,
» dont les fuccès furent fort différens, avec le roi de Touran
« ou de la Scylhie , au-delà du ileuve Oxus , & paroît avoir
e
DE LITTÉRATURE. ^c,/
été enfin fubjugué pai" les Mèdes & les Babyloniens^ ou par «
l'iin des deux. »
Plus bas : " Je laiffe à examiner fi les Pefchdadiens , que
les Perfes rtgardejit comme leurs plus anciens rois , turent «
rois d'Éiani ou d'AlTyrie , ce û Eiam lut conquis par les «
Aïïyriens en même temps que la Babylonie & la Soufiane, «
fous le règne d'Afarhaddon ; &: s'il le révolta peu de temps «
après. »
En parlant de la Chronologie des Perfes, M. Newton /'.^'.-V'-j •J"^-
obferve que l'on ne trouve dans Josèphe, que les rois de
Perle fuivans , Cyrus , Cambyfes , Dai^ius , Xerxès , Arta-
xcrxès & Darius ; que cet HiUorien prend Dai'ius-ie-bâtard
pour celui qui a ctc vaincu piu" Alexandre ; que de même
les Juifs, dans leur grande Chronique ^J<?^At 0/twt Rahba), Pog.Sy.cfi/t.
ne reconnoiiîcnt pour rois de Perle, que ceux dont parle ','Tj;p.
l'Écriture; qu'ils donnent trente-quatre ans à l'empire Perle, Fc:ot ^,,
de Darius ( fils d'Hyltalpe ) à Alexandre , attribuant à un
même Prince, ce que les Grecs difeiit de plufieurs. Le rap-
port de Josèphe & de l'Auteur du Sedcr Olom , avec le
calcul des Orientaux , dans la dynallie des Kcaniens , ell
remai'quable.
Newton s'efforce enfuite d'établir une forte de comparalfon Vh.ch.j-aft
entre l'hilloire des rois Perles, telle qu'elle fe trouve dans "fs — i-""'.
les Orientaux , & ce que les Grecs nous apprennent de ces
Rois. Mais en prenant Lohrafp pour Cyaxare , il efl obligé
de reconnoître , dans Gufiap fon iiis , Darius -le- Alède,
fils de Cyaxare, qui régnoit cinq cents foixante - neuf ans Chronol.p.^2,
avant Jéfus-Chrill : d'autres rapports lui montrent dans ce
Prince, Darius ids d'Hyflafpe ; & même à caule de ce que
d'HerbtIot, lur la loi de Mirkond, rapporte de Bakhtnaler
& de Kyrelch, il fait de Bahman, fils d'Elpendiar, Darius-
Ic-Mcde, & donne à Lobralp une célébrité (ju'il n'a point
dans Ic:. meilleurs Écrivains Perlans. Auifi ajoute- 1- il que
l'ordre île la ilynallie des Kéaniens ell fort impartait , &
que la Chronologie en ell encore plus défèélueule.
Mais il conclut que la dynallie des KéiUiiens répondant à
Page j 6.
Lii. dt,
I>- S'S'
35,8 MÉMOIRES
i'empire des Mèdes & à^s Perfes , celle (kQ% PefclKlaJîens
doit cire la mon;u-chie Alfyrienne : &: cette dynaflie, dans
laquelle on a cru voir jufqu'ici des règnes de mille, de fept
cents, de cinq cents ans, il la fait commencer deux cents
ans après la mort de Salomon , félon lui, fept cents quatre-
vingt-dix ans avant J. C. & finir la deuxième année de
Joachim , l'an 140 de NabonafTar, fix cents ièpt ans avant
Jèfus-Clirifl:. Les Syriens de Damas, dit Newton, donnoient
de même une grande ancienneté à leurs Rois Adad &
JoJq'h.Aniiq. Afdëï , qui ne jégnèrent pourtant que cent ans après la
"''V'i" '• niort de Salomon, huit cents cinquante-deux ans avant J. C.
CAroiw/,j'.;f. De-là ce Savant conclut que les Grecs & les Latins ont
pu de même faire leurs premiers Rois un peu plus anciens
qu'il ne falloit.
Dans le fyitème de M. Newton , =ies dynaflies Chaldéenne
■8c Arabe ne pouvoient guère avoir lieu ; elles n'auroient
•fait qu'aionger l'intervalle des temps.
Ce Savant, comme on le voit, ne donne pas deux cents
ans à l'empire Alfyrien , & s'il avoit réfléchi fur la fuite &
les noms des premiers rois Pefchdadiens , il auroit pu y^
trouver de quoi appuyer fbn lyflème. Chez Hérodote, lés
rois de Perfe delcendent d'Achemènes f m J ; Hyftafpe &
Xerxès font appelés Achéménides. Dans les Ecrits des Orien-
taux , Djem ( ou Chem ) eft la tige de la première dynaftie
Perfe : après lui règne Xohâk ou Dahak ( Déjocès dans
Hérodote ) , fuivi de Féridoun ( Phi'aortes chez i'hiflorien
Grec ).
Dans les règnes de Djemfchid , de fêpt cents vingt ans ;
de Zohâk, de mille ans; de Féridoun, de cinq cents ans,
prenant les années pour des mois ( n ) , on a fôixante ans
pour le premier règne ; quatre-vingt-trois ans quatre mois
(m) Selon MWtn ( de Animal.
1. XII, c, 2.1 ) , ce Prince avoit élé
nourri par un Aigle ; & du temps
de Djcnifchid, a paru le Simorgh,
erpèce d'Aigle.
(n) Ou pour des périodes de
deux mois , comme ciiez les anciens
Égyptiens. In ALgypto quidein , .dit
Cenforin (de Die Natali , c. ig,
p, 1^1, eiit. Lendeiérog, i^^zjf
'j99
DE LITTERATURE.
pour le fécond ; quarante-un ans huit mois pour le troifjème:
ce deriiier règne, comme celui de Phraortes dans Hcrodote,
efl: à peu-près la moitié du précédent. Ces trois règnes ,
fuivant ce talcid, donneroient cent quatre-vingt-fix ans, &
dans Newton , la monarchie Allyrieane eft de cent quatre-
vingt-trois ans.
Au refle, je ne parierois pas ici de ces réduclions éton-
nantes , qui répandent fur l'Hiltoire une incertitude trop
favorable au Pyrrhoni/îne , fi je ne voyois M. Gibert dire
férieulement que , p;u- le Djemfchid qui réforma l'année Mîm. de l'Ac.
Perfe, Sec. il faut entendre Xerxcs ; par Zohàk , qu'il r^'tmffxxT;
garde comme un perfonnage allégorique, Cyrus-le-jeune èi.F-^^'
même les dix mille Grecs qui accompagnèrent ce Prince
contre fon frère ; Se par Féridoun , Artaxerxès Mnémon ,
frère & vainqueur de Cyrus-le-jeunt. Les railons de conve-
nance Si. les preuves chronologiques fur kfquelles ce Savant
appuie ces rapports fmguliers, lèront difcutées dans le Mé-
moire où je traiterai de l'année Perfè.
Je reviens à Newton. L'Ouvrage dans lequel fc-»n fentiment
fur la durée de l'empire Alîyrien me paroît le mieux réfuté,
ell la Préface du Tome 11 de ï'HiJloire du Aîoiule , facree
& profane , de Shuckord. Ce Savant , dans la Préface de Tomt 1, h^,
fbn premier Volume, déclare qu'il %çw rapporte fur l'empire '• ^''•'7j'^:
Alîyrien à Ctédas, &. foutient ion fentiment contre Mar>ham
p;u' les railons ordinaires à ceux qui abandonnent Hérodote;
lequel, dit-il, fcmble avouer lui-même qu'il n'écrit que fur
ie rapport d'autrui. Il cite, à ce fujet , la Dilfertation de
M. hréret dont je rendrai com|-)îe plus bas, &^ inlille par-
ticulièrement 1." fur ce que l'Écriture fait voir qu'il y a
entre le premier roi des Alîyriens &; Nabonafîàr , l'intervalle
fuppolé par Clélias : 2." lur la date i\es oblervations rappor-
tées par Callilthènc.
antiquiffimum firi/nt aiiniim timefîrfin
fiiijfè. Dans ce calcul , le règne de
X)jcnirchi(l fcroU Uc cent vingt ans;
celui de ZoliAk , de cent foixanti-fix
ans huit mois; t'k celui de Féridoun,
de quatre-vingt-trois ans quatre mois.
400 MÉMOIRES
Tomf r, Dans le corps de fon Ouvrage , M. Shuckford place à
f.iSo.iSi. j'^,^ ^]^^^ monde 15J05 Bclu.s, félon lui, fucceflèur de Nem-
Pi:„. Hijl. Ncit. rod , deuxième roi de Babylone , &. pcre de i'Altronomie
LVl.c.xxvi. Chaldccnne ; Ninus, fuccefîeur d'Aflur, premier roi de Ni-
LiLcii.j'. Jiive, à l'an du monde 15? 57* Plus bas, après avoir fait
•iS6 — ipo, commencer le règne de Nemrod à l'an du monde 1757, &
placé les obfervations envoyées à Ariflote par Callifthène, à
l'an 1771, il prétend que tous les Anciens conviennent que
l'empire des Aiïyriens n'a duré que treize cents ans, de
Ninus à Sardanapale, & que les deux palTages de Diodore,
qui portent treize cents ioixante & quatorze cents ans, font
corrompus. Le Vexoiès & le Tanaiis de Juftin lont, chez
T.iooyioi, lui, Mifraïm & Nemrod.
Mais ie morceau dans lequel Shuckford réfute le Syftème
chronologique de Newton, mérite une attention particulière.
Voici quelques-unes de fes réiiexions.
TomeU.Préf. Ce Criiique obferve i." au fujet des noms des rois Afly-
riens, que les Archives de Perfe ne donnoient peut-être pas
les noms Adyriens de ces Rois , & que Ctéfias peut lui-
même les avoir rendus par des équivalens, comme les
He'ioJ. !h'. T , Grecs ont appelé Cy/w , une femme dont le nom Mède
p.fi.S^. ^.jqJj. ^p^/,q ; 2.° que M. Newton ne peut citer en fa fa-
veur, liir l'époque de Sémiramis, Hérodote, dont il diffère
de près de quatre cents cinquante ans pour le commen-;
cément de l'empire Alîyrien.
Selon l'hiftorien Grec , cet Empire , à ce que prétend
Shuckford , a commencé environ l'an du monde 277 1 :
& û Hérodote ne fait régner Sémiramis que cinq généra-
tions (cent trente - quatre ans ) avant Nabuchodonolor , il
eft en faute, parce qu'il faudi'oit alors que cette Princeiïe
eût paru dans les derniers temps de la monarchie, tandis
que tous les Anciens s'accordent à la placer vers le com-
mencement, & M. Newton lui-même, ious l'an du monde
Ci-J.p. jjf(^. 3212 (7po avant Jéfus Chriil: ) , auquel répond le règne
de Téglat Phalafai- qu'il fdt fuccelfeur de Phul, dans fou
Syftème, ie premier roi d'Affyrie.
Sur
DE LITTÉRATURE. 401
Sur les cinq générations qu'Hérodote (uppofe entre Sémi-
ramis & Nitocns, M. Shuckford obierve que le mot yvii^L
fê prend en deux fens , pour génération & pour Katas ,
Yavum des Latins {im âge, un ficcie ) , «que les Auteurs
avant «Se après Hérodote, ont mis pour les anciens temps» Lê.irbc.
à cent ans. C'ed: ainfi qu'ils difent que NeÛor , dont on « ""*
rapportoit qu'il avoit vécu trois générations f 0 J on âges , «
avoit atteint près de trois cents ans. Ciceron dit , Tert'uim « ^j'Jji'J'
atatem Iwminum vivehat ( vixcmt ) ; Horace, qu'il avoit ter ^^ Lib.'il,
avo funâiis ; ck Ovide, contbrmément à cette opinion, l"i « %^,^,^^
fait dire : « &•• xii._
Vixi «
A/inos bis centum , mine tertia vïvitur atas. "
Ce fécond lêns feroit cinq cents ans dans ie calcul d Hé-
rodote, " ([ui alors, dit Shucktord, eft d'accord avec tous
les Auteurs , en plaçant Sémiramis vers le commencement «
tle l'empire Aiîyrien. »
Vient enfuite une déclamation contre Hérodote, prile du
Doreur Prideaux. Hérodote, dit-il, i qui, dans lès voyages.
il ne fiiut pas douter qu'on n'en ait donné plus d'une fois à
garder. Cette forlie ne m'empcche pas de reconnoître l'impor-
tance de l'obfervatiori de i)hucklord litr les cinq générations
d'Hérodote.
Ce Savant prouve de mcme afTez bien , au fujet de ce
que M. Newton dit de Séliic &. de Memnon , que les
Ef'VPticns ne firent pas de grandes conquêtes avant Sélîic Prrh^«n.Jig\'fU
dont le règne repond à celui de Roboam , 1 an du monde^ |^^,
"xoxx, environ deux cents ans avant Sardanapale.
Mais c'eft peut-être trop m'arrcler à un lyflème de fan-
taifie , dont le principal mérite clt d'ctre le fruit <\fti loifirs
du grand Newton.
Je reviens aux ChronologiHes de profelTion ; (5c , avant
to) r«na). HomcT, Iliad. J,
Tome XL* E e e
4o2 MÉMOIRES
que Je parler Ju favant A(Jver/-jire de Newton (M. Fràet),
Je croi.s devoir m'arrtter un moment aux recherches de
Ife'm.^el'A,. M. l'Abbé Sevin fur l'hidoire d'Al'Jyrie. Cet habile Aca-
tirs Bell, Le'ir, \ / • • 1 D'I • / ^ ^ tT • . •
,j]j,p,,.y. dcinicien place tîelus , premier conquérant Aliyrieii , trois
cents vingt- deux ans avant la pri(e de Troye. Les paroles
Page )jQ. (Je l'hift^rien Thallus (rapportées par Théophile d'Aniioche)
fur lefqueiles il fe fonde, lui pai'oilîent s'accorder d'un côté
avec les cinq cents vingt ajis d'Hérodote, fuppofé que ce
dernier Écrivain ait compté du règne de Ninus, & que la
révolte des Mèdes loit arrivée l'an 2 5 j après la prife de
Troye ; & de l'autre , avec ce qu'Appien Alexandrin &
Denys d'Halicarnafî'e difent de l'empire AlTyrien.
fnSommum Al. l'Abbé Sevin s'appuie encore du témoignage de
p'^i"!', '('dit. Macrobe , qui rapporte que les plus ancieimes hiitoires
■'/j'7' Grecques ne remontoient pas plus haut que Ninus, eipace
qui , félon lui , ne renfermoit guère plus de deux mille
'L.cit.p.^jt, ans : or, ajoute M. l'Abbé Sevin, à compter de Bélus, au
règne de Théodole, fous lequel vivoit Macrobe, on trouve
qu'il s'efl; écoulé environ deux mille ans.
'Page }ji. Ce Savant admet le règne àes Arabes, de deux cents ans,
avant Bélus qui déht & détrôna Nabonnade, le dernier de
P'^g'jSS- ces Rois ; & l'on ient bien qu'il abandonne Ctéfias fur
i'époque de Ninus , qui , félon lui , n'a dû régner que deux
P^'g'sss- cents foixante-huit ans avant la guerre de Troye, fix cents
foixante-treize ans avant la première Olympiade, peu d'années
Pagtzfy, avant la mort de Moyfe (1449 avant l'ère Chrétienne).
L'époque de M. l'Abbé Sevin diffère de cent quatre-
vingt-deux ans de celle d'Uflerius , paixe qu'il fixe le
commencement de l'empire Alîyrien a priori , d'après
Thalius : & il ne fait mention que du règne des Arabes,
peut- cire, parce que l'intervalle dans lequel l'annaiifte
Anglois place la dynaftie Chaldéenne, /è trouve, par cette
différence de cent quatre-vingt-deux ans, répondre, chez
M. l'Abbé Sevin, au règne des Arabes. Mais ils s'accordent
tous deux à rejeter le calcul de Ctéfias ; & leur fentiment a
été & efl encore fuivi par des Écnvaius célèbres.
DE LITTÉRATURE. 405
Nous allons voir les premiers Chronologiftes Je ce fiècle
préférer de nouveau Ctéfias à Hérodote , mais toujours
exclulivement. Que l'on prétende après cela trouver des lu-
mières abfolument dires , dans dçs matières que la Critique
aura à peine effleurées , tandis que deux cents ans de
travaux n'ont pas encore pu débrouiller l'origine , ni déter-
miner la durée du plus ancien, du plus considérable Empire
de l'Univers.
M. Fréret, dans Tes nouvelles Ob/êrvations fur le Syflème D/ffnftdeia
Chronologique de Newton , montre l'accord i\ç% traditions _, .T^T^V.
Chaldéennes avec le calcul de l'Ecriture. Selon ce Savant,
le Sare Babylonien étant pris , d'après Suidas , pour une
période de deux cents vingt-trois mois fjnodiques moyens,
de vingt -neuf jours douze heures & quelques minutes
( dix-huit ans &; demi ) , les cent vingt fares que Béroiè
compte d'Alorus, le premier homme & le premier roi de la
Chaldée, àChifuthrus, fous lequel arriva le déluge univerfel;
\t% neuf fi! res &. demi de Chiiutrus au règne dEvéchoiis,
premier roi Babylonien ; plus dix-huit cents /bixante-cinq
années folaires , de ce terme à la deftiiiclion de l'empire
An'yrien en 608 avant l'ère Chrétienne ; & ces fix cents
huit ans : ces quatre fommes réunies donnent quatre mille
huit cents iieuf ans avant l'ère Chrétienne pour Je commen-
cement du règne d'Alorus , & pour le temps des premiers
hommes; « ce qui, dit M. Fréret, cadre parfaitement avec
la Chronologie de l'Ecriture , & montre que les traditions «
Chaldéennes ne s'éloient pas altérées, jiuifqu'elles dilféroicnt «
fi peu de celles qui avoient été portées par Abraham , «
originaire de ChaKIée , dans le pays de Canaan , & que «
Moyle avoit conlervées dans Ivs Ouvrages. >»
Mais c'td dans lu DilTértation lur l'empire Alfyrien , qu'il
faut enieuiire ce la\ani Académicien. Je vais en préfenter
les |)oints principaux, le plus clairement qu'il me lëra poC-
fible : j'en lerai autant de la Réponfe de M. Fourmont : je
dirai quticiue choie de M. Fridcaux ; Si après avoir extrait
ce 4ui, dajis l'Ouvrage du favant Dcfvignoles, a rapport à
E ee ij
404 MÉMOIRES
cette matière , je iiniraJ par les deux Mémoires de M. le
Pix-fick'nt de Brolfes , lur l'empire Ailyrien.
Mtm.Ael'Ac. M. Frcret commence fou Fjjin fur l'Hifloire & la Cliro-
"y'\^\'^'iiologie (les Ajjyriens de Niime , par ces mois : «c L'antiquité
» de l'empire Aiiyrjen eft un des points de l'Hifloire, fur
» lequel on a ctc le moin;> partagé parmi les Écrivains Grecs
M ck Romains. Tous s'accordent à regarder a^s peuples comme
» les f'oiulateurs de la plus ancienne monarchie, & Ninus, leur
premier roi, comme le premier conquérant de l'Univers.»
Fagc ^S4- L'aflertion de M. Fréret regarde, ou le premier royaume
de Ninive , fondé par Nemrod ou par AlTur , ou bien ce
qu'il appelle l'empire des Aflyriens. Elle n'eft pas exade
Pag.^j2. quant à ce premier royaume, puilque celui de Babylone l'a
SSf' M^- précédé. S'il elt queÛion de l^mpire AlFyrien fondé par
Bélus, il réfulte àes Auteurs dont j'ai jufqu'ici rendu compte,
que la haute antiquité de cette monarchie n'efi: pas fi univer-
fellement reconnue, que le prétend le lavant Académicien.
fugejji, M. Fréi-et nous apprend enluite pourquoi il croit devoir
employer, dans la difculfion de cette matière, une méthode
différente de celle qu'ont fuivie Marsham, Ulférius, Conrin-
gius , &c. enfin les plus iavans Critiques du fiècle paffé;
puis il divife Ion Effai en trois parties.
pagtj^^, La première préfente i'hiftoire des Aflyriens de Ninive,
tirée de l'Écriture ; la ieconde , i'hiftoire d'Affyrie puifée
dans les Écrivains profanes : il promet, dan'i la troifième,
l'examen & la folution des difficultés de la Chronologie
Affyrienne , & termine cette partie par un Abrégé Chrono-
logique de ïhifloire d'AjJjrie , relatif aux dates fixées dans
fon Effai.
Cette diflribution efl. très -claire : nous allons voir fi ce
Savant remplit en tout ce qu'il annonce. On fait que le
LecT;eur attend principalement la folution des difficultés de
la Chronologie Affyrienne.
Je ne trouve rien dans la première partie de i'Effai de
^Ë' )5S' M. Fréret , qui puiffe arrêter le Ledeur. Ce Savant y
prouve très - bien que , du temps de Jacob ( ielon lui j
DE LITTÉRATURE. 405
dix -neuf cents trente -trois ans avant Jéfus-ChriA ) , la
Méfôpotamie ne devoit pas être afîujeltie aux Alîyriens ;
<^ue même deux cents quinze ans après la vocation d'A-
braliam , temps du paliage de Jacob en Egypte [ic)i6
avant J. C. ) , les Alîyriens de Ninive n'avoient pas encore
porté leurs armes dans le pays de Canaan ; que le premier
endroit où on les voye annoncés comme Nation guerrière,
c'efl dam la Prophétie deBalaam, contre les Kénéens, peuple
de l'Arabie Pclrée, laquelle tombe à l'an 685 après la voca-
tion d'Abraham ( quatorze cents quarante ans avant Jélus-
Chrili). M. Fréret efl porté à regarder Chulïm Rélalhaïm, r-tstSi^--
roi de Mélopotamie , qui alfujettit les Hébreux pend;uit
huit ans , comme un des Généraux du roi de Ninive :
il donne pkilieurs raifons du iilence que l'Ecriture garde
fur les Alîyriens , depuis cette époque , jufqu'à Ozias roi
de Juda , & Manahem roi d'ilraël. L'empire Allyrien
pouvoit avoir été affoibli ; les guerres que les Rois tri-
butaires de Mélopotamie & de Syrie avoient à loutenir
contre les Juifs, n'ctoient pjs dallez grande importance, Ci-tfn-.pagi
aux yeux des rois d'Allyrie, pour troubler le repos dont ^ -"•^ *'
ils jouilfoient à Ninive : leur empire n'avoit plus , au
temps de David, l'étendue que lui donne Ctéfias. «^ Mais,
ajoute M. Fréret , on ne doit pas conclure que cet empire <c
n'avoit ]xis exillé dans les temps antérieurs. Une paieille a
conléquence leroit tirée trop légèrement. »
Je ne luivrai pas ce Savant dans ce qu'il dit de Manahem,
fous le règne duquel Phul , roi d'Allyrie, vint en Syrie, à
la têie d'une armée, environ fept cents foixante-dix ans Le//./-. ^77^4
avajit lère Chrétienne. Tous les Ecrivains reconnoillent
alors, lous le- nom d'Allyriens, un Empire formidable : je
ne parlerai \r,\^ non jiius de ce qu'il dit d'Alarliaddon ( lils P-'S-Mo-^
de Seiuiachérib ) , qu il dillingue d'Alliu^adinus , roi de ^'^^'
Babvione.
M. Iréret termine cette première partie, en préfentant
plulieurs lails (ju'il reg;u'de comme des points lixes, t. au\i|uels,
•lil-il, il luul que le léuioiguage dw Écrivains pruliiiti le* A^^if^»
4o<$ MÉMOIRES
» rapporte ; Cdus cela, il ne fera digne d'aucune crc'ance, non-
» feulement à caufe de l'autorité que la Religion donne à
»> l'Écriture fainte, mais encore parce que les livres hiftoriques
» qui en font partie , font des Ouvrages compolcs dans le
» temps même des évènemens , ou du moins, des Ahrcgcs
» de ces Ouvrages , écrits dans un temps où les originaux
>> étoient communs , où la mémoire des évènemens étoit ré-
»> cente , Se près d'un fiècle avant les premiers hilloriens
Grecs. »
Ainfi parle M. Fréret. Les faits qu'il regarde comme la
bafe de l'hiftoire Afîyrienne, font;
. 1° Que Ninive, quoique très -ancienne, l'étolt moins
que Babylone :
2.° Qu'au temps d'Abraham , il n'y avoit pas encore
d'empire d'Aflyrie :
3.° Qu'au temps de l'Exode, la puiflance des Afîyriens
étoit redoutable dans l'Orient:
4.° Qu'au temps de David & de Salomon, c'e(l-à-dire,
mille ans environ avant l'ère Chrétienne, la puilTance des
Aiîyriens avoit été extrêmement affoiblie;
fas' ii-S' 5'° Q*^^ deux cents cinquante ans environ après la fon-
dation du temple, l'empire des Affyriens prit une nouvelle
vigueur:
6° Que la vilîe de Ninive 5c le royaume d'Afîyrie fub-
fiftèrent au plus jufqu'à la première année de la captivité,
fix cents huit ans avant l'ère Chrétienne:
a-J.p.^00, 7° Enfin , que les rois Affyriens portèrent différens noms,
& que fouvent celui fous lequel ils étoient connus dans un
pays, n'étoit pas en ufage dans d'autres provinces.
Ces fept points me paroiffent aufli inconteftables- qu'à
M. Fréret, au deuxième &: au cinquième près ; mais on
verra dans la féconde partie de ce Méinoire, que j'en tire
des conféquences fort différentes-
La deuxième partie de TEffai de M. Fréret fouffre plus
D E L I T T É R A T U R E. 407
de difficulté. Ce Savant examine d'abord le degré de
croyance que mériiejit les Auteurs profanes qui nous
parlent des AlTyriens , & les anciens dépôts qu'ils peuvent
avoir confu!té5.
Hérodote, comme le plus ancien, paroît le premier : fa
bonne foi mérite qu'on falîe attention à ibn témoignage, Lihr.ck.
ainfi que l'étude qu'il avoit faite de Ihifloire d'Alfyrie. Cet'"-''^ 'S4Z».
Écrivain avoit compolé , lous le titre iïA^)ria(jues , un Ou-
vrage qui contenoit les antiquités des Allyriins de Ninive
& de ceux de Babylone ; & Ariftote avoit vu cet Ouvrage.
Malhcureufcment les AJfynarjues font perdues ; & Hérodote,
dans Ion Hiltoire générale , femble ne parler des Afiyriens
qu'en palfant. Cet Ecrivain les lait régner cinq cents vingt
ans dans la haute Alie; il donne quelque temps d'auLonomie
aux Mèdes , après qu'ils eurent iecoué le joug Alîyrien.
«Mais, dit M. Fréret , comme Hérodote ne marque pas la P'^S' s-tSi
durée de ce temps d'autonomie chez les Mèdes, on ne fiit «
quand il fait Imir les cinq cents vingt ans de la domination «
ÂlTyrienne lur la haute Alie; & par conféquent on n'en peut «
afîigner le commencement. »
Telle cil la première réflexion que fait M. Fréret , pour
înfumer le témoignage d'Hérodote. H ajoute plus bas : «c H P'^S' 3i9%
faut obierver que de même que cet Hiflorien place la fin «
de la domination ou de l'empire à.çs AlTyriens fur la haute «
A fie, long-temjis avant la deihuélion du royaume d'Affjrie «
& la ruine de Ninive, il cft de même très -proluiblc qu'il ««
place l'établilltment du royaume des Aflyriens auparavant le «
commencement de leur empire &. de leur domination lur la «
haute Allé. »
M. fréret trouve ime pareille diflinclion à faire dans ce
qu'Hérodote dit de la durée de l'empire des Mèdes ; mais
on le verra, dans fa troifième partie, abandonner lui-même
ces folutions importantes. Et en effet un fimple rapport ne
fulliroit pas pour les iaire recevoir.
«« Hérodote", conclut M. Irérct , ne nous donne donc r.-.^' ;i9y
jne deux dates Clu-onologiqucs p;u: rapport à ihifloire «
4o8 MEMOIRES
'• Airyrienne, la priiè de Ninive fous Cyaxarc , &: \e cou-m
>' roniiement de Déjoccs, cent ioixante-onze ans avant Iq
» couronnement de Cyrus à Babyloue ( lept cents neuf ans
avant Jclus- Chrift ). »
Eig.jfo— Ctcfias eft le deuxième Ecrivain que produit M. Fréret,
^^^' & ce qu'il a dit d'Hérodote, prépare déjà fur le Jugement qu'il
va porter de ion émule. 11 elt vrai, dit ce Savant, que les
Anciens ont généralement rejeté l'autorité de Ctélias dans les
faits de Phylique & d'Hilloire Naturelle ; mais ils le citent
aufli généralement, par exemple, Platon, Ariftote, Strabon
même , fur l'hiltoire d'AlFyrie. Cet Hiltorien ell préréral>le
à Euscbe & à George - le - Syncelle , dont les Catalogues
pourroient avoir été copiés lur celui qui étoit à la fin du
vingt- troilième livre de Ctélias. En dix-lept ans que cet
Ecrivain avoit paiTés à la Cour de Perle, il avoit pu ap-
prendre aiïez de Perfan, pour être en état de confulter les
Archives de la Nation ; & l'Ecriture nous prouve l'exiftencç
de ces Archives.
D'après l'apologie compîette que M. Fréret fait de Ctéfias,
on s'attend à le voir adopter la Chronologie de cet Hifto-
riçn , qui, félon lui, donnoit plus de treize cents foixante
pag,;;S— ans à la durée de l'empire Allyrien. Auffi s'attache - 1 - il à
^ *' prouver, i.° qu'on ne peut rejeter fou témoignage fur la
durée totale de l'empire Alîyrien ( de treize cents foixante
ans & plus ) , quelques difficultés d'ailleurs que fallë naître
l'Extrait que Diodore de Sicile a donné de cet Ecrivain:
2." que le Catalogue des rois d'Alîyrie qui eft venu jufqu'à
P.j^o, s(^2. nous f eft en général affez conforme à celui que Ctéfias
avoit ( lans doute) donné.
yagf:j(^. Pour ce qui eft des douze cens quatre-vingts ans de
Caftor, M. Fréret les compte de Ninus premier à Ninus
fécond, fuccelfeur d'un Sardanapale plus ancien que le der-
Fage }6jf.. nier roi de Ninive, de ce nom. Du refte, il eft porté à
Ci-dev.yag. prendre le Bélus dont Thallus fait mention , pour le Bélus
i^t>4o . j^ Phénicie, & ne trouve rien dans Béroie, qui puifte fervir
à déterminer la durée de l'empire des Alfyriçus de Ninive.
Tels,
-^.
DE LITTÉRATURE. 409
Tels font les écrivains Grecs auxquels cet Académicien
penfe qu'on peut s'arrcter. Car pour Denys d'Halicai'nafle, Page } 6g.
il trouve que Ton témoignage efi trop vague pour que l'on Q-d p.^dj.
puihe en rien conclure. ' '
Il prouve enluite fort bien qu'Appien avoit en vue le Ci-d.p.jjS,
palTîige d'Hérodote, lorfqu'ii donnoit à peine neuf cents ans "i,'cit.J.'-gy.
aux règnes des Alîyriens, des Mèdes Se des Perfes; & ren-
voyant à ce qu'il a dit de ce dernier Hiftorien, il prétend
qu'Appien ne l'a pas entendu , puilqu'Hérodote fuppoiè un
intervalle entre la fin de l'empire Alfyrien lur la haute Afie
.e commencement du royaume des Mcdes.
Appien a pu omettre une autonomie d un liècle ou deux :
mais l'erreur leroit iorte, fi elle tomboit lur huit cents ans
antérieurs aux cinq cents vingt de règne fur la haute Alie.
Viennent enfuite les écrivains Latins, c'ell-à-dire, VeHeïus /?/»•. ^'<r- —
Paterculus (jui vivoit fous l'ibère, & -^milius Sura, cité ^^''
par Paterculus. M. Fréret, après avoir rapporté & dilcuté le
palfage du premier Ecrivain, conclut ç^\i\ ejf Ju moins ajfitré Page^eg,
que, félon Paterculus, 1 empire des Allyriens fur la haute
Afie avoit duré mille loixanle-dix ans, lous trente Rois, de
père en lîls, de Ninus à 5ardanapale, déli'ôné par Pharnace
(Arbace). C'efl; le fcul point auquel ce Savant s'arrête,
parce qu'il y trouve un iroifième Sardanapale , dilîérent de
celui de Caflor & de celui de Ctéfias.
Mais le monument qu'il regarde comme le plus important,
ell le fragment d'yEmilius Sura, parce que, dit ce Savant,
il donne la date précife du commencement de Ninus. Le P-'S' J7*-.
fragment d'^tmilius Sura (0) iuppoie dix-neuf cents cinq ans
(0} /Einilius Sura , di: Aiwh l'cpiii
Pomani. Aljyrii , Prw.civ<s nmiuiim
Gaithim , reniin pot il i finit , liniiuh-
Aldli , l'oflin PerfiV , de'indt Ahtccdo-
nts. Exiiide , diwbus Regihiis Ph'dippo
iS^ Antiocho, qui a Alaudonibui oriiindi
rr.vit , liaiid multo pojl Carthaj^iium
fubiulain , dcviélis , fummu Imperii ad
Popiduin Hciiianum pi:r\iii:t. Juter hoi
ttiiipiis i^ initiuin l\nii , régis Ajjy-
ricruin, qi.'i Princeps rcrum pctitiis tjf ,
iiitcrfiint anni milk ncngenri ncnaginta
ipiiiique. Vcll. Patcrc. Lib. i , p. j,
edit. l.vgdim, I^Ç4-
iVlanuCf , June-Lijifo, Schcgkius i.\
Vincent Acidalius , nt donnciu point
Tome AL. ï i(
410 MÉMOIRES
( félon h leçon que fuit M. Frcret ) entre Ninus &: fe temps
auquel la plus grande parîie de l'Àfie tomba, par la dâCdhe
de Milhridate ik. de Tigrane, fous la domiiialion Romaine.
Pagt^y,. M. Frcret fixe cet événement au confùlat de Ciccron, l'an
même de la naifîance d'Augulle, foixante - trois ans avant
l'ère Chrétienne, & fait en conféquence remonter l'établif
fement de l'empire Affyrien , fous Ninus , à l'an ipôS
avant la même ère. Telle elt l'époque qu'adopte M. Fréret,
& qu'il va tâcher de concilier, dans la troifième partie de
fon Ellài, avec les Ecrivains dont il a expofé les fentimens.
Uid. „ La découverte de cette année du commencement de
„ Ninus, félon la Chronologie d'^milius Sura, m'a paru, dit
» M. Fréret , d'autant plus importante , que l'on n'y avoit pa»
fait afîëz d'attention jufqu'à préiënt. »
Ci-d,y,;(!j. Nous avous pourtant vu le P. Salian, propolèr l'époque
d'yî^miiius Sura , y infifter. La différence entre ces deux
Savans eft dans la leçon qu'ils luivent , ôc ce qu'ils entendent
par inter hoc tempus. M. Fréret la croit , cette époque ,
propre à lever toutes \ts difficultés , & à concilier les calculs
qui jufqu'alors avoient paru les plus oppofés. Il promet de
le prouver, & demande pour cela qu'on lui paffe, ce qu'il
démontrera dans la fuite, qu'il y a eu trois rois d'Aiïyrie,
auxquels les Grecs ont donné le nom de Sardanapale.
Luluf.^y:. L'empire des Alîyriens, ou les conquêtes de Ninus dans
la haute Afie, une fois placés à fan 151 68 avant l'ère Chré-
tienne, M. Fréret prétend que cette époque s'accorde avec
ce que l'Ecriture nous apprend de l'état où étoient alors \es
L.cU,f,^y2, contrées voifmes de cet Empire; avec Ctéfras (ou Diodore
de Sicile ) qui lui donne treize cents foixante ( ou qua-
torze cents ans, y compris le règne de Bélus), parce qu'il ne
le fuppofe détruit qu'avec la ville de Ninive, l'an 6 1 8 avant
cTautre leçon : feulement Jufte-Lipfe
doute (p. I oy ) que ce paflàge foit
de Vellcïus Patcrculus. D'Elbcnne &
Aci(ialiu5 (p. 159 ) Je regardent,
jufqu'à inter hoc tempus, comme une
infertion de copifte , faite fur un
Commentaire marginal
DE LITTERATURE. 411
l'ère Chrétienne ; avec Caftor qui ne compte que douze cents
quatre-vingts ans, parce qu'il termine le Canon des rois A(Ty-
riens aux premières des cent vingt -huit années de l'empire
des Mcdes fur la haute Afie , aux premières conquêtes de
Déjocès, lefqueiles , félon le calcul d'Hérodote, tombent à
l'an 688 avant J. C. ; enfin avec les mille foixantc-dix ans
de Velleïus Paterculus, lefquels finilTent à l'an 85)8 avant
l'ère Chrétienne , c'efl-à-dire , à l'an de la révolte des pays
tributaires de l'AfTyrie, de la prile de Ninive par Arbace
(ou Pharnace ) , de la mort de Sardanapale, tiente-troiflème
roi d'Affyrie depuis Ninus.
«Enfin, dit M. Fréret, Ctéfias, Caflor & Velleïus Pater- ^.; 7-^. //p
culus s'accordent tous trois à commencer l'empire d'Afîyrie «c
au règne de Ninus. S'ils font fi différens entr'eux dans la «
durée qu'ils afTignent à celte monarchie c'efl qu'ils «
ne Hnilient pas au même Prince. Ctéfias comptoit quarante «
Rois, comme il paroît par le Canon de Jules Africain ; «
Caflor trente-fix ; Euscbe, qui en adinet autant, fait <t
profeffion de fuivre Caftor ; Velleïus Paterculus ne compte «
que trente -trois rois d'Afîyrie. Ainh , quoique tous trois «
hnidènt la lifle des rois d'Afîyrie par un Sardanapale , il «
efl vifible qu'ils donnent ce nom à trois Princes différens. »
Voilà le mot de l'énigme. Ce moyen de conciliation paroît
fi naturel au favant Académicien, qu'il efl furpris que les
critiques n'y aient pas eu recours , comme à une liypotlicfe
qui accorde tout, plutôt que de faire deux empires Aliyricns
conlécutifs, alongeant ou raccourciffant la durée du premier
félon leurs fyftcmes; morcelant, félon leur méthode ordi-
naire, le témoignage des Anciens, t, & toujours, dit -il', P^s* }7S%
(ans rapporter aucune tics preuves que nous fournit l'An- «
tiquité , (ju'il y a eu plufieurs des rois d'Alîyrie auxquels «
on a donné le nom de Sardanapale. >•
On voit que M. Fréret ne ménage pas trop les Shvans
«]ui , avant lui , ont tenté d'éclaircir la Chronologie Ally-
ricnne. Le refle de cette troilième partit tfl employé à
prouver i'cxillence de trois monarques Atîy riens, auxquels
ï ii \\
4ii MÉMOIRES
FagejS-}. on a donne le nom de Sarnadapale; le premier qui périt
jors de la révolte d'Arbace , l'an 8(?8 avant Jéfiis-Chrift,
Page} s 2. félon le calcul de Vclleïus Paterciilus; le deuxième (de
Caflor ) , antcrieur à l'an 688, l'Afarhaddon de l'Écriture:
f''f/,'iit'i^ P. Tornielle l'avoit dcià propolc ; le troifième, que Po-
S)tiul.p,£i o. lyhillor appelle Sarac, lequel régnoit à Ninive en 608, &
finit avec la monarchie, l'an ij6o depuis Niiius.
Lili.dt.jwg. Je n'entrerai pas ici dans le détail des preuves fur lef-
^^ •' ^' quelles M. Fréret appuyé Ion fenlinient. On ne peut, quelque
iolides qu'on les luppole, s'empccher d'être furpris de la
marche de ce Savant, qui ne le donne cependant que pour
fuivre Icrupuleufement l'Antiquité , pour prendre dans leur
fens naturel les palîàges des Anciens, Où iont, dira-t-on , les
dynafties Chaldcenne & Arabe de Jules Africain, d'Eusèbe,
de George- le -Syncelle \ M. Fréret croit devoir concilier
fon opinion avec celle de Caflor ; &: c'efl Euscbe, c'efl le
Syncelle , qu'il a confulté fur cet Écrivain. 11 parle du Ca-
1 talogue de Jules Africain, & ne fait aucune mention de ces
deux dynaflies : il efl; même vifible qu'il ne les admet pas;
comment placer , dans le calcul du texte Hébreu , quatre
cents quarante ans de règne entre le Déluge & fan jc)68
avant j élus - Chrift î Au moins cette queflion méritoit - elle
ii'être agitée l
D'ailleurs , dans une matière comme celle-ci , ce ne font
pas des Ecrivains qui donnent à l'empire Afîyrien cent ou
deux cents ans de plus ou de moins, que l'on cherche à
voir d'accord. Un empire terminé deux cents ans plus tôt ,
ou continué fous le même nom ; trois Princes portant aufîi
ie même nom , & diflingués ou confondus ; ces variétés fè
trouvent dans les Hiftoires de tous les peuples. A deux
mille ans d'éloignement , on pafîe aifement ces difiérejices,
fur-tout quand on fait que le temps nous a enlevé la plupart
des Ouvrages qui euffent pu les faire difj-)aroître.
Mais ce qui faifoit une difiiculté à Diodore de Sicile, à
Denys d'Halicarnalîe ; ce qui a partagé tous les Critiques
modernes, ce font les treize cents foixanle ans de Ctéfias,
DE LITTÉRATURE. 4i|
comparés avec les cinq cents vingt ans d'Hérodote : &
M. Fréret , pour toute folution , abandonne ce dernier
Écrivain. J'ai rapporté plus haut deux réflexions qu'il fait, cu.p.^c^r.
comme pour s'en débarrafler. Ailleurs, après s'être étendu L.cU.p.jy},
fur Diodore de Sicile, fur Caflor, dont le calcul lui paroît cu.p.^tt,
fait d'après Hérodote, il dit que Cafîor, qui avoit confulté
cet Hiftorien, ne regardoit pas les cinq cents vingt ans de
i'empire des Affyriens fur la haute Alie , comme la durée
totale de leur monarchie. « Nous avons obfèrvé , ajoute
M. Fréret, que la fin de ces cinq cents vingt ans n'étant «
mai-quée , dans Hérodote , que pai- la révolte des pays «
tributaires , révolte dont il ne donne aucune date , le com- «
mencement de ces cinq cents vingt ans efl incertain.»
De ce que deux calculs peuvent aboutir au même terme,
eft-ce une preuve qu'ils commencent à la même époque î
On croiroit pourtant que M. Fréret feroit porté à ne regaider
Jes cinq cents vingt ans d'Hérodote, que comme la fin d'un
Empire qui exifloit depuis long-temps. Ce qu'il rapporte Lib. cit.
du changement de famille fous Bélétai'as, des conquêtes de .^'///'
Perfée, 6cc. pouvoit lui indiquer un autre dénouement. isis-39^-
M. Fréret achève : « Ainlj , je ne m'arrêterai point à P-^s'SyS'
chercher les moyens de le déterminer (ce commencement). «
Hérodote nous fournit fi peu de choie là-delfus , que nous «
ne pouvons nous former une idée julte de Ion fyltème. »
Ces dernières paroles font formelles. M. Fréret renonce
à montrer l'accord d'Hérodote avec les Ecrivains qu'on lui
oppofe : il n'a donc pas levé les dilncultés de la Ckrono--
logie Allyrifune ; Ion Effai n'eft proprement que l'époque
d'^/tmilius Sura , conciliée avec une paitie des anciens
Hiftoriens.
M. Fréret, dans fon Abrégé Chronologique, place: P^g.^Sf—^
La fondation de Ninive p;u- Allur , ;'i l'an , avant l'ère
Chrclienne 2125.
La délaite de Chodorlahomor, à l'an 2113.
Le règne de Btlu.^, fondateur de l'empire Ali) rien,
4t4 Tvl É M O I R E S
à l'ail .... . 2013.
Celui de Ninus , à l'an ipôS.
Bclûclius ( & Atoffà, nommée aufTi Sémiramis ),
dernier Roi de la famille de Sémiramis, à l'an. . . . 1328.
Bcictaras , tige d'une nouvelle famille , dans le
Catalogue des rois AHyriens , à l'an 13 18.
La révolte des Mèdes fous Arbace, à l'an p i (j.
La mort de Sardanapale, à l'an 8p8.
Déjocès , à l'an 7^9"
Ses conquêtes, à l'an 688.
î^inus deuxième, -& la ruine de Ninive, en ... , 608.
Page ^04, Ainfi finit, conclut ce Savant, l'empire d'AfTyrie , treiie
cents foixante ans jiijle après le commencement du règne de
Ninus.
M. Fourmont étoit fort éloigné de reconnoître cette
juflcjfe dans la conclufion de M. fréret : & l'on peut, avec
quelque raifon, fe défier des calculs, qui, dans un pareil
éloignement , donnent des lolutions à une année près.
Efftex.tùùq. M. Fourmont, dans la Réponle, montre d'abord la difficulté
/■"■ ^"^'^' '^7 qu'il V a à donner l'époque jufie du commencement de l'empire
anc.Peiii'/.t.ll. \ ,^ J. ,-rr t , ■ i • j r> • i
liv. m, c. VI. Aiiyrien ; difficulté qui ne doit pas cependant raire rejeter le
fag.}oi Catalogue de fes Rois. Cette Monarchie, félon lui, remonte
à Nemrod ; mais, comme Babylone paroît dans l'Écriture
avant Ninive, il commence par les Rois de cette première
Pagejoj. ville, & donne les deux dynafties Chaldéenne 6c Arabe,
fuivies des rois Aflyriens.
Pag. } 04. — Cet Académicien jfe propoie des difficultés fur les noms,
^''^' les fynchronifmes, les opinions des modernes touchant ces
Pag. }oy~' Princes : il y répond en foutenant l'ancienneté des obferva-
/''*'' tions Babyloniennes { dix-neuf cents trois ans avant la prife
de Babylone), la célébrité de Ninus, de Sémiramis , Sec.
Enfin , il adopte les raifons que le P. Pezron emploie pour
iJéfendre les fuites de Rois données par .Iules Africain.
M. Fourmont entre enfuite dans quelque détail pour
I D E LI T TE R ATU R E. 415
proirver que les quarante-un Rois du Syncelie n'ont pas tous P'^s' S ' «•
été Aflyriens ; que les premiers de ces Rois ont été en partie
Arabes, en partie Ninivites ; qu'enfin «l'on a compté entre
ces Rois , ou plutôt entre les rois de Babylone , des rois «
Arabes , tandis que des rois d'AlFyrie leur difputoient la «
ville de Babylone qui reconnoifloit tantôt l'un, "
tantôt l'autre.» II examine plufieurs des noms de ces Rois, P^g.}to-<
croit qu'il y a tranfpofition , répétition, & même confuhon, ^'^'
dans le Catalogue du Syncelie ; mais il efl: bien éloigne de Apy^nd. ai
dire, comme Dodwei. «que i'hiiloire des Aériens & des ^f^'lff;
Éevptiens ne nous préfente rien de fui-. » s<^- ■< ^'fi-
°^S T»,. I I I • l> l\ rr • coiicfm. San-
bi Hérodote ne parie pas davantage des rois dAllyrie, chon.r-^j —
fon fdence, félon M. Fourmont, n'a rien d'étonnant. «Grec, }o,irc.sS,
tel qu'il étoit, & n'ayant fait que pafler dans les pays où il « '
avoit voyagé , on ne devoit attendre de lui rien de fort «
exaél. '»
Voilà comme les Savans traitent, lorfque fon témoignage
ne s'accorde pas avec leurs fyftèmes , celui qu'ils appellent
le Père de l'Hiftoire.
M. Fourmont répond aux objedions de Dodwei, contre
les pbfervations Babyloniennes de Callifthène, en difant que,
ï\ Ptolémée ne remonte que jufqu'à Nabonallar, c'eft qu'il
n'avoit pas befoin, dans fes oblèrvations , d'aller plus haut;
ou bien qu'il étoit perfiiadé qu'alors les découvertes Agro-
nomiques avoient été trcs-conlidérables.
Avant que de développer Ion iyftème fur la Chrono-
logie Adyrienne, M. Fourmont croit devoir rendre compte
des Mémoires de M." Sevin &: Frérct, fur cette matière: . LibT.ch.
il ajoute cnfuite fes réHcxions. 'j%^J^f'
«Les preuves, dit- il , de M. Sevin, pour le temps
'de Ninus ^ de Sémiramis, ont paru foibles ( à l'Acadé- «
rnie ) On ne tirera jamais rien du pallage d'Hérodote: «
il ne marque ( pour la monarchie A(i)rienne) ni commen- «
cernent ni lui ; ik. de plus il ne paile que d'une monarchie «
des Allyriens prefque univerlèlle ; & il fe peut faire que «
la monurtJiic des AlTyriens , telle qu'il l'cnteniloit , ncùt «
41^ MÉMOIRES
pas dure plus que ces cinq cents vingt ans. »> Un pas cîe
plus, & M. Founnont touchoit au driiouement, connue je
le montrerai dans la deuxième pariic de ce Mémoire.
P.}i6,}2y. Ce Savant s'arrête davantage a M. Frc'ret. Après avoir fait
Aqs difficultcs contre plulieurs des obfèrvations ou preuves
Pag. } 2 S— de cet habile Critique, il s'attache particulièrement à établir
^''^' contre lui qu'il n'y a eu qu'un Sardanapale. Je n'entrerai
pas ici dans le détail des railons qu'allègue pour cela
M. Fourmont. Qu'il y ait eu ww ou trois Sardanapales , \<i%
grandes difficultés lur la Chronologie Aiiyrieiuie n'en fub-
lillent pas moins.
Mais je crois devoir rapporter les réflexions de M. Four-
mont, fur la manière dont procède M. Fréret. « Ce Savant,
foS'iSj' " dit-il, avertit lui-même très-louvent qu'il faut aller a nous
» ad igiiota. Rien donc de plus iage que la conduite des
» Chronologiiles , iur la hn de ces anciennes monarchies : ils
» finilîént au même temps ; & i\ leurs calculs font différens
» en quelque chofe, c'eil que, dans les commencemens, ils
» diffèrent, & même que, dans toute cette luite de fiècles,
« ils ont placé des évènemens à des années différentes. Mettez
»' les treize cents foixante ans de Diodore & de Ctéfias, les
» quatorze cents ou près de quatorze cents de Diodore ailleurs,
>> les douze cents quatre-vingt de Caftor, les mille foixante-dix
» de Yelleïus, & en un mot toutes les évaluations imaginables;
» on en trouvera des exemples dans tous les Chronologiiles.
» Et ainfi Ninus eft plus ou moins ancien, lelon leurs difiérens
»' fyflèmes. Qu'y a-t-il même de plus extraordinaire, que de
» fonder l'arrangement d'un fyflème complet ; je ne dis plus
» fur les palfages d'un Romain pour l'Alîyrie , mais fur les
» idées d'un Hilforien ordinaire ( yEmilius Sura ) , & non
» Chronologifte en forme , pour des temps qui demandent
» l'élude la plus enfoncée de ces matières ; en un mot , &
d-J^p. » c'elf tout , fur des pafîàges corrompus , & qu'il laut corriger,
^Je!"' " comme ceux de Velleïus ? »
Ces obfervations font importantes ; 8c l'on va voir M.
Foiirmont les oublier pour lui-même.
N'y.
DE LITTÉRATURE. 417
N'y ayant donc rien de bien confiant fur la Clironologie L.dt.p.^j^,
de l'empire Afî) rien , ce Savant croit pouvoir donner (es
conjeâures , & promet des époques fixes ; ce que, dit-il, les
autres Chi'onologifles n'ont jamais fait.
Le Lecteur commence à être en gai'de contre de pareilles
promelfes.
Pour cela, il fe propole , « i.° de didinguer , s'il eft
pofîïble , dans le Catalogue des rois d'AlFyrie , les Princes a.
étrangers d'avec les véritables Affyriens : 2." de trouver «
des points inébranlables d'où l'on puiffe monter & deC- «
cendre. » 11 prétend qu'on peut bien avoir inféré, dans le
Catalogue des rois d'AlFyrie, les Princes étrangers, qui, les
ayant quelquefois vaincus , fe font fait donner le nom de rois
d'AJfyric. " En un mot, dit M. Foiirmont, cette Monarchie,
comme les autres, a (oLiffert des incurlions; &i tantôt l'Arabe, "
tantôt le Perfan , tantôt l'Egyptien , en ont eu leur part , & «
y ont régné; & par conféquent ce grand nombre de rois ne •*
doit nullement épouvanter. Les Peri'ans d'aujourd'hui { en "=
1735 ) comptent deux Rois, &: cela s'efl toujours fait, «
lorlqu'il y a eu difTérens partis dans un même royaume. »
Cette réflexion efl jufle : les Perfes mettent Zohàk con-
quérant Arabe , & Afrafiab conquérant Touranian , au nombre
des Princes Pekhdadiens ; mais M. Fourmont n'y donne-t-il
pas trop d'étendue l
D'abord Tes points fixes, qui font les règnes d'Arius , de Pag.}t2-,
Sétiuis, de Teuthamos & de Sai'danapale , tels que ce Savant iîS-SFO'
les entend , ne font rien moins que prouvés. 11 p;utage les
rois de Ninive en Allyriejis , en Égyptiens & en Perfes. P'-s-j}p^
Tandis que les premiers régnoient, Séthofikhermts , roi de -'"^-'''
Thcbes en Egypte, le trente -troificme du Canon d'Éra-
thollcnc, fait une irruption en Alfyrie : c'efl le Sélhus du
Catalogue de George-le-Syncelle ; lés fuccelfturs fe main- P-s ns-
tiennent dans cette contrée, malgré les Perfes que les rois ^-f"'^^^'-
d'Alfyrie avoient appelés à leur fecours, conlèrvant en même
temps jul(|u'à Amuthautus ( le trente-huitième du Canon),
lu i'hébaïde &L l'AHyric. Dans la fuilc, le befoin de rélitlet
Tome XL. G gg
4i8 MÉMOIRES
aux Perfes , & l'importance de cette conquête , obligcrenf
les luccefFeurs d'Amuthaulus de le borner à i'A(i)'rie, où ils
régnèrent, étant continuellement en guerre avec les Perfes,-
qui y étoient conquérans comme eux ; & c'efl de-là que le
Catalogue des rois de Thèbes finit, dans Ératodhène, à
Amuthautus , le Theuthamos des Allyriens.
Après cet expofé, qui ell purement gratuit, M. Fourmont
réunit deux liftes qui forment ce qu'il appelle la ligne AlFy-
rienne-Perfimne, depuis Scthus qu'il prend pour Séthos ou
Séfoflris. Cette ligne lui donne feize rois & cinq cents
vingt-deux ans de règne, de Séthus à Sai'danapale , dont il
place la mort à la trente-unième année d'Ozias. Remontant
après cela de Séthos , qu'il place au temps de Jephté , ou
P.sO'S/"- i^in peu avant, à Bélus, il prétend trouver que ce Prince a
commencé à régner l'an cj^ d'Abraham, quatre cents douze
ans avant la iortie d'Egypte.
p.}^,}yz. Ce Savant montre enlliite que les dynafties Chaldéenne
& Arabe remplirent exaélement l'elpace qui ( du règne de
Bélus) s'étend jufqu'au Déluge. Il prouve par-là que la féconde
a luccédé à la première, & prend Évéchoiis , premier Roi
de la dynaftie Chaldéenne, pour le père de Chus ( Ab Chus) ,
Canaan ou Cham.
II ell difficile, dans un fimple Extrait , de donner une idée
nette du fyllème de M. Fourmont : pour bien l'entendre , ii
faut le lire dans l'Ouvrage même ; quelques points rapprochés
peuvent cependant en faire voir le foible.
Ce Savant fuppoie des royaumes formés du temps de
Cham & de Canaan, fur le rapport prétendu de deux noms
& des fommes de plufieurs règnes : il fait régner en Afîyrie
•pe§ts;7o, des Rois de la Thébaïde ; entre Sétus & Baiieus il compte
deux cents foixante- quatre ans, quoique, dans le catalogue
du Syncelle , ces deux Princes fe lùivent immédiatement. Or
procéder de cette manière , je ne crains pas de le dire , c'eft
forger les monumens de l'hiftoire, & non pas ia donner
d'après ceux que l'Antiquité nous a laiffés.
Je dirai peu de chofe de M. Prideaux. Le favaiit Anglois
DE LITTÉRATURE. 41^
admet avec Juflin les treize cents ans de la durée de l'empire Tomei, p. i,
Tr, Fr, ciiit.
AfTyrien, quoiqu'il s'attache dans le refte à la chronologie /'f^\
d'Uilcrius, qui termine cet Empire à la moit de Sardanapale,
l'an 747 avant J. C. fur quoi le P. de Tournemine, dans Tes
Eclairciffemeiis fur la ruine de Ninive & la durée de l'empire It'^- v ^^"f
Affyrien, obfèrve «que M. Prideaux le trompe, en luivant ~^^^"''
Ullerius, &: qu'il fe trompe encore, en voulant le corriger.»
En général le favant Jéiuite , d'un côté , répèle dans cet
Eçlaircillëment ce que le P. de Montfaucon a avancé contre
Ctéflas dans (a Venté de l'hifloire de Judith ; de l'autre, il
appuie le témoignage d'Hérodote de celui des Écrivains qu'on
allègue ordinairement en fa faveur, & finit en dilîuit qu'il
n'y a eu qu'une defh-uèlion de Ninive. Il place, avec l'hiftorien
Grec, cet événement, près de trois llècles plus tard que
Ctélias ( (îx cents dix-neuf ans avant J. C. ) ; & pour les
détails fur l'hi/toire d'Affyrie, il renvoie aux DilTertations Tomri^,
qui font à la fin de ion édition de Meuochius. ^' '^>'
Voyons fi nous ti'ouverons plus de lumière, fur cette
matière, dans les Ouvrages d'un des premiers Cluonologifles
de ce fiècle , M. Defvignoles.
Ce Savant , après avoir déclaré qu'il ne prend aucun Chroml it
intérêt dans la dilpute qui divife les Modernes fur la durée [^/r^'Jl'}"/
de l'empire AfTyrien , préfente le catalogue de ces Rois d'après ' O. '
Jules Africain & Eusèbe, avec les variantes, qui donnent
dans le premier Ecrivain deux cents vingt ans de plus que
dans le fécond. H répond enfuite aux objections de Génébrai"J
& des autres Critiques contre cette longue fuite de Rois, fuis Pag. ig^-^
rien ajouter proprement de nouveau à ce qui a été dit avant '^^'
lui jxu- les défenfeurs de Ctéfias , ni faire mention des dynaflies
Chaldéeniic (Se Arabe.
Vient après cela l'examen de l'autorité d'Hérodote qui a
<5té (uivi ou approuvé par Ulîcrius , Marsham , Dodwel, Ci-lp.jyg
Hornius, Schotanus, M. Bofïïiet, &: par l'Auteur de la chro- L.dt.i.,^},
jiologic de Port -Royal. M. Defvignoles reconnoît qu'il faut
lire cinq cents vingt ans dans Hérodote, & non (juin/c cents
avec Cappel & Simfon : mais il obfèrve que l'hiftorien Grec CJ.p.^gg,
Gggij '^^-
420 MÉMOIRES
ne marque , nile temps de la fondation de i'empîre AfTyrien,
ni quel en a étc le londateur , occ. raifons rcpctées cent lois
Ci-â.ii.^Sé, par ceux qui abandonnent Hérodote. Le favant Chronologille
L,cit.p.iyj. ajoute que cet Hiflorien ne iavoit preique point l'hifloire
ancienne d'Aflyrie; & après avoir donné piulieurs preuves
FngeiSz, de ion peu d'exaélitude : «certes, dit-il, fi Hérodote efl le
» père de l'hiftoire, comme mille Écrivains l'ont appelé, après
» Cicéron , ce n'elt pas alfurément de l'hifloire d'Afîyrie, ou
" c'efl une fille qu'il a lailîée dans fon enfance, &: que d'autres
ont pris la peine d'élever. »
On elt étonné , quand on lit avec attention & de fuite
les Critiques modernes, de voir de quelle manière ils traitent
les Anciens. Dans tel point, tel Auteur e{t un Dieu; il y a
une forte d'impiété à reculer fon témoignage : dans tel autre ,
ce n'eft pas même un homme; il n'a ni critique ni exacti-
tude; à peine eft-il permis de faire attention aux autres
qualités qu'il peut avoir.
'Fdg. 18} — Ctéfias , comme chez M. Fréret, efl ici le héros , & toujours
'tr)o.2ij. jjjj^ dépens d'Hérodote. Le vrai motif de ce jugement, c'eft
qu'on ne peut concilier le témoignage de ce dernier Hiflorien
avec celui de Ctéfias & des Ecrivains qui l'ont fuivi.
Je conviens de tout ce que M. Defvignoles avance en
faveur de Ctélias, de ce qu'il dit même des témoins contraires
à Hérodote, c'eft-à-dire , des Auteurs qui donnent depuis
Tag.ij)!— onze cents jufqu'à feize cents ans de durée à l'empire des
^'''' Alfyriens; & ces Auteurs, il eft permis de les réduire à
Ctéfias feul , puifqu'étant tous venus après lui , il eft polfibie
qu'ils l'aient copié, quoiqu'avec des variétés.
Tngeip^. Sur le paffage d'^milius Sura, M. Defvignoles foutient
Ci-d.p.^o<). contre Conringius, la leçon qui porte dix-neuf cents quatre-
mt(oJ, vingt-quinze ans; & il entend (avecSalian) y^' Cûrl/iaginem
Jiihaâam , la défaite des Carthaginois qui hnit la féconde
i.f /■/./'. /^/.guerre Punique. Quatre ou cinq ans après, les Macédoniens
furent vaincus, fan de Rome 5 57 félon Varron, 4517 de
ïa période Julienne (15)7 avant J. C.) : ôtaut de cette fomme
DE LITTÉRATURE. 42 r
ipp5 , on a 2522 de la période Juiienne pour le commen-
cement de Ninus.
Ceci ne s'accorde pas avec le fentiment de M. Fréret, qui Ci-d.p.^10,
s'ancte au mot fumma imperii. Et en effet, les Romains ne
purent ctre appelés les maîtres de l'Alie , qu'après la défaite
de Mithridate & de Tigrane : mais mon objet ici ell feulement
de préfenter les différentes manières dont les Modernes
expliquent les Anciens.
£nHn M. Delvignoles abandonne pofitivement Hérodote,
&: fe déclare pour le Cataloguede Jules Africain, qui donne Lih.dt.
quatorze cents cinquante-neui ans à la monarchie Alfyricnne. ''""'-' "*"'*''
Une des preuves cju'emploie le lavant Chronoiogille pour P^sfsd^.
établir 1 antiquité de cette Monarchie , efl le lynchronilme
àes oblervations agronomiques de Babylone , envoyées à
Ariflote piU* Callifthène , avec la conllruélion du temple de
Jupilcr-Bélus p;u- Sémiramis, dans lequel les Chaldéens obier-
yoient le lever & le coucher des altres. Les oblervations de
Calliilhène tombent à l'an 24.80 de la période Julienne,
qui e(l le ic) de Sémiramis, ftlon M. Deivign.lcs. Ce Savant Page j^j,
fait coriimencer Bclus à 1 an 2355 de la même période, & P.2cS,2io,
Sardanapale, quarante -unième roi d'Aliyrie, à l'an 3790 ; P»g.i6)
ce qui recule l'origine de l'empire Allyrien , dans le calcul '^S'^^t":
du texte Hébreu, au-delà du Déluge, le commencement de
l'ère Clirétienne étant iixé, lelun l'Auleur , à l'an 4714 de
la période Julienne.
L'opinion de M. Defvignoles ne peut, comme on le voit,
fè foutenir, fi l'on scw tient au texte Hébreu. Cette railor»
n'cmpcche pas M. le Préfident de Broliès de faire ulàge de
plulieurs rdlexions de cet habile Chronoiogille , dans lès
favans Ah'moires fur la vioiuinhie dAjJyrie. Je ne m'arrêterai
ici {ju'à ce qui , dans ces Mémoires , a un rapport direct à
l'origine & à la durée de celte Monarchie.
M. le Prélldent de Brodes, ilans Ion premier Mémoire, ^Jt">-'{ti'Âc.
admet deux Sardanapales , deux lièges de Ninive, & \^m- f.[\xi,^"j^
conkcjucni plus d une révolution dans l'empire Alfyrien : il
adopte, pour le fond, le lèniiment de M. Ertret llir la duyéc
422 MÉMOIRES
de cet Empire, renvoie, pour la conciliation de Ct6f]a.s nvec
les autres Écrivains de l'Anliquilc, au Mémoire de fon (avant
Confrère , & à la Dillertalion du Prcildent Bouhier (ur
raff( 6. Sardanapaie ; « &: quoiqu'il blâme la coutume que l'on a
■>■> ( lorfqu'il eft cjueftion d'Hérodote &. de Ctéfias ) de nier
» totalement tout ce que dit l'un , quand on adopte le récit
de l'autre , » il fe contente , dans la pai"tie hiftorique de ce
Mémoire, de fuppofer, avec Jules Africain , la monarchie
Aflyrienne de quatorze cents cinquante - neuf ans, fans elTayer
d'accorder entr'eux les deux hiltoriens Grecs.
Ce que M. le Préiidcnt de Broffes dit des noms à^s rois
Aflyriens , qui forment le catalogue de Jules Africain, peut
iV'7' donner àiÇ:s vues nouvelles. Selon lui , ce font moins àes
noms, que à^i furnoms , des épithètes.
Pug. 26,28. Dans la partie chronologique de fon Mémoire, cet habile
Académicien fixe, par différentes preuves, le commencement
de l'empire Mcde à la révolte d'Arbace, l'an 808 avant J. C.
& la prife de Ninive à l'an 805. Ces preuves fuppoiênt le
calcul de Jules Africain : telle eftl'obiervation Chaldéenne en-
'Lib. cit. }>. 3<^, voyée par Callyflhène , & qu'il fait remonter à l'an 2233 avant
Jéfus-Chrilf. 1459 de l'empire Alîyrien , y compris trois ans
de guerre entre Sardanapale & Arbace, & 805 , donnent
2264 (2263) pour le commencement de Bélus, qui eft
le même perîonnage que Nerarod, fondateur de l'empire
Page ) 6. AfTyrien. Les mille ans &plus que Diodore de Sicile fuppofè
entre la prife de Troye & la fondation de l'empire Aiïyrien ,
conduilent M. le Préfident de Brodes au même réfultat.
'Me'm.del'Âc. Daus ion fecond Mémoire qui contient l'hiftoire de Bel-
tmf^AVjT' ^'^'T^t'oti , fondateur de la monarchie AfTyrienne , M. le
Préfident de Brofîes flippofe d'abord, comme dans le premier,
cette Monarchie de quatorze cents cinquante -neuf ans : elle
Tag,2—.j.. a pour fondateur Nemrod , Chef des Arabes du Chufiitan ,
qui s'empare du pouvoir monarchique peut-être déjà établi
Page If. par une dynaftie de Rois antérieurs , ce comme plufieurs
circonftances , dit M. de Brolfes, induifent à le penfer.»
Ce Savant croit devoir prouver que le Bclus àQ% Anciens
DE LITTÉRATURE. 423
efl le Nemrod de l'Ecriture : il <:ite en fa faveur Moyfe de
Chorène (dans fon hifloire d' Arménie ) , Tornieile, Bochart,
ie P. Petau, Huber, Prideaux. La quertion en foi me paroît
peu importante. Le mot Nimrod lignifie en Perfan, Chef Au
Aiidi ; de rad , chef, & de nim , nimch , vwitié , ou nim roui,
la moitié du jour , le midi. Ce peut donc n'ctre qu'un nom ^''ë' ^'
appeliatif qui conviendra à Bélus, fi les dates fe rapportent:
mais comment fuppofer une dynaftie exiltante du ten-ips de
Phaleg , & détruite par Nemrod ?
M. ie Prcfident de Brolfes rapporte ce que les Orientaux
difènt de ce Conquérant , & obferve à ce iujet que , fables
pour fables, celles des Orientaux, fur -tout quand il eft P-^saS,
queflion de leur propre pays , méritent bien autant d'être
rapportées que celles des Grecs.
La dynaitie antérieure à Nemrod - Bélus , fondateur de P..^s — 2j,
Babylone , & que M. ie Préfident de Brofles efl: porté à ad-
mettre , n'efl: pas celle des Arabes. H pai^oît que ce Savant la
rejette ainfi que celle ô^g:^ Chaldéens : mais les doutes qu'il
propolè contre ces dynaflies, paroilfent venir en partie de
fon fyflème fur Bel -Nemrod ; & s'il reproche à George- P'S-Si'H^
Je-Syncelle de les avoir formées avec des noms pris du canon
de Ptolémée, pour remplir l'eljîace que lui donnoit le calcul
des Septante, ne peut-on pas dire que ce Savant les rejette,
parce que, dans le cidcul qu'il adopte, elles remonteroient
au-delà du Déluge!
La feule raifon nouvelle que propofê M. ie Préfident de
Brolfcs, &: qui paioille avoir quelque force, eft que « le
Syncelle, contre la coutume, ne cite perlonnc en rapportant «
le canon de ces deux dyn;ifties; ce qui, ajoute M. de Brollès, «
ne laide pas de donner quelque foupçon. »
M;us d'abord , le nom de Chomafbolos , Iccond roi Chai- -f*/'^'
déen , fc trouve dans le fragment d'Alexandre Polyhillor uYc.^xyu,
qu'Eusébe nous a conlervé. Ce premier Écrivain l'avoit pris l--f'f-
d'EupoIcme , qui rapportoit ce que les Babyloniens diloient
tux- mêmes de leurs anciens Rois; fie ce nom ne rellèmble
à aucun de ceux qui forment le canon de Ptolémée. a." Le
424 MÉMOIRES
Chronng. SyiiccIIe cito pour g;u-ant le mcme Alexandre Polyhiftor,
f'?^'- lorfqu'il parle, dans un autre endroit , d'Evcchoiis ( E'uji^os )
ou Chofmabélus, le mcme qui, fans doute par une erreur de
P>'g' 7J?- copifle , eft appelé plus bas Eittychitis.
D'ailleurs M. le Prclident de BrolFes &; tuus les Savans,
'Lll.cit.p.ji. conviennent que le Syncelle donne le règne Je Béliis & de
Defvignoh r,^ Sitcceffeiirs, tels qu'ils étoient mentiotme's dans le canon de
Jules Ajricain; lans doute parce que, trois pages auparavant,
on lit ces mots : -^g.^ A^fd^xjtvo;'. Mais il tau droit donc
'J>?;cf//, ///'. f'V. rapporter au même Jules Africain la clynaftie des rois de
v-y —9^- Thèbes en Egypte depuis le quatrième. Se le catalogue des
quatre-vingt-lix rois d'Egypte que donne le même George-
le-Syncelle , depuis le dixième, Amads ; puilque ces trois
Page y I, fuites de rois Je trouvent après le i^-ra A<p5<x5tj'ôv ; & le
Syncelle nous apprend qu'il donne les rois de Thèbes d'après
Apollodore qui les avoit pris d'Erathoftène. D'un autre côté,
'Marsh. Cait. les Savaus regardent le catalogue des quatre - vingt -fix rois
''■^g/r'-i'; f- Égyptiens, comme l'ouvrat/e propre du Syncelle, foit qu'il
àt.p. /^f. 1 an pris de Jules Arncam (ou rorme lur les dynalties de cet
Écrivain), d'Eusèbe, ou de tout autre ancien Hiftorien.
Ainfi robjecT;ion de M. le Préfident de Broffes tombera fur
le catalogue des rois AHyriens , comme fur les dynaflies
Chaldéenne & Arabe. Cependant on convient généralement
'Dodr. Tanjjor. que le Syncellc donne les rois d'Aiïyrie d'après Jules Africain.
''^'ïJsLdl. On doit donc en dire autant des dynaflies enqueftion, avec
Annot.p.j 0. les P p. Petau & Goar. Peut-être même les mots xgi-vi Aq)eAvjivôv
Syncell. lib. ciu fe trouveroient - ils dans les manufcrits , entre la génération
^'^^' dix-huitième & la dynaftie Chaldéenne. Au refte s'ils paroiflent
à l'A page p^, c'ell moins relativement aux catalogues qui
fuivent, qu'à ce que dit Jules Alricain que, l'an du monde
JJ277, Abraham entra dans la terre de Canaan (la Terre
promife ) , ce que le Syncelle croit devoir réfuter.
'Mém. de l'Ac, A i'occafion de la généalogie d'Argon , donnée par Héro-
'^'\^XXv"ii ^°^^' ^' ^^ Pi'^'^ident de Brolfes déclai-e ce qu'il penfe de cet
y, 61, ' Hiltorien. « 11 eft alfez inutile, dit-il, de le confulter fur ....
» l'ancienne hiltoire d'Aiïyrie , dont il n'a peut - être rien fu »
ou du
DE LITTÉRATURE. 425
ou Ju moins dont il n'a prefque rien dit. » Plus bas, cet
Académicien répète les calculs chronologiques de Ion premier
Mémoire. U s'appuie du témoif^nage d'Huber, qui trouve que /'.^^ — 7/.
rien ne s accorde mieux avec le texte Hcbreu que 1 co.er- ^,,„_ ^^,.^_
vation rapportée par Callyfthène , & prend de -là occaTion ^f^'^^*
de défendre Ctéfias contre ceux qui lui préfèrent Hérodote:
il s'efforce enfuite de concilier Ion époque avec y£milius
Sura, avec l'anonyme Grec dont la tradudion , en Laiiu
barbare, a été publiée par Scaliger, & renvoie pour Cephalion ,
Veliéius, Juftin& Agathias, àDefvignoles : c'eft-à-dire, que
M. le Prélident de Brofles répète ce qui a été dit jufqu'ici
fur ce fujet.
La Icuie nouvelle preuve que je croie apercevoir dans le LU. ci: p. p^^.
Mémoire de-ce Savant, ert tirée delà comparaifon qu'il fait
des obfervations Babyloniennes dont p;uleiit Béiole & Crito-
dcme, dans un palîage de Pline fpj fur l'invention des
LetU-es , avec celles de Callyllhène, Les premières, lèlon
lui, font de l'an 490 avant Phoronée , qu'il place en 1773
avant J. C. &: remontent à 22^)3 avant la même époque. Si
l'explication de M. le Préfident de Broffes eft juile (ce qui
n'eit pas démontré) le rapport efl fenlible; les obfervalioiis n^ff^d-m^
de Callyftbène n'ont que trente ans de moins. Au relie, cela '^^J'; '^
prouveroit bien que les Chaldcens formoient alors un peuple
à Babylonc, ou dans la contrée où cette ville fut bâtie,
mais ne donncroit pas le commencement de la mon;uchie
de Ninive.
M. le Préfident de Broffes fmit en difuit : « Je me luis L'kdt.p.So»
fur -tout attaché à la principale preuve chronologique, tenant «
(/}) I.ittiUU fempt-r arbitrer Aj])-
Tias fiiiife; Jld atli a^uJ /Ej^yptics . . .
rt Ahrcurio , ut Gelliiis , alii apiid
Syros rrpertits voliint .... Antklidis in
y£s.\l<t" inveniffe (litteras) quemdam
nomiiie Alinoiia , tradit , quindcciin
annis aiite Plwroiicum , ant'ujiiijjimwn
Gr.rc'w regnn : id.ine inonuinentis ap-
probiire comitur. h diyerso Epigeiiis ,
afiid Jialylriih s JepthigenttTwn viginti
annoriim objlrvatknts Jidiriiin ccéit/ibus
laierculis infif, t'H doi.cl , gravis Atitcr
iinpriiivs : qui tiiiniiiu'.m , Uerpfus iX
Critcdiimus , ijuadriii^tntcTiiin cùlcgiiita
( aliter quadniigent<.rwn iwnnginta )
aniioruiii , ex <]uo appar. t atcmus litte-
r.miin uj'us. Plin. Hill. NiU. Lib. VU,
C. j6.
Tome XL. H h h
42(î MÉMOIRES
" pour principe inconteftable que le temps cîe Ncmrocf , la
» jeunelle de Piialeg, l'origine de la puiliance Babylonienne^
/'./2,7;. » la condriidion de la tour de Bclus, & la première des obler-
» valions allronomiques, étant des ch(;les coïncidentes en un
» même temps , celui d'entre les, anciens Hiftoriens d'Allyrie ,
» dont les dates lont d'accord avec tous ces points , eft celui.
» qui mérite la préférence lur tous les autres ; une telle réunion
» prouvant la vérité de Ion rapport. Je le trouve dans Jules.
^, St. S}. " Airicain .... dont le catalogue n'efl pas une .... ijiventioa
» faite à plaifir par le ieul Clélias , comme les partilans du
» nouveau lyllèine chronologique le prétendent liir un mot
» alîèz peu concluant d'Hérodote , lur un leul chiffre peut-être
fautif. '»
Mais cette réunion s'évanouit , fi l'empire des Mèdes n'a
pas commencé en 808 avant J. C. C'étoJt donc cette époque,
qui ne s'accorde avec aucune de celles que fourniflènt le5
Auteurs anciens , qu'il falloit , à ce qu'il me femble , établir
d'une manière inconteftable , avant que d'avoir recours aux
Me:>i. <if r Ac, rapports en queflion. Pour cela l'écliple du règne de Cyaxare,
''^'^YxJi'l ^^^^ ^^^ 5^5 avant J. C. deux cents vingt-trois ans après
r'7i-7S- ' ^^ fiége de Ninive par Arbace , ne lufîiloit pas, non plus
que les preuves par approximation que prélenie le premier
TomfXJl, Mémoire de M. le Préfalent de Broffès.
p.j^.jS, Ce Savant s'élève, (ur la fm du fécond, contre les difcîples
de Marsham , d'Ulférius, de Génébrard , dont le fèntiment.
favorife le Pyrrhonifme hiflorique, contre Newton même ^
& rend juftice aux efforts qu'a faits M. Defvignoles pour
tiii/icr les attaques àts adverfaires de l'ancienne Chronologie»
Ces Mémoires font remplis d'une érudition vafte &. bien
ménagée, & de vues nouvelles lur la comparailon qu'on peut
TomtXXl, faire de l'hilroire Orientale, avant & après Alexandre, donnée
?!' -^i' par les Orientaux , avec ce que les Grecs nous en ont
confèrvév
Mais il en réfulte , ainfi que de tous les Ouvrages dont
j'ai donné le précis, 1." Que les Anciens paroilîënt varier
lur l'époque du commencement & lur la durée de l'empire
DE LITTERATURE. 427
AfTyrien. x^ Que les Critiques. modernes les plus inftruits ,
fe ibnt contentés d'adopter le calcul reçu le plus généralement,
celui de Ctédas, & de concilier ce calcul avec les Auteurs
qui s'en éloignent de deux cents à trois cents ans , en aban-
donnant Hérodote qui leur paroît diilcrer de Ctéfias de près
de neuf cents ans; que d'auti'es Chronologiftes célèbres, fuivant
le parti oppofé , rejettent les rois d'Alîyrie de Ctéi'ias , le
catalogue de Jules Africain; & qu'enhn un Lecteur dcTuitéreiTé,
& qui ne voit l'Hiltoire ancienne que dans les nionumens,
trouve la queftion auffi indécile, auiii embarralFée, quant au
point principal , après avoir examiné tout ce qui a été écrit
fur ce fujel, qu'elle le lui paroilîoit aupai'avant : c'cft mcme
la rédexion que fait pour l'ordinaire le dernier Chronologilte, Ci-d.p.^i 6,
après avoir réfuté ceux qui le précèdent.
Je n'ai, comme je l'ai dit au commencement de ce Mémoire,
que des conjectures à proposer fur cette matière : mais je
foutiens que , d;uis un pareil conHit d'opinions , on peut être
reçu à préienter des conjectures. J'ai de plus un préjugé en
ma faveur; mes conjedures vont à concilier Hérodote avec
Clélias , & ces deux Hiiloriens avec les Orientaux. Ce n'efl:
pas que je ne reconnoilfe dans ces Ecrivains des erreurs, (\q%
fautes telles que l'humanité en permet , telles qu'on en trouvera
dans tous les Auteurs , fur-tout quand il eft qucflion de temps
éloignés , de Nations étrangères : mais je délends , pour le
gros des laits, pour le fond de Ihidoire, leur véracité, leur
exactitude même. C efl ce qui fera développé dans la féconde
partie de ce Mémoire.
SECONDE PARTIE.
.1 E commence par fixer le fens du padagc d'Hérodote,
c'eil-à-dire, p;u" prouver que cet Hillorien ne donne réellement
que cinq cents vingt ans au règne des Ail) riens dans la haute
Afie, julqu'a la révolte des Mèdes. J'ai rapporté ci - devant
le texte de cet Ecrivain. Les AJfyrhns , dit -il, ayant tenu OV.^. ;//,
l'empire Je la haute •Ajie , ttiî oit» ^ h<nf<ç, , pendant cinq ecnis "'" i"^'
H h h ij
428 MÉMOIRES
vingt ans , è-rn 'Itio, uvMcn -L, TCiVTxyJtr.-jL les Mcdes commencèrent
les premiers à fe fouflraire à leur puijfcince.
Crtnl! Faficul. Voiftius prétend que par ces paroles , y\ 0.^01 Acn-fi, Hérodote
}'l"'S'7^P- a voulu marquer regnum Ajjyrioruni nwplijjimum fuijfe ; il leur
donne le même lens qu'à celles-ci , >i clvu 'AAuoi Ta.iu.pM 'Actih?,
qui renfermoient la Perle, l'Aliyrie. Mais le nord de l'Afie,
& l'Afie depuis le nord du Heuve Halys, font deux choies.
Le texte d'Hérodote eit clair : cet Hillorieii paile de
l'empire des Aliyriens ; & ce qu'il ajoute plus bas , au (ujet
de Phraortes, t'ait voir qu'il eft queftionde ceuxde Ninive (n).
Hérodote pai'le de l'empire de ces AlFyriens iur la haute
Afie, & avec railon , puilque, dans cet endroit, (on objet prin-
cipal elt la révolte des Medes, peuple de cette contrée , laquelle
donna nailiance à une Monarchie, détruite dans la luite par
les Perles , dont Hérodote s'occupe dans le relte de ion pre-
- mier livre.
Mais les paroles de cet Hiftorien ne difent pas , qu'avant
ces cinq cents vingt ans , les Aliyriens n'euUënt pas un Empire
particulier, cjuoique leur domination ne s'étendit pas Iur la
haute Alie , ou du moins qu'elle n'y eût duré que peu de
temps. Généralement on fait conunencer l'en, pire ue Cyrus
fur l'Afie, à l'an ^^6 avant J. C veut-on par-là révoquer
en doute les vingt- quatre ans du règne antérieur de ce Prince
fur les Mèdes & iur les Perles! Nullement : on parle (eulenient
de Ion règne furies Mèdes, les Perles, les Babyloniens, &c.
réunis en un ieul & même Empire.
li eft donc queflion de favoir , fi la monarchie des Ai'j-
riens étant auparavant concentrée dans la balle Afie, ou m. me
dépendant d'une Puilîànce étrangère , leur Empii e Iur la haute
Aiie a réellement commencé cinq cents vingt ou cinq ceivts
ans avant la révolte des Mèdes. Ce point une fois prouvé»
il n'eft plus néceifaire de lire quinze cents vingt ans , ni quinze
aMCiif (Â^ -mi îmmv ivvKcvnç. Lib. l, p. ^8» ' *
DE LITTÉRATURE. 429
cents dans Hérodote. Diodore de Sicile, qui fe déclare pour Ci-d.p.^g^,
Cléfias, & devoit avoir fous les yeux, dans une matière^ ^'
controvcrfce , un maniiforit exaél d'Hérodote, dit que (li) ,
félon cet Hiftorien , il y avoit cinq cents ans que les Ajjyiicns
ré gn oient fur l'AJie , lorfque leur ( Empire) fut détruit pur les
JVlèdes ; qu'il le paiTa enluite un grand nombre de généra-
rations, fans qu'il y eût de Roi qui s'attribuât la louveraine
autorité lur tout le pays, les villes étant foumiles iéparément
au Gouvernement démocratique,
Laurent Rhodoman rend ces mots, AjsrsMii^-v yjt-r>;AiS^vou,
par, à Médis fubaélos ejfe. Pour rapprocher la citation de
Diodore du texte d'Hciodote, je crois que par- là on doit
fimplement entendre la fcillion que la révolte des Mèues
cauià dans l'empire Allyrien , étendu alors fur toute l'Alie,
& non la dellruclion delà monarchie particulière des Aliyritns
de Ninive.
11 faut cependant convenir que la manière dont Diodore
cite ici Hérodote, ell peu exaèU. De même lorlque ce dernier
Écrivain dit cinq cej.ti viiigt ans, Diodore donne un compte Vor/l.mCren.
ro.iJ , cinq cei.to ans. Faric. ^.^ag.
rlcr jdoïc ne nous apprend pas combien de temps dura
l'autonomie dei Mcdes. Si Ion en croit Diodore, il rapporte
qu'elle dura un grand nombre de généralioiis , -TTtMctï ^^itaç ; &
il leinbie, daiij Diodore, que celle autonomie ait eu litu chez
les Aliyriens lounds, çi mme chez les Alèdes conquérans.
Sans prêter, avec Voriiiu;>, des internions à Diodore de
Sicile, d'.ins la manière owiii il cite Hérodote, je ilis que
l'exacliiude de celHidoritn e(t a peu-[ rcs celle que l'on doit
attendre iies Écrivains : on ne peut guère exiger d'eux que
de conlcrver le tond ^^i^i- laiis, &. c'elt ce que nwus rtlrou\c;ns
ici dans les cinq ctiits an.s de Diodore de Sicile; car s'il avoit
été quedioii de quinze cents ans, comme cet Hiltorien dit
•m'-mieçici ■fiTtJiitP» rtn'hmai à.^ -lu-mt ,
lytâ i<u,Tà( Torjiiifj^ou, <haixiî<&V4 J>s'S*fCL--
Ttugif. JJtod. Sic. lib, 1 1 } p> 1 1 3'
430 MÉMOIRES
ailleurs que l'empire d'Affyrie en avoit duré plus de quatorze
cents, & cela d'après Ctédas, il n'oppoleroit pas Hciodote
à te dernier Kcrivain.
On peut, lur la manière dont j'entends les cinq cents vingt
ans d'Hérodote, citer deux pallages qui femblent faire croirç
que pcU"-là cet Hillorien a voulu marquer la durée totale de
l'empire Airyrien.
LiLi.i'.^. Le premier paffage d'Hérodote nous apprend que le règne
des Héraclides à Sardes, a commencé par Argon (fils) de
Ninus, lequel étoit lils de Bélus, lils d'Aicée; & il venoit
'Me'm. ^f r Ac. de dire qu'AIcée étoit lib d'Hercule. M. Fréret place la naiC-
tvfv.''^^/"? ^^'""^^ d'Aicée à l'an 1345) avant J. C. on peut lui donner
Defiigml lil: Bélus à vingt-cinq ans; ce Prince aura régné auiïi à vingt
cit.p.ip' . ^^ vingt -cinq ans : ainfi le règne de Bélus tombera à l'an
1300 plus ou moins avant J. C. c^ qui s'accorde avec les
» cinq cents vingt ans qu'Hérodote donne à l'empire Aiïynen
fondé par Bélus , & avec les cent cinquante qu'il donne au
règne des Mèdes.
Scaliger répondroît fimplement à l'objeéîion , que cette
Can.ijagog. généalogie de Ninus ell une faute ou d'Hérodote ou des
F- S ^7- Copiftes. Qui ne fera pas furprls , dit-il, de voir Ni]ius ,
fils de Bélus, au nombre des deicendans d'Hercule, qui a
Mém.dfl'Ac. paru au moins mille ans après lui ! Mais M. l'abbé Sévin
des Bell. Leur. ^[jfei-Ye g^vec railon que les noms de Bélus & de Ninus .
célèbres par les grandes aéljons de ceux qui les avoient portés,
ont pu fe répandre dans des provinces encore plus éloignées
de l'Afî'yrie , que ne l'étoit la Lydie. El d'ailleurs Hérodote
ne donne ici ni à Ninus, ni à Bélus le titre de roi de Baby-
L, ji,(>. 1 dS. lone ou de Ninive : mais lorfqu'il tait mention de Sardanapale ,
il l'appelle roi de Ninive. II efl donc naturel de penfer que
cet Hillorien, dans le paliàge allégué, veut pai'ler d'un Ninus
5c d'un Bélus ditférens des rois d'Affyrie de ce nom. Il paroît
L.àt.p,2S;. que c'eft le fentiment de M. Fréret qui, dans fa Dilîèrtation
iur la chronologie de l'hiftoire de Lydie , rapporte cette
généalogie d'Argon, fans pai'ler du Bélus , fondateur de l'em-
pire d'Affyrie.
DE LITTÉRATURE. 43,
Le fécond paflage d'Hérodote qui porte à croire qu'ii a
renfermé, en cinq cents vingt ans, la durée tot<Je de l'empire
Alfyrien , ed plus dilficile à expliquer. Cet HiÛorien, pariant LKi.p.s^.
de Babyione, nous apprend que cette ville avoit eu beaucoup
de Roi-s dont il devoit taire mention danj Tes Ajfyriacjues ;
que, parmi ces Princes, pai'oilioient deux femmes à cinq
générations l'une de i'auti"e : » /jd-jj i^zçjm^v cLp^aarx, t>!5 vt^ç^v
-yiviY\(n TiivTi 'Zj^irJêpx ytvo/^V"; que la première le nommoit
Sémiramis ; que la féconde, appelée Nitocris, étoit plus habile
que celle qui avoii régné la première , a-vrii $ (P^n-raTip-n ')^vojudpyt
TiH 'V^^-nç^v aLpt,^(j>-i. Plus bas il ajoute, qu'elle étoit femme Pc^e Ss.
de Labyiiite, roi d'Aliyric, & que Cyrus marcha contre /on
lils , aulli roi d'Allvrie , &. nommé Labynite comme Ion père.
Si Kow prend les cinq générations, mcme pour deux cents
ans environ, comment, dira-t-on, Hérodote peut-il mettre
un fi court eljiace entre la temme de Ninus & celle de
Labynite ! Il lailoit qu il diminuiit prodigieuièment la durée
de l'empire Alîyricn. De-là on prend occafion de dire,
Q^\ Hérodote net oit qu'un enfant dans l'anàenne Iiijîoire des Dtjvi£n.lih.dt.
AJjy riens , non plus que les Grecs qui l'avaient précédé, i>-iSo.
Pour moi je conclus limplement que , quelqu'opinion
qu'Hérodote ait euelur la durée de la monarchie Aiîyrienne,
il n'ell pas polîible de iuppc.ler qu'il n'ait mis que deux cents
ans entre le troifième règne de cet Empire & l'an 600 avant
J» C. ou la fin du règne des Mèdes.
Ainli, ou il faut lire cinquante générations, au lieu de
ciiuj, comme Scaliger l'a propolé, ou uicn il faut prendre Ci-J-fs^u
les générations pour Aas âges, des hècles, avec Shuckford. Ci-d.i>.^oi.
Les cinquante générations, à vingt cinq années la génération,
donnent dou/e cents cinquante ans, 6: reniplilfeiU à peu-près
i intervalle reconnu alici généralement entre Sémiramis &
Nitocris ou Labynite.
M. Delvignoles n'admet pas celte fululion. Cela lèroit bon , '-'<• «>•
dit -il, li on pouvoii concilier Hcrodole avec les Hilluriens :
mais on verra plu.-, bas que cette conciliation n'dl pas lii
diJlicile que ce SaviUU l'a cru.
43 i MÉMOIRES
L'explication de Shiickford me paroît plus fimpîe, &
d'ailleurs plus conforme à la manière dont Hérodote s'exprime,
Cid.p.^iS. loriiju'il lait mention des Aflyriens. J'ai remarque d'abord
qu'il ne parle de cette Nation que comme dominante iur la
haute Alie (dans le xv/ liècle avant J. C. ). 2." On verra
Llhr. VU. plus bas cjue fon Bélus , père de Cephée, roi de Perfe, étoit
p-fO'-fJ'^' contemporain ( fi ce n'eft pas le même perfonnage ) de
Bclochus, dix-neuvième roi d'Aflyrie, lous qui a commencé
cet empire Ait!, Aliyriens fur la haute Alie. 11 n'ell donc ici
queflion que des cinq cents dernières années de l'empire
AlTyrien ; &: luivant cet Hiflorien dans fa marche, je dis
qLi il fiiut entendre par Sèmiramis, une Princelle de ce nom,
j-w./M.Onw. célèbre du temps de Bclochus, ou peu de temps après ce
^'"^'"^■/"^'^•Momu-que.
Dans l'anonyme Grec, dont la tradudion a été publiée
Pdgey^, p;ii- Scaliger , on voit paroître après Amintus, dix - huitième
roi dAliyrie, une Princeffe appelée Aèl:ofai & Sémiramis ,
Orra. /;>.//, laquelle règne vingt -trois ans : & Eusèbe , qui la nomme
^'^'°' Atolia & Sémiramis, nous apprend qu'elle étoit fille de
Bélochus , 6c qu'elle régna avec lui douze ans.
Cod. 1S6, Phoiius reproche à Conon d'avoir attribué à Sémiramis,
P\f^7'-^^^- {emme de Ninus, ce que les Hifloriens rapportoient de
l'alîyrienne Atolfa; par exemple, qu'après avoir eu commerce
avec fon fils, fans le connoitre, elle l'avoit époufé , Se que,
depuis cette Princelfe , les Perfes & les Mèdes avoient permis
ces mariages, qui jufqu'alors leur avoient paru infâmes. Ce
trait , félon Photius , regai'de donc Sémiramis Atoffa ; & l'on
verra plus bas qu'il répond aux mœurs du pays où régnoit'
Bélochus, lorfque les Arabes étoient maîtres de l'Afie.
On fait que S.' Clément d'Alexandi'ie a prétendu que l'inven-
tion de prelque tous les Arts étoit due à ceux que les Grecs
Strom. traitoient de Barbares. Dans l'endroit de fes Stromates , qui
/"yz.'/"^' contient les preuves de cette allèrtion, cet Ecrivain nous
apprend, qu'c//^ rapport d'Ellanicus , Atojja , reine des Perfes ,
étoit la première qui eût compofé des lettres mijfives , 'srç^'mi
t7nqo?\^i avvTÛ.B,Mi- Une invention de ce genre peut nous donner .
quelqu'idéô
DE LITTÉRATURE. 433
qaeiqu'idée de l'efprit de cette PrincelTe ; elle aura fait ccnf-
truire les levées dont parle Hérodote. Ce n'étoit pas - là Lib.r.p.S^,
bâtir Babylone , comme cet Hiftorien , fi l'on en croit
Etienne de Bizance , le difoit de Sémiramis : & ces travaux -^'^ <;"«
n'empêchoient pas que Sémiramis AtolTa ne pût être fort '^"^'"''
inférieure , pour le génie , à Nitocris , dont les ou^■rages
merveilleux font décrits par l'hiftorien Grec.
Mais fi Hérodote avoit voulu parler de la femme de
Ninus , d'une Princefle à laquelle les Anciens attribuent Diod.Sic.Lir,
d'avoir bâti, ou au moins embelli Babylone, d'avoir fondé ^sfr'JU.xvi
pluficurs villes & agrandi l'empire Affyrien , il ne fe feroit p./ ,7.
pas contenté de dire qu'elle avoit fait conllruire des chauiîées Evjd.Chnn.
pour contenir les eaux de i'Euphrate , quelque famcufes ^^^' " ' ''■ -f '^'
d'ailleurs que fuffeiit ces chauffées ; &. furement il ne l'auroit
pas mife au-de(fous de Nitocris.
C'efl ce qui ne permet pas d'adopter une autre explication,
ièlon laquelle la durée totale de l'empire Alfyrien étant iup-
pofée de cinq cents vingt ans , la première Sémiramis ,
troilième reine des Alîyriens, feroit à cinq cents ans de
Nitocris, dont le règne répond au troifième roi des Mèdes,
chez Hérodote : d'ailleurs cet Hiltorien auroit alors dû compter
deux Princelîês du nom de Sémiramis { la première , &
Sémiramis Atolfa ) dans la fuite des rois d'Afiyrie.
Voyons maintenant s'il elt poiril)le de concilier les dates:
ii faut pour cela calculer d'après Hérodote. Cet Hiilorien
donne cinq cents vingt ou cinq cents ans à l'empire des
AHyriens lur la haute Afie, & au plus cent cinquante ans
au règne des Mèdes; or Sémiramis Atofla, fille du dernier
Roi de la première famille des monarques Aflyriens , a
régné douze ans avec ion père, s'ell mariée, a eu ini lils, Ai.vh.^. r^,
& a époufé enfuite ce fils. Je place l'invalion de Bélélaras , "'"•'"•""'•
ù laquelle commence l'empire îles Ali}riens lur la haute
Alie, à la fin des douze années de règne d'Atolia avec Ion
père; c'éloienl vrailemblablemenl les douze premières année*
de fon premier mariage : elle pouvoil avoir trente à trente-
deux ans. Le deuxième m;u"iage , avec Ion lils, aura clé à
Tome XL. 1 ii
434 MÉMOIRES
quarante ou cinquante ans; alnfi je puis ôter vingt ou trente
ans des cinq cents vingt, û cette Princei^fe a vccu foixante
ans : reftent quatre cents quatre-vingt-dix.
HtroA,!.!, D'un autre côté, le temps auqut^l vivoit Nitocris, incre
f'j-^' de Labynite, doit répondre au règne de Cyaxare. J'ôte en
conféquence cinquante ans des cent cinquante du règne des
Mèdes, & joignant les deux refies, quatre cents quatre-
vingt-dix & cent, j'ai cinq cents quatre-vingt-dix (ou cinq
cents (oixante-dix pour cinq cents ans, félon Diodore).
Hérodote , qui ne marque pas la durée de l'autonomie
des Mèdes, a pu l'omettre; & dans un endroit où il donne
en paiïànt l'intervalle de temps qui fépare deux PrincefTes,
dire en général que la première étolt plus ancienne que la
féconde, de cinq fiècles, au lieu de dire pofitivement, de
près de fix fiècles.
Les Ecrivains que l'on croit rapprocher le règne de
Ci-il.p,;;/o, Sémiramis du temps de la guerre de Troye, peuvent encore
Simjon, Ub. s'expliquer par la deuxième Princelîë du nom de Sémiramis
tit.pag.2. y, I étoffa ) , qui aura paru un fiècle ou deux avant cet évè-
Urjimôamhon, ^ r t I /T^
f.tS^.Eyiiog, nement fameux chez les Lirecs.
r.2^1, Qj^ y^jj. niaintenant que les reproches faits à Hérodote,
fîir Ion peu de connoifTaiice de l'hifloire Affyrienne, tombent
d'eux-mêmes, i." Il fuffit de fuivre la marche de cet
Ci-d.p,;;y. Hifîorien, pour reconnoître qu'il eft bien éloigné de parler
au hafard. Il nous avertit, comme je l'ai déjà obfervé, avant
que de pai'ler des Affyriens & des Mèdes , que , de fon temps ,
il y avoit différentes manières de rapporter ce qui regardoit
Cyrus, mais qu'il s'aîtachoit atix Perfes jaloux de présenter
a-d,p.^^,, les chofes telles qu'elles étoient. 2.° Hérodote promet défaire
mention des anciens rois de Babylone dans fon hifloire des
Affyriens, ouvrage qu'Ariflote avoit vu. Hérodote avoit donc
étudié cette matière.
D'ailleurs, pourquoi prétendre que cet Écrivain auroit dû
s'arrêter davantage aux rois d'Alfyrie , parier plus au long de
leur Empire, tandis que Diodore de Sicile, qui avoit fous
les yeux l'ouvrage de Ctéfias, ne nomme que les quatre
DE LITTÉRATURE. 43 5
premiers de ces Rois , & fe contente de donoer la durée totale
de l'empire Afîv'rien , dans laquelle mcme on trouve qu'il
varie , fans rapporter ni les noms ni les années de règne , à
trois près l Ces détails fè feroient trouvés dans une hiftoire
particulière, mais peuvent très-bien manquer dans une hiftoire
générale, fans qu'on ait droit d'en faire un crime à l'Auteur.
J'ai peu de choies à dire de Ctéfias : j'adopte , avec le
plus grand nombre des Savans, la durée que cet Hiltorien
donnoit à l'empire d'Alfyrie ; mais avec des modifications
fondées fur les variétés qui le trouvent dans les Aulv^urs qui
nous en préfentent des extraits.
Dans Diodore de Sicile, cette durée eft tantôt de treize CiJ.p.j;S.
cents foixante ans, tantôt de plus de quatorze cents, ou plus
de treize cents, félon le Syncelle. D'un autre côté, Agatliias, y^^'^p- ' ^t--
copie en cela parle Syncelle, paroît avoir lu, dans Ctéfias SjKcdi.'lic.cù,
Se même dans Diodore, treize cents fix au lieu de treize cents /'•///•
foixante. Maigre ce que les Critiques dilent de cette dernière
leçon , je penle qu'il eft permis d'adopter la première , ii
d'ailleurs ou la retrouve dans des Ecrivains judicieux. Je lis
en conféquence treize cents fix ans ou treize cents avec Juftin , Ciff.p.j çg,
mais le règne de Bélus compris, comme fait S.' Auguftin, >:',,, "o]xin'.
/uivi en cela du P. Petau, de Straukius ; parce qu'il eft'"
<jueftion de la durée totale de l'empire Alîyrien , &. que dJ-r-^S;^.
dans des ficelés aufti éloignés , &; des hiftoires de cette nature ,
la critique porte toujours à raccourcir les temps : d'ailleurs ce
calcul eft à peu -près celui d'Eusèbe, en ajoutant le règne
de Bélus.
De même, lorfque d'un côté Agatlii;is nous apprend , d'après
Bien & Alexandre Polyhiftor, que la famille des Dercetades,
rois d'AfTyrie, delcendans de Sémiramis , huit dans Bélimus
( Bélociius ) ; & que de l'auti-e, Diodore de Sicile fait ( peut-
^tre de lui-même) des trente (ou trente-cinq) rois d'Alfyrie Ct-J.i:;;S,
une mcme famille, je préfère, à fon témoignage, celui
d'Agalliias qui s'accorde avec l'hiftoire Orientale.
Relie le catalogue des rois d'Allyrie de Jules Africain que
je rtvoii tout entier, avec les dyuallies Clialdéenne >!<c Arabe;
I i i ij
436 MÉMOIRES
mais , pour les règnes Aflyriens , tel qu'il fe trouve Jans
Eusèbe, parce que chez cet Ecrivain, il approche plus du-
nombre des Rois & de la durce de l'empire Allyrien, donnés
par Ctcfias. Eusèbe & le Syncelle ne diffèrent proprement
qu'après Bélétaras : au relie, à trois mille ans de dillance, &
quand il n'eit queftion que de rapports généraux, cinq à fix
Rois de plus ou de moins ne doivent pas arrêter.
Le feul point effentiel dans lequel je m'éloigne d'Eusèbe
lu/fù.Kq^vix. &C du Syncelle, elt la uiihibution de ces trois dynailies.
lé. 1, 'ait. 2.' Yy^x-xs ces Écrivains, celle des Chaldéens comiTvence avec le
Syi^'J'i'.l'htcU. royaume de Babylone : à la tète paroît Évecholis qu'ils
p.jia.^2. prennent pour Nemrod. Les Chaldéeus font place aux
Arabes , auxquels on ajoute que ïei AlFyriens luccédèrent :■
cette alFertion peut être d'Eusèbe & du Syncelle ; les auto-
rités qu'ils citeat, Polybe, Diodore, Céphalion , Cador,
Tliallus, font uniquement pour prouver que Machoscleros
elt le même perfoniiage que Sardanapale.
Id-r-p^' Eusèbe & le Syucelle donnent enluite les rois d'AlTyrie.
Mais les dynailies Chaldéenne & Arabe, Jules AÎricain-
GU Eusèbe avoieut dû les tirer de Bérolè , ou d'Alexandre
/^.;>, /^;7<?. Polyhiftor , ou d'Abydène, ou d'Apollodore , ou d'Hiftiée
£ujeé.Kssv"i- jç Milet • écrivains qui avoient Ipécialemjent traité des
Lhaldcens.
Quant au catalogue des rois d'Aiïyrie, j'ai déjà obfervé
que M. Fréret penfe avec raifon qu'il a pu être copié fur
€!-J.p.^oS. celui qui étoit à la fin du vingt-troilième livre de Ctéfias.
Voilà donc des Écrivains différens pour ces difFérens
catalogues. Eusèbe & le Syncelle auront jugé à propos de
réunir ce qui, dans Jules Africain, étoit féparé; c'ell-à-dire,-
de mettre ces trois dynailies de fuite : & c'eft en quoi je
penfe qu'ils fe font trompés. Les Chaldéens eurent un Etat,
des Rois, ainfi q_ue les Ninivites, & dans le même temps,
tantôt maîtres de i'Alîyrie, tantôt fournis aux monarques de
^^/>.^77. cet Empire. Ainfi je place, avec les Écrivains que j'ai cités-
pfus haut, les dynailies Chaldéenne & Arabe à Babylone,.
dmi le temps mêms où les rois d'Aflyrie iiégnoient à Niiiive t
DE LITTÉRATURE. 437
voilà tout le changement que je crois devoir faire dans le
Syncelle.
Des Grecs paflons aux Orientaux qui nous ont donné
l'ancienne hiftoke de Perle. M. Fourmont , après avoir R^ffx. erit.
prcf^nté la luile des rois de Perle , telle qu'elle fe trouve f^/ll^/^f^
dans Texcira &: dans d'Herbelot , avoue qu'il ne peut l'ac-
corder avec i'hifloire ancienne. M. Fréret a répété la mcme
chofe. Mais en examinant les différens fyftèmes que propofe Mém.del'Ac.
ce dernier Savant lur l'époque de Djemlchid , on voit que , f\y/', ^'"J^'
s'il avoit été en état de conlulter lui-même les monumens z6j^:i66.
orientaux échappés au temps, il leroit ailément revenu ^ç^^'^i^'-^"'
fes préjugés contre les traditions Perles.
Ce lont ces monumens que je hafarde de concilier avec
les Grecs & les Latins. Pour cela, je pars de points avoués,
& remonte , par des époques connues , julqu'à ces temps qu'on
a jufqu'ici traités de fabuleux.
On convient allez du commencement de la dynaflie àçs
Salîànides, dans le ui.'' fitcle de l'ère Chrétienne. 11 y a àçs
difficultés pour celle à^s Afchkanides : mais la lui de celle
des Kéaniens qui l'a précédée, & la mort d'Alexandre dans
Je IV. " fiècle avant l'ère Chrétienne, forment des époques
également certaines chez les Grecs & chez les Orientaux.
On peut encore reconnoitre plufieurs rois Kéaniens dans la
lifte des rois Modes & des rois Perfes , comme Kaous, dans
Cambyfe ; Ké Khofro , dans Cyaxare ou Cyrus ; Hyftalpe,
dans Guflap; Artiixerxcs - Longue - main , dans Ardefchir
Dcrazdaft.
Mais la dynaftie des Pefchdadiens , ces règnes defixàfêpt
cents ans de Djemlchid, de mille ans de Zohâk , de cinq
cents ans de Féridoun ; voilà ce qui, julqu'ici a paru impol^
fible à concilitT avec l'Iiilloire. La lolulion tlt pourtant
très - fimple : je l'ai déjà annoncée dans un de mes Mcmoires; Id. t. XXXV>.
ces trois règnes font trois cixmijlics. r.iCo.
Commentions par le deiiuer, celui de Féridoun. Le règne
de ce Prince, (juc les Orientaux lont de cinq cents ans,
répond au moiju à dix générations. Les noms dei Piuriiailicrs,
438 MÉMOIRES
«iefcendans de ce Monarcjue, qui forment ces gcncratîons,
^ ZenJ-affjfa , font Hipportcs daiis le Boun-Jeliefcli, aliifi que dans le Tarikii
'ir'Lr^t'^''^^ I^JcrirelTubcin, cité dans le Modjmel el Tavarikii, avec
quelques, diflcrences peu conlidérables :°&: fi l'on prolonge
ce règne jufqu'à Minotcher qui , chez les écrivains Orientaux
fuccède à Féridouji , il comprend au moins onze générations.
Donc ce règne efl une dynaftie.
iJ.p.^rj,; Le Boun-dehefch n'elt pas moins formel fur Zohâk. Oa
y lit que pendant le règne de ce Prince , que les Orientaux
iont de mille ans , il s'efl écoulé dix vies de particuliers de
cent ans chacune, fans compter le père de Féridoun vainqueur
du monarque Arabe. Huit des Particuliers qui forment ces
générations, portent le mcme nom, Atvian, avec des furnoms
pris de la nature de leurs troupeaux de boeufs. Zohâk eft
Ili'J- donc ui\ nom de dynaflie ; aufh eft-il dit de la mère de ce
Prince , que d'elle iont venus dix hontes : ce font les dix
générations dans la ligne Arabe.
Ce que je viens de dire de Féridoun & de Zohâk , efl
confirmé pai* Mirkond qui , dans le Roipt euffafa , nous
apprend que , félon plufieurs Hiftoriens , on comptoit huit
géiicrations entre Féridoun & Djemfchid , & beaucoup de
générations (c) entre Minotcher & Irets fils de Féridoun,
& mort du vivant même de ce Prince.
Je raifonne à peu-près de même fur le règne de Djemfchid.
Dans Mirkond, ce Prince, félon les uns a vécu mille ans,
Rox: tujfafa. & régné fèpt cents ans ; félon d'autres , il a régné fix cents
DjuiiitfiiX' ''^"^ ^ ^" ^ yécw fept cents. Si dans les écrivains Orientaux
Tnj'arU^h il n'y a qu'une ou deux générations entre ce Monarque &
Zohâk , c'ed quil a paru un Zohâk fur la fin de ce que
j'appelle le vrai ou premier Djemfchid , comme on le verra
plus bas. Mais ici ce font les Grecs qui nous donnent les
règnes qui rempliiïènt la dynaflie de Djemfchid ; on reconnoît
(c) Dar haai^i a-^ tavarikh hafcht vaflteh m'ian 0 vé Djem atjbat kardand.
Rozot eiiiTafa , fjjeld. 1, ■art. Féridoun.
Gmrohi tchand vaflteh mian 0 ve Jrfts irad hardojid. lh\i. art- Minotcheher.
DE LITTÉRATURE. 439
tncme parmi les rois de Babylone qui forment cette dynaftie ,
le fils & le petit-fiis de ce Monarque.
Je crois devoir obferver que, dans les livres Tends, il n'efl
fait nulle mention de ces règnes de mille ans, de fept cents,
de cinq cents ans, quoique les avantages , & du côté des biens
de la terre , & du coté du corps , dont ces Princes ont joui ,
y loient iôuvent rappelés. Lorfqu'il eft queflion d'une vie
longue, c'eft Tehmourets qui eft: cité, quoique ce Prince ZenA av. t. lï,
n'ait régné que trente ans ; c'eft Tervan ( le Temps) , dans ^„lff^"^^"'
l'Afri/i du Mieid (d). Lr-yo.
Mais tous les perlonnages qui ont précédé ou fuivi ces
trois prétendus règnes, n'ont vécu que k nombre d'années
ordinaire dans le cours de la Nature , quatre-vingt-treize,
cent , cent vingt , &c. même ceux qui font repréfentés comme P.jSo. ^tj,
\qs plus proches de l'origine du genre humain. }}3,Ko:ti,
Ce que j'ai dit à^i trois dynafties de Djemfchid , Zohàk
&. Féridoun , peut donc paffer pour un point certain.
A ces dynafties répondent , chez les Grecs , celle àes
Chaldéens, celle des Arabes, & celle de Bclétaras, dans la
fuite Aqs rois de Ninive ou d'Aft^yrie.
Ctélias ( ou Diodore ) donne comme fe fuccédant de père
rn fils les trente ou trente -cinq rois de Ninive; & ces
Princes, dans les archives des Perfes , pou voient être prélèntés
(d ) Je pcnfe que ce qui efl dit ,
dans le Ven.iiJuJ , des neuf cents por-
tions de terre défrichées par Djeni-
fchid , aura pu donner Mou i ce qu'en
rapporte de la longue vie de ce Prince.
On aura traduit les mots Zcnds
( Zcnd-av. tout. 1 , 2.' P. p. zjl)
threflo -^emé ^cn Pthlvi , fcli^ner fjd
^ainj par ^ après J trcis <:eiits tttnps
ou ans : & ainfi , A/ujc/wuefiû -erné
( en Pehhi , fcliafcltcn fad ^am ) ;
ntoiicjJo lemc ( en Pthlvi , ncluin fad
^am ) , par ( aj^cs ) fix ctnts ans ,
(après) neuf cents ans. Le mot Pcidvi,
•^am , peut fignificr temps : &. ce
Cens c!i autoriré par ia glofc Pehlvie,
qui , fur ces mois : Djemfchid exécuta
ce que fcn c.vur difroit , ajoute que,
pendant plus de fix cents ans du rétine
de Djemfchid, Ahriman ne put rien
faire contre lui ; qu'il n'y tut , dans
for! empire, ni mon ni viciliefTe; &
eue ce Monarque mourut à mille ans.
Mais il ne peut y avoir de doute fur
le fens du nuit Zend , ^einé , ou -<•-
mché ; nuifque , dans \e Pehivi , lorf-
qu'il cil queilion des mille f /irtions
de J terre , façonnées par Djcmfthid,
cette cxpreffion efl rendue par damih,
qui ne ftgnific que tem.
440 MÉMOIRES
comme formant une feule &: même famille. Les Iiifloriens
Orientaux nomment Pelchdadieiis la fuite des princes Perfcs,
Arabes & Touranians qui ont régné en Perle , julcju'à Ké
Kaous. Mais dans les Ouvrages plus exads , dans les livres
Zend-av.i.l, de Religion , le nom de Pefchdadiens dcligne les hommes qui
j. R p. <!/, pratiquoient la loi de Djemlcliid, antérieure àceiié de Zoroaftre.
Ce Prince eft regardé comme le premier mortel à qui Ormuzd
ait propofe une loi; de-là les perfonnages qui l'ont précédé,
ou du moins Tehmourets qui , fous Ton règne , pouvoit
id, tome II. être encore vivant, font Innplement appelés Kéans , dans le
f.^i6. Bov.n-jdchefchd^ dans le Tavarïch Schah-namah.
Mais ce qui forme toujours trois époques chez les Perlés,
Up.zSf, ce font les règnes de Djtmfchid, de ZoJîàk cSc de Féridoun.
irnout, j)ç même, dans les Écrivains qui avoient fait l'hiftoire des
Chaldéens , &: qui par conféquent remontoient plus haut que
ie royaume de Ninive, les ChaJdéeios &. les Arabes étoient
diftingués des Afîyriens.
D'après ces réflexions & les faits prouvés dans ce Mémoire,
je vais donner une efpèce de Canon chronologique , qui
préfentera l'accord des Grecs & Ô£:s Orientaux lur les premières
Monarchies formées après le Déluge'. On iait que, félon le
texte Hébreu , cette cataflroplie arriva l'an i 6 5 6 de la créa-
tion du monde; félon les Septante, l'an 2262 ou 2242;
Wkifl.Theciy, félon le texte Samaritain , l'an i 3 07 : différences confidérables
^'' 'hiiil Uwv. ^'•'''' f^Lidroit commencer par faire difparoître, fi l'on vouloit
tr. de l'Angi. rapporter cet événement terrible à un phénomène aftronomique
^pag^','/'s~ '■'^"'^ le temps leroit d'ailleurs déterminé.
^7'' Je fuis , dans ce Mémoire, le calaii du texte Hébreu , qui
-efl le plus généralement reçu ; & pour procéder avec quelque
certitude, je m'arrête aune première époque , celle des oblèr-
vations faites à Babylone par les Chaldéens , dix-neuf cents
CoK. Chron, trois ans avant la prife de cette ville par Alexandre (331
%"fjDin. avant J. C) Je fais que Marsham , Dodwel Se Halley ks
Cyyrian.p.j^. ont attaquées : mais on peut voir de quelle manière Périzonius
S'ilp'/' & M. Defvignoles en défendent la réalité.
i-Hiji.s."t.ir, Je fuppofe donc les Chaldéens formant à Babylone un
V.'-7f^. p^"pJ^'
DE LITTÉRATURE. 441
peuple, ou du moins une peuplade, environ deux mille deux
cents trente - quatre ans avant J. C. cent quatorze après le
Déluge, ious le commandement d'un Prince que l'on prendra ,
û l'on veut, pour Nemrod. Diodore de Sicile nous alTure Cd.f.^zi.
que l'Afie avoit des Rois avant Ninus; mais que leurs acflions
n'étoient pas connues. On lit de même dans Juflin (e) , Ci-J.p.;i<î.
qu'avant ce Prince , TanaLis avoit régné lur les Scythes ,
Vexoris fur l'Egypte; mais, ce qui mérite d'être remarqué,
que les guerres de ces Rois avoient pour objet des peuples
éloignés, <Sc non leurs voifms, & qu'ils ne recherchoient dans
ia vidoire, que la gloire, fans alTujettir les Nations qu'ils
avoient vaincues. Voilà fans doute ce qui a fait perdre la
méinoire de leurs aélions. Le même Ecrivain nous apprend
que l'Afie avoit payé tribut aux Scythes , pendant quinze
cents ans , jufqu'à Ninus, après leur avoir été foumife quinze
ans.
Ces autorités nous montrent qu'il faut reconnoître de>
rois en Afie, avant le premier monarque Affyrien. Les Grecs
& les Orientaux vont nous en préfenter dont la tige remonte
à Sem , hls de Noë.
Le Boun-ilihejch place la diftribution à^&s, eaux fous Aîcf- Z^nJ-av.i.n,
chia , fécond père du genre humain. Ç//— '^/i
De fon fils S'iahmik, naît Frévak. ^^'''
Ce perfonnage a quinze couples d'cnfans qui peuplent les
fcpt Kcfc/ivars de la Terre , c'eit-à-dire, la Terre entière.
Réunis aux dix autres efpèces d'hommes fbrties de Kaïomorts , Pa^^sSu
ils donnent les vingt - cinq efpèces que le Boun-dchcjJi lait
defcendre de ce premier père du genre humain.
fe) Fiiére niiiffiin ti-inporibus anti-
(jiiiorts ( Nino) , Vexoris yEgypti , jjr"
ScylUia: rex Taiia'ùs : quorum aller in
Ponttiiii , aller uftjue y^g^ftuin excef-
fit. Sed longinmia , non fnitiirui belU
^erel'iVit ; nec imperiuni fibi .ftApopti-
Hs fuis gloriain i/uurebant , conlentiqiie
viiRoriJ , imperio abjlinebant, /Vinus
magnitudinem qudffitix dominationis corf
tinuâ poffrfficne jirmavit- L. J, C. 1:
I. Il, c. 3.
Si Vexoris n'crt pas Mcfraïm , foa
nom approche licaucoup de celui
A'Uchcreus ( 'Ov^f>io( ) , à ciui Dio-
clore de Sicile ( I. I , p. 46 ) j .xnxihw
la fondation de Mcmphis.
Tome XL. K k k
442 MEMOIRES
i44« ans Je reconiioîs dans Siahmak , Sem , de qui fortent , dans
*).^"|;i'^" le Syncelle , vingt -cinq Nations répandues de la Baclriane
à l'Egypte, & à qui l'Ecriture donne vingt- lix: dcfcendans.
2 34^ ans Frévcik me paroît ttre Arfaxad.à qui leSyncelle donne ftize
avant J. . enfans, compris Caïnan, Ôc l'Écriture dix-lèpt.
Maintenant, luivons la ligne des defcendans de Frévak.
Zend-av. 1. 1 1 , 11 eil dit, daus le Modjmel el Tavankh , que Tehmourets
f:^>6.nou /. ^jqJ^ j^j^ Jp Vedjehan , lils d'Abourkehed, ills de Hourkehed,
Modpr.tid fils d'Holchindj. Or Holchindj ou Hofchingh étoit un des
'rJûo' '^ quinze hls de Frcvak, & le père des Irajiians.
Je place, dans une Table chronologique, les patriarches
Perles à côté de ceux des Hébreux, ne comptant que les
générations, & fans avoir égard aux années de règne, ni à
ia longueur de la vie de chaque particulier. L'erreur eft plus
facile à fuppofer dans des noms de nombre que dans des
noms propres. Voici quelques réflexions propres à jeter du
jour fur les différentes fuites qui forment cette Table.
Dans le calcul que je fuis, Holchingh aura vécu autour
'len^-av. t. II. de ccut vingt-ciuq ans ; & le Boun-dc/itjc/i donne cent ans à
P-^^^"' Ibn aïeul Siahmak.
112 5 ans Holchingh a régné quelques années après la confufîon à.ç%
avait J.c. langues ; fon règne & celui de Tehmourets font peu de
choie chez les Perles : ce font proprement les temps fabuleux
de ce peuple- A Djemfchid commence la monarchie Perfe,
ainfi que, chez les Grecs, celle des Afiyriens à Bélus ou à
Ninus.
Hofchingh n'efl pas même mis au nombre des Rois dans
L.c!t.p.^2o.\Q Boun - dehejch ; & dans les livres Xends , où il eft fait
mention de lui , il eft fimplement repréfenté comme un Prince
id.p.iÉy. élevé, riche en troupeaux : les animaux multiplient plus
promptement que les hommes. Mais Djemfchid & Zohâk
font appelés , le premier , Chef des peuples ; le fécond ( le
Page t es, fécond Zohâk ) qui n'a paru que long -temps après, Chef
de dix mille provinces.
D'Herbfh Les autres calculs s'accordent avec celui que je préfênte.
Biihot. Orient. Les Orientaùx mettent deux cents ans, plus ou moins, entre
p-4fi^. an.
Hulchenk.
DE LITTÉRATURE. 443
Kaïomorts & la nailHuice d'Hofching'n. Confuitons le Buun-
Mefch , nous U'ouverons quarante ans , que la ieineiice de
Kaïomorts refte en terre, cinquante ou foixante de Melchia 2 n^j'. y/,
avant que d'engendrer Siahmak, cinquante ou loixante pour " ^ ''
la nailîànce de frévak, autaiit pour celle d'Hofchingh ; ce
qui donne deux cents vingt ans, plus ou moins, de Kaio-
jnorts à Hofchingh, & 300 ans (deux cents quatre-vingt- P-sî^."'""
quatorze, félon le Bom-dchefch) de Kaiomorts au règne
d'Hofchingh.
Les delcendans d'Hofchingh, Hourkehed, Abourkehed &
Vedjehan , n'auront pas régné. Ce Prince a vécu long-temps,
félon les Orientaux; cent vingt -cinq ans , dans mon cÀ^xx\-. BiUiouOrU»*^
au(î[ a-t-il pour fuccelîëur Tehmourets , tiis de fon arrière-
petit - lîls.
Tehmourets eft nommé le premier après llaïomorts dans ^^.^'^'^j' "'
la fuite des Rois, qui termine le Boun-dehefch. C'eft pour Zendàv.t.U.
cela que, dans les livres des Parfes, il eft repiéfenté comme /'^jf-'^-^^^^^
ayant vécu long - temps (huit c^xWi ans, félon Mirkond ) j
car en le i^iiTant, avec le Roiot euffafa &: le Doup néreng, F^i' 9^-
fils d'Hofchingh, il aura vécu cent vingt-cinq ans, ou bien
les dernières années de ce Prince fe feront écoulées fous la
dynallie de Djemlchid ; & de -là quelques Écrivais l'auront J^°fj2^-/^
cru frère de ce Monarque. _ «if7».
Selon le Boun-dclufcli , c'eft fous Tehmourets que s'efl Z..f.7./'.;.<'^.
faite la difperfion du genre humain. Il eft né vingt -lépt à
trente ans après Phaleg , & les Parlés prétendent que les
Dews lui apprirent trente langues.
Je iuppole Tehmourets oncle de Djcmfchid, ou fon grand- r^:t^i(,
père, par fa lilie mariée à Vivenghànm. Ses deux frères font
nommer dans le Boun-JchcfLh ; le premier ell apjiele ôapidvcr ;
le fécond, Khûir (lumière, c'eil-à-dire , l'honneur de) Tchm
( la Tarlarie ). Ces deux perfonnagcs (ont diilérens cie Djem-
lchid, &i, je crois, de Vivenghànm Ion père.
Car li Tehmourets eut été frère de Vivenghànm, comme
les livres ZcnAs ôc Pihlvis. en parlant de Djcmlcliid, nomment
toujours ce Prince {ils de Vivenghànm , il Icroil (urprcnant
K k k ij
444 MEMOIRES
qu'ils ne clifîènt pas de mcnie, Tehmourets frère de Vïveti'
ghânin , &. que le nom de ce dernier perfonnage ne parût
pas au moins avec ceux des frères de Tehmourets, dont ie
Bouii-dehejch fait mention. Les mêmes réflexions ont lieu,
fi l'on veut que Tehmourets ait été père ou fils de Viven-
ghânm. Les livres Xends ne nous montrent pas d'autre enfant
mâle forti de ce dernier perfonnage, que Djemfchid : les
T'it'iir. Sihah- livres Perlans donnent à celui-ci deux fœurs , Tehehernai &
namah. Afiuivûi , que Zohâk , après la mort du monarque Perfe ,
garda dans ion palais.
Tehmourets devoit donc être beau-frère de Vivenghânm,
& par- là oncle de Djemlchid, ou bien beau-père de Viven-
ghânm.
J'obferve encore que les règnes d'HoIchingh Se de Teh-
mourets préfentent des combats contre des monftres , des
Ztnd-av. 1. 1. Géans , des mauvais génies : le nom même de Tehmourets
nore^'/i ["jf," ( ^n Zc/id , tekmé Oropefcli , c'eft-à-dire, germe d'Oropefch,
¥-PS' eipèce de chien ou de renard ) , peut avoir rapport à fon
état qui tenoit plus du Chafleur que du Conquérant. Comme
Ch.X.p. dans la Genèfe, Nemrod eft nommé grand Chaffeur, dans
un temps où il y avoit fur la terre plus de bêtes féroces à
dompter, que de peuples à foumettre : c'eft proprement au
Cid.f,.f.^2. fiècle de Djemfchid, que fe forment les grands Etats.
Je reprends la fuite des rois de Perfe. Ce font maintenant
'Am!q. JuJ. jes rois Chaldéens de Jules Africain. Dans Josèphe , les
'Liii!'ci't/p'.4i(. Chaldéens font nommés 'Ap(f)3C^ct.<r)iîo/ ; dans le Syncelle, ils
Rnf.fiilfafa. defceudeut d'Arphaxad. Ce Patriaixhe eft appelé Iran par
"zeu^!). Il', les Perfans ; & Hoichingh , fils de Frévak , eft le père des
^'d^/' Ira ni an s.
'- -p-^-t^' Eouenghâo (Vivenghânm , en Parfi ) , père de Djemfchid,
commandoit fans doute à Babylone, tandis que Tehmourets
(peut-être le Tanaiis de Juftin ) , de qui il dépendoit ,
7<rd-a::ul, régnoit fur riranvedj ( l'Aran , portion de l'Arménie), l'Al-
mt^L^''^^^' fyi'ie. ^ ^'■''' toute la Chaldée. Il eft facile de reconnoître
Lib.cU.f.po, àîins Eoiienghdo , Évéchoos ('Ev)i;(005 ) , premier roi Chal-
déen du Syncelle. Peut-être cet Écrivain, ou Alexandre
DE LITTERATURE. 445
Polyhiftor, le confond-il (s'il n'y a pas faute dans le texte), id.f,yS,
avec fon fuccelîèur , parce qu'Eouenghào aura confervé
quelque temps le gouvernement de Babylone fous le règne
de fon fils.
Djcmfihid fuccède à Tehmourets dans le gouvernement de 2155 ans
rirandvedj, de la Chaldt'e, & à Eouenghâo dans celui Jg ^^'^'J-C*
Babylone. Le nom de ce Prince, lemo , Djem en Parfi, pro-
nonce durement, fait Khem. C'eft le deuxième roi Chaldeen
du Syncelle, ( X<ia-iJuiM^o/\sii ou Xiauair/Sri^vPî ) Chomaibé- i-eccii.
les ( f ) , c'eft-à-dire, le grand Djem, Djem bala.
Djemfchid eft le premier qui ait fixé parmi les hommes
la différence A^s états & des conditions. 11 défriche la terre, Zendnv.t.l,
allant vers le Midi; fes défrichemens comprennent WraL'^,^ ^j''^^^'
Aadjémi , 5c s'étendent julqu'au Siflan : ces travaux étoient
moins difficiles, à l'origine du monde. On ne le voit occupé,
dans les livres Tends , que de population, d'Agriculture : les P.i/t.a^S.
foèns , fous la conduite d'Ormuzd , font dirigés contre les
(f) Le Synccllc (lib. cit. p. ço )
prend Evéchuùs pour Ninirod , & ne
nous dit pas de qui Choiniijhdos étoit
fils. Mais on lifoit dans Eupoicme ,
qu'au rapport des Babyloniens, Cliouin
nommé Àflivtos par les Grecs, & pcre
des Éthiopiens, étoit fils de Chanaan,
leouel étoit jure des Phéniciens f Eu-
iibe , Prufihir. Ev. IX, 17, p- 4-' 9 ' >
& fils de Belus , le même que Saturne
fKepfof ). Le mot a<^iiKH fignifie/û-
igo (Se fdviILt, Dans le premier fens ,
il peut être regardé comme la tra-
duÀion de klii^uin , fiifais , venant de
kJuiinain , caliiil , en Héhreii. J>ans le
fécond fens, àa^oh»; répond a jclied ,
trilLiit , tliiic fiant. Si le Clmim Af-
botos , |>cre des Llliiopiens (peut-être
des Arabes, ci-an, p. .f.^./.), ell le
deuxième roi Chaldeen qui porte
ce nom , la Tradition Babylonienne
TOUS apprend , 1 ." que le nom de ce
Roi étoit proprement Cliotiin ; voilà
le DjanJ(.luJ des Fcrfcs : i." que
Cfioum étoit fils ou dcfccndant de
Chanaan ( peut-être le Tanaiis de
Jullin ) ; & le nombre des générations
fera remonter fon trifaïeul Bélus à
peu-près au temps de Hofchingh <Sc
de Nimrod.
Si cette généalogie établit des raji-
pon- entre Djenilchid & Cliain, elle
explique ceux que ce Prince a dans
les /'irt-r Zt''»/^, avec /yc/H , perfon-
nage qui préfide à la dillribution des
eaux , & à c^uWivm^liâitm (Z.eiui-av,
t. I, 2/ P. p. 1 07) , avoit ad'clTé fa
prière, j)our avoir Djemfchid. En
effet, il ell étonnant, i .° (|ue Hem
[laroiffc continuellement dai:s ces Ou-
vrages , tandis que Sialiinuk ( Sem )
n'y cil pas nommé une feule (bis :
2.° que la généalogie de Djemfchid,
en remontant .t Siahmak par Viven-
gh.înm , ne fe trouve dans aucun
ancien livre l'arfc. Djemfchid Ibrtoic
de l'Iran ; <Sc Hom ell rcprélcuté
habitant le mont Alboidj.
44<î MÉMOIRES
maux phyfiques & moraux , iiUro<Juits par les mauvais
Génies.
T. II. p. ^3 1. Lc5 Parfes donnent à ce Prince fcpt cents feize ans de
"'"'''' vie ; quelques-uns, mille ans, & feulement fept cents ans
Ci-A.p.4]p, de règne. On a vu plus haut ce qui a pu dojiner lieu de
nou (uj. fiippolèr A Djemfchid un fi long règne : je calcule pour le
règne de ce Prince, comme pour celui de Zohûk.
Le Boan-ckhefch compte dix vies pendant les prétendus
Tiiiile ans de ce dernier Monarque : on verra plus bas ce
qu'il faut entendre par-là. J'en compte de mcme dix pendant
les prétendus neuf cents ans oà mille ans de Djemfchid,
iSc fimplement fix règnes, parce que celui de ce Monarque
n'eft eftimé que de fix à fept cents ans. Ce font les règnes
des rois Chaldéens, fuccefieurs d'Evéchoiis.
Zend-av. t. J . Le règne de Djemfchid fut très-brillant. Ormuzd , félon
^T^il^ y^'^S- ^^^ livres Xcnds , lui avoit donné cent portions de la lumière
— y i^ , iTf, première. Il fut aidé par le leu , qui, fous Tehmourets ,
note i, éclaira les hommes, lors de leur paliage dans les difîcrentes
parties de la terre, 6c qui depuis a fécondé Ké Khofro,
Ké Gultafp. On reconnoît-là le feu , ignem cujus port'ionem
Lih. XXIII , exiguam , dit Ammien Marcellin, ut faujiam praijfe quondam
^VaiJf.'éfè. Ajiatich re gibus dkunt.
Zend-tiv. 1. 1, Les livres Xends citent le brillant du règne de Djemfchid,
z.'P.p.iob. comme une époque particulière de ce règne; ce qui fuppofe
que la fin ne répondit pas au commencement. En efî'et , fi
le règne d'un Prince cultivateur fait naître l'abondance, &
entretient la paix , il n'en efl quelquefois que plus expofé aux
révolutions : les peuples amollis cèdent au premier Conquérant
qui ie préfente.
IJ.p.2y^. Les hommes que Djemfchid employa pour défricher &
Pagezâ}, peupler, fortoient de \' Irativedj qui elt au nord de la Parthie :
"clj'. / ^^ ^o"^ ^^5 Scythes, maîtres du nord de l'Afie avant Ninus,
4^j. ' ies fujets de Tanalis qui efl Tehmourets ou Kharé , la lu-
^zfn'/âvtrifi rnière de Tchin. Ces deux noms peuvent être pris pour
v.su.n.j. ' appellatifs. Dans Ammien Marcellin, les Perfes font origi-
Lik III. .,> r ,A
f. ^6,. "f^^s ùcyîha.
DE LITTÉRATURE. 447
On voit encore, dans le VenciidaJ , qu'Ormiizd avoit Zf^Jav.t.l.
d'abord produit leize villes : au nombre de ces villes ou ^■'P-p-^z^o,
contrées le trouve 1 Aliyrie ; voilà donc une première popu-
lation qui vient d'Ormuzd, aidé, lans doute, comme pour
l'iranvedj , des Izeds , c'eil-à-dire , des Génies bieniailans. /■j'./-. ^7^.
Ainfi , avant Djemlchid , il y avoit une portion allez confi-
dérable de l'Aile de culti\ée ; mais cette population eft
attribuée aux Génies bieniai(àns,.à Ormuzd. Dans le même
temps, l'Ecriture nous pai"le des villes bâties par Nemrod, CcneJ.thx,
par Alfur ; &. les Auteurs profanes , de l'établillëment du
royaume d'Egypte. L'invalion àm Arabes, commandéi par
Zohâk , prouve encore que leur pays devoit renfermer un
peuple alfez nombreux.
Bélus ( ^) fuccéda à Djemlchid. C'efl: au règne de ce 2145305
Prince à Mnive, que je commence, avec S.' Auguftin, le ^^'
p. Petiiu , Strauchius , les treize cents ans de Ctélias. Cinq Ci-<Lp.^;pi
cents cinquante-neuf ans avant J. C. (commencement du -'■^ 'j*^**
règne de Cyrus ) , trois cents dix - fept ans de l'empiie d^s
Medes , & treize cents ans de celui des Alîyriens , fo^it
remonter le commencement de Bélus à Ninive , à 1 an
il/ 5 avant Jélus-Chriil; & cette époque s'éloigne peu de
celle qui ré/ulte du palfage d'^miliiis iJura, tel que l'explique
Defvignoles ; mais en retranchant les quatre-vingt-dix ans l.cn.p.Taf,
avec M. Hréret : ce qui donne pour le commencement de •^- "'•'■• y 7*»
B'i !■ I '1- e\ -,1 note /a J.
dus 1 an 21 57 avant Jclus-Gliriit.
11 y avoit trente ans que Bélus régnoit à Ninive, relevant
vraiftmblablement, du moins dans les commencemens, des
rois de BabyloJie.
En ii45 °" 2148 avant l'ère Chrétienne, ce Prince ii^çam
s'empare de la Chaltlée fur Djemlchid, &. e(l lïommé Poros ''^•■'•'"
chez les Chaldéens. C'efl le troilième roi du Catalogue du
Syncelle. i>.' AugulHn lui donne en tout loixante-cinq ans Df Ont. Dti,
^ XV'l,ty.
(fi) S'il cft permis de citer l'ancienne Mythologie, je irouverols le Bélus
Art) rien djns iiilus , fils de Neptune (3c d'Agaiiicdc ( Djtmak (U.'ur de
Dicnifilml), fille d'Augte { Évtchoiis j. Hj^in. Fd'ul. i ^y , y. j^.V,
tdit, Aluvckfr. ibjji.
448 MÉMOIRES
Eusèk Ae de règne , ainfi que l'Eiiscbe c[e S/ Jérôme ; l'anonyme
^Zmcii'f.'/è. ^''^'^ •l'-'^' i^^ *-'^'i'^ '-''^^' ' 'o'^^'iitti-deux ; (Se Jules Alricain ,
cinquante-cinq. Selon ce dernier calcul, le règne de Ninus
aura commencé en 2120 avant J. C.
BihVot.Lu, Diodore de Sicile attribue la conquête de la Babylonie à
^' ^syAiiguji. Ninus ; mais ce Prince ne régna qu'après la mort de Ton
hccit. père Bélus ; & celui-ci, félon quelques Écrivains cités par
'kùfdfp'Jy. Alexandre Polyhiftor, s'étoit retiré à Babylone, iv BA[iu\cùn
Evarig. 1 X , y^Tvr/jiaztf , & après y avoir fait conflruire une tour, avoit
^' ^ "' fixé k réddence ( pailc fa vie, S^oujTcc^^Qzq ) dans cette tour,
qui de fon nom fut appelée ( Tour de ) Bélus. Dans Ammien
J.if.xxn/. Marcellin , la conftrudion de la Tour de Babylone eft de
^^"' même attribuée à l'ancien roi Bélus : Anem atiîi-
/juijjiniiis rex cotiJiJit Belus.
Cette tour étoit celle où les Chaldéens , repréfentés dans
Diodore comme les plus anciens des Babyloniens, faifoient
Liv.r.p.i^. leurs observations aftronomiques : & au rapport du même
Diodore, on difoit que Bélus, fdrti d'Egypte, avoit conduit
une colonie à Babylone ( in Bct^uXaivci, ) ; & que , s'étant
fixé fur le bord de l'Euphrate , ôV ro^ -wy 'Evcp^T»;/ tto-
'To.fj.c! ■){c(.5jJ)>vvdi)/'Ta. , il avoit établi des Prêtres , que les
Babyloniens nommoient Chaldéens , chargés d'obferver le
cours des aflres , comme faifoient en Egypte les Prêtres 8c
les Aftronomes.
Il efl vifible que , dans ces différens Auteurs , il efl queftion
du même Bélus , fondateur à Babylone de la Tour où fe
faifoient les obfervations aftronomiques, Inflituteur du Col-
lège des Prêtres ou Aftronomes Chaldéens, & qui faifoit fa.
réfidence dans cette Tour. Ce Prince étoit donc maîti'e de
Page po, Babylone ; & à moins que l'on ne prenne le Roi de la Ba-
bylonie, dont parle ailleurs Diodore, pour un Gouverneur
particulier qui , après la mort de Bélus aura refulé de recon-
noître Ninus fon fils , ou qu'on ne place la Tour de Bélus
hors de Babylone, il faut dire que ce que Diodore rapporte
des Arabes lèra arrivé fous Bélus. Ce Prince , avec le fecours
d'Aiiaeus leur roi , aura furpris Babylone , dont le peuple ,
peu
DE LITTERATURE. 449
peu agueiTi, & amolli d'ailleurs pai' la paix 6c l'abondaiice,
tut ailément fournis.
De mcme, chez les Ecrivains Perfès, DjeinfcbiJ eft dé-
pouillc- de les Etats par Zohak , Arabe f/'J, '&i mis à mort
par ce Prince. Quelques Orientaux font ce Zohàk General BilLu.O'.
de Schcdad, fils d'Ad, roi d'Arabie. Or Ad &. Ar fArii/sJ ^'■^^■^' ^'''"
(ont le mcnie nom. Le d fe prononce quelquefois tenant un
peu de iV; & d'ailleurs les époques fe rapportent.
Selon les Orientaux , Ad fe retira , après la confufion ç-, ^'''^"f,'
des langues, dans la contrée d' AJftiriiwut. Son fils Schédad Arab.'y.ji.
répond donc au temps de Tehmourets & de Viven^hânm. ^J^s'^''L''f<^
rrince , agc de foixante a fojxantc-dix ans, pouvoit
donner le commandement de Ces troupes à Zohàk, qui, Zerriar. t. //.
félon le AîoJjmcl cl Tnvarihh , étoit fils du \'ifir de Tehmou- ^'^'^'j^'"°"
rets , & quatrième deicendant de Tazé , fîls de Frévak ; ^^"^
cinquième deicendant de Tazé, félon le Boun-dehcfch (i ).
Plufieurs Synchronirmes rapprochent encore le règne de
Bt'liis de celui de Djemfchid.
I." Le temple élevé à Bélus à Babylone, aura donné lieu
à ce que quelques Orientaux rapportent de Djemfchid. Ce Tavar. Sdah-
Prince, félon eux, voulut fe faire adorer. Les livres Zetids '''"^"^''
ne font aucune mention de cette révolte du monarque Perfê
contre le premier Etre. Sa conférence avec Ormuzd, ôc la ^""i'-.r.i. l.
manière dont il eft cité dans ces livres, ne s'accordent pas j^/'/' "'^'
avec cette prétention à la Divinité qu'on lui attribue.
( Il J Dans Hérodote { lih. Il,
p. jf'î), IV|ioniic dir Baccliiis , fils
de Sfiiiclé, liilccii' C.idniiis, rcniDtre
environ à l'an 2050 avant l'tre
Chrt'tiemic.
(i) La Chronique Samaritaine,
fi l'on peut y ajouter quelque foi ,
nous fournit à jicu - près la mime
«?]>oque. Dans cet Ouvrage, Sdirubeh
iiU ou petit -fils de licfvan , & roi
de Perle , elt reprclêntc comme le
quatrième ou le cinquième Jcfccndant
Tome XL. L II
de Cham ( Hctt'ingtr. Hij}. Orient,
tdit. tléo.p. 6ù. FihlnJ. Jlijfirlat.
(U- Samar. j,. p^ _ .'V ; , Qr Scluwtfk
ell le nom dcZcluik ( Zowak , Zohak ,
Sciiaubtk ) : (Se Rcrwin diii ère peu
d' Arviiiit/Jjj' , père de Zohàk. Si Cette
Ch'oniciuf C lit', cit. J fait Schaul'ik.
conemporain de Joliié , c'efl que la
dvnal^ie Ara!)e , fortie de Zor.'ik ,
cxilloit encore du temps de ce chef
des ifraciites.
450 M É M O I R E S
2." DjemfchiJ eft occupe à dcfrichcr & à couvrir d'homme.?,,
d'animaux , d'arbres , les pays qu'il a fcrtiliics. Bélus , ffloii
Ei.jeh.Prap. Abydciic , defsèclie les terres, les dillribue à des particuliers,,
£i:ix,^jy. ^ environne Babylone de murailles.
M S. Aral:. 3." C'elt à Djemfchid que les Parles attribuent l'établi!^
^'f ^''i'^'""^" fement du calcul pour les années par le cours di; (ôleil ; tic
fil.' s S reâo. ' dans Pline, dans Diodore de Sicile, Bclus c(l le père de
'^■..''/''^'-^f' l'Aflronomie Chaldcenne. Oxuartes , roi de la Baciriane,
Panoàorf , dans vaincu par Ninus, ell donne pour le premier qui ait obkrvc
''i;;!;^^: le cours des allre..
A Bclus luccède Ninus, quatrième roi Chai Jccn, nomme
Nechiihos , dans le Syncelie. Ce Prince déjà maître de la
Chaldée, de l'Alîyrie, ioumit la Mcdie toujours atlachée à la
Cid.p.^^^. famille de Djemfchid, la Baétriane , & tous les pays peuplés
ou limplement gouvernés par ce derjiier Prince.
Nous avons vu, ibus Hoichingli, cent vingt ans environ
après le Déluge, des combats contre les bttts féroces; fous
Djemfchid , pics de cent ans plus tard , des défrichemens ,.
des villes , des États. Au milieu du règne de Bélus , &
fur-tout avec celui de Ninus , commencent les conquêtes :
& même la déienle magique d'Oxuartes montre que la
Religion de Djemfchid avoit fait du progrès.
Scmiriimis règne après Ninus. Si les Auteurs anciens nous
vantent la coupe merveillcufe de cette Princelfe ( kj , fes
palais, fes jardins, les Perfes en difent autant de Djemlchid,
c'elt-à-dire, des Princes de la dynailie de ce nom.
A la mort Je Ninus, les Babyloniens , fi l'on en croit
Z,«, /.Y. j.. Valère- Maxime & Frontiii , s'étoient foulevés : le règne
Suaing.i. m, j\,,-)e femme leur avoit paru une occahon de recouvrer leur
c/i.'rtnnîiu' liberté, lis furent promptement fournis par Sémiramis, qui,
'(?}• vraifemblableaient pour poulfer plus jurement fes expéditions
î I I o ans
av. J. C
».o 5 0 ans
av. J. C.
Diod. Sic.
l. IJ.p.jfS,
( k) Cyriis J d(v!c}ii Afià ,
reportavit , ^ Cracerem S'tinirainidis ,
cmus pondus giiiiiiL'cirn taL'iira cclli-
g'bdt. Plln. Hifl. Nat. I. XXXIII,
t- 3' P- 7y'-
LaGenèfe ( XLIV, j) fait mention
de la couj)e de Joli ph, dans laquelle,
à ce que penCoicnt vraifenililahjeniciit
les Egypiiens , ce Putriarche preno'u
les ju.-ures.
DE LITTÉRATURE. 451
contre les Mèdes , toujours attachés à hi fainilie de ieiirs
pierniers Princes, & contre les Indiens, leur donna (aux D!«J.SlcJ.n.
Babyloniens) pour Roi un delcendant de Djcmichid : c'ell ''"""'' '"''^*
ÏAl/it^s, cinquième roi du Catalogue Chaldctn ; Atbian , Zfndav.t.n.
dans le Boun-ikhcjch, ^' ^'
L'ennemi le plus à craindre pour Sémiramis étoit l'Arabe
qui avoit appris à vaincre lous Ninus. Aiiifi fortifia- 1- elle
Babylone pour la mettre à l'abri de l'infulte. C'ell à quoi
le Prophète Haïe paroit fliire aJlufion, lorfqu'il dit, à l'occa- Cid.p.s?i>.
fion de la ruine de Tyr (l) , que les Chaldcens n'exidoient
pas autrefois ; qu'Aflijr a tonaé ios ( citadelles ) contre les
habitans des dclerls, le Tfim.
Ces travaux ne garantirent pas long- temps Babylone àçs
armes des Arabes. On lait que, fous Ninyas & les luccer
feurs, le royaume d'Afiyrie ne fait pas grande figure chez
les écrivains Grecs. Abios ie lera loutenu lous le règne
de Ninviis, mais avec une autorité en quelque forte pré-
caire ; tx cette foiblelîe aura donné lieu aux conquêtes àes
Arabes , qui , dans leur première expédition , avoient lenti
combien ces belles contrées étoient préférables au loi aride
de l'Arabie.
Arius & fon fucceffeur Aralius , PrinceS Arabes , s'em-
parent du irône de Ninive.. Nous trouvons dans le même Poccd. S^.î-n^
temps, chez les Arabes, Schedad fils d'Ad , douzième roi'''-^'^'
<.l'lemen , mais fixième delcendant de Jectan. Schedad elt
reprélenté comme ayant porté les armes julqu'à l'extrémité
de l'Occident. Au temps où l'on place Arius, Schedad auroit
-eu quatre-vingts ans ; & Al Djennabi, cité par Pocock , lui
donne pour luccelltur Alortfcui , lurnommé Zo« otui , qui,
au rapp>)rt d'Alurou/aDab , a régné lix cents ans. On peut
reconnoitre dans Aîortjad , Alariiafch père de Zohâk , &
dans Zo« oud , Zohàk. Xou ouH lignifie maître de l'(T[J]iâiott ,
de l'opprej/îu/i ; &C le nom de Zohàk, qui (ignitie moitre d<:
LU ij
45^ MÉMOIRE S
la honte, du mal, eil rendu, dans les livres Parfes , par
Zmd-av.t.u, Dofcli Pûdokhfclia , roi du mal : ce Prince, lelon eux, a-
Nous verrons , dans le Synceile , Alardafch père de
Zohâk , fucccder au dernier roi Chaldcen , comme, dans
les ccrivains Arabes , Aiortjad à Schedad , conquérant de
l'Occident.
Les noms d'Arius & d'Aralius font rendus , dans le
Synceile , par Onïbtdlos , nom du lixième roi Chaldcen,
c'eft-à-dire , ^iffliâio/i (jiii coiifuwe , détruit. Rien ne convient
mieux que ce nom , à l'état des Chaidéens fous ces Conqué-
rans. Telle tut aufli la pofition 6.gs Perfès fous Zohâk.
Le fepticme & dernier Roi de la luite Chaldéenne efl
Xiniiros , que je crois être Xargiiefcheii , fils d'Albian, lequel
id.f.^iy. avoit époulé ILin Zarguefc/ien , defcendante de Sapidvar ,
frère de Tehmourets. Le règne ou le gouvernement de ce
Prince à Babylone, prouve un affoiblilFement chez les Arabes.
En effet, on voit reparoîti'e à Ninive des rois Alîyriens,
Xerxès, Armamithres , &c. Après ces Rois, une nouvelle
famille Arabe s'empare de Ninive, de Babylone, & pofsède
le trône de l'Afie pendant une fuite non interrompue de dix
générations.
Les Grecs nous ont fait connoître les premiers conquérans
Arabes : ce foiit Ariicus, Arius , Aralius. Quelques Orientaux
Ci-d.p.f^^. difent que Zohâk conimandoit les n^oupes de Schedad , fils
du premier de ces Princes, (Ad, Ariaiis ).
Les Arabes, après avoir été troupes auxiliaires fous Béius^
& Ninus , s'emparent de l'Alîyrie & de la Chakiée fous
Arius; & quelques règnes après, les dekendans du Général
qui avoit commandé kurs troupes ( Zohâk ) , formés dans
ies guerres précédentes, donnent nailkuice à une Monarchie
puiiïiinte qui fuccède à celle de leurs maîtres. De pareilles
révolutions ne font pas rares en Aiie.
Les Orientaux ne parlent que d'un règne <\ç5 Arabes,
auquel ils donnent le nom de celui de Zohâk , paice que
c'elt fous ce Prince, quç fa vpuj'Qiine dt ablokiment fortie
DE LITTÉRATURE. 453.
de la famiiie de Djemfchid. Avant lui , on a vu deux des
defcendans du monarque Perië lur le trône. Les Arabes Ci-d.p.^ji,
lémanites ctoient, dans leur propre pays & en Chaldée, dans '^^^'
un état de guerre continuel : leurs Rois avoient à combattre
la famille de Zohik, qui s'emparoit dcjà de l'autoritc ; &
pendant tes troubles , les deicendans de Djcmichid auront
régné à Babylone julqu'au tem.ps de Balieus ou de Séthos ,
rois Alfyriens. C'eft alors que commence la domination
abfolue des Arabes (ur l'Aile.
L'intervalle de Xiiiiiros à Zohâk répond au temps qui
s'écoula entre la tuite de Djemlchid &: la mort.
Comme ces contrées le trouvoient divifées entre plufieurs
Princes , les voyages d'Abraliam , de Jacob , & les petites
guerres dont parle l'Ecriture, ont {xi fe faire fans oppofition ad.p.f^j,
de la part des rois d'Ali) rie. i^'^'
La dynaltie de Djemlchid répond à fept règnes Affyriens
qui tlonnent environ deux cents cinquaiite-lept ans. Dan^
le Syncelle, le règne des Chaldéens , de lëpt Princes, en
comptant le père de ChomalLolos, q\\ de deux cents vingt-
cinq ans. Le rapport efi; remarquable.
J'ai mis Atbicin & Xarguefc/icn au nombre (\çs rois Chal-
déens, parce qu'on les retrouve dans le Catalogue du Syncelle :
^ il luilk de jeter les yeux lur la iuite des Patriarches des
Hébreux , pour \ olr qu'Atbian &: Zarguelchen pouvoient
ctre les hls & petits -fils de Djemlchid. La vie, chez les
Hébreux, eft alors de deux cents ans , de cent loixante-
quin/e , de cent quatre- vingt , de cent quarante ; <!>c la
delcendance que je prélente, le (outient très -bien avec ths
vies de cent vingt 6c de cent cinquante ans. Or aéliiellenjent
même on verra dans l'Orient des Princes, à cent ans & plus,
avoir i\es enians de leinmes de quinze à vingt ans.
Le deuxième Atbian peut aulli ctre le lils de Zarguelchen :
il n'y a entre ces deux perfonnages que cent trois ans ; &.,
tlans ces temps-là , Ilaac vit cent (juatrc-vingts ans ; Ifniacl ,
teiU lixiile-kpt ; Jacob, cent (juarante-lept.
Mais pour éviter toute dilllculté , un peut dire que ces
454 MÉMO! R E S
Princes élo'ttnt. fimpiemenî tlcfcenclaiis de DjemfchiJ. Dans
les /h'/es Pchlvis , les noms tic jure, de fils, de lille, de
frère, de (ècur, ircs-loiivenl ne (ont p;is exprimés : Itiilemeut
celui du père ou grand -père efl mis le dernier ; ainfi ces
plirales, Djemjch'ul V ivcn^lninm , t'étidoun Atv'uin juih touimk,
Cofeké [rets, lignifient, Djemjciiïci fds de Vivénghânm , Féridoun
pctip-jib d'Atvian aux bœufs tioirs , Gojeké file d' frets.
.Zfn^ai: t. II. 11 paroît ^'^^ iti Bouii- dflicfch , que Djemlchid a eu plu-
ra^fjfipr. fieurs iemmes ; d'abord une Princeile nommée Djcme' : c'cft
vrailemblablement la hile du roi de Matchiii, ifiue peut-
Mo.ijmeltl être de rehmoiu'ets ou de Kharc , de laquelle delcendoil
'rééio^"^' '^ Fc'ridfli]] : a." la propre lœur Djeniak, dont lèrtit la mère
Zend-ar.uU, d'Atviau , nomméc Xaiaueh (Lin, en Perlàn, l'honneur)
}\.^i6. Zargiiefclien , lans doute parce qu'elle cpoula ce Prince.
Zaianeh defcendoit de Sapidvar, frère de 7'ebmonrets ,
vraifemblabiement par un de les aïeux qui avoit èpoufé la
fîlie que Djemlcliid avoit eue de Djemak ; ou bien Dje-
jnak éioit peut-être bile de Vi\"enghânm par une ieconJe
femme, tille de Sapidvai-.
l'âge s p 7- 11 y a apparence que c'ell cette même lœur que Djem-
fchid donna en mariage à un Dew : ce Dew n'elt autre
choie qu'un prince Arabe du délert, comme il paroît piU" le
Boun-dehefch. De ce mariage vint daiTS la fuite Zohâk : &
Lnc. cit. le Roipt eufafa nous apprend qu'il étoit fils de la fœur de
wtê'^ff'jt^^' Djemlchid, mariée à un roi d'Arabie.
Zend-av.Joc..cit, J^a troifième femme de Djemlchid efl la fille ou la fœur
de ce même prince Arabe.
Mod-md d Les Parfes lui donnent une quatrième femme nommée
tarer, jol. I y Paritclicreli , fille du roi du Zabouleilan , que le monarque
Perle épouia , lorique , pour le fouflraire aux fureurs de
Zohâk , il demeuroit caché chez ce Prince ; mais on verra
plus bas que ce Djemfchid doit être Ziniiros ou Ion fils.
De ce dernier Prince, fortit Tour, la tige des héros de
//V7. Cmipeiu!. j'Iraii , qui ell peut - être Thurus , fils tle Ninus , félon
'•//•'/'V''' Cédren.
4dU. J 0 fy, F I' •
Maintenant, pour tTOUver le conîraencement de 1 empire
DE LITTÉRATURE. 455
des Arabes, je prends le règne de Bélélards, que ion verra
plus bas.etrc i-cridoun, & remonte de dix règnes, parce que,
dans le Buun-<{c/iejc/i , le rtgne de Zoliâk , de mille ans, Zend-av.nii,
rJpond à dix \ ies de pai-liculiers. Dans ce calcul, le ccmrntn- ^■^''^' •^■'■*''
cernent de la dyiiaii.ie Arabe r^^'pond à Balajus ou à Séihos.
La fuite des héros delcenuaiis de Djernlchid par Tour,
me détermine à faire commencer le règne de Zohàk au
deuxième Albian. D'abord, lorique le Boun-dchefch nous
apprend que ce Prince a régné pendant dix vies de parti-
culiers , de Cent ans chacune , il ne compte pas celle du
père de Féridoun ; ce qui feroit une génération de plus^
Ainfi , il ne faut pas s'en tenir, pour les générations, Itric-
tement à ce nombre de dix. D'un autre côté, Atbian &
ZaJ-guefciicn ont régné : l'empire de Zohàk ne commence Ci-J.)-. ^xr,
donc qu'au deuxième Albian ; ce qui donne huit ou neuf ^-*'"'
générations pour le prétendu règne de Zohâk , mais des
générations très-longues, par exemple, de cinquante ans,
comme pour les enlans de Mclchia : dans la généalogie de 2cr.d<.v t.ll,
Féridoun, tk dans l'endroit du Bouti-dehcfch qui donne la '''•''^''"
poilérilé de Melchia, il eit queltion de vies de cent ans.
Ces générations répondent aux règnes i\ts delcendans de
Djemlcliid , nés de ce Prince , lelon les Pai-fes , dans le
Zabouledan, depuis la défaite ; ce cjui prouve que le pre-
mier Atbian &. Z;a-gutlclien doivent faire partie de ce que
j'appelle la dynadie de Djemkhid.
Les huit générations tjue je compte , font fondées , ti'un
côté, fur le Ro^pt eiijj/ijii ; de fautre , fur le Gucijiluifp- C/-J^/'. -^^ .»'.
tianuih 6i fur le Alodjmcl cl tavankli. Ces ileux derniers rvLiyxrjj.
Ouvrages nous donnent la généalogie de Guer/chalp, depuis
Djemlcliid détrôné, c'ell-ù-dire, depuis Ziniiros ou (on lil<.
Celle généalogie comprend fix Princes, dont cinq ont régné
fuccefiivemeJit dans le Zaboiilellan. La même généalogie le
trouve dans le Doiip ticrcng , avec un perlonnage de plus; Zn.J,w,t.tf,
ce <]ui lait iept. Ce perlonnage pourra, dans le C>in/fi7u/jj>- '''■"'
ritiiiuili , tire compris dans la vie d'Afirl, qui efl de de-ux
cents quatre-vingi-cinq ans.
45 (^ MÉMOIRES
La mort Je Djemfchid eft placée avant la nailFp.nce Ju
fils de Ziiizii'os ; ce qui donne, pour le temps de id fuite,
deux générations : ce lont les cent années de la vie du mo-
2ei.,'ni:t. II. uarque Perfe, que le Boun-JeliefL/i comprend dans le régne
V-^'7- de Zoiiâk. Mais la puillance de ce Conquérant n'ctcit pas
il bien établie, qu'il ne redoutât le monarque Perle, même
Gv.njchajp- aprcs fa défaite. AuHl envoya-t-il à&% Exprès en Tart:u'ie,
^s'^hah'-vamah.' *^''^"''' ''^"'-'^> pour qu'on le lui iunenât mort ou en vie. Cela
luppole quelque rélillance de la part des peuples attachés à
leurs anciens Rois. Voilà ce que j'appelle les régnes mêlés
àti Arabes & des Perfes, lefquels peuvent répondre à deux
ou trt)is règnes Allyriens.
Dans le Gitcrfc/uifp-iuiwah , il efl dit que de Tour ( ce
Prince compris ) à Guerlchalj) , il s'elt écoulé iëpt cents ans. On
voit ici à peu -près le même calcul que pour le nombre des
Princes qui lormeilt la généalogie de ce dernier héros ; cent
ans , ou un peu plus, pour la vie de chacun de ces Princes.
Otant la vie de Tour , & ajoutant Nériman , neveu de
FeLi^ferfo. Guerfchafp (m) ( fon fils, félon le Modjmel el Tavarikh),
& qui pouvoit avoir quarante ou loixante ans, à la mort de
l.ii.f'.jS, Zoh'ik , & Sam, fils de Nériman ( le 'S.cuvKi d'Agathias ),
on a huit générations pleines pour le règne de ce Monai'que.
Le nom de Guerfchafp n'efl de même qu'un nom de
dynaltie. Ce Prince naît fous le règne du fixième defcendant
du deuxième Zohâk. Lorfque Féridoun , quelque temps après
Ctinp.ajp- A lyjonté fur le trône de Perfe , lui reproche avec amitié
loÉvtrjo, de n être pas venu le voir plus tôt, ce héros s excule Jur 1^
vieillelfe. Un vieillard, lui dit le Monarque, efl préférable
U.fo!.2^jv. ^ ^Q^[ jeunes hommes. Guerfchafp, à fept cents ans, fait la
• ' guerre au petit- fils du Roi chez qui les Officiers de Zohâk
avoient caché ce qu'ils avoient fauve dans leur fuite. Il meurt
(m) Roftouni, dans fa conférence avec Efpcndiar ( Rorct cvjfafa , mt.
Guftafp. ) , iui dit que Ncriman éioit fils de Kcrc.ngue , donc [a mère étoit
de race royale. Au même endroit, il appelle Sain) fils (Jv; ti'cr'iman , Sam
' fur
DE LITTÉRATURE. 457
llir la fin de la dynaftie de Féridoun. Cet intervalle donne
fix ou iepî générations , ou ce lont des vies ( n ). Dans le
Guerfchafp-namah , ce Prince meurt à fept cents trente-trois
ans; dans le Bahman-namah , à huit cents trente ans.
Comme les règnes des defcendans de Tour font donnés
pour tort longs , ainli que les générations de la ligiie d'At-
bian , je les fais répondre à neuf ou dix règnes AlFyriens.
Cela forme la dynalUe à^s rois Arabes, qui, Jelon les Grecs
& les Orientaux , ont fuccédé aux Chaldéens. Le dernier
prince Chaldéen defcendoit de Djemlchid , & portoit peut-
être fon nom ; les Pai'les auront en conléquence confondu
l'ancien Zoliûk , vainqueur de ce Monarque , fous Schédad
& Bélus , 5c dont la géjiéalogie fe trouve dans le Boun-Jeliefch , Zf^j-ay. t. il,
avec le Zohûk, chef de la dynaftie des Arabes. P--r'7'
J'ai prouvé que le nom de celui-ci étoit un nom de dy-
naftie. Les Princes qui forment cette dynaitie, font repréfentés
dans le Boun-flehejch , fous le nom de dix hontes, deh luik. Ci-J.p.^^S,
Ils lont appelés les Arabes du délert : ils étoient maîtres des
bords de l'Euplirate, des villes de llraii ; ils poulsèrent leurs Ztnd~at: t. Il ,
conquêtes juique dans l'Aderbedjan. 'Lohak , e(l-il dit dans ^^oi /'. ' '
les livres Lends , maître de dix mille provinces.
Mainlenant, jetons les yeux fur le Catalogue du Syncelle, Uh.cii.f.<)2,
&i nous y reconnoitrons les noms de Zohàk & des Princes
de la famille. Le premier, Alardoccntes [WojfhivlvTYn] ell
Ahtrdafch , père de Zohàk ; le troifième , Sifi Alardakos
( SiCTi Map(Jitxoî ) , c'elt - à - dire , Murdafch l'Arabe ; le
(n) Le Sàin ( Zend-dv. t. Il,
p. 2 j P , 2 /p , ^10), armé de la
nsafl'ue à tête Hc hn'uf, qui a r«is en
fiiiie l'armée des iiKclians ; (|ui, à la
riTurn-flion , doit frapper ZoliJk , eft
vralfeniblahlenicnt le père d'un de CCS
héros qui forment la dynalMe de
Guetfclijlj) ; lequel aura commandé
les armées d'un des dclcendans de
Féridoun contre les Aral)cs , qui
ptul-étrc renuiuicnt encore , ou conirç
Tome XL.
les Touranians. Ce héros , dans les
livres Zentli ( l<l. tome l , 2.' P.
p. loS ) , ell loujours mis après
Féridoun ; & le fcul des aïeux de
Gucrfchafp, dont le nom ait rapport
à Celui de Sain , elt Scliein , à qui
d'ailleurs tout ce qui ell dit de Sàin
convicndroit ditficilemenr. Ou bien
firoit-cc Ajrtt , père de Guerf-lulp,
& appelé Sclifin dans le AloJjmd cl
tiivJr, toi, ly \erjo !
M mm
458 MÉMOIRES
Zf«</^i^. /.//, cinquième, Parannos ( nttpowvos ) , Bewcre ; le quatrième,
r-4'7- Niibios ( Notjgioç ) , & le lixième, Nabonabos ( NajÊovvajfiûs )
Citi. V. j y ^. font des noms de divinités Arabes.
Je reviens au ciief de celle dynaftie. Ce Prince étoît
Ci-d.p.4;.f neveu, c'eft - à - dire , de la lamille de Djenikhid , par la
lœur de ce Monarque. Cette delcendance ne peut convenir
Ztndm:ioc,i.u. à l'ancien Zohâk : cela paroît clairement par la généalogie.
Mais il n'y a pas d'inconvénient à faire venir cclui-ci de la
même tige que le monarque Perfe, ou même à le faire
175 <> ans neveu de 2.inx)ros. On découvre alors la caule de l'invadon
av. J.c. jçs Arabes. Si les Atbians delcendoient en ligne direéle de
Djemichid, ils venoient encore de ce Prince par la femme de
Zargitefchen , iiïue àe Djetnak, lœur Se femme de Djemichid.
Zohâk qui delcendoit de cette Princelfe , mais par une
Çi-d.p.^jf. voie légitime, avoit donc des droits au trône de Babylone.
Les Paifes, qui ne voient que leur Religion dans les évène-
mens, trailent ce Prince d'ulurpateur, de tyran, de monftre,
parce que la race de Djemichid , en ligne directe, ou du
moins réputée telle, ell chez eux la race bénie. La manière
dont ils rapportent fon origine, fait voir en même temps
ce qu'ils penfent de l'aclion de Djemichid, qui donna fà
propre fœur en mariage au prince Arabe dont il avoit époufé
Ztndav.t.ll, la fœur. Le Dew , dit le Boun-dehefch , donna an Roi, dans
f' SS7- fa pajfioii , une femme infernale; il donna un homme infernal
à une (fille belle comme une) Pari. Ils s'unirent enfemble , &
de leur (union) vint l'infernal, l'impie, le noir (de peau,
l'Arabe du defert).
Zohâk delcendoit , par fon père , du premier Prince de
ce nom. Les fervices que Tes ancêtres avoient rendus aux
premiers conquérans Arabes, lui donnoient à^i droits fur
Ct-d.g.^^p, les pays conquis, fur Ninive même que ces Princes avoient
'*'-'''' occupée. Mardocentes , premier roi Arabe dans le Syncelle,
ie même que Mardafcli , père de Zohâk , & appelé roi des
Arabes dans le Tavarikh Schah-namah , les avoit fans doute fait
valoir, ces droits. Zohâk les adura par la force des armes,
ainli que fes defcendans. L'hifioire de Guerlchafp nous
DE LITTÉRATURE. 459
apprend que, du temps de ce héros, Zoliâk, partit de Babel
pour pouiièr Tes conquêtes jurque dans l'Indoultan. Selon le
Tavankh Schûli-tuiiiuih , le royaume de Baghdad faifoit partie
de les États; il alloit dans l'Indoultan chercher Féridoun.
Enfin l'on voit dans le Moiljmcl clTdvarikh , que les Arabes ^;^Jj.^;jf_''
s'étoient établis dans la terre de Babel. Ils polfédoient donc „àZh.^r
ia Chaldce, l'Allyrie, la Perle, ainfi que les provinces du ^'s*"'!'-
Nord. Le pays nomme dans la fuite Touran, & la Tartai-ie,
relevoient d'eux. Maîtres de ces vaftes contrées , ils auront
lailîé à Ninive les Princes qui y régnoient. Leur gouverne-
ment étoit trop foibie pour leur porter ombrage.
J'ai lixé le commencement de la dynaltie Arabe, par le
règne de Bélétaras. Dans le Catalogue du S) ncclle , ce CU.p.^/fi
rè<Tne d.;it tomber à l'an 146 i environ avant l'ère Chré-
tienne. Remontant de-là à Séthos, on aura le règne de
Zoh.ik, à peu-près en 1756 avant ia même ère : fon père
Mardaich, dont l'autorité n'étoit pas encore bien affermie,
répon.lra à Balxus en 1805. Ce calcul s'accorde avec celui 4)'«-'/-^ / </'
de Céphallon foj, qui compte environ fix cents quarante ans,
fo) Le paflagc de Céphallon nous
fournit Hl- nouvi-aux points '.ii; r:ip/r.rt
Îui n^tritcnt d'ctre prfdiiics ici. M.
)efvîgnoles (f'If cir r. / /,p. igfij
le tDuve oliCcur. Cela cil vrai des
foninvs d'années que donne ce Chro-
nolo.irt ■ Coninjc elles ne font pas en
toutes lettres , il peiii y avoir erreur.
Aind je ne m'arrête qu'aux fyncliro-
nifiiies , djiis I fqufls on ne trouve
pas le même inconvénient.
Céphalion ( Stiicrl. p. i6j. Con-
rjnp. adverf. ( lm.ii<4. p.ig. ^ i , jî).
après avoir parlé de Ninus & fJe Sé-
niirainis , dit (|ue les autres Primes
( TMC A«TOf ) ré^néient mille ans
( cell le calcul de VftUhis P.iteic. ) ,
le fils recevant de fon pi'-re l'empire,
mais avec une diminution ; de ma-
nière qu'aucun n'alla jufqii'.i vini;t
ans. U trace en fuite le ubleau de
leur vie etTeminée , & ajoute qu'on
trouvera dans Ctél.as les noms de
CCS Kois, qui font, à ce qu'il croit,
au nom(>re de i J ( Conrin^. pro-
pofc de lire 1j m }o , *. i^fxami a',
& ptui-éirc jufqu a la prili de j roie,
///'. »•■/, /'. f, 40 ) i que pour lui,
il penlé que fon Ouvratje n'aiir.'it rien
d'at,réahle , s'il (e conti ntoit de donner
des nums , (ans rjpj'crtir qu'lqiics
a<5lioi s qui les fendillent intéreflàns.
Cé|Iialioii donne en clVit les noms
des Princes d.)nt le rè!>ne eft reniar-
qualile par (lurlqu'évènenient confi-
aeral)le ; Be.inuis, fous qui Perlée
fc rciira en Affjrii' Synal. lih. Cit.
p. I 67, I f '< ) ; Panias , oui ré.onoit
du teiTips de rcx]H'<lili!>M d.s Argo-
nautes; Mifiirée, duquel à .Sémir.iniis
on peut t(iniptcr mille ans : il parle
cnfuile tic Mrdée , de fon ftls Médus ,
M m m ij
eu. p.
jvJ.C,
^60 MÉMOIRE S
Je Ninus à Bélimus ( que M. Frcret croit ctre Bc^^Iochus ,
dix -neuvième roi d'Afîyrie ) , mais (ans dire s'il date du
commencement ou de la lin du règne de Ninus , ( Eçot.-
Les règnes Alîyriens auxquels je fais répondre la dynaflie
Arabe, donnent environ trois cents quarante -quatre ans,
calcul qui diffère de cent vingt -cinq ans de celui de Jules
Africain, dans le Syncelle. Mais on fait que les années du
fécond règne Arabe ne font pas marquées dans ce dernier
Écrivain , & que le nombre même des règnes n'eft pas
•///• bien certaiji. Si on les évalue de cinquante à cinquante-cinq
ans chacun , on aura à peu-près le réiultat que je prélenle.
ans L'empire des Arabes fur la Chaldée, l'AlTyrie, fut détruit
de qui la Médie a reçu Ton nom ,
&; donne pour fuccefléur de Mithra ,
Teutanios feptiènie, fous qui arriva
la guerre de Troie.
1 ." Le commencement de Panyas ,
vingt-quatrième roi d'AiTyrie , efl: de
l'an 134-9 avant l'ère Chrétienne,
( voyez à la fin de ce Mémoire le
Canon chronologique ) ; & l'on ne
place guère l'expédition des Argo-
nautes, plus bas que 134-0.
2." Médée & Médus , fon fils,
doivent répondre au commencement
du rèone de Mithra, qui ell de l'an
3 .° Le règne de Teutanios , en
1258, peut être placé entre 1282
«Se I 1 84 , qui font les différentes
époques des Chronologiftcs pour la
prife de Troie.
Eusèbe (Chrome, lib, I , p. 16;
lit. 1 1 , p. 91), place auffi cet
événement fous Teutanios ; & il a
Taifon de dire ( lib. 11 , p. 9^ ) ,
«ju'ii y avoit alors mille ans que les
ÂfljTiens ttoient maîtres de l'Alie :
de Bel us à Teutamos , les règnes
donnent neuf cents quarante ans.
Au relie, il efl vilible qu'il faut
lire, dans le texte, Teutamos vingt-
feptième , c'efl-à-dire , vingt-feptième
roi AflTyrien , au lieu de leptième.
Je rends ces mots , ovSi ùç iii\ii'TKini
{■niv K , par , aucun n'alla jufqu'h
vingt ans ; ce que j'entends de rèa^ne.
Car comment croire qu'ils nevivoient
pas vingt ans ! En les mariant même
à fcizeans, leurs enfans auroient donc
conllamnicnt été Rois à quatre ans ;
ou bien il faut luppofcr des interrègnes
confécutifs. Le P. Goar traduit :
adeh ni vicennalis cbiret nuUvs,
D'ailleurs mille ans donnent cin-
quante générations à vingt ans la gé-
nération , ou quarante à vingt-cinq :
(Se dans Céphalion , il n'y en a au
plus que vingt-fept.
Mais les paroles de cet Écrivain
prouvent au moins qu'il faut fuppofer
des régnes allez courts ; & c'cll ce
qui me détermine à en mettre neuf
ou dix pour fix ou huit générations
chez les Chaldéens. C't-d, p. ^.fô.
DE LITTÉRATURE. ^6x
par un roi AfTyrien qui étendit fa domination fur toute
i'Afie. Voilà le règne des AiFyriens , ielon Hérodote ; &
ce n'eft que la fuite de la longue monarchie de Ctéfias. Hé-
rodote lui donne cinq cents vingt ans. Ajoutant le temps de
l'autonomie des Mèdcs, leur règne de trois cents dix-fept
ans, & retranchant ces lommes de quatorze cents foixante-un
avant l'ère Chrétienne, on tombe au règne de Cyrus.
Dans Ctéfias, la durée totale de l'empire AfTyrien eft de
treize cents ans pendant trente générations ; 6c la révolution
dont je viens de parler, arrive au vingtième roi, Bélclaras.
Alettons cinq cents vingt ans pour onze Rois, ou pour (eize,
ù le Catalogue de Ctéfias en préfentoit trente-cinq ( dans
Eusèbe, les dix-fcpt derniers Rois donnent cinq cents quatre-
vingt-dix ans ) , rede fept cents quatre-vingts pour les dix-
neul premiers ; Se les règnes de Jules Airicain font iept
cents quatre ans. On voit que la différence peut ttre d'un
règne ou deux, ou du cuté d'Hérodote, ou de celui de
Jules Africain : ce qui efl: peu de choie dans une fuite de
celte étendue.
Voyons maintenant quel efl: ce Béiétaras , fondateur , en
quelque ibrie , d'une nouvelle monaixhie. Les Grecs &. les
Orientaux concourent à nous le faire connoître.
On lit dans Agathias fpj, que les dcicendans de Sémiramis
régnèrent fur l'Alie julqu'à Beliéon, à" que la famille de cette
Princejfe ayant fini à ce Belléun , l'Intendant des Jardins du
Roi , Laboureur de [on état , nommé Bélétaran , s'empara
d'une manière extraordinaire ( ■rta.(j.'Ai,')(£Ç, ), du Gouvernement
( p) "Ef «Tr» yài <W 7»/ BtPAfiv Tiff
BiApiTBf^i» «f ovotut pu-TYf,-^( ayifi , «,
uç Ti» Ejtk'H >«X'" *"■< é AAt^aii/joai ru
iuitti ^n , Tiff fVviC aitua^uyS^jmç .
A/j/JojMif i Mi(u-4 , «, BtAs«ai/f « Ba/Su-
ACi^i.of a.pf.ttTzu ai.7w» Tti Aj^e^sf,
iO«5tAoVTi< TT» ^amMa , i^ if il M»cftiuF
Il , l'. Jp, 60.
4'^2 MÉMOIRES
qu'il iaifla, comme le rapportent Bion & Alexandre Polyhiftor,
à Tes delcendans, jiil(|u'à b'ardanapaie, lotis qui Aibace,
Mède de nation, & Béléds , Babylonien, le tranfportèrent
aux MèJes ; l'empire ( Ajfyrien ) ayant duré un peu plus de
treiie cents fix ans, demis (juc Ninus y avait eu la fouveraine
autorité; aiiiil , ajoute Agalhias , que le rapporte Cklias
dans 1 hiltoire de ce temps-là , (Se d'après lui , Diodcre de
Sicile.
Mân.fifl'Ac. La manière dont Bclétaran s'empara du trône, étoit contre
drs Bell. Lfitr, . ^ •;• i i o i t\ ■ • / ■ \ > tvt- •
t.Kp.jC^. toute vrailemblaiice, (k. le rnnce qui rcgnoit alors a INinive
C";J.^. ^j>2. ^ Bclochus ) , avoit allbcié à la couronne là fiiie Atolîà,
dont les ciérèglemens influèrent, dit Photius, fur les mœurs
de la Nation.
Rapprochons les évènemens. Lorfque l'empire Aiïyrieii
eO: laiîguilîant , que l'autorité du Roi s'afioiblit, parce qu'il
n'a pas ci'eiiiant mâle , les mœurs fe Cijrrompent : la hlle
du Monarque donne l'exemple d'un dérèglement jufqu'alors
inconnu uar.s la Nation. Daiis le même temps, un pariiculier,
d'une lamiile différente de celle qui, depuis Sémiraniis,
avoit occupe le trône, un Laboureur, chet des Jardins du
Roi ,'c'eft-à-dire, un homme occupe aux travaux ue ia cam-
pagne , (Se laiis doute zélé pour la Religion , pour la pureté
des mœurs , s'empare du Gouvernement , par un moyen
extraordinaire : il devient, le vingtième roi u'Allyrie ; (Se fà
famille règne lur l'Aiie pendant cinq cents vingt ans, julqu'à
la révolte (Jes Mèdes : voilà ce que uilènt les Auteurs Grecs.
Coiiiuitons maintenant les Orientaux : ils nous montrent,
dans le même temps, téridoun (en Grec Fcrétaran , hélé-
tarai! ) , limple particulier, qui n'ell pas de la famille des
rois d'Ailyrie, mais de celle des Djemf/ùdites ou Chaldéens.
ZfnJ-av. t. II. Les aïeux de ce perfonnage ont, dans le Boun-dehejch , des
'''V/.'- , , lurnoms pris de la nature de leurs troupeaux : l'invalicn de
imar. Zohjk les avoit obliges dembraller un état qui put les
^c:- "/«/'• fouihaire aux recherches du monarque Arabe (Se de les fuc-
celléur:,. 11 paroît par-là que la famille de Djemkhid avoit
toujours un parti en Perle.
limait
a-j.
}'• -fZ-f.
Currfchujfi-
numah , foi.
2 12 rerjo.
DE LITTERATURE. 46,
Dans un fonge effrayant, Zohâk croit voir trois guerriers Tarar.
l'attaquer ; le plus jeune lui frappe la tête avec une malîue.
Le longe interprété , ce jeune guerrier eft Féridoun qui <ioit
venger fur Zohak la mort de Ion père Atbian , & occuper
ie trune de Perle, api es le monarque Arabe. Mai> Fcridoun
n'étoil pas encore né, & plutôt que de nommer Djemfchid,
on dit à Zolûk que le père ae Fcridoun defcendoit l'e
Tehmourets ( q ) , lans doute pour diminuer l'impreirioii
que ce longe avoit laite lur lui , parce que lui-mùne, par la
Ictur de Djemichid, fe trouvoit tenir à Tehmouret.^.
On voit de même l'Envoyé de Guerkhafp au roi du
Touran, auquel ce héros écrivoit pour l'engager à rcconnoitre
Féridoun, lui dire que ce Prince dclcend de 1 er.inourtts ;
vrailembliiblement parce que les rois du Touran tenoient à
ce monarque par kliaré, Ibn frère, qui d'ailleurs avoit peut- ^^nJav."*.!!,
être époulc la lille de Tehmoua-ts. ^'"^'
Mais IcnTque Kabad, lils de Kavé ahanguer, veut defferAÎr
Guerlcbalp auprès de léridoun, ce moiiiU-que, après avoir
relevé les exploits du héros, dit à K;ibau, qu il delcend,
comme lui, de Djemlcliid;
Tchoun man luim Te DjenifcUd darcd uajdd. Cvnfcliah^
■rkm,th , ftL
Le fonge de Zohâk fut fûivi de la profcription ites def^ ^^"^ "' *
cendans des Kéans { les premiers rois de Perle ). Le père de Tavar,
léridoun, découvert pai" les Émilîaires de ce Prince, lut mis '''^*^- """**•
à mort. Lui-même, âgé de deux mois, fut fauve par fîi mère EibUct.OrUm,
qui, obligée de le taire allaiter par une vache (r), alla Içf-^'fJ^'
cacher dans les montagnes. Zohàk dans la iuite le lit cher-
cher. Tout ennemi, quelque petit qu'il loit , ell à craindre,
dit te Prince à (es couriilans. héridoun, dépouillé des biens
de les pères, 6i obligé de vivre inconnu, aura laiis doute
^tjj Oo bien, ptiii-circ que 'Lm-
giuTchcn , un des aïeux de Féridoun ,
defcendoit de Teliiiiourets.
(rj C'dl Ic/coi que des Dcxflcurt
J'arfes donnent à ces deux mors ZtnJs,
de V hj'cht , A'Auin, ( neuvième Car-
lit ) : Tchctitré giifôf'ci. Zcnd -a»i«
/. JJf p, jC^j niitt ^ jj.
4<^4 MÉMOIRES
employé les années de fà jeunefTe aux travaux de ia campagne.
Dans les livres des Parfes , ce Prince eft célèbre par l'arbre
]J. t, 1, 2.' p. Hom , dont il a le premier dccoiivert ia vertu propre à chafTer
V-^^}' tous les maux : il e(t en conléquence invoqué dans les ma-
ld.i. n,yng.\.xi\\Qi, Son nom /e trouve dans les Ncrengs , elpcces de
■'■^''^~''^^' formules religieufes faites pour guérir \qs maux du corps &
ceux de l'ame.
Ce perfonnage , fur lequel femble calqué le Béiétaran
d'jAgathias, Laboureur, livré à la culture des arbres, des
plantes , s'empare du trône de l'Afie , lorfque les defcendans
de Zohâk y avoient établi le crime. Il bannit de la Perle les
maux introduits par le gouvernement Arabe. Tel e(l: le
caradère de Ion règne, & celui ious lequel il s'annonce lui-
même dans la lettre qu'il écrit à Guer/chalp, fans revendiquer
. . les droits de ies Ancêtres au trône.
La révolution ai'rive en Perle d'une manière incroyable,
Bihliot.Oiifm.^'Ai- la révolte d'un Forgeron nommé Kavé , outré de la
f'^'-fj'- cruauté de Zohâk, à qui la cervelle de ks deux fils alloit
fervir de remède, Le tablier de cet Ouvrier, lequel porta
dans la fuite une ligure de bœuf, fert d'étendard.
Dans l'Alfyrie, li l'on en croit Agathias, & les rapports
Cid.p.4(!i.^u\ feront développés dans la fuite, ce moyen extraordinaire
^"«,(''1',.. eil le mariasse de Fçridoun avec la fille du roi d'Alfvrie;
Ahm.de l Ac. . p T v\-n. ■ n < j ' î
des Bell. Leur, rnai'jage qui autonle 1 niltorien Orec a donner au nouvel
uV,i'.s6f. ernpii-e jg j^om d'Alfyrien.
Le règne de Féridoun eil; de cinq cents ans. Ce Monarque
donne l'Occident à Salem fon fils aîné, le Touran à Tour,
le deuxième de ^^s enfms ; & l'Iran au troifième, Irets.
Voilà l'empire Affyrien le plus étendu, & tel que le prélente
Hérodote»
J'avoue que jufqu'ici j'avois été furpris de voir un àçi
plus grands rois de Perfe être autant célébré dans les livres
Zends , pour avoir trouvé & employé un arbre utile, que
pour avoir délivré les Pedes du joug des Arabes ; de ce
que fes Ancêtres n'avoient d'autre diftinélion que celle que
pouvoit fournir la nature, la couleur de leurs troupeaux de
boeufs.
DE LITTÉRATURE. 4(^5
bœufs. Ce iietoit pas alors comme dans les lîècles voilms
du Déluge, du temps même de Djemlchid, où l'Agriculiuie
& le foin des troupeaux étoient la principale occupation des
chefs de famille, même des Rois. A la lecture d'Agaihias,
tout s'cclaircit. Fcridoun (en 2.ç\\à,Treteno ) , prononcé par
les Grecs Bélétaran , étoit livré aux travaux de la campagne:
on a vu pourquoi lès pères avoient embralfé cet état ; & le
roi de Ninive, qui gémilîbit comme les autres (ous le joug
de Zohâk (f), avoit pu lui donner l'intendance de les Ci-d.p.^if^,
Jardins , fa lille même : le caractère d'Atolia autorile cette
conieclure. Ce mariage étoit encore plus vraiiemblable ,
lorfque Féridoun fe tut emparé de l'Irak Arabique : les 7"<3.;r,
Orientaux lui donnent pour lemmeAfnavaz, fœur de Djem-
fchid, qu'il trouva dans le haram de Zohâk.
Les Arabes dominoient lur toute l'Afie ; Féridoun les
défait, les chalTe jufque fur les bords de l'Euphrate, devient Zf/ry-ir. r, //,
maître de l'Iran, de la Chaldée. A la mort du roi d'Aflyrie, ''^,7,£^'or,v„.
cet État lui appartenoit de droit : fi dans Bion & Alexandre f- P-t9'
Pohhiltor, il n'elt queltion que de cette contrée, c'elt qu elle
leur étoit plus connue.
Cette révolution devoit rendre les AfTyriens redoutables ,
& effrayer même les Arabes du défert. Aullî Balaam s'adrelîant
au Cinéen, peuple de l'Arabie Pétrée, lui dit -il : (t) Ta
dimcure ejl très -forte; mais ^uand tu aurais mis ton tiiJ dam
la pierre , certainement le Cinéen fera la proie ( de fes enne-
, mis), jufqu'à ce que l'Ajfyricn l'ait emmciiJ (en captivité').
11 failoil que le* roi d'Allyrie tut alors maître de la Chaldée,
que la terreur de fon nom fût répandue dans toute l'Afie,
/f) Pout-ttrc l'hifloirc dt- Fcri-
doun a-t-elle donné Ik-u uu Koman
de Rodants , dont on trouve un
Extrait dans la BM'ioihcque de Piio-
lius , //. 9'ftp- 2JS — 2^.0. RcJaius
l Féridoun ) &. S'iriviiis { Afnavas )
fa femme, pirrécutés par Gannus
( Zoh.ik , appelé Kirtm, à caufc des
deux ferpcns qui fortoicnt de feS
épaules) , roi de B.ihylonc, finillent
jur régner dans celle \ille.
(t ) iSc'a n"ï?'i 'û'pn-riN Kin
:i:p yS33 n'Pi ^[ys^•2 in'x ^:2N^
TON n-:i''\'; pp Tji-j ,t.-.' •2n'3
Nwncr. 2^. 21, 21. : pCiT
Tome XL. N nn
^66 MÉMOIRES
& qu'il pourfiiivît les Arabes julque clans leur propre- pays.
On s'accorde communément à placer la Prophétie de Balaam
Cutrfclmjp- à l'an 1440 ou 1450 avant J. C. Il y avoit alors dix ou
"ntrJj!'. v'"g^ '"^"^ 4"^ Féridoim régnoit. Le rapport elt Irappaat (u).
( u ) Les Écrivains Gncs nous
fourniiïent un autre ra])port que je
crois pouvoir pri;fenier ici. Les Fcrfès,
dit Hérodote (p. ^6 ; , ^ç 2: Steph.
Byfîiut. fub voce ApTz^a.), étoieni ap-
pelés autrefois par les Grecs Kn^naç ;
îls fe nomniolent eux-mtnics 'Afia^oi,
& leurs voidns leur donnoient le même
nom ; mais t^crCée , fils de Danaé Si
de Jupiter, s'étant retiré chez Céjliée,
fils de Bélus , époufa fa fille Andro-
nede , en eut un fils qu'il appela Pcr-
fée , & qu'il iaiffa dans cette contrée :
c'efl: de lui que les Perlés tirent leur
nom ; car Céphée n'eut pas d'enfant
mâle. Selon Etienne de Byfance , les
Clialdéens ('Ji//>voLeKe.>'/bq(ii ) étoieni
auffi appelés Céjhenés , de Céphee,
père d'Andromède. Céphalion , cité
par le Syncellc (p. 167 ) , place fous
Bélimus l'événement dont Hérodote
vient de j^arler Bélimus , dit-il , en-
viron fix cents quarante ans après
Tvîinus, régna fur les AflVriens ; &:
Perlée, fils de Danaé, fe retira dans
fbn pays : a^/xvf/7zi) i!f jiv
jùjgzf «fTK ; conduifant cent vaifleaux.
Perlée fuyoit devant Dion^fus ( Bac-
chus ), fils de Semélé.
Il ell vifible qu'il efl ici queftion
du même évèn ment. Le Céphée , fils
de Bélus , d'Hérodote , elt donc le
Bélimus de Cepha'îon.
Ce Bélimus ell Bélochus , dix-hui-
tïèmcroid'Airyrie, fous lequel Eusèbe
/ Cliron. 1. Il , p. 801 Bi : Defvigii.
lib. cit. t. Il, p. 2.( .f. ) , ])lace ce
qui regarde Danaé , mère de Perfée.
Comparons les temps & les évène-
itiens. Sous Belléon, leion Agathias ,
le même ipie Bélochus qui n'avoit
pas d'enfant mâle > finit l'incienne
famille des roi. d'Alfyrie, dcfcendans
de Sémiramis ,' Méin. de l'Acad des
Bell. Lttcr. t. V, p. j6i — ^6^):
ils font fournis à un Prince conquérant,
& d'une famille étr ngtre. Les Perles,
fous Céphée, fils de Bélus ( ces deux
noms réunis font BéLulnis ) , lequel
( Céjihée ) n'a pas d'i niant mâle,
changent de nom ( celui de KHÇwi'êf
vcnoit fins doute de Céphée ) ; & c'elt
le tilsd'un Prince étranger qui devient
leur roi.
M. Fréret ^ lib. cit. page ?6 1 )
convient que Céphalion , dans ce
qu'il dit de la reuaiie dt Pcrfee chez
Bélimus , a eu en vue la révolution
arrivée à Ninive foui Bélétaras. Quant
a la guerre de Perfée contre Bacchus,
comme il ne reconnoît pas celui-ci
pour un perfo-nagc hillorique, il efl
porté à croire que Céphalion ou Cté-
iias ont appliqué à des héros Grecs
quelqu'ancienne hiflolre de l'Orienr,
trompés par quelque conformité entre
les noms.
Ce Savant a tort de dire que Béli-
mus eut une guerre à foutenir contre
Perfée. Le grec àipiKVi'na\ fignifie fim-
plement^f' rt'r/rii ; dans Hérodote, c'eft
à-muti. Mais le P. Goar traduit dans
le Syncelle, e/iis regniim iiivaft ; &
la Chronique d'Alexandrie (p. 92. ,
p^, édit. Raderi , 16 1; J pai''e de
guerre entre Perfée & Its AfTyriens»
& Perfée &. Céphéus : voilà ce qui
aura trompé JVI. Fréret. Pourlercffe,
la conjedure de ce Savant efl jùfle.
Bélimus ( ou Belléon ) ell Bélochus
qui régnoit à Ninive du temps de Fé-
ridoun. On a vu plus haut (p 4^J>^
que ce Prince , fuyant Zoliâk , avoit pu
chcicher une retraite chez le monarque
DE LITTÉRATURE. 4^7
Se confirme {xir ce que Manélhon, dans Josèphe , dit des Cor: ^p-n.
Rois pafteurs. On voit, dans cet Ecrivain, le p.'emier de '"' "'•^^'
AfTyrien. Le héros Perfan , defcendan:
de Diemfchid, triomphe de Zohâk ,
après l'ex[)édiiion du roi Arabe contre
rindoullan fci-d.p, ■fjpj, (Se règne
fur la Perfe , l'AfTyrie.
D'un autre côté , Perfée ( Féri-
doun ), fils de Jupiter, fuyant Dio-
nyfius , c'efl-à-dire , félon Pocock
{ Speciin. p. 106 ), en Arabe, le
Seigneur de Nyfa , conquérant des
Indes, fe retire en Perfe ou en Afl'y-
rie , où il époufc la fille de Bélus
Céphée , c'efl-à-dire , Atolfa , fille
de Bclochus ( Hérodote aura fait deux
Îerfonnagcs de ce nom ). La fuite des
kois change. Le fils de Perfée règne
dans le pays , lui donne fon nom.
Auparavant , les Perfes s'appeloient
eux-mêmes Artiri , les Grands (Suph.
Byfiint. ful> voce Apmia. ) : ce nom
répond à Mcheflan ; <!k l'Hirtoire
( Paufan. Corinth. p. 1 2.4 , edit.
Hanov. t (< I ^ ) porte que Perfée
triompha de ïiacchus.
Le nom Arabe de ce héros, celui
même fous lequel, du temps d'Héro-
dote ( I. II, p- 18^ ) les Aralx:s
l'honoroicnt comme Dieu , Oi/g^raAT,
( en Perfan Biwere ) , aflidant de
couper les cheveux des jeunes filles ,
tels que Dionyfus les porioit ; le iicu
où ce perfonnage a été élevé , Nyfa
que Dlodore de Sicile ( l. I, p. 14)
place dans l'Arabie Heureufe , fe$
conquêtes , les fureurs de fon cor-
tège , tout le rapproche du deuxième
Zoliâk , ou du moins des monarques
Arabes de ce nom. Selon Philollrate
( lib. Il , c. 4) les Indien', dilbient
«Jue B.icchus éioit venu d'AfTvric; &
plulirursSavans ( Bocliart , Geror.iph.
c. I S ) ont j)rouvé que les Grecs
avoient rc(,u le culte de Bacchus, de
l'Orient.
Le mariage de Perfée avec Andro-
mède [ci-d.p. 466, note (u) ] cft
le moyen extraordinaire indiqué par
Bion : il afiuroità Perfée (Féridoun)
le royaume d' A iïi. rie ; & ce mariage
n'a rien d'étonnant. Féridoun, fi l'on
en croit les Perfes ( Bibliot. Orient,
p. 348 ) époufa même la fille de
Zohâk , l'an 50 de fon rc£;ne.
J'ajoute que , dans les Ditlionnaires
D)<-hiinguiri & Bcrhankatit , le nom
de la Langue Parj'ie vient de Pans ,
his de PeliLii. Si ce Pans r.'ell pas
Hofchingh , fils de Frévâk , fils de
Siahmâk , on pourroit recoi-'noître ici
Perfée , gendre de Belcéphée ( Bé-
lochus ).
Dans la Chronique d'Alexandrie,
les faits pour le fond font les mêmes,
avec des difierences dans les circonf
tances. J'examinerai ailleurs le morceau
de cet Ouvrage , qui r^arde Pcrfcc.
Je m'arrête ici à un rapport fiappant.
Perfée fp.()o) eft repréfemé comme
habile dans l'art des Enchantemens ;
il apprend (p. ^4) même cet art aur
Perfes. Les Ncreng^s, che7 les Parfes,
fc font au nom de Féridoun fci-dev.
p. 464) ; l'on fait l'ufage ou'il a fait
de l'arbre Hom ; &. dans Moyfe de
Churéne , Hrod.ines f Hijh Amu'n,
r-77 ) quf i'^i prouvé ailleurs être
Féridoun ( Aîcin. de l' Acnd. des Bell.
Ltttr. t. XXXV. p. 162 — 16}),
triomphe d'Azdahâk ( Zohîk ) , en
lui préfcntant «ne fij,ure , efpècc de
taiilman , comme Perfée del'ait fcs
ennemis, en leur préfcnunt la tête de
Médufe.
Voici une dernière autorité qui
détermine le temps de Céphée. On lit,
dans Tacite ( Hip. I. V, c. 2 ) que,
fous Cej)hée, les Juifs, /T.thwpum
proies, lurent oîiligés par la haine Sx.
la crainte , de changer de demeure :
Ce font les Ifracliies loriis d'Fgvpte
en 14.50 environ avant l'ère Chré-
tienne.
N nn ij
468 MÉMOIRES
ces rois d'Egypte fe fortifier contre les A^Pyriens, prc'voyant
Cont. Apon. qu'ils (Icviciidroient plus puilfans, & voudroient envahir Ton
}>.io^o, pays. Dans le même Ecrivain, les Ilraclites fortant d'Egypte,
jirenncnt par le dcfert, craignant les Allyriais alors maîtres
de l'Afie.
Ce qui e(l dit dans la Prophétie de Balaam , du
Cinéen qui cache Ion nid dans la pierre, refi'emble a(îèz
Zind-ay, u II. à cc qu'on rapporte de Zohâk. Féridoun le renferma dans
^'lif/.'n'"' les cavernes du mont Damavand , où vraifemblablemcnt
Hd'iuit, U lient, '
V')'t7' il avoit cru trouver un aille contre les armes vitT,orieules de
ce Prince.
Maintenant, il fuffit de Jeter les yeux fur la fuite que
forment les defcendans de Féridoun , de ce Prince à Mi-
notcher , pour voir que Ion nom eft celui d'une dynallie.
Son règne répond à dix gcncrations qui forment cinq cents
ans : elles font donc de cinquante ans chacune ; & du temps
C!d.p.^;j. de Zohâk, ce font des vies de cent ans. Cela iait voir une
diminution dans la vie des hommes, comme on le remarque
alors chez les Hébreux. Je ne m'arrête ici , comme je 1 ai
déjà dit, qu'au nombre ii.es générations.
Selon Bion & Polyhiflor, Bélctaran laiffa le trône de
Ninive à ^Qs defcendans : de même Féridoun donne l'Oc-
cident à Salem, fon fils aîné ( de-là le nom de Salmanazar),
qui pouvoit avoir des petits enfans, lorfqu'Irets , à qui Féri-
doun gardoit l'Iran, étoit encore très-jeune ;■ auffi la ligne
Alfyrienne eft-elle plus longue que la Perfe.
Il s'écoule deux générations (outre les dix) peut-être
d'interrègne ou de trouble jufqu'à Minotcher , puilque ce
Prince e(l le douzième depuis Féridoun par Goleké , fa
petite-fille ; ce qui donne plus de cinq cents ans pour l'ef^
Ci^J,p,.^;S. pace qui fépare Féridoun de Minotcher. On a vu, dans le
Roiot eiifjafû , quelques Écrivains metu^e un grand intervalle
entre ce dernier Prince & Irets.
Ces douze générations , dans les livres des Parfes, fembient
répondre au fimple règne de Féridoun, cpi eft cenfé durer
DE LITTÉRATURE. 46^
jufqu'à Mlnotcher , mais a(Foibli pai- la révolte de fes deux
fils aîncs, les rois de iNinive & du Touran.
Les livres des Parfes nous apprennent encore que Féri-
doun, né dans le Tafreftaii , tenoit le ficge de Ton Empire
dans l'Aderbedjan. Ses delcendans par Irets le ieront con- ZenJ-tv. t. 1,
fervés dans cette contrée, tandis que les AlTyriens & le5 totf i ^v.t'/g'
Touranians le fortirioient dans leurs Etats relpecflifs , & """4-
envahillbient l'Iran. La révolution devoit venir du Nord,
contrée j^lus aguerrie, qui étoit le berceau de lEmpire , &
dont le Roi avoit hérité des droits de Ces ancêtres iur 1 Iran
& les pays méridionaux. Ce lont en effet les Mèdes qui
commencent la ruine de l'empire Allyrien.
On voit maintenant pourquoi Homère ne parie pas de '
cette monarchie. Les guerres que le roi d'Alîyrie avoit à Sirji. Cetgr.
foutenir au lujet de l'Iran, & les irruptions du Touran dans v-7iS'
cette contrée, tournoient les forces de ce Prince vers l'orient
de l'Afie. Des conquêtes dans l'Occident euffent rendu cet
État conhdérabie aux yeux des Grecs.
Chez les Perles , les douze générations de la ligne de
Féridoun, jointes à celles de Djemlchid , donnent vingt-cinq
générations, de Vivenghânm à Minotcher , les extrêmes
compris. On voit, dans l'Hilloire Sainte, dix générations,
de Sarukh à Moyfe ,. comme de Tehmourets au bilaïeul
Féridoun; & en tout, près de vingt-cinq, de Sarukh au roi
Joas, qui répond à Minotcher.
D'un autre côté, chez les Grecs, on compte trente ou
trente-cinq générations, de Bélus à Sardanapale, le dernier
des rois Allyriens ; &. ces générations, au rapport de Ce- Ci-d.f.^69,
phaiion, ont été très-courtes. Les dynafties Gh^ddéenne ci
Arabe, réunies au rede des rois A(l) riens (cjui, depuis Bé-
lélaran, lorment \\\\ç nouvelle ilynallie à Niiiive), tlonnent,
félon le calcul ilu S)ncelle, trente-cinq Rois ; lelon celui
d'Eu^èbe, trente- un.
Le Prince qui commence la monarchie des Modes , ert
nomnié , i\\\\i, Hciuilote , llls de Piiiaoïte ; «Se, chez les L.i.p.fff^
Perles, Minotcher, qui venge iur i'Aii^rien îk. le Touruniaa
470 MÉMOIRES
la mort d'Irets, vin de les aïeux, elt tiis, c'efl-à-dîre,
defcendant de Féridoun.
L'hilbire d'Arménie , faite par Moyfe de Chorène ,
p. rt — //, prcfeiite une fuite des rois d'Adyrie, qui, pour le nombre
tJit. Vliiji. jj,,^ règnes & peur les lynciironilnies , s'accorde afkz avec
celle que j'ai cru devoir adopter.
On iait que cet Historien ccrjvoit dans le v/ fiècle de
l'ère Chrétienne , & que pour les temps qui fuivent le Dc'-
pjge 1}. luge, il a coniulté Abydène, Mar Ibas, qui vivoit dans le
P.2j—j^;. ii.*^ fiècle avant la même ère, & Jules Africain.
^ '°'' Moyfe de Chorène ne prélente, dans fa lille, que trente
P. jo.notc 2. xon d'Afîjrie , de Ninus à Sardanapale ; en quoi le Tra-
dudeur croit qu'il a fuivi Ctédas : en effet , il ne donne
Ci-J-i'.sjS- que vingt-un Rois, de Ninyas à Teutame, comme Diodore
de Sicile, vingt. Les quatre Rois qu'Eusèbe a omis, 5c qui
paroiffent, dans le Syncelle, après Tcutieus, l'hiftorien Ar-
Moyf.dtChor. ménien les place, d'après Abydène, avant Ninus, mais dans
^' '^' un ordre différent. 11 fait correlpondre cette fuite de trente
Rois à trente perfonnages, pris de l'hifloire des Juifs, dans
l'oi'dre des générations , depuis Sem Abraham
« Lévi jufqu'à Moyfe ; dans l'ordre des durées d'admi-
niflration ou des règnes , depuis Jofué , les Juges
Saiil , David , jufqu'à Johram : & ces deux liftes font
parallèles aux trente premiers patriarches & rois d'Arménie,
. de Japhet à Skaïcrdi : mais il fuffit de lire avec attention
l'Ouvrage de Moyfe de Chorène, pour voir que les deux
Page ;i, pâte premières lilles n'y paroiffent que relativement à la troilième,
iU la note 2. ^ liiqiielle elles fervent, en quelque forte, d'appui.
Pag' 'S- D'après ce pian, l'hiftorien Arménien ayant annoncé onze
générations de Sem à Abraham, & de Japhet à Aram, pour
Page 12. en trouver autant de Kham à Ninus, fuppofe un deuxième
Arbel qui n'eft pas dans Abydène ; ce qui ne lui donne
pourtant que dix générations. Dans fon Ouvrage, Ninus eft
tils d'Arbel , fils de Khaïal , fils d'un autre Arbel , fils
d'An-ebis , fils de Bab , fils de Nebroth : &: le texte
d' Abydène, rendu en Arménien par Moyfe de Chorène,
DE LITTÉRATURE. 47 r
dît fimplement ( x ) : Nïinis , jils d'Arbel ; Khdial , fils
ÂArhd , jils d Aiieùis , fils de Bah , fils de Bd. Ici , Arbel ,
père (Je Ninus , nelt p«xs rils de Khaïal , comme dans
1 iiifcoire de Moyfe de Chorène ; au contraire , il paioît
que le même Aroel ell: père de Khaïal, ainli que de Ninus,
ik liis d'Anebis. Dans 5.' C)riile, le premier roi dAlîyrie, Lu. m
père de Ninus, ell nommé Arbelus (Al bel, Bélus ). Mais """^'-'''■''^
peut-être Moyle de Chorène a-t-il conloiidu les règnes a\ ec
les générations.
Pour Toutenir le rapport de Tes trois liftes , cet Hiflorien
retranche plulieurs rois d'Allyrie après Ninus. Il omet Semi- Lîl.àt.f.^t
ramis, dont il rapporte pourtant les adions & le règne dans""^-^"
le corps de Ton Hiltoire ; il fait correlpondre , dans cette
même lilte , le règne d Aray deuxième à celui d Arius ,
quoiqu'il ait placé la mort du prince Arménien fous iJémi- /%'^j.
ramis, antérieure à Arius, de deux règnes : il recule Haikak
de lix règnes, & avoue pourtant qu'on prétendoit qu'il avoit
été contemporain de Bciochus ; ïynchroniime qui lui aura
fait reti'anchcr le deuxième Bciochus, Aliyrien.
Ces erreurs le corrigent ailémenl d'aprèi l'Hiftoire même,
ainli que l'anachronilme par lequel Teutam , Se par conlé-
quent le ficgc de Troie, le trouvent vis-à-vis de Samuel,
c'elt-à-dire , au moins un iiècle plus bas qu'il ne faut.
De même , en jetant les yeux fur l'alphabet Arménien ,
on reconnoît fur le chajnp que la rellèmblance de \A avec
\M, a pu taire lire dans le Manulcrit Aiafchidcos , au
lieu i^A/ihiilius ; celle de \' Al avec [S , de l'L avec le
ISH, Sanulos pour Alamjthiis , ik.c.
Mais ce qui peut l'aire une dilliculté , c'efl l'ominion
apparente de Baléuiran : au lieu de ce Prince, on voit pa-
roiire p;u-mi les rois d'Allyrie, l ijhiskar, mot dans lc(iuel
il tiï diihcile de trouver quelque rapport avec le nom du
monarque Allyrien.
( x ) JViniis Arbetlui, KluiluJ ArbcJ.û , Anccbai , BiiL<ai , BcL:. Hiû.
Ariutn. f). ij.
472 MÉMOIRES
Les obfervations prcccdentes peuvent nous cfoniier une
première explication de cette énigme. Jl y a dans J'Armcnien,
fur -tout dans ies Manufcrits, des lettres qui fe confondent
très-aifcmeiit, telles que le Se, ÏOu & le Rra ; quelques-
unes qu'il eu facile de prendre pow d'autres , comme le
/yie/i & le Non : en conicquence , il faut peut-être lire
Vévétaran , où l'Editeur a lu Vcftasluir. Les Variantes que
fournident l'édition de Moyle de Chorcne , donnée par les
Whiftons, l'Abrégé de cet Ouvrage, publié par Brenner, &
SuMolm. la Grammaire de Schroder, pré/entent quelquefois àt% chaii-
'7-S' gemens aufîi confidérables.
Une autre manière de réfôudre la difficulté, efl: de prendre
le mot Veflaskû?- pour un des noms de Féridoun. Ce Prince,
dans les Tables Chronologiques des Perfès, porte le lurnom
( Lakab ) de Mobed , c'eff-à-dire, Maître, Doâeur. Chef.
Ajladguer , en Perfan ( par corruption VeJIaskar ) , préfente
exaélement le même fèns.
En traduifant le nom de Sardauapal , c'efl: - à - dire , Sar
din bala , on trouve de même que Thonos choncholeros , ou
Din khan kalan, exprime ia même choie, le grand Chef de
la Loi.
Les variétés dont je viens de rendre compte, ne détruifent
pas les rapports généraux que je crois pouvoir propofer.
Chez Moyle de Chorène , Sardanapale répond à Johram ,
comme dans ma Chronologie. Le Catalogue des rois d'Aiïy-
rie préfente au moins trente règnes, de Ninus à Sardanapale;
&: Ihifloire d'Arménie vingt-neuf perfonnages, depuis Aram,
contemporain de Ninus, jufqu'à Skaïordi, qui régnoit en
Pag'jS.^i, Arménie du temps de Sardanapale.
Le peu que je viens de citer de fhiftoire d'Arménie , faite
par Moyfe de Chorène , n'appuie pas feulement le fyflème
de Chronologie Alîyrienne, développé dans ce Mémoire;
il fait encore voir ( ce que je compte prouver dans un
Mémoire particulier ) que cet Ouvrage n'efl pas aulfi difficile
à concilier avec i'Hiftoire ancienne, qu'on fa cru jufqu'à
préfent.
Je
rANHN runn'NOLOGIOVE des Rois Chaldêens, Arabes, Assyriens, comparés avec la Dynaflie des Peschdadtens. \
TEXTE HÉBREU.
N O É.
1+46
134(1.
1247.
PATRIARCHES.
Oïl «A-tf
600. Se H /' "''"i
458. AlïFAXAD, le rime
43 J. Sa LEH.
4(Î4. H i B E R,
BOUN-DEHESCH & MODJHEt
£L TaVARIKH.
Specim. Hist. Arab.
Cinrahgli il DiEMicHIO.
S I A M A K.
I
Ci'iié.i!:'gie de ZoHÂK,
mr F B E V A K.
2^ I O. HOSC.HINGH.
CHRONIQUES
OKIENTALEi.
It Tabarj,
Tadj.
A n A M.
Taz.
I180. HoUEKEHED. NAVEDJaN. IaDSAREH. FsCHlNC. O O s.
2260. AbHOUBKEHED. I \ EVEBE.
DjEMiClllD. I
239. FAt EG.
22] 7
2i;S.
2126.
:
230. R ACA U,
23 O' SahUKH.
148. Nachor,.
10 j. Thabé.
2240. Vedjehan.
Sjfdm, f^ti
s s— s s.
rA
If, RvA d')'Evf!rN.
EGAVAN. TCHNÉ GavÉ. "^Xd/"^"^ MAHTAn/.l.âall]
2220. ThEMOURITS, Sapidver i,JedaSP ou Khrotasp.
&K««HS,fo frètes. ViVENGhAn M. ABVANDASP.
Iaara 8.
Gt'nCillct'k dA FÉHIDCUN
2lbO. DjEMSCHID. Djeme 4
Djt.MAK, f« icnitiKi.
Atdian.
596.\l75. \BBAHAM.
SCH EDAD.
ZohAk. Zonkh, CMt^Iiii
SiMaJ. S A B A H .
George
LE SyNCELLE.
Jules Afbicain,! Hérodote, Ctésias,
ROIS DE PERSE
ou DE L'IRAN.
Dynafl. dts PfJJiilaScm,
Ont r/gn/
v.J.C.
22}. HOSCHINGH.
Jules Africain , Eusèbe ,
S.'-AUGUSTJN , Agathias.
MOYSE DE CHORENE.
Alm ATATAH.
Ad.
1522.
1913.
1910
lyoS
1896,
.S36.
1721
1707.
1706
yocaliuit tl'Alirafiaiti,
Rtvpltt dti fiiyi iriliu
hiirtt lit ChoJitrl,jln>in,>T.
'i7-
1 s M A £ L.
... Mort d'ArfusaJ..
180. Isi AK
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147. Jacod.
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Ju 0A.
Fa rès.
5CH£DA D.
MORTSA D , OH
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Zarculschen. Zin Zargueschen
' ) 5. Caiiat.
H eshon.
l'ufigtdt Jacob tn I ^.lyyri.
}?' A M RAM.
• . A T C I A .N , ««i tTeuftiniM d, tau/s.
Atrian, nu. li^f, tttn gtc.
f^'^'^ikH. eux l.:zuf, iloK!.
Sitm h Cui.fiUf:„imal,
tr II Oe^f.i„.i.
... . To UR
Rm
7. A îi ou
du
LESTAS.
S C H E D A S P.
T O U R E K
I 8 j.Themouret.
{EouenchAo).
I 5 J. DjEMSCHID,
nom de Dynapt.
OhJtTvat, Ajlronomiqtiis
df Babyloiir ,
22^ j ans ai'mit J, C.
rois chaldeess.
évéchous.
Chosmabolos
poros. (bélus)
NicHUBOS. (NlNUS).
A BIOS.
Oniballos.
(Ahius & Aralius).
Fuile de DjEMSCHID
Rii^iies mcU'i,
ZohAk ou AiJJuik.
deIccnJam de Djem-
fchid. nom de Dyi,ajlii.
Zl N ZIROS,
PAT R I A RC H E S.
K H A M.
K H U S.
M E STR A ï M.
NÉBROUTH.
B AB.
A N £ BIS.
Épvfttitn ,
ROIS D'ASSYRl E.
Ont r/gn^ av. J. C.
2175. BÉLUS
^'4-J-
Silm Bien if Alit.Pohliiftor.
Sll,„ EulHl. /."' Fa MILL E.
Silm
2110. N I N US.
205S. SÉMIRAMIS,
016. N INYAS.
1978. Arius.
'5)4^* Ahalius.
l
Cteftt
tfurfe Totale
<feln
Alonarchif ,
ROIS ARABES.
M ABDOCENTÈS.
Le nom du .2.* manque,
SiSIMARDACOS.
Nabios.
ipoS. Xebxès.
I S78. Armamithrès.
I S4.O. BÉ LO CH \}S.
J A P H E T.
C A M £ R.
Th I B A S.
Th O R G O M.
ROIS D'A RMEMl.
Haik.
ARm EN A K.
A R A M A J I S.
ROIS D'ASSYRIE.
ArBEL {BÉLUS).
KH AÏAL.
ARBEL. (GÉLUs).
N ! N o s.
(S£mir AMrs).
NiNOJ AS.
Ari os,
A B A L I o s.
BaLEOS KKEOKH5AR.
(XERXÊfe).
Armathrites,
Amasi A/.
GELA M.
Ha RM A J.
A r A J.
Ara J Ar AJ A N.
Anoushavan.
Hh ARET-
A R B A K.
Z A VA N.
Ph A R N A5.
SO U R.
Ha VAN A K.
Va 5 HT A K.
BÉtOKHOS. ( Haikak.
I So J. n A L,*U5.
1756. StTHO S.
172.1. Mahythus.
l6^l. AsCHAiIU5.
1661. Sph^rus.
I DtJoc£r\
I .rH/ro.-lote. AZATACOS.
U^D^naJiU
M A M I D O S.
MASKHALÉOS. f 5HAVABSH.
S P H A R O S.
N O R A i R.
DE LITTÉRATURE.
'47r
Je ne pouffe pas plus loin les lapports enu-e ia fuite des
rois; d'un côté, Chaldéens & Arabes; de l'autre, Affyriens,
conf dcrés comme rcgnant dans le même temps à Babyloné
ou à Niiiive, &i la dynaltie des Pelchdadiens /y), compofée
de princes Perfes &. d'Arabes.
^y) P'ufieiirs phénomènes Agro-
nomiques que l'on rapporte aux fiécles
de Djemfchid & de Féridoun , peuvent
encore nous fc-rwr à fixer l'époque du
règne de ces Princes.
Si l'on prétend , avec les Perfa,
que DjcmfcliiJ cft le premier qui ,
après avoir fixé le commencement de
l'année à l'éauinoxe du printemps ,
ait introduit l'intercalation ; en re-
niontant de l'année de la huitième
intercaiatlon de la période embol)-
riique, laquelle ( année 1 répondoit,
en 536 après J. C. à la cinquième
année du rèyne de Norchirvan f Além.
de l'Acad. des Bell. Leur. t. XXXI,
P- 6g ) : remontant de cette portion
de |)ériode <Sc d'une période entière ,
on tombera à l'an 1904. environ
{ en prenant un terme moyen ) avant
Jéfiis-Chrill, lequel fe trouve dans
la dynaltie de DjcniTchid.
Que l'on compte, avec M. Frértt,
une période emhclymique ( id. uwe
XVI , p. 2j6 J , de l'an 329 avant
J. C. ce qui, félon lui, donnera l'an
1769 avant J. C. ( plus exjidcment
1 8 J 3 environ ) : ou avec M. Gibert,
de l'an 4.24; ce qui donne l'an i 864.
environ ( plus exddemcnt 192K en-
viron ) ; l'époque du No rci/j à l'équi-
noxc du printemps fe trouve toujours
dans la dynallic de Djcmfehid : ce
qui (uffit pour le piéloit, parce que
le point d'où il faut remonter ( la
rencontre du No r»i/^ (ix^ avec le
vague ) , & l'étendue de lintcrcalaiion
ne font pas déterminées d'une nianié;e
abfolununt crrt.'inc.
C>s d.ux S.iv.ini CiJ, fç,nt XVI,
Tome AL.
P' ^56; tome XXXI , p. j^, ër,
H)de , de Relig. vaer. Perf. p. zq--,
20}. Al Frag. Clirijhn. p. zzo~}
fe trompent, lorfqu'ils ne donnent
que quatorze cents qua.ante ans à la
période _ embclymique des Ptxfis :
cette période, quoiqu'en didnt les
Ecrivains Mahoméuns ( chez qui il
peut y avoir erreur de chiffre ou de
calcul ) , a dû erre de quatorze cents
foixante ans environ, & même de
plus de quinze cents, fi l'on a égard
aux I I' 17", que l'année Tropique
a de moins que l'année Julienne;
parce que jamais les épagomènes
qui, & pour le rang, l'ordre d<s
jours <Sc des mois , & pour leur
propre diari(fl , tiennent a la Reli-
gion, n'ont puttrc omû dans l'année
vague.
M. Gibert (ib. cit. tome XXXI,
p. 68) remarque au fujet du No rou7
de Djemfchid , nue l'on ne pei:t placer
le règne de ce Prince au commence-
ment d'une première période emholy-
mique , parce qu'il eft dit qu'il a fixé
le commencement de l'année à l'entrée
du Soleil dans le fignc du Bélier, &
que , lors de la période fuppolée ,
aucune partie de la condellation de
ce nom n'avoii atteint la place de ce
figne. Jerépo.ids que, s'il ell quelllon
du premier Djcmfthul que je |)lacc
en 2155 avant J. C. on peut dire
qii il a fimpkmcnt pris l'équinoxc du
printemps, qui arrivoii alors d ns le
Taureau, pour le point auquel oa
devoit dans la fuite commencer l'an-
née ; &. que les Écrivains qui ont
r«fl'0rtc le iait, ont ajoute Wniric
Ooo
474 MÉMOIRES
Je remarque feuleineiit, que dans le calcul que je prcfente,
La ciiticrence entre les Écrivains qui nous ont donne la durée
de l'empire Allyrien, n'elt que de cent cinquante ans de
plus ou de moins ; loit cjue l'on admette les quatorze cents
cinquante-neuf ans de Jules Africain , ou que l'on le borne
aux treize cents foixante de Clclias ( treize cents lix ,
félon Agatlii;is ) , ou qu'on s'en tienne aux treize cents de
Juflin, aux douze cents cpatre- vingts de Caflor, ou douze
cents trente - neuf d'Eusèbe. Ces cent ou cent cinciuante ans
peuvent fe prendre, p:u'tie fur la dynaftie des Mèdes, dont
îa durée n'efl rien moins que fixée ; partie fur les temps
antérieurs à deux mille cent dix ans avant Jélus-Chriit,
époque que j'ai alîignée au règne de Ninus.
du Soleil dans le Jîg'ie du Btlier ,
parce que, de leur temps, l'cqulno.xe
je faifoit dans ce figne.
S'il s'agit du Djemfchid détrôné
par Zohâk ( Zarguefchen , ou fon
fils ) , c'clVfous (on régne que l'équi-
noxe a commencé à fe faire dans le
figne.du Bélier. Ainfi les Orientaux,
à cet égard , s'expriment exadement ;
& , dans les calculs précédens , le
commencement d'une première pé-
riode embôlymique tombe au règne
de ce Prince.
Le temps de la dynaftie de Djem-
fchid une fois fixé, nous donne l'é-
poque de Féridoun. Les Orientaux
rapportent que ce Prince, en mémoire
de la viifloire qu'il avoit remportée fur
Zohâk, prit le jour même de cette ac-
lioo pour le commencement d'une ère,
dont l'époque étoii le premier du mois
Meher , à l'équinoxe d'automne (Bib.
Crient, p. '^4.7) • Selon le Guerfchafp-
namali (fui. 204 redo ) , le coramen-
cemcnt de fon rèj;ne , après la défaite
totale de Zohâk, tombe au mois Meher,
répondant au figne des PoilTons , jour
auquel Férido'-in célébra le Me/iergan
avec Djajchneh. Voici les Vers qui
BOUS apprennent cette circonflance :
Tc/mii linr hurJj maJiï fchodai licut AUJur
Nrfcliijt u hifclMlii he fur o ht AUhcr
Al armtl'ch .Vlthertui^an Djnjchneh fahht
Sar attjJi rt; tcherkli meh bar jcrakht.
Ceci prouve que l'année vague fcr-
voit toujours dans les cérémonies reli-
gieufcs.
Je ne m'arrête qu'à ce qui eft dit de
l'équinoxe d'automne. Defcendain de
(cpt cents trente ans environ , ou fept
cents cinquante, de l'époque de Djem-
fchid, pour faire concourir, en rétro-
gradant , le JNo rou-^ vague avec le
premier du mois Aleher fixe , on fe
trouve dans la dynaliie de Féridoun ;
& même, fi l'on fuppofe la première
périodeembolymiqueen 2155 environ
avant J. C. époque du premier Djem-
fchid , on verra, pendant le règne de
Féridoun, \t No rou^ vague concourir
avec le mois Alitlira (Meher) fixe.
Je ne prefl'e pas ces rapports , parce
que les époques de Djemfchid & de
Féridoun ne font déterminées , dans ce
Mémoire, que par les règnes ou les
générations correlpondantes. Je tâ-
cherai de les fixer d'une manière plus
particulière , lorfque j'examinerai la
nature de l'année Parfe.
DE LITTÉRATURE. 475
Maïs mon cielfein n'eft pas , dans ce Mémoire , de lever
toutes les difficultés, ni même de fixer les temps à cent ans
près : j'ai voulu fimplement donner un ElTai qui préfentât
un plan de conciliation des Orientaux avec les Grecs , &
des Grecs enU'eux, lur les premiers, Empires de l'Univers.
Je rélume en peu de mots les moyens que j'ai employés
pour cela.
On voit , dans la première partie de ce Mémoire , tous
les Critiques (e partager en deux clalFes : l'une, avec Ctéfias,
Diodore de Sicile, Jules Africain, Judin , & le Svncellê ,
donne treize ou quatorze cents ans de durée à l'empiré
Affyrien , &. rejette , même avec dédain , le témoiirnage
d'Hérodote , lans prelqiie longer à le concilier avec les
Auteurs dont elle adopte le fentiment : l'autre clalîë fe borne
à Hérodote, (outenu d'un petit nombre d'Ecrivains; fixe,
d'après cet Hiflorien , à cinq cents vingt ans, la durée totale
de l'empire Alîyrien ; & traite en conléquence de faWes,
les treize cents loixante ans de Ctéfias , & le lona Gâta-
logue tlu Syncellc. Quant aux Orientaux , tous s'accordent
à regarder comme iabuleux les règnes de la dynallie des
Pelchdatliens.
La deuxième partie refont le problème qui réfulte de cette
contrariété d'opinions, en montrant ; i.'^ que Ctélias a pa
donner treize cents ans à 1 empire Aliyrien , depuis Béius,
deux mille cent foixante-quinze ans avant l'ère Chrétienne,
julqu'à Sardanapale , ncut cents quarante-un ans environ
avant la même ère : 2.'' qu Hérodote s'efi: exprimé exac-
tement, en réduilant, à cinq cents vingt ans, la durée de
cet Empire fur la haute Alie, & par confcquent lur toute
l'Afie , à prendre depuis Bélétaran (Féridoun), vingtième
roi Ail) rit n , lous (jui changea la lamille régnante, julqu'à
Sardanapale : 3 ." cniin , (jue les règnes dont parlent k s
anciens livres des l'erfes lont véritables, ou du moin> pol-
fiblcs, entendus comme ils doivent l'ctre, c'cfl-à-ilire, iï
l'on prend le rcgnc de DjcmfliiA pour la dyiuijhc des Chai-
(h'cns , duiniée par Jules Alricain ; le rca^nc de Zo/uik, pouc
O 00 ij
47^ MÉMOIRES
la dynajlic Aes Arabes qui Te trouvoit dans le mcme Ecrivain;
le règne de Féruloim, pour ujie Uolficme dynaflie, \a famille
de Belétaran , juiqu'à Sardanapale ; lefquelles trois dynallies,
placées (uccefTivemcnt l'une après l'autre, donnent trente-un
ou trente -cinq règnes ; &: la iuite de Ctéfias , trente ou
trente-cinq : de manière que, fans preique rien changer au
Catalogue du Syncelie, il luffit de dire que les quarante-un
^ ou trente-fept ) rois dont il e(l forme , rcgnoient en Aiïyrie ,
tantôt en maîtres ablolus , tantôt avec dépendance , tandis que
Babylone obcill(jit aux Chaldcens ou aux Arabes, qui com-
prenoiejit quelquefois l'Alfyrie même fous leur empire. Par-là
les Grecs & les Orientaux s'expliquent rcciproquemenL
Je tâcherai de prélenter lous le même point de vue les
monarchies hiivantes; je veux dire, du côté des Grecs,
celles des Mèdes & des Perfes ; du côté àçs Orientaux , la
dynaftie des Kéaniens.
Malgré l'elpace immenfe qui nous fépare à^s premiers
temps, 8c le voile épais dont la dilette des monumens, &
fur-tout les changemens arrivés dans les Langues, couvrent
i'antiquité, je luis perfuadé qu'avec de la patience, l'étude
^^s anciennes Langues, des voyages fiits avec intelligence,
&: un goût de criiique qui aille à expliquer plutôt qu'à nier,
ou rejeter fur une apparence de contradiclion ; je luis per-
fuadé qu'avec ces iecours on pourroit faire revivre les
anciens peuples, rétablir la chaîne qui nous unit à eux, &
découvrir le vrai {çns de beaucoup de traits, confignés dans
ies auteui"s Grecs & Latins, dans l'Ecriture même, & qui
jufqu'ici ont paru inexpliquables, ou ont été regardés comme
fuppofés, & mis au rang des fables.
DE LITTÉRATURE.
477.
Lfi
en Jutn
^77)-
MEMOIRE
Sur r Empire des M ko ES èr celui des PERSES,
comparés avec la dynajîie connue dans les Ouvmges
des Orientaux, fous le nom de KÉANJENS.
Par M. Anquetil du Perron.
ON a vu dans le Mémoire précédent , les Écrivains mo-
dernes pailagés lur la durée de l'empire Alî^ricn. La
manière dont Hérodote &L Clélias s'expriment au lujet de
cette monarchie , a donné nailfance aux difterens 1) flèmes
inventés pour concilier \es témoignages des Grecs &. des
Latins. Le Catalogue des rois Mcdes, que nous fournit
Hérodote, Se celui de Ctéliiis, prélentent à peu -près les
mêmes difficultés ; & l'impofiibilité apparente de retrouver
ces Rois chez les Orientaux , autorilé à regarder comme
fabuleux les premiers règnes Kéaniens. De- là rélullent en
général des doutes fur cette portion de l'ancienne hilloire
Orientale. Pour la réhabiliter en quelque forte aux yeux des
Critiques, il eft donc iK-cefîaire de chercher un point de
réunion , auquel concourent les Grecs , les Latins tk les
Orientaux.
On lait que chez Ctéfias, le Catalogue des rois JVlèdes Db^.Sic.Lrr,
eft compolc de neuf Princes (a); Arbace, Mandace, Artyas ''" ' '^' ' '^'
(ouArticas), Arbiane, Artée, Artyne, Aitibare, Apanuas
(ou Alpadas, ou Aftyage ), dont les règnes réunis iont trois Chronol. de
cents tlix-Icpt ans, leion M. Delvignoles : Jullin donne à , //■',■, '''"".'
cet Empire trois cents cinquante ans de durée. Hérodote au La.i.^.vt.
(n) Les Grecs nous donnent dix-
huit rois de- Bihylonc, dcpui.s Nalio-
nadar, lipt cents qiMranic - re|>t an!>
avant Jc(ii.<. Clirirt, jufqu'.i la prile
de celle vjlic par Cyrus; à. fc|it roib
d'Aflyric , depuis Ninus deuxième ,
fjucl<|uc temps après Arluce, premier
roi des Mcdes, juUju'à AlJraddon,
environ lix cents quitie - vinjjts anj
avaiu Jcliu-Chriil.
478 MÉMOIRES
Lil'.i.p.ji. contraire ne compte que quatre Princes, Ddjocès, Phraorte,
Cyaxare, Altyage ; Iclqiieis , ea tout, ont régne cent cin-
quante ans.
La conciliation de ces deux Hiftoriens a été tentée par
tous les Écrivains anciens & modernes, dont j'ai fait mention
Ctfn. Diprt. dans le Mémoire fur les Afîyriens. Quelques-uns la croient
■^^^"''^'' ''"'°' impolîiblc. Le plus grand nombre refond le Catalogue
d'Hérodote dans celui de Cléfias; & comme les années de
plufieurs règnes fe rapportent dans ces deux Ecrivains, que
d'ailleurs il n'efl: plus quellion ici , comme pour les A(iy-
riens, d'une difîérence de iept à huit cents ans, je penlê
qu'il fuffit de renvoyer aux Savans qui ont rapporté les
différens fyftèmes préfentés à ce lujet. Si je m'arrête aux
hypothèles propolées par M." Defvignoles & de Bougain-
vilie, c'ell que , chez ces Savans , les écrivains Grecs femblent
s'approcher davantage des Orientaux ; ce qui rentre dans le
plan de ce Mémoire.
LiLdr.i.H. Selon M. Delvignoles, « les deux Catalogues de Ctéfias
P'-'Ji'' „ & d'Hérodote, regardent deux Etats différens dans leur ori-
« gine ; Ôc les trois derniers Rois du Catalogue de Ctéfias
font les mêmes que les trois derniers d'Hérodote». Arbace,
P. j;7, ^jc?. pi'emier roi des Mèdes, après avoir détruit Ninive, hxa le
liège de fon empire à Ekbatane ; ks luccelfeurs l'imitèrent :
mais quelqu'un d'eux traniporta là Cour à Suie; feus Ar^ée,
fixième roi des Mèdes , le fiége royal étoit dans cette ville.
Dans cet intervalle , les peuples de la Médie feptentrionale
n'ayant point de Roi parmi eux, vivoient dilperlés dans une
iorte d'autonomie. Déjocès les rafièmbla , devint leur Roi.
Après la révolte il(:;s Cadufiens , la domination des Mèdes
méridionaux étant attoiblie, Phraorte, lils de Déjocès, s'em-
P^gt2}y, pare des Etats d'Artée , fait la guerre aux Perles, met le
liége devant Ninive, & périt dans cette expédition, après
avoir régné, vingt- deux ans. De toutes ces circonftanccs ,
M. Defvignoles conclut qu'Artyne e(l Phraorte : il prouve
enfuite qu'Aflibare eft Cyaxare; & ailleurs , qu'Apandas efl
Allyage.
DE LITTÉRATURE. 47^
L'Iiypothèfe de M. de Eougainville diffère peu de Ofliç M»), Je fâc.
de M. Dervignoles. Le (îivant Académicien reoaixle les Mèdes '^" ^'A^/','^'
d'Hérodote &L ceux de Ctclias comme deux peuples diffcrens./'. s '•
Les rois Mèdes de ce dernier Hiltorien, c'eft-à-dire, Arbace
&: Tes fucceffeurs, proprement rois de l'Elymaïde, dont la
capitale ctoit Suie, lont appelés Mèdes, piuxe qu 'Arbace ,
auteur de cette dynalHe, ctoit Mcde, & qu'elle devoit fa
nailfance à la révolte des Mèdes. Ceux-ci, les Mèdes pro-
prement dits, les Mèdes d Hérodote, mis en liberté par
Arbace, formèrent une république jufcju'à Déjocès. Les rois
de l'Elymaïue, lelon M. de Bougainvilie , commandoient du U- p- ^7-
côté de l'Orient, aux Perfes, aux Parthes, aux Carmaniens,
aux peuples de la Baclriane, julqu'aiix frontières des Malîa-
gètes & des Sa(jues, voilins de i'Aracholie.
Voilà, en y ajoutant la Médie, l'Iran àcs Orientaux. Tf
n'efl donc plus quelHon que de montrer chez les Grecs les
Rois de cet Empire, l'Iran; & c'elt-ià l'objet principal de
ce Mémoire. Je tâcherai , à la lui , de donner le vrai fens
da texte d'Hérodcjte , &. de répondre à ce que l'on peut
dire contre Ctéfias. Avant que d'entrer en matière, je fais
quelques obfervaiions qui me paroilfent enèntielles.
1." Si les Grecs ont dillijigué l'empire Mcde de celui
des Perfes, ced que Cyrus, qu'ils regardent comme la tige
des rois Perles, a fuccédé aux Mèdes. Encore dans Xcno- Lu- i.j>.iS.
phon, cette diftinèlion eft-elle moins [enfible. Cyrus fuccède 'f'j'cj'f'^
à Cyaxare (fils d'Allyage ) , lequel lui a donné en mariage
(a lille, avec la Médie pour dot, & dont il efl le neveu
piir la mère. On ne voit pas, dans cet Ecrivain, (jui avoit
pu confulter les archives des Ferles, cette divifion d'Empires
«lie l'on trouve dans Hérodote. Les Mèdes iS: les Perfes
font deux peuples, comme les provinces ilun grand État
lormeiit fouvent des Nations dilitrentes : mais ces deux
peuples fe rcunilîènt contre l'ennemi commun, les A(^^ riens.
Chez les Orientaux, ce que l'on nomme les Mèdes'^ les
Perfes , efl compris (ous le nom d'iranians : c'ell un feul
Empire, dont la Mcdie 6i. la Pcrilde étoient de fimples
48o MÉMOIRES
provinces. Les Jeux Empires clairement clifllngucs dans les
livres des Orientaux, loin l'Iran iSc le l'ouran , c'tfl-à-dire,
la Perfe & la Scylhie. On les retrouve aulTi chez les Grecs.
Hcrodote lui-même nous apprend qu'au raj^port des Scythes,
Targitaiis , leur premier Roi , le premier habitant de la
Scylhie, auparavant délerte , vivoit mille ans avant l'expé-
dition de Darius contre ce peuple fl>J ; ce qui tombe
environ au temps de Treteno ( Féridoun ) , dont le his,
Cti>.p.^(^.f. Tour ( ou Tour khoda ) , chez les Orientaux, eft le père
Herod.i'.ij/, des rois du Touran , & à l'cpoque d'Hercule que les Grecs
font père des Scythes : d'où l'on pourroit conclure que ce
Çi-J.p.^^S' héros efl le Treteno des Orientaux; mais H n'eft ici queftiou
que de Tour.
Selon les Scythes , Targitaiis eut trois fils , Leipoxaïn ,
ATpoxaïn, & Koiaxaïn. Ceux qui font au fait de la valeur
& du changement des lettres dans les langues Orientales »
reconnoîtront ailcment, dans Igs deux premiers hls de Tar-
gitaiis, ( ûl ) Pefcliing, qui palîë chez quelques Ecrivains de
Çi-4-F.i-^4- l'Orient, peur hls ou petit-his de Tour, hls de Féridoun ,
puifqu'ils le placent du temps de Minotcher ; & la première
fyllabe des noms Leipoxaïn & Arpoxaïn ne peut pas arrêter:
Fcridoun eft aulh appelé Ahidoun ; Zohâk, Afdahâk ; Praf
fiab , Ahahab.
Vibr.xi, Strabon nous fait connoître la Tourivane , portion de la
T'J'^'J'7' Baflriane, qui lait elle-même partie de l'Ariane prife dans
la pius grande étendue. Quant à l'Ariane, on la trouve dans
ce Géographe, avec les différentes bornes que lui donnent
les Écrivains Orientaux, Il parle d'abord clés Aranians &
(b ) 'O.Ç 3 l-K-iiitu yiy6ai. . . , ,
iivcu ( îmi <^4 /"if « OTÇtt hiybVTzç Myan
Ji ù'J ) ^isi Tï ^ HifivcSivioÇ "fi im-miLi^
Svyot.ii£çt. . . . . TKTï Si yiyîiStttf ■muih.ç
Xe^d^a^r i Tiyvivai /^ tuv fftpîaf
«TTû h.iyis<n ol Jia'Sotf. ETia Ji erpi , Îtiii
iiro « fSr^Ti finjifucç TstfjiTŒK tV
K TT^iio , aM« •nntvTO,. H<.Tod, lit, IV t
p. 2^6.
DE LITTÉRATURE. ^S i
des Arammnioi ( fuivant les Manufcrits ), qui, félon lui, Liki.p.^,,
refremblent aux Arméniens, aux Syriens, & aux Arabes: /Vf-
les Aranians font les peuples de l'Aran, l'iranvedj des Parfes;
& les Animmaioi, les habitans d'Urmi ( Ariema, en zend) Zfuj-av. 1. 1 .
dans l'Aderbedian. 2.' p.p. ^2^.
illeurs le même Géographe fait mention d'Aria, contrée L.xj.p.j,s.
limitrophe de la Baclriane : voilà l'Iran, ou du moins la
portion de l'Iran , dont Baikh étoit la capitale. Enfin , ce
cju'Eratolthène & Strabon difent de l'Ariane, ce qu'Hérodote L!l>. xv.-pag.
dit des Mèdes, nous monU;e l'Iran dans fi plus grande étendue, ir'//^'/.'
Selon les deux premiers Écrivains, l'Ariane efl à lOueit de L.x'i.i:./,V.
i'Inde, & terminée par l'Indus : c'eft un grand pays qui
renferme difFérens peuples, qui a la mer au Midi, au Nord
les montagnes, à l'Oueft la Perfide & la Médie, & qui
s'étend de la Carmanie aux Portes Cafpiennes. Cette valte
contrée a en largeur ce que i'Inde a en longueur, & la
langue que l'on y parle eft à peu -près la même que celle
des Perfes, àts Mèdes, des Baèlriens & des Sogdiens. Héro-
dote renferme la Médie dans l'Ariane, lorfqu'il dit qu'ancien- L.iii.p.22;,.
ncment les Mèdes étoient généralement appelés Ariens : ils
portent le mcme nom dans Moyfe de Chorène. Lii.àu^, gj,.
2." Les Gouverneur* p;irticulicrs Aqs provinces de Perle
portoient le titre de Rois , comme on le voit dans les
Écrivains Grecs ( c J è^ dans ceux de l'Orient ; ils avoicnt
fouvent des guerres entr'eux. Les Grecs, d'un autre côté,
ont principalement connu les Princes, dont les États confi-
noient à l'Allyrie, contrée que les Orientaux comprennent
dans ce qu'ils appellent lOccideni.
3." Il t(l certain que chez les Grecs & chez les Orien-
taux , il efl quellion des mêmes pays, lorfque les premiers
parlent de la Perfe , de la Scythie, les autres de l'Iran &
du Touran : & comme les évènemens fe lont palfés dans
ies mcmcs temps, il faut donc que ces Écrivains déficMunt
(c) Caminfcs, dans Xtnoplion (de liijlitut, t\ri, l. i, p. z), cft
nomme Koi de l'crfc.
Tome XL, I' np
482 MÉMOIRES
les mcmes Princes ou leurs Généraux, quoique fous des
noms peut-être tlilTcrens.
4." Oii ne doit pas cire étonne de voir, dans les Écri-
vains Orientaux, des règnes de cent, cent vingt, cent
cinquante ans : la vie du Prince a pu être prile pour Ion
règne ; d'aillcur> le degré de hliation n'elt pas toujours bien
conflaté : ainli Ké Kaous, deuxième prince Kéanien , étoit
Hoi.eapf.t. félon les uns, iils , ielon d'autres, petit -fils de Ké Kobad.
Enfin, ces règnes en renfermoient plulieurs, & les années de
l'un peuvent avoir été jointes à celles de l'autre. Minotcher
paroît avec Arvakhfch ; Lohrafp f<JJ règne avec Ké Khofro ;
Guflafp, du vivant de Lohrafp; Bahman Ardefchir , du
vivant de Guflafp.
5." Enfin, û l'on prend l'enipire des Mèdes & celui des
Perfes pour un feul & même Etat, on verra cet Etat ren-
fermer jufqu'à Cyrus, la Médie, l'AlIyrie, la Perfide & les
provinces voifmes; comme l'Iran, jufqu'à Ké Kholro : depuis
ces deux Princes , les bornes de cet Etat font reculées confi-
dérablement vers l'Ouefl & vers le Nord ( la Scytliie ou le
Touran ). Enfin, depuis Darius, comme depuis Guflafp &
Efpendiar , Ardelchir , les conquêtes des Perfes ( ou des
Iranians ) ne paroifîent s'étendre que vers l'Ouefl : elles,
comprennent l'Afie mineure > la Grèce, l'Egypte.
D'après ces réflexions , je vais rapporter les faits que
nous ont confervés les auteurs Grecs, parallèlement à ceux
qui , dans les hifloriens Perfans , paroillent être les mêmes.
Cette marche nous apprendra naturellement ce que c'efl que
les rois Mèdes, les rois Perfes. Les faits, dans l'fdifloire,
font les expériences , en Phylique ; ils doivent être la baie
des fyflèmes.
D!od,Siaif. Chez les Grecs, Arbace, général Mède, fécondé puifîam-
yy^f '~ment de Béléfjs , Gouverneur & le premier Prêtre de
fdj Efchyle ( Perf. verf. yy6 — 7 Ho, edh. Pmv. tome I, p. 2.S0)
nomme doux Seigneurs Perfes , Marapliis & Artaphrcne, qui régnent entre
Mardus ( Sraerdis ) «Si Darius.
DE LITTERATURE. 483
Bcibylone, aidé des Perfes & des Arabes, fe rend maître de
Ninivc , après bien des combats, détruit l'einpire Aflyrien,
& fonde une nouvelle monarchie. Salman , beau -frère du
roi d'AlI}Tie, périt lous les murs de Ninive. Le point
principal ici, c'eft: la deftruclion de l'empire A(Tyrien par
des Mèdes , des Perles , par conféquent par les Iranians ,
& la défection des peuples voilins. Dans Moyfe de Chorcne, Likcir.
ies Arméniens fe joignent aux Mèdes ; & c'eft ce que l'on '''■^■>'-^^'
retrouve chez les Orientaux. Minotcher , iiïii de Féridoun ,
qui avoit fixé en Médie le fiége de Ion Empire, tue Salem
( le roi d'AlIyrie qui en defcendoit ) , roi d'Occident
( d'Affyrie ) , Se Tour ( le roi du Touran , ilfu de ce
Prince ) , &. établit , après bien des défaites , l'empire des
Iranians.
On a vu dans le Mémoire fur les Alfyriens & la dynaflie
des Pelchdadiens , les rapports que les Iranians dévoient CiJ.p.^^?
avoir avec les Arabes. L'horreur que leurs Écrivains ont ~^^^ •'!-■> ^'
pour Zohàk & les delcendans, ell caule du filence qu'ils
g.irdcnt ici lur la jonclion t\Qs Arabes avec les Perfes. Àlais
le Roiipt eujfafa nous apprend que Minotcher avoit fournis
les rois de l'Iemcn qu'aucun roi de Perfe, avant lui, n'avoit
pu ranger fous fon obéi (Tance.
Pour revenir à Arbace , le nom de ce roi Mède paroît
ctre celui d'Arvakhfch ou Orvakhfch ( Orouakhich ) , frère
du héros Guerichafp, fur la fin de la dynallie de Féridoun, Zrrj.av.t.u,
£c même, fi l'on en croit les livres des Parfes, fous le règne ^' '^^'
de Minotcher.
Arvakhlch, dans les livres des Parfes, ell célèbre p;ir lîi M.t.J.i.'P.
fàgelfe , par fa prudence : c'cll aulîi le caractère d'Arbace '" ou.sicU
chc
le
Cémii. i^iuiiciiis /Muace, u anorci iimpie gt
feinble mieux à Arvakhlch, héros Iranian, qu'à Minotcher.
Les Orientaux ne font guère mention que de ce dernier
pcrionnage, déjà roi de l'Iran, lorlqu'il iriomplie de Salem
Se de Tour : ils ne imlem pas, lors de la révolution, du
Ppp \\
agene , par la pruuence : ceit auni le caractère a ArbAce ' jij^J^^^^i^
hez les Grecs, chez les Latins, dans Moyfe de Chorène : '• "■}'■ ' '"•
e fuccès des armes Mètles cil encore dû aux confeils de cjf •"!'"'''' '
îéléfis. D'ailleurs Arbace, d'abord limple général Mède, ref- ^'^■''■/•- ^s-
484 MÉMOIRES
héros , célèbre fous le règne précédent , dont Mînotclicr
fuivoit les confeiis (e). Les Grecs nous iont coJinoître
l'auteur de celle révolulion , & lui domient Minotclier
( Mandauce ) pour fils.
Reo-ardant donc Arbace comme le Général du roi de
Perle , Minotcher , je place lous le règne de ce Prince
ies évènemens qui concernent le héros Mède : alors tout
s'accorde très -bien. Minotcher, defcendant de Féridoun ,
venge . dans le Hing àf^i, rois de Salem & du Touran , ia
mort de Ion aïeul \xq\s, , à qui l'Iran avoil été donné en
partage, & fonde la monarchie Perfe. Qu'il ait agi dans ces
expéditions , par lui-même , ou par fes Généraux , cela ne
chano-e point la nature du fait dont il s'agit. Ces Généraux
font Orouakhfch, confeiller du Monarque, &. Sam, petit-
neveu d'Orouakhlch, héros Mèdes; autre rapport qui confirme
les précédens.
J'ai déjà obfervé que Féridoun avoit fixé fa Cour en
Médie. Les dirpofitions teftamentaires de ce Prince dévoient
être plus précieufes aux braves de celte contrée.
(e) La fjgcfle de Minotcher,
telle qu'elle nous A repréfcntcc par
ies Orientaux , petit encore répondre
à ce que les Grecs rapportent d'Ar-
bace. Rien de plus beau, de plus
Tenfé, que ce que lemonartiue Perfe
dit aux Grands de fa Cour, à fes
peuples , fur le Gouvernement , les
JDevoirs réciproques du Prince & des
Sujets , dans le Ro^j)t etijfifa ; que
les avis qu'il donne, avant que de
mourir, à Nûd.r, dans le Scliah-
îiiiinah.
Dans le premier Ouvrage, les obli-
gations rt'ciproques des Rois & des
peuples , font appelées Hakuuh Pa-
defcliah bar fipah 0 reaaiah vé hak
Jevcih 0 rcaiiiah bar. Padcfchuli ,- c'ell-
à-dire , Droits du Roi fur les foldats
«y les prifrit'tain s , les cultivateurs ;
ifr' Droit* des foldats ^f^ des proprie-
tair^es , des cultivateurs , fur le Roi,
Minotcher enjoint aux Princes de rœ
prendre de leurs fujets , des cultiva-
teurs , que Vefpèce de bien fixée , w.âl
maain , félon ce qui a été réglé an-
ciennement , Aaiwiui mokarrer ; & en
quelque Ibrte en fuppliant , radji. II
veut qu ils iaiffent toute liberté à leurs
fujiis fur le boire , le manger , les
habillemens. A l'égard des cultiva-
teurs, il leur ordonne de les protégea,
de les aider, de leur fournir du tréfor
ce qui leur eîl nécefldire , parce que
ctlui qui met le peuple dans l'abon-
dance , remplit le tréfor du Roi , les
fijets , les pnprictaires cultivateurs
étant le tréfor du Roi : Ké tclwun
reaaia abadan kard khn-^anéh Pade-
fcliah brtfuir kard tcliéli reaaia hainéh
klu/r^c.-iéh Padefchah and.
DE LITTÉRATURE. 485
II efl parle, dans Hérodote, d'une autonomie de plufieurs
âgeî chez les Mèdes , après leur révolte contre les Alfyriens.
Dans les écrivains Orientaux , l'Iran , depuis la mort de
Minoicher, juiqu'aux premiers Princes, nommés Kéaniens,
fournis tantôt aux princes Iranians, tantôt aux rois du Tou-
ran, devoit, dans ces révolutions, éprouver des défordres
pareils à ceux que l'autonomie, dans Hérodote, paroît avoir
produits cihez les Mcdes,
Les fuccefreurs d'Arbace, Mandauce, fon fils, SoHirme
( Zou ), Artias Si Arhiane, ne font aucune figure chez les
Grecs. Ceux de Minotcher ( ou Manouflcher ) , dans les
écrivains Orientaux, Noder ffj, Zou, fils de Tehmafp .
Guerlchafp, ne pai-oilfcnt occupés que du Touran. Les Rois
de cet empire,, malgré les efforts des généra^ux de l'Iran,
étoient prefque maîtres de cette dernière contrée. Après avoir
Ole la vie à Noder, Afralkb s'empare de l'Iran : fous le
règne de Zou, les Touranians en font chaffés par Kefchvad;
lous Ké Kobad , par Zal & Rouftoum. Ces guen-es occu-
poient toutes les forces des rois de l'Iran. Devenues fancdantes
au commencement même dun Empire mal afîuré, & fous
des règnes foibles & courts , elles obligtoieiit ces Princes
de négliger la Médie, la Paiihie, l'ancien empire Alîjrien,
qui par-là a pu renaître de Ces cendres : c'eft fous Noder,
Afrafiab & Zou, que la S)'rie efl conquife par les Afîvriens ;
^ue les Ilraëlites lont tranfportés en Ali) rie, en Médie, par
Salman.izar ; que Sennachérib vient en Judée ; &i que
fcmpire de Babylone commence , quoiiiue relevant des
Mèdes. ^ ^
Chez les Grecs, la foibleffe de l'empire Mède continue
iôus Arlée ou Arfée. Parfondas, Grand de Perle, indigné
du luxe, de liiifolence du gouverneur de Babylone, fe E'^frp,. y^/ej,
J /'• ^; ^-
(f) Le rrgnc d,- ii- Frmcc ell ii.xL- lan 77b ava.u Icrc Chrcdennc. L«
parunctcli|.(i<l<.lolc-il,arrivtflornnic dctai!» qui conarncnt attc éclin/c
loiroupcic-coicMtjuxmamsavccctIIfs fe trouve. t d.ins ^.m Mimoîrc que i'aî.
de Hdchins roidu f our.in , & ([ui , lu à PAcadcmic en 1777.
Idon le cakul allrunoiuiqiK.- , tumbc à
4^^ MÉMOIRES
relire chez les Caclufieiis, peuple voifin de la mer Caljiienne,
& les porte à ie révolter contre les Mèdes. Les Catludeiis
faifoient des coiirfes Ircqiientes liir les terres des Mèdes, &
{m^s doute ne mcnageolent pas la Babylonie : leur défecTiion
dura juiqu'à Cyrus. Artée a pour fuccelîèur Artyne : après
Hxcerjif. Vdîef. celui-ci , règiic Aftibar , fous lequel les Parthes renoncent à
^'^^ ' ' la domination Mède, &: fe livrent aux Saces , dont le pays
répond exa<5tement au Touran. Mais après une guerre de
pluficurs années entre les Mèdes & les Saces, les Parthes
Dial Skul. rentrent dans le devoir. Striangée ( ou Stryaglie ) , général
r- "J" des Mèdes, étoit gendre d'Aflibar.
Dans les Écrivains orientaux , on voit des généraux
Iranians paiïer au fervice du Touran. Sous Guerfchafp , &
lorfque Ké -Kobad monta fur le trône de Perfe, Atrafiab
étoit maître d'une partie de l'Iran : fous le règne de Ké
Ttmkh Ma- Kobad , les Touranians font la guerre à Roum. Les pays
"''""' fitués au fud de la mer Cafpienne, avoient des Rois parti-
Djihanguk- culiers relevant de Darab , appelé Roi des Rois , Schahati
Schah , lefquels, comme on le verra dans la fuite, n'étoieiit
pas fournis à celui de l'Iran. Le Roi du pays où efl fitué
Baghdad, efl: même obligé de demander du fecours contre
le roi de Syrie , à Ké Kaous. Ce dernier Prince aliène le
cœur de fes fujets par un orgueil exceffif ; il elt forcé de
faire la guerre au roi du Mazendran ; il en triomphe par la
bravoure de Roftoum , à qui il donne fa fœur Tchehernaz
en mariage.
" Je ne puis m'empêcher de remarquer quelques traits qui
regardent les généraux Mèdes & Iranians. Chez les Grecs,
De-mtuPhal. Stryaglie, général d'AftibiU", a époufé Retie ( P(»7R/ct ) , fille
ilf^7"Zi!. ^^ *^^ Prince, & devient éperdument amoureux de Zarine,
''Gtàfc.iyf}. reine des Saces, après la mort de Marmare ( Emirelomrah )
Dwdoï.Jiiu.. ^^^^ t'poux. Chez les Orientaux , Zalzer , général de Ké
BMot, Kobad , conçoit une pafTion violente pour Raudaha , fiile
Man'oii^her! ^1^ Mchrûh , prince du Kabouleftan , dépendant du Touran,
Se qualifié Prince Turc.
Nous voici donc aux rois Kéaniens. La monarchie de l'Iran
tiiiman.
DE LITTÉRATURE. 487
eft affermie ; les forces vont attaquer également l'Occident
& le Nord.
Les premiers règnes Kéaniens répondent à celui du
Cyaxare d'Hérodote : ce nom llgiiitie Roi , Kûin ; Ké
Kfc/ier ; en Z-end , Keoiié Khfchet/iié.
Dans les auteurs Grecs , Cyaxare , après avoir battu les
Aiïyriens, faiiant le fiége de Nini\e, pour venger la mort
de fon pcre , eft défait par les Scythes qui a\ oient pour
général, Madye ou Madya leur roi , Ids de Proiothya (g).
Au bout de vingt-huit ans, \es Scythes font chalîés de la
Médie , & Cyaxare prend Ninive. Le règne de ce Prince
efl mêlé avec celui des Scythes. 11 eut aulfi une o-uerre à
foutenir contre Alyatte, roi de Lydie, alors puillant dans
i'Afie mineure ; &: tandis que les deux aimées éioient aux Hrrod.ii,
mains, le jour fut changé en nui;. P-H'
Nous allons retrouver les mcmes traits dans les écrivains
Orientaux. D'abord Ké Kaous venge contre l'Occident, la
mort d'irets , ii\s de Féridoun , tué par Salem , comme
Cyaxare , contre Ninive , celle de Phraorte , Ion père.
Hérodote réunit , fous Cyaxare , la plupart des traits qui
regardent les lucceffeurs de Fàidoun :_ dès -là l'expédition
de Cyaxare contre Ninive , en vengeance de la mc^rt de
Phraorte Ion père, peut être la guerre de Minotcher coinre
les delcendans de Salem. De même, les vingt -huit années
de linvalion des Scythes ne font que les douze années du
règne d'Airahab dans l'Iran : mais les autres évèneuiens ne
pt-uvent regaider que le règne de Ké Kaou>.
On ne voit pas bien , chez les Grecs , ce qui occafionne
ies irruptitins des Scythes ( j'ai fait dans le Mcmoire précé-
dent, la même réHexion au lujet des invalions des Arabes). CiJ.ji.^^s
Lci Cadulieii-s révoltés lit- pou\oient ftuls eiuraîner laScythie ^^>''t^'-''
( <^ ) Ki/aÇa'fHf ic^çi-nCi-n
«5 Tnr -nMi Twiiot ùtAci' iç«A«îr • i) it ,
Htnd. lib- 1 , y. ^<j.
488 MÉMOIRES
contre les McJes ; & l'expcJiiion contre les Saces , ft ces
évcnemens font antcrieurs à l'irruption des Scythes , entre-
priiè fur un iujet icgitime, avoit cté terminée pai* une paix
folide : mais i'hiltoirc Orientale nous donne la clc de ces
évènemens. C'cloit entre les chefs des Scythes & ceux des
Perfes , une querelle de famille , fondée fur des droits de
fuccellion hleliés, l'empire de l'Iran donné à Irets par F^ri-
doun ; indépendamment de leur origine du côté des femmes :
la mère d'irets étoit de l'Iran ; celle de Salem & de Tour,
une des filles de Zohâk.
L.r,p.p:^p. Les Scythes, dans Hérodote, harcelés par les Maffagètes
L.iv.p.s;^. ( ou les Kîedons ) , vont chafTer les Cimmériens de leur
pays : ils les poursuivent, prenant par le Nord, & ayant le
Caucafe à gauche defcendent dans la Médie. Cette route ,
prouve , je crois , que ces Scythes étoient des peuples du
Touran, fixés aux environs de l'Oxus. Ces Scythes , qui
reconnoilîbient Targitaus , fils de Tour , pour leur premier
père , venoient au fecours des Afîyriens , J-(lus de Salem ,
leurs frères. La vengeance de Minotcher fur les delcendans
de les deux oncles , n'avoit fait qu'augmenter les premières
divifions. Au refle, chez les Grecs & chez les Orientaux,
après deux ou trois règnes , elles pai'oifîent étouffées pour
quelque temps du côté de l'Occident ; mais au Nord , elles
dui-ent, & ont des effets terribles jufque fous Artaxerxès
Longuemain , ÏArde^chïr demi dûfl des Orientaux.
Djehnnguir- Je reprends la fuite de l'hifloire Orientale. Sous le règne
oamah. Bah- jg j^^ Kaous , Djeuihour étoit capitale du Diemdaflan (le
défert de Djem ) ; cette ville , appelée auiii Djenjcheher
( la ville de Djemfchid ) , étoit fituée flir le bord ( ou affez
près ) d'une mer ( ou d'un grand fleuve ) : Djemfcheher
fera Hamadan. De cet État dépendoit Kobad , chef des
Schabnan , habitans du pays où efl fitué Baghdad : ce
prince n'avoit jamais fait la guerre. Roftoum , général de
Ké Kaous, efl envoyé par ce Monarque contre l'Occident;
H commence par foumettre Azadmeher, hls d'Azadtcheher,
prince de l'Occident , lequel dépendoit de Darab , roi
d'Occident ;
DE LITTÉRATURE. 48^
d'Occident : & ce dernier Monarque comptoit cent vingt
villes dans fon empire. Accompagné d'Azadmeher, le général
Peiiè pénètre dans l'Occident, prend Djemfcheher, s'empare
des richeiïes immenlês que cette ville renlerm.oir, & lui
donne un nom Perfe ( fans doute celui de Djemfcheher ).
L'Occident étoit alors très-peuplé, plein de Rois : deux
routes y conduilbient ; le délert & la mer ( ou un grand
fleuve ). Rouftoum prend la route du défert fh) ; ilpalTe
enfuite le fleuve Kafsch ( peut-être la mer Calpienne ) qui
arrofe l'Occident, tue Kobad, &: réduit tout le pays fous la
domination du roi de l'Iran.
Pendant que Rouftoum cft occupé à conquérir les pajs
fjtucs près de la mer Cafpienne , Ké Kaous reçoit nouvelle
qu'Afrafiab, accompagné de Schaidah, fon fiis, a paffé le'
JDjihon, &: tombe fur l'Iran : ce Prince appelle Zal , père
de Rouftoum; marche àRey, dans la Médie, contre A fi allai).
Djehanguir , fils de Rouftoum , qui a pris lèrvice chez le
roi du Touran , défait les braves de l'Iran : Raham Goderz
eft vaincu. Djehanguir reconnoît enfuite Zal , délivre \es
prifonniers Perles, & repalfe du colé de l'Iran: Atrafiab,
trahi , eft mis en fuite.
Cependant Ardcfchir, fils de Kobad, prince du pays où
eft fitué Baghdad , lequel ( Ardefchir ) avoit vaincu plulieurs
fois les Tazians ( les Arabes ) . demantle du fecours à Kc
Kaous conire Saklab , roi de Scham ( la Syrie ). Le mo-
narque Perfe lui envoie Djehanguir. Pharhad , Khofro , & les
autres enfans du roi de Scham périftènt par la main de
Sam, fils de Faramourz : le pays de Scham eft fournis à
Ilraii. De-là Djehanguir marche contre Darab , monarque
de l'Occident, (jui appelle à fon fecours Roulloum, ami
d'Azadmeher. Les généraux Perles le reconnoiftènt : le pays
(h) Pour fc rendre , du SiAan , du
Cote de Baglidad , il faut travcrfcr le
srand lii'-jirt fiilé qui a cent cinciuanic
lieues t(l & Oucll , ou remontiT vers
lanicrCafniennc, fa travcrfcrau Sud,
& difcendrt du Mazcndran , à Ha-
niadan, &c. La route par le Midi du
déftrt J'iUt feroit beaucoup plus longue.
Tome XL. Q T1
4po MÉMOIRES
entier, les Rois à la tête, fe foumet au roi de l'Iran, &
embraliè la Loi , en renonçant aux liioles.
Reprenons les principaux traits. D'abord, chez les Grecs,
le règne de Cyaxare ell un règne de troubles; ce Prince eu
continuellement en guerre avec les Scythes ou avec les
Lydiens. Tandis que (es troupes font aux mains avec ce
dernier peuple , le jour ell tout d'un coup change en nuit.
— Les Orientaux nous prélenlent le règne de Ké Kaous
Zendav. 1. 1 , comme iHi temps de grandes guerres ; ce font leurs expreP-
■*' •i''^'^' fions. Ils Jious parlent d'une pluie d'eau noire tombée (bus
Biliiiot. Orieiir. le règiic de ce Prince que l'on dit avoir eu beaucoup de
««.Ké Kaous. g^.^ pour l'Aflronomie.
Le Général du roi de Perfe va foumettre l'Occident, &
'' avant que d'arriver fur les Terres du premier roi de cette
contrée, s'empiu^e, près de la mer Cafpienne, de plufieurs
États , dont les Rois l'aident dans fou expédition. — C'eft
//«W.//r.//, Cyaxare qui unit à les intérêts toute l'Alie, au-deffus du
P'-f^- fleuve Halys , c'efl-à-dire , les pays fitués entre la mer
Calpienne & la mer Noire; qui marche enfuite contre les
AlT\'riens avec tous les peuples fournis à fon Empire, les
bat , «Se met le fiége devant Ninive.
Afrafiab , delcendant de Tour , tombe dans l'intervalle fur
Ci-d.p.^64.. l'Iran. — Voilà les Scythes defcendans, chez les Grecs, du
"f^"' fils de Tour ( Tai'gitaiis ) , auxquels Cyaxare eft obligé de
faire face.
Les Iranians font vaincus par Prnjjla ( Frajjiav , en Pehvi,
Afrafiab, en Perfan moderne ), & par Schaïdah fon hKs,
lih,i,},.;2. fon général. — Remarquons l'identité des noms. Les Scythes
commandés par Madya , lils de Protothya, s'emparent de la
Médie & des pays voifins.
Mais Afrafiab , trahi , vaincu , eft obligé de regagner le
Touran. — Les Scythes furpris, défaits par Cyaxare, font
chalTés de la Médie.
Ardefchir devient roi de Baghdad après la mort de Kobad,
Diehanguir- fon père, qui n'avoit jamais fait la guerre. Ce Prince, fouvent
namah. vainqueur des Tafians ( les Arabes ) , demande du fecours à
DE LITTÉRATURE. 45? r
Ké Kaou5 contre Saklab , roi de Syrie. Le monai'qiie Perfe
lui envoie un de les Généraux ; la Syrie eft conquife ; les
fils de Saklab périfîènt dans l'aclion. — On connoit les pre-
mières expéditions de Nahuchodonofor contre l'Egypte, la Jcf'rh.Am!^.
Pliénicie, la Syrie, fous le règiie de Ton père Nabolaflar, f.f^'o-'-'s'o.
qui , par foit grand âge , étoit hors d'état de fupporter les Comr. Ap. l.
fatigues de la guerre. Placé /ur le trône de Babylone, ce '"■£t/*'/'r<™.
Prince, dont la femme avoit été élevée en Médie , prie ^'•l'-'tsi-
Aftibar, roi des Mèdes, de fe joindre à lui contre la Judée.
Jérulalem & Tyr lont prifes ; les enfans de Sédécias font
mis à mort.
Cyaxare s'empare de Ninive , fécondé de Nabuchodo- "r^^- ^'^'^ ^'
nofor ; & le roi des Mcdcs réduit toute l'Alfyrie fous fon
empire , à la réicrve d'une portion de la Babylonie , laifTée
fans doute à N;d)uchodonofor. — Ké Kaous lôumet Darab,
roi d'Occident, qui prenoit, comme je l'ai déjà oblervé, le Cd.p.i.i6.
titre de Roi <\i:$ Rois : on reconnoît là l'orirueil des mo-
narques Allyricns. La Chaldée eft donnée à Raham Goderz,
le même, chez les Orientaux, que Nabuchodonolor.
Enlm , on fait que la Religion joue le plus grand rôle
dans les guerres de ce dernier Prince conu-e la Judée. Nabu-
chodonofor, dans les mains de Dieu, ell un ijillrument de Jnem.xix.
vengeance; il efl le ferviteur du Très- haut, envoyé contre ^^^'
les Juils, pour les punir de leur idolâtrie. — C'efl de mcme,
chez les Orientaux, une guerre en quelque forte de Religion.
Les Perfes obligent l'Occident de renoncer aux Idoles.
Avant que d'aller plus loin , je crois devoir rappeler ici
.les principaux noms cités dans les Extraits précédens.
SELON LES Grecs. selon les Orientaux.
Chei les Scythes. Che^ Us Touranlms.
Targiiaus Tour/.atleh ( ou Tourkhodah).
Arpaxaïn, Leij)Oxaïn ( Ai ) Pefching.
Pnnoihya Piaflia.
Madya Scliaidah.
Chei(^ les Me des. Chei les Iramans.
Cyaxare K<f Kfcher.
Q 4 *I 'i
L'ihr, cit.
4p2 MÉMOIRES
Suivons le fil des cvènemens. -"
Ninive efl; dctriiitc. Cyrus , roi des Perfês & des Modes,
a pris Babyloiie. Voilà, chez les Grecs, la monarchie Peile
la plus étendue : ils la donnent même comme un nouvel
empire, tandis que, chez les Orientaux, c'efl: toujours celui
de l'Iran.
Cyrus efl fils d'un prince Perle, nommé Cambyfe, Se de
la lille du roi àas Mhi\es , c'eft-à-dire, de la fille du
Monarijue dont il renverfe le trône. Le nom de ce dernier
Prince, Aftyage (ou Azdahâk ) , renferme le mot Serpent;
Moyle de Chorène en i'ail la remarque. — Ké Khofro , lelon
les Orientaux, eft his d'un prince Iranian, nommé Siaoueich,
8c de la fille du roi du Touran, AIrafiab, dont il détruit
l'Empire (i). Dans les livres Parles, Afrafiab clt appelé la
Couleuvre Touranie (k), peut-ctre ( indépendaminent de
l'animofité des écrivains Paries ) parce qu'il defcendoit de
Ci-d.p.^^S. Zohâk, par la mère de Tour, fille de ce Monarque.
Cyrus , chez les Grecs , fuccède à Aftyage : alors la mo-
narchie Perfe cefîè d'être entre les mains des Princes du
Nord. La cruauté d'Affyage avoit fiiit foulever contre lui
les Grands de Perfe , qui appèlent Cyrus , & l'aident dans
la conquête du Nord. — Ké Khofro fuccède à Ké Kaous
que les Grands de Perfe avoient précipité de fon trône , à
caufe de fon orgueil. Sous lui , le fiége de l'Empire efl à
Iffakhar : lorfqu'il y arrive , les Rois des contrées voilmes
s'alfemblent pour lui rendre hommage.
Cvrus efl regai'dé comme le modèle des Rois. Dans
l'Écriture , il femble être envoyé de Dieu , Prophète ; M *
reconnoît le vrai Dieu : c'eil le roi de Perfe le plus puiffant.
Les différentes manières dont fa mort efl rapportée , font voir
(i ) Ou bien, comme la Médie,
fous Ké Kaous , efl envahie par le
roi du Touran, Ké Khofro peut être
cenfé petit- fils d'un roi de Médie.
( k) C'efl vraifembrabienicnt là le
ferpent Caiifihid lué par Ké Khofro,
l'A^ldeivàJûr, chaflé du K/r Tcn/it/Jé ,
quiétoii liiuédansi Aderbedjan,&que
le monarque Perfe donne enfuite au fils
d'Aguerirets , frère d' Afrafiab. Bibl.
Orif/it. p. 2^y. Zciid-av. tome JI,
p. lyo, 202, g8^, jp6.
DE LITTÉRATURE. 493
que ce point d'Hiftoire étoit ignoré. — Chez les Periès,
Ké Khofro efl de même le modèle des rois de l'Iran , ie
vainqueur des Dcws , le deflrucleur de l'idolairie , le roi
de Perfe le plus puilFant , le plus magnitique : il dilparoît
d'entre les hommes.
Les Grecs , qui avoient la plus grande idée de Cvrus ,
réunifient , dans la perlonne de ce Prince , des ti'aits qui
regardent Kc Kholro &: plulieurs de fes luccefleurs. Je crois
devoir rappeller qu'il efl toujours queftion des mêmes peuples ,
des mcmes contrées, Se qu'ainfi l'identité des faits doit dé-
terminer celle des Princes.
Cyrus , leion Hérodote, cîoit petit-fils d'un premier LH-.i.p.jj.
Cyrus. Cet Hiilorien nous dit lui-même que, chez les
Perfes , il y avoit trois manières de rapporter l'origine de ce
Monarque. Sa mort ne remontoit pourtant , du temps de
i'hillorien Grec, qu'à loixante-uix à quatre -vingt ans.
Cénchions de-là que quelque confufion dans les faits, que
l'on pouvoit attribuer à un Prince du même nom , occafionnoit
ces viiriétés dans des Ecri\ains éloignés du (lége de l'Empire.
Ce font ces Ecrivains qu'Hérodote aura conluiié-s & commentî
Josèphe nous apprend que les Grecs le trompoient dans
ce qu'ils rapportoient de la milice des Perles. Tout cela
prouve que les noms & les règnes ont pu ctre confondus
oc altérés par les Hifloriens. Si les Orientaux, les Indiens,
par exemple , chez qui les Européens ont des Etablilièmcns ,
font jamais l'hiftoire des rois de l'Europe , on y trouvera
vrailemhlahlement de pareils bouleverlemens.
Le moyen , je crois, de tirer quelque chofe de ïïiix i ,
des diflcrens Hilloriejis qui p;irlenl des Perles, ell de rap-
procher les faits remarquables qui le trouvent le3 mêmes,
à un ou deux règnes près : c'elL ce que je vais lâcher
exécuter.
On peut obfcrvcr d'abord, eu général, que , feion les Grecs, 'f^"vd l r.
Cyaxare ( c'elt-à-dire, les rois Kéans ) elf le jMcmicr cjui ait ''"'•*"
difbibué en provinces, ou làtrapies , les peuples de l'Afie,
qui dépendoient de lui ; & qui , dans ks armées, ait forme
ariic. Kob;id
Loliralp
4P4 MÉMOIRES
des Cavaliers, des hommes de traits, de ceux qui fê fervoient
de la lance, des corps particuliers ôc fcparcs. — Chez les
BU'iinu Orent. Orientaux , nous voyons de nicme le Chef de la dynallie
des Kcanions s'occuper de la police intérieure de Ton Em-
pire. Kc Kobad fait pofèr lur les grands clieniins des bornes
qui marquent les fariangs, elpace de quatre inillcs : il affigne
un fonds pour l'entretien des Soldats; & Lohrafp, un de fes
fuccefleurs, établit une Cour de Jullice pour les troupes : ii
les aftreint à une difcipline fevère, &. oblige le Soldat à
vivre de fa lolde. Ce Prince règle le cérémonial des Au-
diences que doivent donner les Gouverneurs des provinces,
& par-là confirme la diftributiun de l'Enîpire, laite par fes
prédéceflèurs ( l ).
Ci - dev.
Chez les Orientaux.
Lohralp , fils d'Arvaiidafp ,
Prince févcie , fait pratiquer la jus-
tice , difcipline les troupes ; Zal ,
général de l'Iran , s'oppofe à fon
inllallation.
Chez les Grecs.
Aftyage, appelle aufîl Apandas
ou A i'padas, dernier roi des Mèdes ,
efl; repiélénié comme un Prince
cruel , dur pour (on peuple. Les
Grands de Perrefefoulèvent contre
lui. Dans Moyle de Ciiorene il efl:
nommé Azdahâk, fans doute à caufe
de fa reflemblaiice avec l'ancien
Azdahâk ( Zohâk ).
Cyrus , petit -fils d'Afpadas,
cpoule Caflandane , fille de Phar- époufe Katayoun , fille d'un roi
nafp , roi de Cappadoce. Grec.
Excité par Harpagus , & par les Excité par les Seigneurs Perfes ,
feio-neurs Mèdes & Perles, Cyrus il fe révolte contre Lohrafp fon
fait révolter les Perfes contre Af- père, marche contre lui avec les
padas fon aïeul. Maître de la Perfe troupe de l'Afie mineure, du roi
Guflafp , petit-fils d'Arvandafp ,
(l) Roufloum , Général de Ké
Khofro , combat & défait Afrafiab
qui étoit ftcondé du roi de Catay &
o'un roi des Indes : il fait prifonnier le
roi de Catay. — Cyrus, chez Ctéfias,
dans une expédition contre les Saces ,
fait prifonnier leur roi Amorg Mari de
Sparetra, lequel devient fon ami. Ce
Roi defcendoit fans doute de Zarina,
fous A née.
Cvrus périt dans un combat contre
les Derbices auxquels les Indiens s'é-
toicnt joints. ( Phot, Bibl, cod. y.z,
p. ioy — 1 10 ) .
DE L I T T É
Chez les Grecs.
8i de la Médie, il rcfide en Perfe.
Les Bactrieiis , après des avantages
é'.'aux renipories par les deux parus,
fe louineueni à Ton Empire , quand
il : lavent cjuil a cpoulé Aniytis ,
fi, le d'Ail yage.
Inftruit par les Mages. Sous fou
règne, les Ferles le rappellent les
paroles de Zoroafire ((ui defen-
doient de brûler les Corps.
Triomphe de Crcfus, prend Ba-
hylone avec le fecours de Darius-
Médus fmj, fils d'Aflyage ; donne
le commandement de cette ville à
Darius-Medus , nommé Cyaxare ,
& fil? d'Afluèrus; établit Aftyage
commandant des Barcénieiis.
Se prépare à marcher contre les
Maflagètes. Croyant que Darius ,
fils d'Hydalî^e, leigneur Perle
qui commandoii dans la Perlide,
caijale contre lui , il ordonne à
Hyilarj)e d'aller veiller fur la con-
duite. Hyflalpe le rend pour cela
dans la Perfide.
La reine des Mafiaorèies re-
proche à Cyrus Ton avi liié. Les
Perles font battus. Les Maflagètes
livrés à la joie, s'enivrent. Les
Perles les atta(|ueni , les défont.
Spargai)yfe, leur Général, fils de
Tomyris leur Reine, périt dans
l'expédition f n J. Cyrus , battu
RATURE. 4P3
Chez les Orientaux.
Grec dont il a époufé la fille. Zérir ,
fon frère, efi envoyé contre lui.
Ce Piince eft couronné en Syrie,
enluite à Balkh ; rélide en partie
à Illakhar.
Infiruit par Zoroaftre , montre
un zèle excelDf pour fa loi.
Lohrafp avoit impofé un tribut
aux Grecs, il chafie Nabuchodo-
nozor de Babylone. Ce Prince,
c|ui avoit été aflocié au trône , du
vivant même de Ke Khoiro, remet
ia couronne à fon fils Gufiafp, &
fe retire à Balkh.
Culiafj) marche contre leTouran.
Ardjafji , Roi de cette contrée , lui
écrit pour favoir le fujet qui l'amène
dâii!. les E;ats. Les Iranians battent
les Tourajiians. .^u retour de cette
expédition, Ef])endiar acculé d'af-
j)irer au trône , ell mis dans les
tèrs au château de CuerJkoh.
Dans cet intervalle, Kchram ,
fils d'Ardiap, tombe fur Dolkh ,
y met tout à feu & à fang. tl'pen-
diar , tiré des fers, bat les Tou-
ranians , tue le fils d'Ardjafp '^ pfjcr
Ardjijp , ou , Ardjajp i>(J'ir , le 6piir-
gtip't.e des Crées J . penùre d.ns le
Touran , lurprtnd la Capitale , au
(m) Selon Jixscphe f /hiri,/iii/. lui, lih, X, oi/<. XII, /•. } S " • i!^ )• Babviorc
fut (.ri r p-<r Darius, roi des Mèilo, â;;c de (oixante-Meux an<, \ fils d'Afly.ifc. Ce
Piinic, * i|Ui \ts Grecs dunneiit un autre mun ( celui de Çytxari ) , ctoli Iccondc
ptr Cyruj , (<.n purent.
(n) Ou bi<n le (cra S(hniiiah , fils d'Afraliab, tue par Roufloum , crm-r.il de Ké
Xhulrii, i<u \lriliali lurincmc , doiii les t'xUj es , 0'mii>.'iidti< (kir P>rauMl.ch, avcteiU
baUU. les Iranians , mu à mort dans la luite par Kc Kliutru.
45?<^ MÉMOIRES
Chez les Grecs. Chez les Orientaux.,
en fuite par les MafTagètes, perdra fonir d'un grand feilin , dcguifé
vie. Tomyris venge dans Ton lang avec Tes gens en Marchan<ls de
la mort de fon fils. Ce dernier caravane , & pcrii dans la lliiie par
trait n'ed pas certain. Selon Cte- " "
fias, Cyrus périt dans une expé-
dition contre les Derbices , où leur
Roi perdit la vie.
Chez Hérodote , le prétexte de
l'expédition de Cyuis contre les
Maflagètes , ctoit le refus que
Tomyris leur Reine avoit fait de
les mains de Roftoum. Lohrafp
avoit perdu la vie dans le fac de
Balkii, vidime de la vengeance
d'Ardjafp.
Chez les Orientaux , c'efl pour
délivrer Tes lœursjirilonnières d'Ar-
djafp , qu'Efpendiiir eft envoyé
dans le Touraii.
l'éj)ouler.
Ces différens traits fixent au même temps, ou à peu-prèsï
le règne de Cyrus & celui de Guftalî-) : & comme il elt
qiieflion à^i, mêmes contrées ( Je ne puis trop le répeter ),
ce doit auin être le même Roi , défigné fous des noms dif-
férens , ou le générai Perfe confondu avec le Prince dont il
prenoit les ordres.
'^Um, Je VAc. J'ai tâché de déterminer, dans un Mémoire particulier, l'é-
tlmf xxxv'n V^"^"^^ ^^ Zoroadre d'une manière précife : celle de Gulîa/p
y.yi o—y;^,[ç trouve fixée par ie temps auquel ce Légillateur a paru.
J'ajoute aux différentes preuves développées dans ce Mé-
moire , un pafiàge du Syncelle qui ne m'avoit pas afîèz
frappé à une première leéture.
Ce Chronologue (o) , parlant à&s calculs d'Alexandre
Polyhiltor, dit qu'il coinprenoit en qiiatre-vingt-fix Rois,
ie règne des Chaldéens & celui des Mèdes ; qu'Evéchoiis
(o) A\i^cwa^ç TïoKmçnp cm. -k ^vî.
XM/MK'i irx; (hwKiTttf mMv nv ^u7} vbv
MiiSctiH (iatnKiiç ttç' .... Aot </ï tï'tk
Synccll, p. y S- Le P. Goar rend ces
mots j'Aot ii tk'tk ■riX^^'i "^^^ '''t". • • •
par ab oâloginta fex prj^falorum tem-
père Eveclwiiin La tradudion
n'eftpas exaéle. Le règne d'Évéchciis
<Sc ceux de (es fucccflcurs font compris
dans les quatre-vingt-fix règnes Chal-
déens & Mèdes , & non pas pofté-
OU
DE LITTÉRATURE. 457
'OU ChomaiLcius ctoit le deuxième roi Chaidcen, Sa Zoroaltre
(roi) des Medes , le quatre -vingt -quau-icme. 11 eft viiible
•qu'Alexandre PoiyhHlor veut dire que Zoroallre ctcit le
quatre-viiigt-quatrièjne Roi depuis le premier roi Chaidcen.
Je iailfe l c caîcu! des années par S/^res', pai' Neres, & par Salies:
.j'examinerai cela dans un autre Mémoire , &. ne m'arrête
qu'à ce nombre 84, depuis l'orijrine de l'empire Chaidcen.
jle commencement tle cet Empire eft fixe, dans mon Mé-
moire fur les Alîyriens, à Holching, deux mille deux cents Ci-J.p.-f^i.
vingt-cincj ans avant l'ère Chrétienne. Je compte quatre-
vingt-trois règnes, de vingt ans chacun, l'un portant l'autre;
.ce qui donne lèize cents foixante ans. Cette foinme re-
tranchée de deux mille deux cents vingt-cinq, relie cinq
rents foixante -cinq ans, c'efl-à-dire, que le règne de
Zibroaftre , ou du Prince fous lequel ce Lcgillateur a paru,
tombe à l'an 565 environ a\ant i"ère Chrétienne.
11 fliut convenir que, fi le palfage du Sxncellc eft fufccptibfe
de quelque fens, celui que je prélente eft le plus vraifemblable.
Les règnes à vingt ans, l'un ponant l'autre, en Orient, &: D^Jmfidfh
dans des Lltats tumultueux , tels que ceux des Chaldéens, rwrit./Z^ci
des Adyriens & desMèdes, font prelque prouvés. Les Modes — z-^- ■1'"^/'^
/ont ici didingués (Ses Chaldéens , &. l'on fait que Giifhtlp „7/_'7^\ jY'
cil un Roi de la deuxième dynullie Perle. La première com- ' ■?>• Av™. av.
prenoit les rois Chaldéens, -les rois Arabes, & les derniers 'J^], ^7 rï/v!
rois Adyriens. Enfin l'épotjue de Zoroallre tombe au règne /•'-?• ^i»/ —
reconnu de Gultafp, & environ au temps de Cyrus. ^''^'
Reprenons le parallèle des rois Perles chez les Grecs (Se
chez les Orientaux.
On connoit l'expédition de CambyTe contre l'Egypte, celle
de Darius contre les Grecj. Le zèle de la religion Perle porte
ces Princes à détruire, dans les j^ays où ils pallent, tous les
nionumens de lidol.iiiie. - Elpcndiar, iils de Gultalp,
commande les armées , &: lignale Ion zèle pour l.i rélormi'
de Zoroallre, en loimietlanl à la K)i de ce Légillateur tous
les p;iys conquis par les armes.
CIr/ les Grecs, les Aliyrieus Sc.ies Babyloniens révolter, JuiVnJik I,
'Urne XL. m Rii- '•'•
4^8 MÉMOIRES
rentrent , par le flratagème de Zopyre, fous la Jominaiîon de
D;u-iiis. Ce Prince, dans l'Ecriture, efl nommé roi d'Aiîur : il
HmJ.l. IV. marche contre les Scythes pour les punir de leurs anciennes
f,2(fb, irruptions, les poulie dans leurs dclerts, &. au retour s'ein-
pare de la Grèce. Artaban Ion frère, lils d'Hyflafpe, avoit
Ibul.ir 2S2. tâché de le dilîuader de cette expédition. Le roi des Scythes
hJic!'r.' s 1"' , s'iippeloit Inda Tyrfe ( ou Inda Tyr ), nom qui marquoit
tdit. Blancard, Ç;\ delcendauce de Tour. Dix ans après, les Scythes fe veiigent
' par une nouvelle &. dernière irruption. — Dans les écrivains
Orientaux, Efpcndiar, après avoir triomphé du Touran , va
dans l'Aderbedjan, dans les pays voilms ; il pénètre au Nord»
& efl: arrêté par les remontrances des Princes de ces contrées,
qui lui prélentent le Traité de partage fait pai" Féridoun entre
fes trois enfans. Tour, Salem dont ils defcendoient , Se Irets.
Les Touranians font une irruption dans l'Iran , & fcMit vaincus^
Dans la fuite, Guftafp retourne ravager leur pays. Aitavan ,.
lils de ce Prince, ou Djamafp , félon d'autres Ecrivains,.
avoit été contre ces expéditions.
Dai'ius donne le gouvernement de Sardes à Artaphernes,.
un de fes frères ; fait la conquête de l'Inde. Les Grecs nous
le repréfentent comme un Prince doux &: humain. — Efpen-
diar a un fi'ère nommé Arta. Ce Prince , pour obéir aux
ordres ambitieux de fonpère, foumet l'Indoultan; & comme
les pays de l'Ouefl n'ont vu que lui à la tête des armées
Perles , que fes conquêtes avoient dû le rendre célèbre dans
toute l'Afie , puifque fon père lui-même en avoit pris de
l'ombrage, il n'eft pas furprenant que les Grecs lui donnent
le nom de Roi , & qu'ils fafTent mention des tributs confi-
HiroÀ. l. Y!, Jérables impofés par ce héros ( par Darius ). Les Conquérans
^' fe croient ces levées permifes, & par-là les meilleurs Princes
rendent leurs peuples malheureux, en étendant les limites
de leur Empire.
Chez les Grecs, Xerxès (p), fîls de Darius, achève les
(p ) C'eft-à-dire, le Roi. Sans doute qu'il fut nommé ainfi, parce
que Darius fon père n'avoit pas été le grand Roi de Perfe.
DE LITTÉRATURE. 45)^
préparatifs de ce Piince contre l'Egypte, la foumet, va en
Grèce , accompagne du Mage Oflhane , réduit le pays fous
fa puilîance , y brûle les temples : mais la fortune change;
l'iumée Perle efl battue. Au retour de cette expédition ,
Xerxès s'abandonne aux plailirs, ôc s'attire le mépris de (es
peuples. Artaban fon favori ( peut-être ion oncle ) Se (on
Capitaine des Gardes, le tue, aidé de l'eunuque Mithidate,
■fie place fur le trône Arlaxerxès, furnommé Longuemain,
troilième fils de Xerx£s. Le nouveau Monarque le défait
xi'Artaban, par le moyen de Mégabyle, fils de Zop)re, &
qui avoit époulé Amytis , une de les fours. La mort d'Ar-
taban caufe une guerre fanglante entre Artaxerxcs & les
enfans de ce feigneur Peri'e , Itlquels , quoique puilfans,
font enfin réduits p;u' Mégabyle.
Je fais ici une obiervation. On ne doit pas s'arrêter fcru-
pulculement à cette filiation donnée par les Grecs. Ce
pouvoient être des frères, des générajux du roi de Perfe,
qui commandoient dans les provinces occidentales. Les Grecs
.apprennent qu'il y a des changemens ; un Gouverneur lucccde
à un autre : ce ibnt chez eux le fils , le petit-fils , l'arricre-
pctit-fils (les coufms, comme en Europe,) du roi de Perle,
placés l'un après l'autre fur le trône.
Dans les Ecrivains de l'Orient, c'efl toujours le règne
de Guflcdp, lecondé de Ion lils Elpendiar, 8c peut-être des
enfans de ce dernier Prince. Le but de leurs expéditions
contre les pays fitués à l'Oueil, paroît être de kibflituer à
l'idolàirie le culte du feu i.labli par Zoror.llrc. Xerxès ,
.c'e(l-à-dire, le iioi , accompagné du mage OfthiUie, pénètre
^11 Grèce. Cétoit Elpendiar ( ou queUju un de fis lils ) , yrrj.u: 1. 1,
«ccompagnc peut-être d'Oroueilour, fils de Zoroaftre , ou "' 'l'-y»-
d'un pciil-lils de ce Lcgiflatcur. Les ivres Lcnds, en parlant
d'Elpendiar , le reprék nient lous le corps d'une jeune fie ld.i.ll,rig-
btlle fille. Ceci auroit-il rapport aux aimées molles &; ,^. ,^y. '^''
voUiptueufes que les Gtecs reproclunt à Xerxès ! Elpendiar
de retour des conquêtes auxquelles Guflafp avoit employé
ç\ valeur, étoit obligé de cacher en <juclque (orie aux yeux
K rr ij
5CO M É MOIRES
d'un père jaloux, la gloire de fês exploits II n'efl pas rare da
voir les guerriers oififs fe plonger dans les plaifirs ; eflet na-
turel d'une vie toute employée au-dehors, mais dont i'aclivito
fe trouve alors fans alimcns. Si du côte d'Efpendiar, c'cloit
politique, cette vie, en apparence cficmince , pouvoit le
garantir quelque temps des foupçons de Ion père ; mais
elle devoit aulH lui faire perdre l'eflime des braves Capi-
taines , qui (ous les ordres avoient loumis l'Occident &
l'Inde. On voit en effet cet héritier préiomptif de la Cou-
roime, luccomber, tel que le plus foible des Perles, fous les
accufitions d'un flatteur infâme,, comme, les Cours des Rois
n'en ont que trop , &. être traité dans fa prifon avec une
indignité qui femble être une fuite du mépris, fans doute
injufte, de la Nation. Enfin Xerxès tué par Artaban, refîemble
aflëz à Efpendiar qui périt par les mains de Roulloum , gé-
nérai des troupes de l'Iran , oc par le confeil d' Artaban , le
Djamafp des Orientaux. Rouff:oum fe charge de l'éducation
du fils d'Efpendiai-, Bahman , furnommé dans la fuite Ardefcliir
demi dafl, c'efl-à-dire, Artaxerxès Longuemain , &: l'envoie
enfuite à Guflafp, fon aïeul, qui le place fur le trône de
Perfe.
Ardefchir, pour venger la mort d'Efpendiar fon père,
fait la guerre à Rouftoum. Ce héros périt par la trahifon de
Ségad fon frère (peut-être le Mégabyle des Grecs, meh
mid , h grand Chef). On fait que les rois de Perle dévoient
la conquête de l'Occident à la valeur de Roufloum & de
fon père. Ce héros faille des enfans braves & grands guer-
riers, qui fe défendent long-temps contre Ardefchir, & fa
foumettent enfin aux ordres de ce Monarque.
II n'eff plus queflion du Touran, dans les Ouvrages àes
Orientaux , d'Ardefchir à E^kander ( Alexandre ) ; &; comme
les rois de Perfe n'avoient plus rien à craindre des Princes
de celte contrée, leur Cour, qui depuis Lohrafp avoit été
le plus fouvent à Balkh, elt fixée à-Iftakhar ; mais les rois
de Perfe ifétoient pas pour cela maîtres du Touran. Elpen-
diar, après la mort d'Arujalp, avoit donné cet empire aux
DE LITTÉRATURE. ^or
defcendans d'Aguerirets , frère d'Afrafiab , & reconnu par
les Iranians pour ie feul Prophète qu'ait eu le Touran. — ■
De même, chez les Grecs, ies Scythes ne reparoilîënt plus-,
depuis leur dernière irruption lous Darius , julqu'à Alexandre,
quoique le pays qu'ils habitoient ne fut pas Tous la domina-
tion des rois de Perle , qui tenoient leur Cour dans les
provinces méridionales.
Après la rèduélion des fils d'Artaban , Artaxerxès Longue-
jnain , chez les Grecs , loumet toute la Perle à k domination ,
y établit l'ordre, fait rentrer dans le devoir Hyflalpe Ion
Irère , qui commandoit dans la Baclriane ; envoie contre
l'Egypte révoltée Achéménide Ton oncle, qui efl: battu ; &
après lui, Még;iby!e qui oblige ce royaume de recoJinoître
la domination Perle, Les Athéniens font de mcme vaincus.
Dans la fuite, Mégabyle lui-même, mécontent, le révolte
contre Ion maître, & rentre bientôt en grâce. Amedris,
mère d'Artaxerxès, femme vindicative, cruelle, ell la caufe
des troubles de (on règne : c'elf lous ce Prince qu'Eldras ell
envoyé à Jéruhdem.
Chez les Orientaux, ArdeTchir, la guerre contre les enfans
de Roudoum terminée, pouffe les conquêtes vers l'occident..
Peut-être que Ségad ^yl/i-^ ^<'/^/ Mégabyle), ou quelqu'un de
fts enlans commandoit les armées. 11 ote le gouvernement
de Babylone au fils de Bakhtnazar ( Raham Goderz ) , &
envoie à fa place Cyrus , delcendant «.le Lohra(p , &: dont l.i
mèreéloit ifraclile. Cyrus donne pour Roi aux Juifs Daniel,
6c rétablit Jérulalem
On lait que ces derniers évènemens font du règne de Cyrus
& de celui de Darius. Mais Artaxerxès, dans Josèphe f<fj,
ell appelé Cyrus; c'ell lous lui qu'Eldras ell envoyé à Jéru-
lalem : voila la lource de 1 erreur. Comme C) rus avoit lait
rétablir le Temple, & élevé en honneur Daniel , qui loutenoit
les Ilraclites les frères , auprès du monarque Perle, il elt
fif^ Ti^urniVamc Ji tktï (Xf,,jS»), rit (ian^fixr ii( lir uiir Ki/gj» cV 'Afm^tf^nr
*lMmi( ngihtn, nn/in fuialiioai- Aittiq, Jud. t, XI ,e. il, p. /-j".
50i MÉMOIRES
confoiulu avec Cyrus ( Artaxerxcs ) qui envoie Efdras. Au
relie , de pareilles tranljwiitioiKs tlaiii les tvciieinens ne
doivent pas ctonjier : tes derniers traits viennent des F.cri-
vaiiis Mahomclans. Les Perles ne ionl mention (jiie de Raham
Gouerz, ik cela ious les règnes de Kaous tX de Lohralp.
Les Grecs nous lont connoître plufieurs enfans d'Arta-
xerxès, favoir, Xerxès, légitime; Sogdicn , Ochus, Ariite,
& pkifiCLirs autres qu'il avoit eu de Tes concubines. Les deux
premiers ne régnent que quelques mois.
Chez les Orientaux, Ardefchir a un général nommé Ségad
&: deux tils ; le premier nomme Safan , qui le retire à Hhikhar,
tSc renonce au monde, du vivant de ion père, parce que,
à la perlualion d'Homaï , il avoit été exclu du trône : le
deuxième, Darab, étoit enfant, lorlque (on père parvint à
la Couronne. Le monarque Perie eut trois filles, Feranguis,
Bahman-dokht & Khamani : celle-ci eft nommée ordinai-
rement Plomaï tchehreh azad. Son père l'aimoit beaucoup;
les Perfes croient même qu'il en eut Darab. L'habileté de
cette Princelîë détermina Ardelchir à lui laifîèr l'Empire.
Homaï fuccède donc à Ardelchir, après lui avoir fait donner
par teftament la Couroime au fils qui naîtroit d'elle. — Le
règne d'Homai répond à celui d'Ochus, nommé Dai'ius-nothus
ou le Bâtard. Ce dernier Prince avoit pour femme Parifatis
( en perfan Pûri ifideh , fille de Pari , de Fée j , fille d' Ar-
taxerxès, princelîë intriguante, rulée, puiflànte fur l'elîprit
du Monarque, & qui fut caule de la mort d'Arlite (Al Safan)
frère de Darius, lequel avoit tenté de faire valoir les droits
qu'il avoit au trône.
Sous Darius-nothus , la Lydie fe foulève ; la révolte efî
bientôt étoufiée, &. les Chefs , punis de mort { r). — Homaï
(r) Le gouveinc'r de L} die fe
Doniraok PUIlithne, & Ton tils naturel,
Anioigucs ( J-'liot. Bikiwt. ccd, yi,
yag. i2y, Thiicyîl. lib, 1 , pa-^.y^ ;
L Vm, p. ^6î, ;7j, edit. ]Vechd.
' i9-t)' Ce dernier mot lignifie /m-
inortcl ; & Pafcl.outan , fiisdeGufiafji,
& frère d'E(])endiar , pâlie, cliez les
Perfes , pour immortel. On le voit
paroître fous Ardefchir deraz dalt.
Sur quoi je remarque que fi , dans
l'hilloirc de Perfe , donnée par les
D E . L I T T É R AT ir R E. 5c ^
eft de même en guerre avec les Grec?. Darab fon fils , le
tiillingue dans difll'rentes adions. Cette Princellë lui cède
la Couronne. Les Orientaux parlent des grands édifices
conlhuits par Homaï.
Après les Grecs , l'Egypte Tecoue le joug de la Perle ; cette
révolte dure julqu'au temps d'Ochus. Les Alèdcs qui veulent
les imiter, lont battus & punis. Quoique Parifatis favorisât
Cyrus le jeune Ibn fécond fils, auprès de Darius, Arface,
fils aîné de ce Prince, lui fuccède fous le nom d'Artaxerxès
Mnémon. On connoît les intrigues de Parifatis (f) ; les
cruautés conmiiles par cette Priiicede , par Statira; la guerre
de Cyrus contre fon frère ; enfin les troubles de la" Perle
fous le règne d'Artaxerxès Mnémon ; ks guerres avec \t%
Grecs, l'Egypte ; les défaites des Grecs, les tributs que le
roi de Perle en tiroit ; de quelle manière il régloit le fort
des différens Etats de la Grèce, fur laquelle il avoit établi
des Gouverneurs : fous le règne de ce Prince, toute l'Afie
grecque fut foumile aux Perles. Comme il y avoit alors
beaucoup de Grecs dans les armées des rois de Perfe, les
Hilloriens de cette Nation nous ont donné en détail les
intrigues de la Cour de ces Monarques, ou peut-cU-e de
celle du Général qui les reprélèntoit dans les provinces de
l'Ouell. Artaxerxès , prince jufie , bon , rcfjjedé de {^%
peuples, meurt à quatre-vingt-quatorze ans.
Chez les Orientaux , Darab lait la guerre à lès voifins,
à Philippe, roi de Roum ( la Macédoine ), lui impolè un
tribut ; il époule enluite là fille , &; la lui renvoie parce
qu'elle avoit l'haleine fort mauvaife. Philippe la fait garder
foigneulemeiit. Celte Princelîe met au monde Alexandre,
Grecs , on parcourt rcfpacc com|jris
entre Cyms & Artaxt-rxcs Mncnion,
on y trouvera la plupart dis noms
Pcr(cs lies règnes de GullaCp & d'Ar-
defcliir diraz dall , mais un pi-u déd-
{jun's par la prononciation Cirectiuc.
(S) Si cette l'rinceflc e(l JLiiiui,
Tlithrehaïad ô<.Pari -ndtli feront deux
furnoms. Ce que les Grecs difent de
Parifatis, qui voulut avoir commerce
avec fon (ils Artaxerxès Mi)>.nu>n ,
n'crt yiis, incroyaMe , après le crime
uUoniaï avoit commis avec fon père
'aliman.
504 MÉMOIRES
qui pafTe pour le lib de Philippe ; cie-là les prcienlions
cl' Alexandre liir la Perfe. Les Orientaux leprcTenlenl Darab
comme un Prince brave, qui avoit fuit de grandes coiiqucles,
plus pi.'iiïàiit ([ue tous (es prcdcteliciirs , enfin doue de toutes
les qualilcs (jui font les grands Rois, ils lui attribuent l'in-
vention de la.pofle; mais il y a apparence que cet établi liement
C/V./-. ^j'f./iiivit de près la divifion des grandes j-out,es en fariangs ,
j((»oph, Cyyoy, faite fous Ké Kobad , & qu'elle en fut même l'occafion. Audi
'h'nu''i.'yu'r',^^^ Grecs le rapportent -ils aux premiers règnes des Perfes ;
p._as. Se l'hilloire d'Élther nous prouve que la pofte exiftoit fous
r.//,>.^77, Je^Medes.
Ocluis, dans les écrivains Grecs., fuccède à Artaxerxès,
Arfe à Ochus, Darius à Aife, &- leurs règnes répondent à
celui de Dara^ chez les Orientaux.
Ochus, prjnce cruel, fait mettre à mort toute la Famille
royale. Les Grands de Perfe, foutenus des Grecs le rcvoilcnt.
La Phciiicie & l'Egypte fe foulèvent : celle-ci eft pillée par
Ochus qui l'ait tuer le bœuf Apis. Après avoir fournis tous
ces États , Ochus fe plonge dans les plaifirs , 6c e(t empoi-
fonné par- l'eunuque Bagoas , Égyptien , qui venge ainfi fa
Patrie profanée, la Religion flétrie par le monarque Perle.
.Cet Eunuque , qui x'ioit Minilke de la haute Alie , fait
mourir tous les bis d'Ochus , excepté le plus jeune, Ar(e,
qu'il met fur le trône , & alîàirnie enfuite. Sous le règne de
ce dernier Prince meurt Philippe, roi de Macédoine, lorf-
■qu'il alloit commencer la guerre contre la Perle.
Après la mort d'Arfe, Bagoas donne la Couronne à Darius,,
^arrière-petit -lijs de Darius -nolhus. Ce Prince, élevé fur le
trône , de l'état de courrier du cabinet d'Ochus , bel homme^
doux, généreux, eft averti que Bagoas a formé le dcfkin
de l'enipoilonner : il fe défait de cet infâme meurtrier de les
inaîtres. Bientôt la guerre eft portée dans les États. Alexandre,
.qui fe dit..fils de Jupiter Ammon, & non de Philippe , refufe
trois fois les ouvertures de paix propofées par Darius. Le
,i-oi de Perfe eft vaincu ; il fuit en Alédie, & eft affdhné par
-Bdliis & Nabarzane, Grands de Pçrfe, avant qu'Alexandre.,
qui
DE LITTÉRATURE. 505
qnî le fufvoit de près, eût pu le fauver de leurs mains. On
fîiit les vœux que ce Prince adrelTa au Ciel pour Alexandre,
lorfqu'il apprit de quelle manière le héros Grec s'étoit conduit
à i'égard de la Reine fa femme. Oxalhre , trère de Darius ,
fè rend à Alexandre , fait mourir Befî'us dans les fupplices.
Alexandre cpoule Roxane, fdie d'Oxyathre, grand iêigneur SJ-voce.
de Perle, & Statira (Roxane dans Suidas) tille aînce de ^At^-^^es''*
Darius; il donne la cadette, Drypatis, à Éphellion.
Ce font, comme l'on voit trois règnes, dont les Orien-
taux n'ont lait qu'un, ou un règne que les Grecs ont partagé
en trois. La Icvérité d'Ochus , la cruauté, lès violences, le
retrouvent dans Daia , fils de Darab (Darius, arricre-petit-
fils de Darius-nothus ). Ce Prince ell nommé par oppolition
au premier Daiah, Dara ûl djfolicr, Dam le petit. Sa con-
duite lui ôte le cœur de Tes l'ujets. Les Généraux, les grands
de Perle, joints aux Minidres, députent vers Alexandre, à
qui fa naillimce donnoit des droits fur la Perfe, pour l'en-
gager à porter fes armes dans cette contrée. De leur côté,
les Grecs lecouent le joug. Lorfque Dara envoie demander
à Alexandre le tribut de mille a-uls d'or que Ion père payoit
à la Perle , on lui répond que l'oiieau qui les pondoit eft
envolé. Ce Prince a de même des guerres avec les Grecs
d'Afie, au fujet des tributs impolés fous fon père: on recon-
noît-là 1 Ochus des Grecs.
Mais les malheurs changent le caraèlère de Dara ; lès
dernières années font celle du Darius des Grecs. Il ell en
guerre avec Eskander, comme Darius Codoman ( c"e(l-à-
dire, Darius le dcriner ) avec Alexandre. Vaincu par le
he'ros Grec, ce Prince efl obligé de fuir; il elt aliàlfnic
par deux de fes principaux Olhciers, natifs d'Hamadan en
Médie, lorl(ju'il alloit If repolèr fous lès pavillons. Le héros
Grec accourt vers Dara, qui, perfuadé qu'Alexandre n'a au-
cune part à la tiahilon , lui donne en mariage fa fille
Rolcheng ( Roxane ), &; lui recommande de venger fi mon,
&. de ne donner \^s gouvernemcns de la Perfe qu'A des
Perlés. '
Tome XL. S {i
■^ù6 MÉMOIRES
Cl-zi-iK^Fi, Je penfè qu'en le rappelant ce que j'ai dit plus haut,
'^^''' qu'il efl (jueflion chez Ici Grecs &: chez les Orientaux, des
mêmes contrées, d'évcnemens arrivés dans le même temps;
que les noms (ont iouvent les mêmes , & que ceux de
Xerx's , Artdxerxcs , regardes comme noms propres, font
en même temps appeilatifs, applicables à tous les rois de
Perfe, comme le nom dç Bagoas ( Ladjé ademi , faux homme),
qui iigmûe Eu fuuji/c , en Perian , efl chez les Grecs un nom
propre :.je penle que ces obiervations rapprochées, on con-
viendra aifcment que les fix ( ou iept ) derniers règnes de
la dynaflie des Kéaniens, font ce que les Grecs nous donnent
pour l'empire Perle.
11 eft vrai que chez les Orientaux, en ne trouve que quatre
règnes , d'Efpendiar à Eskander , tandis que les Grecs en
comptent neuf, de Darius à Alexandre. Mais l'Hiltoire dts
TJiot. Bihliot. rois de Cappadoce , illus par les femmes d'Achémènes, tige
l'fjf'ff^"' des rois de Perfe, ne donne de même, chez les Grecs, que
quatre Princes, Anaphas deuxième, Datama , Ariaramne ,
Ariarathe, lefquels le luccèdent , remontant du temps d'A-
lexandre à celui d'Anaphas ( Otane, dans Hérodote), uii
des lix leigneurs Perfes, compagnons de Darius.
J'ajoute que le calcul des Orientaux eft confirmé par ce
qui efl; dit des rois de Perle dans un pafîàge de Daniel.
Voici la traduélion littérale de cet endroit, dont les inter-
prètes me paroiiTent n'avoir pas faih le fens.
f t J 'c Maintenant je vous apprends la vérité. ( C'efl le
» Seigneur qui parle à Daniel , la troifième année du règne
» de Cyrus ). Après qu'il y aura eu encore trois Rois en Perfe,
(^tj Ddiiicl , cit. XI, vcrf. 2 — j.
TBJy »;?>:3im oiaS anoV aoia néhù niv"n:n ~b i'^^* ^p^ ^^'^) «^
.p» ns'Ta nx hzr\ Ty r^-iivi i^npmDi h'ja Siij svv
.131X13 nisyi m SïJoa bïiai lua iSo -rayi .3
«Si wnnïcS kSi n>a"i"."t ninn ya-in'? xnr\^ im^ba nnrn iiaîoi .4.
DE LITTERATURE. 507
le quatrième deviendra beaucoup plus riche que tous ( les «
aulrci ) ; & les richefîes ayant augmenté la lorce , il lera «
élever ( contre lui ) tout le royaume de Javan. Alors s'établira <c
un Roi puilîant , dont la domination fera très -étendue, & c.
qui fera ce qui lui plaira. Et au miliieu de lîi puilîance, fon «
Rovaume lera brilc, &: divilc aux quatre vents du Ciel. Il «
ne ( lailîêra pas Ion Empire ) à les delcendans , ni là doml- «
nation telle qu'il la polfcdoit. Au contraire , Ion Royaume «
fera arraché, & ( donné ) à dautres qu'à les ( defcendans ). »
Les Interprètes qui entendent par les trois premiers rois
de Perle, Camb)le, Smerdis & Darius, croient que le
quatrième ell Xerxès, connu par la puillànce, par les expé-
ditions contre les Grecs. Ceux qui mettent C\ rus au nombre
des trois premiers Rois, prennent Darius, h\s dHyltalpe,
pour le quatrième; &: ce qui ell dit, chez les Grecs, de les
richelîès , de les guerres avec les Grecs , lert à expliquer h
fin du verlet deuxième.
Pour cela, tous tratluilent ujci'/r Juikkol et uuilkoiit lavait,
par « il excitera tous ( les peuples à faire la guerre ) aux
royaumes de la Grèce. » On lit de même dans la Vulgate:
Et ciim invaluerit Jivhiis fuis , co/icitaùit onincs aJversùni
regniim Grari.v. Cependant les Septante portent : Kii jul/ to
'EMvikbv. Et ilans le texte hébreu on peut, avec Munller,
prendre et pour la marque de lacculatil, &. dire : « Qu'appuyé
îiir lès richelîès, il provoquera (contre lui) tout le ro\ ;uime, «
(le corps) de la Grèce. ■>
Le texte eft fulceptible de ces deux lens : mais la fuite
n'efl pas 11 bien liée dans celui qu'on donne communément
à ce pjllàge. Le nouveau Roi qui établit la puillànce, après
ies quatre Rois de Perle, ell, au rapport de tous les Inter-
prètes , Alexandre , dont le règne celle au milieu de fa
courle. Se dont l'Empire cil partagé non pas à la lamille,
mais à des Etrangers. Il ell dilluile , en etlet , de ne |i.is
recoininllre , dans le pallage île Daniel, le conquérant Ma-
Ctdonicn. Mali il laul eu inùnc temps palkr neut rois de
S If ij
5o8 MÉMOIRES
Perfe, û celui qui e(t nommé le quatrième eft Dai'ius; huit,
û c'efl Xevxh.
Selon les Interprètes, les conquêtes de ces Princes, leurs
irruptions en Grèce , auront ttc la première caufe des expé-
ditions d'Alexandre, 6c par-là de la chute de l'empire Perle:
ainh le Propliète a pu après leur règne placer de fuite les
conquêtes du héros Grec. Je réponds qu'il y a cent cinquante-
quatre ans, de Xerxès à Alexandre; qu'Artaxerxès Longue-
inain & Artaxerxès Mnémon , ont été très-puilians, très-
célèbres dans l'Orient , & ont fait beaucoup de mal aux
Grecs. Ce dernier étoit maître de toute l'Afie grecque.
£f,lr. AV. /, Artaxerxès Longuemain , le premier qui fe Toit nommé Roi
<:,vi,vn[, 12. ^^^ Rois, & à qui les Juifs avoient les plus grandes obli-
Verj.i^. galions, méritoit bien de leur être cité comme un des plus
grands rois de Perfe; & fi c'efl: le quatrième Roi du patlage
de Daniel , ce qui efl dit des Grecs ne lui convient pas
exaèlement. Cependant tous ces règnes feront paliés fou5
filence.
Dans le chapitre huitième de Daniel, le roi des Perles,
des Mèdes & celui des Grecs, font repréfentés par deux
Zendav.t.n, animaux. Le bélier (animal de Behràm ) efl le fymbole du
p-^s'- premier; le bouc, qui vient de l'Oueft, armé d'une grande
Daniel, vni, come , celui du fécond. Le bouc frappe le béher, lui brifè
^'7' les cornes, le l'enverfe, le foule à terre, fans que rien puifîè
le tirer de fes pattes. 11 efl donc toujours queftion de l'em-
pire Perfe attaqué & détruit dans le même temps pai" les
Grecs ; c'efl-à-dire , du dernier roi de Perfe vaincu , de la
Perfe foumifè par Alexandre.
Je fais que le flyle prophétique peut fèrvir à expliquer
des omillions de la nature de celle dont il s'agit. Mais on
ne doit y avoir recours que dans le plus grand befoin ; &
li les monumens étrangers nous fournitrent une folution plus
naturelle, il efl jufle de l'adc^iter.
Nous la trouvons dans les Écrivains de l'Orient , cette
folution. Les quatre règnes Perles déf ignés pai" Daniel, font
les quatre règnes de Gullafp à Dara viiincu par Alexandre.
DE L I TTÉR AT U RE. 509
1.° Daniel éloit chez les Perfes, iorfque Dieu lui montra
la fuite des Rois de cet Empire : ainfi le calcul qu'il em-
ploie , efl celui qui ctoit reçu chez ce peuple , cinq cens
quarante ans, plus ou moins, avant Jélus-Clirift ; ce qui eu
beaucoup plus fort, que fi c'étoit limplement le calcul des
Juifs. 2."Dara, dernier roi de Perfe, vaincu par Alexandre,
nous donne exactement le quatrième Roi, qui provoque
contre lui toute la Grèce , contre lequel s'clève un Roi
puiiïant : c'eft le bélier , dont les cornes font brifées par
celles du bouc. Et cette explication peut jeter quelque jour Amiq.jnd.
fur la fuite des rois de Perle , telle qu'elle ell donnée ^''sfj/àl'm
par Josèphe & par les Juifs dans leurs grandes & petites ^i^i". c.2g.
Chroniques. _ iZ/J^^'
Au rcfle, que Ion confulte fur quelque Nation que cç P' '"^^ fp-
foit, les Hifloriens même de la Nation , & les Étrangers,
on trouvera dans ces dilfcrens Ecrivains des contufions de
règnes 6c de noms , louvent aulTi extr.aordinaires que celles
que prélèntent fur les Perles le récit des Grecs &. celui des
Orientaux ; ce qui pourtant ne doit pas faire mettre ces
règnes au rang des fables.
Par exemple, nous lifons dans Hérodote, que Paufiris Likin,
fuccède à Amirté dans le royaume d'Egypte. Ceci ne peut^''^*
être arrivé que fous Darius-nothus ; &; Hérodote, félon le
calcul reçu, ctoit mort, ou du moins Ion hiltoire avoit été
compofée long-temps auparavant.
Le mcme Hiflorien nous apprend que Cynis , prit à ^'^•l-''F-97'
inarclier contre les Scythes , ordonna à Hyflafpe , com-
manJant tie la Perfide, d'aller dans ft)n gouvernement,
veiller fur Darius fon fils aîné , qui avoit alors vinct ans.
Il paroit par-l.i qu'Hyflalpe éloil moins âgé que Cyrus , qui
avoit près de loixanle-oiue ans , 6c Daiius que Cambyle.
En eHtl, Darius (uccède à Cambyle, 6c dans tous les Hillo-
riens, il cil ap|)tlé liL d'H)ll.ilpc.
D'un autre côté, les Cappadcciens fe difoicnt parens dci Phci.BihKot.
Pc < \ iV C \ i- I /■ > I i^' (oA.iCXUV,
erles, parce q» Aloda, laur de Cambyle, pcre de Cyrus, ,,, ,,^^.
avoit été mariée à Pliarnace, roi de CappaUocc, duquel doit
ir
ver.
'510 MÉMOIRES
lorli PcJagame , pcre de Smerdis , père d'Artemnas , père
d'Anaphas , Icigneur Perfè, conleniporaiii de Darius. Cela
donne cinq gciicnilions, Atoliii 6c Anaphas compris; &: il n'y
en a que quatre chez les Periès : mais comme la lœur de
Hff.iy!.Oi"i: Camhyle forme une gcnération fcminine, \çs ci)iq géncra-
r '^,'^IL' li'-"^s *-'t's Cappadociens , lelon le calcul reçu chez les Grecs,
j i fi .■ ix Ariil. doivent répondre aux quatre des Periès.
Mt.VIl. i'6. ; , ^
Le mariage de la lœur de Cambyfe , fait voir que ce
Perle nctoit pas un Inriple particulier, d'une condition mé-
Z.//', /,/'./ 0. di ocre , comme l'avance Hérodote, mais un perfonnage
confidcrable, tel que le Siaouejch des Orientaux ; ce qui eft
encore prouve par le degré de conddération où Cyrus paroît
être chez les Perfes, avant même que d'avoir été élevé au
Li!'.i,t>.2. trône. Auffi Xénophon nous dit -il que Cambyie éloit roi
Çi.d.f.^^2. ^ç YqxÏç, c'efl-à-dire, de fa Perfide.
Maintenant, comment concilier Hérodote avec lui-mcme!
Mém.del'Ac. Je fais qu'on lit ces paroles dans un Mémoire de M. f réret.
its Bell. Leur. ^^ Q^ q^'j} / Hérodole ) dit Aqs, A^vw branches des Aché-
V'i^s- " ménides , de celle de Cyrus, & de celle de Darius, hls
» d'Hyilalpe , cadre parfaitement avec ce que nous apprend
Phot. Bihlioi. " Diodore de Sicile, de la généalogie des rois de Cappadoce,
f.tijS, „ qiii ^ quoiqu'alliés feulement par les femmes à la famille des
» Achéménides , en formoient une troifième branche. D'ailleurs
» la fuite de ces Rois, dans Hérodote, eft conforme au Canon
» de Ptolémée, qui nous a donné, après Bérofe, la fuite des
» rois de Perfe , tirée des registres du Collège des aftronomes
Chaldéens de Babylone »
Ce que M. Fréret dit ici de Ptolémée, confirme la généa-
logie des rois de Perfe, alTez généralement reconnue : celle
des rois de Cappadoce, donnée par Diodore de Sicile, nous
mène au mc'nie réfulîat , du moins pour les Rois antérieurs
à Darius. Mais il eft queftion maintenant d'accorder les deux
branches mafculines des Achéménides, dans Hérodote, &
ç'efl fur quoi le paftàge de M. Fréret ne me pai'oît pas
iatisiailaut.
DE LITTÉRATURE. 51 r
Lorfque Xerxcs , irrité contre les Grecs, jure qu'il (u)
n'eft pas fils de Dai'ius, fils d'Hyftafpe, fils d'AHame, fils
d'Ariaramne, fils de Telpeus, fils de Cyrus, fils de Cam-
by/e, hls (ou deicendant ) d'Achcmènes, s'il ne venge
pas l'affront qu'on lui a fait, ce Prince nous donne fa gé-
néalogie ; & dans celte généalogie, purement mafculine,
il y a lept générations, de Darius à Cambyfe , les deux
extrêmes compris. Cependant l'on lait que, dans le même
Hiltoricn , Darius iuccède a Cambyfe, fils de Cyrus.
Je ne vois que deux manières de répondre à l'objection:
la première, en avouant qu'Hérodote s'ell trompé; Se alors
ce que les Orientaux nous difent des rois de Perfe, paroîtra
moins inioutenable : la féconde conlifte à dire que le Cyrus
rappelé dans ce partage , ell l'aïeul ( Hérodote l'indique Lih. i , p, //,-
ailleurs Ka^a/S-Jaia V Kuf^j' ) ou le bilaïeul du grand Cyrus.
Le premier Cyrus aura donc eu pour père un Cambyle,
comme le fécond, «Se ce fera Arfame , qui, en ligne colla-
térale, répondra au fécond Cyrus. On voit qu'il y a ici
plulieurs choies qui loutfrent difiiculté : au moins ce calcul
5'accorde pour les générations avec celui des Orientaux , à
un perfoiinage près.
Chez les Grecs.
Xerxcs, Darius, Hyllalpe, Arfame, Ariaramne, Tefpeus, Cyrus,
Caïubyre, Aclicmùnes.
c
2 Chez les Orientaux.
s _
g / Kc Kaous,
c Efpendiar, Kc Gurtafp, Kt Lohrafp, Arvandafp, ( Kc Pelcliin,
Kc Koliad, Kc Miiiotchcr (ou Djenifchid).
Ces réflexions me conduifenl à l'explication à^s partages
où Hérodote parle des Mèdes &. des Perles.
(11 ' Mm yic iittf cK AcLpMK T» Tçaarief , lî Auroutof , w Ae^ag^iWû' . 1»
512 MÉMOIRES
i." Cet Hiflorien dit podiivemenl ( x) que la race i^^%
Acht'ménides , tribu de Perfe, établie à Pafargade ( Baiar-
djah , lieu de marché, c'efl-à-dirc , ville de marche, grand
marché ) , eft la tige d'où font lorlis les rois de Perle.
Lih.i,f.6o. Quelle efl; cette race des Achéménides ! Dans le même W\Ç-
^/!ffi.^"' torlen, Hyftafpe, Darius, Xerxès Ibnt Achéménides, c'efl-à-
j.Alcihiad. dire, deicendant d'Achémènes ; &, dans Platon, l'origine de
;, ' {'• ''°^ cQi Achémcnes , tige des rois de Perle, remonte, ainli que
celle d'Hercule , à Perlée , lils de Jupiter. 11 efl Roi dans
Héfichius , & le mot "Aycu(xJini y efl rendu par Flepcnis. Les
Aiim.fw ifs Perfes, fi l'on en croit Hérodote, prétendoient defcendre de
v.TôÉ.'n.'i'v). Pti'sès (y) , iils de Perlée , &. félon eux ce Perses étoit Alîyrien.
Voilà donc la race des Achéménides, la première des familles
de Perle, celle des Rois de cet empire, d'origine Allyrienne,
& cependant établie dans la Perfide, le farllllan.
Ecoutons maintenant les Orientaux. Chez ces Ecrivains,
cid.p.^t^^, les rois de Perle delcendoient de Féridoun ( le Perfée des
■^ -*'■ Grecs), dont l'empire comprenoit l'Afîyrie , &; plus parti-
culièrement de Minotcher, iliu d'irets, à qui l'Iran, dont le
Farfiftan fait partie , échut en partage ; de manière que le
nom (ÏAchémèiies viendra de celui de MinotJier, ou Adanouf- ■
tcher , précédé du mot Ké , Roi. Dans Minotcher le mot
tchchreh fignifie vijuge , beauté ; c'efl une épithète cjui n'efl
pas ellentielle au nom, comme dans Homaï tcliehich aTcid ;
comme fched , foleil , éclat , dans Djemlchid : dans le
Tavarik Schah-namah , dans le Cuerfclmp - tiamali , Se danS
d'autres ouvrages Perfans , ce Monarque efl fmiplement
appelé Djem. Cette première étymologie paroît d'autant plus
juiîe, que par-là le mot Achémén ( ou Achémcnes) délîgne une
famille particulière en Perfe, & non en général les Perlans.
On peut croire encore que le mot Aadjemi, qui, aéluellement
p. 60.
(y) 'HfjJuç vo/M(o/.Sfj nifmv eivtLt ,
m ActcaHf , yc-yvota. cm. tmç KtiÇt'of 3v-
yoLT^ç ' Kvl^^fxÀiMç . Herod, lib. VU >
F- 49S-
en
DE LITTÉRATURE. 515
en Arabe fignifie barbare , & défigne particulièrement les
Perians ( comme le mol Ac/iaine/iii , les Perles, chez quelques Mifcdi.rart.3.
Ecrivains latins, à ce que prétend Reland ), repond à celui ijrJ,''p'r'ra"'
à! Achéméen. Si les Arabes l'ont formé du nom de Djem /'• ■'<'<>'•
{ fchid ), c'ell fans doute par oppolition à celui de Zohâk,
conquérant Arabe, ennemi de Djemichid. Mais les Perles ne
(è nomment jamais eux-mêmes AAjemiaiis. Dans ce fécond
(èns , appeler les rois de Perfe Achéménides , c'eft dire, chez
les Arabes , qu'ils font d'une famille oppofée à celle de Zohâk ;
chez les Perles, qu'ils habitent un pays différent duTouran:
c'éîoit chez Xcs Grecs ( 1) • ou les faire fortir d'une contrée
dillinguée de la Médie , le Farliflan , ou leur donner une
origine différente de celle àes rois Mèdes, qu'Hérodote fait
commencer à Dcjoccs ( Zohâk). Développons ces réflexions.
Selon les Grecs, l'empire des Mèdes, c'efl-à-dire, des
defcenilans de AviVo/^'? , ell détruit par les Perfes : mais chez
les Orientaux , les Iranians n'ont pour ennemis que les
Arabes de Zohâk & les Touranians. La Médie, portion de
l'Iran , ne fait pas chez eux un royaume à part ; elle ne
fournit ni un peuple dillingué des Iranians, ni une dynaflie
particulière. Hérodote lui - même nous apprend, comme je Libr. ut ,
l'ai oblervc au commencement de ce Mémoire, qu'ancien- /'•,■'■',/• ,
nement les Mcdcs ctoient gcncralement appelés Ai'iens : Mén:.,t(fAc.
Paulanias nous dit la même choie. ^" ^'!:: }:''"•
•-r i\ /i l'AiiJ- n / T\ r '""" ' - '^ ' '
Zoroaltre , ne dans 1 Aderbed)an , elt réputé Perfe , p.^gf ;y6 ,
tandis que les Mages font Mèdes chez les Grecs. Les rois "*" ^''^'
de Perle habitent indifllremcnt Rey , lllakliar, Baikh : du
refle, il pouvoit y avoir des aiiiniolités de province à pro-
vince , & l'origine de Zoroaltre, fur- tout pai' fa mère,
pouvoit tire caulè que les habilans de la Perfide, du temps /./^XV.YfV/,
de Cyrus, n'avoient pas encore tidopté fa réforme. Les Tou-''*'^^ '
«•anians, ennemis des Perfes, ne peuvent donc être les Mèdes
(■^) Djiin , prononcé Kliein , comme, clans le Cjnon de Ptolémée
( DtJwrl. Dijjertat, Cjipria/i. Afpeihl. p, S^ J , ic non» de Zinims cit
écrit Cluir^fi's.
Tome A L. T 1 1
j,4 MÉMOIRES
<Jes Grecs. D'un autre côté , les traits de rapport cîtds Jans
ce Mémoire, prouvent, je crois, d'une manière alFez \)oi\-
tive que ces Touranians lont les Scythes d'Hérodote. Reltent
les Arabes de Zohâk : le Deïokcs d'Htrodote lera le Dehâk
ou Dahâk ( Zohâk ) des Orientaux ; c'ell ce que je vais
tâcher de démontrer.
Hérodote n'avoit pas lu les monumens des Perfes ; obligé
de s'en rapporter à ce cju'on lui difoit , il aura pu confondre
les noms &: les règnes : peut-être même l'erreur fera-t-elle
venue des Perfes à qui il s'adreffoit. Chez les Orientaux ,
Zohâk ( Dehâk ) fuccède à un Prince qui eft cenfé avoir
a-d.p.^}S. régné fix à fept cents ans : après lui, règne Féridoun, Hé-
'^'^''' rodote place Deïokès après les cinq cents vingt ans du règne
des Allyriens, iuivis de piulieurs âges d'autonomie. Phraoïte
fuccède à Deïokès ion père ; mais , chez les Grecs , ce font
àes princes Mèdes. Chez les Orientaux, Dehâk efl Arabe,
& féridoun n'eft pas fon fils, quoique, félon le Tarïkh
Maadjem , il fo it de fa famille par les femmes, & ait époufé
ià fille. Les règnes de ces deux Princes font très - longs :
d'ailleurs , dans Hérodote (a), Deïokès eft fils d'un premier
Phraorte.
Ceci prouve, je crois, que ce font des perfonnages qui
ont fuccédé à Féridoun , c'eft - à - dire , aux derniers rois
Afîyriens ; mais qu'Hérodote a placés dans l'ordre où on
les voit chez les Orientaux. Prenant, comme font encore
la plupai't des Écrivains de l'Orient, des noms de dynaftie
pour des noms de Rois , il a fait des trois premiers noms
de la lifle qu'on lui a donnée, les trois premiers rois Mèdes.
Dans Hérodote. Chez les Orientaux,
Deïokès Dehâk ( Zohâk ].
Fraorte Féridoun.
Cyaxare Ké Klcher (rois Kéans).
^^.yviû). iib. l> p. 'fô.
DE L ITTÉ R ATU RE. 515
L'hiilorien Grec préfente ces perfonnages fousles caradères
<ju'ils ont chez les Orientaux.
Dans Hérodote, après une autonomie aflez longue, félon L\i.i,p.^g^
DioJore de Sicile, & qui avoit donné lieu aux crimes, ^ p,us,'" '''
la violence, les Mèdes ont recours à Deïokès, dont l'équité
étoit cclèore parmi eux , & le remlent l'arbitre de leurs
différends. L'objet de cet habile Mède efl de s'élever à la
royauté. Voyant le befoin qu'on a de lui , il refufe de
remplir plus long -temps la foncflion dont on l'a ciiaigé,
dilaiit qu'il n'eft pas jufte qu'il abandonne les propres
affaires , pour s'occuper de celles des autres. Bientôt les
crimes fe multiplient. On s'alfemble ; les amis de Deïokès
le fervent hiibilement ; le flratagcme réulfjt , & il eft élu
Roi. Les MèJes domient à leur nouveau Monarque un
cortège, des Gardes : ils lui bâtiliènt un palais. Ce Prince
qui a à policer des peuples livrés aux vices que produit
une liberté efirénée , choifit une forme de gouvernement
propre à impoler. 11 ne le communique plus à les lujets ;
il ne reçoit les placets que par les mains de les Miiiiltres,
ne- prononce ks jugemens que par leur bouche : il a par-tout
des efpions qui lui rendeiH compte de ce qui fe palfe dans
(es États. Les coupables font amenés à la Cour, &^ punis
félon la nature de leurs crimes. Le mon;uque Mcde ioutlent
ainli fon autorité pendant un règne fort long, par une
févérité bien ménagée. Voilà le Deïokès d'Hérodote.
Chez les Orientaux , Dchàk ( Zohâk ) , appelé par les
Grands de Perle , rétablit le gouvernement monarchique TaiiAi.
afloibli piir les laélions, les révoltes, auxquelles les dernières " ■''"''
années de Djemfchid avoient donne lieu. Pendant la fuite
de ce Prince, c'efl-à-dire, lous les derniers dclcendans, une Ci-d.p.4.}^.
partie de les États fut fans doute dans une fcute il'autonomie. "^^^'-t^^'
La mollede du gouvernement avoit précipite Djemkhid du
trône : Zohâk. y monte par fon habileté, s'y louticnt par la
févérité. J'ai niontré , dans le Mémoire fur les Alfy riens ,
qu'il avoit des droits à l'empire des Perle.-;. Une lois maitre c7</./'. ..//.
de l'autorité luprème, ce Prince celle de coninninicjuer avec
T 1 1 ij
5i6 MÉMOIRES
ies fujels. Les révoltes fréquentes le (ont fonger à Ci fureté.
Il donne fa. confiance , comme le Deïokès des Écrivains
Grecs, à fes Miniftres. Les deux fcrpens qui fortoient des
épaules de Zohâk , font deux Conleillers, cfpèces d'efpions
publics, qui inflruifent le Moiiarque de ce qui fè paffe dans
{es États, & font toujours prêts à fervir fa févérité.
Un Prince conquérant ou réformateur a pour l'ordinaire
befbin de pareils fecours. Il pafîe dans le pays pour un tyran,
pour un nionfîre , dont la tcte eft armée de deux ferpens
qui fe nourrifiènt de lang humain. C'eft pourtant cette févérité
qui fouvent l'a fait appeler au trône. Les Seigneurs Perfes,
difent -les Orientaux , étonnés de ce qu'on rapportoit des
deux couleuvres de Zohâk, fe réunirent à fes Arabes pour
le rendre maître de l'Iran. Mais cette févérité, aigrie par les
révoltes qu'elle ne peut manquer de caufèr, ne connoît plus
de bornes , & prépare la chute de Zohâk. Le fupplice de
Djemfchid , les délations , la cruauté des Miniftres , des
Conhdens du nouveau Roi , ont dû , après le rétablilîement
de la famille de Djemfchid, faire palier, chez les Perfes,
Zohâk pour un monflre altéré de fang hinnain, tandis ^ue
ies peuples voifins , qui jie voyoient que les fuites de ce
gouvernement dur, fans en fentir l'impreffion, c'efl-à-dire,
qui étoient témoins de l'ordre rétabli dans un Etat en quelque
forte délabré , relevoient la fageffe , les vues , la force de
génie du Prince & de fon Confeil.
La manière dont j'explique l'hifloire de Dehâk & celle de
Deïokès, quoiqu'affez vraifèmblable , pourra paroître d'abord
extraordinaire ; mais ce que Moyfc de Chorène dit d'Az-
dahâk Byrafp , répandant deffus un nouveau jour , va la
confirmer.
jlUm. ^<- /'Jr, J'ai rapporté, dans un autre Mémoire, le paflâge de cet
^fs Bfll. Lfiir. Ecrivain, & la manière dont il explique la fable d'Azdahâk.
tome AÀ ÀV ... . . . n ^ V I 1
fag.iCj— Je croîs devoir y revenir ici, & prefenter les rapports de
■"'■^' l'hiflorien Arménien avec les auteurs Perfes & avec Héro-
dote lui-même.
J^ifl.Am, Moyfe de Chorène, parlant de Byrafp Azdahâk, d'après
f'77'
DE LITTÉRATURE. 517
les Perfès & lès Chaldcens ; Pourquoi voulez-vous, dit-il à
llaac Bagratide , que je vous entretienne de primo ejus bene-
fciâo malcfco. Je me lers de la traduction des Whillon.
Bevanifp Ajdahiik , chez les Orientaux, eft reprcfenté,
dans fa jeunelJè, comme un Prince brave, jufte : il n'écoute
les mauvais Génies que parce que ceux-ci lui donnent d'abord
de bons préceptes de conduite ; de-là ces Elprits féducleurs
prennent occalion de lui dire qu'ils lui enleigneront quelque
chofe de bien plus important. Malgré cela, Zohàk leur rélille,
lorfqu'ils lui conieillent d'ôler la vie à Ion père, pour régner;
mais il le lallFe enluite aller à leurs luggefïions.
Da:moniif<jue et iminjîrant'ibus , ajoute Moyle de Chorène.
Dans les livres Perles, dès que Zohâk a obéi aux Dews,
en caufant la mort de ion père, ceux-ci font à les ordres,
préparent Tes repas.
Utfjue errorem & falfitatem frujlrari non potuerit ; ac fuper
humerorum ofculntione , undè Draconum ortus fuit , ac dàndè
jlag'itû frequentiâ homines per ventris ufum perdidit
in jabulis narrant puerum Satana mitiijlrum ei fuijfe , ejufque U-P' So,
voluntati obfcciuida^e ; utque , etiani fubindè , quafi pramium
ab eo populans , humeros ejus ofcularetur.
Dans les livres Perfes, les Dews promettent à Zohâk àçs
mets tels qu'il n'en a jamais mangé. La promefîè exécutée ,
ce Prince leur demande quelle récompenle ils exigent. Les
mauvais Génies le prient de leur permettre de lui bailer
les deux épaules. La chofe faite, il lort des épaules de Zohâk
deux couleuvres. Le chef des Dews , fous la ligure d'un
Médecin, lui dit qu'en les nourriHant de cervelles d'hommes,
il vivra : Zohàk le croit ; on vide les prifons ; on dcciine
mcme les innocens ; les peuples fe révoltent.
Utque Hrliodancs quidam pojleà catenis cum aneh conjlrin- r.i^f yj.
xerit , atque in niontcm qui vocatur Dembavcndus abduxerit.
Féridoun, après avoir vaincu Zohàk Bevarafp, le rellèrre,
ie renferme dans le mont Damavand en Médie.
Hrhodancm yero iiittr viam di^rmicntem B^rajpcs in colUin
traserit.
5i8 MÉMOIRES
Les écrivains Perfaiis ne font pas mention de cette (îir-
.prife.
Hrho(lanef(jue fomno excttus, in cavernam montis eum duxer't,
contraque eum viiiâum (latuam pofuerit , cujus terrore perculfus ,
cateins domitus , cvadere non putuerit , qub terras perditum
in t.
Chez les Perfês , Féridoun <^tant dans les montagnes de
Damavand, où il avoit refleiré Zohâk, le prend, &l le fait
fufpendre dans un puits , iié avec des chaînes de fer par le
■ milieu du coprs : il met eniuile à i'enlrce un taiifman , pour
l'empccher d'en fortir.
Je crois qu'à prcfent perfonne ne doutera que le Byrafp
Azdahâk de Moyfe de Chorcne ne foit le Bevai-alp Azdahâk.
des Perles. Les noms de ces deux perfonnages , les faits qui
ies regardent, font abiolument les mêmes. Nous allons voir
l'hiflorien Arménien donner à ces laits un lens moral qu'il
croit caché fous des emblèmes, que les Perles eux-mêmes,
Jd.p,^S. à ce qu'il prétend, n'entendent pas : & ce fens moral nous
conduira au gouvernement du Dehâk des Perfes , du Deïokès
d'Hérodote.
Byrafp , félon Moyle de Chorcne , vivoit du temps de
PJel>rotli , maximi ( Perfarum ) progenitoris. Sa fagelfe , là
prudence lui fit donner le commandement de fa tribu , tou-
ld.f,yp. jours fous les ordres de Nebroth. Le cai'aélère diflinélif de
Ion gouvernement étoit la communauté des biens, i'union
des hommes vivans les uns avec les autres , comme frères.
ïl faifoit d'abord tout en public , pour gagner la confiance :
voilà ce que l'Auteur appelle , primum ejus benefaéîum
malejîcum.
Il elt aifé de reconnoître à ces traits Zohâk Bevarafp,
vivant du temps de Nebroth ( Nimrad, Djemfc/iid , tige des
Mcm.ate. lois de Perfe ) & appelé le Centaure, à caufe du mot Afp,
f.id^yi-dcv. Cheval, qui termine fon nom, & Prydeai , c'elt - à - dire ,
^//. '^^^' Chef de di:ç mille provinces. Le gouvernement de ce Princç
comnience par la juftice : celui de Djemlchid, corrompu
par la prolpérité, avoit banni cette vertu de la Perie. Zohâfc
DE L ITT É R AT U R E. jip
remet l'ordre dans un Etat où l'anarchie avoit fait naître Ci-d.p.^ja,
mille petits tyrans : il réunit tout fous un feul Chef ; il ^•'■^'
rétablit la bonne -foi chaiïée par l'autonomie , & par -là
l'union entre fes nouveaux fujets. Ses adions faites aux yeux
des peuples lui attirent la conhance.
Byralp, continue Moyfe de Chorène , très -habile A?ins Lii.àt. p.^^,
l'Aftrologie, veut favoir à fond les principes du mal & des
enchantemens. Pour les apprendre en fecret, il feint des
douleurs de ventre , dont la guérifon dépend de certains
mots, de certains noms, que le peuple n'auroit pu entendre
fans danger. Ceux qui lui enfeignent la Magie, peuvent
donc , fans donner de iôupçons , lui parler dans l'oreille.
Voilà les Miniltres du Diable qui le lervent , lui baifent Id.y. So.
les épaules. 11 en iort des dragons qui dévorent les peuples:
peut-ctre Byrafp lui-même eft-il changé en dragon. Tout
cela, chez Moyfe de Chorène, fignifie que Byrafp ."immolant
aux Démons une multitude d'hommes, {çi fujets indignés
le chad'ent. 11 fe réfugie dans le mont Damavand ; fes gens
l'abandonnent ; ceux qui le pourfuivent , fe relâchent ; il
raffemble fon monde , lurprend iti$ ennemis , &: eft à la fia
vaincu près de cette montagne , mis à mort , & jeté dans
une folle de loutre.
Cette explication eft alTez vraifemblable. Les Conquérans
qui veulent établir leur autorité par la crainte , ficrifient
fouvent à leur ll'ireté ceux qu'ils devroient gagner par les
bienfaits. L'inquiétude les lait recourir aux moyens furna-
turtls : le dtlir de favoir l'avenir leur fait ajouter foi aux
prestiges , confulter les Devins. L'Hilloire nous prcfente
mille exemples d'une pareille foiblelfe ( l'apanage des
Grands ) , dont les fuites ont été aulîi funelles aux "peuples
qu'aux Princes même qui s'y font laillés aller.
Que celte explication foit vraie ou faulie , il en réfulte
toujours que Moylè de Chorène a pris les couleuvres de
B) ralp A/.daliàlv pour un emblème.
Ouvrons Hérodote; nous trouverons, avec le mcme nom,
le kns naiurel que cet emblème a dû prclentcr à un Ecrivain
520 MÉMOIRES
étranger , & qu'H s'efl contenté de configner dans Ton HiC-
toire, fans parier de i'emblème même.
Deïokès, comme Azdahâk , obtient par habileté, par (oit
mérite perfonnel , le commandement des Mèdes. Pour ne
pas trop révolter l'eiprit de liberté, introduit par l'auto-
nomie, ce piUliculier, devenu Roi, a dû d'abord rendre Tes
nouveaux fujets témoins & en quelque façon juges de toutes
les actions. Lorfque fon autorité ell affermie, il ne le com-
munique plus. Les efpions lui rapportent ce qui le palfe
Ltù. /, p. ^ S. dans ion empire. Kcxi , dit Hérodote, ol vs'^<^'^'^' '^ x)
X5CTT1-/WÛ/ vioa-i' «tj'a. tocto-v tyw ')(^ç^v -ms vip;^. Il ne voit que
par fes Minières, ne rend fes Arrêts que par leur bouche:
voilà les couleuvres de Dehâk, ceux qui apprennent à Byrafp
Azdahâk des iecrets que ce Prince croit néceiïaires à fa iùreté,
qui lui difent à l'oreille des pai'oles que le peuple ne pourroit
entendre fans danger.
On objedera peut-être que, dans Hérodote, Deïokès eft
Mède , commande aux Mèdes , & à une époque fort éloi-
gnée de celle de Dehâk, conquérant Arabe.
Je réponds que Dehâk étoit maître de la Médie, qu'il y
çfl mort ; que Féridoun fon iuccelfeur, fixe le fiége de fon
empire dans la Médie. D'ailleurs, les réflexions fuivantes
feront voir que i'hiftorien Grec a pu fe tromper dans une
partie de ce qu'il dit des Mèdes.
I .° L'autonomie des Mèdes , telle qu'Hérodote la repréfente,
n'eft pas dans la Nature. Après la deftruélion de l'empire
Aiiyrien , l'auteur de la révolution devoit avoir im pai-ti confi-
dérable chez les Mèdes : le commandement lui appartenoit
AV.J"/.-,/, //, de droit. Nous voyons, fous Ninus, les Mèdes avoir des
^''^'' Rois. Comment croire que, dans la luite, cette Nation, affez
puilfante pour cauier la ruine de Ninive, n étoit compoiée
que de tribus divifées, femblables aux hordes des Tartaresî
Celui qui fait réunir des peuplades de cette nature, en former
un corps capable de quelque grande expédition , en devient
pour l'ordinaire le Roi. C'eft par-là qu'Attila, Genghiskhan,
Tamerlan , fe font formé des Empires ft confidérables.
Je
DE LITTÉRATURE. 521
Je ne parlerai pas des contrzdicï'ions que l'on trouve entre
!e rccit d'Hcrodote & celui de Ctéfias, de Diodore de Sicile,
fur les temps, les noms des Rois, les villes, &c. Je conclus
de -là qu'Hérodote a pu confondre des faits qu'on lui aura
rapportés d'une manière fort fuccinde, & fur lefquels il y avoit
peut-être, comme fur Cyrus, plufieurs leçons. Lê.f,y.^^.
Cet Ecrivain veut donner la lifte des Rois qui ont fuc-
cédé à l'empire Alfyrien ; il s'adreJfe aux Periès-: on lui
dit que le premier, le plus ancien Monarque de iOrient a
régné plufieurs fiècles. Voilà ks Alipiens, dit Hérodote. A
ce Prince fuccèdent Dehâk , Féridoun : voilà les premiers
rois Mèdes. Dehâk fera Deïokès ; Féridoun , Fraorte. De
cette manière, il fait deux Rois de deux familles ; & chez
lui, ces deux Rois font fuivis de Cyaxai-e, qui eft.' chez les
Orientaux , le nom général de la dynaftie des Kéaniens. En
conféquence, Hérodote met fur le compte de fon premier
roi Mède , ce que les Perfes difent de ZohfOc ; fur celui du
fécond, ce qu'ils difent de Féridoun & de fes enfans. Fraorte
fait di:s conquêtes, alfiége Ninive, eft tué devant cette ville;
ia moit eft enfuiie vengée par Cyaxare. Voilà Irets, fils de CUp.^^^^
Féridoun, qui rélidoit en Médie, tué par Salem, roi de Ni- ^^'J'*^f '
nive, fie dont la mort eft vengée par Ké Minotcher.
Cependant Hérodote garde l'ordre de la iLicccftion , en
faifant De'iokès fils d'un premier Fraorte ou Féridoun ': &
comme les Orientaux donnent cinq cents ans au règne de
ce Prince, c'cft peut-être une des raifons pour le/quelles
Hérodote donne cinq cents vingt ans à la Monarchie qui a
précédé celle des Mèdes. Au refte, on fait que les Critiques
anciens 6c modernes reprochent aux Hiftoriens d'avoir réuni
fur tel Roi célèbre, par exemple, fur Ninus, Sémiramis, Q.J.r.s^j.
bien des traits (|ui regardent d'autres Rois. En a\ ouant de
bonne loi les obligations que l'on a aux Anciens, il ne faut
pas renoncer aux nouvelles lumières qui peuvent fervir à ks
expliquer, ou du moins à dévoiler l'Antiquité.
On peut reprocher a-.ix Orientaux, dans le point d'hiHoire
dont il s'agit, le délaul que j'ai remarqué dans HcroJute.
l^ome XL. U u u
522 MÉMOIRES
S'ils cliftingiieiit dix Rois, de Minolclier à Ardefcliir-dcraz-
da/t, ils ne comptent, dans le mune intervalle de temps,
que trois héros qui fe fuccèdent de père en iils, iavoii-,
Sam, fous Minotcher, Zal , 6c Roufloum qui pt'rit fous le
règne d'Ardelchir. L'identité de nom aura fait un (eul homipe
d'une famille entière. Les Orientaux ne font de même men-
tion que de trois rois du Touran, depuis Minotcher jufqu'à
Guflalp , favoir , Pefching , Afrafiab fon fils, &: Ardjafp,
fils ou petits-fils d'Afrafiab. Les Mémoires ou la tradition
des Scythes , n'éloient lans doute pas plus exacts , lorfqu'ils
faifoient Arpaxaïn , qui répond au ( Ar) Pefching des Orien-
taux, fils immédiat de Targitaiis.
Reftent les rois Mèdes de Ctéfias. J'ai fait voir au com-
<:/-(/,/', ^^j, mencement de ce Alémoire, que ce font ou les rois Perfes
Kéaniens, y compris Minotcher & les iuccefîeurs, ou leurs
généraux pour la Médie & les provinces voifines. Les traits
que j'ai rapprochés , le nombre des Rois , l'identité de pays,
prouvent, je crois, l'identité des perfonnages. Le mot Arte,
qui domine dans la lifte de Ctéfias, fignifie Grand, & n'eft
qu'un furnom , lahah , difent les Perfuis qui en donnent de tels
Lîh.vii, à tous leurs Rois : les Perfes, félon Hérodote, s'appeloient
P'jf^s- autrefois 'Ap-rotîo;. Il en efl de même des mots Xerxès (Roi),
■nott(u'j, ' Artdxcrxès (grand Roi), Schahan Schah (Roi des Rois),
Sche/ieriar (le Secours des villes ou le Maître des villes.)
Au refte , le catalogue des rois Mèdes de Ctéfias , mis
à la fuite de celui des rois d'Affyrie , la lifle des rois
Perfes chez les Grecs & dans Daniel , àes rois de Cappa-
doce & d'Arménie , dont le nombre difîère peu de celui
Aes rois de l'Iran (h), la généalogie de Xerxès, dans
Hérodote , & les perfonnages , Rois & Sacrificateurs , que
nous donne i'Hiftoire du peuple de Dieu , depuis Johram
(b) La généalogie de Jéfus-Chrill:
( Mattli. 1, i) préfente quatorze
perfonnages , de Jéchonias à Jefiis-
Chrill , c'cfl - à - dire , pend.int fix
cents ans; ce qui, comme chçz les
Perfes, jufqii'au temps d'Alexandre,
trois cents trente ans avant i'ère
Chrétienne, ne peut donner que ûx
perfonnageSi
CANON CHÈONOLOGIQPE des Rois Medes & Perses, comparés avec
les Ràs KéanienS.
de l'A Cad. des 3cllcs-Lctlr« , icme XI. .page ; 2J.
¥=
TEXTE HEBREU.
PATRIARCHES.
N/,.„.J.C.
\7)6. Livi.
iCRIVAINS.
ORIENTAUX.
Nahassok.
r4.ii
Suiic des ROIS DE JUDA.
<„.M J.C. .«
1)^4-. JOHH A M
ROIS DE PERSE
ou DE L'IRAN.
ZohXc ou Azdahak,
nom dt D/n<ifit.
&C.
FÉRIDOUN OU TrETENO
nom dt Vynajiie,
I R t r s.
ÉCRIVAINS
ORIENTAUX.
AUTEURS
GRECS & LATINS
Ji O I S DU NORD.
ZohAc.
ÎÎS î- Oc HOSI AS,
858. A M ASI AS 1'
0 0;^. Az A m AS j]
Sam , Ccnéiil,
NODEB .,v 7
V)?- JOATHAN , .
741. ACHAS 6
7^7- ÉzicHiAS
<'98- MANAssi
Zou ou ROUDOZAG ,
fils de Ichmafp .
HtfchrtJ, Zal, Gi
GUIlIiscmsp.njv.dc Zou 9
6-f î ■ A M O N .
<S+I. JOSIAS.
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J O A C H 1 M
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JOACHIN OU JtCHONIAS. jmoii
St utClAS. . , .
î S3. CODOLIAS
SaL ATHI EL.
GRANDS
&c.
Treteno.,
Tour Khoda ou
lOiodcn'oiid,
&.C.
ROIS IRANIANS.
AbwAK H se H.
MiNOTCHEB ou Alanovf-
rcfifr. jo*"*'
AfRA SIAIÏ..
Tour.
&c.
ROIS
TOURANIANS.
itanl de Tour , mij 4 mort
^u Minoidicr,
Peschincue, Roi du
I Touran.
Afra S I A B , Roi du
1 ouran , maure de
i'Iran pendant douze
Ta r g it a iJ s, père
& premier Roi des
Scvthc<, environ mille
ans avant l'expédition
de Darius.
AG ATHYRSE.
ÉCRIVAINS
ORIENTAUX.
AUTEURS
GRECS & LATINS.
ROIS dOCCIDENT.
Treteno..
I
Salem.
Arp ax aïn.
AfrJliali loujouti rHou-
D V N A i T I E
ROIS KÉAIVIENS.
l h'é Khjchré).
K£ KOBAD 1"^
Za!(jt . Gènérjl.
KÉ Kaoos 1 jo
KÉ PesCHIN, fon
fVcre. I
Geauiux.
Pluie A'cux noire.
A RVA N D ASP.
SlAOUESCH.
KéKhosro.Lohrasp
KÉLOHRASP.GUSTASP.lo
Afriflib fj'it 11 guerre i
l'Oucft .le \i mer C»ri.ie.inc
M E H n A n , Roi Tou
ranian de Kaboul.
Raudaba, l'a fille.
RéJu.i;on du Mïzenilnn.
Irruption dej Tourioiarii
diKt l'irin.
P R A S S I A , Roi du
Fouran.
ScHAiDAH , Géncril , Ton fik.
SiioueTdi , dini le Touran
poufc la fiilc du RoL
Ai'iuUb mU
Les Cadufrcni ferévollcr
cortire l« Méilts . à l'infli
Mede; font dcj couifci fur
'" ("y^ foum/j aux Mcilcj
M ARM ARE, Roi dts
Saces.
Zabima, fa femme.
Uï |»jril,eï fc livrent i.k
■^ '« Sac«. Les Pirihe»
'tnirtnt.ljnî le devoir..
Prototia, Roi des
ocyihes.
Mad YA. Roi & Ge-
neral , Ibn fils.
Cimbyfc époufc en Mftii
U tiUc du Rdi.
Roi d'Occident , dercen-
ilam Al- S.ilcTn, niil à morl
|iar Minoicher.
=^
AUTEURS
GRECS & LATINS.
HÉRODOTE.
Rois de Syri
luiiTàns contre
Trael & Jud^
SalmaN. nui
•It-lafieurdeSar
danapale.
Ruine de
Nini.t pT
Suite des ROIS D'ASSYRIE.
Ont Tigré
•vm, J. C.
'756. Sethos
&c.
1461. b e lata r a n
143 1. Lamprides.
w
891. Sardanapale.
Darab, Roîd'Occî-
dtnt , nommé liot des
Jiuis.
Conquïtej des Tranians fur
Audmehcr, prés de ta mer
Cafiiienne; fur Kwbad, Roi
>p où ert Baghdad; fur
b. Boi de Sjrii-,
Darab. Roi des Roij
de l'Occident.
Nabuchadnesar.
"T^^Wiinipoffi aux Grc
PuilTânce des
Rois <rAIIyrie
feus Ph.rl. La
Syrie con.iuife
par Ici Hoii d'Aï-
Roy«ome tfe Les irraclites Iranf-
Babylonc. portés e.i Altyrit- &
NalronalFar. *^" Médic par Sainu
mat,
747 '^'^ SennacKériben Judée;
avant J.C. défait, lue.
NabuchodonoroT;
conijuêies (bus Nin
[irifêpsr
règne de ion les Médci &, pa
père, en Syrie, ie» Babylonicnî.
Egypte.
Guerres des
Mcdei conircJes
," ■-,■., Lydiens^
Captivtléde Juda
pjr NaLudiodo.
Éclipfcde Soleil.
noFor , jjdé de»
Médes.
Lei AfTyrien*
vauicuj.
ROIS MEDES.
87^. Arbace »!
48' Mandauce 50
798. SoS AR ME JO
7^8, ArTIAS ou Arlikas. 50
71 S. Abbiane 22
69 5. A R T É E ou ^i/f> ... 40
r.»J',trtti.u , Gcnétal
DEJOCES ,
nom
Je Djunjlit.
FRAORTE,
nom
de Djnupif.
Généahgie
de
Xe rx es.
achémenès,
defcendant
de Perses.
DIODORE
DE SICILE.
6^6. Artyne.
n
>
y.
>
° 3 4" Asti BA r ou AJIiiarnas, 40
Stryalîi , Génofjl
... RoiTAIA, fille d'Afljbar
594- AsTYACEfioUy4^fljï.il5.35
. . . Par MrsEs . fil»
'.',. CAMflySE. Roi (fePfrre.
CïAXARE. (dans Xe'nophon).
Dabius MÉDUS.
ASTYACES.
Cam B YSE.
C Y R u S.
The^peus.
Ahiaramne
MOYSE DE CHORENE
Suite des ROIS
D-ASSYRIE.
A Z ATA COS.
&c.
Vestaskab.
&c.
Sardanapales.
ROIS MEDES
Var baces.
M A N D a u c £ s.
SOSARMUS.
A HTUC A S.
Cardicsas. Cobnacu
ROIS
D'ARMÉNIE
A M B A K.
C N D S AC.
Si; Aj ORDi.
PAB.ERUS.
RHASI/EUS.
Phabnuas.
p A z ,£ z u s.
D É J o c É .*.
Artunès. HaIcacius II
p H A V u s.
Cyaxares,
Ervandus I."
ROIS
DE
CAPPADOCE.
VhA r n a CE.
A.STOSSA. u
Canibyfe-. pèi
•II- Cyrui.
PÉDAGANUS.
^7JJJ.'' °"1 TICRA.E.,..
643' Amon
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- *juA»-nAS..»«tt~»». 3 mois
(JOACHIM Il
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5PP- JOACHIN OU JÉCHONTAi. jmoij
SÉDÉCIAS, . . .
5 Sf^, CODOLIAS.
Salathiel.
GRANDS
SACRIFICATEURS.
S 37. J osui.
ZORODABEL.
Dans DANICL.
Rois de Pnjtt
dt^uii Cyrvs
'U Cu STAS P.
4y5- £liasid.
Vï U'yj I\ JL j^ I\ I C J.\ J
( lié Khjckré).
KÉ Kobad r^
Zal(fr, Gtnéril.
KÉ Kaous 150
KÉ PESCHIN, Ion
frcrc. [
Rcujt'om , Pahamgo
,itii, Faraitwuri,
Geaêraux.
Fabamouhz, filî
de Kaoui.
AnVANDASP.
SlAOUESCH.
KéKhosro.Lohrasp
K£LOHItASP,GUSTA5P.2 0
Là CouT i Balkh.
KéGustasp.Bahmaniio
Kaca.oun. fille <l'ui
Grfc, femme HuGurtalp,
ZOROAÎTRE, Proplicic.
Z é R I B , frire de G uJIyfp,
P ASCHOUTAN
IIITAV^N , ARTA
Il de GufUrp.
II.'
41 5- Joïadah.
373- JonAwvN.
54». Iaddus. lol
in;
IV.
(KJchahfi).
O ROUËRTOa
(iyj'/"/iA'£^Trophète.
B A H A M A N OU Ardejchir
j d:fMj fiiï/?. 32
LiCourilOahhir;
Sigad , Général.
Paschoutan.
Sasan, fil* d'ArdcrcfiIr
dwlicriie à 11 perfualior
d'HomJi, quiiic le inonrie,
HOMAÏ TCHEREHAZAD
;z ou 30
1) A R A B.
Afri^ib fai' '' guerre
rOuert de 11 mer Caljijciine.
M E H R A B , Roi Tou-
ranian de Kaboul.
RaudaBa, fi fïlle.
RéJui^îon duMazcndrin.
IrrupiioH dci Touraoùi»
(Iini I Iran.
P R A S S I A , Roi du
Touran.
SchajdaH, Généril, fônfUi.
Siiouerch, dinsîeTourjn,
époufe la lîlle du Itoi.
Le Tourin v»incu,
AfraJ^ab mii a mort.
A R D J A S P, Roi du
Touran.
Cotnjuêleï fur le Touran,
M A RM ARE, Roi des
ZabINA, fa femme.
Les Panliejfc lôreoian
Sïces.GuerreenlreleîMcdi
A les Saces. Les Pirlhes
rentrent -lans le devoir.,
Irruplioii des Sc/lhet en
Medie.
Prototia, Roi dl
Scythes,
M A D VA, Roi& Gé
néral , Ton fifs.
Cambyfe époufe en MéiiJ
la liUc du Ruû
Conquéles d'Erpendiar au
ird-oueli de U mer Caf-
pienne ; dans l'Inde.
Le Touran donné par
Efpcndiar à un de* defcen-
dmi d'Agucrireis , ftére
d'Afiafiib.
txpédilion de Darius contre
les Scyilies otcidLniiiiK.
Inda Thy RSE, Roi.
Conquête de l'Inde.
Dirab fe dirtingue dir
combiti.
les
D AR A 8.
DARAn Al Ascher, 4
t'tlla dire.lcpcm,aH:i(rinc
par deux de les Officiers.
ROSCHENCUE, f» fille.
Evpédiiiciiide Cyrus contre
les Scydies.
Sjiargajiyfe , Général, tu
Rois.
Conquêie» des TranUm fur
idmeher, près rie U
Cafpiennc ; fur Koliid,
jys où eft Baglidad ; fur
Sakiab. Roi de Syrie.
Darab, Roi des Rois
de l'Occident.
Nabuchadnesar.
Tribni impofé lux Grecs
Nsbuchaanefar clulîe Ai
Babyione. Liberté rendue auj
tjpiif'i d'ITriei. Roi Grecallî
Giillarp. Zérir envoy
contre lui par Lolirafp.
Daniel,
Coni|iiêleï dans l'Ouefl ,
l'Aderbedjan, &c.
Conquêtes dans l'Oued.
Gouverneur de Babylone
cplacc; les Judi favordéj.
NabudiO'Ionofôr;
les cont|uêles fous Nîtiive prife pa
le régne de ion les Médes & pa
père, en Syrie, les Babylonici
en tgyple.
Guerres des
Medcs conircici
Lydicni«
Captiviréde Juda
par NaLuch&do-
Écliprc de Soleil
noror, aidé des
Modes.
Les AiTyricnj
vaincus.
Guerre conire
les Bai.1riens . qui fe
foumetieiii enfuiic i
Cyrus.
Osés us vaincu.
Babyfone prifc.
Daniel.
Fin de la cajxivité.
Darius Médus, âge
commande ",
lone.
Inby-
L'Êgypie foumifL'
Evpédirions eonir
l'AlIyric, I« Grèce.
tti.
Expéditions contre
' ;ypie, la Gr«e,
. Conquatet en Grèce & en
Egypte.
Sur Phricous . Roi de Ma-
lorne ; tribut iinpore à ce
Prince,
Tribut rcfule pir les
Idan. ■■
E s D RAS,
PJÉHÉM/AS, envoyés
i Jerulalem.
Guerre* , comme cî-dcvint.
634. AsTlBAR OU A jh l'amas, j^a
Stryalit , Général
RoiTAiA, fille d"Ail.bai
594. ASTYACESOUy4^'iltfdil5. 35
. . . Pa B MrsEs. fil»
Idem,
Idem»
Mort de Pliiiippe, Roi
de Maccdoine.
Alexandre,
Cambyse, RoîdePcrfe.
CyaxaRE. (dans Xâwphon),
Darius Médus.
ROIS PERSES.
5 5i?' Cr RUS 30
CasSaNDanE. fa femme,
fille du Roi de Cappadoce.
HrsTASPE, Gouverneur
<lc la Perfide.
ZoROAsrnE, Prophète.
529. Cambyse 8
S M £ R D IS.
JZI. PAR lu s 3^
Artaban & Arta-
PHERME, fe* frères.
4S5. XEBxès..,..,.;. J
OSTANE . Prophète,
AnabiJii , Général,
4<J4-
424.^
Artaxerkès-Loncue-
M AI N ,^1
La Cour à Suze.
AUgabj'ft. Génènl,
HrSTASPE, frèreduHoi,
commande dansljBa<flriane.
AcHÉMÉNiDEs. fon onde.
Amestris, fa mère,
kAEBXES 2 mois
/SOGDIEN OU Secundien, 7
4^3yOCHus OU Darius
^ jVoMw igans
Arsite, fon frère, fe
révolte; pris , tué à la iicr-
fiiafion (le Parifatis . fille
dAriaxerxès & femm.
dOchus. I'>futhn , AmoTg
icigneurs Pcrfct.
405. Arsace OU Artaxerxès
^JrJtmon m^
OÎTANE& CtRUS. fci
frèfcî
Darius. Ariaspe
&OcHl;3 fesfilî
3 58. OCHUS, ;
338. Arse.,
3 3 J. Darius Kodoman, .
celU dire, le dernier;
'llKllinc par deux de
f« Officiers.
l'oXANE. fa filfc.
330. AlEXANDKE. ..
>
y.
>
w
i
C Y B us.
ASTYAGES.
ThE'^PEUS.
Abiaramne
HïSTASPE.
Darius.
Xerxès.
ROIS
DE
CAPPADOCE.
Pharnace.
ASTOSSA. (i
femme, liruriic
Onibyle . père
de Cyrus.
PÉDAGANUS.
S M E R D I S.
ARTEM NAS.
Akaphas I."
Anaphas II.'
Data MA,
Ariaramne.
Ariarathe.
Ariarathe.
Cvaxares.
Ervamdui r.'
\STTAOEJ ou TiGRANES I'
A^Jahac,
B A B I US.
Ara VA NUS.
N erse s.
Z A RÈS.
Armo DDUS.
B A G A M U S.
Va ha .m us.
VAHis.
Alevantre.
^
DE LITTÉRATURE. 523
jurqu'à Alexandre ; le tout placé parallèlement aux princes
Kéaniens , prélènte d'un coup-d'u.iI les idées développées
dans ce Mémoire , & peut Tervir à affoibiir les dirficultés
que j'ai tâché de réloudre.
La femme des règnes , de Minotcher à Ké Khofro , efl:
'de trois cents dix-huit ans ; d'Arbace à Cyms , les règnes
donnent trois cents dix-fept ans. Les Orientaux comptent, de
Ké Khrolro à Eskander ( Lohralp omis ) deux cents loixanle-
huit ans ; &: les Grecs , d'Hyftafpe ou Cyrus à Alexandre ,
deux cents vingt-neuf ans. On voit que les différences font
peu confidérables. J'ai paffé le règne de Lohralp, parce qu'il
fait partie de celui de Ké Khofro & de celui de Gullafp.
Je conviens qu'il peut toujours refier des doutes fur cette
portion de l'hiltoire Orientale ; mais dans des temps aufli
éloignés, celle de toutes les Nations eft à peu -près fujette
au même inconvénient.
11 me femble que c'ed avoir fait un pas affez confidérable,
que d'avi'ir montré, non pas fimplement en général, mais
par des rapports particuliers & frappan.s qu'il étoit poffible
de retrouver les rois Mèdes &. Perlés dans les hidoriens de
i'Orienl ( c'eil la dynaltie des Kéaniens, remontant jufqu'à
Minotcher) , & de faire fervir ces Écrivains, traités jufqu'ici
de fabuleux, à expliquer Hérodote 8c Ctélias. Que nos
neveux, par les découvertes qu'ils feront dans ks Antiquités
de l'Orient , conlirmcnt ou détruiftnt cette identité ; au
moins les rapports que j'ai préfèntés, feront pour eux un
motif d'approfondir ces Anti(]uités : & je ne crains pa5
d'avancer (jue , lorfcju'on puiiera dans les fourcts , que
l'on dépouillera les monumens de tous les peuples fcj,
(c) Voici un trail qui ert ]>ro|)re à
fairt voir coninunr , à l'aide des mo-
numens des Ndiions , étlia|i|)és aux
temps , il c(l ponTiMo de réialilir
l'Iiillairc ancienne. On convient que
ItsCirecsont rci;u Bicchusfic Hercilc
des Orientaux. J ai proporé , dans le
Mémoire précédcnl (p- 46/, mile ) ,
des vues fur le |ircmier de ces liéros ,
ainfi que fur Perlée. Les Savons
placent Hercule quelques anni'cs après
Peifee, fclon M. Fr^rct ( Aliin. Je
iAc. lits Bell. Lrttr. t. y, p. J12),
treize Cfnts quatre -vingt -troi> ans
av.int Jcfus-Chrill. D"un autre co.é,
félon les Scyilies [ci-iiev. p. -fSo),
U u u ij
524 MEMOIRES
il en rcfultera toujours pour i'hifloire un nouveau degré
de certitude.
Targitaiis , leur premier Roi, vivoit
environ mille ans avant l'expédition
de Darius contre la Scythle, c'eft-à-
dlre, environ quinze cents ans avant
l'ère Chrétienne : ils lui donnent
pour père Jupiter, & pour mère la
fille du Rorlllliène. On fait que les
anciens héros , dont la nalflance étuit
pour l'ordinaire douteufé ou ignorée,
pafTolcnt tous pour fils des J3ieux.
Aufli Hérodote , qui rapporte cette
généalogie, ne l'approuve -i- il pas.
Mais ce qui ell dit de la mère de
Targitaiis , prouve au moins qu'il
étoit né dans le Nord. Ce Prince
fera Treteno ( Féridoun , né dans ces
contrées , ou Ton fils Tour Khcda ,
père des Touranians ( les Scythes ).
L'époque de Targitaiis répond exac-
tement à celle de Treteno : mais ,
dans un pareil éloignemcnt , foixante
à quatre-vingts ans de plus ou de
moins, ne doivent pas faire une diffi-
culté. Les Grecs font Hercule père
des Scythes ; & Treteno , chez les
Orientaux , donne la Scythie à Tour
fon fils, de qui elle prend le nom de
Touran. Hercule eil donc ou Tre-
teno , ou Tour fon fils.
Les époques font fixées ; compa-
rons maintenant les évènemens.
Hercule, feion les Grecs du Pont
( Htrcdot. liv. IV, p. ^^7, 2.^8),
conduifant les troupeaux de Gérion,
arrive dans le pays appelé maintenant
Scythie ; il pardurt toute la contrée,
cherchant les jumens de fon char,
qu'on lui avoit enlevées , pendant
qu'il dormoit ; & rencontre, dans
un antre, une fille dont le corps
par le bas étoit terminé en ferpcnt.
Cette fille. Souveraine du pays, avoit
fait enlever les jumens d'Hercule ;
elle ne confent à les lui rendre, qu'à
condition qu'il aura commerce avec
elle : le héros accepte la propolition \
elle en a trois fils , dont le dernier ,
appelé Scytha , donne fon nom à la
Scythie. Le nom du premier, Aga-
tliyrfcs, diffère peu de celui de Tour, fils
du Treteno des écrivains Orientaux.
Que nous difcnt ces Écrivains \ Tre-
teno, élevé au milieu des troupeaux,,
triomphe de Zohâk , & s'empare de
tous les pays foumis à ce Monarque.
Ses troupes font défaites , pendant
qu'il dort ou fe repofe. Ce trait eit
rapporté par Moyfc de Chorène ( ci~
dev. p. j/7 )■ 11 rencontre dans le
pays une Princeffe defcend^mte de
Zohâk : peut-être efl-ce Zohâk lui-
même , renfermé dans le mont Da-
mavand ( ci-dev, p ^18). On fait
que cette race eft appelée race de
ferpent. La Princeffe met pour condi-
tion à la paix fon mariage avec Treteno
( ou Zohâk lui fait époufer fa fille ) :
le Prince y confent , <Sc par cette
alliance , il devient maître légitime
de cette contrée. Treteno a de la fille
de Zohâk deux enfans. Le fécond a un
fils ou petit -fils, Pefchingue , dont le
nom diffère peu de celui d'Arpaxaïn,
deuxième fils de Targitaiis. En général,
les Orientaux donnent à Treteno trois
enfans , de deux femmes dirlérentes.
Je ne parlerai |ias des deux ferpens
étranglés par Hercule , au berceau ;
de Cacus , tué par ce héros : Zohâk
& fes deux ferpens ont pu fournir
ces traits. Rappelons-nous feulement
qu'il efl queftion des mêmes contrées,
de Princes à peu - près du même
nom , d'évènemens paffés à peu-près
dans le même temps. Voilà comment
l'Hifloire eft travaille en fables My-
thologiques, en paflTant par des mains
étrangères.
D E L ITTÉ R AT U R E. 525
L'hiftoire d'Alexandre & celle des princes Afchkanides,
d'un côté, prife des Orientaux; de l'autre, celle du conqué-
rant Macédonien , &: le règne des Parthes chez les Grecs ,
feront la matière d'un nou\eau Mémoire.
Addition à la note ( e ) , pag ^ 84.
Dans le Scliah-namali , Minotcher,
à la fin de (es jours , aflemble les
Grands de Perfe ; & ayant appelé
iN'oder, lui donne des inflrudions fur
les chagrins, les peines, les dangers,
attachés à la Royauté. Ce iMonarque
lui recommande fur-tout d'être fidèle
à \i Loi de Dieu, c'eft-à-dire, à la
religion de Ils pères , qui lui ccnfer-
vera la Couronne fur la tète , fans fe
laiiït-r aller aux Religions étrangères.
Voici les Vers du Sdiah - namaii ;
Htgar ta fchati ^é Dim KhoJdi ;
Kth Din i^boiitii averad p*ik rai.
Keaoun ao fchavaj dar Djehnn Davtri ,
Keh Moufi liiJiDd Ith Piigluimtiiri :
Ptdidàiad ihnoun ht Khavtr Zimin ;
Higar lafihahi bar o tt kin :
C'cfl-à-dirc :
frenez garde <k veut tletoiunc ik la Loi de
Dieu;
Car fi Loi de Dieu aj,porte ia voie pure.
Mainicnani il y a dam le Monde une nouvelle
Adniiniflraiion ( Kcligicule ) ,
Qui s"inlroiluit par la prophétie de Moyfc :
Elle pareil miinlenanl dans la itrre de l'Oc-
Prenez garde de vous lourncr vers elle par ven-
geance ( contre le Touran ).
Ce pafTage du Schah-namah , fi l'on
peut y faire quelque fonds , prouve
que , fur la fin du règne de Minotcher,
la religion des Juifs étoit connue en
Médie, en AfTvrie ; qu'elle y faifoit
même du progrès. Ces progrès auront
irrité les Monarques d ces contrées:
(Se en efiét c'ell fous Noder, Afrafiab,
& Zou (ci-dev.mt, f,. ^Ifj J, que
les Aflyriens (ont la conquête de
la Syrie, & que les Jfraélires font
tranfportés en AllVrlc ôi en Médie
par Salmanaiar.
52^ MÉMOIRES
A4ÉM0IRE SUR LA GUERRE,
Confidérée comme Science.
Par M. JoLY DE Maizeroy.
PREMIÈRE PARTIE.
14 Juillet 1 'ambition ia plus naturelle à l'homine, & j'o/e dire
'775- J j la plus noble, cil: d'étendre fes idées en multipliant
fes connoilTances. Cette efpèce d'inquiétude lui fait porter
en incme temps ks vues fur le palfé & l'avenir ; mais aper-
cevant entre lui & le futur un voile impénétrable, il regarde
auflitôt en arrière où ion œil peut s'étendre dans le Lintain.
Toutes fes afFeélions reHuent, pour ainfi dire, vers l'origine
des chofes , d'où il defcend en conhdérant leurs progrès de
fiècie en fiècle , & les luivant dans leur décadence. Cependant
Il cette ardeur à percer dans la nuit des temps , fi ce delir
in(atiable de connoître, n'avoit d'autre objet que de (atisfure
une vaine curiofité, nulle occupation ne leroit peut-être plus
frivole : mais non- feulement l'étude afîidue de l'antiquité,
en failant palier fous nos yeux le tableau des révolutions
humaines , produit des réflexions utiles pour les mœurs ; elle
eft encore une fource où nous puilons ce qu'il importe le
plus de connoître dans chaque état : nous en retirons des
préceptes fûrs pour les Sciences & les Arts, & nous y trou-
vons des modèles dans tous les genres , qui fervent à nous
perfeélionner.
Si l'on recherche avec einpreiïement l'Ordonnance, les
Règles, le goût des Anciens dans les chofes de pur agrément,
quel intérêt ne doit-on pas prendre à tout ce qui concerne
la Guerre ; puifque c'eft une Science qui embrai'îè prefque
toutes les autres, qui en eft le bouclier, comme la lauve-
garde des États , & que nous avons des preuves que les
Anciens l'ont polfédée dans Ion plus haut degré de pertedlionî
DE LITTÉRATURE. 527
Je fais que le Philofophe regarde la Guerre fous un point
de vue bien différent : il ne confidère que la défolalion, les
meurtres, les ravages qu'elle produit, les larmes qu'elle fait
répandre. Il détefte la fureur des hommes appliqués à s'entre-
détruire ; les plaint d'en avoir fait un Art qu'ils s'efforcent
chaque jour de perfeclionner ; & ne voit qu'avec horreur
ces fcènes fanglantes , où le Vainqueur, abreuvé de lang,
affis fur des monceaux de cadavres , chante fîi gloire & fon
triomphe. Mais fi les paffions inléparables du cœur humain
dévoient enfanter la dilcorde, la dilcorde, à Ion tour, ne
devoit-elle pas produire la Guerre l Elle a dû naître du
choc des intérêts de plufieurs peuples voiflns, de l'ambition
des uns , de la crainte des autres , du dcfir que des peuplades
errantes avoicnt de former des établilfemens folides. La
Guerre efl donc un de ces maux inévitables, attachés à la
condition humaine : c'efl l'état d'une Nation qui fort du
repos pour attaquer ou le défendre. Si après avoir cherché
toutes les voies polfibles de pacihcalion , elle le "voit forcée
de repoulfer la violence, de lecourir un foible opprimé, de
prévenir des entrepriies injuftes , elle ne fait rien alors qui
ne (oit dans l'ordre du droit des Gens &: dans celui de la
Nature même. L'objet de la prile darmes étant la vicloire,
afin d'y parvenir , on affemble des troupes ; on forme des
projets, ik l'on prend des moyens pour les exécuter. Ces
moyens fe déduifent de la comparaiion des forces , des fitua-
tions relpeclives, & d'une inhnité de combinailons fur des
caufes Pliyfujues, Politiques &: Morales. Ainfi faire la guerre,
c'efl réfléchir, combiner, prévoir, afiôrtir dificrens moyens.
En faut-il davantage pour convaincre que ce n'efl point un
Métier, comme on l'appelle vulgairement, mais une Science
que les Grecs exprimoient p;u- le terme 'E.nça.'TTy la. , Strati'gic ;
c'eft-à-dire, la Science du Général, qui embralloit toutes
les autres parties qui lui étoient (ubordonnées ; fcience des
plus importantes, puifqu'elle allure aux peuples la pollefîîon
de leui> ilablillcmens <Sc le maintien de leur tranquillité;
fubiime , parce qu'elle exige un courage réglé par la prudence ,
528 MÉMOIRES
& qu'il faut joindre l'adrefTe à la force, pour afîîiiHir ou
repoullér i'ennemi. Non -feulement elle demande les talens
<ie l'elprit , mais encore les vertus de l'ame ; & ce qui efl:
aiïèz remarquable, c'efl qu'elle les emprunte de cette même
Philoiophie qui la condamne : telles lont la fermeté, la
confiance, la rcfignation aux évènemens, légalité d'efprit ,
le fang- froid d'où nailîent la multitude des relîources , le
défintéreiïement , l'équité 6c l'amour de l'ordre.
D'après cet expolé, il eft aifé de fentir que l'on ne peut
plus demander û la Guerre doit être mife au nombre des
Sciences. Cette queftion pouvoit être agitée lorfque l'aurore
de nos connoiffances ne répandoit encore qu'un foible jour,
& que le cercle des idées , qui s'étendoit lentement , ne
pouvoit les embrafTer toutes ; mais dans un fiècle éclairé où
les notions font formées, où tout ayant paffé à l'examen, eft
apprécié, où les erreurs font dévoilées Se les préjugés détruits,
ce n'ell plus un problème à réfoudre ; c'efl au contraire une
vérité inconteffable fur laquelle on ne peut élever aucun
doute. Cet axiome une fois pofé, il efl évident que chaque
Science étant fondée fur des principes & dirigée par des
règles , il doit en être de même de celle des armes , que
l'ignorance Si. un préjugé barbare ont cru dépendre entière-
ment de la valeur & du hafard.
Les maximes qui ont été recueillies fur la conduite des
plus habiles maîtres , le tableau de leurs grandes adions , &
plus encore celui de leurs fautes , nous prouvent que cette
Science renferme une chaîne de principes qui fe lient l'un
à l'autre , depuis les élémens jufqu'aux parties les plus fu-
blimes. Si nous n'avions pas ce qui nous refle, à cet égard,
des Anciens , leur liiftoire feule ferviroit à nous convaincre
qu'il faut remonter jufqu'à eux, pour retrouver dans toute fa
pureté la fource de ces principes dont ils font les créateurs,
& que les Modernes n'ont fuivis qu'en les altérant.
Les branches principales de cette vaff e & profonde Science,
font la Ta6lique , la Stratopédie ou Caflramétation , l'Archi-
tedure Militaire & Civile, la Balliflique & la Poliorcétique.
La
DE LITTÉRATURE. 52^
La T.K^lique comprend l'Art de lever, de former, de
dilcipliner des Soldats, de les ranger & de les leparer en
plulieurs divifions, pour les faire mouvoir de concert relati-
vement aux lieux , aux circondances , & à l'objet qu'on ie
propole.
La Caflranictation eft l'art de choifir , de dilpofêr un
Camp , d'y établir avec rcgularilc <Sc lùreté les diffcrens
corps de troupes.
L'Architecture comprend la manière de fortifier les villes,
îes portes qui fervent de point d'appui , les camps même,
quand on veut les fermer, en corrigeant le vice de la fitua-
tion , & tirant tout le parti poflible des avantages qu'elle
peut offrir. Elle eft en même temps Militaire & Civile;
parce que la conflruction des édifices deflinés aux magafins,
aux logemens des Troupes, celle des arfenaux, des digues,
des cclules , des ponts , ne font pas moins du relfort de
l'Ingénieur que les différentes pièces de fortification qui
compolènt une fortereflè.
La Balliflique ctoit, chez les Anciens, la Science de faire
les machines de jet dans toutes leurs proportions , de les
manoeuvrer & de les mettre en jeu. Cette partie appartenoit
aux Architecles qui étoient aufîî Mécaniciens , ainfi que la
confhudion des tours, des béliers , des tortues , Se de tout
ce qui compofoit l'altirail des ficges. La Balliflique a été
remplacée, chez les Modernes, par l'Artillerie qui embrafîè
non-leulemcnt la fonte des pièces, la fabrique îles affûts,
l'Art de la Manœuvre, l'emplacement & la conflrucflion des
batteries, la compodtion de la poudre, mais encore les armes
de toute efpcce & les machines dont elle doit s'aider ; ce
qui fuppofe néceffairement l'étude de la Géométrie, de la
Mécanique & de la Phyfique.
La Puiiorcélique enfui ell l'art d'attaquer & de défendre
les Places, en y employant tous les moyens connus, & tous
ceux que le courage, ainfi que l'iiuluflrie, peuvent fiiggérer
(clou l'occafion.
Chacune de ces branches a fcs principes élémentaires,
'J'uiiie XL, X XX
530 MÉMOIRES
fes méthodes Si. fcs maximes; mais comme elles Te prêtent
iniitiiellemeiit des iecours , & qu'elles doivent concourir
cnfemble au but de la Stratégie, fi quelqu'une dans la pra-
tique s'écarte des bons principes , & le conduit par de
fiiulTes maximes, le vice le communi(jue bientôt aux autres:
elles s'altèrent en proportion du degré d'aiRnité qu'elles ont
avec celle qui elt corrompue; l'harmonie le détruit, la jullelfè
des rapports fe perd, & la force des reflbrts étant diminuée,
ils n'agilfent que foiblcment, & n'ont plus la même influence
fur le mouvement général.
Les bornes dans lefquelles ce Mémoire doit être refferré,
ne me permettent point d'examiner léparément chacune des
parties de la Guerre, ni même de traiter tout ce qui auroit
rapport à une leule. Je me contente d'en confidérer l'en-
femble , & de montrer par quelles voies la Science de la
Guerre, proprement dite, fut portée autrefois au point de
perfecîion le plus élevé.
Deux peuples célèbres , les Grecs & les Romains , ont
brillé fur la Icène du Monde , <k. le font diljputé la gloire
des armes. Les Grecs étoient déjà policés & puilfans , lorfque
Rome encore agrefle enlevoit aux Tofcans , aux Eques &
Voifques , les champs voifms du Tibre. Divifés en plufieurs
États , jaloux de leur liberté , ils s'appliquèrent avec foin à
tous les exercices propres à rendre le corps robufte. Si. for-
mer des Guerriers. Ces ulages remontoient au-delà du fiége
de Troie ; & l'on voit qu'à cette époque, leur ordonnance
' Si. leur difcipline étoient ti-ès-iupérieures à celles des auti-es
Nations. Us ne perdirent rien de cet avantage dans les fiècles
liiivans : ils quittèrent la coutume de combattre fur des
chars , Si. s'attachèrent entièrement à fe former au fervice de
l'Infanterie.
Les Grecs Ioniens, fournis aux rois de Perfe, s'étant fbu-
îevés, Darius, après les avoir réduits, voulut fe venger des
Athéniens qui les avoient fecourus. Deux de fes Généraux,
■DioJ. Datis 5c Artapherne , fe jetèrent dans l'Eubée avec deiyc cents
mille hommes : ils prirent <Sc brûlèrent 1» ville d'Érétrief; après
DE LITTÉRATURE. jji
quoi Datis pafîa dans l'Attique avec cent mille Fantaiîins
6c dix mille chevaux. Dix mille hommes de pied, dont mille
Platcens , compoloient toutes les forces d'Athènes. Elle
attendoit un renfort de Lacédcmone : cependant le danger
prelîbit ; il s'agilFoit de combattre fans attendre le fecours,
ou de fe renfermer dans la ville. Miltiade fit décider qu'on
iroit au-devant des ennemis. L'extrême Tupériorité du nombre
n'étonna point ce grand homme , & n'imprima aucune terreur
à Tes Troupes : elles étoient compofées de l'élite des citoyens
attachés à leur patrie , &. qui préféroient une mort glorieufe
à la honte de la fervitude ; elles étoient d'ailleurs pleines de
conhance dans leur difcipiine & dans leurs Chefs. Ceux-ci
choifirent un terrein favorable où l'ennemi ne pouvoit s'c-
tendrc. Les Perfes furent vaincus ; & celte fameule journée
commença la gloire de la Grèce : elle connut mieux que
jamais l'avantage que donnent le courage, l'émulation & un
certain ordre dirigé avec art , fur une armée nombreufê
qui, manquant de ces principes, n'a plus rien de redoutable.
Les Grecs vifs & fpirituels avoient depuis long-temps fait
ces réflexions qui les mettoient fur la voie des bons prin-
cipes, félon lefquels on voit que leur Infanterie ctoit déjà
conrtituéc ; mais leur génie, encouragé pai- ce fuccès brillant,
prit fon dernier clfor, &: perça bientôt dans les lecreîs de
l'ait les plus cachés. On calcula les différens degrés de force;
on compara les chocs '& les réfillances ; on apprécia le
nombre fur l'ordre & la forme de l'arrancrement , fur les
caules Pliyliques & Morales ; 6c l'on parvint enlin à un
terme de connoiflances foumifes à des régies certaines 8c
inviuiables. C'efl d'après ces combinaifons que fe forma ce
corps formidable , connu fous h- nom de Phalange , dans
lequel 1 Infanterie ptlamment armée, l'inlanterie légère ôc
la Cavalerie étoient réunies dans la proportion la plus natu-
relle &. la plus convenable à ces trois efpèccs d'armes.
L'application férieufe (jue les Grecs ilonncrcnt à la fcicnce
de la Guerre, prodiiidt celle excellente com]>ofition , où
chaque clpèce dhumuies tcaoil la place i]ui lui convenoit
X XX ij
53 2 MÉMOIRES
le plus, où toutes les divifions étojent compaiïces de telle forte,
qu'en doublant le nombre de l'unité on pouvoit monter au
tout, & du tout dcfcendre à l'unité en dédoublant (a), il
rclultoit de-là une jiilleflë & une précifion admiral)les dans tcui
les mouvemens , ce qui donnoit une merveilleule iaciiilé
pour opérer les changemens de politions & les grandes ma-
nœuvres en préfence de l'ennemi. De ce que je viens de
dire, il s'étoit formé une théorie élémentaire regardée comme
Ja baie de la Science, dont le lanéluaire étoit fermé pour tous
ceux qui vouloient fuivre au hafard leiu- imagination &. leurs
caprices.
Cette théorie s'enfe-ignoit dans des Écoles publi([ues fépa-
rément de toute pratique ; ce dont on verra les preuves à la
fuite de ce Mém.oire. On y démontroit l'arrangement àç.i
hommes dans une troupe, celui de piufieurs troupes réunies,
leurs divers mouvemens félon les différens cas, la difpofition
des ordres de bataille, la manière de camper, de fe mettre
en marche & de fe former, l'art de porter le fort contre
le foible, de prévoir les rufes &. de \q% éviter. Les Maîtres
ne poulsèrent pas tous leurs lumières jufqu'à cette favante
Dialeélique qui forme & dirige le plan d'une Campagne,
en conduiiant les opérations relativement à la nature du pays
& aux pofitions de l'ennemi : mais du moins ce qui étoit
réduit en théorie, donnoit une bafe afîiirée fur laquelle on
pouvoit fe conduire ; & ces premières règles fournilîoient
au génie des moyens faciles d'exécuter de grandes choies,
en s'élevant à des pai'ties plus fublimes. Sans elle , les noms
de Miltiade, de Xénophon, d'Agéfilas, d'Épaminondas, ne
fixeroient point notre attention , & ne feroient venus jufqu'à
nous, que comme tant d'autres confondus dans ia foule,
fans être dignes d'aucune remai'que.
(a) La perfcflion du calcul dans la conipofition de la Phalange venoit
des Tadiciens , & non de Pliilippe de Macédoine : il ne fit que former un
corps permanent fur Ce principe ; encore ne paroît-il pas qu'if ait écé totftr
lemeni complet.
DE LITTÉRATURE." 533
La Guerre étoit donc regardée , chez les Grecs , comme
une Science dont il falloit connoîlre les règles , avant de la
pratiquer. Non-feulement ceux qui s'y delUnoient particu-
îièi'ement s'y faifoient initier , mais encore ceux qui fe
propoloient d'ctre employés dans les affaires publiques , &
d'avoir quelque part au Gouvernement. Ceci n'cloit pas
précilément paice que l'exercice des Armes Se celui de la
Magillralure éloient compatibles dans la même perlonne;
c'étoit parce que la théorie Militaire établie lailoit partie de
l'Adminillration , & qu'un Homme d'Etat devoit ttre inftruit
de tout ce qui la concernoit. C'efl; ce qui rendit la Grèce
une pépinière d'habiles Guerriers, recherchés par les Nations
étrangères, & dont plufieurs eurent la gloire de relever des
États fur le penchant de leur ruine : tel fut Timoléon qui
fauva Syracule ; ôi. ce célèbre Xantippe à qui les Cartha-
ginois, prelics par les armes Romaines, remirent toute leur
confiance. Annibal même, û redoutable aux Romains, ne
tira pas un médiocre avantage de la iociété de deux Lacé-
démoniens , Sofile & Philénius , dont il le fit accompagner
dans fes Campagnes {ùj. Si les Grecs eulîent été toujours
unis entre eux , fi la puilfance Macédonienne , pouliée au-
delà des julles bornes, n'eût pas dii tomber par Ion propre
poids , cet Empire & la liberté des Grecs eiilfent été plus
durables. Malgré les avantages de la Légion , la Phalange
pouvoit n'être pas vaincue, ou du moins, en réparant lès
pertes, elle auroit fatigué long -temps lès Vainqueurs; mais
îc déiaul d'union 6c une infinité de caules morales dévoient
CbJ Annii>al rc(;ut fc-s printipalcs
Inflrucflions de fon pcrc Amrlcar
Sarcds & di- Ion oncle Aidrubjl ;
niais il ill vrailcmlilablc c|uc ces deux
Laccdiinonitns ne lui turent pjï inu-
tiles , & <|u'il 'é iroiiv'oit l)ien de leurs
lumières , puil<|u'il les garda loujuurs
avec lui. Corutlius Ni|k>s i/i Annib.)
dit (pie Sofile avoii Inllruit Anniiul
d^iii Ic} Lettres Grccijues ; mais il cite
en même temps Solde <5v Piiilenius»
comme ceux a qui il avilit particu-
licTinient confie le foin d'écrire Tes
Campagnes ; ce qii tait juger qu'ils
avoieiil afTiz de connoi|]aiice tic la
(jucrre , pour en hien décrire les
o|)cralions : tlujus btlla g<ji<J mulii
m<iiwi:tr jrriJiJerunt ; fid (x 's duo
qui cuin eo m cjjhis juerunt , J a.uhiut
vixtriiiit , quiiiidiù JcTtuna f^'jjo tjt.
534 MÉMOIRES
produire les révolutions qui firent pafler fa Grèce & f'Afie
fous la Jominalion des Romains.
On ne voit pas qu'if y ait eu à Rome des Maîtres de
Taélique & des Ecoles publiques de Tficorie , comme à
Laccdémone 8c dans Athènes. Auffi fes Romains furent- ils
d'abord moins Iiabifes que fes Grecs dans fa fcience des
armes, fur-tout dans cette partie fi elîéntielie aux Généraux,
fondée principalement fur fes opérations de fei^y-it. Néan-
moins ce qu'ifs pratiquoient étoit appuyé fur des règles &
des principes qu'ils s'étoient formés. L'ordre de la Légion ,
quoique moins géométrique que celui de fa Phalange, avoit
fon calcul ; & fart avec fetjuef if étoit compofé f einporloit
de beaucoup fur cefui des Grecs , par f'efpèce des armes ,
des divifions , par les différentes claflès de Soldats , Se fa
manière de combattre. If faut obferver que ce f-Viiple , né
au fein du brigandage, guerrier par principes & par befoin,
conçut , pour ainli dire au berceau , f'idée de fa Légion
& de fon ordonnance, à faquelfe il changea très-peu de
cliofe dans la fuite ; il y ajouta feulement ce qui fut jugé
néceflàire pour fa perfeélionner. If fembfe qu'étant deiliné
à f'Empire de fUnivers, fa Providence fui avoit découvert
tous les moyens d'y parvenir; en effet, réunifîànt les caufes
phyfiques à la fupériorité des vertus & à fart d'enHammer
.fes courages, il portoit contre ks ennemis une force irréfif^
tible, Scieur oppofoit, dans fes revers, une confiance dont
if étoit le premier exemple. On avoit vu chez les Grecs
i'art militaire , marchant du même pas que fes autres , croître
&: le perfectionner avec eux. On vit au contraire les
Romains , plongés dans la plus profonde ignorance , briller
dans la feule fcience des armes : l'Italie étoit affujettie, fa
Grèce, fa Macédoine & l'Afie vaincues, que tous les arts
étoient encore à Rome dans l'enfance : la guerre avoit abforbé
toute feur attention, & l'art de la Taétique, prefque né' avec
eux , étoit parvenu à fon degré de perfeètion. Une fois établi
fur des principes invariables, lorlque la Légion étoit affemblée,
ou défignoit aux Soldats l'ordre qu'ils dévoient tenir, 6c on
DE LITTÉRATURE. 55 j
les formoit à louîes les motions qui en dérivoient. Quoique
les Troupes ne le levaHent cj-.ù'.u moment de la guerre , la
paix n'étoit pas pour les Romains un temps de repos : ia
JeunefTe s'inltruiloit dans le Champ de Mars à lancer le
javelot , à parer les coups de Ion bouclier, à s'elcrimer avec
i'épe'e contre un pieu ; elle s'exerçoit à courir, à fauter, &
fe jetoit eniuite à la nage dans le Tibre , pour y laver la
fueur & la poufTière dont elle ctoit couverte. Le moment de
la guerre Uouvoit donc des hommes déjà formés , endurcis
aux travaux , préparcs aux dangers , & dont la difcipline
faifoit bientôt d'excellens Soldais. Ceux qui afpiroient au
commandement, partageoient avec les autres la fatigue & les
exercices du corps; mais ils apprenoient, par une étude
privée , l'art de commander &; de faire exécuter les manocu vres.
Si l'on ne voit pas à Rome d Ecoles publiques où la guerre
fût enfêignée , on ne peut douter qu'il n'y ait eu des livres
qui en traitafTent. On iait que ceux de Caton l'ancien, intitulés,
[De Re Alilitari, pai'loient non-feulement des Loix fur la
diicipline militaire tju'il avoit recueillies en un Corps, mais
aufli des ordres de bataille & des différentes évolutions:
c'efl ce qu'on infère ailément de divers padàges qu'on
trouve dans Nonius-Mai"ceilus le Grammairien, Feilus, Pline
le Naturalise, Aulu-Gelle &: Servius : quelques-uns font mcme
des témoignages qu'il a été copié mot à mot dans certains
endroits par Végéce (c). Cincius- Alimentas , C. Celfus &
Paternus, font cités comme des Auteurs profonds dans la
fcience àts ai'mes ; Varron, le plus docle des Romains, qui
avoit écrit fur toutes les matières, avoit traité auffi de la
guerre : on en a pour preuve un palfige rapporté dans Scrvius,
où il e(l (juellion des deux didcrcns ordres de maixhe des
( c ) Unu eft difugnario fivrite
louait, quiiJrate cxercitu , fient itiain
Tiunc if fTopc folet prA-lium fien. ("e
partage i-ll rapporte de même par
N<jnius Alartillui , comme tiré de
Caton. Cet aiitn- qui fuit , oll rap-
l^ortv par Fclliu qui le cite auilt
d'après le livre de Caioii , Dt Re
Alilitari. Sivr cyiis fit ciiruo , atit
gloCo , ivit fcrcip* , aiit ferra , mi
uJcriari. On retrouve daivs Végèccj
comme je le ferai voir ci-ajires , l'u-
fagc de ces mots <Sc leur oplication.
'53^ MÉMOIRES
Légions, qu'il paroifToit connoître très -exactement. Si l'on
n'eTt point aUurc qu'aucun livre lur la guerre ait prcccdé
celui de Caton, il efl; du moins probable que l'on conlèrvoit
par écrit le Tyrtcme d'ordonnance qu'on s'étoit formé , ainfi
que les Loix (ur la difcipline : l'ortlre du iervice , du cam-
pement, des marches, & les principales évolutions dévoient
être aufTi confignés dans un Code. Comme dans le temps
de la République, qui efl celui où l'art militaire fut le plus
en vigueur, rien ne s'altéroit dans l'ordonnance, il n'y avoit
point de défauts à relever : par conléquent ceux qui auroient
voulu écrire, n'ayant que peu de choie à traiter, n'auroient dit
que ce qu'on favoit déjà, ou n'auroient point été écoutés s'ils
avoient tenté de donner de nouvelles idées. La difcipline
(eule pouvoit s'afFoiblir , & de temps à autre avoir befoiii
de correélion : c'eft auffi à cette partie que les Romains
donnèrent leur principale attention : comme elle tenoit
efîèntieilement aux mœurs , elle étoit du reffort de la cen-
fure , & l'on ne trouvoit pas d'occupation plus utile que
de travailler à en confêrver les maximes. Ce qu'on appeloit
difcipline comprenoit non-lèulement les divers exercices , la
police des camps & les Loix pénales contre les délits, mais
auffi les récompenfes pour les aétions de valeur. A côté des
motifs qui dévoient imprimer la crainte, on avoit foin de
placer ceux qui pouvoient animer l'eipoir. C'eft l'art d'em-
ployer ces deux piiKTans refîbrts , dont l'un foumet les
volontés , tandis que l'autre élève l'ame & l'élancé vers la
gloire , qui rendit les troupes Romaines fi lupérieures à toutes
celles qui les combattirent. Si les peines étoient très-févères,
les récompenfes étoient grandes & flatteufes : le guerrier
s'enflammoit au fouvenir des couronnes que fes compagnons
avoient remportées , & des éloges publics qu'ils avoient
mérités ; il n'afpiroit de s'élever à des grades fupérieurs que
par l'éclat de ks aétions ; il fervoit fans aucune vue d'intérêt
ni de fortune , & n'attendoit de la patrie que des marques
d'honneur , feules dignes d'être offertes ?iu Citoyen vertueux
pour prix du iang qu'on lui demande»
Les
DE LITTÉRATURE. 537
Les manœuvres élant fimples , en petit nombre & déter-
minces pour chaque occalîon , les Romains ne crurent pxs
avoir befoin de démonflrateurs comme les Grecs : peut-être
fut-ce un défaut, mais dont ils tirèrent l'avantage de ne rien
faire que d'utile ; ils ne chargèrent point leur thcorie de
calculs 8i. d'évolutions de parade, que l'imagination des
Profelîcurs Grecs ajcutoit louvent à ce que la pratique
pouvoit avouer. Le Général exerçoit /on ai-mée ielon l'ufage
reçu , en y ajoutant ce qu'il croyoit propre aux circonllances
où il le trouvoit, tk. tirant de fon propre fonds les refTources
que fon génie ou Ion expérience lui dicloient. C'efl ainlî
que les Romains fe conduihrent julqu'a la leconde Punique:
vaincus louvent dans le cours de cette guerre par ies rules
d'Annibal , ils apprirent à s'en fervir; ils lentircnt mieux que
jamais que l'adrelle eft plus puilfante que la force ; &. c'elt
en efiet depuis ce temps qu'on remarque ce qu'ils ont mis
de lineffe dans les grandes manœuvres , &. d'habileté dans
la conduite de la guerre.
Rome, alarmée de lès défaites, avolt été rafïïirée par
Fabius qui avoit fu , fans combattre , arrêter les progrès
d'Annibal. A ce chef-d'œuvre de détenfive , Scipion en
joignit un d'offenfive non moins admirable. Nommé à l'âge
de vingt-fix ans, pour remplacer fon père ôi. fon oncle,
tués en Elpagne , il recueillit les relies dilperfés de leurs
troupes , ranima leur confiance , évita les fautes qui avoient
occafionné les échecs reçus, & lur|)rit, par i\nc marche aulll
hardie que favante , Carlhage-la-ncuve, dépôt principal
des reffources de l'ennemi : bientôt après combattant à Élinge
contre Aldrubal , il y déploya tout ce que l'art de la Taélique
pouvoit avoir de plus rahné, & remporta une viéloire com-
plette. Celle de Zaïna, qui la fuivit i>c termina cette guerre
par l'humiliation de Carlhage, fut de même le fruit de fon
profond lavoir dans l'art de dilpofer les troupes oC de les
faire manœuvrer. Ne croyons pas que ces grands fuccès ne
fudènt ilûs qu'à (on génie. Entraîné vers les grandes choies,
il avoit lait de bonne heure une étude réfléchie de la Guerre;
Tome XL. ^ yy
53« MÉMOIRES
& lorfqu'ii fe vit commander en chef, Ton efprit , <5tendant
rapidement les idées, lui montra toutes les reïïources qu'il
pouvoit tirer des principes dont il s'étoit muni. La guerre
que les Romaii'is eurent contre Pyrrhus , 8c la première
Punique qui iuivit d'afièz près, leur avoient ouvert une com-
munication avec la Grèce 5c l'Alrique. Les livres Grecs ne
t;u-dcrent pas à s'introduire dans Rome, & ceux des bons
Taéliciens fournirent à les Généraux des connoilTances avec
des idéçs Jlratûgémûiïqites qui leur étoient nouv^les : c'efl de
quoi je vais donner des preuves qui paroiliènt porter ime
De Sigirfca- conw'idûon intime. On lit, dans Fellus, un extrait du livre
de GaîoJi, qui dénote que les dincrentes évolutions y etoient
traitées ; le pai'îage extrait étant une efpèce de récapitulation
qui fuppofe l'explication préalable des termes qu'elle reiiferme :
Sive opiis fit cuiieo , mit gïoho , aut forcipe , aut turribus , aut
LU'. X, c. IX. J'ena, uti adoriare. On trouve, dans Aulu-Gelie, une elpèce
de Vocabulaire de diverfes évolutions & parties des ordres
de bataille , dojit il dit que les Auteurs militaires parloient :
Vocahula Jmit jWlitaiia quibus injhuâa ceito modo actes
dppellari folet , frotis , fuhjidia , cuneiis , orbis , globiis , for-
jices , ferra, ala , turris , luvc & qinxdam , item alla ïnvenire
cfl in libris eoriim qui de Militari Dijciplinâ fcripfenmt. On
retrouve ici. plulieurs des mêmes mots qui iont dans le
palîàge tiré de Caton ; & Yégèce , qui de Ion aveu a
copié ce dernier , les rapporte avec l'explication. Mais il
faut remarquer que les évolutions appelées foijices & cuiieus
n'avoient aucune analogie avec l'ordonnance Romaine, &.
qu'elles étoient de pures manœuvres de la phalange. L'ex-
i-il). tv, piication qu'en donne Végèce, & l'ufage auquel il les met,
jie pouvoient nitme convenir qu'à la Taélique Grecque.
Cimeiis , qui vouloit dire le coin , a éié employé par les Ro-
mains fous la forme d'une colonne, c'eft-à-dire , d'une
ti-oupe qui a plus de hauteur que de iront : ils s'en /ont
ièrvis dans des cas extraordinaires , pour percer & fe tirer
d'un mauvais pas , mais non pas en pleine bataille félon la
manière donnée par Végèce, C'étoit la même choie que
DE LITTÉRATURE. 53^
l'EmboIon des Grecs , que certains TacT;iciens formoieat
comme ime forte de ti'iangie un peu tronqué par fa pointe
qu'il préientoit. Ils lui oppoloient la tenaille , yjiiXîulioAoi *, en * Liitéraicment
h-AÙn , forceps , c'ell-à- dire, une phalange brifce à angle ^^"^.^^[^'' ^^^^'
rentrant qui embralloit le coin. Ces lortes de manœuvres d'ÉUtn, cap,
étoient ablolument de la Tactique Grecque ; ce qui prouve ^■'^^'''
que Caton, ainfi que d'autres, {es avoient tirées des livres
qui en traitoient ; (Se Vcgcce, en les prenant tle ces derniers,
nous les a tranlmiies. On ne peut mcme douter que cet
Auteur n'ait pris de Caton, ou de Paternus , ou de C. Ali-
mentus, les ièpt dilpolitions de bataille qu il rapporte, ôc
que ceux-ci ne les aient tirées Aqs Taéîiciens Grecs.
La manœuvre brillante de l'armée Romaine à Elinge en ^'oy rohbt,
Efpagne, où elle attaqua en double oblique, favoir par les "" ''■^'
deux ailes, en refuiant le centre, étoit un de ces fèpt ordres
de bataille délignés par les Grecs , que le premier Scipion
i'Alricain n'a pu avoir étudié que dans leurs Ouvrages. II
s'en lërvit , en l'appliquant à l'ordonnance de Tes Troupes,
avec tout l'art dont elle étoit lulceptible. 11 efl donc naturel
de conclure que les Ouvrages des Grecs fur la Guerre
s'introduilirent à Rome bien avant Caton le Cenlèur , & à
peu-près, comme je l'ai dit, vers le temps de la première
Punique. Les Romains commencèrent à fè livrer alors à cette
étude, & ceux qui voulurent traiter cette matière, prirent
dans les auteurs Grecs tout ce qu'ils y trouvèrent , fans
s'embarralier de l'application , &: lans trop dillinguer ce
qui pouvoit convenir à l'ordre de la Légion , de ce qui
n'éioit propre qu'à la Phalange. Peut-être même que les
premiers qui écrivirent, ne tirent pas choix des meilleurs
livres, 6c qu'ils .s'attachèrent à cjuelques-uns de ceux qui
étoient plutôt le fruit de l'imagination, (|ue de la réllexion
& de l'expérience. Ces dernières, n'admettant rien qui ne
foil éprouvé par la pratique , rejellenl toutes les manœuvres
de parade qui s'écartent des vrais &. lôlides principes ; elles
les condamnent comme des occupations frivoles , même
pernicieules par les iaulks idées qu'elles impriment d;uis
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641. JOSIAS #.■ 31
JOACH AS ....
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JOACHINOU JÉCHONIAS. îmois
KÉ KaOUS 1JO
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jSj. GODOLIAS.
5 A LATHI EL.
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SACRIFICATEURS.
537. J o s u É.
403. JOACHIM,
453. tLlASID,
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4I5* JOÏADAll.
573. JOIIANAN.
341, JaDDUS. 20
FaBAMoCRZ, fil;
de K^ous.
rOueft de \i mer CirjiienQC
M E H R A B , Roi Tou-
ranian de Kaboul.
Raudaba, fi fille.
Réda^ion duMizcndran,
IrraprîoR dci Touraniaru
P R A S S I A , Roi du
Touran.
SCHAiDAH , Gcneril , fon fïlf ,
ARVANDA5P.
SlAOUESCH.
I
KiKHOSBO.LOHRASP
ZOBOBAB EL.
Dans DA N I L L.
nPÎsdtPnJe,
Jrj'uis CYPVS
OU GusTAsr.
II.
III.
ÏV.
KiLonnASP.GusTASP.io
Li CouT i Bïlkh.
KtGUSTASP.BAHMANm
KaiaiOUN, fille d'un «
Gr«,feniniedeGij(ljrp,
ZOftOAïrPE, Proplic[c,
Z £ R m , fftf e de G ufiiifp.
M^iCah filt II
guerre
X"(Vi Sices. Lci Parthej
rentrent dani le devoir.. . .
Irruption dei Sc/lhcJ en
Mcdie.
Pbototia, Roi des
Scythes,
Suouerch, dinj IcTounn,
époure U Aile du Rot.
Le Tourm viincu,
ATiarub mis > mort.
A B D J A S r, Roi du
Touran.
Coin|uèt£i fur le Touran.
Marmare, Roi dci
Sacej.
ZabINA, h femme.
Les l'artliejfe 'V >■«,",",'
Sicei- Guerre
Conquéiei des Tranîans fui
AMulmehcr. près de I» mer
Orpiennci U.r Kobid, Koi
Mad YA, Roi& Gc
ncral , fon fils.
Cimtyfc f^poufc en Mcdie
U liUe du Rui.
Ar.ljaff.. »oi .lu Touran .Ici StyHiet.
& ArJj-iJii piff. Général!
Evpédiiïoii de Cyruï conlre
Nabuchodonolôr;
les ton.(uè:eiroui Nînîve [Tire pai
le régne de ion les Médes & jUi
pjyi où cA Baghdïd i fur
SakIab. Roi de Syrie.
Dabab, Roi des Rois
de 1 Occident.
Nabuchadnesar.
père, en Syrie, let Bat>ylonicni.
Efiyp'e- ^ .
Guerres des
Medes conlrciei
Lydieiiin
CaptiviiédeJuda
par Nabuchodo-
Édipredc Soleil.
noror , aidé des
Medts.
Tiibiii ÏBipoffi aux Grec».
Nabucliadnerar ehanè de
Babylone.Libené rendue
caprifj d'Ifraél. Roi Grec allié
de Giidafjj. Zérir emu'jè
contre lui par Loliralp.
DANiEL.
Sp'vsapyfe, Général, lue.
P ASCHOUTAN
A,;nAVAN. Arta
lilt de Guilifp.
(KJchtàfi).
Orouertokh
(Oi r.^rt'f/ Prophète.
B A H A M A N OU Ardejchir
dirai '^W' 3
La Cour à IIlakKaF.
Si^ad , Général.
Paschoutan.
S ASAN, fil^d'Ardefcliii
di-iliLTite à U pcrfuilion
d'Honui, quille le inonde
ddfijroii.
! I O M Aï TCHEREHAZAD
î 1 OU j o
]} A n A B.
Darabrediftinguedar
combJli.
DaR A B.
Darab Al Ascher, ^
cilt.! dire, le petit. alTiifîinO
par deux de les Officiers.
ROSCHENCUE, Ta ItIIc.
ESKANDER,.
Con^^uctts JErpendlar ai
nord-oueft de U mer Cj(
pienne ; dam l'Inile.
Le Touran donné pi
ErpenHiar i wn dci difccn-
daiis d'AgueiircU , l'fcrc
d'Afiaftab.
Evpédilion de Darius contre
es Scyilics occideniaiix.
Inda Thyhse, Roi.
Conijuêlc de rindc.
Conquêtci flans rOueTl,
i'Aderbedjan , &c.
Contjuêtfî dans i'Oueft.
Gouverneur de Bïbylone
déplacé i les Juif» favonlej.
Les AfTyriens
vaincus.
Guerre conii
lciBa,.1riens. <jui lé
foumeiient enluile '
Cyrus.
C BÉstis vaincu.
ConnucICl en Grèce & en
Égypic -,
Sur Philcoui , Roi de M;
cédoinc ; tribut inipofe à c
Prince,
Tribut tcFurè par lei
irei».
Babyfone prilc.
Daniel.
Fin de la capiivité.
Darrus Medui.âgé
de fbixante-ileux ar(,
commande à Baby-
lonc.
L'Egypte foumifi'
g.„,e „.„c ,
Expéditions conln
['Allyrie, la Grèce.
Expéditions contr
l'Égypie, la Grèce.
Ucm. ■
£ s D R AS,
IJÉHÈMiAS, envoyés
i Jeruialem.
Guerrcf , comme ci-dcvint.
Idem.
IJan.
Mort de Pbilippc. Roi
de Macédoine.
Alexandre.
6^ 4. A5TIBAR ou Ajhliûrnas, 40
itryaiit , Général
RoiTAiA, fille d'Aflibar.
S 9 4. ASTY AC ES ouA/pasdas. 3 5
. . . Par MrsEs. filt
d'Aftyagei,yr/otf Cu/ias.
. . • ■ • CambvsE, RoidePerfe.
Cyaxare. {dans Xenophon).
Darius Me dus.
ROIS PERSES.
5 jy. Cy R us }o
Cassandane, fa femnie.
fille du Roi de Cappadoce.
Htstaspe. Gouverneur
lie la Perfide.
ZOROASTRE, Prophcic,
529. Cambyse 8
S M E BD IS.
J2I. DARIUS 3^
Artaban & Arta-
PHERHE, fei frércî.
48;. XerxÈS ,., . a
OSTAivE . Prophète.
Artainn , Général,
4.(Î4..
Artaxerxès-Loncue-
M AI N ^1
La Cour à Su«.
Mrgnlyfe, Généraf,
HysTASPE, frire^uRoi,
commande dans la Bjilriane.
AcHÉMÉNtDES, foi» Onde.
Ame^tRIS, fa mère.
[Xerxés I mois
^SoûDiCN ou J>™W/™. 7
^O c H u s ou Dar'm
Noilws 5 ans
Arsite, fon frère, fe
révolic ; pris . lue à la per-
luafron de Parifaiis , fille
fl'Anaxerxés & fcmmi
.l'Oehus. l'iffj:!,,, , Amms
Scjgneur» fcrfes.
4.05. AESace ou Aruxirsi,
'^htimon .g
OSTANE & CtRUS. fei
•réfes. Dahius. Ariaspe
&0CHU3 fci fils,
424.
423.
358. OCHUS, /
338. Ahse..
335. Dabius Kodoman, 4
c'ellà dire, le dernier;
"rtilliné par deux de
fo Officiers.
330.
"OXANE. r. fil/c.
Al-EXAN DR E.
>
i
ASTYACES.
Cyrus.
Theîpeus.
Ariaramne
HVSTASPE.
Darius.
Xebxès.
ROIS
DE
CAPPADOCE.
Ph ARN ACE.
ASTOSSA, U
femme. locur île
Canibyfc . père
tie Cyruj.
PÉDAGANUS.
SM ER DIS.
Anaphas I.^'
Anaphas IL'
Data M A,
Ariaramne.
Ariarathe.
Ariarathe.
Cyaxares.
ERVANDU3 I.'
AsTYACES OU
Ajjahac,
TiGRANES r.'
B A B l US.
A R A VA N U S.
N ERSES.
Z A R ES.
Armoddus.
B A G A M U S.
Va H A M US.
Va H ES.
Alevanprf.
DE LITTÉRATURE. 54,
trompettes : le ion fort ou foible avec lequel il étoit poufTé,
faiioil juger de la ciilpolition des Troupe;:. Aufîi-tôt après,
on ionnoit la charge , on s'ébranloit , Se l'on couroit lur
l'ennemi. Les Romains frappoient en même temps de leur
javelot ou de l'épée fur leurs boucliers , ce oui augmentoit
encore le bruit, en le rendant plus terrible & plus menaçant,
la plupart des Grecs, avant de pouliér le cri de la charge,
chantoient une forte d'hymne qu'on appeloit ï Hymne du
cembcit. On trouve encore des traces de cet ulaLie chez
quelques peuples de la Macédoine , lujets à prclent des
Turcs. Pleins de force & de valeur, comme leurs Ancêtres,
ils vont au combat en courant avec rapidité : le Chef
chante, & la Troupe y répond en prccij)itant la marche.
Rien n'eft plus capable d'élever lame 6l d'cmbraler le
courage, qu'une poclie forte & lublime , accompagnée de
l'harmonie du chant. Horace nous fait entendre l'elfet
admirable que les poëfies d'Homère & celles de Tirtée
proJuiloicnt lur les Guerriers :
Poji hos in/îgnis Howents
Tyrtœuffjue mares animos in mania bella
Verfbus exacuit.
lient. An. Poct. V. i^o I .
On fait que ce dernier ranima tellement par les Vers les
Lacédémoniens abattus de leurs dél;iites dans la deuxième
guerre deMelsène, qu'il leur fit repremlre la lupériorité. Po-
lybe nous apprend que les Cretois tk. les Lacédémoniens culli-
voient beaucoup la Âluhcjue propre à élever l'ame &. animer les
Soldats. Ce ne fut point , dit-il , yi/z/j niifon, (jn'ils prirent la fùte LU: IV. c y.
& des airs modules , au lieu de trompettes. On lit encore dans
Thucydide, que de ion temps ils martlioient en filence au
Ion des ilules , réglant les pas lur la melure , pour mieuj;
garder les rangs, ce qui elt remarqué pai* cet Hillorien,
comme un effet de leur grande dilcipline ( d ). Xénophon
(li)' Un padjgo d'Aihciice noiij
prouve que 1rs Laccdcrnonii-nsavoitnt
un cliani iju'ili) joi^iio'ant , du mûiii>
(juclqucfois, aux airs des IJùte.s. Le
poctc riiiioi.orc, cité dans tct endroit
(l.xiv), dii que Ici Liciiitiuonicni
Xei'.oph.
HijI. Crecq.
liv, IV.
Ida
541 M I' M O I R E S
nous apprend que les Alhcuiens cloient dans Tufâge de
chanter l'hymne d'Apollon : cela s'exprimoit par le ternie
ï\-jL\sj/'i(Tcti ^ Paana entière , dont l'ctymologie venoit de riixi'eiv,
frapper , parce qu'on en rapportoit l'origine à la victoire de
ce Dieu iur le fèrpent Pytlion ; fable allégorique dont le
véritable fens étoit la fin d'une perte occalionnée par des
eaux croupies que le Soleil delîecha. Ce fut donc à l'honneur
de cet aftre, fous le nom d'Apollon, que fe fit le premier
hymne chanté par le peuple de Delphes, Se qui commen-
çoit par ces mots, l'>i, />i, 7ia\wi \u C^Ae; , Oui , oui , frappe
& lance tes traits. Tous les autres fe firent Iur ce modèle
& commençoient de même ; ce qui jious efl confirmé par
celui de Callimaque & par un fragment d'Ariftophane rap-
porté dans Suidas. Cet hymne n'étoit pas feulement confacré
aux combats ; on le chantoit dans certains cas d'aliégrefie,
& les Ouvriers s'en lervoient auffi pour le délaiïèr & s'en-
courager dans leurs travaux.
Le cri que jetoient les Grecs, avant d'aller à la chai'gey
étoit un fbn articulé Iur les iyilabes A, Ao,, Acti , ou Ap^st,
A>i, d'où il s'appeloit ^A7\g.yp.as ou 'Ap\^\oly/iioi; ce qui figui-
fioit un cri de joie , parce qu'il s'élevoit de même pai'mi
les Troupes vit^rieufes , dès que l'ennemi étoit en fuite.
On voit qu'à la bataille de Coronée, les Thébains jetèrent
le cri, & en même temps maixhèrent vivement à la charge:
A7\g.?\g.^a//'Vci o'I ©n^ctTo/ S'^ficù o/Moi api^vro. Quand il étoit
queltion du chant de l'hymne, cela s'indiquoit par le mot
Y\aj{xn(m.\ ; comme on le voit à l'égard des Athéniens , au
récit de la bataille de Némée : 'E-?tïÎ îi i7m^ctvi(m.y , tÔts «Ts
éymcFztv. Ils ( les Lacédémoniens ) les reconnurent au chant
de l'hymne. Quand on chantoit l'hymne , elle précédoit
toujours le cri.
vont au combat , d'un pas mefuré ,
fur Fair des Poëfics de Tyrlée, qu'ils
chantoient : Cl Aait^ovêç- àr tt/V -mM^sti
vt Tupvù'i Xioii^iMi.'m. '^7n/bl.vilf^^vlviy■nç
«y jiu^fji^ luviSm Tniivim, Peu ciprès, il
dit que les Lacédémoniens avoient
feuls confervé l'ufage de la Danfe
Pyrrhique , comme un exercice qui
préparoit à la guerre.
DE LITTÉRATURE. 543
Les Roinains avoient jugé la méthode de pouffer le cri
& d'aller à la charge en courant , préférable à toutes les
autres qu'ils n'ignoroient geint. En effet , la rapidité du
mouvement de la courle , jointe au bruit des cris , dts
trompettes & des cors , devoit les enflammer & les remplir
d'une forte de fureur, modérée néanmoins par la dilcipiine.
Ce peuple , dont toutes les penfées étoient tournées à la
guerre, avoit trop bien étudié la nature du cœur humain,
pour ne pas fêniir que l'homme en général veut être étourdi
iur les dangers fej.
L'ulage des armes à feu , dont le bruit infpire tant de
terreur, & dont l'effet eft le plus fouvent fi médiocre, a
fait naine l'idée à un grand Roi d en retirer le même avan-
tage que les Anciens trouvoient dans les cris, les chants &
le Ion des inllrumens guerriers. Le feu de l'infanterie Pruf-
iienne, exercée à tirer avec tant de vîteffe, a bien moins
pour objet la delhuction de l'ennemi , que d'occuper le
Soldat Se lui ôter le temps de réfléchir. Ce moyen, puifé
pai" un Héros philoiophe clans la profonde connoiffance de
l'homme , a paru à dc^s Oblervalturs lujierliciels un point
capital dont il lailoit dépendre le lucccs des combats : tous
lès voiiins ont vouUi limiter ; mais ceux qui n'ont pas
connu le véritable elprit de les inftruélions , ont été pris
pour dupes & fe iont égarés. Quiconque ignore le caur
humain ik les relîorts qui peuvent l'agiter, ne laifira jamais
ies vrais principes de la Science des armes, ù partailemtnt
coimus des Anciens. Ceux-ci étoient û perluadés des effets
merveilleux de la Mufique, qu'ils la regardoient comme une
j)nrù(j edenlielle de la laclique. Les amulemens même de
leurs Soldats devenoient pour eux des exercices militaires.
Le but principal de la Danle appelée Pyrrhicjue étoit de
{tj CVtoic par la manière dont le
cri étoit jcti- , (|u'oii jugcoi' de la
dilj>olition des Tr.nipes. Hirtius, en
tfarinrt de la bataille de Munda, dit :
Vchtinent Jiibat al) utrifguc clunwr tciu-
Tiiinque iiii(jti ccnciirfiis , Jic ut prcyè
nojiri dijjidtrint viû. r/a . Con^rejjiis
eniiii if damer ( de Bello ll>tri )
quitus rttus ntuxiinè lifjhs ccnlcrtn-
lur, in collai a pari tnwt (cndtùonc.
544 MÉMOIRES
donner de l'agilité & de déployer les forces du corps : elle
s'exécutoit tout armé, & fut K)ng-ltinps en ulage chez les
Grecs. Strabon prétend que Mines l'éLablit en Crète lorlqu'il
y donna les Loix, cent ans avant le liége de l'roie, ëc que
Pyrrhus , liis d'Aciiille , de qui elle paroîl avoir tiré Ion
nom , ne fit que l'imiter en l'introduifant dans les Troupes.
Quoi qu'il en foit, l'on fait qu'elle comprenoit une manière
de marcher au ion d'un air gai & militaire.
Ceux des Grecs qui adoptèrent les Hùies , eurent bien
moins pour objet d'enHammer le courage des Soldats, que
Aulu-CeU de régler fes mouvemens & de maintenir l'enfemble : Non
hh. 1, c. n, pfoy^i)^ lit exd'.arentur aîque evibrarentur aiiimi , qubd cornua
& lit là moliuittur, jed contra ut modérations nwdiilatiorcfque
jicreiit , qubd tibiciiiis numeris temperatur. D'ailleurs , il ré-
fultoit de cette harmonie une forte de gaieté & d'aHurance
Idem, qui fe communiquoit aux plus timides : Et mœjîi atque
formidantes ah hac tain intrepidâ ac tam décora incedendi
modulatione alicni funt. Les autres Grecs qui avoient des
trompettes , les employoient pour donner le fignal de ia
charge : au premier fon, l'on entonnoit l'hymne, enluite
DeEx/jeJ-Qi: on jetoit le cri.
^''^^' Les Romains ont eu pour inflrumens de guerre, des
trompettes , des cornets & des buccines. Chacun d'eux
fonnoit pour différentes occafions, & chaque etpèce de fon
étoit un fignal qui défignoit un mouvement. Les trom-
pettes avec les cornets donnoient pour la charge, & leur fon
étant beaucoup plus élevé que celui des flûtes , devoit auffi
produire un plus grand effet. C'efl ce qui faifoit dire à
LU. II. Quintilien : /// nojlris Legionibus cornua ac tuba , quorum
concentus , quanto vehementior , tanîhm Romana in hellis gloria
cateris prajlat.
C'étoit encore à l'aide de la Mufique, que les Anciens
faifoient quelquefois des marches longues & rapides, dont
on efl étonné. Le Conful C. Néron, campé à Venufe dans
la Fouille, vis-à-vis d'Annibal, déroba fa marche, & partit
pour joindre fon collègue qui attendoit Afdi'ubal au fleuve
Métaure :
DE LITTÉRATURE. '545
Métaure : il ht, dans lix jours , Jeux cents quarante milles
d'Italie, & revint dans le même eipace de temps, après
avoir battu Afdrubal. Céfar étoit occupé au ficge de Clerniont, Cergcvia.
iorfçju'il apprit que Litavicus , feigneur Autunois , qui de-
voit le venir joindre avec un corps de dix mille hommes DcBelbCaO.
de fa Nation , s'étoit ioulevc , tk avoit entraîne dans ion ^^' ^"'
parti ceux qui le fuivoient, en leur perfuadant que plufieurs
de leurs concitoyens avoient été mallàcrés par les Romains.
Célar partit dès le matin avec fa Cavalerie & quatre Légions
fans équipages ; il atteignit les Autunois qui s'étoient arrêtés
à vingt-cinq milles de fon camp, les détrompa fur le pré-
tendu meurtre de leurs compagnons , & les remit dans le
devoir. Cette affaire terminée, & ayant donné trois heures
de repos à les Troupes, il ie remit en chemin pour regagner
fon camp qui avoit été attaqué pendant fon abfence. La
crainte d'une nouvelle entreprise lui fit prelfer fa marche ,
de manière qu'il arriva avant le lever du Soleil. Ainfi
l'on peut alîurer que, dans l'efpace d'environ vingt de nos
heures , les Légions de Célar firent cinquante mille pas géomé-
triques, qui , chez les Romains, comme chez les Modernes,
ttoient évalués à cinq pieds : le pied Romain n'avoit qu'un
pouce environ moins que le nôtre. On fuit que les Romains
étoient habitués dans les promenades militaires à faire vingt
milles dans cinq heures d'été, &: même vingt-quatre milles
d'un pas plus vite, dans le même nombre d'heures. Il feroit fort
difhcile de fixer à une Troupe un eipace à parcourir dans
un temps déterminé , ù l'on ne régloit la longueur du pas
&; fi vïlelfe. Il eft donc certain que les Romains ont eu
un pas meluré ; d'où l'on peut inférer que la chute en étoit
marquée par les infhumens de Muficjue. C'étoit par ce
moyen qu ils loutcnoicnt des traites longues & pénibles,
comme celles dont je viens de parler. Le ion de nos cailfes
jie produiroit point autant d'effet. Cet inflrument bon pour
miU-quer le pas , mais dur & défagréable , n'a pas fur les
organes la même puiliimce que les autres. Ceux-ci animent
& loutimneiit le mouvement, dilatent les elJMits, donnent
J orne XL. L LL
54^ MÉMOIRES
du rciïbrt aux membres , 6i. les agitent fani les fatiguer. Les
tamlwurs n'ont clé connus aulrelois cjlic des Barbares. Les
Parthes en avoienl une grande quantité , garnis de petites
clochettes qu'ils frappoient en cadence. Ils nous font venus
des Arabes qui les ont portés en Elpagne, d'où ils ont pafié
bientôt dans toute l'Europe.
Si l'on n'étoit point maîtrilc par l'ulage & ce préjugé qui
fait croire qu'aucune des méthodes anciennes ne peut nous
convenir, il y en a plufieurs qu'on pourroit adopter avec
fuccès. Nos Ancêtres, qui n'étudioicnt guère les Anciens,
ont néanmoins lenti , comme eux, la néeelîité d'exciter le
courage du Guerrier : les moyens qu'ils prirent , quoique
très - imparfaits , furent puilés dans la Nature même. Les
premiers François jetoient des cris confus , comme tous les
autres Barbares. Dans les lîècles poftérieurs , chaque Troupe
eut un cri particulier qui étoit le mot de ralliement de fon
Chef. Ils adoptèrent auïli des chants, comme, par exemple,
celui de Roland qui contenoit les louanges de Charlemagne.
Guillaume -le- Conquérant le fit entonner par fon Écuyer,
nommé Taillefer , à la bataille de Hafling , où il défît
Harold fon concurrent au trône d'Angleterre.
Guftave Adolphe ffj, auquel il n'échappoit aucun des
moyens propres à encourager les Troupes , avoit coutume de
fiiire entonner aux fiennes, avant le combat, une chanfoii
vive & militaire dont il étoit l'auteur. Quel avantage ne
retireroit-on pas d'une femblable imitation , Se quel honneur
pour le Poëte qui , par fes chants , auroit contribué à la
viétoire l C'ell dans ces occafions fur -tout qu'il fèroit im-
portant de remettre fous les yeux des François les Héros de
la Nation, d'évoquer leurs ombres, &, fi j'ofe m'exprimer
ainfi, ouvrir les portes du Temple de Mémoire, pour les
montrer à leurs defcendans.
CfJ Voyez, fon Hiltoire en Allemand, par un ÉcofTois qui fervoii dans
fes Trou{)es.
DE LITTÉRATURE. 547
Comme ce Mémoire devoit être lu en Public à une
renU"ée de l'Académie , j'avois ménagé les citations , ôc
négligé d'y joindre l'autorité de divers palîages qui pou-
voient être alors fuperiius : j'ai cru depuis qu'il leroit à
propos de les rapporter, du moins féparément, pour fatis-
faire les Leéleurs qui aiment à trouver lôus leurs yeux les
preuves des choies dont on leur fait le récit. Il s'agit
d'abord de prouver que les Romains iê mettoient à la
courle pour charger l'ennemi , après avoir jeté le cri :
Neque frupra outujuitatîis inflitutum ejl ut figiui undique conci-
nerent , clamoremque univetji tollerenî. On peut lire larticle de Ctfjr . Ae Bd'a
la bataille de PharliJe où les Soldats de Céiar, après avoir '^'^'^' ''
jeté le cri , fe mirent à la courfe, tandis que ceux de Pompée
relièrent de pied-ferme lur leur terrein ; ce que Célar a
blâmé comme une très-mauvaile maxime : Proptcrea qubd
ejl quadam animi incitatio aîque aîacritas tmturaliter innata
omnibus, qua fudio pugna incenditur ; hanc non repiimere ,
fed aiigere Imperatorcs debent. Les Romains avoient toujours ■'"' ^<^' "'-^
combattu lur ce principe ; ce dont on trouve une multitude
de preuves dans Tite-Live & dans Polybe. Les Voifques,
les Eques , les Samnites, les Etrulques étoient aullî accoutumés
à jeter le cri du combat. Ces peuples long -temps redou-
tables aux Romains, avoient à peu de choie près les mêmes
ulàges & les mêmes armes. Le cri le répétoit autant de fois
qu'on rcvenoit à la charge , foit que Ion voulut aborder
i'ennemi l'épée à la main , ou que l'on ne fit que lancer
des traits : Qui cùm aliquo loco a nojlris reccpti cjfcnt , ut Hirw.di
confuejjcnt, ex fiinili virtute , chimorc fado , Iwjlcs averfuti ftiiit '"''" ^'"^'
praliuin jiiccre. Dans une bataille contre les Tolcaivs, ceux-ci
ayant attaqué avec lurie les Romains, poflés fur une hauteur
d'où ils les accabloient d'une grêle de traits &. de pierres,
les Hallaires &. les Princes, les voyant llotter, renouvelèrent
le cri, en tondant kir eux: Rcdintcgnito ihimore, ftriûis
gladiis , Htifiiiti & Piuuipcs invndunt. Ce pallàge n'ell pas 77.-. Z,;V-.
le feul dans Tite-Live, où l'on voit renouveler le cri par ^^•'^'''' iS^
les Troupes qui reviennent à la charge.
Z zz ij
548 MÉMOIRES
J'ai dit que les Lacédémoniens marchoicnt au combat au
fon des Hûles dont ils Tuivoient ia cadence. Voici comme
Thucydide s'exprime au rccit de la première bataille de
■^"'\^/ MaïUince : Kof ;uly th,'/^ vl ^uvoi^j rw. Apyuoi /.cV ^ ai '^v/j.'
tie la guerre fJLa.'^l tVniyCili '^ Opf^TA '^pi]l-nÇ. AeLY^S^/Lu/lOt C^-SiùlÇ X) '\JZin>
duFt'lopon, ^,j^1^ TD^^CCV QfJUCV ty%d!^iq6'VjùV. Oj V 3îlV ')^ti1 -, OtMot îf*
Tt TO-^ii. Les Cretois ont eu aulii l'ulage de marcher au
combat en hlence & au fon des flûtes : Cretenjes quoqiie
pralia ingredi folitos memoria datutn efi, pracinente ac pnvmo-
'AuliCeUn derante citharâ grenus. Homère a peint les Grecs marchant
'' ''^•"' au combat dans un grand idence, afin d'écouter ia voix de
leurs Chefs, & de fuivre leurs ordres:
O/ 0 cl^ (tnx,)' cnyt[ f^pict TV/ttovm a-:^o/,
Ec °iv/M<) ftiiM^am cLÀ.i^tjLS/jcn otMnA&'cnx.
iiiad. lib. ir.
On peut conje<flurer de ce pafl'age , ainfi que de plufieurs
autres de l'Iliade, que, dès le temps du liège de Troie, il
régnoit, dans les Troupes des Grecs, une grande dilcipline.
Ceci ne prouve pas cependant qu'ils ne jetoient point de
cris, ou qu'ils ne chantoient point d'hymne, parce que cela
ie fùioit un moment avant la charge, & que jufque-là on
Vi'e Je devoit marcher en Idence. Plutarque dit que « lorfque les
■>""'ê'"\, Lacédémoniens étoient en prélence de l'ennemi , le Roi,
» après avoir facrifié une chèvre , & donné l'ordre aux Soldats
' 30 de le couronner de fleurs , commandoit aux Joueurs de
» flûte de jouer l'air de Caflior, & qu'entonnant lui-même le
5> Cantique, fignal de la charge, il marchoit à la tête des
» Troupes; de forte, ajoute-t-il , que c'étoit un très-beau
» fpe(5lacle de les voir marcher ainfi en cadence au ion des
» flûtes , fans jamais rompre leurs rangs , ni donner aucune
marque de crainte. » 11 paroit, par ce palfage, que la cou-
tume de marcher en cadence au fon des flûtes n'excluoit
point celle de chanter l'hymne, comme les autres peuples
de la Grèce , ëi. que cela étoit mcme établi dès le temps
DE LITTÉRATURE. 54^
de Lycurgue. L'hymne fe chantoit lur le même air que
jouoieiit les flûtes ; & celui-ci ctoit modulé ue manière à
régler les pas pai* la cadence : tels ctoient les chants du
Potie Tyriée, qu'on appeloit pour cette railon E/xCol-tJ-^aa
fxiA-^. Embiiteriuni , ait Marius VicL)rinus, (juoJ ejl propriutn D< Marii.
Carmen Lacedamoniorum , ïd in praliis ad incenlivum virium
per tibias canutit incedentes ad pedem arite pugna initium. On
y employoit le mode Ypodorien , parce qu il étoit mâle,
nerveux , mtlé de gravité Si. d allégrelFe , par conléquent
très-propre à marquer les mouvemens lents ou accélérés
d'une marche militaire. Quand il étoit employé aux airs
dcliinés pour la guerre, on lui donnoit l'cpithète EsoTT^ioy,
qui veut dire armé ou prêt au combat : il étoit adapté à la
danie Pyrrhi(jue qui a été ii lort en ulage chez les Grecs Ath/nei,
oc mcme chez les Romains. Lxi^^.f.^jg.
Les Hutes étoient réparties dans les difTérens corps qui
compofoient la phalange Lacédémonienne , ik. qu'on appeloit
Ao^;/. Chaque corps étoit de cinq cents douze hommes,
commandés par un Polémarque. 11 leroit poifibie que Ly-
curgue eût pris en Crète l'idce de la marche cadencée qui
devoit y être alors établie, puilqu'il y trouva, au rapport v.Po/yle,
<le Pluiarque, une partie de leurs iniUtulions h belles, quil '' ^,^/^}f^'
ies prit pour les établir à Sparte; 6c que Strabon dit, d'après l-xiy.p.^^^,
Éphore, qu'il forma une troupe de Chevaliers, à l'imitation
de ceux de Crète. Il le pourroit aulh que cette méthode fût
plus ancienne à Sparte, que les ctabliliemens de Lycurgue.
On trouve, dans Pol^t-n , que les Lacédémoniens ayant L.l.c.ii,
attaqué un jour les Héraclides, ceux-ci conlcrvèrent li bien
leurs rangs par le moyen de leur Muiique , qu'ils hirtnt
viclorit'ux ; que depuis les Lacédémoniens aduplcienl I ulage
de faire tous leurs mouvemens 5c d'aller au combat au Ion
des inftrumens. Cet Auteur ajoiite..']uc, pour rendre celte
règle imiiiuahlo , clux qui rinTroduirirtiit , tirent parler
l'Uracle cjui leur promelloit la victoire, tant qu'ils en coji-
ferveroient l'ulage. Comme les Héracliiks s'emparèrent du
Pélopoiinèie environ quatre- vingts ans après la prilè de
«
550 MÉMOIRES
Troie, & que deux de leurs Chefs, Eurydiicnes & Proclès,
s'ctabiirent à Sparte où ils commencèrent une nouvelle race
de Rois; il y a lieu de croire que ce lut après la coiiqiicte,
que les Laccdcmoniens prirent une méthode qui avoit fi bien
rcufîi à ceux qui les avoient vaincus. Il paroîl que cette
maxime de marcher au fon des inltrumejis n'a pas été in-
connue dans l'Afie mineure, & peut-être ell-elle venue
de-là en Grèce, comme beaucoup d'autres choies. Hérodote
l/r. /, rapporte qu'Alyatte, roi de Lydie, qui rcgnoit immédia-
■'■nf.//. tement avant Créfus , ht pluileurs expéditions contre les
Miléliens , dans lefquelles il faifoit marcher Tes Troupes au
Ion des flûtes &: d'autres inflrumens qui étoiènt à cordes :
59 oud^t'icv. On ne peut afîurer que l'Infanterie du roi de
Lydie réglât exactement fes pas fur la mefure des airs joués
par ces inflrumens : cependant il eu certain qu'une Troupe,
habituée à mai'cher avec de la Mufique , fe metti'a d'elle-
même à la mefure, lans qu'on l'en avertiffe, Se qu'il foit
néceflaire de l'y former. Nous n'avons pas afîëz bonne
opinion de l'habileté des Lydiens, pour croire qu'ils tiroient
de cet ufage tout l'avantage dont il efl (ulceptible. Mais les
Lacédémoniens , attentifs à tout ce qui pouvoit leur être
utile à la Gueire, en firent un point de difcipline, qu'ils
perfedionnèrent & maintinrent conflamment.
J 'ai dit dans la première partie de ce Me'moire, qu'il y avoit en
Grèce des Maîtres qui faifoient profefllon d'enfeigner la Tadique ,
& que l'on étoit perluadé que la fcieiice de la Guerre devoit s'ap-
prendre par règles & par principes. Je vais en rapporter des Preuves
que je tirerai de Xénophon ou de Ve'gèce , & qui leront fuffiianies
pour opérer une entière conviiflion.
Après la bataille de Cunaxa & la mort de Cyrus le jeune, «il
Expe'tlit. M vint, dit Xe'nophon , des Hèraults de la part du Roi Il y
de Qiu5-U' „ avoit parmi eux Pinalin qui éioit Grec , & faifoit profelTion de bien
jeunt, . //. ^^ ("avoir la Tadique ; ce qui lui donnoit de la confidération chez les
Barbares : Xl^n-min-n i7nnf*3>y *"'«) éeÀ Wf ra^f'/f hj imi^ofAcL^cui. » Peu
«
ce
ce
(f
C(
DE LITTÉRATURE. 551
après, Xénoplioa , en parlant de Proxène, un des cinq Généraux
qui fe rendirent auprès de Tiflapherne, fur la parole donnée, &
furent indignement niiffacrés , il dit que cet Officier avoir al])iré
aux grandes choies des la jeunelTè , & taclic de s'en rendre capable ;
que , dans cette vue , il donna de l'argent à Gorgias-le-Léoniin Exp/Jir. Jt
pour l'inrtruire , & que, lorlqu'il le vit en état de commander, il Cyms k-^tune .
ie mit au fer vice de Cyrus. • ' "*
Dans la Cyropédie, liv. /.'^ lorfque Cyrus Ta chez le roi des
Mèdes , Cambyfe qui le conduit, l'entretient, chemin faifant , des
vertus & des devoks de celui qui ell delhné à commander, ce V^ous
rappelez - vous , mon fils, dit Cambyfe, quelques autres points
auxquels je vous dilbis qu'il n'eft j)as moins important d'être attentif.
Je m'en (ouviens, répond Cyrus : c'eft (ans doute lorfque je vous
demandai de l'argent pour celui qui s'étoit charge de m'enfeio^ner
l'art de commander les Troupes : <iaa\Lâ\r. fjut ^7(^-niyM -immfSiuuiYwi.
Après m'avoir accordé ma deinande , vous me queltionnaies fur ce ce
qu'il m'avoit appris ; je répondis qu'il m'uvoit montré les ordres ce
de bataille, ra lnx-nugL ■ lur quoi vous me fites connoître que cela ce
n'étoit qu'une petite partie des devoirs du Général Je vous ce
deinandai fi vous pouviez m'enfeigner les autres ; vous me con(eil!ates ce
de m'adreder à ceux qui pafioient pour être les plus verfés dans ce
la fcience de la Guerre , de m'entretenir avec eux , & d'en tirer ce
par la converlation des lumières fur chacun des objets dont vous ««
m'ai'iez parlé. »
Dans le liv. III.' des chofes mémorables de Socrate , il efl rap-
porté que ce Philol'ophe apprenant qu'il étoit arrivé à Athènes
un certain Dionyfidore cjui s'annonçoit pour enfeigner la Sinaéi^ie ,
c'eft-à-dire , la fcience du Général, iTçtf.-nyay J'ilic^w , il dit à un
jeune homme c[ui alj^iroit aux grandes charges : c< Ne feroit-il pas
honteux c[ue celui qui veut être chef des autres , négligeât d'ap- «
prendre à commander, lorlqu'il s'en jiréfente une fi belle occafion. ce
Il femble mêine (ju'il mériteroit plutôt d'être châtié , que celui qui et
cnireprendroit de taire une llatue, lans avoir jam.is appris l'art du <«
Sculpteur, puilfjue toute la fortune de la Képt:bli(|ue repofe liir »«.
un Général Par ces raiibns , il perfuada ce jeune homme de «
fe faire inllruirc Socr.ne s'eiant dej)uis rencontré avec lui te
en com])agnie , dit en riant à ceux (|ui éioicnt prelens , s'il vous te
fouvieiu «lu'Hoinère, |)arlant d'Agamemnon, lui donne le (urnom et
de Vénérai)le, T*çifL^> ip ùt±i ^ ne |)enleriez-vous pas que ce jeune tt
citoyen mérie j)lu> d'égards, depuis qu'il fait commander ec
Si un jeune homme (jui lait la Médecine ne laifl'e pas tiètre Aie- te
dccin , cjuoiqu'il n'exerce pas cet Art, de mcine ce jeune homme ce
552 MÉMOIRES
s> eft devenu Général d'armée, quoique ])erlonne ne lui ait donn<:
a> là voix pour l'être en effet Socrate le tournant de fon côté,
î> lui dit : Comme il pourroit arriver qu'on donnât à quelqu'un de
x> nous une diviiîon de Troupes à conduire, afin que nous ne fuiiions
j> pas tout-à-fait ignorans , dites-nous par où l'on a commencé à vous
jj montrer la fcience de la Guerre. Dites par où l'on a fini, rcj:>liqua
3j le jeune liomine ; car on m'a fait voir feulement l'ordre qui doit fe
jj tenir dans une armée pour marcher, camj)er & tomba.tre. Ce n'ell-là,
» dit Socrate, qu'une partie de la cliarge d'un Général. .... J'avoue
SI qu'il eft très-important de bien favoir ranger les Troupes en bataille.
3, L'ordre efl: néceffaire dans une armée , Si fans cela il e(l aufll im-
» jiolîible de s'en fervir, que de tirer quelqu'avaniage d'un tas confus
» de bois, de pierres, de briques & de tuiles : mais il faut que cliaque
» chofe foit mife à fa place , comme dans un bâtiment , où , lorf jue
îj tous les matériaux font liés enlemble & bien arrangés , que les fon-
î> démens foiu bons , & que le tout efl bien couvert , il en rélulte
3> une maifon folide qui efl comptée au nombre des pofleflions conli-
dérables ». Le jeune homme prend occafion de cette comparailon,
pour dire à Socrate qu'on lui a enfcigné de mettre toujours les
meilleurs hommes aux premiers & derniers rangs , afin que les moindres
fe trouvant dans le milieu , foient menés par les uns , & pouffes
par les autres. « On vous a donc appris, dit Socrate, à dilcerner
y> les bons foldats des mauvais : non , répliqua le dilciple , & je penfe
5> qu'il faudra l'apprendre de moi-même Mais, pourluivit
ï> Socrate, lorfqu'on vous a inoniré les différentes manières de ranger
3> une armée, vous a-t-on dit quand il faiioit fe fervir de l'une ou de
3» l'autre : nullement , répondit-il. Cependant , reprit Socrate , on doit
S' changer l'ordre félon iesoccafions Allez le trouver, ajouta-t-il,
3> & l'interrogez là-deffus ; car s'il le lait & qu'il ait un peu d'honneur,
3> il fera honteux d'avoir pris votre argent, &. de vous renvoyer fans
inftruflion. «
Dans le même livre des chofcs mémorables de Socrate, ce Philo-
fophe s'entretient avec le fils de Périclès qui lui dit : ce Je (ai qu'il
» faut beaucoup d'ordre, de dilcipline & dbl^éiflance à la guerre,
>î & c'efl: ce qui manque aux Atiiéniens. Il le peut aufîi, rejjrend
x> Socrate , que ceux qui conunandent , n'y entendent rien. Ne
s> remarquez -vous pas que perfonne n'entreprend de diriger des
>» Muficiens, des Comédiens, des Danfeurs ou des Athlètes, fans en
5. être capable, & que tous ceux qui fe chargent de pareils emplois,
5> pourroient montrer où ils ont été inflruits des choies auxquelles ils
» j>réfident ; mais la plupart des Généraux A'ont hardiment exercer
3» leur emploi à l'aimée , fans confulter leur capacité. Je fais bien
que
DE LITTERATURE. 553
que vous n'êtes pas de même , & que vous pourriez également «
rendre compte du temps que vous avez employé à vous inftruire «
dans la fcience de la Guerre , comme dans les exercices de la «
Palertre : j'imagine même que vous avez appris de votre père «
beaucoup de fttatagémes (a ), & que vous en au'îz recueilli «■
d'ailleurs autant que vous aurez pu. Je ne doute pas non plus que «
vous ne méditiez louvent lur ces matières, afin qu'il ne vous échappe <■<■
rien de ce qui peut être utile à un Général ; -n -niv tiç y.7£^nyiu «
ûlfi^iMS* , tellement que fi vous cro)iez ignorer quelque choie, vous «
n'épargniez ni les prélens, ni les careflés , pour engager ceux qui «
le favent , à vous inftruire. Ah ! Socrate , s'écria Pcriclès , vous ne «
m'en ferez pas accroire : vous favez bien que je n'ai pas fait ce «
que vous dites ; mais vous m'enfeignez ce que je dois faire <c
Je l'avoue, repartit Socrate. 5>
On peut connoître par ce que je viens de rapporter, fi l'on
regardoit la Guerre comme une Icience qui dût s'apprendre par
principes, comme toutes les autres, & l'on peut juger à peu-près
julqu'à quel point les Maîtres ordinaires pouflbient leurs inlhudions.
Tous les endroits d'où j'ai extiaii ces paflages , que j'ai al^régés le
plus qu'il m'a été polfible , demandent d'être lus dans l'Auteur
même, & médités lérieuicment.
Je vais joindre à ce que j'ai tiré de Xénophon, un extrait de la
Préface du troilième livre de Végèce, qui ne fervira pas moins
d'autorité , parce que cet Auteur avoit fous les yeux les livres des
Grecs qui traitoient de la Guerre , & qu'il n'ignoroit pas ce qu'ils
avoient pratiqué anciennement. « L'hilloire des anciens peuples nous
apjirend que les Athéniens & les Lacédémoniens donnèrent la Loi «
dans la Grèce avant les Macédoniens : mais Athènes ne fe dillingua «
pas leulement dans les Armes ; elle cultiva les Sciences & les Arts; »c
au lieu que les Spartiates firent leur étude propre de la Guerre. On «
affure qu'ils furent les premiers à s'inflruire lur les divers évènemens <c
des batailles ; qu'ils mirent par écrit leurs Oblervaiions militaires , «
& qu'ils parvinrent bientôt à réduire à des règles raiibnnées & à des «
princi[)cs iiietliodic|ues, ce c|ui ne fembloit julqu'alors dtj)endre (|ue «■
de la valeur & de la fortune. De- là, l'eiabliflement de leurs Ecoles «<
de Tadlique , pour enleigner à la jeunefîe les manœuvres de la Guerre «
fti) Le mot IrçefTiiymua., .Siraiagrma ,
ivoit un fcn- |i|in ciciulu tluz Its (Jrcc^ &
miincclitr. les Kmn.iins i\u'\ l'aduplcrcnt ,
que n<>u> ne lui cil tioiiiioiit. Il ne lignit'hii
pai kulement ruie , moyen pour tromper
Tome X L> A aaa
l'ennemi , il vouloit dire lufTi hibilclr,
adiclle dans lc< dilpoiiiion' , prcvo\;ince,
priideme dan< Il mnduitc, cxpédicns, rel-
luurcc. r<^r^ Guidas lur <.c inoU
5 54 ^^ ï^^ MOIRES
>j & les différentes dirpoluioiis pour coinbatire Les Romains,
j> marchant lur leurs traces , le font auffi formes par expérience un
>• fyllèine de Taclique, & en ont de même confervé les règles dans
ï> leurs Ecrits ; & ce font , Empereur invincible , ces mêmes principes
» dilperlês dans un grand nombre d'Ouvrages, que j'ai recueillis &
» al;iêg(!s jiar vos ordres , afin d'épargner l'ennui de la lecture trop
étendue des originaux , & d"cn réunir toute l'autorité. » Végcce
donne enluite pour preuve des progrès que firent les Lacédémoniens
dans l'Art des dilpofitions, l'exemple de Xantip|)e , qui, prêtant
fa icience pour tout lecours aux Carthaginois épuil'és par leurs
défaites, battit Attilius Regulus & le fit prilbnnier avec les refies de
fon armée écha[)pés du carnage. « Ce ne fut pas avec moins de
« iuccès , ajoute-t-i(, qu'Annibal fe préparant à porter la guerre en
î' Italie , voulut prendre des leçons d'un Lacédtmonien ; leçons qui
3> furent funeftes à tant de Conluls & à tant de Légions, quoique ce
Général fût toujours inférieur en nombre aux Romains. » Ce La-
cédémonien étoit vrail'emblablement un des deux que j'ai dit, dans
la première partie de mon Mémoire, avoir iuivi Annibal, & auxquels
il avoir confié le foin d'écrire fes Campagnes ; emploi que les Anciens
jjenfoient ne pouvoir être bien rempli , li l'on n'avoir point étudié la
Guerre, & fi l'on n'en poflédoit pas parfaitement la théorie. C'efl
pourquoi Philopœnien , dans Piutarque , diibit que cette Science étoit
un des plus iùrs moyens de faire valoir toutes lortes de vertus.
Il ed; afTez vraifemblable que les Lacédémoniens font les premiers
qui aient mis par écrit leurs Obfervations, pour en tirer des règles
&. des principes méthodiques. Les Infiitutions Militaires de Lycurgue
peuvent conltater cette opinion. Aucun des Etats de la Grèce n'en
avoir alors qui leur fufTent comparables, foit pour la difcij)tine , ou
pour la conrtitution &; la formation de l'Infanterie, ainfi que pour les
manœuvres. Chacun des difîérens corjjs dont la phalange de Sparte
^toit compofée , avoit beaucoup de rapport avec ce que nous ap-
pelons un bataillon. On nommoit fon Chef, Polémarque ; il avoit
lous lui quatre Locagiies , Ktiyi,y>i , chefs d'autant de troupes dont
chacune comprenoit quatre Enowolies, L'Enomoiie contenoit trente-
deux hommes , formant quatre files : ainfi la troupe du Locague
étoit de cent vingt-huit hommes ; il avoit fous lui deux Ofïïciers
immédiats , dont chacun commandoit deux Enomoties : cette divifion
fe nommoit Pentecojle. La Pulémarchie avoit donc pour Officiers le
Polêmarqtie , quatre Locagues , hun Penterojlires , leize Emtnotartjues,
Telles font les divifions marquées par Xénophon dans fon livre de
la République de Lacédémone , & que l'on retrouve dans le V.' liv.
de Thucydide, au récit de la première bataille de Mamiùée, où iî
DE LITTÉRATURE.
555
exprime le nombre d'hommes de chaque fubdivifion & celui des liles,
ce que Xénophon a négligé. Lycurgue avoit divile tout le corps
d'Infanterie pelante cpie Sparte devoit mettre fur pied en fix Pclé-
marckies. Il y en a eu fouvent dans la fuite un plus grand nombre
fuivant le befoin qu'on en avoit ; mais on y conferva toujours la
conftitution primitive. Xénophon marque auflî l'ordre qu'on oblervoit Xrn.-p', R,-,
à la guerre pour le lervice <Sc la forme des camps qui ctoiem ordinal- de ûui "''"
rement ronds, à moins que l'armée ne fût appuyée à une montao-ne,
une rivière, ou autre chofe éciuivalente. Lycurgue établit auflj un
corps de Cavalerie, divilé en lîx troupes qu'on appeioit Oulamcs ,
& dont chacune formoit un efcadron. Je n'entre ici dans aucun P'''"arç.
détail fur cette matière qui fera traitée dans un autre Mémoire. t^ti Lycurg,
Fin du Tl
orne quarantième.
••*\fflp«»^
La Bibliothèque
Université d'Ottawa
Echéance
Celui qui rapporte on volume après la
dernière date timbrée ci-dessous devra
pajrer une amende de cinq sons, plus un
soo pour chaque jour de relard.
The Librarjr
Universit; ef Ottawa
Date due
For failure la return a book on or be-
fore Ihe lasl date slamped bclow ihere
will be a 6ne ofhve cents, and an extra
charge of one cent for each addilional day.
I
a39£0 3 009 720 953b
AS
162
,P3A540
1780
Acad.de s insa
et belles
lettres,
Paris.
Hlstoijre ave<
Mémoires de
littérature, 40,
I
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